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Full text of "Bulletin de la Société de géographie"

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p 


/o 


I 


BULLETIN 


DE    LA 


».       t 


SOCIETE   DE    GEOGRAPHIE, 


Deuxième  Série. 


TOME  XVII. 


BULLETIN 


SOCIETE  DE  GEOGRAPHIE, 

Denùème  Série. 

Sontr  IDii-erplirmr. 


PARIS, 
CHEZ    ARTHUSBERTRANI). 

IBBAIRB     DE     LA     SOCliTÉ     DK     GBOCBAI>HI 

■LUI     HtUTlriDlLLI.    ir"    il 

1842. 


Sot.    ^07-    '^■„.'.V 


BUREAU    DE   LA   SOCIÉTÉ. 


(ÉLECTIONS    DU    10    AVRIL    1840.  ) 


Président. 
yice-Présidents. 

Scnttu  leurs. 
Secrétaire. 


M.  ViLLKMAiif,  ministre  de  riiislrurlioD  publique. 

M.  le  baron  W *lck.iihaeii, membre  de  l'iuslitut. 
M.  le  ctmtre-aniiral  Dumomt  d'Urtii.lk. 

M.   A.    FlRMIN  DlDOT. 

M.  Terraux-Compana. 
M.  d'Avizac 


Liste  des  Présidents  honoraires  de  la  Société  depuis  son 


origine. 


MM. 

1  e  marquis  de  Lapi.ace. 

\jà  marquis  de  Pastoket. 

Le  vicomte  de  r.BATEAUBRiAZfi». 

Le  comte  Chabrol  de  Volvic. 

Becqdet. 

1.6  baron  Alex,  de  Humboldt. 

Le  comte  Cbabroi.  de  Crousol. 

Le  baron  Cuvier. 

Le  l>aron  Htde  de  Neuville. 

Le  duc  de  Doudeauville. 

J.-B.  EvRiàs. 


MM. 
\j^.  comte  de  Riomt. 

DCMOITT  D*URVn.LE. 

Le  duc  Uecazes. 

Le  comte  de  Muhtalivet. 

Le  baron  de  Barawte. 

Le  iieuteiiani-général  I'elet. 

GUXZOT. 

De  Saltaudy 

Le  baron  Tupiivier. 

Le  baron  de  Las  (Iasl». 


Correspondants  étrangers  dans  r ordre  de  leur  nomination. 


MM. 
Le  docteur  J.  Mease,  à  PhiladelpW.. 
H.  S.  Tanner,  à  Philad<  Ipliie. 
\V.  Woodbridgr,  à  Boslun. 
Le  major  Edward  Sabine,  à  Limerirk. 
Le  colonel  Poinsett,  aux  Etats-TJnu. 
Le  col.  d'Abrahamson,  à  Copenhague. 
Le  professeur  Schumacher,  à  Altona. 
L>E  Navarrete,  k  Madrid. 
Le  docteur  Reinoanum.  à  Berlin. 
Lecapit.  sir  J.  Franklin,  à  Londres. 
Le  docteur  Kichahuson,  à  l.ondrrs. 
Le.  professeur  Ravn,  à  Copenhague . 
Le  capitaine  Graab,  à  Copenhague. 
AiNswoHTB,  à  EdiniJ)ourg. 
Le  conseiller  Adrien  Balbi,  àVienue. 


MM. 
Lecoiiiti-OnABCRGDEHEMso.a  Flcrenie. 
Le  colonel  Lono,  aux  Etats-Unis. 
Sir  Ji>hn  Karrow,  à  Londres. 
Le  rapitaine    Maconocmie  ,  à  Siduey 

(Nouvelle-Galles '. 
Le  capitaine  sir  John  Ross. 
Le  Ciinseiller  de  Macrdo,  à  Lisbonne. 
Le  proft'ss<'ur  Karl  Ritter,  à  Berlin. 
P.-S.  DU  PoNCSAU,  à  Philadelphie. 
Le  rapi'aiiie  G.  Bace. 
F.  Dubois  de  MoNTPEREUx.à  Noufehàtel. 
Le  cap.  John  WA^uiNoroN,  à  Londres. 
Le  col.  Ferdinand  {Visconti,  à  Naples. 
P   DE  Angelis  ,  à  Biienus-Avres. 


PARib.  ~  IMPKIMhRIK  HE  ROi:it«JO(;r<IS  KT  M\KtlNlcr, 

iM»   J^ruli ,   30. 


BULLETIN 

SOCIÉTÉ  DE  GÉOGRAPHIE, 

Deuxième  Série. 

Samr  lDiz-«rptirmr. 


PARIS, 
CHEZ    ARTHUSBERTRANI), 

1.IBIÀIHZ     DE     LA     SOCliri     DK     GÉOGRAf 
lui  HtuttrtcriLLi,  B"  a3 

1842. 

$s 


Soc .  "7  ■.  «••_  «.... 


COMMISSION  CENTRALE 


COMPOSITION     DU     BUREAD 

(Élection  du  17  décembre  1841.) 

Président.  M.  le  coq tre-am irai  Ditmoht  d*Urvillb. 

Vice' Présidents,      MM.  Jomard,  di  Laroqukttb. 
Secrétaire-générai,  M.  Bsrtbslot. 

Section  de  Correspondance^ 

MM.    Bajot.  MM.  Lafond. 

Barbie  du  Bocage.  C  Morean. 

Callier.  Noel-Desvergers. 

Cochelet.  D'Orbigiiy. 

Dnbue.  Texier. 

Edwards.  Wardfu 


Jaubert. 


Section  de  PMication,    - 


MM.    Albcrt-Monlé     al.  MM.    De  Urcnaudière. 

Ansart.  De  Montrol. 

D'Avezac.  I^  Ticomte  de  Saolaren». 

Beblaye.  Teruaux-Gompans. 

Baron  Costal.  Tif  ien. 

D,.DÛx.  ^  baron  WaU*kenaer.. 
Baron  de  Ladoucetl«« 

Section  de  Comptabilité* 

MM.  Le  colonel  Corabœiif.  MM.   fsambert. 

Daussy.  L«*  baron  Roger. 

Pyri^}  Euux  de  Rochelle. 

Comité  chargé  de  la  publication  du  Bulletin, 

MM.  Albert-Montémont.  MM.   Co<belet 

Aniart.  Daussy. 

D'Avezac.  Jomard. 

Barbie  du  Bocage.  De  la  Roquette. 

Berthelot  *^o"»  de  Rochelle. 

CalUer.  Texier. 


M.  CbapcUier,   notaire   honorairn,  trésorier  de   la  Société,   rue  de  Seine, 
M.  Woirot,  agent-général  et  bibliothécaire  de  la  Société,  rue  de  TUniver- 
»ili  ,  n*  a^. 


BULLETIN 


DB    LA 


SOCIETE  DE  GEOGRAPHIE. 


JANVIEB     l84s. 


PREMIERE    SECTION. 


MBMOiHES.   EXTHAITS,  ANALYSES  ET  RAPPORTS. 


Notice  sur  la  République  de  Centre- A    érique  ^  par 
M.  Maussioh  de  Candê  ,  capitaine  de      ^pette. 


La  république  de  GentreAmérique  est  composée  de 
cinq  États,  savoir  :  Guatemala»  San  Salvador»  Nicara- 
gua, Gosta-Rica  et  Honduras. 

Borné  au  nord  et  au  nord  est  par  le  Mexique  et  le 
Yucatan ,  l'Etat  de  Guatemala  est  le  seul  qui  traverse 
cette  partie  de  l'Amérique  dans  toute  sa  largeur,  et  qui 
ait  ses  rivages  baignés  par  les  deux  mers.  Il  ne  possède 
en  fait  de  port  que  la  mauvaise  rade  foraine  d'Istapa 
sur  la  mer  du  Sud,  le  port  d'Izabal  dans  le  golfe 
Dulce ,  accessible  seulement  au  cabotage ,  et  le  port  de 
Saint«Thomas  situé  dans  l'est  du  goulet,  par  lequel 
le  golfe  Dulce  communique  avec  la  mer  :  ce  dernier 
port  est  excellent,  mais  sans  habitants,  et  sans  route 
de  communication  avec  l'intérieur. 


& 


r 


BULLETIN 


DE    LA 


»  I 


SOCIETE   DE    GEOGRAPHIE, 


Deuxièma  Série. 


TOME  zvii. 


BUREAU    DE   LA   SOCIÉTÉ. 

(  ÉLECTIONS    DO    10    AVRIL    1840.  ) 


Frésidrnt. 
yice-Présidetits. 

Scrutateurs. 
Srcrétair», 


M.  TiLLBMAiir,  ministre  de  riiiilrurtioo  publique. 

M.  le  baron  WALCKKKAsik,mfnibrederiuslitut. 
M.  le  coutre-aniiral  Dumomt  d'Uhvii.ls. 

M.   A.    FiRMIH  DlDOT. 
M.    TKEnAUX-C0MPAN.1. 

M.  D  Atizac 


Liste  des  Présidents  honoraires  de  la  Société  depuis  son 


origine. 


MM. 

1  e  marquis  de  Laplack. 

Le  marquis  de  Pastorkt. 

Le  \icomtede  Cbatxaubriani». 

Le  comte  Chabrol  dr  Yoltic. 

Rrcqort. 

te  baron  Alrx.  de  Humboldt. 

Le  comte  Cbabeoi.  de  Crousol. 

Le  baron  Cuviee. 

Le  baron  Hydr  de  Neuville. 

Le  duc  de  Doudeaox  ir.i^. 

J.-B.  Eyrik». 


MM. 

Leeomte  de  Riort. 

DCMOITT  D*URTn.LS. 

Leduc  Dacazes. 

Ijd  comte  de  Muntalivet. 

Le  baron  de  Baraete. 

Le  lieutenani-général  Pelet. 

GUIZOT. 

De  8ai.ta2V])y 

Le  baron  Tupiuier. 

Le  baron  de  Las  ('.Asks. 


Correspomlants  étrangers  dans  V ordre  de  leur  nomination. 


MM. 
Le  docteur  J.  Mease,  à  Philadelpbée. 
H.  S.  Tanner,  à  Pbilad*  Iphie. 
Vi,  WooDBRiDGE,  à  Boslun. 
Le  major  Edward  Sabine,  à  Limerit-k. 
Lecolouel  Poinsett,  aux  Etats-Unis. 
Le  col.  d*Abrahambon,  à  Copenhague. 
Le  professeur  Schumaciier,  à  Altona. 
De  Navarrete,  à  Madrid. 
Le  docteur  Reinoanoii.  à  Berlin. 
Le  capit.  sir  J.  Feanelin,  à  Londres. 
Le  docteur  Ricrmuson,  à  1  ondres. 
Le  professeur  Rayn,  à  Copenhague. 
Ix  capitaine  Graab,  à  Copenhague. 
AtNswoRTH,  à  Edimbourg. 
Le  conseiller  Adrien  Ralbi,  àTienue. 


MM. 
Leconiti'ORABERGDKHEMSO.a  Florent  e. 
Le  colont*!  Long,  aux  Etats-Unis. 
Sir  John  Rarrow,  à  Londres. 
Le  capitaine   Maconochie  ,  à  Sidney 

(Nouvelle-Galles  !. 
Le  tapitaine  sir  Jobn  Ross. 
Le  conseiller  de  Mackdo,  à  Lisbonne. 
Le  proffSS<ur  Karl  Rittrr,  à  Berlin. 
P.-S.  DU  PoNCEAU,  à  Philadelphie. 
Le  rapi'aine  G.  Race. 
F.  Dubois  DE  MoNTrEREUX,à  NeuftrhAtel. 
Le  cap.  John  Washington,  à  Londres. 
I.e  roi.  Frrdinand  iVisconti,  à  Naples. 
P   DE  Anoelis  ,  à  Biienus-Avres. 


i*AR4S.  —  IMPHIMKRiK  MK  ROnUtiOCNB  KT  MAHIINI2T, 

rit»    J.irMl>,    90. 


BULLEÏIN 


SOCIÉTÉ  DE  GÉOGRAPHIE, 

Deuxième  Série. 

Somf  mir-firptifinr. 


PARIS, 
CHEZ    ABTHUSBERTRAND, 

lAlHE     DE     LA     SOClÉTi     DK    GÉnCRitV 


Soc. .  "7 


1842. 


l  .6) 

négociant  qui  dt^sirerait  envoyer  des  marcliandises  à 
Guatemala  Fera  prudemment  d'ajouter  quelque  chose 
au  droit  de  «o  p.  o/o ,  sur  lequel  il  devrait  compter 
uniquement,  d'après  les  déclarations  du  gouverne- 
ment de  Centre-Amérique,  s'il  ne  veut  risquer  de  se 
tromper  dans  ses  calculs. 

La  principale  exportation  de  rktat  de  Guatemala 
consiste  en  cochenille  récoltée  dans  les  belles  vallées 
de  la  Antigua  et  d'Amatillan.  4)000  surons  de  celte 
denrée  sont  expédiés  tous  les  ans  à  Isabal,  qui  les 
envoie  à  Bélise.  2,000  environ  prennent  la  direction 
de  la  mer  du  Sud  ,  et  vont  s'embarquer  à  Istapa.  Le 
reste  de  l'exportation  consiste  en  salsepareille ,  et  une 
faible  quantité  de  cuirs. 

L'Elat  de  San-Salvador,  plus  humide  que  celui  de 
Guatemala,  produit  peu  de  cochenille,  dont  les  grandes 
pluies  d'été  ruinent  les  récoltes ,  mais  fournit  en 
échange  à  l'exportation  de  6  à  7,000  surons  d'indigo 
d'excellente  qualité.  Les  deux  tiers  de  cette  quantité 
sont  expédiés  à  Bélise  par  les  ports  d'isabal  et  Omoa; 
le  reste  est  embarqué  pour  l'Europe  par  la  mer 
du  Sud. 

Une  industrie  nouvelle  dans  le  pays,  et  qui  peut 
donner  de  grands  résultats  pour  l'avenir,  est  la  culture 
do  mûrier,  et  l'établissement  de  quelques  magnaneries 
dans  les  deuxËtats  de  San-Salvador,  qui  a  donné  l'exem- 
ple, et  Guatemala,  qui  l'a  suivi.  Plusieurs*  plantations 
de  mûriers  ont  été  faites  dans  ces  deux  Étals ,  et  ont 
permis  de  faire  divers  essais  qui  ont  donné  des  résul- 
tats satisfaisants.  La  soie  obtenue  est  fort  belle  et  su- 
périeure peut-être  à  nos  premières  qualités  de  France. 
La  beauté  du  climat,  dans  l'État  de  San-Salvador  sur- 
tout, donne  ce  résultat  important,  qu'un  mûrier  reste 


(  '7  ) 
couvert  de  feuilles  loute  Tannée.  On  peut  donc  élever 
neuf  ou  dix  générations  de  vers  Tune  après  Tautre 
sans  manquer  de  feuilles,  et  se  procurer  ainsi  neuf 
ou  dix  récoltes  de  soie  dans  la  même  année.  Cette 
industrie  est  encore  trop  nouvelle  pour  donner  des 
produits  appréciables  dans  le  commerce ,  mais  elle  a 
de  lavenir.  Sob  ennemi  le  plus  redoutable  est  une 
espèce  de  fourmi  voyageuse ,  nommée  dans  le  pays 
zampopOf  et  dont  les  tribus  sont  si  nombreuses  que 
lorsqu'une  d'elles  rencontre  un  cbamp  d*arbres  à  sa 
convenance,  une  seule  nuit  lui  suffit  pour  le  dépouiller 
entièrement  de  ses  feuilles ,  et  malheureusement  le 
zampopo  aime  beaucoup  la  feuille  du  mûrier. 

Les  importations  dans  l'Amérique  centrale  vien- 
nent à  peu  près  exclusivement  de  Bélise,  où  vont 
s'approvisionner  les  marchands  de  l'intérieur;  carie 
golfe  DulcCy  dont  la  barre  d'entrée  ne  peut  livrer 
passage  qu'à  des  caboteurs,  ne  reçoit  aucun  navire 
d'Europe.  Bélise  fait  donc  ainsi  un  commerce  annuel 
de  i5  à  18  millions  avec  la  république  de  Centre- 
Amérique. 

Les  marchandises  anglaises  se  composent  principa- 
lement d'indiennes  et  d'autres  cotonnades  à  fort  bas 
prix.  J'ignore  si  notre  commerce  pourrait  soutenir  la 
concurrence  pour  le  bon  marché. 

La  plupart  de  ces  denrées ,  dont  à  la  vérité  les  ha- 
bitants déplorent  la  mauvaise  qualité,  leur  est  four- 
nie an  prix  de  un  réal  (S"*  de  piastre)  la  vare  rendue 
k  Guatemala  ;  et  comme  les  frais  de  transport  sont 
énormes,  on  ne  peut  pas  admettre  qu'elle  ait  été 
payée  plus  de  la  moitié  de  cette  somme  à  Bélise. 

Une  opinion  assez  répandue  à  Truxillo,  Omoa,   et 
même  dans  l'intérieur  du  pays ,  donne  la  préférence 
XVII.  JAiivifiR.  9.  s 


(  l«) 

aux  tissus  français  sur  ceux  fournis  par  TAngleterre, 
tant  pour  la  durée  des  étoffes  que  pour  la  solidité  des 
couleurs.  Cette  bonne  opinion  pourrait  être  exploitée 
avec  succès  par  notre  commerce ,  s'il  avait  surtout  le 
bon  esprit  ne  n'envoyer  que  des  marchandises  de 
bonne  qualité,  et  capables  de  ne  pas  détruire  les  pré-*- 
ventions  favorables  actuellement  existantes  cd  notre 
faveur. 

Le  commerce  de  détail  offre  dans  toute  la  républi- 
que de  Centre-Amérique  une  particulaiîté  bien  re- 
marquable, et  qui  fait  voir  combien,  malgré  les  per- 
turbations apportées  par  des  révolutions  continuelles, 
le  caiactère  des  habitants  est  encore  empreint  de  celte 
bonté  primitive  que  nous  retracent  fes  traditions  es- 
pagnoles du  temps  de  la  conquête. 

Un  marchand  de  l'intérieur  descend  à  la  côte  pour 
faire  l'emplette  de  diverses  marchandises  dont  il  ts- 
père  trouver  le  débit  dans  son  village.  Au  lieu  d'aller 
jusqu'à  Bélise ,  il  rencontre  à  Omoa ,  par  exemple ,  ce 
qui  lui  est  nécessaire  chez  un  négociant  du  lieu.  Il 
fait  sa  provision,  convient  du  prix,  et  s'en  retourne 
souvent  sans  donner  le  plus  léger  à-eorapt«^,  et  sans 
laisser  de  billet.  Le  vendeur  le  laisse  partir  sans  dé- 
fiance ,  bien  que  quelquefois  il  ne  le  connaisse  nulle- 
ment. Mais  il  sait  que  l'année  suivante^  ou  plus  tôt  si 
la  vente  a  été  bonne,  il  reviendra  lui  enlever  de  nou- 
velles marchandises  et  payer  les  anciennes,  et  il  est 
peut-être  sans  exemple  que  cette  confiance  ait  été 
trompée. 

Cet  usage,  qui  s'étend  parfois  jusqu'au  grand  com- 
merce ,  rend  chose  presque  inconnue  l'usage  des 
billets  à  ordre,  et  le  négociant  de  Guatemala  qui, 
dans  un  règlement  de  compte,  se  trouve  devoir,  par 


(  '9^ 
exemple»  9,000  piastres  à  San>Salvador ,  n^emploie 
pas  ordinairement  d'autre  méthode  pour  s'acquitter 
de  sa  dette  que  d'expédier  son  argent  à  dos  dlndîens 
âson  créancier,  et  ces  malheureux ,  transformés  vo- 
lontairement en  bètcs  de  somme ,  s'acquittent  de  ces 
commisaions  avec  une  fidélité  qui  fait  honte  à  notre 
ciMlisution  européenne. 

L'indien  porte  de  tête,  bien  qu'il  soutienne  son 
fardeau  avec  les  reins.  Une  courroie  qui  passe  en 
dessous  vient  prendre  son  point  d'appui  sur  le  front, 
qui  supporte  ainsi  la  plus  forte  partie  de  la  charge. 
Cet  usage,  que  la  conquête  trouva  établi  de  temps 
immémorial ,  a  dû  finir  par  influer  sur  le  physique 
de  ce  peuple,  et  l'on  doit  lui  attribuer  «  je  suppose , 
cette  forme  particulière  du  crâne  qui  fait  saillie  der* 
rière  la  tète  en  aplatissant  le  front.  Cette  idée,  qui 
peut  sembler  bizarre  au  premier  coup  d'œil,  parai- 
^  sans  doute  plus  naturelle  si  l'on  réOéchit  que  les 
pères  habituent  leurs  enfants  â  porter  ainsi  dès  leur 
bas  âge  ,  et  qu'ils  finissent  par  leur  faire  porter  des 
poids  très  considérables. 

Les  transports  se  font  ordinairement  à  dos  de  mulet 
dans  toute  la  république;  mais  pour  les  marchandises 
précieuses  et  fragiles ,  ou  celles  d'un  trop  grand  vo- 
lume pour  être  chargées  sur  une  mule  ,  elles  sont 
portées  par  les  Indiens,  qui  se  mettent  huit  bu  dix 
pour  porter  un  colis  suivant  la  grosseur.  C'est  de 
de  cette  manière  qu'arrivent  journellement  h  Guate- 
mala les  chaudières  d'alambics  et  autres  que  l'on  en- 
voie toutes  faites  d'Angleterre  ,  et  qui  seraient  trop 
volumineuses  pour  être  chargées  sur  une  mule. 

Le  chemin  d'Isabal  à  Guatemala  est  exécrable, 
coimne  le  sont  du  reste  tous  les  chemins  du  pays, 


(80    ) 

dont  aucun  n*est  carrossable.  Tantôt  suivant  pendant 
une  assez  grande  longueur  des  têtes  de  ravins  qui  sont 
de  véritables  précipices,  tantôt  montant  à  pic  vers  le 
sommet  de  la  montagne  que  Ton  doit  franchir  pour 
descendre  également  à  pic  de  Taulre  côté  .  il  ne  parait 
jamais  être  entré  dans  l'idée  de  ceux  qui  les  ont  ou- 
verts de  tourner  une  côte  ou  d'allonger  un  peu  la 
route  pour  adoucir  une  pente  trop  rapide.  Un  fait 
que  j'ai  remarqué  à  diverses  reprises  suffira  pour  don- 
ner une  idée  de  Tétat  de  ces  chemins  dans  les  monta- 
gnes. Un  arbre  qu'une  circonstance  fortuite  fait  tom- 
ber en  travers  sur  le  chemin  n'est  pas  considéré 
comme  un  obstacle  plus  grand  que  les  autres  aspéri- 
tés de  la  route,  et  il  ne  viendra  dans  l'idée  d*aucun 
des  muletiers  de  chercher  à  le  retirer.  Les  mules  pas- 
seront par-dessus ,  ou  s'il  est  trop  gros  et  trop  élevé 
de  terre ,  elles  feront  le  tour. 

Cette  circonstance  se  rencontre  dans  tous  les  pays 
de  montagnes,  c'est-à-dire  sur  les  trois  cinquièmes  de 
la  route  d'Isabal  à  Guatemala  ;  le  reste  du  chemin  qui 
suit  pendant  une  vingtaine  de  lieues  la  vallée  du  rio 
Motagua  est  moins  mauvais ,  et  ressemble  plus  à  une 
route  faite  de  main  d'homme,  bien  que  dans  nombre 
d'endroits  elle  ne  dépasse  pas  les  dimensions  d'un  sen- 
tier. En  arrivant  cependant  près  de  la  capitale,  la 
roule  s'embellit  un  peu ,  et  des  travaux  récents  ont 
changé  en  une  assez  belle  rampe ,  d'une  pente  au 
moins  praticable ,  le  sentier  par  lequel  on  traversait 
la  gorge  profonde  qui  sépare  des  montagnes  le  pla- 
teau de  Guatemala.  Mais  ces  travaux  ne  s'étendent 
pas  encore  aujourd'hui  à  plus  de  a  lieues  delà  ville. 

On   traverse  d'Isabal  à  Guatemala  plusieurs  cours 
d'eau  dont   le  plus  considérable  est  le  rio  Motagua 


(  a>  ) 

Faule  de  ponts,  on  les  traverse  à  gué  dans  la  saison  se- 
che;  quand  Teau  grandit»  on  les  passe  en  pirogues  qui 
transportent  les  voyageurs  et  les  marchandises;  les 
mules  suivent  par  derrière  à  la  nage. 

Il  arrive  parfois  qu'une  crue  subite  prend  au  dé- 
pourvu les  gens  qui  amènent  leurs  pirogues ,  et  que 
Ton  ne  trouve  par  suite  ni  gué  ni  bateaux  d'aucune 
espèce.  Dans  ce  cas,  le  voyageur  n'a  d'autres  ressources 
que  la  patience.  Il  est  rare  que  ces  crues  irrégulières 
aient  de  la  durée,  et  en  attendant  ^4  ou  48  heures,  il 
peut  être  certain  que  le  gué  redeviendra  praticable. 
Deux  seuls  ponts  existent  sur  toute  cette  route  ;  un  à 
un  lieu  nommé  la  Sabaneta,  où  le  cours  d'eau  à  traver- 
ser, sortantd'une  gorge  de  montagne  très  profonde,  est 
presque  toute  l'année  un  torrent  impraticable  ;  le  se- 
cond dans  la  dernière  gorge  que  l'on  traverse  pour 
arriver  à  Guatemala.  Ce  dernier  est  dû  à  la  générosité 
d'un  Français  qui  avait  probablement  fait  fortune 
dans  ce  pays.  Une  inscription  latine  placée  sur  le  pa- 
rapet apprend  aux  passants  que  l'érection  de  ce  pont 
eut  lieu  pendant  que  le  roi  Louis  XVIII  régnait  en 
France. 

Outre  le  râo  Motagua ,  qui  se  )ette  à  la  mer  à  4  Heues 
dans  l'ouest  d'Omoa  ,  et  qui  pourrait  servir  au  trans- 
port des  marchandises  sur  6o  lieues  de  son  cours  en- 
viron ,  il  y  a  plusieurs  rivières  aussi  grandes  et  même 
plus  considérables  qui  devraient  servir  de  communica- 
tion naturelle  avec  l'intérieur ,  mais  que  l'insouciance 
des  habitants  néglige  d'utiliser.  Le  rio  Ghamalacon, 
dont  l'embouchure  est  à  quelques  lieues  dans  l'est 
d'Omoa,  les  rios  Tinto  et  Romano  dans  l'est  de 
Truxilloy  la  rivière  Herbial  ou  de  Ségovie  qui  se  jette  à  la 
mer  près  le  cap  Gracias  a  Dios,  et  plusieurs  autres  en- 


(««  ) 

coi*e,  sont  de  grandes  et  belles  rivières-destinées,  quand 
la  civilisation  aura  fait  pins  de  progrès  dans  ce  pays,  à 
conduire  dans  son  intérieur  les  productions  étrangè- 
res, et  à  faciliter  ses  propres  exportations.  Il  est  éton- 
nant que  l'appât  d'un  bénéfice  assuré  n'ait  pas  encore 
engagé  les  spéculateurs  à  établir  un  transport  par 
eau,  au  moins  sur  le  rio  Motagua;  car  cette  rivière 
pourrait  amener  à  peu  de  frais  jusque  près  de  Guate- 
mala les  marchandises  que  les  muletiers  transportent 
d'Isabal ,  au  prix  moyen  de  deux  piastres  et  demie  à 
trois  piastres  l'arrobe  de  vingt-cinq  livres  espagnoles  , 
c'est  À-dire  de  5o  à  60  fr.  le  quintal. 

Toutes  les  embouchures  de  ces  rivières  sont  occu- 
pées par  des  établissements  anglais,  qui  exploitent  l'a- 
cajou dont  cette  côte  abonde.  Ces  établissements 
souffrent  généralement  de  l'insalubrité  du  climat,  et 
les  Anglais  y  éprouvent  de  grandes  pertes  parmi  les 
colons  amenés  d'Angleterre;  car  les  côtes  de  Hondu- 
ras sont  malsaines  et  fiévreuses  comme  toutes  celles 
des  parties  incultes  des  Antilles.  En  avançant  de  quel- 
ques lieues  dans  l'intérieur,  et  quittant  le  bord  de  la 
mer,  cette  insalubrité  disparaît,  et  il  ne  reste  qu'un 
pays  admirable  de  végétation  ,  et  qui  n'attend  pour 
donner  lés  plus  riches  produits  de  l'agriculture  que 
les  cultivateur»  dont  il  est  totalement  dépourvu. 

Toutes  ces  côtes  sont  si  mal  peuplées,  que  l'on  peut 
parcourir  toute  la  distance  qui  sépare  le  cap  Gracias  a 
Dios  du  fond  du  golfe  ,  sans  rencontrer  un  seul  village, 
ni  même  une  simple  cabane  d'Indien  ,  en  exceptant 
les  deux  seuls  points  de  Truxillo  et  d'Omoa,  autour  dos* 
quels  sont  venus  se  grouper  quelques  Caribals;  c'est 
le  nom  que  l'on  donne  dans  le  pays  à  une  aggloméra- 
tion de  cabanes  habitées  par  dos  mulâtres  d'une  ori- 


(  »3   ) 

gine  particulière ,  el  qui  portent  le  ûom  de  Caiibes. 
Jlgoore  d'où  ils  tirent  leur  origine,  et  n'ai  trouvé  per- 
sonne en  état  de  m'en  donner  une  explication  satis- 
faisante. Ils  n'ont  du  reste,  malgré  la  ressemblance  du 
Dom*  aucun  rapport  avec  les  Caraïbes^  anciens  habi- 
tanls  des  petites  Antilles. 


Les  Droits  du  Japon  et  de  la  Malaisie  à  la  connaùsattce 
delà  religion  chrétienne^  tirés  des  notes  écrites  pendant 
des  voyages  faits  en  1 837  t  en  partant  de  Canton  sur  le 
nawre  le  Morrison  et  le  brick  l'Himmaleh. 


Cet  ouvrage,  composé  de  a  volumes  io-i  a,  a  été  pu- 
blié à  New-York  en  iSSg.  Le  premier  volume  contient 
uu  voyage  au  Japon ,  et  le  second  un  voyage  dans 
l'archipel  Malais.  Comme  ces  deux  voyages  sont  tout- 
à-fait  indépendants  l'un  de  l'autre»  et  que  celui  dans 
la  Ualaisie  a  eu  lieu  le  premier,  nous  commencerons 
pardonner  l'analyse  de  celui-ci. 

En  i836,  MM.  Olyphant  et  compagnie,  armateurs 
américains,  résidante  Canton,  résolurent  d'envoyer 
on  bâtiment  dans  les  lies  de  l'archipel  Malais,  pour 
tâcher  d'y  établir  dcji  relations  de  commerce ,  et  en 
même  temps  pour  chercher  à  y  introduire  la  religion 
chrétienne.  Dansce  dernier  but,  MM.  Slevenset  Lays, 
membres  de  l'Association  des  missions  américaines  en 
Chine,  furent  adjoints  à  M.  Fraser,  qui  commandait 
le  brick  VHinimalehy  destiné  à  cette  expédition.  M.  Ste- 
vens  devait  même  avoir  la  suprématie  sur  le  capitaine 
Fraser,  eocasde  dissentiment;  mais  il  mourut  à  Sin- 


(«4) 

gapoore»  fut  remplacé  parM.  Dickinson.  M.  Lays»  qui 
avait  accompagné  le  capitaine  Beechey  dans  son  voyage 
d'exploration,  en  qualité  de  naturaliste,  a  recueilli,  dans 
le  voyage  de  VHimmaleb^  des  notes  qui  font  l'objet  de 
ce  volume.  Mais  avant  de  faire  connaître  succincte- 
ment les  points  qui  ont  été  visités,  nous  croyons  de- 
voir rapporter  ici  les  instructions  qui  avaient  été- 
données  au  capitaine  Fraser  par  les  armateurs  du 
brick  9  et  qui  feront  parfaitement  connaître  le  but  de 
ce  voyage. 

Canton,  ce  26  noTembrt  i836. 

Au  capitaine  A,^V.  Fraser. 

• 

Monsieur,  nous  vous  invitons  à  quitter  votre  mouil- 
lage actuel^ ( à  Lintin)  et  à  vous  rendre  en  rade  deMa- 
cao.Lè,  vous  recevrez  à  bord  de  PHimmalehlUIL.  Stevens 
et  LaySy  qui  doivent  vous  accompagner  dans  votre 
voyage.  Nous  vous  recommandons  d*avoir  pour  eux 
les  plus  grandes  attentions. 

En  quittant  la  rade,  aussitôt  que  ces  messieurs  vous 
auront  jointe  nous  désirons  que  vous  mettiez  en  mer 
dès  que  les  vents  et  le  temps  vous  le  permettront,  et 
que  vous  touchiez  à  un  des  ports  de  la  côte  S. 
d*Hainan,  qu'Horsburg  indique  comme  de  bons  mouil- 
lages. 

Nous  ne  croyons  pas  que  vous  deviez  employer 
aucune  partie  de  votre  chargement  sur  les  côtes  de 
€hine;  mais  MM.  Stevens  et  Lays  pourront»  par  la 
connaissance  qu'ils  ont  de  la  langue  ,  communiquer 
avec  les  officiers  chinois  par  rapport  au  commerce  ou 
sous  tout  autre  point  de  vue  qu'ils  jugeraient  conve- 
nable ;  nous  vous  recommandons  de  les  aider  en  toutes 


(  «5) 
choses ,  en  cela  aussi  bien  que  dans  leurs    relalions 
afec  les  Chinois. 

A  moins  que  la  réception  qui  vous  sera  faite  ne  soit 
très  engageante  »  nous  ne  croyons  pas  que  vous  deviez 
resterplus  d'une  semaine  à  Hainan.  Si  vous  aviez  beau- 
coup de  temps  devant  vous ,  un  plus  long  séjour  ici , 
et  même  une  excursion  sur  les  cotes  de  Tonquin  pour- 
rait être  désirable  ;  mais  nous  vous  engageons  à  vous 
rendre  à  Singapoure  sans  toucher  en  aucun  point  de 
la  côte  de  Cochinchine. 

En  arrivant  à  Singapoure»  vous  remettrez  la  lettre  ci- 
jointe  à  H.  Baleslier ,  qui  fera  en  sorte  de  vous  donner 
tous  les  renseignements  dont  vous  pourrez  avoir  besoin 
dans  votre  voyagt*.  Il  vous  aidera  h  former  une  petite  pa- 
cotille pour  Bornéo  des  objets  qui  y  sont  géitéralement 
recherchés»  en  exceplant  toutefois  Topium  el  les  armes 
à  feu;  vous  prendrez  aussi  quelques  articles  pour  des 
présents.  Nous  espérons  que  vous  serez  rejoint  à  Sin- 
gapoure par  un  membre  de  la  Société  des  missions 
américaines  qui  a  été  à  Bornéo ,  et  qui  entend  la  lan- 
gue de  ce  pays;  si  cela  n'avait  pas  lieu,  vous  seri«'z 
obligé  d'aller  à  Batavia  pour  prendre  un  interpt  clo. 
Nous  désirons  cependant  que  vous  n'ayez  pas  besoin 
de  relâcher  dans  un  port  hollandais  ,  et  que  le  temps 
îoas  permette ,  en  quittant  Singapoure  le  plus  promp- 
tement  possible,  de  vous  diriger  sur  la  côte  de  Bornéo, 
un  peu  au  nord  de  la  rivière  de  Sambas.  En  suivant  la 
côte  nord-ouest  de  cette  tle ,  vous  pourrez  communi- 
quer avec  les  habitants,  si  la  saison  vous  le  permet, 
sans  perdre  trop  de  temps. 

Nous  regardons  la  ville  de  Bornéo  (Bruni)  comme 
voire  destination  ,  et  nous  appelons  toute  votre  atten- 
tion sur  ses  approches  et  sur  l'intérêt  qu'elle  peut  offrir. 


(  >6) 

En  conservant  dans  tos  relations  avec  les  autorités  du 
pays  une  conduite  prudente  et  bienveillante»  nous  es- 
pérons que  vous  pourrez  parvenir  à  établir  des  rapports 
avantageux  avec  cet  important  établissement  Nous  joi- 
gnons ici  une  note  des  propositions  que  nous  pensons 
pouvoir  vous  faire  obtenir  un  accueil  favorable  de  la 
part  du  rajah.  Les  messieurs  que  vous  avez  à  bord  pour- 
ront sans  doute  vous  aider  beaucoup  pour  produire 
l'effet  désiré»  Après  avoir  accompli  le  but  de  votre  vi- 
site à  Bornéo  en  deux  semaines ,  s'il  est  possible  »  vous 
pourriez  prolonger  la  côte  jusqu'à  la  pointe  N.  de  ^ette 
lie  et  examiner  en  passant  l'état  de  la  population  et 
du  commerce. 

Nous  avons  une  idée  favorable  de  la  position  des  Iles 
Soulou  ,  et  vous  pourriez  chercher  i  vous  assurer  si 
on  y  trouvera  un  point  convenable  pour  y  hasarder  un 
petit  dépôt  de  marchandises. 

Nous  laissons  à  votre  jugement  de  savoir  si  vous  de- 
vez visiter  Hindanao  ;  mais  nous  désirons  sur  toute 
chose  que  vous  ne  vous  trouviez  point  en  collision  avec 
les  Espagnols. 

Si  vous  aviez  accompli  votre  croisière  assez  tôt  pour 
revenir  à  Singapoure  à  la  fin  de  mars  •  vous  pourriez 
ensuite  vous  diriger  vers  Célèbeset  examiner  quelques 
uns  des  points  qui  sont  sous  la  domination  hollandaise; 
nous  serions  heureux  de  vous  voir  pousser  vos  investi- 
gâtions  jusqu'à  Ternate. 

Dans  toutes  vos  relations  avec  les  princes  du  pays  , 
nous  vous  recommandons  de  leur  faire  quelques  pré^ 
sents  peu  coûteux.  Vous  ferez  en  sorte  que  messieurs 
les  missionnaires  puissent  profiter  de  toutes  les  occa- 
sions favorables  pour  faire  voir  leurs  connaissances 
médicales  et  leurs  intentions  bienfaisantes.  En  vous 


(  «7  ) 
proposant  pour  but  de  chercher  à  établir  des  relations 
commerciales ,  prouvez  aussi  à  ces  messieurs  que  vous 
désires  concourir  à  les  établir  en  quelqu'un  de  ces 
points  et  comme  médecins  et  comme  chrétiens. 

Il  nous  reste  seulement  maintenant  à  vous  recom- 
mander à  la  protection  de  celui  dont  nous  espérons 
pnr  cette  expédition  avancer  les  desseins  pleins  de 
bontés. 

Signe  Olyphakt  et  C** . 

Note  des  pwposUions  à  faire  au  sultan  de  Bornéo 

et  autres  princes. 

1*  Le  pays  d'où  nous  venons  est  les  États-Unis  d'A<- 
mérique;  il  est  civilisé  et  puissant,  capable  de  se  dé- 
fendre contre  tous  ses  ennemis ,  et  de  venger  toute 
injure  qui  serait  Faite  i  ses  habitants  ;  mais  il  n'est 
guidé  par  aucune  idée  de  guerre  ou  de  conquêtes  »  et 
n'a  point  de  colonies. 

9**  Ses  relations  avec  les  autres  nations  sont  pacifi- 
ques et  commerciales;  ses  navires  traversent  toutes  les 
mers,  et  ses  marchands  échangent  avec  toutes  les  na- 
tions les  produits  de  leurs  industries  mutuelles. 

3*  H  invite  les  hommes  de  toutes  les  nations  à  venir 
le  visiter,  leur  accordant  la  permission  de  voyager  li- 
brement et  de  s'établir  dans  toutes  les  parties  de  son 
territoire,  et  étendant  sur  eux  la  même  protection  que 
sur  ses  concitoyens. 

4*  Nous  avons  des  dollars,  du  fer,  des  habille- 
ments, etc. ,  que  nous  échangeons  pour  du  poivre  ,  du 
café,  etc. ,  de  votre  pays.  C'est  pourquoi  nous  deman- 
dons la  permission  d'en  apporter  ici,  et  nous  voudrions 


(  8«  ; 

que  vous  disiez  à  quelle  époque  et  en  quelle  quanlilé 
vous  pourriez  fournir  vos  productions. 

5^  Nous  viendrons  régulièrement»  si  nous  obtenons 
ces  renseignements  ;  nous  prendrons  de  vous  tous  vos 
produits  superflus,  et  nous  vous  demandons  de  nous 
dire  ce  que  vous  voudriez  en  échange. 

6<>  S'il  vous  était  plus  agréable  que  notre  commerce 
continuât  journellement ,  et  ne  fût  pas  interrompu  par 
chaque  départ,  nous  établirions  ici  un  agent  qui  rési- 
derait avec  vous. 

y^  Nous  avons  encore  dans  notre  pays  des  hommes 
très  habiles  à  guérir  les  maladies;  voulez- vous  que 
nous  en  amenions  pour  rester  auprès  de  vous? 

8^  Nous  avons  des  livres  écrits  dans  la  langue  de 
notre  pays,  qui  sont  remplis  de  sagesse  et  de  sciences; 
nous  y  apprenons  qu'on  est  plus  heureux  en  donnant 
qu'en  recevant.  Voulez-vous  que  nous  vous  amenions 
quelqu'un  capable  de  vous  enseigner  ces  sciences  ? 

9°  Notre  gouvernement  a  l'usage  d'envoyer  au-de« 
hors  des  consuls.  Si  vous  désiriez  qu'on  en  envoyât  un, 
nous  porterons  vos  lellres  pour  cet  effet  à  notre  pré- 
sident. 

lo*  Lorsque  nous  serons  partis,  si  quelque  autre 
vaisseau  de  notre  pays  venait  vous  visiter,  ou  s'il  faisait 
naufrage  sur  vos  côtes,  nous  vous  demandons  de  Tac- 
cueillir  avec  bienveillance.  Si  quelqu'un  de  l'équipage 
se  conduisait  mal,  nous  vous  prions  de  ne  pas  confon- 
dre l'innocent  avec  le  coupable ,  car  vous  savez  qu'il 
y  a  dans  toutes  les  nations  des  hommes  méchants. 


Après  avoir  ainsi  fait  connaître  l'objet  de  l'expédi- 
tion ,  nous  allons  indiquer  la  route  qu'elle  a  suivie , 


(  »9) 
OU  du  moins  les  notes  que  M.  Lays  a  données  sur  son 
▼oyage  ;  mais  on  doit  avouer  que  son  but  principal 
étant  de  répandre  la  Bible  parmi  les  peuples  qu'il  vi- 
sitait ,  on  ne  trouve  que  peu  de  remarques  qui  in* 
téressent  réellement  la  géographie. 

UHimmalek  quitta  la  rade  de  Macao  le  5  décembre, 
et  arriva  à  Singapoure  le  i5  ;  le  temps  ne  permit  pas  de 
visiter  l'Ile  d'Uaioan.  Son  séjour  dans  celte  ville  ne 
donne  lieu  à  M.  Lays  à  aucune  remarque  importante. 
Le  3o  janvier ,  le  bâtiment  quitta  Singapoure ,  et  après 
avoir  passé  auprès  des  lies  Garimata ,  il  arriva  le  7  fé- 
vrier en  vue  deTamakeke»  petite  lie  basse  et  sablon- 
neuse couverte  d'arbres  et  de  buissons  parés  de  la  plus 
belle  verdure,  quoique  le  sol,  qui  parait  être  madré- 
porique ,  semble  peu  propre  à  la  végétation.  Cette  lie 
est  peu  éloignée  de  la  côte  de  Gélèbes.  UHimmaleh  se 
dirigea  ensuite  sur  Macassar ,  où  il  mouilla  le  1  o  fé- 
vrier. L'accueil  que  l'on  reçut  du  gouverneur  hollan- 
dais fut  très  amical  »  et  H.  Lays  trouva  un  graiid  débit 
de  ses  Bibles ,  et  surtout  de  deux  petits  traités  impri- 
més en  caractères  bugis  qui  plurent  fort  aux  habitants. 
M.  Lays  donne  quelques  détails  sur  les  habitants  de 
Célèbes»  et  particulièrement  de  Macassar.  Vers  le  mi- 
lieu du  XVII*  siècle,  les  Macassarois  atteignirent,  dit-il, 
le  plus  haut  degré  de  prospérité  maritime  ;  leur  com- 
merce s'étendait  dans  les  parties  les  plus  éloignées  de 
l'Archipel,  et  ils  firent  la  conquête  des  lies  Bouton  et 
Hylla ,  à  la  côte  est  de  Gélèbes  ;  mais  au  commence- 
ment du  xviii«  siècle  ils  furent  subjugés  par  les  Hol- 
landais et  leurs  alliés  les  Bugis,  qui  avaient  toujours 
été  jaloux  de  leur  puissance.  Cependant,  quoique  sou- 
mis, les  Macassarois  n'en  conservent  pas  moins  une 
certaine  fierté,  c  Nous- sommes  l'ancien  peuple,  »  di- 


sait  on  «Teox  d*aD  Ion  fif  à  queli|a*iin  qui  lui  disait 
que  M.  Lajs  avait  apporté  des  livres  bi^îs,  voulant 
faire  entendre  par  là  qo*on  aurait  dû  penser  à  eoz 
avant  les  aoires.  Les  Bogis  sont  an  nombre  de  plosiears 
mille  aux  environs  de  Macassar»  mais  leor  ré^dence 
esl  dans  la  baie  de  Boni  ;  ib  forment  une  coofédération 
qoi  présente  un  corioux  mélange  de  despotisme  et  de 
liberté ,  car  les  souverains  bérédîlaires  de  buit  États 
tonnent  on  conseil  qoi  exerce  les  fonctions  do  gouver- 
nement de  l'Lnion ,  et  qui  choi^ssent  on  d'entre  eux 
poor  président.  Cependant  l'amoor  et  le  respect  poor 
one  famille  portent  tou)ours  le  dM»ix  do  président  dans 
cette  seole  famille. 

L'Uima%aleh  quitta  la  rade  de  llacassar  le  6  mars . 
et  longeant  la  côte  méridionale  de  Célèbes»  il  relâdia 
à  Bontain,  dont  IL  La}  s  donne  one  descnptioo  soc- 
dncle.  U  alla  vi»ter  one  cascade  située  à  qoelques  mil- 
les de  la  ville,  et  qooiqo*il  éproovât  beaocoup  de  peine 
pour  j  arriver  et  regrettât  qoelquefois  de  s*étre  mis  en 
roule,  cependant  je  sois  bien  aise  maintenant,  dit-il, 
de  n'avoir  pas  omis  de  viûler  une  si  grande  coriosité. 
11  remarqua  ausâ  que  tons  les  cinq  jours  les  habitants 
arrivaient  de  tous  les  côtés  poor  un  marché  qui  se  te- 
nait dans  l'intérieur  de  la  baie.  Le  langage  des  habi- 
tants est  un  peu  différent  de  celui  de  llacassar;  c'est 
probablement  un  dialecte ,  car  ils  ont  la  face  laige,  le 
nez  aplati  et  la  grande  bouche  des  Macassamis. 
Leur  peau  n'a  pas  cependant  la  rudesse  qui  distingue 
ces  derniers  des  Bugis.  des  Malais  et  des  Javanai5^ 
Quant  à  leur  industrie,  on  en  rit  peu  de  marque.  Mais, 
dit  l'auteur ,  s'il  plaisait  k  Dieu  de  les  délivrer  de  Top- 
pression  des  Européens,  une  nouvelle  sphère  d'activité 
donnerait  sans  doute  essor  i  leur  industrie,  et  des 


L 


(3.  ) 

missionoaires  habiles  pourraient  essayer  de  leur  don  - 
oer  une  meilleure  direction. 

De  Bontain,  VHimmaIeh  se  rendit  à  Teroate,  en 
passant  auprès  des  lies  Salayer^  Bouton  et  Hula. 
M.  Lays  visita  le  volcan  de  Ternate,  dont  il  trouva  le 
cratère  plein  d*eau,  d'où  s'échappaient  continuellement 
delà  fumée  et  des  vapeurs.  Ici,  dit  M.  Lays,  l'usage 
du  kris  est  abandonné,  mais  on  ne  doit  pas  regarder 
cela  comme  le  signe  d'une  civilisation  plus  avancée,  ou 
Gomme  l'effel  d'une  protection  des  lois  plus  efficace. 
Leurs  propres  chefs,  eicités  à  détruire  tout  ce  qui 
pourrait  stimuler  leur  industrie  ou  les  encourager  à  se 
confier  à  leurs  propres  ressources,  ont  cherché  à  déra- 
ciner tout  ce  qui  serait  dans  le  cas  de  leur  donner  un 
sentiment  d'indépendance.  Nous  avouerons  que  nous 
avons  peine  à  voir  un  homme  de  paix,  comme  un  mis- 
nonnaire,  paraître  regretter  la  suppression  d'un  usage 
qui  tant  de  fois  donna  lieu  à  des  meurtres ,  et  chercher 
un  motif  de  basse  politique  dans  ce  à  quoi  il  devrait 
applaudir.  Au  reste  ,  M.  Lays  signale  partout  l'oppres- 
sion des  Hollandais,  et  les  obstacles  qu'ils  opposent  à 
toute  instruction  qui  pourrait  développer  les  moyens 
des  peuples  qui  leur  sont  soumis.  Il  est  certain  que  les 
nations  européennes  qui  ont  établi  leur  domination 
dans  des  contrées  lointaines  ne  pourraient  guère  es- 
pérer conserver  leurs  colonies,  ou  plutôt  leurs  con- 
quêtes, si  les  habitants  de  ces  pays  étaient  aussi  in- 
struits et  aussi  habiles  qu'eux  dans  l'art  de  la  guerre, 
tandis  que  les  Américains,  dont  le  système  est  de  com- 
mercer avec  tous  les  peuples  sans  y  établir  ni  forts,  ni 
colonies,  doivent  avoir  intérêt  à  développer  la  civilisa- 
tion de  tous  ceux  avec  lesquels  ils  traitent.  M.  Luys  vi- 
sita aussi  à  Ternate  un  lac  situé  a  ti  ou  7  milles  de  Isi 


(  3«  ) 
ville.  Ce  lac,  profond  d*une  quarantaine  de  mètres,  n*a 
pas  d'issue,  et  se  trouve  plus  élevé  que  la  mer,  ce  qui 
empêcha  de  le  faire  communiquer  avec  elle,  comme 
les  Portugais  avaient  tenté  de  le  faire. 

DeTernate  l'expédition  se  renditau  détroit  de  Basilan 
et  à  Mindanao.  1^1.  Lays  visita  la  ville  de  Zamboanga ,  et 
fit  quelques  excursions  dans  l'intérieur  pour  examiner 
le  pays  sous  la  domination  espagnole  ;  il  lui  parut  ad- 
mirable. Le  peuple  qui  l'habite  est  doux  et  bienveillant; 
il  parle  l'espagnol  avec  assez  de  pureté  >  mais  parait 
misérable.  La  population  de  la  ville  de  Zamboanga  est, 
dit-on ,  de  7,000  âmes  et  la  garnison  de  5oo  hommes. 
L'intérieur  de  la  presqu'île  occidentale  de. Mindanao  , 
derrière  le  territoire  espagnol ,  est  habité  par  un  peu- 
ple non  pas  sauvage  mais  indolent,  et  qui  n'a  aucun 
motif  de  travailler;  car  le  rajah ,  qui  a  seul  le  droit  de 
faire  le  commerce,  s'empare  de  tout  ce  qu'il  peut  pro- 
duire. 

En  quittant  Mindanao,  M.  Lays  se  rendit  à  Bornéo, 
et  VJIimmaleh  vint  mouiller  dans  la  rade  qui  se  trouve 
devant  l'embouchure  de  la  rivière  de  Bornéo.  Cette 
rade  est  abritée  du  côté  de  la  mer  par  la  longue  lie  de 
Labuan  et  deux  ou  trois  Ilots  couverts  d'arbres  touffus. 
Dans  des  temps  plus  prospères  ,  elle  était  couverte  de 
navires  du  pays  et  de  jonques  chinoises,  mais  les  temps 
sont  bien  changés.  La  ville  de  Bornéo,  comme  les  au- 
tres établissements  malais  ,  a  perdu  ses  richesses,  son 
activité  et  sa  population,  et  ce  n'est  plus  que  très  ra- 
rement que  les  jonques  chinoises  et  les  vaisseaux  de 
Macao  et  de  Manille  font  apparition  dans  cette  rade. 

M.  Lays  resta  quelque  temps  dans  la  ville  de  Bornéo  : 
aussi  donne-t-il  des  détails  assez  circonstanciés  sur  le 
pays.  Il  eut  occasion  de  reconnaître  une  veine  assez 


(53  j 

puissante  de  charbon  de  terre  située  h  «  rtiîlles  de   la 
riîiére  dans  un  lieu  àonl  il  indique   la  position.  Les 
maisons  de  la  ville  sont  des  deux  côté»  de  la  rivière  ; 
leurs  pieds  sont  pour  la    plupart  dans  l'eau.  Il   es- 
liroe  qu'elles  sont  au  nombre  d'environ  760  au  sud 
elSooà  Test,  ce  qui  peut  représenter,  dit-il,  iu,âoo 
hâhilanls  ;   en  outre    dans  d'autres   quartiers   on  en 
compte    encore  davantage.  En   t(tut  il  pense   que  la 
ville  et  les  environs  doivefnt  présenter  une  population 
de  3o, 000  âmes  au  moins,  qui,   d'après  leur  dire, 
proviennent  d'une  migration  de  Malais  qui  eut  lieu  il 
y  a  environ  600  ans  ,  et  partit  do  Johore  à  l'extrémité 
sud-est  de  la  presqu'île  de  Malacca.  MM.  Lay»et  Dickio-. 
son  résidèrent  quelque  temps  danslepalais  du  sultan, 
qui  aurait  bien  voulu  les  retenir;  mais  il  n'osa  pas, 
et  se  contenta  de  leur  proposer  de    rester  avec  lui. 
H.  Lays  ne  fait  pas  une  peinture  très  avantageuse  de 
ce  sultan ,  qu'il   représente  comme  occupé  unique- 
ment à  extorquer  de  ses  sujets  tout  ce  qui  peut  avoir 
quelque  valeur,  et  qui  se  trouve  entièrement  sous  la 
dépendance  d'un  ministre ,  Muda  Hasim,  qui  est  à  la 
tète  de  toutes  les  affaires  publiques ,  et  qui  parut  à 
M.  Lays  un  homme  très  remarquable.  Le  but  du  voyage 
de  VHimmaleh  était  principalement  d'établir  des  rela- 
tions commerciales  avec  ce  pays.  L'importance  de  cet 
établissement  paraissait  d'autant  plus  grande  que  tout 
le  contoar  de  la  belle  et  intéressante  lie  de  Bornéo  est 
investi  et  comme  gardé  par  les  Hollandais,  excepté  seu- 
lement dans  ce  point,  et  qu'ils  s'opposent  avec  la  plus 
jalouse  persévérance  à  tout  ce  qui  pourrait  porter  bé- 
néfice aux  naturels.  Le  seul  port  de  Bornéo  est  en- 
core libre;  la  rivière   qui  y  débouche   traverse  une 
grande  étendue  de  pays,  et  le  sultan  parait  avoir  une 

XTII.    JAIfVIBR.    3.  3 


(54) 

grande  influence  surtout  Tintérieur  ,  dont  les  moeurs 
semblent  s'adoucir.  Ce  qui  arriva  pendant  le  séjour  de 
rHimmaleh  confirme  cette  opinion;  car  un  certain 
nombre  de  députés  ou  de  commissaires,  si  on  peut 
s'exprimer  ainsi ,  vinrent  soumettre  à  la  décision  du 
sultan  une  question  de  division  de  territoire.  Ces  dé- 
putés venaient  de  loin;  ils  avaient,  disaient-ils,  mis 
un  mois  en  route.  Leur  extérieur  était  sauvage  et  gros- 
sier, leurs  traits  fortement  prononcés;  ils  portaient 
pour  ornements  d'oreilles  et  pour  collier  des  dents  de 
tigre,  et  avaient  une  coiffure  emplumée. 

Quoique  M.  Lays  regardât  comme  très  important  de 
distribuer  des  Bibles  parmi  ces  peuples  »  et  qu'il  lui 
en  fût  demandé  même  par  le  sultan  et  son  ministre , 
le  capitaine  ne  voulut  jamais  permettre  d'en  débarquer 
une  seule ,  ce  qui  contraria  beaucoup  le  pauvre  mis- 
sionnaire, qui  fut  obligé  de  se  contenter  de  distribuer 
force  médecine  ;  car  c'est  une  sorte  de  passion  à  Bornéo 
que  de  prendre  des  drogues.  Si,  dit-il,  dans  une  nom- 
breuse société,  quelqu'un  se  plaint  d'un  rbume  et  par- 
vient à  obtenir  du  docteur  quelque  chose  pour  le  guérir, 

tousles  autres  se  sentent  tout-à-coup  malades  commepar 
sympathie,  et  il  n'y  en  a  aucun  qui  ne  se  crût  traité 
avec  une  grande  inhumanité  s'il  n'emportait  dans  sa 
poche  une  dose  de  médecine. 

Une  singularité  très  remarquable  à  Bornéo  »  est  un 
marché  flottant,  composé  d'une  multitude  de  canots 
qui  vont  de  maison  en  maison ,  des  deux  côtés  de  la 
rivière ,  pour  offrir  leurs  marchandises.  La  monnaie , 
au  reste ,  n'est  pas  d'un  usage  bien  commode ,  car  elle 
consiste  ordinairement  en  grands  morceaux  de  barres 
de  fer  sans  aucune  marque.  Si  on  en  juge  par  cette  gros- 
sière méthode»  on  doit  conclure  que  ce  peuple  doit  être 


(56) 

exempt  du  défaut  d'entasser ,  et  heureux  au  moins  sous 
ce  point  de  vue.  Hais,  d*un  autre  côté,  la  grossièreté 
de  la  monnaie  ne  promet  pas  un  grand  goût  pour  les 
autres  0(b)ets  :  aussi  tout  y  est-il  assez  mal  fait. 

Les  habitants  de  Bornéo  ne  connaissent  guère  les 
aisances  de  la  vie  ;  une  natte  pour  se  coucher ,  un  peu 
de  riz  et  quelques  poissons  qu'ils  mangent  avec  leurs 
doigts  t  et  une  coquille  de  coco  pour  prendre  de  Teau, 
voilà  tout  ce  dont  ils  ont  besoin.  Ils  mettent  cependant 
un  peu  plus  de  raffinement  dans  leurs  habits ,  et  les 
femmes  surtout,  dans  leurs  harems,  tâchent  d'imiter 
autant  qu'il  leur  est  possible  les  modèles  européens 
qu'elles  peuvent  se  procurer. 

Leur  instruction  doitnécessairementétre  très  bornée* 
c'est  principalement  dans  leurs  communications  avec 
Singapoure  qu'ils  tirent  le  peu  qu'ils  savent.  Cependant 
ib  ont  une  poésie  et  des  romans  où  leur  histoire  est 
mêlée  à  une  foule  de  fables  et  d'absurdités.  Us  portent 
presque  tous  des  amulettes  auxquelles  ils  attribuent 
de  grandes  Tertu s.  Quoique  mahométans,  ils  né  pa* 
raissent  pas  fanatiques  de  leur  croyance  »  et  invitèrent 
plusieurs  fois  MM.  Lays  et  Dickinson  a  assister  à  leurs 
céréntooies. 

Les  notes  de  M.  Lays  sur  son  voyage  ne  s'étendent 
pas  plus  loin.  On  trouve  à  la  suite  quelques  remar- 
ques sur  la  météorologie  de  ces  contrées,  mais  sans  ob- 
servations; sur  la  musique  et  sur  quelques  animaux  ou 
plantes  observés  à  Bornéo,  à  Zamboanga  et  à  Ma* 
cassar. 

Le  premier  volume  de  l'ouvrage  que  nous  analysons 
contient,  comme  nous  l'avons  dit  précédemment ,  un 
voyage  au  Japon  exécuté  en  1857,  pour  y  ramener  des 
malheureux  qui ,  après  avoir  fait  naufrage,  les  uns  sur 


(56  ) 

les  côtes  de  l'Atnèrique  septentrionale,  les  autres  sur  la 
côte  nord  de  Luçon,  se  trouvaient  réunis  a  Macao  sous 
la  protection  do  révérend  C.  Gutzlaff»  qui  cberchait 
les  moyens  de  les  rapatrier.  M.  King,  armateur  amé- 
ricain ,  alors  en  Chine ,  se  chargea  de  cette  commis- 
sion, et  c'est  lui  qui  en  a  donné  le  récit.  M.  S.  W.  Wil- 
liam, membre  de  la  mission  américaine,  et  leD'  Parker 
voulurent  bien  s'adjoindre  à  lui.  Pour  ne  donner  aucun 
soupçon  aux  Japonais,  il  fut  résolu  que  le  M^rison  , 
navire  de  564  tonneaux ,  commandé  par  le  capitaine 
logersoll,  qui  était  destiné  à  ce  voyage,   ne  serait  pas 
armé   et  ne  porterait  aucun  livre  chrétien ,  afin  d'é- 
diter toute  distribution  pendant  le  voyage.  La  cargai- 
son qu'on  y  embarqua  fut  composée  de  marchandises 
anglaises  et  hollandaises,  de  peu  de  débit  alors  en 
Chine;  enfin  ,  pour  ne  laisser  aucun  doute  sur  les  in- 
tentions pacifiques  de  ce  bâtiment,  M.  King  y  embar- 
qua sa  femme.  Il  restait  ft  déterminer  vers  quel  point 
on  se  dirigerait.  On  sait  que  le  port  de  Nagasaki  est  le 
seul  qui  soit  ouvert  au  commerce  étranger  ;  il  eût  donc 
été  naturel  d'y  aller;  mais  d*un  autre  c6té  la  présence 
des  Hollandais  dans<:e  port  ne  rendait  pas  convenable 
de  choisir  ce  lieu  pour  débarquer  les  Japonais,  et  en- 
core moins  pour  entamer  quelque  négociation  en  fa- 
veur des  Américains.  Jamais  un  Hollandais  ne  se  sou- 
cierait de  voir  arriver  un  compétiteur  américain.  Mais 
comme  le  premier  ob)et  du  voyage  était  de  remettre 
à  l'empereur  du  Japon  quelques  uns  de  ses  sujets,  où 
pouvaient-ils  plus  convenablement  être  débarqués  qu'à 
la  résidence  impériale  même?  Il  fut  donc  résolu  de  se 
rendre  dans  la  baie  d'Yedo. 

Les  motifs  de  ce  voyage  ,  dont  nous  venons  de  don- 
ner l'exposé,   sont  contenus  dans  la  préface  de  ce 


(57  ) 

volume.  M  King,  dans  un  chapitre  d'introduction,  donoe 
ensuite  riùstoire  de  toutx'S  les  tentatives  qui  ont  été  faites 
par  les  Portugais,  les  Espagnols,  les  Hollandais^  les  An- 
glais et  les  Russes  pour  établirdes  conamunications  avec 
ce  pays,  depuis  le  milieu  de  xvi«  siècle»  où  saint  Fran- 
çois Xavier  y  prêcha  la  religion  chrétienne,  jusqu'à 
DOS  jours*  Il  ajoute  que  quelques  baleiniers  américains 
avaient  cherché  à  se  procurer  des  vivres  dans  les  ports 
de  la  côte  est  de  Niphon»  mais  avec  si  peu  de  succès  que 
ces  tentatives  n'avaient  guère  été  renouvelées.  C'était 
donc  une  entreprise  d'une  grande  importance  pour  les 
États-Unis  de  tâcher  de  se  faire  recevoir  amicalement. 
Le  JUorrûon  p^riii  de  Macaole  5  juillet  1837.  L'équi- 
page se  composait,  y  compris  le  D'  Parker,  M.  Wil- 
liam el  les  7  Japonais,  de  38  personnes ,  auxquelles 
M.  Gtttzlâff  devail  s'adjoindre  aux  lies  Loo-Ghoo,  où 
il  avait  dû  être  transporté  par  le  brick  anglais  /e  Ral^gh. 
Le  capitaine  aurait  voulu  visiter  les  lies  Tabago-Xima, 
mais  il  en  fut  empêché  par  le  mauvais  temps ,  qui  ne 
lui  permit  pas  non  plus  d'approcher  de  l'Ile  Typinsan  à 
moins  de  8  milles  ;  toutefois  il  détermina  la  position 
de  la  pointe  E.  de  cette  dernière,  et  trouva  lat.  24°  &6' 
N.,  et  long.  I3â*a5'  E.  de  Gr.,  ou  i23°  5'  E.  de  P. 
Enfin,  après  une  traversée  assez  pénible,  le  Morrison 
mouilla  le  1 1  dans  la  rade  de  Napakiang ,  où  il  fut 
reçu  »  comme  l'avaient  été  les  capitaines  Hall  et  Bee- 
chey,  avec  bienveillance,  mais  avec  soupçon.  Pen- 
dant son  séjoiur  en  ce  lieu  pour  attendre  l'arrivée  du 
Raleigh^  M.  King-  ne  put  guère  visiter  le  pays.  Tout 
prouve  cependant,  dit-il,  la  vérité  de  Topinion  émise 
par  M.  Klaprotb  et  Golowin,  que  les  relations  qui 
existent  entre  Loo  Choo  et  la  Chine  sont  purement  no- 
minales, et  que  ces  lies  sont  réellement  sous  la  dqmi* 


(  5S) 
nation  japonaise.  Les  habitants  sont  sans  doute  trop- 
faibles  pour  empocher  les  étrangers  de  communiquer 
avec  eui;  mais  ils  ne  les  reçoivent  évidemment  que 
malgré  eux ,  craignant  d'offenser  leurs  supérieurs. 

Le  Ralei^  étant  arrivé ,  M.  Gutzlaff  passa  à  bord  da 
iMormon,  qui  quitta  la  rade  de  Napakiang,  le  i  S  juillet. 
Nous  trouvons  à  la  fin  de  ce  chapitre  la  note  suivante 
qui  n'est  pas  sans  intérêt. 

«Le  brick  de  S.  M.  B.  le  Baleigh  devait  partir  le  len- 
demain pour  les  lies  Bonin ,  qui  gisent  à  800  milles 
à  TE.  de  la  pointe  N.-E.  de  Loo-Choo»  et  sur  lesquelles 
plusieurs  de  nos  lecteurs  ignorent  peut-être  qu'une  pe- 
tite colonie  a  été  établie  sous  la  protection  de  la  Grande- 
Bretagne.  Ces  tles  ont  été  décrites  par  le  capitaine 
Beechey,  qui  les  visita  en  18^7.  Il  est  encore  incertain 
si  c'est  le  groupe  que  les  Japonais  découvrirent  en  1 675 
et  sur  lequel  ils  formèrent  plus  tard  un  établissement 
de  déportation.  S'il  en  était  ainsi  >  l'établissement 
aurait  été  abandonné  postérieurement;  car  elles  étaient 
encore  littéralement  inhabitées  ,  ce  que  veut  dire  le 
mot  Bonin  [Woo-jin^  sans  homme)  quand  elles  furent 
redécouvertes  en  i883  parle  capitaine  Coffin. 

>  On  dit  que  le  Baleigh  trouva  cette  petite  colonie 
dans  un  état  si  misérable,  que,  si  l'on  ne  fait  pas  quel- 
que chose  pour  augmenter  le  nombre  des  habitants 
et  surtout  pour  améliorerleur  caractère,  ces  Iles  auront 
droit  encore  une  fois  à  leur  nom  primitif.  Cependant 
l'Angleterre  doit  prendre  des  mesures  pour  soutenir 
cette  colonie  à  cause  de  sa  proximité  du'Japon.  » 

Le  Morrison^  dans  sa  traversée  de  Loo-Ghoo  à  Yedo, 
reconnut,  le  17  juillet,  une  petite  lie  que  M.  King croit 
avoir  échappé  aux  recherches  des  navigateurs  précé- 
dents» Â  moins,  dit-il,  que  ce  ne  soit  l'Ile  Wukido» 


(39)  • 
Elle  se  Irouverait ,  d'après  nos  observations,  24  milles 
plus  à  1^.  qu'elle  n'est  marquée  sur  les  cartes.  Le  s5 
juillet ,  on  éprouva  un  courant  qui  portait  au  S.«0. 
avec  une  Force  de  1  m.i/d  à  l'heure.  Pour  se  soustraire 
à  son  action .  le  capitaine  se  rapprocha  des  côtes  du 
Japon  f  où  il  trouva  en  effet  un  courant  qui  le  porta 
au  N.-E.  de  55  milles  en  24^.  Le  ag,  on  aperçut  le  cap 
Too-Toomy,  puis  le  cap  hou,  situé  à  l'entrée  de  la 
profonde  baie  d*Yedo  ;  le  3o  on  était  en  vue  du  cap 
Souzaki ,  qui  forme  la  limite  de  la  baie  vers  l'Ë.  A  midi 
on  entrait  dans  le  détroit  qui  forme  l'entrée  de  la  baie 
intérieure  au  fond  de  laquelle  se  trouve  la  ville.  C'est 
un  vaste  bassin  de  plus  de  60  milles  de  circuit,  mais 
peu  profond.  Le  capitaine  avait  l'intention  d'aller 
mouiller  dans  le  port  Ouragnwa ,  où  les  jonques  s'ar- 
rêtent pour  être  visitées;  mais  déjà  un  coup  de  canon 
s'était  fait  entendre  dans  le  N. ,  un  autre  coup  dont  le 
boulet  porta  à  moitié  chemin  de  la  terre  au  navire,  enga* 
gea  à  jeter  l'ancre  dans  une  petite  baie.  Bientôt  une  mul- 
titude de  bateaux  s'approchèrent,  et  le  pont  du  navire 
fut  couvert  de  plus  de  200  Japonais.  On  les  reçut  bien 
et  on  les  laissa  visiter  le  bâtiment,  afin  de  leur  prouver 
qu'il  n'était  pas  armé;  cependant  on  ne  leur  fit  pas  voir 
les  Japonais  qu'on  amenait ,  car  le  capitaine  voulait 
que  les  papiers  qu'il  avait  fait  dresser  pour  expliquer 
sa  mission  fussent  remis  avant  tout  au  gouvernement 
dTedo.  Aucun  officier  ne  se  présentant,  on  fut  obligé 
de  les  remettre  à  l'individu  qui  parut  avoir  la  meil« 
leure  mine.  On  avait  demandé  aux  naufragés  japonais 
à  quoi  on  pourrait  reconnaître  un  officier;  leur  réponse 
fut  :  «Si  vous  voyez  venir  à  bord  un  homme  qui  trem- 
ble beaucoup  ,  c'est  un  mandarin.tLa  soirée  fut  très 
pluvieuse  et  la  nuit  orageuse.  On  attendait  le  jour  avec 


impatience,  espéranlqu'il  amènerait  quelque  visite  im- 
portante, quand  tout-è-coup  une  batterie  de  deux  ou 
de  quatre  canons  qu'on  avait  établie  sur  la  côte  pen- 
dant la  nuit ,  commença  à  faire  feu.  Le  navire  avait 
son  flanc  opposé  à  la  côte,  les  boulets  passèrent  bien- 
tôt par  dessus;  force  fut  donc  de  lever  l'ancre  promp- 
tement  et  de  s'éloigner;  heureusement  un  seul  boulet 
atteignit  le  navire  ,  mais  fit  peu  de  dommage.  Dans 
cette  circonstance  il  était  inutile  de  chercher  à  demain- 
der  raison  de  ce  traitement  barbare. Certes ,  si  on  avait 
eu  des  canons  à  bord  »  on  aurait  répondu  vigoureuse- 
ment; mais  une  tentative  de  pourparlers  était  évidem- 
ment inutile  ;  on  avait  dû  recevoir  à  la  ville  et  les  pa- 
piers envoyés  et  les  rapports  de  ceux  qui  étaient  venus 
à  boi*d  ;  il  ne  restait  donc  aucun  doute  sur  la  volonté 
de  repousser  toute  communication;  dès  lors,  on  ne  pou- 
vait songer  qu'à  ^'éloigner,  et  les  Japonais  eux-mêmes, 
à  qui  on  avait  proposé  de  débarquer  •  demandèrent 
instamment  qu'on  les  emmenât.  Le  capitaine  résolut 
donc  de  se  retirer  et  de  faire  une  tentative  sur  un  point 
plus  éloigné  de  la  capitale. 

En  s'éloignant  d'Yedo  où  la  réception  avait  été  si  peu 
amicale  ,  le  Morrison  se  dirigea  sur  la  baie  de  Kago- 
siœa,  située-  sur  la  côte  S.  de  l'île  de  Satsuma.  Cette 
Ite  est  la  résidence  d'un  des  plus  puissants  princes  du 
Japon,  et  on  espérait  trouver  en  lui  un  peu  plus  d'indé- 
pendance. On  prépara  donc  un  écrit  pour  lui  remettre 
et  lui  faire  connaître  dans  quoi  but  on  s'était  présenté. 
•  S'il  plaisait  au  prince ,  était  il  dit  dans  cet  écrit,  que 
les  marcliands  américains  fussent  reçus  dans  un  des 
poris  de  sa  domination  «  comme  les  Hollandais  le  sont 
à  Nagasaki,  on  ne  doute  pas  que  ce  privilège  ne  lui  soit 
accoidé  par  l'empereur.   Les  marcliands  américains 


(  4.  ) 

sont  des  gens  honorables  el  pucifi'|ues  ,  leurs  navires 
sont  pourvus  des  plus  riches  cargaisons.  La  gloire  du 
prince  de  Satsuma  et  le  bonheur  de  son  peuple  ne 
pourraient  que  gagner  dans  des  relations  avec  eux.  • 

Le  9  août,  le  Monison  doulxlait  le  cap  Misaki  (Tschit- 
sdiagoffde  Krusenstem)  et  entrait  dans  la  baie  de 
Kagosima.  Pour  éviter  toute  erreur,  deux  des  Japonais 
furent  à  terre  et  firent  le  récit  de  ce  qui  leur  était  ar- 
rivé; leur  histoire  tira  des  larmes  de  tous  les  auditeurs. 
Ln  officier  du  prince  vint  à  bord  ;  on  lui  fit  voir  que  le 
bâtiment  était  tout-à-fait  inoffensif,  el  on  lui  remit  les 
papiers  destinés  pour  le  prince.  La  réception  fut  très 
amicale  ,  et  un  pilote  envoyé  exprès  fit  mouiller  le  bà- 
thnent  sur  la  côte  O.,  devant  le  petit  village  de  Chuge- 
mutze.  Quelque  temps  après,  un  bateau  vintannon** 
cer  que  le  lendemain  an  officier  supérieur  viendrait 
visiter  le  bâtiment  ;  mais  en  môme  temps  le  paquet 
que  l'on  avait  remis  pour  le  prince  fut  rapporté,  ce  qui 
était  de  mauvais  augure.  Cependant  une  foule  d'habi- 
tants vinrent  voir  le  navire  et  furent  accueillis  avec  li- 
béralité ,  quoique  la  plupart  fussent  à  peine  vêtus.  Le 
lendemain  ,  on  aperçut  un  grand  mouvement  sur  fe 
riviige  :  des  officiers  allaient  de  côté  et  d'autre  ;  deux 
camps  étaient  établis  vis-à*vis  le  bâtiment*  Prudem- 
ment,  le  capitaine  fit  tout  apprêter  pour  lever  l'an* 
cre  et  mettre  &  la  voile,  d'autant  plus  que  la  brise  était 
faible.  Bien  lui  en  prit  de  cette  précaution  ,  car  quel- 
ques instants  après  le  feu  commença  d'une  batterie 
de  la  côte.  Heureusement  *les  canons  étaient  de  petit 
calibre,  et  les  boulets  ne  venaient  qu'è  moitié  chemin. 
Dès  lors  cependant  il  fut  reconnu  qu'on  ne  pouvait 
espérer  aucune  communication  amicale  ,  et  on  ne  dut 
plus  songer  qu'à  ramener  en  Chine  les  pauvres  naufra- 


(  4t  ) 

gés,  qui  lémoignaiont  eux-mêmes  une  grande  crainte 
d'être  misa  terre. 

Frustré  dans  l'espoir  d'établir  des  relations  com- 
merciales avec  le  Japon  ,  le  capitaine  IngersoU  se  diri- 
gea sur  les  lies  Loo-Choo,  en  longeant  les  lies  Tanega- 
Sima  ,  Taka  Sima  et  autres  qui  se  trouvent  au  sud  du 
Japon,  il  eut  occasion ,  dans  sa  traversée  •  de  recon- 
naître l'esactitude  de  la  carte  que  Krusenstem  a  donnée 
de  ces  lies ,  à  laquelle  il  ne  trouva  à  ajouter  que  quel- 
ques rochers  situés  au  large  de  Takasima  et  de  Koro-> 
sima.  Il  découvrit  cependant  en  outre  une  massed*îlot& 
de  roches  situées  par  So**  60'  N.  et  lag*  4'  E.  de  Gr. 
1  sG*»  44'  £•  de  P. ,  qui  ne  sont  pas  portés  sur  les  cartes* 
Les  vents  ne  permirent  pas  de  visiter  encore  une  fois, 
comme  il  en  avait  le  projet,  les  lies  Loo-Choo.  Il  fut 
forcé  de  se  porter  le  long  de  la  côte  de  Chine  ,  et  le  sg 
il  mouilla  de  nouveau  dans  la  rade  de  Macao. 

Nous  ne  suivrons  pas  M.  King  dans  le  dernier  chapi- 
tre de  cet  ouvrage.  Il  contient  un  appel  véhément  au 
gouvernement  des  États-Unis  pour  qu'il  demande  satis- 
faction au  gouvernement  japonais  de  l'insulte  faite  au 
lyiorrison, Le  phn  de  conduite  qu'illui  trace  serait  de  dé* 
livrer  lesilesLoo-Choo,  et  autres  situées  au  sud,  del'in^ 
flucnce  du  Japon,  en  bloquant  le  port  de  Ragosima,  qui 
eslleseulqui  soit  en  relation  nvocces  lies.  Enfin  si  le  pou- 
voir exécutif  desÉlats  Tnisne  voulaitrien faire, M.  King 
fait  un  appel  h  la  nation  pour  encourager  les  mission- 
naires protestants,  afin  de  répandre  les  lumières  de 
l'Lvangile  et  les  bienfaits  delà  liberté  sur  les  contrées 
de  l'Asie  orientale.  Ces  sentiments  sont  sans  doute  très 
beaux,  mais  ils  sont  hors  de  notre  domaine  scientifi- 
que. P.  Dausst. 


(  45  ) 


EzTBA.IT  (fwte  lettre  de  H.  h'Abbidib  à  M.  Daussy. 


3foâtaêlwwa ,   2 1  juitiet  t  H4 1 . 

Monsieur  , 

Dès  ma  seconde  entrée  en  Âbyssinie,  je  m'ap- 
pliquai à  l'usage  des  instruments  à  niveau»  et,  bien 
que  j'aie  été  content  des  observations  faites  à  Timpro- 
TÎsle,  }'ai  bientôt  reconnu  qu'il  était  impossible,  d'ici 
à  Gondar,  de  compter  sur  la  stabilité  d'un  instrument 
posé  sur  la  surface  du  terrain.  Pour  cela  il  me  fallait 
d'abord  une  cour  d'où  \e  pusse  éloigner  à  volonté  les 
hommes  et  les  bètes^  puis  il  était  indispensable  de 
faire  garder  l'instrument  la  nui|,  car  les  \oleurs  de 
ces  pays-ci  aiment  le  cuivre  jaune;  enfin  il  fallait  un 
point  d'appui  solide.  N'ayant  jamais  pu  satisfaire  à  ces 
trois  conditions  à  la  /bis,  j'ai  dû  renoncer  à  toutes  les 
observations  qui  supposent  que  le  tliéodollle  ou  la 
lunette  astronomique  n'ont  pas  bougé  pendant  un  in- 
tenalle  donné.  J'ai  été  donc  très  en  peine  pour  lihs 
longitudes.  Les  distances  lunaires  prises  au  cercle , 
quoique  très  bonnes  comme  approximation  ou  con* 
trôle,  varient  assez  entre  elles,  sans  motifs  apparents, 
pour  que  je  n*en  aie  pas  été  très  contenl.  Par  essai, 
j'ai  observé  six  éclipses  des  satellites  de  ^  à  Ailwa; 
mais  les  extrêmes  diffèrent  de  cinquante  et  ime  secondes 
en  temps,  bien  que  j'aie  observé  avec  tout  le  soin  pos- 
sible !  Bien  plus,  leur  moyenne  diffère  de  24'  en  arc 
d'une  occultation  que  j'ai  calculée  quatre  fois  de  peur 
d'erreur.  Le  bureau  des  longitudes  lui-même  ne  se  fâ- 
cherait donc  pas  si  je  n'observe  plus  1^  et  ses  satellites. 


(44) 

Je  ne  compte  plus  que  sur  les  occultations,  parce 
que  mu  lunette,  quoique  très  portative,  est  fort  bonne, 
et  que  ralmospliëre  pure  d'Abyssinie  me  permet  de 
voir  de  très  petites  étoiles  sur  le  bord  obscur  de  la 
lune.  Mais  il  se  présente  ici  un  autre  inconvénient  : 
sur  sept  occultations  que  j*ai  observées  à  Adwa  et  dont 
j'ai  envoyé  les  détails  à  M.  Scbumacher  (  en  lui  de- 
mandant de  me  fuireconnaltrç  la  méthode  de  M.  Slruve), 
je  n*ai  trouvé  qu'une  seule  étoile  dans  le  catalogue  de 
M.  Baily  ;  et  comme  toute  une  carte  est  appuyée  sut 
Adwa,  j'ai  la  mortification  d'avoir  observé  pour  l'ave^ 
nîr  sans  pouvoir  jouir  du  présent;  encore  ai-je  peur 
que  mes  petites  étoihfs  n'aient  pas  été  observées  par 
correspondance  en  Europe,  ou  que  peut-être  on  ne 
les  trouvera  pas  oans  les  catalogues.  D'ailleurs  la  lu- 
mière de  la  lune  est  si  gênante,  et  il  est  si  difiicile  de 
veiller  en  voyage ,  que  je  n'ai  jamais  pu  observer  des 
immersions  sur  le  bord  éclairé  de  la  lune.  Mes  jours 
d'observations  sont  ainsi  réduits  à  quatre  ou  cinq  par 
mois,  ce  qui  est  fort  imparfait.  Tous  ces  inconvénients 
m'avaient  bien  fait  désirer  la  méthode  de  M.  Struve. 
D'après  ce  qu'on  m'en  a  dit  en  Angleterre,  elle  con- 
sisterait à  observer  alternativement  la  lune  et  une 
étoile  voisine ,  près  du  premier  vertical ,  avec  un  bon 
théodolite,  et  le  cas  le  plus  favorable  est  celui  où  la  dé- 
clinaison de  la  lune  est  égale  à  la  latitude,  qu'il  faut 
bien  connaître  d'avance.  Le  résultat  du  calcul  se-* 
rait  r  AA  de  la  lune.  Les  officiers  d'état-major  russes 
emploient  cette  méthode  ,  et' l'on  m'a  dit  que  ces  ré- 
sultats étaient  fort  comparables  à  ceux  des  occultations. 
Un  savant  à  qui  je  proposais  de  me  construire  une 
formule a&  ovo^  me  dit  d'observer  d'abord,  et  qu'il  cal- 
culerait ensuite.  Mais  il  m'est  furt  difficile  de  me  faire 


(  45  ) 

tout-à-faît  machine;  el  d'ailleurs»  lorsqu'on  ne  calcule 
pas  sur  place,  on  suppose  souvent  avoir  très  bien  fait 
une  observation,  entachée  néanmoins  de  quelque  erreur 
qu'on  ne  peut  pas  corriger  ensuite  en  Europe.  Par 
exemple,  j'ai  trouvé  la  latitude  d'Adwa=  14"*  9'  5o'\  à 
%  oa  3^'  près,  et  néanmoinsfut^  observation  que  je  crus 
soignée  me  donna  i4^  1 1'...  sans  doute  par  erreur  de 
lecluri». 

Je  me  rappelle  qu'en  France  vous  me  recomman- 
dates  les  distances  lunaires  au  théodolite.  Je  ne  sais 
comment  je  les  avais  totalement  oubliées.  Si  ma  vue  se 
renforce ,  je  vous  apporterai  quelques  observations  de 
ce  genre.  J'en  ferai  autant  pour  les  longitudes  par  la 
déclinaison  de  la  lune  lorsqu'elle  est  près  de  Téqua- 
teur.  Comme  M.  de  Humboldt  avait  essayé  cette  mé- 
thode» et  qu'on  n'en  parlait  plus,  je  l'avais  crue  trop 
inexacte  pour  en  rien  espérer.  Il  est  vrai  que  ce  savant 
observait  au  sextant,  tandis  qu'avec  mon  théodolite  je 
puis  répondre  de  3  à  4'^  dans  la  hauteur. 

Le  triste  état  de  l'œil  qui  me  reste  ne  m'a  pas  permis 
de  me  livrer  beaucoup  aux  observations.  Voici  tout  ce 
que  j'ai  pu  faire  depuis  le  mois  de  novembre. 

Birberilh ,  sur  la  côte  des  Somal  :  87  novembre 
i84o.  s  hauteurs  du  soleil. 

0       l5"»  4°'  610  30'  \      Q^  «ngl«»  horairrt  donofcrool  l'élit  de  la  fmoDirr  , 

16  59  6a  O  (  OiiniD.  A.  (employé  dan*  rob««rvalioii}.  8%  99  m  19  •  S 

i8  12.4  ^^  ^O  (Cbrnn,  D 5    bi»      00 

19  24.8  63  O  ;                                           Différ^f.     ..4M      «9.» 

Thermomètre  2y^  o 

Même  lieu  3  29  novembre  i84o,  à  8"  4"  5o"  du 
chrnn.  A,  j'ai  observé  l'immersion  d'une  très  petite 
étoile  (  7  à  8*  grandeur)  à  peine  plus  brillante  que  la 
lumière  cendrée^  L'immersion  eut  lieu  à  environ  5 10* 


(46  ) 

du  disque  lunaire  comptés  du  N.  vers  TE.,  incertî-»  ' 
Ulude  de  2  secondes.  Aussitôt  après  je  comparai  les 
chronomètres. 

Chron.  A.  fl>>     7"»  3i»4 
—     D.  5     33     3o.o 

Même  lieu  ^  5o  novembre»   bauleurs  correspoo- 
dantesdu  soleil  le  soir  très  gêné  par  le  vent(cbron.A.). 

Uatin.  Soir. 

8*»   I7"  a4'C)    61»   3o"  3o'.  3>»  6«    a'a 

fbron.  A.    .     ,  S  b  tS  m  Se 
*Cbrt>n.  I).  .    .  •    ftO 


18  36  0 

6a 

0 

4 

48.8 

19  52.4 

6a 

3o 

3 

38.0 

ai   6.8 

63 

0 

a 

aS.a 

aa  16.0 

63 

3o 

1 

10.8 

Therm.  a8  • 

8 

Tli< 

?rm. 

3oG  0 

Diaprés  des  hauteurs  du  soleil  hors  du  méridien ,  la 
latitude  de  Bârberâh  serait  lo*  26'  5o*',  et  par  des  dis* 
tances  lunaires  sa  longitude  serait  2**  58*"  i5'  0*  de 
Greenwich. 

Toudjourâh  (  T'  mars»  20  hauteurs  de  Canopus 
prises  autour  du  méridien  et  calculées  par  la  formule 
de  D'Iambre  m'ont  donné  pour  latitude  de  ce  lieu 

Mi  me   lieu  ^  24  mars,   doubles  hauteurs  du 
(  cbron.  A). 

7»»   59»»  48«a        85*»     o-     \  • 

~      '  <*.hroiioiu.  A.     .  0  b  7  m  18  9 

—        B.    .  1    •       0.0 


8   I  5i.8 

86   0 

8   5  17.8 

87  40 

Thcrin.  a9«  8 

Même  lieu  27  mars  1841.  J'ai  observé  l'immer- 
sion d'une  étoile  de  7*  grandeur  (  environ  )  derrière  le 
bord  obscur  de  la  lune  à  environ  4^^  de  la  corne  du 
croissant  comptés  du  N.  vers  l'E.  (dans  la  lunette  qui 
renverse);  l'incertitude  est  de  2  à  3  secondes;  l'étoile 
parut  attachée  nu  bord  de  la  lune  pendant  plus  de  3o  se- 


47  ) 

condes;  elle  était  ronde  et  bien  définie,  la  lumière  cen- 

■ 

drée  faible.  L'immersion  cul  lieu  à  711 3*  l^o\  o.diiclirc- 
nomètreB.  Aussitôt  après  je  comparai  les. montres. 

Chron.  B.  7*»    11*     o«o 
—     A.  6       3     34.8 

Même  lieu  ©  «iSmars,  2  hauteurs  du  soleil  Chron.  A 
probablement  (carj'ai  oublié  de  noter  lequel). 


8«»    32«   52»2 

loa*» 

48- 

1 1 
ao 

36       1.8 

104 

20 

0 

f  Cliron.  A.    9b1in34W0 

38      7.8 

io5 

ao 

39     3o.a 

106 

0 

>      ~      B.  10    4        4.4 

4o     53.a 

106 

40 

4a     16.2 

107 

ao 

1 

Les  obseryalions  du  soleil  à  Toudjourâhont  été  faites 
par  mon  frère  à  cause  dé  Télat  de  ma  vue;  il  y  a  aussi 
observé  cinq  séries  de  dislances  lunaires  que  je  n'ai 
pas  encore  calculées. 

Vous  serez  sans  doute  tenté  de  me  demander  com- 
ment j'ai  pu  passer  cinq  mois  à  B^rber^h  et  Toudjou- 
rSh  :  j'ai  parlé  bien  longuement  de  la  cause  étrange 
qui  m'y  a  forcé,  dans  une  lettre  adressée  de  Hodaydah 
à  rUniifers ,  journal  quotidien  qui  se  publie  à  Paris. 
Si  celle  lettre  vous  tombait  entre  les  mains,  vous  ver- 
riez comment  les  Anglais  m'ont  transformé  en  un 
agent  de  la  politique  secrète  de  S.  M.  le  roi  des  Fran- 
çais Cette  absurde  notion  des  Anglo-Indiens  m'a  fait 
perdre  presque  une  année  entière. 

H.  de  Goutyn ,  agent  consulaire  de  France  à  Mou*- 
saawwa,  m'a  montré  la  carte  réduite  de  la  mer  Rouge^ 
publiée  par  le  dépôt  de  la  marine.  Je  ne  sais  vraiment 
comment  je  ne  vous  ai  jamais  parlé  de  ce  travail  que 
je  comptais  provoquer  à  Paris.  J'ai  consacré  beaucoup 
de  temps  à  corriger  la  carte  des  Anglais ,  qui  est  loin 
d'être   parfaite.  Parmi  les  oublis  est  1°  un  port  au  N. 


(  48  ) 

de  Ckosayr,  où  j'ai  trouvé  refuge  contre  une  tempête  ; 
2''  un  lieu  près  Yambo  (  Yambé),  marqué  5o  fathoms, 
où  j'ai  passé  la  nuit  à  l'ancre  entre  deux  beaux  rocbers 
à  fleur  d'eau  :  ce  lieu  d'ancrage  est  connu  de  tous  les 
pilotes  arabes  ;  3^  un  bon  ancrage  découvert  par  un  bâ- 
timent anglais,  et  néanmoins  oublié  dans  la  carte  an- 
glaise. La  nomenclature  de  la  carte  anglaise  est  surtout 
au  rebours  du  bon  sens,  et  dans  cette  partie  seulement 
j'ai  environ  huit  cents  corrections  à  proposer.  Telle 
que  les  Anglais  nous  l'ont  donnée,  elle  est  presque 
inutile  à  tout  capitaine  d'Europe  qui,  prenant  un  bon 
pilote  arabe  à  Mokba  ou  à  Hodaydab ,  voudrait  raser 
une  côte  ou  reconnaître  une  lie  ou  un  écueil..  Qui 
s'imaginerait,  par  exemple,,  que  l'Ile  Wussaleat  doit 
se  prononcer  Fasaliate?  que  cape  Benass  est  là  pour 
cap  Bernasse  (Bérénice)  ? 

Dans  mes  courses  récentes  chez  les  A'fôr  (  Danakil 
ou  Ouda'elj  j'ai  encore  recueilli  un  très  grand  nombre 
de  noms  de  lieux  sur  la  côte,  y  compris  celui  d'une  ri- 
vière ayant  plus  de  deux  mètres  de  profondeur  en  été, 
et  qui  se  perd  avant  d'arriver  à  la  mer.  J*ai  aussi  une 
liste  minutieuse  des  ports  ,  villages,  etc.,  sur  tonte  la 
côte  depuis  Zela'  (Zeila  de  Sali)  jusqu'à  Mozambique. 
Je  sois  forcé  d'en  conclure  que  les  dernières  caries  sont 
bien  défectueuses.  Hais  cette  liste  (  en  caractères  ara- 
bes) est  si  longue  et  si  ennuyeuse  à  écrire ,  que  je  pré- 
fère vous  envoyer  mes  renseignements  sur  le  triangle 
pompris  entre  H  r^r,  Ras-Hafoun  et  l'emboucbure  du 
Jeb  (i).  Mes  observations  sur  cette  partie  du  globe  ne 
pourront  blesser  aucune  susceptibilité,  puisque  la  carte 

(i)  Ces  renseifrnemenCa  paraîtront  dans  le  N*  prochain.  M.  d'Ave- 
sac  a  bien  voulu  prendre  la  peine  de  les  diacuter  et  de  les  tracer  sur 

m 

une  carte. 


(49  ) 
d'Afrique  y  présente  un  vide  complet.   J'aurais  voulu 
joindre  à  ma  lettre  une  esquisse  du  pays  ;  mais  le  man- 
que de  cartes  côtières  ,  et  par  conséquent  Timpossibi- 
lité  de  reconnaître  les  positions  des  ports  deDourdouri, 
de  Las  Ghorey^  de  Bosaso ,  etc.,  sur  lesquels  mes  ren- 
seignements s'appuient,  me  forcent  à  renoncer  à  ce 
Iravail.  Quant  à  ces  points  de  la  côte ,  je  suis  sûr  que  le 
dépôt  de  la  marine  vous  fournira  toute  satisfaction  ,  et 
pour  ce  qui  est  de  l'esquisse  du  pays  Somali,  j'oserai 
presque  vous  prier  d'engager  M.  d'Avezac  à  s'en  char- 
ger. Notre  savant  collègue  met  tant  de  complaisance  à 
nous  aider  et  tant  d'adresse  à  faire  usage  de  simples 
renseignements  pour  établir  un  canevas  géographique, 
que  je  ne  voudrais  p  îs,  par  vanité  d'auteur,  m'enlever 
le  plaisir  de  voir  une  carte  bien  construite,  et  je  dirai 
môme,  mes  renseignements  bien  critiqués  par  un  géo- 
graphe au  fait  de  cette  sorte  de  travail.  Quant  à  la  lon- 
gueur absolue  de  mes  journées  ,  je  n'oserai  rien  déci- 
der :  seulement  je  ferai  observer  que   les  chameaux 
Somal  sont  plus  petits  que  ceux  d'Egypte  et  du  Ma- 
gbreb,dontM.  Dusgateaélablila  marche  à  s,oi 5  milles 
par  heure  ,  d'après  un  parcours  total  de  g55  heures. 
L'habitant  dfes  rives  du  Webi  qui  m'a  donné  les  ren- 
seignements que  je  vous  envoie  est  un  homme  de  cin- 
quante ans  qui,   depuis  son  enfance,  a  toujours  par> 
couru  le  pays  Somali  dans  tous  les  sens  ,  par  mer  et 
par  terre.  Sa  parole  était  grave  ,  et  il  disait  assez  sou- 
vent :  Je  ne  sais  pas  ;  pour  m'inspirer  beaucoup  de  con- 
fiance. D'ailleurs  il  m'a  dit  les  mêmes  cliiiïres  à  plu- 
sieurs jours  d'intervalle.  Il  s'appelle  Arrali,  et  a  voyagé 
avec  Sait,  qui  reçut  de  son  oncle  les  renseignements 
que  cet  auteur  donne  sur  le  pays  Somali.  Sait  écrit  le 
nom  de  son  oncle  Yunis  ^younis). 

XVII.    JANVIER.  4*  4 


(  5o  ) 

Je  vous  transmets  mes  renseignements  dans  toute 
leur  naïveté  et  sans  chercher  à  expliquer  quelques  con^ 
tradictions.  Je  désire  bien  que  la  nouveauté  du  sujet 
puisse  faire  pardonner  à  vos^yeux  l'ennui  des  détails. 

Antoine  d'Abbadie. 

P.  S,  Je  vous  ai  écrit  de  Bàrberâh  ,  le  si  décembre 
dernier»  une  longue  lettre  sur  la  mesure  des  hauteurs 
par  la  température  de  l'eau  bouillante.  J'en  fais  men- 
tion ici  »  parce  que  je  l'ai  enfermée  dansunè  lettre  à 
M.  le  capitaine  Beaufort,  où  je  priais  ce  savant  de  faire 
des  démarches  à  Londres  pour  que  les  mauvais  rap-r 
ports  de  l'agent  politique  d'Aden  ne  s'opposassent  plus 
à  mon  voyage  vers  l'intérieur.  M.  Beaufort  nem'ayant 
pas  répondu  ,  j'ignore  si  ma  lettre  vous  est  parvenue. 
J'y  avais  joint  une  table  calculée  par  moi  d'après  la 
formule  de  M.  Biot. 

Cette  lettre  n'est  pas  parvenue.  P.  D. 


Notices  sub  M.  Davidson  , 

recueillies  par  M.  Dblak>iitb,  consul  de  France  a  Mogador. 

I. 

Le  i5  novembre  1837,  un  négociant  anglais  de 
Mogador  eut  la  bonté  de  communiquer  à  M.  Delà- 
porte,  consul  de  France  en  cette  place ,. un  livre  de 
médecine  et  un  atlas  provenant  des  dépouilles  de 
M.  Davidson,  assassiné  à  Ighidy  (le  Ghidea  de  M.  Gail- 
lié)  ,  et  qui  lui  avaient  appartenu. 

L'atlas  avait  été  donné  à  M.  Davidson  par  M.  Dys- 
ney,  architecte  anglais',  son  ami. 


• 


(  S'  ) 

Sur  la  première  page  du  livre  de  M.  Davidson ,  se 
trouvent  des  notes  écrites  de  sa  main ,  où  il  indique 
les  différentes  dénominations  données  par  les  .Arabes 
aux  dromadaires»  je  veux  dire  aux  chameaux- cour* 
riers ,  d'après  leur  légèreté  ,  et  suivant  le  degré  de 
vitesse  de  leurs  courses  diurnaires  (i). 

Outre  cela,  il  se  trouvait  dans  le  même  livre  de  mé* 
dedne  une  feuille  volante  de  la  main  de  H.  Davidson 
qui  indiquait  que  le  voyage  de  Wadnoun  à  Tomboctou 
était  de  i3o  journées,  les  jours  de  pause  compris. 

Voici  ritinéraire  tel  qu'il  est  porté  sur  la  feuille  vo- 
lante ,  savoir  : 

D'Akka  à  Touadenni.     .     *     .     .      .  i8  • 

Séjour  à  Akka »  3o 

De  Touadenni  à  Taghaza 23  » 

Séjoor  à  Touadenni »  i5 

De  Taghaza  à  Araouào 7  » 

Séjour  à  Araouan »  i5 

D'Araonaii  à  Tomboctou 7  » 

Totaux  des  journëes.    .     .  55  60 


• 


ii5 


En  tout ,  1 15  jours.  La  marche  est  de  7  heures  par 
jour.  L'on  fait  S  milles  1/2  anglais  par  heure. 

Les  quinze  journées  qui  manquent  pour  compléter 
les  ceot  trente  indiquées  par  M.  Davidson,  seront 
sans  doute  celles  que  Ton  doit  faire  pour  atteindre  le 
marché  d'Akka  ,  pauses  et  marches  comprises. 

Ces  renseignements  ont  été  sans  doute  recueillis 
par  M.  Davidson  à  Wadnoun,  où  il  a  habité  un  assez 

(i^  M«  Delaporte  donna,  il  y  a  déjà  plusieurs  années,  quelques  ren- 
«eigoemenU  mr  cette  espèce  de  chameau  léger. 


(  Sa.) 

long  espace  de  temps  »  pendant  sa  résidence  en  c«;tte 
contrée  de  l'Afrique. 


II. 

Benseignements  donnés  à  M.  Dblapobtb.  par  un  Arabe 
de  IVadnoun ,  nommé  Berbrahim  ,  sur  la  mort  de 
M.  Davidson,  le  xi^juin  i83g. 


Benbrahim  »  qui  arrive  de  Wadnoun,  a  rapporté  à 
M.  Delaporte  que  les  Aribs  (  peuplades  arabes  qui 
hantent  les  déserts  entre  le  Wadnoun  et  Araouan) , 
quoiqu'ils  y  aient  contribué  ,  n'étaient  pas  les  au- 
teurs du  meurtre  de  M.  Davidson  ,  asassiné  à  Igbidy  ; 
mais  un  Berbère  de  la  tribu  des  ItAtlah  (Tatah) ,  du 
nom  de  Weld-IIannah. 

Ce  Weld'Hannah  était  venu  à  Souq  el-Am  (ainsi 
nommé  à  cause  du  grand  marché  qui  se  tient  chaque 
année  dans  cet  endroit)  dans  l'intention  d'y  faire 
Templette  d'un  fusil.  M.  Davidson  assistait  à  ce  mar- 
ché,  où  la  caravane  dont  il  faisait  partie  était  arrivée.  Il 
avait  avec  lui  entre  autres  armes  un  beau  fusil  anglais 
auquel  il  tenait  beaucoup,  et  dont  il  s'était  muni  pour 
son  voyage  à  rinlérieur  de  l'Afrique. 

Le  Berber  Weld-Hannah ,  après  avoir  parcouru  le 
Souq-el-Am  dans  tous  les  sens,  ne  trouva  à  son  goût 
que  le  fusil  dont  M.  Davidson  était  possesseur,  et  qu'il 
avait  remarqué.  Il  s'imagina  qu'en  sa  qualité  de  mu- 
sulman ,  il  n'avait  qu'à  le  demander  pour  qu'on  le  lui 
concédât ,  et  dans  cette  persuasion,  il  aborda  de  suite 
M.  Davidson,  et  oiTrit  de  le  lui  acheter;  mais  M.  Da- 
vidson, qui  ne  voulait  pas  se  séparer  d'une  arme  dont 


(53) 

il  avait  besoin  pour  sa  défense  personnelle  durant  le 
voyage  long  et  périlleux  qu'il  éf  ait  en  train  de  faire  » 
refusa  net  de  la  lui  vendre. 

Le  Berber  Weld-Hannah,  éton  é  el  formalisé  en 
même  temps  d*un  refus  auquel  il  ne  s'attendait  pas 
de  la  part  d'un  chrétien  (  car  il  avait  reconnu  M.  Da- 
vidson comme  tel  ) ,  résolut  de  s'en  venger,  et  d'ob- 
tenir sans  débours ,  et  au  prix  de  la  vie  du  mécréant , 
l'arme  qu'il  convoitait. 

Pour  mettre  à  exécution  son  infâme  projet  de  ven- 
geance et  satisfaire  sa  convoitise ,  il  se  mêla  dans  la 
foale  dts  voyageurs  dans  \acahar  ou  caravane  dont 
M.  Davidson  faisait  partie  ,  et  fit  route  avec  elle. 

M.  Davidson  s'était  fait  une  loi ,  quand  la  caravane 
arrivait  à  itne  station,  de  s'écarter  du' lieu  où  elle  s'é- 
tablissait, et  de  dresser  sa  tente  à  part,  afin  d'être 
plus  à  son  aise,  moins  en  vue,  et  par  conséquent 
moins  exposé  à  être  reconnu.  Après  plusieurs  jours  de 
marche,  on  arriva  à  Ighidy,  dans  le  grand  désert,  et 
H.  Davidson ,  suivant  sa  coutume  ,  fit  planter  sa  tente 
dans  un  lieu  à  l'écart  du  centre  de  la  caravane,  et  s'y 
établit  avec  son  escorte,  composée  de  quelques  Taca- 
jantes. 

Le  Berber  Weld-Hannah,  toujours  poursuivi  par 
l'horrible  idée  de  consommer  le  crime  que  le  fana- 
tisme et  la  convoitise  lui  avaient  inspiré ,  se  glissa 
parmi  les  Tacajantes ,  et  saisissant  le  moment  où,  oc- 
cupés de  l'embarras  du  déchargement  des  bagages,  ils 
avaient  laissé  M.  Davidson  tout  seul ,  il  s'empara  d'un 
lies  fusils  de  Tun  deux,  le  déchargea  sur  le  malheureux 
\oyageur,  et  Tétenditmort  sur  la  place.  Son  meurtre 
consommé ,  il  se  saisit  du  fusil  de  sa  victime  ,  et  se  re- 
tira, ou  plutôt  s'enfuit,  content  de  s'être  emparé  de 


(54) 

rartxie  qu'il  avail  convoitée ,  et  heureux  d'avoir  ré- 
pandu le  sang  d'un  chrétien.  C'est  ainsi  que  M.  Da- 
vidson dut  à  rinstrumenl  qui  devait  le  protéger,  la 
cause  de  sa  mort.  Le  bagage  qu'il  laissa  après  lui 
devint  la  proie  des  gens  mêmes  de  son  escorte ,  des 
Tacajantes  sous  la  protection  desquels  il  s'était  placé. 

Ainsi ,  d'après  le  rapport  de  Benbrahim  ,  a  péri  ce 
voyageur  dévoué  et  courageux ,  dont  la  perte  irrépa- 
rable est  déplorée  par  les  amis  de  la  science,  par  ses 
nombreux  amis,  et  par  tous  ceux  qui  ont  eu  l'avantage 
de  le  connaître  et  de  Tapprécier. 

Il  a  recueilli  au  Wadnoun ,  où  il  a  été  l'hôte  du 
cheikh  Beirouk,  nommé  dans  le  pays  Sidi-Mobarek, 
fils  d*AbdalIah,  filsde  Sâlem  el*Guelmymi,  chef  indé- 
pendant des  Arabes  et  des  Berbères  du  Wadnoun  ,  des 
renseignements  intéressants  sur  l'intérieur  del'Afrique, 
et  entre  autres  une  Notice  sur  le  Wadnoun,  accompa- 
gnée d'un  dessin  de  la  ville  »  habitation  ordinaire  du 
cheikh ,  et  de  plusieurs  autres  dessins.  Cette  Notice  a 
été  imprimée  en  Angleterre»  et  distribuée  à  ses  amis. 

(  Communiqué  à  la  Société  de  géographie  ^ 

par  M.  Jomard,  ) 


OBSERVATIONS    AU    SUJ£T   DBS    NOTES   PSiCÉDENTBS. 


Malgré  l'ancienneté  de  la  première  note,  j'ai  cru 
devoir  la  communiquer  à  la  Société ,  attendu  que 
l'itinéraire  porté  par  M.  Davidson  sur  le  livre  pro- 
venant de  ses  dépouilles ,  parait  évidemment  dérec- 
tueux  et  en  contradiction  avec  les  autres  renseignements 


(55) 

doDDés  par  le  même  voyageur;  mais  comme  on  pour- 
rait en  user  sans  aucune  reclification  ,  il  est  néces- 
saire d'en  faire  ici  la  remarque.  Admettant  qu'il  n'y  ait 
point  d'erreur  dans  le  nombre  des  journées  consacrées 
aux  séjours  à  Akka  ,  à  Touadeni ,  à  Araouan ,  il  est 
d'abord  singulier  que  le  premier  séjour  à  Akka  ,  qui 
est  de  3o  jours,  soit  mentionné  après  la  marche  d'Akka 
à  Touadeni  ;  il  en  est  de  même  des  autres.  Mais  ce  qui 
importe  davantage,  c'est  le  nombre  de  journées  entre 
Akka  et  Tomboctou,  première  marche  18  ,  deuxième 
sS»  troisième  7,  et  quatrième  7.  Total  55.  Or»  le. voya- 
geur parait  admettre  s4  milles  anglais  i/s  par  journée. 
Ce  serait  en  tout  1 ,347  milles  i/a  ou  44^*3  lieues  de 
France  (s5  au  degré).  Il  y  a  évidemment  une  grande  exa- 
gération,et  il  faudraitcorriger  ou  le  nombrede journées, 
00  le  nombre  d'heures  de  marche  par  jour»  ou  la  lon- 
gueur donnée  à  la  marche  d'une  heure  ,  ou  peut-être 
ces  trois  éléments  à  la  fois.  La  position  précise  de 
Tomboctou  étant  encore  une  question  controversée  • 
on  ne  saurait,  dans  l'état  actuel  de  la  science ,  déter- 
miner exactement  l'erreur  commise  dans  la  transcrip- 
tion de  l'itinéraire  précédent;  mais  on  ne  cramt  nul- 
lementde  se  tromper  en  affirmantqu'il  pèche  par  excès. 
On  pourrait  faire  encore  des  observations  sur  la  po- 
sition respective  de  Touadeni ,  Taghaza  et  Araouân , 
celle  de  Taghaza  surtout  qui  est  renversée;  mais  ce  se- 
rait allonger  cette  note  inutilement.  J — d. 


(  56) 

Reconnaissance  fie  la  cote  occidentale  d Afrique  depuis 
Sierra-Leonè  jusqu  au  cap  Lopez^par  le  capitaineVinAL. 


Le  Nautical  Maf^azine  de  décembre  i84k  contient 
l'extrait  d'un  rapport  du  capitaine  Vidal  sur  le  travail 
qu'il  a  exécuté  sur  la  côte  d'Afrique. 

Deux  bâtiments  étaient  employés  à  cette  importante 
opération,  CEtna  et  le  Raven.  12  chronomètres  furent 
placés  à  bord,  savoir,  10  sur  VEtna  et  s[sur  le  Rauen. 
Leur  installation  à  bord ,  les  soins  minutieux  avec  les- 
quels ils  furent  réglés  ne  paraissent  laisser  rien  à  dé- 
sirer. 

Après  avoir  réglé  leurs  chronomètres  a  Portsmouth, 
ces  deux  bâtiments  mirent  à  la  voile  le  18  décem- 
bre 1837  (1),  et  atteignirent  Madère  le  7  janvier,  après 
une  traversée  longue  et  orageuse.  Onze  chronomètres 
donnèrent  pour  la  longitude  de  la  maison  du  consul 
anglais  jâ""  54',90  (s)  (i9«i5'  18"  de  P.). 

De  Madère  à  Ténériffe  (maison  du  consul  anglais  à 
Sainte-Croix)  on  trouva ,  après  un  trajet  de  7  jours  , 
4o',i3  de  différence  de  longitude.  De  Ténériffe  à  l'Ile 
aux  Cailles  à  Porto-Praya,  en  7  jours,  différence  7* 
l6^8oO.  De  l'Ile  aux  Cailles  à  la  Baie  de  Sable  sur  l'tle 
Crawfort  (une  des  lies  de  Los),  en  9  jours,  9*  42'>72E. 
De  l'Ile  Crawfort  à  la  batterie  du  Nord  de  Sierra-Leone, 

(1)  Cette  date  n'est  pas  indiquée;  mnis comme  on  trouve  plus  tard 
que  Texploration  du  capitaine  Vidal  a  eu  lieu  en  i838,  il  est  à  présu- 
mer qu'il  partit  a  la  fin  de  1837.  P.  D. 

(a)  En  comparant  les  chiffres  donnés  plus  bas,  nous  avons  été 
conduit  à  reconnaître  que  ce  qui  était  indiqué  dans  le  Nautical  Ma- 
^axine  comme  des  secondes,  était  réellement  des  fi actions  décima- 
les de  minutes.  P.  D. 


(  5?  ) 
en  9  jours ,  33',58  £• ,  ce  qui  donne  pour  la  longitude 
de  ces  différents  points: 

Madère  (mais,  du  consul  aDgl.).     16**  54'  90  Gr.    19"   i5'  18"  Paris 

$ir-Croix  de  Ténériffe  (idem),     .16  i477  18    35  10 

DeauCaifles(P»Praya,iIe$.Ta£ro).  23  3i    5;  25    5 1  58 

Bui«  de  Sable  (lie  Crawt'urt).      .      1 3  48   85  16      9  i5 

Sierra-Leone (batterie du  Nord).   i3  i5    27  i4     35  4^ 

Ces  premières  observations  avaient  pour  but  de  vé- 
rifier les  positions  des  points  ci-dessus,  que  le  capitaine 
Owen  ,  en  tSss  et  1827,  avait  déterminées,  et  princi- 
palement celle  de  Sierra-Leone  »  dont  toutes  les  longi- 
tudes de  la  côte  d'Afrique  devaient  dépendre.  Un  se- 
cond but  était  de  s'assurer  de  la  marche  des  différents 
chronomètres.  Le  capitaine  Owen  avait  obtenu  pour  la 
longitude  de  la  batterie  Nord  de SierraLeone  iS*^  i4'»> 
0.,  et  comme  la  traversée  de  l'Etna  avait  été  de  plus  de 
six  semaines  pendant  lesquelles  on  avait  passé  de  la  tem- 
pérature de  l'hiver  en  Angleterre  à  la  chaleur  exces- 
sive de  Sierra  Leone,  c'est-à-dire  de  5o*  à  84*  Fahren- 
heit (10*  à  ^8*",  9}  «ce  qui  avait  sensiblement  altéré  les 
marches  des  montres  marines ,  le  capitaine  Vidal  crut 
devoir  adopter  la  détermination  d'Owen  pour  point  de 
départ.  La  marche  des  chronomètres  fut  déterminée 
par  des  hauteurs  correspondantes  du  soleils  observées 
à  Sierra-Leone  (batterieN.)  depuis  le  3  février  jusqu'au 
11,  et  en  partant  de  ce  point ,  on  détermina  les  diffé- 
rences de  longitude  suivantes  : 

1^  cap  Mesurado  par  lochron.  en  Sjoprs.     ...  2"  25'  59  E. 

lie  cap  Palmas             idem          en  1 1  jours.  5  3o  24 

l/ansfï  Accoodab,  cap  desTi'oiâ-Pomfes  en  16  jours..  11  la  37 
Le  Mât  de  Pavillon  de  Titway,  près  le  cap  Saint-Paul 

en   19  jours i4  i3  64 

1^  rÎTiére  de  Benio(  factorerie  Flope  )  en  24  jours  .  .  18  21  10 

Les  îirs  Adélaïde  à   Fernando-Po  en  3o  jours    .     .  22  >  79 


(68) 

L'intervalle  entre  les  dernières  observations  à  Sierra- 
Leone ,  et  les  premières  à  Fernando  Po  étant  d'un  mois» 
on  a  pensé  qu'il  serait  hasardeux  pour  l'exactitude  des 
résultats  d'étendre  la  mesure  des  différences  de  longi- 
tudes plus  loin  ,  avant  d'avoir  soumis  la  marche  des 
chronomètres  à  un  nouvel  examen  (i).  Ils  furent  donc 
réglés  de  nouveau  sur  l'Ilot  Adélaïde  du  i3au  somars. 
La  différence  des  méridiens  fut  ensuite  mesurée  entre 
ce  point  et  Grown-Sand  dans  la  baie  de  Corisco,  et  trou- 
vée, après  une  traversée  de  1 1  jours  ,  de  38',4  E.,  ce 
qui  compléta  la  série  des  stations  chronométriques. 
Revenant  ensuite  de  Fernando -Po  à  Sierra-Leone  dans 
1(  s  mois  de  mai  et  juin ,  la  différence  entre  ces  deux 
points  fut  trouvée  dea2«  l^8  parle  moyen  de  lo  chro- 
nomètres en  3o  jours  ,  ce  qui  s'accerde  très  bien  avec 
la  première  détermination. 

Au  moyen  des  différences  de  longitudes  ainsi  obte- 
nues et  des  latitudes  observées  en  même  temps  »  les 
positions  des  principaux  points  de  toute  la  ligne  d'o- 
pération se  trouvaient  déterminées  ;  il  ne  restait  qu'à 

(i)  En  admirant  le  magnifique  travail  du  capitaine  Vidal,  nous 
nous  permettrons  d'observer  que  d'après  ce  qui  est  dit  ici ,  il  semble- 
rait que  les  différences  de  longitudes  données  ci-dessus  entre  Sierra- 
Leone  et  Fernando-Po  ont  été  calculées  avant  d*avoir  obtenu  les 
nouvelles  marches  des  rhronoroétres  en  ce  dernier  lieu.  Nous  croyons 
quil  n*y  a  ici  qu'une  erreur  d'expressions;  car  il  est  évident  que  la 
marche  dans  l'intervalle,  nécessaire  pour  calculer  les  diffétences  de 
longitude ,  ne  peut  être  appréciée  que  quand  on  connaît  la  marche 
au  départ  et  à  l'arrivée.  Nous  espérons  ,  au  reste,  que  l'on  publieia 
les  principales  données  de  cette  opération-,  c'est-à-dire  les  marches 
des  chronomètres  aux  différentes  stations,  et  leur  état  sur  le  temps 
moyen  de  chacun  des  points  principaux  qui  ont  seivi  de  base  au  tra- 
vail }  car  c'est  le  seul  moyen  de  faire  connaiue  le  def^  d'exactitude 
sur  lequel  nn  peut  compter.  P>  D. 


(59) 
compléter  la  reconnaissance  de  la  côte  dans  les  espa- 
ces inl  rmédiaires. 

Pour  procéder  avec  la  plus  grande  précision  dans  ce 
travail ,  M.  Vidal  se  servit  de  ses  deux  bâtiments  ,  qu'il 
mouillait  à  quelque  distance  l'un  de  l'autre  pour  éta- 
blir une  espèce  de  triangulation  le  long  delà  côle.  Les 
bases  étaient  mesurées  entre  les  deux  bâtiments  au 
moyen  du  son  et  liées  aux  positions  principales.  Des 
embarcations  suivaient  la  côte  en  en  dessinant  tous  les 
contours  et  se  fixant  de  temps  en  temps  par  des  relè- 
veraents  pris  sur  VEtna  et  le  Raven  ;  d'autres  prenaient 
les  sondes  jusque  par  300  brasses  de  profondeur. 

Les  courants  étaient  observés  à  chaque  mouillage, 
jusqu'à  la  profondeur  de  3  brasses.  L'heure  de  la  plaine 
mer  et  l'élévation  de  la  marée  étaient  obtenues  au 
moyen  de  perches  établies  dans  les  principales  stations; 
maïs  l'agitation  de  la  mer  ne  permettait  pas  de  comp- 
ter sur  une  grande  exactitude. 

La  déclinaison  de  l'aiguille  aimantée  a  été  observée  à 
terre  avec  le  théodolite ,  et  dans  les  principales  stations 
ou  a  eu  aussi  l'inclinaison  et  l'intensité. 

Enfin  y  la  hauteur  des  principaux  points  tant  de  la 
côte  que  de  l'intérieur  a  été  mesurée  au  moyen  du 
sextant. 

8  caries  résultant  de  cette  opération  sont  déjà  an- 
noncées comme  publiées  ;  ce  sont  celles  qui  donnent  : 

1"  —  d«  nie  Sherboro  au  cap  Mesurait  a  ; 

a*  —  du  cap  Mesurada  au  cap  Palmas; 

3*  —  du  cap  Palmas  au  Grand-Lahou  ; 

4*  —  du  Grand-Lahou  au  cap  des  Troîs-Pointes  ; 

5*  —  du  cap  des  Trois-PoÎDies  à  Banacoe  ; 

6*  —  de  Banacoe  au  cap  Saint-Paul; 

j'  —  du  cap  Formose  à  Feinando-Po  ; 

8*  —  de  Fcmando-Po  au  cap  Lnpez. 


(6o) 

Sur  le  phénomène  diluuien  ou  erratique  du  nord  de 

rEurope, 


L'Académie  des  sciences ,  dans  sa  séance  du  1 7  jan- 
vier dernier ,  a  entendu  un  rapport  de  M.  Élie  de  Beau- 
mont  sur  un  mémoire  de  M.  Durocher,  intitulé  :  Obser^ 
vaU'ons  sur  le  phénomène  diluifien  dans  le  nord  de  C  Europe , 
mémoire  qu'il  avait  été  chargé  d'examiner  conjointe- 
mentavecM.  Alexandre  Brongniart.  Quoique  le  phéno- 
mène dont  il  s'agit  soit  plus  particulièrement  du  ressort 
de  la  géologie,  c'est-à-dire  qu'il  ait  rapport  aux  révolu- 
tions que  le  globe  a  dû  subir  avant  d'arriver  à  l'état  où 
nous  le  voyons  aujourd'hui ,  et  qui  fait  plus  spéciale- 
ment l'objet  des  études  des  géographes,  j'ai  pensé 
néanmoins  que  la  Société  entendrait  avec  intérêt  une 
analyse  succincte  du  travail  et  des  observations  de  M.  Du- 
rocher. 

Le  phénomène  diluvien  ou  erratique  consiste,  comme 
on  sait,  en  ce  que  l'on  trouve  à  la  surface  du  sol  et  dans 
une  couche  de  dépôt  superficiel  des  blocs  qui  évidem- 
ment ont  été  apportés  là  de  fort  loin ,  car  ils  n'ont  au- 
cune analogie  avec  les  terrains  environnants.  Ces  blocs 
sont  observés  en  Russie,  depuis  la  Finlande  jusqu'à 
Moscou ,  en  Pologne ,  dans  le  nord  de  l'Allemagne ,  en 
Danemark,  dans  les  Pays-Bas  et  sur  les  côtes  orien- 
tales d'Angleterre.  En  outre,  on  a  remarqué  qu'en 
Scandinavie,  en  Russie,  et  en  d'autres  lieux  où  l'on 
trouve  des  blocs  erratiques ,  la  surface  des  rochers  se 
trouvait  marquée  de  sillons  et  de  stries  qui  semble- 
raient indiquer  l'existence  à  une  certaine  époque  d'un 
courant  violent  allant  du  N.  au  S.,  et  qui,  transportant 
des  blocs,  aurait  sillonné  les  bords  de  son  lit. 


(  6.  ) 

Jusqu'à  présent  tous  les  phénomènes  qui  entrent  dans 
ce  vaste  ensemble  de  faits ,   savoir ,  la  production  des 
sillons  et  des  stries  d*érosion  ,  celle  du  grand  dépôt 
erratique  des  plaines  et  du  transportées  blocs,  ont  été 
coDsidérés  comme  formant  un  tout  dont   les  diverses 
parties  sont  connexes.  H.  Durocher ,  sans  méconnaître 
la  liaison  qui  existe  entre  les  différentes  parties  de  cet 
ensemble,  y   signale  cependant  deux  séries  de  faits 
assez  distinctes ,  dont  chacune  lui  parait  susceptible 
d'une  explication  à  part.  D'un  côté  sont  les  sillons  et 
les  stries  tracés  sur  les  roches  solides  de  la  Finlande 
et  de  la  Scandinavie  •  ainsi  que  les  amas  de  matières 
de  transport,  en  forme  de  longues  chaussées,  nom- 
mées Osar;  de  l'autre  est  le  vaste  dépôt  qui  renferme 
et  qui  supporte  les  blocs  erratiques,  tant  dans  les  par- 
ties basses  de  la  Finlande  et  de  la  Suède  que  dans  les 
plaines  de  l'Europe  centrale.   Ces  deux  séries  parais- 
sent à  M.  Durocher  appartenir  à  deux  périodes  essen- 
tiellement distinctes.  Dans  la  première,  une  grande 
masse  d'eau ,  partie  des  régions  polaires  et  probable* 
ment  accompagnée  de  glaces,  serait  venue  inonder  les 
contrées  septentrionales,  depuis  le  Groenland  jusqu'à 
lachafne  des  monts  Oural.  Lecourant,  se  précipitant  du 
nord  vers  le  sud,  aurait  envahi  la  Norvège,  la  Suède 
et  la  Finlande  •  démantelant  les  montagnes  et  les  ro- 
chers qu'il  trouvait  sur  son  passage ,  polissant  leur  sur- 
face, et  y  traçant  dessillons  et  des  stries  au  moyen  des 
détritus  qu'il  en  arrachait.  Les  mêmes  masses  d'eau 
qui  avaient  passé  sur  la  Scandinavie  et  la  Finlande  ont 
dû  se  répandre  sur  l'Allemagne,  la  Pologne  et  la  Rus- 
sie, et  y  produire  des  phénomènes  d'érosion   et  de 
transport;  mais,  à  mesure  qu'elles  s'éloignaient  de 
leur  point  de  départ,  leur  vitesse  devait  aller  en  dimi- 


(62    ) 

nuant.  Du  côté  oriental,  le  courant  a  dû  se  perdre  peu 
à  peu  dans  les  plaines  immenses  de  Tempire  russe;  et 
du  côté  occidental,  il  est  venu  expirer  au  pied  des  mon- 
tagnes de  l'Allemagne,  le Riesengebirge ,  TErzgebirge, 
le  Hartz.  Peut-être  même  les  eaux  ont-elles  ruisselé 
dans  les  intervalles  et  sur  les  parties  les  plus  basses  de 
ces  montagnes  pour  se  répandre  plus  au  midi. 

Pendant  cette  première  période  il  y  a  eu  production 
de  détritus  de  sable  et  de  menus  graviers;  mais  M.  Du- 
rocher  pense  qu'ils  ont  dû  être  en  petite  quantité  là 
où  les  roches  sont  solides.  La  violence  de  l'action  et 
son  instantanéité  ont  dû  plutôt  avoir  pour  effet  d'arra- 
cher les  parties  saillantes  des  rochers  et  de  produire 
un  grand  nombre  de  blocs  d'une  très  grande  dimen- 
sion; le  tout  aura  été  poussé  le  long  des  pentes  des 
montagnes,  entraîné  à  des  distances  plus  ou  moins 
grandes  et  accumulé  dans  les  lieux  bas  de  manière  à 
former  des  traînées  ou  osars. 

Dans  la  seconde  période,  une  mer  plus  calme  au- 
rait, donné  lieu  à  la  formation  du  vaste  dépôt  sédimen- 
tai^e,  qui  ne  sert  pas  seulement  de  support  aux  blocs  er« 
ratiques,  mais  qui  en  renferme  aussi  un  grand  nombre^ 
et  qui  couvre,  sur  une  très  grande  étendue,  les  parties 
basses  de  la  Finlande  et  celles  de  l'Europe  centrale. 
La  stratification  régulière  de  ce  dépôt  et  les  coquilles 
marines  que  l'on  y  a  observées  dans  un  état  parfait  de 
conservation  prouvent  qu'il  a  dû  se  former  dans  une 
mer  peu  agitée  ,  où  les  courants  étaient  d'une  force 
peut-être  un  peu  supérieure,  mais  comparable  à  celle 
des  courants  qui  existent  dans  les  mers  actuelles  et  qui 
y  déterminent  la  formation  de  bancs  de  sable. 

Quant  au  transport  des  blocs  erratiques  qui  sont 
venus  évidemment  de  la  Scandinavie  et  de  la  Finlande, 


(  63  ) 

H.  Durocher  suppose  que,  à  la  suite  des  hivers  assez 
froids,  les  blocs  détachés  précédemment  des  montagnes 
ont  pu  se  trouver  enveloppés  d'une  ctoûte  de  glace, 
qui,  au  printemps,  se  sera  brisée  en  morceaux  ca- 
pables de  les  soutenir  à  la  surface  de  l'eau.  Les  blocs 
ainsi  suspendus  ont  pu  être  entraînés  fort  loin  par  les 
courants,  tomber  ensuite,  et  se  fixer  sur  la  couche  for- 
mée par  les  dépôts  déjà  faits  ou  même  y  pénétrer.  Ce 
phénomène  de  transport  de  blocs  de  rochers  par  les 
glaces  a  été  observé  au  Canada  sous  la  latitude  de  48 
à  5o**,  et  cette  supposition  d'hivers  plus  froids  en  Eu- 
rope pendant  la  période  géologique  qui  a  précédé  im^ 
médiatement  la  nôtre  serait  d'ailleurs  en  harmonie 
avec  plusieurs  autres  résultats  d'observations. 

H.  Élie  de  Beaiimont,  en  terminant  ce  rapport,  a 
proposé  à  l'Académie,  qui  l'a  adopté,  de  voter  des 
remerciements  à  M.  Durocher  pour  la  communication 
de  ce  travail. 


(64  ) 


Ponlions  dam  le  Kurdistan ,  déterminéeê  astronomiquement 
par  A.  G.  Glascott  ,  officier  de  la  marine  (T Angleterre. 


Erz-rùm  (consulat  an(^lais).     , 

Ruràjuk 

Hassan-kaieh  (extr.  S  du  fort 

Eïb-lcr 

A(>'bveràn 

Khunus  ou  Rhinis  KaTeh.  - 

Kerawi '.     .     .      , 

Musli    vieux  palais) 

Mrzirah  (près  Kharput).  .     . 
Palo  (maison  Sarraf). 

Mezrrah 

Chevli 

Khags-koï 

Ritlis  (maison  du  Shérif  BegV  . 
Van  (jardin du  médec.  du  Pacha) 

Amis 

Arjish •     .     . 

Adgel-jivaz 

Diyad'm(un  peu  au  N .du  village) 

Bayazid 

Vek  Kilis;i 

Malla  Suleiman 


Latit»!   N- 


39®  55'  ao 
39  57  I  a 
39    58  55 

39     49    23 

3ç)  28  ^o 
39  21  42 
38  53  16 
38  46  3o 
38  40  32 
38  4a  5a 
38  49  o 
38  53  ao 
38  43  la 
38  33  54 
38  39  o 
38  58  ao 
38    58  54 

38  48  o 
89    32   36 

39  3 I  4^ 
39  38  a3 
39   48  40 


LORCITCOI   E. 

de  Parkc 


38«58'  6" 
39  1 1  36 
39  a3  16 
3925    6 


» 


» 


39    9    6 

36  55  5i 

37  37  5i 
3750*6 

38  7  16 

39  17  36 

3944^' 

40  5o  1 1 

41  8  a6 
40  5f  6 
40  i5    6 


0  38      O.O.dvBai. 

1  a4      o  O.de  Baj. 


Va».  N-O. 
CBiSS7. 


I 


4*36 


4 
4 
4 
4 


O 
26 

ro 
5a 
16 


46 


» 


4o 


M 
» 


4    i5 


Les  instruments  employés  étaient  un  théodolite»  un 
chronomètre  de  poche  et  un  sextant  de  Cary  don- 
nant i5''. 

Pour  les  latitudes,  i3  ont  été  déduites  d'observa- 
tions de  la  polaire,  3  d'une  moyenne  entre  des  hau- 
teurs de  la  polaire  et  des  hauteurs  circumméridiennes 
du  soleil ,  s  de  hauteurs  circumméridiennes  du  soleil 
seul  »  1  (celle  de  Bayazid)  de  hauteurs  égales  du  so- 
leil. On  ne  doit  la  considérer  que  comme  approchée. 
Enfin  les  trois  autres,  savoir:  Mezirah,  Chevli  et  Khass* 
Roi,  ne  sont  qu'approchées^  ayant  été  obtenues  par  des 
hauteurs  du  soleil  hors  du  méridien. 


(€5  ) 

Les  diiTércnces  de  longitude  ont  été  mesurées  au 
moyen  du  chronomètre  en  partant  de  celle  d*Erz-rum 
déterminée  par  les  officiers  de  l'état-mojor  russe. 

Voici  les  hauteurs  de  quelques  uns  de  ces  points, 
déduites  d'observations  barométriques  par  le  doc- 
teur E.-D.  Dickson  en  i838. 


Erz-rum.    ....•• 

Karujuk 

i1assan«Kaleb 

Pic  le  plus  haut  au-dessus. 

Eîblcr 

AgliverâiB 

RhuDus 

Kerawi.      •....• 

Musfa 

Mexirah 

Pain 

Mèzrah 

Cherli 

Ritles 

Van  (lac) 


6,1 14 
6,007 
5,5o5 
7,3o5 
6,259 
6,ao5 
5,686 

4,123 

4^692 
3,618 
3,292 
5,21 5 

3,778 
5,475 
5,467 


MMrM. 

,864 
,83 1 
,678 
,227 
,908 

,891 
,733 
,257 
,43o 
,io3 
,eo3 
,589 
,i5i 
,669 
,666 


Expédition  du  Niger, 


L'intérêt  que  l'on  porte  naturellement  aux  progrès 
de  Texpédition  anglaise  du  Niger  nous  a  engagé  à  ras- 
sembler ici  et  à  coordonner  ce  qui  en  a  été  publié  jus- 
qu'à ce  jour  dans  la  Litterarjr»Gazette^  pour  donner  un 
aperçu  de  cette  expédition  qui,  malgré  toutes  les  pré- 
cautions que  Ton  avait  prises  pour  garantir  l'équipage 
de  l'influence  funeste  du  climat^  n'a  pas  pu  échapper 
^  ses  désastreux  efTets. 

Ce  fut  le  i4  £toût  que  l'expédition  entra  en  rivière 
après  avoir  passé  la  barre  sur  laquelle  il  ne  reste  que 
14 pieds  d'eau  (4"*.  5).  Z^'^/Ac/f  avait  à  la  remorque 

XVIf.    JANVIER.    5.  5 


(  66) 

le  schooner  VAmèlia  qai  devait  servir  de  conserve.  Le 
19 ,  Texpédilion  était  moaillée  devant  Tlle  Alburka  si* 
tuéeà  quelques  millesde  reiDboachure.Quelquess}inp- 
tômes  de  fièvres  s'étaient  déjà  montrés ,  mais  la  santé 
était  généralement  bonne.Le  20.  on  quitta  ce  mouillage 
et  on  fit  5o  [milles  environ  en  remontant,  le  91  on  en 
fit  autant;  le  99  qui  était  un  dimanche  fut  consacré 
au  repos»  le  «3  fut  employé  à  chercher  ce  qu'était  de- 
venu le  Wilhefforce  qui    avait   pris  un    autre    canal 
sans  que  le  capitaine  Trotter  le  sût.  Ce  bâtiment  re- 
joignit l'expédition  le  a6  août  à  Eboe  ;  ce  détour  lui 
avait  fait  reconnaître  un  nouveau  bras  de  la  rivière  où  il 
rencontra  de  nombreux  villages  et  une  population  plus 
considérable  que  celle  qu'on  avait  observée  jusqu'alors. 
Le  94  on  fit  encore  90  milles»  le  95  août  on  fit  95  milles, 
enfin  le  95  au  soir  les  quatre  bâtiments  se  trouvèrent 
réunis  à  Eboe ,  à  1 3o  milles  de  l'embouchure  de  la 
rivière  d*après  l'estime  des  roules.  La  rivière  avait  là 
environ  900  mètres  de  largeur  et  une  bonne  profon- 
deur. Les  rives  étaient  couvertes  d'une  ajbondante  végé- 
tation parmi  laquelle  on  distinguait  le  cotonnier ,  le 
palmier»  le   bambou  et  beaucoup  d'autres  espèces 
d'arbres.  La  profondeur  varie  depuis  i3  fathoms  (94 
mètres)  jusqu'à  des  bas-fonds  assez  dangereux.  Le 
courant  est  d'environ  9  milles  à  l'heure.  La  largeur  de 
la  rivière  au-dessus  de  ce  point  varie  de  100  mètres  à 
1  mille  1/9.  Pendant  les  3o  ou  4o  milles  suivants  on  ren- 
contra peu  d'habitations  ;  dans  les  3o  ou  4o  milles  plus 
loin  encore»  on  trouva  quelques  villages»  ensuite  la  po- 
pulation devint  moins  nombreuse  et  enfin  nulle. 

Six  jours  après  le  départ  d'Eboe  les  bâtiments  arri- 
vèrent à  Iddah.  La  fièvre  commença  à  faire  des  ra- 
vages :  arrivé  à  900  milles  au-dessus  d'Iddah»  le  capi- 


(6?) 
laine  Trotter  résolut  de  renvoyer  à  Fernando-Po  le 
Soudan  sar  lequel  il  fit  placer  36  malades;  il  regardait 
encore  l* Albert  comme  en  état  d'atteindre  Rabbah,  et 
de  remonter  le  Quorra  tandis  que  le  fVUbetforce  com- 
mandé par  le  capitaine  W.  Allen  aurait  remonté  le 
Tchadda.  C'était  le  19  septembre  que  le  Soudan  descen- 
dait le  fleuve  »  et  déjà  le  s  1  il  se  trouvait  tant  de  malades 
sur  le  IVilberforce  qu'il  fallut  renoncer  à  gagner  le 
Tchadda ,  et  qu'il  fut  obligé  de  suivre  le  SoudaniW  ne 
resta  donc  plus  que  r Albert.  Le  capitaine  Trotter  écri- 
vait le  a  I  septembre  que  malgré  les  nombreux  obsta- 
cles que  présentait  le  climat ,  il  espérait  encore  que  le 
bot  qu'il  s'était  proposé  dans  cette  expédition  serait  at- 
teint. Les  nombreux  accidents  qui  arrivent  à  chaque 
instant,  disait-il,  me  tourmentent  beaucoup;  j'ignore  si 
j'aurai  encore  le  temps  de  remonter  la  rivière  cette 
année  ;  mie  demi-heure  de  plus  peut  changer  la  situa- 
tion... )e  serai  certainement  à  Fernando-Po  vers  le 
i5  décenabre. 

Le  Soudan  en  arrivant  à  Fernando-Po  trouva  le  brick 
k  Dolphin  qui  prit  les  malades  à  son  bord  et  les  trans- 
portai nie  de  l'Ascension  ;maishuitmoururentdans  la 
traversée.  Ce  bâtiment  devait,  sous  le  commandement 
(ieM.  Strange,  retourner  joindre /'j^/i&^rf;  mais  VEthiope 
étant  arrivé  à  Fernando-Po ,  le  capitaine  Becroft  con- 
sentit à  remonter  la  rivière  et  à  aller  offrir  au  capitaine 
Trotter  les  secours  domt  il  pourrait  avoir  besoin. 

Les  victimes  de  la  fièvre  d'Afrique  étaient  au  i'*' oc- 
tobre au  nombre  de  lo  ,  savoir  :  5  ofiSciers,  i4  matelots 
et  5  soldats  de  marine.  Ces  pertes ,  quelque  déplora- 
blesquelles  soient,  sont  certainement  beaucoup  moins 
nombreuses  que  celles  qui  ont  été  éprouvées  dans  les 
expéditions  précédentes.  En  effet ,  tous  ceux  qui  ac- 


(68  ) 

compagnaient  Mungo  Park  périrent  avec  lui.  En  1816 
le  capitaine  Tuckey  succomba  avec  près  de  la  moitié 
des  officiers  et  de  Téquipage,  et  tous  les  savants,  à  Tex- 
ception  d'un  seul.  Le  capitaine  Owen  perdit  près  des 
deux  tiers  de  son  monde;  enfin  Laird,  quand  il  arriva 
au  confluent  des  deux  rivières ,  avait  déjà  enterré  la 
moitié  des  blancs  qui  composaient  son  équipage,  et 
plus  de  la  moitié  des  officiers. 

Quant  aux  résultats  obtenus  jusqu'à  ce  moment  par 
cette  expédition ,  nous  savons  que  des  traités  ont  été 
conclus  avec  l'Obi  d'Eboe,  et  l'Attah  de  Egarrah  pour 
l'entière  abolition  du  commerce  des  esclaves  et  des  sa* 
crifices  humains.  La  tenue  et  la  conduite  de  ces  deux 
princes,  disent  les  commissaires,  sont  très  impo- 
santes. 

Un  terrain  de  16  milles  de  long  sur  6  de  large  a  été 
acheté  pour  y  établir  une  ferme  modèle  ;  il  est  sec  et 
élevé,  et  on  y  trouve  |une  montagne  de  i,aoo  pieds 
(SîiS")  de  haut  qui  a  reçu  le  nom  de  Mont-Slirling.  Le 
schooner  FAmelia  est  mouillé  dans  la  rivière  vis-à-vis 
l'établissement.  Le  roi  d'Eboe ,  ses  femmes  et  sa  cour 
ont  été  très  aimables  à  l'égard  de  ceux  qui  sont  établis 
à  terre ,  et  qui  sont  en  très  bonne  intelligence  avec  les 
naturels.  Le  capitaine  Trotter  terminait  sa  lettre  du 
a  1  septembre  en  disant  :  La  ferme  modèle  va  bien  ; 
elle  est  admirablement  située. 

Depuis  que  cette  note  a  été  écrite  et  même  imprimée» 
de  nouveaux  renseignements  nous  sont  parvenus ,  et 
l'arrivée  du  capitaine  Trotter  à  Liverpool ,  où  il  a  dé- 
barqué le  a5  janvier  nous  met  à  même  de  donner  la  fin 
de  cette  désastreuse  expédition ,  ainsi  que  la  qualifient 
les  journaux  anglais. 

Après  le  départ  du  fVilbefforce.  V  Albert  s'efforça 


(69) 
encore  d'avancer  en  remontant;  du  21  au  28  septem- 
bre il  gagna  Egga  à  5o  milles  au-dessus  du  confluent 
du  Tchadda  et  à  environ  32o  milles  de  la  mer.  Enfin, 
le  4  octobre,  Tétat  de  Téquipage  ne  laissant  plus  au- 
cun espoir  de  continuer,  le  cap  fut  mis  pour  descen- 
dre la  rivière.  Il  ne  restait  en  état  d'agir  è  bord  de 
rÀlbert  que  le  docteur.  M' William,  un  matelot  et 
H.  Stanger,  géologue.  On  aurait  même  été  obligé  de  se 
laisser  aller  au  courant  sans  Taire  usage  des  machines , 
si  H.  Stanger,  étudiant  le  livre  de  Tregold,  et  prenant 
conseils  d*un  des  mécaniciens  malades ,  n'eût  entre- 
pris de  faire  marcher  la  machine.  Tandis  qu'il  s'occu- 
pait des  fourneaux,  le  docteur  M'William,  tout  en  soi- 
gnant ses  malades ,  se  chargeait  de  la  conduite  du  bâ- 
meiit  au  moyen  de  la  carte  du  commandant  William 
Allen, 

Le  9 ,  on  se  trouvait  au  confluent  des  deux  fleuves  , 
et  le  13  on  atteignit  Eboe.  On  prit  ù  bord  les  blancs 
qui  étaient  restés  à  la  ferme,  et  qui  étaient  aussi  tous 
malades.  Enfin,  le  iS,  à  environ  100  railles  de  la  mer, 
on  rencontra  le  capitaine  Becroft,  qui,  avec  le  navire 
à  vapeur  VÉthiope^  venait  au-devant  de  l'expédition, 
qu'il  conduisit  à  Clarence-Cove  dans  l'Ile  de  Fer- 
nando-Po. 

Le  capitaine  Trotter  s'embarqua  le  s3  novembre 
pour  revenir  en  Angleterre  rétablir  sa  santé.  Il  annonce 
dans  son  rapport  qu'il  a  laissé  le  schooner  tAmelia 
mouillé  devant  rétablissement;  mais  qu'il  adû  retirerde 
l'un  et  de  l'autre  tous  les  blancs ,  et  n'.y  laisser  que  des 
nègres.  Il  pense  au  reste  qu'il  serait  nécessaire  qu'un 
bâtiment  à  vapeur  fût  envoyé  l'année  prochaine  dans 
le  Niger,  et  qu'il  pût  aller  jusqu'à  Rabbath  pour  com- 
pléter la  série  de  traités  qu'il  avait  faits  avec  les  peuples 
de  ces  contrées.  P.  D. 


(  70  .) 
Détroit  de  Dampier  et  île  nouvelle  dans  les  CaroUnes^ 

m 

Le  namére  de  novembre  du  Nautical  Magazine  con- 
tient une  lettre  du  capitaine  Hunier ,  commandant  ]e 

navire  le  Marshall  Bennett^  datée  du  détroit  de  Mindoro, 
le  12  mar8i84i^  dans  laquelle  ce  capitaine  faitconnaltre 
le  résultat  des  observationsqu'il  a  faites  danssa  traversée 
du  détroit  de  Dampier ,  entre  la  Nouvelle«Bretagne  et 
la  Nouvelle-Guinée.  Les  travaux  de  V Astrolabe^  en  iSsy» 
sur  les  côtes  de  la  Nouvelte-Guinée ,  rendent  inutile 
de  faire  connaître  la  lettre  du  capitaine  Hunter ,  dont 
le  principal  objet  était  de  faire  voir  que  la  position  as- 
signée à  l'Ile  Longue ,  sur  les  anciennes  cartes  »  «st 
fautive,  et  que  cette  ile  se  trouve  comprise  entre 
S**  is'  et  S''  sV  de  lat.  S.,  et  i44''  So  et  i45°  4'  de  lon- 
gitude E.  de  Paris.  (M.  d*Urville-donne  pour  les  mêmes 
limites  S^"  i4'  et  6*  28'  S.  et  i44"  4o'  et  i44^  ^4'  E.  y 
Hais  nous  croyons  devoir  faire  remarquer  que  le  capi- 
taine Hunter  a  passé  entre  Ttle  Rooks  et  la  Nouvelle- 
Guinée,  tandis  que  M.  d'Urville,  et  avant  lui  d'Entre- 
oasteaux,  avaient  passé  entre  Tlle  Rooks  et  la  Nouvelle- 
Bretagne.  M.  Hunter  a  trouvé  le  passage  de  TOuest 
large  et  sain  en  se  tenant  à  6  ou  7  milles  de  la  côte  de 
la  Nouvelle-Guinée  ;  on  voyait  »  dit-il ,  la  houle  briser 
sur  les  falaises»  et  il  n'existe  certainement  aucun  dan- 
ger au  large  de  cette  partie  de  la  côte. 

Le  même  capitaine  annonce  que  le  10  décembre 
i840|  en  se  rendant  de  la  Nouvelle-Irlande  à  la  Chine» 
il  reconnut,  par  i""  Ss'  N.  et  i64''  $6'  E.  (  \h%^  W  E. 
de  P.  ),  un  groupe  de  petites  lies  basses  environnées 
d'«n  récif  et  ayant  un  lagon  au  milieu  ;  il  pense  que 
ce  ne  peut  être  les  mtoies  que  les  lies  Monteverde , 
placées  par  5"  27'  N.  et  i55»  48'  E.  (iSS"  i«')-  H  croit 


(7») 
au  reste  que  ces  dernières  pourraient  bien  ne  pas  exis- 
ter, du  moins  dans  cette  position ,  car  il  ne  les  a  pas 
fues.  Quant  aux  autres  lies,  dit-il,  je  les  ai  eues  en  vue 
pendant  3  jours,  dont  le  dernier  était  très  beau;  j'ai 
observé  à  midi  la  latitude  de  3*  0  N.,  la  terre  restant 
au  N.  i/4  N.-E.  Pour  la  longitude,  elle  a  été  détermi- 
née par  3  chronomètres,  dont  l'un  surtout  allait  très 
bien.  On  s'était  trouvé  le  i*'  décembre  auprès  de  l'Ile 
Gardner ,  dont  on  supposait  la  pointe  E.  par  i59*  4'  E. 
(149*  54'  E.  ),  et  le  i4  novembre  on  s'était  réglé  sur 
lapo&îtion  du  cap  Saint-George  (Nouvelle-Irlande), 
dont  on  supposait  la  longitude  de  1 5  20  48' E.(i5o'*  9  8' E.) 
Cesllesy  quoique  très  petites,  sont  très  habitées;  la 
race  est  belle,  d'une  taille  au-dessus  de  la  moyenne  ; 
son  teint  est  brun;  elle  a  de  belles  dents  et  ressemble 
à  la  race  qui  habite  l'archipel  des  Navigateurs.  Nous 
avions  autour  de  nous  1 3  canots  contenant  environ 
5o  hommes.  Les  naturels  paraissaient  très  vifs  et  très 
satisfaits  de  voir  des  objets  si  neufs  pour  eux. Ils  avaient 
apporté  pour  échanger,  des  noix  de  cocos,  une  grande 
quantité  de  petites  cordes,  un  peu  de  poisson  et  d'autres 
bagatelles,  qu'ils  donnaient  pour  des  cercles  de  fer  et 
des  couteaux.  Leurs  canots  étaient  taillés  dans  un  arbre 
d'un  bois  à  grain  fin;  ils  étaient  bien  faits  et  pourvus 
d'un  balancier  ;  quelques  uns  portaient  1 9  hommes. 
D'après  l'étonnement  qu'ils  montrèrent  en  voyant  des 
cochons,  je  crois  pouvoir  conclure  qu'ils  n'ont  point 
d'animaux  dont  ils  fassent  leur  nourriture»  et  que  leurs 
aliments  consistent  presque  entièrement  en  noix  de 
cocos  et  en  poisso,ns.  L'étendue  de  ces  tles  qui,  y  com- 
pris te  récif,  n'est  pas  de  plus  de  12a  i4  milles  de  cir- 
conférence ,  m;e  semble  confirmer  cette  supposition. 
Je  dois  dire  cependant  que  nous  avons  attaqué  ces 
lies  du  côté  du  S.  et  de  l'O.  et  que,  vers  le  N.-E.,  le 


(  74  ) 
moires.  La  Commission  accueille  celle  offre  avec  beau- 
coup d'iolérèU  el  décide  qu'un  exemplaire  de  son 
Bullelin  sera  adressé  à  la  Sociélé  ethnologique. 

M.  Berihelot  annonce  qu'il  a  reçu  un  exemplaire  de 
la  statistique  des  divers  ministères  du  Venezuela . 
et  qu'il  s'empresse  d'en  (aire  don  à  la  bibliothèque  de 
la  Sociélé. 

Parmi  les  autres  dons  faits  à  la  Société  se  trouve  la 
collection  des  importants  ouvrages  que  M.  le  ministre 
de  l'Instruction  publique  a  bien  voulu  annoncer  à  la 
Commission  centrale  dans  sa  dernière  séance. 

M.  le  Président  vote  des  remerciements  aux  dona- 
teurs, et  ordonne  le  dépôt  des  ouvrages  à  la  biblio- 
thèque. 

M.  Daussy  communique  une  lettre  de  H.  d'Abbadie, 
contenant  une  série  d'observations  astronomiques 
faites  par  ce  voyageur  sur  divers  points  de  l'Ab^s- 
sinie. 

M.  d'Avezac  communique  également  une  lettre  de 
M.  d'Abbadie  et  une  lettre  de  M.  Lefebvre,  dans  les- 
quelles se  trouvent  de  précieux  détails  sur  les  mêmes 
contrées. 

M.  de  Laroqucllc  lit  ensuite  une  Notice  qu'il  a  reçue 
de  M.  le  colonel  Visconti,  correspondant  de  la  Société» 
sur  les  travaux  du  bureau  topographique  de  Naples , 
dirigé  par  cet  habile  ofTicier. 

Ces  diverses  communications  sont  renvoyées  au 
comité  du  Bulletin. 

La  Commission  centrale  nomme  pour  faire  partie 
du  comité  du  Bulletin,  MM.  Ansart,  Cochelet  et 
Texier,  en  remplacement  de  MM.  Boblaye»  de  Lare- 
naudière  et  Noël  Desvergers. 

M.  Jomard  propose  une  liste  d^  cinq  candidats  pour 


{  75  ) 
les  deux  places   vacaoles  parmi  les    correspondants 
élrangers.    La  Commission  procédera  i  ces  élections 
daos  sa  prochaine  séance. 

Séance  (lu  ai  janvier  i84s. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

H.  le  général  chev.  de  Saluées  adresse  à  la  Société 
la  première  livraison  de  la  carte  topographique  des 
États  de  S*  M.  le  roi  de  Sardaigne  en  terre  ferme,  que 
vient  de  publier  sous  sa  direction  le  corps  royal  d'étal- 
mafor  général.  La  Commission  centrale  vote  des  re- 
merciements à  M.  le  général  de  Saluées,  et  renvoie  la 
carte  à  H.  le  colonel  CorabœuF,  pour  en  rendre  compte 
à  la  Société. 

M.  le  vicomte  de  Santarem  offre  le  i**"  volume  d'un 
ouvrage  qu'il  publie  par  ordre  du  gouvernement  por- 
tugais sous  le  titre  de  Tableau  des  relations  politiques  et 
diplomatiques  du  Portugal  avec  les  diverses  puissances  du 
monde ,  depuis  Vorigine  de  la  monarchie  portugaise  jus^ 
quà  nos  jours.  M.  de  Santarem  est  prié  de  remettre  \\w 
comité  du  Bulletin  une  Notice  sur  cette  intéressante 
publication. 

M.  Thomassy  fait  connaître  à  la  Société  trois  docu  - 
ments  ignorés  jusqu'ici ,  et  très  importants  pour  les 
iciences  historiques  et  géographiques.  Le  premier 
concerne  le  prêtre  Jean  de  l'Asie;  le  second,  le  prête 
Jean  de  l'Abyssinie  «  et  le  troisième  est  une  relation 
firançaise  du  voyage  de  Magellan ,  dédiée  par  son 
auteur  Pîgafetta  à  Villiers  de  l'Ile-Adam ,  grand-mal- 
tre  des  chevaliers  de  Rhodes.  Ce  dernier  document 
tendrait  à  prouver  qu'au  commencement  du  xvi'  siè- 
cle, le  français  était  encore  la  langue  des  voyageurs 


(76  ) 
aussi  bien  que  celle  des  chevaliers.  Quant  aux  deux 
premières  pièces ,  elles  donnent  une  date  positive,  un 
point  de  départ  certain  pour  examiner  Tétat  des  chré- 
tiens de  rinde  et  des  chrétiens  de  TAbyssinie,  D'après 
l'opinion  de  M.  Thomassy,  ces  deux  questions,  enve- 
loppées jusqu'à  ce  jour  de  lant.d'inccrtitudos,  se  trou- 
vent maintenant  éciaircies,  au  moins  quant  à  leur 
origine.  Ces  documents  inédits  ont  été  découverts  par 
M.  Thomassy  durant  une  mission  scientifique  que  M.  le 
ministre  de  .l'Instruction  publique  lui  avait  confiée 
dans  la  Lorraine.  La  Commission  centrale  écoute  cette 
communication  avec  intérêt,  et  elle  invite  M.  Thomassy 
à  lui  faire  une  lecture  plus  étendue  sur  ce  sujet. 

M.  Desjardins  lit  une  Note  sur  les  progrès  de  la  civi- 
lisation et  de  Tindustrie  en  Autriche.  Cette  communi- 
cation est  renvoyée  au  comité  du  Bulletin. 

La  Commission  centrale  avait  à  former  ses  sections 
de  correspondance  et  de  publication  ;  elle  désigne  pour 
en  faire  partie,  savoir  : 

Section  de  correspondance.  MM.  Bajot ,  Barbie  du  Bo- 
cage, Callier,  Cochclet ,  Dubuc,  Edwards  ,  Jaubert , 
Lafond ,  C.  Moreau ,  Noël  Desvergers ,  d'Orbigny  , 
Texier  et  Warden. 

Stction  de  publication,  MM.  Albert-Montémont,  An- 
sart,  d'Avezac,  Boblaye,  baron  Costaz,  Denaix,  baron 
Ladoucette,  de  Larenaudière ,  de  Mnntrol,  vicomte  de 
Santarem,  Ternaux»  Vivien,  et  baron  Walckenaer. 

La  Commission  procède  à  l'élection  de  six  membres 
adjoints;  et  elle  nomme  au  scrutin  MM.  Conteaux, 
Couthaud,  Desjardius,  Guigniaul,  Imbert  des  Motte- 
lettes  et  Tbomassy. 

La  Commission  devait  aussi  procéder  à  Télection  de 
deux  correspondants  étrangers;  mais  une  discussion 


f  77  ) 
s'étant  élevée  sur  les  conditions  à  remplir  par  les  can- 
didats pour  obtenir  ce  titre ,  la  nomination  des  cor- 
respondants a  été  renvoyée  à  la  prochaine  séance. 

MEMBRES    ADMIS    DANS    LA    SOCIÉTÉ. 

Séance  du  7  jam^ier  1842. 

M.  le  vicomte  Léon  de  F^aboede,  membre  de  la 
Chambre  des  Députés. 

H.  le  vicomte  Charles  Pajol,  capitaine  au  corps  royal 
d'élat-major. 

M.  le  docteur  Parisbt,  secrétaire  perpétuel  de  TAca- 
démie  royale  de  médecine. 

Séance  du  2\  jani^ter  1842. 

M.  Viols,  ancien  directeur  des  comptes  du  trésor 
de  la  Couronne. 

OUVRAGES    OFFERTS    A    LA    SOCIÉTÉ. 

Séance  du  17  décembre  i84i« 

Par  M.  A,  £r/7za/z  ;  Orstbestimmungen  bei  eincr 
lebersabrt  von  Ochozk  nach  Kamschatka  und  daraus 
begrûndete  Untersuchung  der  Stromungen  im  Ochoz- 
ker  oder  Penjinsker  meere.  Broch.  in-8.  —  Positions 
géographiques  de  TOby ,  depuis  Tobolsk  jusqu'à  la  mer 
Glaciale,  corrigées  par  A.  E.  Broch.  in-8.  —  Beo- 
bachtungen  der  GrossedesLuftdrucksùberdenMeeren 
and  von  einer  sehr  bestimmten  Beziehung  dièses  Phà- 
nomens  zu  den  geograpbischen  Coordinaten  der  Orte. 
Broch.  in  8. — Wanderung  der  Armànier  Grigor  und 
Daniel  Atanason  durch  Asien  die  schriebcn  dièse  Noti- 
ten  zy  Semipalatinsk  im  jahre  1807.  Broch.  in-8.  — 
l'ebcreinige  Thalsachen ,  welche  wahrscheinlich  ma- 


(78  ) 
chen ,  (iass  die  Asieroïden  der  Augustperiode  sich  im 
Februar»  und  die  der  Novemberperiode  im  Mai  eines 
jeden  Jahres  zwischen  der  Sonne  und  der  Erde»  auf 
dem  Radius  Veclorderletzleren,  befinden.  Brocb.  in-8. 
—  Archiv  fur  wissenschafiliche  Kunde  von  Russland. 
Erstes  beft.  in-8. 

Par  M.  Delcros  :  Description  des  baromètres  à  ni- 
veau constant  et  à  niveau  variable ,  et  instructions  sur 
la  manière  de  les  réparer,  de  les  observer,  de  les  trans- 
porter, et  de  corriger  les  dépressions  de  capillarité  qui 
les  affectent,  suivies  d'une  nouvelle  table  des  dépres^ 
sions  capillaires.  Brocb.  in-8. 

Par  M,  Lœwenstem  :  Journey  fromtbecityof  Mexico 
to  Mazatlan  witb  a  descriptions  of  some  remarkable 
ruins.  Brocb.  in-8. 

Par  M.  Eugène  Sicé:  Traité  des  lois  mabométanes, 
ou  Recueil  des  lois,  us  et  coutumes  des  musulmans  du 
Décan.  Brocb.  in-S. — Mélanges  poétiques.  Brocb.  in-8. 

Par  M.  Bouffard  :  Carta  geografica  de  la  isla  de 
Cuba ,  para  servir  de  ilustracion  a  la  bistoria  fisica , 
politica  y  natural  de  la  misma  isla  ,  de  D.  R.  de  la  Sa- 
gra.  Une  feuille. 

Par  M.  W.  Ober^MuUer  :  Atlas  etbno- géographique, 
ou  Lander  und  Wœlkerkarten.  a*  Division,  les  pays 
et  les  peuples  de  l'Europe,  de  l'Asie  antérieure  et  de 
la  Berbérie  dans  leur  état  actuel.  Une  feuille. 

Par  M,  Demangeon  :  Nouvelle  mnémonique  à  la 
poriéede  toutesles  intelligences,  et  qui  peut  s'appren- 
dre sans  maître  ;  suivie  de  nombreux  exemples  de  son 
application  à  l'bistoire  et  aux  sciences,  i  vol.  in-8. 

Partes  auteurs  et  éditeurs  :  Annales  maritimes  et  co- 
loniales ,  novembre. —  Nouvelles  annales  des  Voyages , 
octobre.  —  Revue  scientifique  ,  novembre.  —  Journal 


(  79) 

des  missions  évangéliques,  décembre.  —  L^Investiga- 
teur ,  journal  de  l'Institut  historique,  novembre.  — 
Journal  asiatique,  septembre  et  octobre.  —  Mémorial 
encyclopédique, novembre. — L'Écho  du  mondesavant 

Séance  du  'j  jam^ier  i843* 

Par  M.  le  ministre  de  r instruction  publique  :  Collée^ 
tion  de  documents  inédits  sur  l'histoire  de  France  , 
publiés  par  ordre  du  Roi  et  par  les  soins  du  Ministre  de 
l'instruction  publique,  Sg  vol.  in-4.  — Description  de 
TAsie -Mineure,  faite  par  ordre  du  gouvernement  fran- 
çais de  i833  h  1837,  et  publiée  par  le  Ministre  de 
Tinstruction  publique.  Première  partie  :  Beaux-arts  , 
moDoments historiques,  plans  et  topographie  des  cités 
antiques,  par  M.  Charles  Texier. n'a  i8« livraison,  in- 
fol.  —  Périple  de  Marcien  d'Héraclée,  Épitome  d'Ar- 
témidore,  Isidore  de  Charax,  etc.,  ou  supplément  aux 
dernières  éditions  des  Petits  .géographes ,  par  M.  E. 
Miller ,  1  vol.  in-8.  —  Fragments  des  poèmes  géogra- 
phiques de  Scymnus  de  Chio  et  du  faux  Dicéarque  , 
restitués  principalement  d'après  un  manuscrit  de  la 
Bibliothèque  royale,  etc.,  par  M.  Letronne.  1  vol.  in-8. 
-«Histoire  de  la  conquête  et  de  la  fondation  de  l'empire 
anglais  dansl'Inde, par  M.  le  baron  Barchou  de  Penhôen, 
6  vol.  in-8.  —  Histoire  et  description  des  voies  de  com- 
munication aux  États-Unis  et  des  travaux  d'art  qui  en 
dépendent,  par  M.  Michel  Chevallier.  Tome  !•*•  et  1"^ 
partie  du  tome  2  in-4  >  atlas  i'***,  «•  et  3*  livr.  in-fol.  -— » 
Voyage  dans  l'Amérique  méridionale,  par  M.  Alcide 
d'Orbigny.  55*  livraison.  —  Voyages  dans  les  contrées 
désertes  de  l'Amérique  do  Nord,  entrepris  pour  la  fon- 
dation du  comptoir  d'Astoria  sur  la  côte  Nord-Ouest , 
par  Washington  Irving,  traduit  de  l'anglais  par  P.  N. 
Grollier.  2  vol.  in-8. 

Par  M,  P.  Jacquemont:  Voyage  dans  l'Inde.  37.  li- 
vraison. —  Par  la  Société  ethnologique  :  Mémoires  de 
cette  Société.Tomei",  in-8. —  Par  In.  Gustat^e  d'Eich- 
thaï:  Histoire  et  origine  des  Foulahs  ouFellans.  1  vol. 
in-8. — Par  M.  Saint-Hrpolite:l^ec\\erchessuT quelques 
points  historiques  relatifs  au  siège  de  Bourges  (Avarich, 
Avaricum),  exécuté  par  César  pendant  l'hiver  des  an- 
nées 53  à  5a  avant  notre  ère.  In-8. —  Par  M,  JVarden  : 
Communication  faite  h  la  Société  philosophique  amé- 


(  8o  ) 

ricaine  au  sujet  des  trombes  et  relativement  à  un  mè> 
moire  de  M.  Peltier  sur  la  cause  de  ces  météores,  par 
M.  le  D'R.  Hare.  Broch.  in-iS. 

Séance  du  ^i  jam^ier. 

Par  M.  le  général  chevalier  de  Salaces  :  Caria  degli 
Siati  dis.  M.  Sardain  terra  firma.  Opéra  del  realcorpo 
di  Stalo  maggiore  générale,  i  "  P.  —  Cenni  inlorno  alla 
formazione  délia  carta  topografica  degli  Stati  di  S.  M. 
il  Re.  di  Sardegna  in  terra  firma.  Broch.  in-8.  —  Par 
la  Société  géologique  de  France:  Mémoires  de  celle  So- 
ciété. Tome  IV,  a'  partie ,  in-4*  -^  ^w  M^  le  vicomte 
de  Santarem  :  Quadro  elementar  das  relaçocs  politicas 
e  diplomaticas  de  Portugal  corn  as  diversas  potencias 
do  mundo,  desdco  principio  da  mooarchia  porlugueza 
aie  aos  nossos  dias,  etc.  Tome  Je%  in-8.  —  Par  M.  H, 
Meidinger  :  Die  deutschen  Volksslamme.  Geographisch 
und  gescbichdich  beleuchlet  mit  besonderer  Berucksi*- 
cbtigungder  Sprachs.  i  Vol.  in-8.  —  Dictionnaire  com- 
paratif et  étymologique  des  langues  teuto-golhiques.  i 
vol.  in-8, — Par  M,  Desjardins  :  Tableau  comparatif  de  la 
superficie  et  de  la  population  absolue  et  relative  de  tous 
les  Etats  du  monde ,  dressé  d'après  les  documents  les 
plus  récents,  i  feuille. — Par  M.  le  comte  Ad,  de  Caraman, 
Des  expéditions  du  colonel  Ghesney  dans  le  but  d'é- 
tudier la  navigation  de  TËuphrate»  etc.  Brocb.  in-8. — 
Par  M.  Daily:  Éléments  de  l'histoire  du  genre  humain, 
avec  ligures,  plans  et  cartes  géographiques,  i*' cahier. 
Géographie.  In -4*  —  Parles  auteurs  et  éditeurs  :  Anna- 
les maritimes  et  coloniales ,  décembre.  —  Nouvelles 
annales  des  voyages,  décembre.  — Revue  scientifique 
et  induslrielle  ,  décembre.  —  Journal  asiatique,  no- 
vembre.—  Bulletin  de  la  Société  géologique. TomeXII, 
feuilles  28-3 1.  — Recueil  de  la  Société  polytechnique, 
novembre. —  Extrait  des  travaux  de  la  Société  centrale 
d'agriculture  de  Rouen.  78%  80'  et  81'  cahiers.  —  An- 
nales de  la  Propagation  de  la  foi ,  janvier.  —  L'Investi- 
gateur, journal  de  l'Institut  historique,  décembre.  — 
Journal  général  de  la  littérature  de  France  ,  août  — 
L'Écho  du  Monde  savant. 


BULLETIN 


D£    LA 


SOCIETE  DE  GEOGRAPHIE. 


FÉriiifiH   i84s« 


PREMIÈRE    SECTION. 


UÉMOtRES,  EXTHAITS,  ANilLYSES  ET  RAPPORTS, 


ESSAI 

SiR  LA    GÉOGRAPHIE   DU   PAYS   DE   SÇOUMAL, 

A  l'extrâmité  de  l'Afrique  orientale  , 

PAR   M.   D*AVBZAC, 

S«ci4lair«  de  la  Snciéié  de  géographie. 


Observations  préliminaires  sur  la  transcription 
orthographique  des  noms  de  lieux. 

L'essai  qu'on  ra  lire  est  fondé  presque  exclusive- 
ment sur  des  informations  recueillies  à  la  fin  de  1840 
et  au  commencement  de  1841  >  àMosçawwa'  et  à  Ber- 
berah ,  par  M.  Antoine  d'Abbadie ,  l'un  des  voyageurs, 
sans  contredit,  le  mieux  pourvus  des  connaissances 
variées  et  de  la  fine  sagacité  qui  rendent  profitable 
l'étude  des  pays  et  des  peuples  peu  connus. 

VII.    FÉVRIER.     1.  6 


(8«) 

Après  rintérêt  de  préférence ,  qui ,  dans  ces  matières, 
appartient  aux  renseignements  itinéraires,  M.  d'Ab- 
badie  attache»  a?ec  raison,  une  grande  importance  è 
déterminer  aussi  approximativement  que  possible  les 
prononciations  indigènes  des  noms  de  lieux,  au  moyen 
d'une  transcription  scrupuleuse  des  sons  qui  frappent 
son  oreille ,  et  de  l'orthographe  usitée  dans  le  pays. 
Dans  le  cas  actuel ,  c'est  l'orthographe  arabe  qu'il  a  dû 
prendre  pour  type;  mais  on  sait  que  plus  d'une  diffi- 
culté se  rencontre  dans  la  translation  en  caractères  eu- 
ropéens. Au  surplus ,  quel  que  soit  le  système  adopté 
pour  rendre  par  des  lettres  latines  les  éléments  de  l'al- 
phabet arabe ,  il  suffit  que  le  tableau  de  correspon- 
dance mutuelle  des  unes  et  des  autres  soit  bien  déter- 
miné  et  ponctuellement  suivi ,  pour  qu'il  soit  aisé  de 
restituer  l'orthographe  originale ,  et  de  la  reproduire 
dans  tout  autre  système  donné. 

Voici,  indépendamment  des  indications  déjà  pu- 
bliées à  ce  sujet  par  H.  d'Abbadie  lui-même  »  celles 
qu'il  nous  a  nouvellement  transmises  : 

•  J'ai  fait  • ,  dit-il  »  t  tout  ce  qui  était  en  mon  pouvoir 
pour  bien  entendre  et  bien  écrire.  Le  *d  est  le  tl  ce- 
rébral  du  sanskrit  :  on  le  retrouve  en  ilmorma ,  en 
'afar  et  en  bôdja  (bichari).  Hh  est  le  hha  fort  des 
Arabes,  th  le  grand  Ma,  &  le  fatahh^  s  le  s, ad. 
L'apostrophe  indique  le  *ajrn,  et  la  lettre  ô  cette 
voyelle  éthiopienne  obscure  dont  le  son  se  rapproche 
plutôt  d'un  I  très  bref  que  d'un  e  tnuet  français. 
L'accent,  parfois  très  senti  chez  les  S,omai,  est  tou- 
jours tonique  et  non  diacritique .  comme  en  fran- 
çais. Mon  système  d'orthographe  exige  que  toutes  les 
lettres  soient  prononcées  avec  leur  son  naturel  en 
notre  langue ,  avec  cette  seule  exception  que  IV  est 
toujours  ouvert  et  jamais  muet.  • 


(88  ) 

«Ne  vaudrait-il  pas  mieux  »,  mande't-il  ailleurs, 

•  écrire  Szomal  que  S,omal?  On  a  pris  goût,  en  Eu- 

■  rope,  à  l'accolement  de  deux  lettres  pour  exprimer 

•  an  son  étranger  simple,  et  il  serait  peut-être  bon 

•  d'éviter  les  lettres  avec  point  ou  apostrophe  ;  nous 

•  avons  déjà  ch  (schyn] ,  kh  (khâ),  et  MiM.  Fresnel  et 

■  Lane  écrivent  ck  pour  le  qaf^  ce  qui  est  moins  inso- 

>  lite  que  le  q,  liais  je  m'en  rapporte  à  votre  bon  juge- 

•  ment.  M.  Fresnel  avait  écrit  le  ssad  par  fs ,  et  j'avais 
«  jusqu'ici  suivi  son  exemple  ;  mais  les  imprimeurs  de 

■  ce  siècle  ont  dit  adieu  à  l'/ longue,  et  ont  mis  mes 

>  deux  ss  au  même  niveau.  » 

La  reproduction  typographique  des  signes  manu- 
scrits par  lesquels  le  voyageur  différencie  les  consonnes 
arabes  qui  n'ont  point  de  correspondance  exacte  avec 
celles  de  nos  alphabets,  présente  en  effet  des  difficul- 
tés qui  ne  pourraient  être  levées  que  par  la  gravure  et 
la  fonte  de  quelques  caractères  particuliers;  mais  la 
forme  et  l'emploi  de  ces  signes  diacritiques  est  trop 
variable  et  trop  arbitraire  entre  les  orientalistes,  pour 
que  les  typographes  s'aventurent  volontiers  au  milieu 
de  ce  labyrinthe. 

Il  a  cependant  été  fait  une  heureuse  tentative  à  cet 
égard;  le  croirait-on  ?  c'est  en  Angleterre ,  ce  pays  à  la 
prononciation  et  à  l'orthographe  étranges  et  sans  rè- 
gles, que  cet  exemple  nous  est  donné,  et  c'est  à  la 
Société  royale  géograpl^ique  del^ondres  que  Thonneur 
eo  appartient.  Là  s'est  trouvé  un  savant  orientaliste , 
connu  et  apprécié  de  toute  l'Europe ,  mon  excellent 
confrère  et  ami  le  révérend  George-  Gecil  Renouard , 
dont  rautorité  a  été  assez  puissante  pour  obtenir  que, 
dans  la  transcription  des  noms  orientaux ,  on  renonçât 
complètement  aux  capricieuses  formes  sous  lesquelles 


(84) 

se  produisent  les  prononciations  anglaises,  et  que  Ton 
se  réduisit  à  un  alphabet  harmonique  de  la  plus  grande 
simplicité. 

J'en  donnerai  une  idée  générale  en  quelques  mots. 

On  sait  que  Tarabe  ne  fait  entrer  dans  le  corps  de 
récriture  que  des  consonnes,  au-dessus  et  au-dessous 
desquelles  on  trace  les  voyelles  et  les  signes  orthogra- 
phiques ;  on  sait  également  que  les  consonnes  ont  des 
formes  peu  variées  entre  elles,  et  pour  les  distinguer 
il  est  nécessaire  de  recourir  à  des  points  diacriti- 
ques» placés  de  même  au-dessus  et  au-dessous. 

Le  premier  besoin  est  de  représenter  les  consonnes 
qui  forment  ce  corps  d'écriture.  Rien  n'est  plus  aisé 
pour  celles  qui  ont,  dans  l'alphabet  latin ,  des  conson- 
nes exactement  corrélatives,  telles  que  i,  d^f^  /,  m, 
/i,  r,  J5,  sur  lesquelles  il  n'y  a  pas  d'équivoque  possi- 
ble; et  quand  deux  consonnes  arabes,  présentant  des 
articulations  similaires ,  mais  d'intensité  diverse,  n'ont 
l'une  et  l'autre  qu'une  seule  et  même  consonne  latine 
correspondante,  telles  que  le  syn  et  le  sçad^  le  f^etle 
ihâ^  pour  la  représentation  desquelles  il  n'existe  dans 
notre  alphabet  qu'une  seule  ^etun  seul  /,  on  s'est 
contenté  d'écrire  un  point  au-dessous  de  cette  s  et  de 
ce  t ,  pour  créer  sans  embarras  les  correspondances 
qui  manquaient;  on  a  de  même  consacré  la  seule  let- 
tre k  à  représenter  le  kâf^X,  le  qâf,  en  l'affectant,  dans 
ce  dernier  cas,  du  point  souscrit;  un  simple  A  est  en- 
core ,  par  le  même  moyen,  devenu  suffisant  à  transcrire 
l'aspiration  légère  du  hê  et  l'aspiration  Forte  du  hhâ; 
un  point  sous  le  <:/  a  servi  à  créer  pour  le  «f/iaef  empha- 
tique la  correspondance  en  défaut,  et  un  point  sous 
le  jz  a  rendu  le  même  service  à  l'égard  de  la  pronon- 
ciation persane  et  turke  du  dzâl.  Le  gym  était  naturel- 


(  85  ) 

lemeDt  représenté  par  le  y  des  Angiqis,  ainsi  que  le  tsé 
par  leur  th^  et  le  schyn  par  leur  sh;  l'apostrophe  pour 
le  '/I//1,  gk  pour  le  ghayn^  kh  pour  le  khâ ,  sont  depuis 
loDg-teinps  d*un  usage  général  parmi  les  orientalistes; 
le  w  pour  le  wâw,  Vjr  grec  pour  le  j^,  complètent  à  peu 
près  ce  système.  Il  reste  seulement  le  zhd  emphatique, 
pour  lequel  on  a  adopté  le  z  avec  deujc  points  sous- 
crits, attendu  que  le  z  avec  un  seul  point  était  déjà 
consacré  au  dz-dl,  pour  lequel  cependant  on  admet 
aussi»  et  plus  communément,  le  dh  avec  la  prononcia* 
tjoD  du  d  barré  des  Anglo-Saxons.  Quelques  doubles 
emplois  de  ce  genre ,  pour  certaines  consonnes ,  sont 
UD  inconvénient  à  faire  disparaître  de  ce  système,  dont 
ils  déparent  l'barmonie  et  la  simplicité. 

Quant  aux  voyelles,  une  juste  appréciation  de  la 
capricieuse  variabilité  de  la  prononciation  anglaise  a 
fait  complètement  rejeter  celle-ci,  pour  y  substituer 
celle  des  voyelles  latines;  et  comme  l'orthographe 
arabe  emploie  en  des  cas  fréquents  les  lettres  eli/^  wâw 
el/e,  avec  la  fonction  spéciale  de  rendre  longues  les 
voyelles  qui  leur  sont  analogues ,  on  n'écrit  ces  lettres 
de  prolongation  que  par  un  accent  au-dessus  de  la 
voyelle  ainsi  prolongée. 

De  remploi  de  tous  ces  procédés  il  résulte  un  corps 
d'écriture  qui,  sauf  les  points  diacritiques  souscrits, 
n'offre  à  l'œil  aucune  étrangeté  ;  et  le  lecteur  vulgaire 
n'est  jamais  arrêlé  par  aucune  incertitude  de  pronon- 
ciation ,  car  les  nuances  signalées  par  les  points  dia- 
critiques tiennent  surtout  à  l'orthographe ,  et  la  lecture 
naturelle  des  mots  représente  avec  une  approximation 
suffisante  leur  prononciation  usuelle. 

L'avantage  d'un  tel  système  pourrait  être  rendu  ap- 
plicable aux  lecteurs  français ,  au  moyen  de  modifica- 


(  86  ) 

tipns  très  légères;  et  Ton  pourrait  d'ailleurs  fonder^ 
sur  remploi  des  points  diacritiques  avec  les  lettres 
latines ,  un  système  plus  complet  encore  sous  le  point 
de  vue  orthographique.  Hais  les  imprimeurs  n*ont 
point  dans  leurs  casses  ces  lettres  diversement  ponc- 
tuées; et,  par  ce  motif,  l'étude  de  beaucoup  d'orien- 
talistes a  été  de  trouver,  dans  des  combinaisons  va- 
riées des  caractères  usuels  de  la  typographie,  des 
moyens  de  différencier  orthographiquement,  dans  la 
transcription ,  les  consonnes  arabes  qui  n'ont  pas  de 
corrélations  exactes  avec,  les  nôtres.  Les  essais  de  ce 
genre  datent  d'assez  loin ,  et  Langtès  a  mis  en  ordre  et 
propagé  avec  assez  de  succès  le  système  de  transcription 
le  plus  généralement  usité  aujourd'hui  i  inalgré  quel- 
ques reluctances  qui  ne  sont  pas  toutes  justifiées  par 
le  reproche  d'étrangeté  qu'on  adresse  à  ce  système. 

La  lettre  h  y  joue  peut-être,  il  est  vrai,  un  rôle  si 
multiplié,  qu'on  serait  exposé  à  de  singulières  accu- 
mulations de  ce  caractère  dans  un  même  mot,  si  l'on 
redoublait  scrupuleusement ,  dans  la  transcription , 
les  groupes  représentatifs  de  telle  ou  telle  consonne 
arabe  affectée  du  teschdyd  ou  signe  de  redoublement  ; 
et  c'est  bien  pourtant  une  nécessité  orthographique 
devant  laquelle  on  ne  peut  reculer,  à  moitis  de  repré- 
senter spécialement  le  teschdyd  lui-même  :  ainsi  le 
double  hh  étant  consacré  à  représenter  l'aspiration 
forte  du  hhâ^  on  écrira  wahhed  (unique),  et  il  faudra 
dès  lors  écrire  mowahhhhed  (unitaire),  ce  qui  parait  un 
peu  bien  étrange.  Ce  n'est  pas  là  le  seul  inconvénient 
de  cette  méthode  ;  car  le  double  hh  peut  exprimer  à  la 
fois  le  grand  hhâ  simple,  ou  le  petit  hé  affecté  du 
teschdyd;  et  il  en  sera  de  même  pour  la  double  s$^  pou< 
vant  exprimer  à  la  fois  le  ssad  simple  ou  le  syn  avec 


(  8?  ) 
lescbdjd.   Mais  cet  ÎDConvénicnt  disparaltruit,   ainsi 
que  raccumulation  des  quatre  hhhh  »  des  quatre  ssss^ 
et  autres  non  moins  rebutantes,  au  moyen  de  la  sim- 
ple adoption  d'un  signe  particulier  pour  le  tescbdyd. 

M.  Fulgence  Fresnel ,  dont  M.  d*Abbadie  parait  vou* 
loir  adopter  la  métbode,  s'est  éloigné  en  quelques 
points  du  système  de  Langiès ,  en  préférant  d'autres 
associations  de  lettres  pour  certaines  consonnes,  en- 
tre antres  ck  pour  représenter  le  qâf:  c'est  à  nos  yeux 
une  aberration,  car  jamais  correspondance  ne  fut 
mieux  établie  que  celle  du  q  latin ,  fils  du  qofé  ou 
qoppa  des  anciennes  inscriptions  grecques,  avec  le  qâj 
arabe ,  né  lui-même,  aussi  bien  que  le  qofé  cadméen , 
du  fOtt/'punique  ou  syriaque. 

Dans  la  citation  que  nous  avons  faite  plus  haut ,  d'un 
passage  extrait  d'une  lettre  de  M.  d'Abbadie,  il  pro- 
pose, pour  représenter  lesçml,  le  groupe  sz,dé]iL 
beaucoup  employé  avec  cette  fonction  par  les  Alle- 
mands, mais  avec  l'inconvénient  d'associer  deux  let- 
tres qui  l'une  et  l'autre  sont  respectivement  corrélati- 
ves au  sjrn  et  au  zâ ,  de  manière  que  sz  serait  à  la  fois 
la  transcription  soit  de  la  simple  consonne  sçad,  soit 
des  deux  consonnes  sj-n ,  zà.  Nous  avons  cru  mieux 
remplir  le  vœu  de  H.  d'Abbadie  en  préférant  au  z  le  ç, 
qui  a  l'avantage  de  n'avoir  pas,  dans  son  système,  de 
fonction  propre  quand  il  est  isolé.  (Et  pour  le  dire  en 
passant,  on  pourrait,  en  profitant  du  même  avantage, 
éviter  l'association  équivoque  de  ts  comme  représen- 
tant le  tsê  à  trois  points;  mais  on  renoncerait  ainsi  à 
l'analogie  symétrique  de  transcription  du  tsé  et  du 
(izàl,) 

M.  d'Abbadie  écrit  le  schyn  par  c/i,  Icgyrn  par  dj  ; 
cela  est  fort  usité,  mais  nous  y  trouvons  l'inconvénient 


(  88  ) 
d  effacer  trop  complétemenl  (ouïe  trace  de  la  parenté 
intime  du  schyn  avec  notre  s^  représentant  le  sjn^  et 
de  la  parenté  non  moins  intime  du  gym  avec  notre  g^ 
dérivés  qu'ils  sont  tous  deux  de  l'ancien  ff,mel  hébreu 
ou  punique;  nous  préférons  donc,  quant  à  nous, 
écrire  le  schyn  par  les  trois  lettres  sch^  comme  les  Al* 
lemands  et  un  grand  nombre  d'orientalistes,  et  le 
gym  psLT  g/\  comme  Erpénius. 

Quoi  qu'il  en  soit ,  nous  n'avons  point  voulu  modi- 
fier à  notre  guise  Torthographe  de  M.  d'Abbadie  ,  et 
nous  l'avons  conservée  autant  que  les  moyens  de  la 
typographie  usuelle  ont  pu  s'y  prêter.  C'est  ainsi  pa- 
reillement que  dans  les  diverses  esquisses  graphiques 
que  nous  avons  pi écédemment  tentées,  des  itinéraires 
ou  des  informations  transmises  par  différents  voya- 
geurs sur  quelques  contrées  africaines  jusqu'alors 
inexplorées,  nous  avons  toujours  conservé  provisoire- 
ment leur  orthographe  ,  sauf  à  reprendre  ultérieure- 
ment ces  fragments  pour  les  réunir  et  les  coordonner 
en  un  tout  homogène,  en  les  soumettant  à  une  refonte 
générale. 

Ces  observations  préliminaires,  fastidieuses  pour 
plus  d'un  lecteur,  paraîtront,  je  l'espère,  opportunes 
à  ceux  qui  avaient  remarqué  l'importance  attachée  par 
M.  d'Abbadie  à  sa  transcription  des  noms  propres  géo- 
graphiques orientaux,  et  qui  sentaient  le  besoin  de  se 
rendre  compte  des  principes  de  corrélation  orthogra- 
phique sur  lesquels  sont  fondées  ces  transcriptions, 
qui  leur  semblaient  d'un  rigorisme  insolite  ^  et  cho- 
quant toutes  leurs  habitudes.  Les  explications  que  j'ai 
données  à  cette  occasion  feront  comprendre  que 
l'étrangeté  de  son  orthographe  disparaîtrait  en  grande 
partie  si  les  casses  de  nos  imprimeurs  contenaient 
quelques  lettres  marquées  d'un  point  en  dessous. 


(  89) 
PREMIÈRE  PARTIE. 

ReIIS£IGNEMBNT9    RECUEILLIS  PAR  M.   AnTOIKE  D'AnBiDlB. 

I. 

Renseignements  recueillis  à  Barberah  en  janvier  1 84 1 ,  sous 
la  dictée  (VArrali ,  habitant  des  rives  du  Wébi. 

(i)  Lorsqu'on  se  rend  de  Bârbëriîh  à  Ougadâyn,  on 
couche  le  premier  jour  à  Koulam  ;  deuxième  jour,  à 
Hândja'seye ,  puits  de  bonne  eau  ;  troisième  jour,  au 
pied  de  la  montagne- plateau,  à  Ckàla'  ou  le  châykh, 
%ieux  château  dilapidé  et  lieu  de  pèlerinage  pour  les 
Szomal  :  là  on  prend  des  ânes  pour  monter;  quatrième 
jour,  à  Wâriim ,  puits  sur  le  plateau.  De  là ,  il  y  a  cinq 
journées  de  désert  sans  eau  jusqu'à  'Dollo  (le  'd  et  très 
doux,  presque  le  ''d  cérébral),  où  il  y  a  sept  puits,  et 
parfois ,  durant  les  grandes  herbes ,  un  village  ambu- 
lant. 

Noms  des  puits  de  'Dollo  :  i .  Wâlwal,  profond  de  40 
brasses*  —  2.  Oubôtali,  20 brasses.  — 3.  Yô'b,  25  brasses. 
— 4*  Wafodour,  85  brasses. — 5.  Tâgabâyn,  j5  brasses. 
— 6,7.  Theyen  et  Ourhe  sont  les  noms  des  deux  autres 
puits  de*  Dollo  :  ils  sont  tousconstruits  en  chaux  et  pierre 
par  les  gens  d'autrefois,  conquérants  du  Nord  qui 
venaient  d*Arabie,  avant  l'établissement  des  Szomal,  et 
poussaient  les  autochthones  devant  eux. 

(2)  De  *Z>ollo  à  Marérgour,  trois  journées  à  pied  ou 
deux  5  cheval.  Entre  ces  deux  stations  est  le  mont  Bor 
qui  a  huit  puits,  savoir  :  Abt^-aile,  Goulouweyn , 
Racko,  Dourga'bo,  EUalc ,  Biye-goûdoûd,  Gelkousa> 
rân  (mot  qui  veut  dire  :  dispute  des  chameaux),  et  un 
autre  dont  j'ai  oublié  le  nom.  Murérgour  comprend 
cinq  puits:  Gideys  ,   Godenlàboy,  Eyden  -  mougga. 


(90) 
'/^osii-mâreb  (mauvaise eau),  Tourdouja  »  Idoule,  Bâ- 
bhâdo,  Gerôsâley.LespuiCsdeMarérgour  appartiennent 
à  la  tribu  Marehban. 

(5)  ^DoWo  et  Bour  (ou  Bor)  appartiennent  à  la  tribu 
Myârwàlal.  Sa  tribu-sœur  eslHôcka'boûI ,  qui  a  les  puits 
de  Gâlàdi,  Lo'^ob ,  HhenfSrdan  et  Eyg^lo. 

(4)  Hbawiest  &  deux  journées  de  M^rehban  :  de  Hbawi 
à  Aboga'l ,  cinq  journées  ;  de  là  à  Hliamâr,  dix  journées 
à  travers  les  Galla  E'dnxale,  gens  féroces.  Hbaniâr  est  sur 
les  bords  de  la  mer,  qu'on  atteint  en  dix  jours  depuis 
Aboga'l.  Hbawi  n'a  point  de  cbef. 

(5)  Tboug  est  entre  Gàlàdi  et  Hfiràr.  De  là ,  vers  le 
S.-E.  et  sur  le  Wébi,  est  KSrànle,  ville  plus  grande 
que  B^rbërâb  (lo  ooo  âmes  au  moins).  De  l'autre  côté 
du  Wébi  (sur  la  rive  droite)  sont  les  Galla  qui  font 
la  guerre  avec  nous  :  ces  Galla  se  nomment  Ala'.  De 
Kiirànle  à  Hsrïr,  on  va  avec  ânes,  à  cause  des  mon» 
tagnes,  en  six  jours,  ou  quatre  à  pied,  ou  trois  à  che- 
val. Dans  celte  route,  on  traverse  les  Galla  Hheban, 
Aniyou  et  Babili,  jusqu'à  la  tribu  musulmane  Or- 
gobbo ,  laquelle  est  aux  portes  de  Hârâr. 

(6)  Rahha/iwin  (le  premier  n  est  fortement  nasal)  est 
un  district  de  cultivateurs,  et  a  vingt  villages.  Il  estarrosé 
seulement  par  les  crues  du  Wébi,  dont  il  occupe  la 
rive  droite.  Les  habitants  s'habillent  avec  recherche  et 
parlent  le  Szomali,  mais  un  peu  corrompu.  Le  chef  de 
Rahhn/twin  demeure  dans  la  grande  ville  de  Lock,  et  le 
seuil  de  sa  maison  est  baigné  par  les  eaux  du  Wébi. 
Hham^r  est  plus  grand  que  Lock.  Le  Wébi  gSnàna  vient 
à  Lock.  Rahba/?win  est  entre  deux  Wébi.  Dans  la  saison 
sèche ,  on  porte  l'eau  de  deux  journées  de  dislance.  On 
sème  dans  la  saison  des  pluies  :  il  y  a  trois  mois  qu'on 
semait   (moissonnait?)  dans  Rahha^iwin.  Le  grain  y 


(9'  ) 
reste  en  terre  cinq  mois  comme  dans  Hhawi;  à  Uarur, 
il  reste  neuf  mois. 

(7)  En  allant  de  l'occident  vers  le  soleil  levant,  on 
trouve  Hârâr,  Toug,  -Z^ollo.  Gâlàdi,  Dolbahliante  et 
Hed)ârt^yn. 

(8)  De  Gâlàdi,  trois  journées  à  Moudoug,  qui  a 
vingt  puits  et  appartient  aux  Medj^rt^yn. 

(9)  Après  Wâràn  ,  puits  de  la  tribu  llbabarguhadjis,  il 
V  a  cinq  journées  jusqu'à  ^DoMo  à  travers  le  désert  de 
Haw. 

II. 

Réponses  explicatiifes  eV^rraU  aux  questions  de 

M.  dJbbadie, 

(10)  De  Mârérgour  au  Wébi,  il  y  a  cinq  jotirnées. 

(11)  ilbawi  est  un  pays  froid;  il  y  a  beaucoup  de 
montagnes  et  beaucoup  de  blé  dans  leurs  vallées. 

(12)  R&rànle  est  sur  la  rive  droite  du  Wébi,  qui  fait 
beaucoup  de  détours  là.  (  Ceci  prouve  que  la  pente  est 
déjà  faible  à  Kàrànle.  D'après  l'ensemble  de  mes  im- 
pressions, je  ne  puis  m'empêcber  de  croire  que  Kà- 
rànle est  sur  la  rive  gauche  du  fleuve.)  Imi  est  une  ville 
des  Galla  Ala',  à  six  heures  ouest  de  Kârànle  et  sur 
Taulre  rive.  Imi  a  4  à  5, 000  âmes. 

(10)  Je  suis  allé  à  cheval  de  DolbilUhanle  à  ^DoWo  en 
trois  journées,  ou  quatre  à  pied,  ù  travers  un  pays 
désert. 

(i4)  Je  crois  que,  de  l'embouchure  du  Faf^n  dans  le 
Wébi ,  Jusqu'à  KSrànle»  il  y  a  quatre  à  cinq  journées. 

(i5)  Je  suis  allé  de  Thoug  à  H^r^r  avec  des  ânes,  qui 
vont  moins  bien  que  leschamcaux.  De  Thoug  au  Wébi, 
il  y  a  trois  petites  journées,  ou  vingt-quatre  heures  on 
<»xprès. 


(  9«  ) 

(16)  Ockda  est  le  nom  du  village  à  l'emboucliure  du 
Wébi  dans  la  mer. 

(17)  Je  connais  le  Doara  par  oui-dire  :  il  arrose 
Uhawi. 

(18)  Je  suis  allé  de  Hhamâr  par  mer  jusqu'à  Lama , 
en  vingt-cinq  heures»  avec  des  vents  variables  de  la 
partie  du  N.  et  des  vents  de  terre. 

(ig)  De  Ilham^r  à  Ockda,  trois  journées  par  terre. 

(9o)  UhamUr  est  une  ville  grande  comme  Mokha;  elle 
est  sur  la  mer  dans  une  crique  comme  Bârbérâh.  11  y  a 
beaucoup  de  puits  :  on  porte  l'eau  sur  des  ânes  comme 
à  Mokba. 

(«1)  De  K&rànle  à  la  mer,  je  ne  n'ai  pas  navigué  sur 
le  Wébi.  Hâwadle,  Houroùsâde ,  Abôga'l ,  sont  les  tri- 
bus en  allant  de  Kârànle  à  Uhamâr.  La  tribu  Chebelle 
est  aussi  près  du  Wébi. 

(32)  Le  Wébi  ne  se  divise  pas  près  de  la  mer.  Sa 
source  est  chez  les  Galla,  près  d'Abyssinie,  dit  on. 

(20)  Je  ne  connais  pus  la  distance  de  Ras  Hhafoun  à 
Ba'd. 

(94)  De  .'/)ollo  au  Wébi,  deux  journées  vers  le  S.O.; 
de  Blirbërâh  à  •Z>ollo  S.S.O. 

(25)  Hhamâr  est  entre  le  Doara  et  le  Wébi,  mais  plus 
près  du  premier. 

111. 

Suite  lies  renseignements  fournis  par  Arraù, 

(26)  Il  y  a  encore  douze  puits  dans  Mârérgour  (  je 
supprime  leurs  noms).  Le  plus  profond  a  vingt  brasses^ 
et  six  heures  de  chemin  est  la  plus  grande  distance 
d'un  puits  à  un  autre.  Deux  d*entre  eux  sont  au  milieu 
de  rochers  qui  sont  peu  élevée. 

(27)  De  Medj^rtâyn  à  '£>ou'^oub,  deux  journées  sans 
eau. 


(93) 

(a8)  Le  Wébi  est  loin  de  Marérgour.  De  'Dollo  au 
Wébi,  deux  journées.  Vus  d'ici  (Barbërâ),  Marérgour 
est  au  S.E.  ou  E.S.E.;  ^Dollo  est  au  sud.  De  Marérgour 
au  Wébi,  il  y  a  de  hautes  montagnes.  Le  Wébi  coule 
i  fleur  de  terre  dans  Ougadâyn.  Il  y  a  sept  Wébi,  dont 
un  fient  du  grand  lac  d'eau  douce  ;  on  le  nomme  Wébi 
GSnàna;  il  est  très  grand.  Je  ne  sais  pas  les  noms  des 
autres  Wébi. 

(99)  De  Marérgour  à  Nshiba ,  un  jour  à  cheval.  Ba'd 
est  un  lieu  tout  près  de  lamer,  au  S.  du  cap  Hhafoun; 
de  Ba'd  à  Marérgour,  il  y  a  huit  journées  à  travers  le 
pays  des  Medjârtâyn,  qui  a  beaucoup  de  puits.  De 
Marérgour  aux  vingt  puits  de  Moudoug,  quatre  à  cinq 
journées;  de  là  à  Ba'd,  quatre  journées  ;  de  Ras-Hlia- 
foun  ou  Ras-Felâg  à  Moudoug .  quinze  journées. 

(3o)  De  Marérgour  au  Wébi,  les  deux  premières 
journées  sont  en  plaine  sans  eau  ;  ensuite  viennent  des 
montagnes  qui  font  chaîne  jusqu'à  Hhamar;  elles  n'ont 
d'autre  nom  collectif  que  monts  du  Wébi.  Au  mont 
Lôlmis ,  qui  est  en  route,  est  le  ruisseau  Dourdour,  qui 
ne  va  pas  au  Wébi.  Du  Lôlmis  on  voit  le  Wébi  entouré 
d'arbres.  Ce  pays  est  plein  d'éléphants»  qui  viennent 
boire  la  nuit;  le  jour  ils  restent  dans  les  forêts. 

(3i)  J'ai  chargé  mes  chameaux  dans  Galàdi,  et 
après  deux  journées  sans  eau ,  suis  arrivé  le  troisième 
jour  aux  puits  de  'Dollo  qui  sont  à  deux  heures  déplus 
grande  distance  entre  eux.  D'Oubolali,  avec  bètes 
chargées,  jusqu'au  Wébi,  trois  journées;  de  'Z>ollo  à 
Thoug ,  trois  journées.  Thoug  est  un  lieu  cultivé  ;  il  a 
peu  de  chameaux,  mais  beaucoup  de  vaches.  De  Thoug 
au  Wébi,  trois  journées  ;  de  Gâlàdi  au  Wébi,  neuf 
journées. 

(3a)   De  B^rb^r^h  à  Thoug,  la  direction  est  plus  à 


(94  ) 

droite  qu'à  'DoWo.  Gulàdi  est  auS.S.E.;  Marérgour 
est  entre  les  directions  de  '^ollo  et  de  Gâlàdi  ;  Thoug 
s*étend  le  long  du  Wébi.  Imi  est  sur  la  rive  gauche  du 
Wébi  ;  Imi  est  occupé  par  les  Galla  Babili  et  les  Galla 
Bor^m.  Ces  derniers  ont  beaucoup  de  café  et  de  tabac» 
qui  vient  à  Bârb^râh  par  H^riir. 

(33)  Les  Dolbâhhante  habitent  Nouga'l  »  nom  de  ré- 
gion. Bour-DaMo  et  Bour-A'not  sont  de  grandes  mon- 
tagnes, là  ;  chacune  a  son  ruisseau^  plein  de  crocodiles, 
et  qui  se  perd  sous  terre;  la  grenade  y  croit.  Du  mont 
Anot  au  port  de  Gha'sim,  huit  journées  à  pied  ou 
quinze  en  caravane,  à  travers  un  pays  bien  arrosé. 

(34)  Moudoug  est  le  nom  du  pays  des  MedjârUyn. 

(35)  Du  mont  A'not  à  *Z>ollo.  douze  journées»  à  tra- 
vers un  pays  sans  eau  pendant  deux  cl  trois  jours.  Ces 
lieux  sont  est  et  ouest.  Davirale,  BohotleetT^wali^  sont 
trois  puits  avec  peu  d'eau  et  à  six  journées  de  chameaux 
ou  trois  de  chevaux.  Ce  pays  désert  sépare  deux  tribus. 
W^damogour  est  une  source  trè^i  abondante ,  à  vingt- 
quatre  heuresde  Tâwali.  Nouga*l,  chez  les  Dolb^bhanle, 
est  une  source  abondant^  et  fameuse,  entre  deux  mon- 
tagnes. Il  s'y  trouve  beaucoup  de  chevaux.  Le  ruisseau 
de  Nouga'l  se  perd  en  terre;  mais  si  l'on  y  creuse,  on 
trouve  de  l'eau  partout.  Tout  est  Nouga'l  pendant  cinq 
journées,  de  Wàda  môghourau  mont  A'not  De  Bour 
(mont)  A'not  à  Moudoug,  sept  journées;  de  Kiir&ip 
(sur  la  côte  N.  )  à  Nouga'l,  huit  à  neuf  journées;  de 
DourdourL  (sur  la  même  côte)  à  Nouga'l,  sept  jour- 
nées; de  Las  ghorey  (ibidem),  sept  journée^;  de  Bo- 
saso  (Gha'sim)  à  Nouga'l .  onze  journées. 

(36)  Chebelle  a  trente  villages  de  cultivateurs.  Bour* 
a' do  et  Gôlâb  sont  les  plus  grands  villages.  De  Che- 
belle à  Rabha/zwin,  quatre  journées.  De  Chebelle  à 
ilhamâr  tout  est  villages  et  cultures. 


(95  ) 

(37)  Wardeyn  est  le  nom  de  la  vallée  habitée  par  les 
Galla,  près  la  tète  (source?)  du  Wébi  G^nàna.  Tous 
ces  Galle  sont  de  formes  magnifiques;  et  leur  peau  est 
d'un  beau  rouge  ;  ils  portent  chemise  et  turban.  Leur 
nom  est  aussi  Wârdeyn.  Ils  s'étendent  jusque  tout  près 
de  la  mer.  Lock  est  musulman ,  mais  tout  le  reste  du 
Gânàna  est  au  pouvoir  des  Galla.  De  Lock  à  Brawa 
(sur  la  côte),  dix  journées. 

(38)  Nous  connaissons  le  grand  lac  par  oui>dire. 
Oogadiiyn  a  quinze  journées  de  long,  de  Lou^/oub  à  l'est 
jusqu'à  Môlmil  à  l'ouest.  Sa  largeur  est  aussi  de  quinze 
journées.  Galàdi  et  *Do\lo  sont  dans  Ougadâyn.  De 
Hôlmil  à  Hàràr,  quatre  à  cinq  journées. 

(39)  La  route  de  B^rberah  à  H^rar  est  ainsi  qu'il  suit  : 
première  journée  à  Geri  ;  deuxième  au  puits  de  Zâley  ; 
troisième  à  *Z)âmàdare;  quatrième  au  puits  de  Ilâràr, 
qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  la  ville  :  le  nom  Hâ- 
râr,  imposé  à  la  ville ,  est  exotique ,  le  nom  du  puits  est 
szomali.  Cinquième  journée  à  Djidjôga»  puits  de  la 
tribu  B^rtâle;  sixième  journée,  à  Borzou;  septième  1 
àBabili;  huitième ,  à  la  ville  Ada'r,  nommée  H^nlr  par 
les  Arabes.  Il  n'y  a  pas  d'eau  de  Djigdjôga  à  la  ville. 

IV. 

Renseignements  collatéraux ,  recueillis  de  diuers 

informateurs. 

A.  D*après  Kkamis  ebn  Thabet,  pilote,  natif  de  Sçour  en  Arabie, 
homme  instruit,  et  $crupqleux  dans  ses  réponses  : 

(40)  Bayoun  est  le  nom  qu'on  donne  aux  habitants 
des  ports,  entre  Brawa  dernier  port  szomali,  et  La- 
mou  ou  Lama  qui  e^t  le  premier  port  sSwabhily. 

(4i)  Le  Hbam^r  d'Arrali  eM  une  ville  près  de  Miiga- 


(96) 
doucho;  les  Szomal  le  nommeot  HhamSrâweyn  ou  le 
grand  Hhamar.  On  y  parle  szomali. 

(49)  Le  Doara  n'entre  dans  la  mer  que  pendant  la 
saison  des  pluies  ;  d'ailleurs  il  se  perd  à  environ  trois 
milles  de  la  plage. 

(43)  W^rchaykh  (oublié  dans  la  carte  d'Owen?)  est 
dans  deux  lies ,  au  sud  de  deux  autres  qui  sont  les  plus 
petites  ;  il  y  a  quatre  brasses  dans  le  port.  De  là  à  M&- 
gâdoucho,  le  rivage  est  de  sable  blanc;  au-delà,  et 
jusqu'à  Brawa,  tout  le  terrain  est  rouge.  DeHàgSdou- 
cho  au  Jeb,  la  terre  est  nommée  Bâr  el-BSnader. 

(44)  Les  sources  de  Maa'ber  et  de  Rhâzayn  sont  de 
très  faibles  ruisseaux.  Dhârab-Saieh  a  un  petit  lac  d'eau 
douce  entre  le  Ras-el^djebel  et  le  Ras-el^rommel,  De  là 
au  Jeb ,  il  n'y  a  pas  de  cours  d'eau  ayant  toute  Tannée 
son  embouchure  dans  la  mer.  Le  Wébi  court  nord  et 
sud,  selon  les  Szomal  9  et  à  l'est  du  raontHây^râb,qui  est 
très  loin,  à  tel  point  que  du  rivage  on  le  voit  tout  au 
plus  comme  une  faible  ligne  à  l'horizon.  L'Ockda  d'Ar- 
rali  est  peut-être  le  village  à  Tembouchure  du  Jeb , 
seul  point  de  toute  cette  côte  dont  je  n*ai  jamais  su  le 
nom. 

(45)  J'oubliais  que  près  de  Brawa,  et  au  sud  ,  est  un 
petit  ruisseau  séparé  de  la  mer  par  des  sables  où  l'on 
s'enfonce  jusqu'au  genou.  Pendant  les  fortes  pluies, 
son  eau  descend  jusqu'à  la  mer. 

B.  D'après  *Ali  Gharmaka,  homme  simple,  habitant  d'Ougadayn 

(  23  novembre  1840  ]  : 

(46)  H^r^r  est  une  grande  ville  toute  ronde,  entourée 
de  murs  et  de  Gallas ,  située  entre  deux  rivières ,  et 
plus  grande  que  Mokha.  Il  n'y  a  pas  d'ouvriers;  mais 
dans  les  nombreux  marchés,  on  vend  de  tout ,  jusqu'à 
de  l'hydromel.  On  n'y  perçoit  pas  de  droits  sur  les  cara- 


[  97  ) 
▼ânes.  La  plupart  des  maisons  sont  en  pierre.  Les  ha- 
bitants ont  une  langue  h  eux  (variété  du  gourag'e  qii 
est  un  dialecte  amharna).  II  y  a  un  chemin  très  bon  de 
Ikrâr  à  Lama,  à  travers  les  Gallas,  puis  les  Szomal,  puis 
les  Sâwahhil;  cette  route  est  toujours  habitée,  et  abonde 
en  viande  et  en  lait.  La  ville  de  llâr^r  a  cinq  portes» 
mais  point  de  château.  La  province  Hâr^rguay  com- 
prend la  ville  et  quelques  villages  voisins.  Les  Szomal , 
Gallas,  et  citadins,  appellent  leur  ville  Ada^r.  On  y  im- 
porte beaucoup  de  café  d'Abyssinie  (Chawa),  où  un 
exprès  se  rend  en  cinq  jours.  De  H^r^r  au  point  où  le 
Wébi  est  navigable»  on  peut  se  rendre  en  six  ou  sept 
jours;  il  en  faut  autant  pour  aller  de  là  jusqu'à  Lama. 
f47)Le  Wébi  est  large  de  dixbrasses  dans  OugadSyn  ; 
il  est  formé  par  sept  tributaires  dont  les  sources  vien- 
nent du  Nil  (pays  de  la  haute  Ethiopie). 

C.  D'après  le  Szomali   '.Alj   F*ahia    Warsançeli ,    homina   pauvre , 
qui  a  peu  voyage,  mais  qai  est  très  vërace  dans  ses  rapports 

(  décembre  1 840,  à  Barberah  )  : 

(48)  D'ici  à  Ougadâyn,  il  y  a  çinqà  six  jours  en  allant 
le  plus  vite  possible  à  dos  de  chameau.  Dans  la  saison 
sèche,  le  Wébi  a  plus  de  deux  coudées  de  profondeur; 
lors  des  crues,  il  a  de  cinq  à  six  brasses.  LesGallas 
occupent  la  rive  droite.  D'OugadSyn  à  HSrâr  deux  jour 
nées  vers  le  N.O.  On  navigue  sur  le  Wébi  avec  des  ra- 
deaux. Ougadâyn  abonde  en  myrrhe  ,  encens,  gomme 
et  beau  froment.  Le  Wébi  sera  haut  en  été  (juillet  et 
août  ).  Il  coule  au  sud  de  HXrâr,  dont  il  est  séparé  par 
une  montagne.  En  six  heures  on  se  rend  de  Hârèlr  au 
Fafân  ,  qui  est  un  affluent  du  Wébi.  La  ville  est  entourée 
par  les  ruissaux  ErSr  et  Har^rwâgay,  qui  n'ont  pas 
plus  d'un  décimètre  de  profondeur.  On  ménage  leur 
XVII.  FÈvRiBR.  s.  7 


(  9»  ) 
eau  pour  la  conduire  dans  les  rigoles  des  pianlations 
de  café.  Ces  ruisseaux  se  jettent  dans  le  Faf^n.  En  allant 
de  USrâr  au  Bor^n  (Ghawa)  on  traverse  les  Ala'  et  les 
Noio»  tribus  de  Gallas.  Les  Aniya  sont  tout  près.  Les 
Balboul  sont  des  Gallas  sur  la  rive  droite  du  Wébi. 

D.  Un  pécheur  nrabe  de  Maskat,  m'a  dit  : 

(49)  J'ai  fait  naufrage  au  nord  de  Mligâdoucho.  Les 
Szonial  nous  pillèrent,  prirent  nos  esclaves»  et  nous  em- 
menèrent sur  les  montagnes ,  où  ils  nous  mirent  en 
liberté.  Nous  arrivâmes  en  deux  jours  à  MàgSdoucho, 
et  comme  j'ai  fait  le  chemin  à  pied»  je  puis  bien  affir- 
mer qu'il  n'y  a  par  là  aucune  rivière  qui  se  jette  dans 
la  mer..(Réponse  à  mes  questions  sur  le  Wébi»  que  la 
carte  d'Arrowsmith  fait  couler  par  MSg^doucho.) 

K.  Un  hornme  de  Harar,  dont  les  renseignements  sont  embrouillés, 

m'a  dit  : 

(50)  A  trois  journées  de  Hârâr  est  une  ville  nom- 
uïée  Aniya,  où  il  y  a  55  canons  et  3  portes,  et  beau- 
coup de  maisons  bâiics  par  des  Turcs  (Arabes?),  mais 
aujourd'hui  totalement  désertes. —  Ba'd  est  à  une  jour- 
née et  demie  de  Gara'd,  surlacôtc— Le  Wébid'OugS- 
dâyn  se  jette  dans  le  Faf,  qui  se  jette  dans  la  mer  au 
sud  de  Brawa.  (  Ce  serait  donc  le  Jeb.  ) 

F.  Selon  *AIy  Fahia,  que  je  viens  de  revoir  à  Muus/awwa*. 

(5j)  11  faut  douze  heures  de  route  de  Mag^doucho  à 
llamâràweyn,  qui  est  derrière  la  petite  lie  et  vers  Tinté- 
rieur,  du  côté  du  nord  et  un  peu  vers  l'ouest.  Le  mot  Gâ- 
nàna  veut  dire  queue,  et  s'applique  au  Wébi  qui  se  jette 
dans  Vautre  et  forme  comme  sa  queue.  Le  "Wébi  prin- 
cipal se  nomme  Wébigi-weyna,  c'est-à-dire  le  grand 
Wi^bi. 


(99) 
(5s)  Karanle  est  plus  grande  que  Mokha,  et  pleine  de 
moQSliques;  toutes  ses  maisons  sont  des  huttes  de 
paille.  Imiy  est  plus  grande  que  Kâr^nle.  Immédiate- 
ment au  sud  d'Imiy  est  un  pays  tout  de  hautes  monta- 
gnes; au  nord  d'Imiy  il  n'y  a  pas  de  montagnes.  Kli- 
rânle  est  au  S.-O.  d'Imiy.  Celle  ville  est  galla;  mais  il 
y  a  beaucoup  de  Szomal  Medjartliyn  etWarsangeli.  Les 
environs  sont  un  chaud  tekama^  et  étaient  jadis  déserts; 
mais  aujourd'hui  on  les  cultive  partout.  Imiy  a  un  gou- 
gemeurgalla»  qui  se  dit  musulman.  Klir^nle  se  gouverne 
comme  Bârbërâh,  c'est-à-dire  que  tout  étranger  doit  y 
prendre  un  protecteur  szomali  nommé  abbnn.  J'étais 
très  jeune  quand  je  visitai  Kâriinle. 

(53)  Le  Wébi  porte  radeau  à  Imiy  (onn'y  connattni 
barques  ni  pirogues  ) ,  mais  n'est  guéable  dans  aucune 
saison.  On  y  trouve  des  hippopotames  et  des  croco- 
diles. La  marée  se  fail  sentir  à  Imiy  et  à  Kârânle  (  ceci 
fut  dit  de  propre  mouvement).  Ces  deux  villes  sont 
toutes  deux  sur  la  rive  gauche  du  Wébi  :  personne 
n'oserait  fixer  sa  demeure  sur  l'autre  rive.  Il  n'y  a  pas 
de  montagnes  sur  la  gauche  du  Wébi  :  sur  la  rive 
droite  elles  sont  très  hautes  (  il  les  comparait  aux  mon. 
lagnes  d'Abyssinie  vues  d'ici),  et  peuplées  d'anthropo 
phages.  J'ai  ow  dire  qu'il  faut  sept  journées  de  cha- 
meau d'Imiy  à  la  mer. 

(54)  Nôbôr  est  le  nom  de  la  montagne  noire  et  élevée 
qui  forme  le  cap  Hhafoun  ;  de  ce  cap  à  Hhawi,  il  y  a  six 
à  huit  jours  de  désert ,  selon  le  train  que  l'on  mène. 

(53)  Imiy  est  un  nom  de  tribu  :  Ksriinle  est  celui 
d'un  arbre  dont  le  bois  brûlé  est  odoriférarit,  et  qui 
abonde  dans  les  environs  de  la  ville. 

Clos  h  Mouszawwa',  ce  1 8  août  i84'« 

Antoine  d'Adiudib. 


(    ïoo  ) 

SECONDE  PARTIE. 

S«8A1    DE    COKSTBUCTIOII    GRAPHIQUE   DES    RENSElGNENfiNTS 

QUI    PBÈC^DENT. 


La  construction  graphique  des  renseignements  ob- 
tenus par  M.  Antoine  D'Abbadie,  tant  à  fierberah  qu*à 
Mosçawwa',  sur  le  pays  des  Sçoumâl,  offre  d*assez 
grandes  difficultés  à  cause  du  défaut  d'enchaînement 
et  d'homogénéité,  de  l'indécision,  et  même  de  la  con- 
tradiction formelle  de  plusieurs  des  indications  qu'il 
a  recueillies  de  diverses  bouches. 

Quoi  qu'il  en  soit»  j'essaierai  de  remplir  le  vœu  qu'a 
exprimé  le  voyageur,  de  me  voir  pointer  sur  une  carte 
les  détails  qu'il  a  pu  se  procurer  touchant  l'intérieur 
du  triangle  dont  Zeyla',  l'embouchure  de  Lamo  et  le 
capGardafouy  marquent  les  extrémités,  vaste  espace 
resté  absolument  nu  dans  toutes  lesmappes  générales 
ou  particulières  de  l'Afrique. 

Sait  est  le  seul  qui  y  ait  inscrit  quelques  noms  de 
tribus,  sans  fixation  de  limites  ni  détermination  de 
chefs-lieux.  Il  est  assez  aisé  d'établir  la  synonymie  de 
sa  nomenclature  avec  celle  que  donne,  soit  dans  sa 
dernière  lettre,  soit  dans  une  précédente  communica- 
tion (i),  M.  D'Abbadie,  dont  le  scrupule  graphique 
s'attache,  comme  on  sait,  à  reproduire  les  prononcia- 
tions indigènes  aussi  exactement  que  possible.  Voici 
le  tableau  de  celle  corrélation  : 

(i)  Voir  Bulletin^  tome  XI,  pag.  33 1  à  34ode  la  5«rie  actuelle. 


(     lOI     ) 


s  ALT. 

M.    n'ABBADIK. 

Ësa 

Eysa. 

Heberawul 

Habârawal. 

Abberjerhajjia 

Habarg&hadjis. 

Mijjerthayn 

MâdjarlUyii. 

Guddobesa 

Gôdôboussi. 

Betela 

fiOrthelé. 

Abbakul 

Âbôga'l. 

Wogadeen 

Ougâdâyn. 

Merrehan 

Màrehhan. 

Nowea 

Hhawi. 

Jado 

? 

Paf 

Faf?(y7e//w). 

Je  prends  pour  canevas  provisoire  la  carie  de  Sali, 
sauf  reclificnlîon  ullérieure ,  s'il  y  a  Heu,  d'après  les 
travaux  plus  récents  d'Owen.  Mon  premier  soip  est  d'y 
reconnaître  ou  d'y  établir  les  lieux  de  la  côte  destinés 
à  servir  de  points  d'appui  aux  renseignements  de 
M.  D'Abbadie  :  Sur  la  côte  nord»  Barberab»  Kar 
rain,  Lasgborey,Dourdouri,  Bosaso  ou  Gha'sim;  sur  la 
côte  orientale»  Râs  Hbafoun»  Gara'd,  Ré^s'Awadh,  l'em- 
bouchure du  Doara,  Magadoschou,  Brawah,  l'emboq- 
cbore  du  Jeb  et  celle  du  Lamo^ 

De  ces  treize  noms,  les  deux  premiers  sont  marqués 
sur  toutes  les  cartes .  à  une  place  que  nous  leur  lais- 
serons. ^ 

La  position  de  Gba'sim  nous  est  indiquée  sur  la  carte 
de  Sait  par  la  baie  de  Ghossim  ;  mais  à  côté  de  celle-ci 
se  trouve  le  Ras-Ghorey,  que  nous  ne  saurions»  malg^ré 
les  rapports  de  consonnance ,  prendre  pour  le  point 
nommé  Lasgborey  dans  les  derniers  renseignements 
(35)  de  M.  D'Abbadie;  car  les  distances  respecti- 
ves de  Vun  et  de  l'autre  à  un  terme  commun   (Nou- 


(    »02    ) 

ga'I)  dînèrent  entre  elles  de  quatre  journées ,  ce  qui 
exclut  toute  idée  de  voisinage  immédiat.  En  cet  en- 
droit Sait  mentionne  deux  vieilles  tours,  dans  lesquel- 
les s;ms  doute  sont  placés  les  canons  signalés  précé- 
demment par  M.  D'Abbadie  comme  existant  à  Gha*sim 
d'après  les  informations  recueillies  à  Mokha  d'un  pilote 
sçoumâly  (i)  ;  nous  adopterons  donc  ce  point  pour 
Templacemenl  de  Gha*sim  ,  et  nous  chercherons  Las 
ghorey  ailleurs. 

Dourdoury  ne  figure  ni  sur  la  carte  de  Sait  ni  sur 
celle  d'Owen,  ni  sur  la  grande  carte  d'Afrique  de  D'An- 
ville  de  1 749  ;  mais  en  se  rapportant  à  celle  de  l'Ethio- 
pie orientale,  dressée  en  1727  par  ce  grand  géogra- 
phe, et  jointe  à  une  dissertation  de  Tabbé  Legrand  à 
la  suite  de  la  Relation  irJbyssinie  du  père  Lobo,  on  y 
trouve  inscrit  le  nom  de  Darduri  en  un  point  qui  ré- 
pond, sur  la  carte  de  Sait,  à  celui  près  duquel  est  Tlle 
de  Mete,  tandis  que  ce  dernier  nom  est  donné,  par  la 
carte  de  i  727,  à  l'île  Aïs  ou  Brûlée  de  Sait  et  d'Owen, 
conformes  en  ceci  à  la  grande  carte  de  D'Anville  de 
1749;  mais  comme,  suivant  toute  apparence,  Owen 
et  Sait  ont  simplement  reproduit  la  nomenclature  an- 
térieure ,  sans  vérification  locale ,  ainsi  qu'il  arrive 
presque  toujours  dans  les  travaux  hydrographiques, 
c'est  uniquement  entre  l'œuvre  de  D'Anville  en  1727, 
et  son  œuvre  de  1 749»  que  flous  avons  à  prendre  parti. 
Or,  en  recourant  à  la  liste  fournie  à  M.  D'Abbadie  par 
le  pilote  sçoumâly  de  Mokha  •  et  la  combinant  avec  les 
derniers  renseignements,  nous  nous  déterminons  à  op- 
ter pour  la  carte  de  1727,  et  k  placer  en  conséquence 
les  points  de  Dourdouri  et  de  Meyd. 

(1)  BuKetiny  iginc  XI,  p.  335. 


(  »<>5  ) 

Quant  àLasghorey  des  derniers  renseignements,  il 
nous  semble  être  le  même  queLassoghey  (p.  335)  ou 
Larsoghcy  (p.  338)  de  la  précédente  liste,  et  devoir 
être  placé  entre  Meyd  etDourdoury. 

Voilà  pour  la  côte  septentrionale. 

Quant  à  la  côte  orientale,  le  Ràs  Hhafoun,  Magado- 
schou,  Brawahy  Juba  ou  Jeb,  et  Lamo  ,se  trouvent 
déjà  inscrits  sur  la  carte  de  Sait,  que  nous  avons  prise 
pour  premier  canevas.  La  carte  d'Owen  nous  fournit 
la  position  du  Ràs  'Awadli  ;  la  carte  de  D'Anville  de 
1749  nous  guide  pour  l'application  du  nomde  Doara  ; 
et  une  petite  esquisse  de  la  côte,  jointe  par  M.  D'Abba- 
die  à  sa  lettre,  nous  signale  l'emplacement  do  Gara'd 
cotre  leRàs-'Awadh  et  le  Ràs-etrKheyl. 

Il  nous  reste  à  y  ajouter  Ba'd,  Ockda  et  Hbnmar, 
pour  lesquels  nous  n'avons  d'autres  données  que  les 
derniers  renseignements  de  M.  D'Abbadie. 

Ba'd  est  dans  le  sud  du  Ràs  Hhafoun,  h  une  distance 
indéterminée  (aS)  d'après  Arrali ,  —  à  une  journée  et 
demie  de  Gara'd  (5o)  suivant  l'bomme  de  Harar.  Nous 
aurons  à  déterminer  ultérieurement  quelle  est  la  valeur 
odométrique  de  cette  distance,  et  si  elle  doit  être  comp- 
tée au  nord  ou  au  sud  de  Gara'd. 

Ockda,  suivant  Arrali,  est  un  village  h  remboucbure 
duWebi  (16);  cette  embouchure,  dit  le  pêcheur  "de 
Maskat,  n'est  point  à  Magadoschou  (49)  ;  l'homme  de 
llarar  la  met  au  sud  de  Brawah  (So),  et  Khamis-ben- 
Tsabet  conjecture  que  Ockda  est  la  village  àTembou- 
chure  du  Jeb,  seul  point  de  la  côte  dont  il  ne  sût  pas 
le  nom.  Ces  deux  derniers  témoignages  militent  pour 
une  position  plus  méridionale  qu'elle  ne  résulterait  de 
(]uelques  autres  informations  ('25,  4'»  ^0  dont  nous 
nous  occuperons  tout-à  riieuro.  Quant  à  présent,  nous 


(  >o4  ) 

adopterons  avec  M.  D'Abbadie  ridentitc  du  Jeb  et  du 
Webî  (5o). 

Hbaraar  est  sur  la  côte  (4,  so),  entre  le  Doara  et  le 
Webi  (s5),  mais  plus  près  du  premier,  ajoute  Arrali, 
qui  cependant  a  pu  aller  par  mer,  en  25  heures,  de 
Hhamar  à  Lama  (i8) ,  pendant  que  'Ali  Fahia  compte 
12  heures  pour  aller  de  Magadoschou  à  Hhamar 
(5 1  )  ;  d'où  il  suit  que  ce  dernier  point  se  trouve  à  en- 
viron un  tiers  de  la  distance  de  Magadoschou  à  Lama 
en  parlant  de  Magadoschou,  ou  aux  deux  tiers  en  s'ap- 
puyant  sur  Lama.  Hhamar  est  en  outre  à  3  journées 
de  marche  d'Ockda  (19)»  vers  Magadoschou,  derrière 
et  au  N.O.  d'une  petite  tle  voisine  du  rivage  (4if  5i)  : 
mais  comme  les  cartes  que  nous  pouvons  consulter  ne 
nous  montrent  d'Ilots  que  vis-à-vis  de  Brawah,  et  au 
nord  de  ce  point,  entre  1 10  et  iSo  milles  de  distance 
à  l'égard  de  l'embouchure  du  Geb,  c'est-à-dire  d'Ock- 
da, et  que  trois  journées  de  marche  ne  sauraient  at* 
teindre  une  pareille  distance,  nous  ne  trouvons  en  défi* 
nitive  ,  dans  cette  indication  d'une  Ile  devantHhamar» 
aucun  repère  dont  nous  puissions  actuellement  pro- 
fiter. 

A  l'intérieur,  une  position  encore  nous  est  fournie 
par  la  carte  de  Sait  ;  c'est  celle  de  Harar,  ou  plus  exac-* 
temênt  Ada'r,  située  à  175  milles  de  Berberah. 

Ces  bases  établies,  occupons-nous  de  la  construc* 
lion  graphique  des  renseignements  itinéraires  recueil- 
lis par  M.  D'Abbadie.  Et  d'abord  établissons  entre 
Berberah  et  Ada'r  la  route  de  huit  journées  décrite  par 
Arrali  (89)  : 


(  io5  ) 


Dëpan  de  BSrb^râh. 


•     • 


Geri 

Zâley,  puits 

'Dâmàdare •     . 

H&râr ,  puits 

Djidjôga,  puits  de  la  tribu  Bârtàle. 

Bôrzou 

Babili 

AdaV. 


jour 


8 


Les  175  milles  de  distance  totale,  partagés  entre  ces 
8  journées,  donnent  pour  chaque  journée  une  i^a- 
leur  mojenne  de  32  milles  :  ainsi  se  trouve  déterminé 
le  taux  des  journées  d'Arrali,  que  nous  adopterons 
légalement  a  IVgard  des  autres  informateurs  pour  les- 
quels nous  n'aurons  pas  d'autres  bases  de  calcul. 

D'après  cette  valeur  de  la  journée  de  route»  nous  pla- 
cerons Hhamar  à  66  milles  dans  le  nord  d'Ockda  (1 9)  > 
et  Ba'd  à  33  milles  de  Gara'd  (60),  en  mesurant  cette 
dernière  distance  vers  le  sud,  par  suite  d'un  pressenti- 
ment des  conditions  itinéraires  qui  vont  successive- 
mentse  révéler  à  nous.  Sans  y  insister  beaucoup,  nous 
ferons  cependant  remarquer  ici  que  Hhamar,  ainsi 
pointé  sur  la  carte  d'Owen,  se  trouve  précisément  der- 
rière un  récif  qui  représenterait  le  petit  tlot  signalé 
par  'Aly  Fahia  (5i). 

De  Harar  à  l'emplacement  de  Ba'd,  il  se  trouve  en 
ligne  droite  une  distance  totale  de  44o  milles,  ce 
qui  s'accorde  très  bien  avec  une  route  de  21  à 
Si  journées,  que  nous  pouvons  relever  dans  les 
renseignements  de  M.  d'Abbadie,   ainsi   qu'il   suit  : 


(  >o6) 

Départ  de  Harar. 
Môlmil  (38) 4  à    5  jours. 

Thoug(5,7,  i5, 3i,  38).     .     .  4 

•/>ollo(7,3i).    .  - 3 

Galadi  (5  ,  7) 3    )  i5 

Moudoug  (8,  34) 3 

^Don^donh  (27,  34) a 

Ba'd  (27 ,  29  ) 2 

21  à     22 

Pareillement  de  Berberah  jusqu'à  remplacement  de 
Ubamar,  la  carte  de  Sait  présente  une  distance  de 
600  milles  en  ligne  droite,  ce  qui  se  rapporte  fort 
bien  à  une  route  de  sg  journées ,  dont  les  élé- 
ments se  trouvent  consignés  dans  les  informations  de 
M.  D'Abbadie,  et  qui  peut  se  résumer  ainsi  : 

Dt^part  de  Berberah. 

Koulam  (i) i  jour. 

Mandja*seye,  puits  (i) i 

Ckala*,  ouïe  chaykh, château  (1).  .      .  i 

Waraniy  puits  (i) i 

'Z>ollo,  puits  (2  ,  3  ,  28) 6 

Marergour,de  la  tribu  de  Marehhan(2,26).  3 

Hhawi  (4,  II) 2 

f       Abôga'l(4) 5 

Uhainar  (4) 10 

Cetle  route  coupe  la  précédente  à  *Do\\o  ;  elle  s'y 
rattache  encore  à  Moudoug  par  un  embranchement 
liant  Marergour  au  RâsHhafoun^et  à  Bosaso  ou  Gha'sim, 
ainsi  qu'il  suit  : 


(   »07  ) 

Dppait  de  Marergour. 

Moudoug  (^9) 4  jours. 

Bour  'Anot  (35) 7 

Gha'siin  (33) ,  ou  Ras  lihafoun  ('29).  8 

19 


Ce  dernier  iiinéruirc  se  rattache  encore  aux  deux 
précédents  par  une  ligne  de  douze  journées  entre 
*Do\lo  et  fiour  'Anot  (3ô).  Ces  douze  journées  parais- 
sentréparties  en  trois  fractions  inégales  par  les  points 
deTâwalietWâdamôgour;  le  premier  est  à  six  jour- 
nées de  chameau  ou  trois  journées  de  cheval  de  ^Oollo 
(35),  et  nous  savons  d'ailleurs  (5,i3)  que  trois  jour- 
nées de  cheval  équivalent  à  4  journées  de  piéton. 
Wada  môgour  est  à  24  heures  de  Ts^ali  (35) , 
et  nous  savons  d'ailleurs  (i5)  que  24  heures  équi- 
valent à  trois  journées;  enfin,  il  y  a  5  journées  de 
Wada  niôgour  à  Bour  'Anot  (35)  ;  en  sorte  que  nous 
pouvons  résumer  ainsi  ce  nouvel  embranchement  : 


Départ  de  */)ollo. 

Dawale ,  Bôhotle  et  Tawali.   .     . 

.     4  jours. 

Wâda  môgour 

.     3 

Bour  'Anot.    ...... 

.     5 

12 


Pour  tracer  maintenant  ces  diverses  lignes  sur  notre 
carie,  nous  formerons  un  premier  triangle  ayant  ses 
Irois  angles  à  'Z^ollo,  Marergour  et  Moudoug,  et  dont 
les  côtés  respectivement  opposés  mesureront  88  milles, 
ïSa  milles,  et  66  milles.  Nous  formerons  un  second 
Iriangle  entre  *Dollo,  Moudoug,  et  Bour  'Anol,  donlles 
côlés  respectivement  opposés  à  ces  trois  points  mesu- 
reront  (sauf  raccourcissement  ultérieur  de  l'un  des 


{  >o8  ) 

cotés)  1^54  milles,  s64  milles,  et  iSs  milles.  Ces  deux 
triangles  se  touchent  par  la  ligne  de  1 3a  milles  entre 
'Z^ollo  et  Houdoug,  de  manière  à  constituer  ensemble 
un  trapèze  dont  les  qpatre  angles  sont  marqués  par 
'Z^ollo^Bour'Anot,  Moudong  et  Marergours  et  chacun 
de  ces  angles  a  des  points  d'appui  déterminés  déjà  in- 
scrits sur  notre  carte. 

£n  effet,  Moudoug  s'appuie  sur  Ba'd  par  une  ligne 
de  88  milles;  Bour'Anot  s'appuie  sur  leRàs  Hhafoun 
et  sur  le  port  deBosaso  ou  Gha*sim  par  deux  lignes  de 
176  milles  chacune;  Marergour  s'appuie  sur  Hhamar 
par  une  ligne  de  SjS  milles;  enfin»  ^Dollo  s'appuie  à 
la  fois  sur  Berberah  par  une  ligne  de  198  milles,  et 
sur  'Adar  par  une  ligne  d'environ  s5o  milles;  mais 
celte  dernière  donnée  exige  des  explications  dont  nous 
nous  occuperons  tout-â-l'heure. 

Nous  voulons  auparavant  employer  quelques  autres 
indications  odométriques  dans  l'espace  compris  entre 
la  côte  nord  et  les  trois  lignes  déterminées  par  les 
points  de  Bosaso ,  Bour-'Anot  »  '&0II0,  et  Berberah.  Il 
s'agit  de  la  source  abondante  et  fameuse  de  Nouga'l , 
entre  Wâdamôgour  et  Bour'Anot  (35).  située  dans  les 
conditions  de  distance  suivantes  : 

Du  Bas  K^ram 8  à  9  jours. 

De  Lasghorey 7 

De  Donrdoury 7 

De  Bosaso  ou  Gha'sim i  ^ 

En  prenant  en  ligne  droite  celte  dernière  distance, 
sa  combinaison  avec  la  première  viendrait  asseoir  Nou- 
ga'l sur  Wàdamôgour,  ce  qui  n'est  point  admissible  ; 
il  est  assez  naturel  de  supposer  que  la  route  de  Bosaso 
à  Nouga'l  passe  par  Bour-'Anol ,  ce  qui  nous  permet 


(  ><»9  ) 
de  subsliluer  3  journées  ou  66  milles,  appuyés  sur 
Bour-'Anot»  aux  ii  )ournées  à  partir  de  Bosaso.  Les 
8  à  9  journées  comptées  du  Ras-R^ram,  combinées 
avec  cette  nouvelle  donnée ,  permettraient  alors  d'in- 
scrire Nouga'l  sur  la  ligne  directe  de  Bour-'Anot  k 
'DoWo ,  à  3  journées  dans  l'est  de  W^damôguur.  Mais 
il  faut  obéir  en  mtoie  temps  à  la  double  condition  de 
7  journées  sur  Dourdoury  et  7  journées  sur  Lasgho- 
reyi  ce  qui  tend  à  infléchir  vers  la  côte  la  route  de 
Bour-'Anot  à  ^/)ollo  par  W^damôgour  et  Tâvirali  ;  d'où 
il  résulterait,  dans  le  côté  Bour  'Anot  Dollo  du  trian- 
gle Bour'Anot-'Dollo-Moudoug,  un  raccourcissement 
de  quelques  milles,  pouvant  attirer  un  peu  plus  à  l'est 
la  position  de  '  /)ollo. 

Occupons -nous  maintenant  de  l'espace  compris 
entre  'Z>ollo  et  Ada*r  :  il  s'y  renconlre  plus  d'une  diffi- 
culté dont  nous  avons  besoin  de  nous  rendre  compte 
avant  de  prendre  une  détermination.  La  majeure  par- 
tie de  ces  difficultés  provient  d'une  confusion  relative 
au  nom  de  Wébi. 

Ce  nom  parait  applicable  à  diverses  rivières  ;  car  Ar- 
rali  dit  que  Rahba"wyn  est  entre  deuxWébi  (6);  puis  il 
énonce  qo'ily  a  septWébi  (s8),  dont  l'un  porte  la  déno- 
mination spéciale  deWébi-Ganàna  (6,  28,  ij.  Si),  eï 
les  autres  des  noms  qu'il  ignore  :  nous  en  conclurions, 
sans  hésiter,  que  Wébi  est  un  nom  appellatif,  si  le 
silence,  à  cet  égard,  d'un  homme  aussi  sagnce  que 
M.  d'Abbadie  ne  nous  retenait  dans  un  doute  forcé. 
Quoi  qu'il  en  soit,  il  demeure  évident  pour  nous  que 
toates  les  mentions  faites  du  Wébi  dans  les  renseigne- 
ments colligés  par  ce  voyageur,  ne  sauraient  s'appli- 
quer h  un  seul  et  même  Wébi ,  h  moins  d'être  enta- 
cbées*de8  contradictions  les  plus  manifestes» 


(    IIO    ) 

Ainsi,  par  exemple»  Tbotig  est  à  3  journées  du 
Wébi  (i5,  3i),  et  Galadi,  qui  est  à  6  journées  de 
Thoug  (3i)»  est  ainsi  très  bien  indiqué  à  9  journées  du 
Wébi  ;  d*un  autre  côté  »  le  Wébi  coule  à  9  journées  au 
sud-est  de  'Z>ollo  («4)9  et  Marergour ,  qui  esta  3  jour* 
nées  de  'Z>ollo  (fi),  est  ainsi  très  bien  indiqué  à  5  jour- 
nées du  Wébi  (10);  mais  s'il  est  qliestion ,  dans  Tun 
et  l'autre  cas,  d'un  seul  et  même  Wébi,  comment  6a> 
ladi,  qui  n'est,  comme  Marergour,  qu'à  3  journées  de 
'Dollo,  serait-il  à  9  journées  du  Wébi,  tandis  que  Ma- 
rergour ne  serait  éloigné  de  cette  rivière  que  de  5  jour- 
nées? La  contradiction  est  plus  frappante  encore  h  Vé- 
gard  de  Thoug,  qui  tantôt  est  à  5  journées  du  Wébi 
(i5,  3i),  et  tantôt  s'étend  le  long  du  Wébi  (33).  Si. 
*  au  contraire ,  on  reconnaissait  là  deux  Wébi  distincts, 
les  contradictions  disparaîtraient.  Nous  opterons  donc 
pour  deux  Wébi,  entre  lesquels  nous  aurons  la  facilité 
de  placer  Rabha"wyn,  conformément  à  Tindication 
précise  d' Arrali  (6) . 

Ici  se  présente  une  nouvelle  difficulté ,  plus  grave 
que  toutes  les  autres  :  où  placerons-nous  la  rivière  de 
Magadoschou,  que  les  Arabes  font  venir  des  montagnes 
d'Abyssinie ,  et  qui  est  appelée  Webbe  sur  la  carte  de 
Sait?  La  question  est  embarrassante  ;  et  ce  n'est  pas  la 
seule  qui  viendrait  entraver  notre  essai  de  construc- 
tion, si  nous  voulions  évoquer  ici  toutes  les  indications 
que  pourraient  nous  fournir  les  caries  et  les  relations 
antérieures.  Mais  tel  n'est  pas  notre  dessein  ;  et  nous 
voulons  uniquement  nous  occuper  des  informations 
transmises  par  M.  d'Abbadie  :  nous  ne  pouvons 
ainsi  conduire  à  Magadoschou  pas  môme  le  Wébi  de 
'  DoWo,  car  il  est  identique  au  Wébi  d'Ougadâyn  ou  Wébi 
Gunàna,  qui  se  rend  h  la  mer  au  sud  de  Brawali'(5o), 
après  sa  réunion  au  Faf  ou  Wébigîweyna  (ôi),  lequel 


(     »!•     ) 

vienlde  plus  loin.  Il  ne  débouche  à  Magadoschou»  sui- 
fant  le  pêcheur  de  Maskat,  aucune  rivière  (4g),  ou  du 
moins  »  suivant  les  explications  de  Khamys-bcn-Tsabet, 
aucun  fleuve  qui  porte  toute  Tannée  ses  eaux  a  la 
mer  (44)  >  nous  nous  bornerons  donc  à  figurer  près  de 
Magadoschou  un  faible  cours  d'eau,  entre  le  Doaro  ou 
Doara,  qui  vient  de  Hhawi  (17,  26,  48)t  et  le  Wé- 
bigiweyna  ou  Faf,  considéré  comme  identique  au 
Geb  (45;»  44»  5o)»  ^^  venant  de  chez  les  Gallas  voisins 
de  l'Âbyssinie  (as). 

C'est  sur  le  Wébi  Gânàna  que  se  trouve  la  ville  de 
Look 9  capitale  des  Rahha"wyn  (6),  à  dix  journées  de 
distance  de  Brawah  (57),  et  probablement  assez  près  de 
la  lète  ou  confluent  du  Gânnna  au  grand  Wébi,  dans 
le  territoire  des  Galla-Wardeyn ,  qui  s'étendent  depuis 
Lock  jusqu'auprès  de  la  mer  (07)  :  c'est  ce  Wébi  Ga- 
nàna  qui  est  formé  de  sept  affluents  (28,  47)>  ^^  ^^^^ 
le  courant  principal  vient,  dit-on ,  d'un  grand  lac  d'eau 
douce  (a8»  38).  Quel  est  ce  lac?  On  pourrait  supposer 
qu'il  est  fait  allusion  au  lac  d'eau  douce  qui  se  trouve 
dans  l'ouest  de  Zeyla'  «  et  non  loin  duquel  est  passé 
H.  Rochety  le  5  septembre  1839,  en  se  rendant  à  An- 
cobar  »  et  le  26  mars  i84o,  à  son  retour  {a)  :  c'est  là 
que  vient  se  perdre  la  grande  rivière  Hawasch,  et  l'on 
pourrait  être  disposé  à  croire  que  cette  rivière  ne  fait 
que  traverser  le  lac,  pour  venir  couler  près  de  llarar; 
car  on  voit  les  anciennes  cartes  inscrire  Auca-Couroula, 
capitale.de  Ad el,  sur  la  rivière  Hawasch,  et  Joam  dos 
Santos  appeler  cette  capitale  Arar  (&).  Mais,  en  ce  cas, 

(a)  RocHKT,  Voyage  sur  la  côte  orientale  de  la  mer  lloïKje ,  dans 
le  pays  dAdel  et  le  royaume  de  Choa;  Paris ,  184 1,  Rr.  in- 8",  pag.  87 
Cl  333. 

6)  JoAO  XM)5  SiwTOS,  Primelra  parte  da  Ethiopia  oriental;  Evora, 
1607,  peCil  in-folio;  liv.  V,  rap.  17,  f  i34  v",  roi.  2. 


113) 

M.  Rochet  n'eût  pu  manquer  de  traverser  un  courant 
dirigé  au  sud  ,  tandis  qu'il  n'a  rencontré  que  la  rivière 
de  Kilalou ,  dirigée  au  nord.  Il  n'est  donc  probable- 
ment question  ici  que  d'un  de  ces  vagues  oui-dire 
sans  autre  fondement  que  des  faits  mal  observés. 

Quant  au  grand  Wébi,  qui  naît  au  voisinage  de 
l'Abyssinie  (s s)»  nous  le  rencontrons  d'abord  à  Imiy , 
grande  ville  des  Galla-Ala',  à  six  heures  de  Kârànle, 
à  l'ouest  de  cette  dernière,  et  sur  la  rive  gauche  du 
fleuve ,  suivant  Arrali  (  i  a,  Ss)  ;  Aly  Fahia  la  met  pareil* 
lement  sur  la  rive  gauche  (53) ,  mais  au  nord-est  de 
K^rànle  (Sa)  :  peut-être  faut-il  ici  renverser  les  terme;». 
Déjà  à  Imiy  le  Wébi  porte  radeau ,  et  la  marée  remonte 
jusque  là  (63}.  Suivant  'Aly-Charniarka,  le  point  où  le 
Wébi  est  navigable  se  trouve  à  moitié  chemin  de  Hâr^r 
à  Lamo ,  à  6  ou  7  journées  de  Tune  et  de  l'autre  (46)  : 
il  n'est  pas  besoin  d'ajouter  que  ce  sont  de  grandes 
joui*nées  de  dromadaire^  au  taux  de  60  milles,  de 
même  que  celles  d'Aly-Fahia,  qui  n'en  compte  que 
7  d'imiy  à  la  mer  (53),  6  à  8  de  Hhawi  au  Râs-Hha- 
foun  (54)9  et  a  seulement  de  la  frontière  d'Ougadayn 
à  Harar  (48). 

K^rànle,  voisine  d'imiy,  et  placée  également  sur  le 
Wébi  (5,  12,  53),  est  aussi  une  ville  Galla(5s)  à  4 
journées  au  sud-est  de  Harar  (5);  on  traverse  sur  cette 
route,  en  parlant  de  Karhnle,  les  tribus  Gallas  de 
Hheban  ,  Aniyou  et  Babili ,  qui  sont  idolâtres,  et  celle 
d'Orgobbo  ,  qui  est  musulmane;  en  prenant  à  l'ouest 
vers  le  Borân,  on  traverse  les  tribus  Aniya,  Ala',  et 
Noio  (4^)»  ^^^^  ^i''^  d'Aniyase  trouve  à  3  journées  de 
Hâr^r  (5o).  En  allant  de  Kârànle  à  la  mer,  dans  la  di- 
rection de  Hhamar,  on  traverse  les  tribus  de  Hi^wadle, 


(  i-S) 

HoDrous^de,  Abôga'l  et  Ghebelle  (ai);  celte  dernière 
est  à  quatre  journées  de  Rahha'Vyn  (56). 

Le  Wébi  coule  dans  le  sud  de  Harar  (48),  et  reçoit, 
à  quatre  ou  cinq  journées  de  Kdrànle^  le  Fafan  (i4), 
qui  lui-même  est  à  six  heures  de  dromadaire  de  H^rar, 
et  reçoit  les  ruisseaux  de  Crlir  et  de  IIararw<^gny  ^  entre 
lesquels  est  sise  la  ville  de  H^rar. 

Karànle  étant  dans  le  pays  Galla ,  tandis  que  Môlmil 
est  la  limite  occidentale  des  Sçoumâl  Ougadayn ,  il  en 
faut  conclure  que  Môlmil  est  dans  l'est  de  Kârànle. 

Telles  sont  les  bases  auxquelles  je  me  suis  arrèlé 
pour  construire  graphiquement  les  informations  n^- 
cueillies  par  M.  Antoine  d*Abbadie  sur  le  pays  inconnu 
des  Sçoumàl  :  sans  doute  il  règne  encore  beaucoup 
d'incertitudes  sur  bien  des  points  de  ce  tracé  ;  mais  il 
est  quelques  points,  aussi,  qui  paraissent  déterminés 
a?ec  une  tolérable  approximation;  et  ce  résultat,  quel* 
que  mince  qu'il  soit,  mérite  néanmoins  d'élre  accueilli 
avec  d'autant  plus  d'intérêt,  que  ce  coin  de  l'Afrique 
était,  plus  encore  que  tout  antre,  resté  sur  nos  cartes 
dans  la  plus  complète  nudité. 

Peut-être  M.  d'Abbadie  aura-t-il  de  nouveau  l'occa- 
sion de  rencontrer  des  informateurs  qui  aient  visité  le 
pays  des  Sçoumâl  :  la  petite  carte  que  sa  confiance 
en  mes  faibles  lumières  l'a  porté  à  me  demander, 
aura  du  moins  en  ses  mains  celte  utilité  spéciale,  qu'il 
pourra  la  contrôler  avec  les  dires  des  voyageurs  indi- 
gènes, en  noter  les  imperfections,  les  rectifier,  et 
conquérir  ainsi  définitivement  à  la  géographie  quel- 
ques notions  certaines  de  plus. 

d'Avezac. 

Paris,      février  1842. 


xrii.  FivRiBB.  5.  8 


(  '»4) 

RENSEIGNEMENTS  SUR  L'ABYSSINIE. 

Extraits  de  deux  lettrés  adressées  à  M,  D'AVitZAC  par 
M,  Théophile  C»  Lbfbbvub,  lieutenant  de  vaisseau^ 
.  voyageur  en  Ahyssinie. 


Adoa,  le  aa  mai  i84i' 

...  Je  reçus  «  à  mon  arrivée  à  Dixan,  une  lettre 
d'un  Fraoç'aîs  qui  étiàit  auprès  de  M.Petit  ;  dans  la  pro- 
vince de  Cbiré  ,  et  cette  lettre  -m'annonçait  que  si  ^e 
voulais  voir,  avant  qu'il  ne  mourûli,  le  second  de  mes 
compagnons  de  voyage,  il  fallait  laisser  mes  bagages 
et  me  hâter  de  venir.  Au  moment  où  ce  céurrierm'ar- 
riva,  j'étais  au  lit,  menacé  d'une  apoplexie....  Je  ne 
pus  me  lever  que  le  lendemain»  et  je  partis,  laissant 
aux  nouveaux  compagnons  de  voyage  que  j'avais  re- 
crutés en  France  le  soin  de  se  tirer  d'affaire  avec 
l'aide  de  l'Abyàsin  Adgo,  que  vous  coniiteissez ,' et  qui 
parle  aujourd'hui  passablement  le  français.  'Au  <bout 
de  quatre  jours  j'embrassai  mon  bon  docteur;  mais  je 
craignais  de  le-setrer  dans  mes  fcr^s,  de  peur  d'éteindre 
le  reste  de  souffle -qi/il' y  atait  ènlili.  Le  lendemain 
cependant  il  était  un  peu  inièux ,  et  pendant  huit  jours 
que  je  demeurai  p^ès  de 'lui,  ta'dOûval'e&cénce  parut 
faire  des  progi^ës.  11  était  (tes  mal  couché,  car  toute  la 
maison  avait  été  au  pillage  pendant 'six  mois  de  ma- 
ladie: je  lui  fis  faik^e'ùn  Kf^sdalMe,  je  Changeai  sa 
nourriture,  et' je  c'His  n'aVoirHenU' éteindre  quand )e 
le  quittai  pour  aller  rejoindre 'M.  Vîgàatkd,  qui  était 
fort  embarrassé,  et  n'avait  pu  faire  avec  le  bagage ,  en 
douze  jours,  qu'environ  la  marëfae  de  trois  heures 
pour  un  homme  à  mule.  Cependant  les  lettres  que  je 


(  ii5  ) 

reçus  de  lui  à  ,4^ea  m'apnonçant  son  arrivée  pro- 
chaine, )e  cnispoa?pir.nie,pieUre  au  lit  çl  Tattendre. 

J'attendis  ainsi  quinie  joui^s;  enQp  les  l^qn^qtiQS  » 
ânon  le  bagage ,  arrivèrent  au  complet,  çt  je  pus 
bientôt  me  .mettre  en  route  poi^r  le  3^miène,  où  se 
trouvait  alors  Oubié.  Ce  voyage  se  fit  sans  ^fnba^ras» 
parce  qu'étant  là  avec  l'autorité  que  ine  donnait  l'a- 
mitié dp  roi,  personne  n'osait  mettre  d'obstacle  h 
notre  marche  ;  partout,  au  contraire ,  les  vivres ,  qui 
avaient  été  contestées  pend.^pt  iQpn  absence ,  étaient 
apportés  avec  assez  d'abondapce  pour  que  je  d,usse 
souvent  les  refuser. 

Quelques  minutes  avant  d'entrer  au,  camp  deMoy  e- 
iâalo»  un  soldat  d'Oubié  vint  nous,avertir  que  la  cour 
était  assemblée»  et  que  le  roi  ayant  été  prévenu  de 
notre  arrivée,  nous  attendait  depuis  le  matip.  ^ous 
fimes  donc  balte  pour  changer  nos  costumes  de  voyage 
en  habits  de  cérémonie ,  et  bientôt  nous  fûmes  dans 
la  tente  royale ,  accompagnés  de  notre  cortège  d'am- 
bassadeurs et  d'Européens  »  que  je  fis  asseoir  au  milieu 
des  ministres.  Pendant  que  j'offrais  mes  compliments 
anz  Abyssins  de  marque  qui  se  trouvaient  là»  j'eus 
lieu  d'observer  l'étonnement  de  mes  cpmpagnops  ^e 
voyage ,  qui  s'étaient  imaginé  de  trouver  dftns  Oubié 
un  honune  ridicule  et  saiis  dignité  »  et  qui  étaient  loin 
de  s'attendre  que  la  cour  d'un  roi  nègre  pût  leur 
imposer. 

Après  les  premières  paroles»  je  demandai  la  per- 
mission de  me  retirer  dans  la  tente  qui  m'avait  été  pré- 
parée »  pour  me  reposer  des  fatigues  du  voyage;  et  l'on 
me  fit  conduire  dans  une  vaste  hutte  construite  en 
bois  et  recouverte  en  chaume,  qui  était  entourée  d'une 
haie,  avec  d'autres  huttes  ou  cabanes  du  même  genre 


(  >'(i  ) 

mais  plus  petites»  pour  mes  gens  et  ma  cuisine.  Je  fus 
à  peine  installé  qu*on  m'apporta  une  vache,  deux 
moutons,  de  l'hydromel,  de  la  bière,  du  beurre ,  du 
miel,  du  pain  de  blé  et  du  pain  de  teff,  de  Torge  pour 
les  mules;  enfin,  du  bois  à  brûler ,  et  de  l'herbe  poui 
mes  montures.  Le  roi  nous  fit  dire  qu^il  nous  enga- 
geait à  nous  reposer  le  lendemain,  et  qu'il  nous  rece- 
vrait le  jour  suivant  pour  accepter  les  cadeaux  du  roi 
de  France. 

Dans  l'intervalle  il  s'entretint  avec  ses  ambassadeurs, 
qui  lui  rendirent  compte  de  leur  mission,  et  quand 
j'allai  loi  offrir  les  présents  dont  j'étais  porteur,  il  me 
remercia  gracieusement  et  fit  l'éloge  de  chaque  chose. 

Il  continua  à  me  faire  envoyer  chaque  jour  des  vi- 
vres selon  l'usage  h  l'égard  d'une  personne  de  distinc- 
tion ,  et  me  reçut  de  nouveau  aux  fêtes  de  Pâques.  En 
celte  occasion ,  au  moment  où  les  guerriers  qui  assis- 
taient au  festin  venaient  d'entonner  un  chant  de  guerre 
et  d'élever  leurs  grands  vases  d'hydromel,  il  se  retourna 
vers  moi,  me  priant  d'engager  mes  compagnons  de 
voyage  n  lui  faire  entendre  le  chant  de  notre  nation  ; 
j'allais  m'en  excuser  avec  politesse,  quand  Guebra- 
Mariam  ,  mon  secrétaire,  se  levant  avec  précipitation  , 
et  regardant  Oubié  en  face^  se  prit  à  lui  dire  que  les 
Européens  étaient  accoutumés  à  des  choses  plus  sé- 
rieuses qu'une  joule  de  poumons  avec  des  ivrognes; 
violence  qui  le  fit  mettre  immédiatement  à  la  porte, 
el  jeta  du  froid  dans  nos  relations  avec  la  cour.  Nous 
partîmes  néanmoins  dans  d'assez  bons  termes,  et  non 
seulement  on  nous  donna  toutes  les  mules  de  transport 
qui  nous  avaient  été  prêtées,  mais  encore  on  expédia 
des  ordres  au  gouverneur  d'Adoa  pour  qu'une   mai- 
son el  des  vivres  nous  fussent  préparés,  et  pour  qu'on 


(  "7) 
Fournit  aux  ouvriers  européens  qui  m'accompagnaient 
tout  ce  qui]  était  nécessaire  pour  travailler:  je  fus  ainsi 
en  mesure  lorsque  j'arrivai  à  Adoa ,  où  la  maladie  de 
H.  Petit  me  forçait  encore  à  fixer  mon  quartier-géné- 
ral ,  d'établir  une  fonderie  do  canons  et  un  atelier  d'ar- 
tifices de  guerre.  Doux  Parisiens,  qui  avaient  demandé 
à  me  suivre ,  avaient  en  eux-mêmes  trop  peu  de  res- 
sources pour  se  rendre  utiles,  et  trop  peu  d'énergie 
pour  vivre  en  un  pays  où  ils  ne  retrouvaient  pas  les  ha- 
bitudes de  l'Europe  ;  ils  ont  pris  le  sage  parti  de  s'en 
retourner 

Voilà  la  narration  fort  abrégée  des  événements  qui 
concernent  mon  groupe.  II  y  a  après  cela  le  groupe  du 
consul  de  Belgique ,  celui  de  M.  Combes ,  celui  des 
missionnaires,  celui  de  MM.  d'Abbadie,  de  M.  Schim- 
per,  etc.;  ce  seraient  autant  d'histoires  qu'il  serait  trop 
tong  de  vous  raconter  ici.  Je  reprendrai  une  question 
plus  susceptible  d*exciter  votre  intérêt,  celle  de  nos 
projets  de  travail,  aussitôt  que  M.  Petit,  dont  la  santé 
^  consolide  de  jour  en  jour  d'une  manière  surpre- 
nante (ce  que  j'attribue  à  la  fois  au  moral  que  j'ai  re- 
levé et  au  confortable  que  j'ai  apporté),  sera  en  état  de 
monter  à  mule  et  de  poursuivre  le  voyage. 

Une  de  nos  premières  occupations  sera  d'étudier  les 
ruines  d'une  ville  antique,  que  nous  avons  décou- 
verte près  du  Tacazzé  ;  puis  nous  visiterons  le  Lasta,  et 
enfin  nous  terminerons  par  une  tournée  au  paysGalla, 
et  aux  sources  de  Guibié,  si  nous  pouvons.  En  atten- 
dant nous  préparons  un  envoi  de  magnifiques  collée-' 
iioDs  en  tous  genres;  nous  dessinons  chaque  jour,  et 
nous  étudions  le  pays  sous  toutes  ses  faces.  Je  ne  crois 
pas  être  prétentieux  en  assurant  qu'aucune  expédition 


(1.8  ) 

n*aura  rapporté  des  travaùt  aussi  complets  que  ceux 
que  nous  aurons  à  notre  retour  en  France 


Adoa,  le  3o  août  i84i* 

Dbns  ma  dernière  lettre  \e  vous  annonçais  mon  dé- 
pai'ï  prochain';  mais  la  iklaladie  de  M.  le  docteur  Petit 
iW'a  reféhu  ju^qti'iei ,  et  je  devrai' attendre  encolre  un 
ibt>is  dans'  le  Tigré  pbdr  être  bien  sûr  que  mon  éloi- 
gnemetit  n'affectera  pa'^  soi&'  moral,  et  te  le  fera  pas 
retomber  dans  l'état  de  faiblesse  où  je  Tai  trouvé  lors 
de  mon  arrivée.  Aujourd'hui  il  monte  à  mule  et  peut 
rejprendre  aVec  activité  ses  travatix  aux  environs  d'A- 

doa 

Demain  matin  j'irai  au  Hareb.  continuer  les  travaux 
de  mes  deux  collaborateurs»  et  M.  Vignaud ,  qui  est  un 
excellent  compagnon  de  voyage,  m'accompagnera  pour 
faire  les  récherches  géologiques  et  les  dessins ,  chose 
pour  laquelle  il  oxcette ,  au  grand  contentement  de 
M.  Petit,  dont  il  peint  les  oiseaux  et  les  plantes  remar- 
quables. Ce  Mareb  est  quelque  chose  de  terrible  à 
cause  des  maladies  auxquelles  on  s'expose  en  visitant 
ses  bords  ;  mais  je  prendrai  mes  précautions ,  en  re- 
montant chaque  soir  sur  les  hauteurs  qui  l'encaissent, 
et  me  dérobant  ainsi  aux  miasmes  produits  par  la  vi- 
goureuse végétation  et  le  nombre  considérable  de 
plantes  en  décomposition  au  milieu  des  chaudes  mares 
qui  stagnent  parmi  les  bambous  et  autres  plantes  vi* 
vaccs.  J'emmène  avec  moi  des  chasseurs,  des  bota- 
nistes^  des  zoologistes  et  des  entomologistes;  j'aurai 
des  mules  pour  porter  les  cailloux  de  M.  Vignaud  ,  et 
j'espère,  Dieu  aidant,  que  nous  ferons  quelque  chose 
d'intéressant.  A  mon  retour,  si  je  ne  suis  pas  mort. 


C  t»9  ) 
comme  mon  brave  ami  Dillon.je  vous  écrirai  It*  détail 
de  cette  petite  expédition ,  en  y  joignant  le  bulletin  des 
éléphants  et  des  lions  massacrés  par  notre  petite  armée. 

Les  nouvelles  politiques  du  pays  sont  que  le  frère  de 
Cassaye  »  l'ancien  rival  d*Oubié ,  qui  avait  fait  sa  sou- 
mission et  avait  reçu  le  gouvernement  d'une  province, 
s'est  révolté  ;  mais  il  n'a  pu  soutenir  la  lutte ,  et  s'est 
réfugié  chez  lesTaltals.  Guébra-Rafaël ,  qui  avait  aussi 
fait  sa  soumission  l'année  dernière  »  s'est  également 
révolté  ,  mais  il  est  serré  de  près  et  aura  de  la  peine  à 
se  tirer  d'affaire.  D'un  autre  côté ,  celles  de  Ras- Ali 
vont  mal»  et  il  est  probable  qu'Oubié  entrera  à  Gondar 
l'année  prochaine. 

Nous  préparons  pour  le  Jardin  du  Roi  un  envoi  de 
cinquante  caisses;  nous  attendons  une  bonne  occasion. 

...IIM.  D'Abbadie  sont  revenus  à  Messoah;run 
d'eux  est  à  Halay.  M.  Blondel,  consul  de  Belgique,  est 
arrivé  à  Rasso»  mais  là  ses  domestiques  l'ont  aban- 
donné :  c'est  pourtant  le  commencement  de  la  route , 
et  jusque  là  il  n'y  a  rien  de  difficile.  H.  Evins»  voyageur 
français,  qui  a  voulu  pénétrer  au  Ghoa  >  par  le  Lasta , 
a  été  assassiné  :  cette  route  est  impossible  à  tout  Euro- 
péen qui  ne  sera  pas  accompagné»  comme  je  le  suis, 
par  des  domestiques  braves  et  habiles. 


(    »20    ) 

EXTRAITS 

DE    DEUX   LETTAES    ADRESSÉES    A    M.    d'aVEZAC 
P\K  M.   AIVTOINE  D'A  BB  A  DIE. 

I. 

Renseignements  sur  dwers  idiomes  de  VEhiopie. 

Mousçawwa'  a8  août  1841- 

J'ignoraia  que  l'on  eût  rien  publié  sur  les  langues 
dankaly  et  galla»  sauf  un  petit  travail  (in«i8)  de 
M.  Krapf  sur  le  galla.  J'ai  laissé  à  la  Société  asiatique 
de  Paris  un  travail  plus  considérable  ;  mais  le  man- 
que de  caractères  éthiopiens  en  a  fait  ajourner  l'im- 
pression. Quant  au  vocabulaire  dankaly,  il  y  a  ici  une 
erreur  commune  à  Sait  et  aux  historiens  arabes, 
erreur  dans  ce  sens  du  moins  que,  lorsque  l'usage 
{quem  pênes  arbitriwn  est  et  jus  et  norma  loquendi)  ne  s'y 
oppose  pas,  il  faut  donner  aux  langues  leur  propre 
nom.  Si  l'on  veut  demander  à  un  homme  de  la  tribu 
de  Dankala  s'il  en  sait  la  langue ,  on  lui  dit  :  *Afur  af 
tardige!  Sais-tu  la  bouche  afârl  Qu'on  lui  demande 
ensuite  silesOuda'e}  sont  A'f^r,il  répond  dans  Taflirma- 
tive,  et  comprend  sous  le  même  nom  toutes  les  tribus 
voisines»  dont  j'ai  fait  une  liste  qui  comprend  plus  de 
cent  noms, et  que  j'espère  compléter.' Fait-on  remar- 
quer aux  Danakil  de  Hh^nfâlàh  (Amphilah  de  Sait)  et 
des  environs,  qu'ils  ne  parlent  pas  comme  les  Ouda'eU 
on  vous  répondra  :  c  Ma  bouche  esta'fâr,  mais  mon  par- 
ler (dialecte)  est  deBourê.»Bourê  est  le  nom  du  district 
qui  s'étend  depuis  Mâkânnàlê,  au  fond  de  la  baie  d'Ans- 
ley,  jusqu'à  Hharena;  les  A'fâr  prétendent  que  leurs 
ancêtres,  émigrés  d'Arabie ,  prirent  terre  dansBourê 


(  >«'  ) 

et  s'y  établirent.  D'après  ces  assertions,  confirmées 
d'tiillcars  par  des  gens  de  différentes  tribus,  je  me 
crois  autorisé  h  dire  que  la  langue  parlée  depuis  Azouli 
(Âdulis]  jusqu'au  golfe  de  Toudjourrah,  est  la  langue 
a  far;  qu'elle  a  deux  dialectes^  celui  d'Ada'li ,  celui  de 
Bourê,  et  peut-être  un  sous-diulecte  vers  Awsa,  et  un 
autre  chez  les  Désamo. 

J'ai  un  vocabulaire  de  900  mots  a'fâr  écrits  en 
double  pour  éviter  les  méprises»  et  quelques  phrases, 
malheureusement  trop  peu  nombreuses  pour  s'aven- 
turer dans  l'esquisse  d'une  grammaire.  J'ai  déjà  re- 
cueilli quelques  centaines  de  mots  de  la  langue  saho , 
parlée  depuis  Azouli  jusqu'aux  frontières  du  Hamasên 
etdesHâbâb.  Elle  est  à  la  langue  a'fâr  comme  est  l'ita- 
lien au  français,  et  a  contribué  avec  le  tôgrôna  et  le 
khasià  la  formation  de  la  langue  habâbi.  Si  ma  santé 
se  remet,  j'espère  perfectionner  mon  travail  sur  la 
langue  des  Seho  ouChohou. 

Puisque  j'ai  entamé  le  sujet  des  vocabulaires ,  je  vous 
dirai  que  mes  mots  szomal  sont  au  nombre  de  55o. 
Les  étranges  prétentions  de  l'autorité  anglaise  à  A'den 
ayant  excité  ses  agents  dans  Barberah  et  Toudjour- 
rah  à  entraver  mes  innocentes  recherches  philolo- 
giques, il  m'a  été  impossible  de  faire  un  travail  digne 
d'un  séjour  de  six  mois. 

J'ai  une  soixantaine  de  mots  de  la  langue  gourage , 
qui  est  un  dialecte  amharna,  autant  qu'il  m'est  permis 
de  juger;  à  peu  près  autant  de  l'ada'ri  (dialecte  de 
lUrâr)  qui  tient  de  près  à  la  précédente  ;  enfin  des 
aperçus  des  langues  de  Waratha  et  de  Gomara,  pays 
nommé  Sôdama  par  les  Abyssins  et  Kafa  par  lesGallas. 
Je  n'ai  pas  deux  cents  mots  de  la  langue  bôdja  ou 
Uiasi  parlée  par  les  habitants  de  Gacli.  Enfin  je  n'ai 


(    Ï2«    ) 

pu  ajouter  un  seul  mot  à  mon  vocabulaire  hhamtônga 
depuis  mon  départ  d'Adwa. 

Mais  je  sais  que  c*est'surtout  du  galia  que  vous  voulez  I 
A  Barberah,  dès  que  mon  irére  m*eut  rapporté  la  lettre 
ilmorma ,  et  que  je  lui  eus  donné  l'assurance  que  ce 
n'était  nldo  l'hébreu,  ni  du  sanskrit^  ni  enfin  aucun  des 
caractères  que  je  me  rappelle,  il  écrivit  à  M.  Reinaud 
en  lui  envoyant  \e  fac-similé  de  la  lettre  et  de  l'écrit 
arabe  qui  l'accompagnait.  Durant  mes  loisirs  forcés  de 
ToûdjoûrHh ,  j'ai  fait  ce  qui  était  en  mon  pouvoir  pour 
déchiffrer  cette  lettre ,  mais  je  n'y  ai  pas  réussi.  Voici 
le  peu  de  résultats  auxquels  je  suis  parvenu  : 

1*  Supposant  que  la  langue  employée  est  l'ilmorma, 
et  que  le  sens  est  à  peu  près  le  même  que  celui  de  la 
lettre  arabe,  le  système  alphabétique  est  syllabaire 
comme  chez  les  anciens  Éthiopiens ,  à  l'exception  que 
les  voyelles  isolées  sont  représentées  chacune  par  un 
signé  séparé,  et  non  par  un  hamza  syllabaire  comme 
en  éthiopien.  Le  système  serait  donc  analogue  à  celui 
de  l'ancien  alphabet  maldive. 

9^  Ayant  provisoirement  adopté  l'hypothèse  ci-des- 
sus, j'ai  traduit  la  lettre  arabe  en  ilmorma  ,  que  j'ai 
éerit  avec  l'alphabet  syllabaire  des  Éthiopiens.  J'ai 
ensuite  compté  mes  caractères ,  et  j'en  ai  trouvé  563 1 
le  texte  inconnu  en  a  570 ,  en  omettant  ceui  que  je 
crois  être  des  signes  de  ponctuation.  Cette  opération 
m'adonndF  une  assez  forte  présomption  pour  l'identité 
du  sens. 

Je  ne  vous  parlerai  ni  de  mes  tentatives  ni  des  demi- 
résultats  auxquels  je  suis  arrivé ,  ni  des  raisons  qui 
militent  faiblement  en  faveur  de  la  lecture  des  trois 
mots:  y""  fafaya  répondant  au  thaybyn  des  Arabes; 
2**  ya  obofisako,  6  mon  frère;  3*  yo,  si.  Dans  l'étal 


(  »23  ) 
actuel  de  mes  connaissances ,  je  ne  puis  affirmer  rien 
de  certain  au  sujet  de  celte  lettre,  sinon  qu'elle  est 
yenoe  de  Limmou  de  la  part  du  roi  Abba-Bagibo. 

Il  est  presque  certain  qu'on  a  écrit  de  droite  à 
gauche. 

Tous  les  marchands  de  Derita  qui  ont  fait  le  voyage 
d'Unarya  et  que  j'ai  pu  voir ,  m'ont  affirmé  que  les 
Gallas  de  ce  pays  n'ont  pas  d'écriture  à  eux.  Fakieh- 
Ahhm  ed .  dont  j'ai  parlé  à  la  Société  de  géographie ,  a 
cependan  t  dit  le  contraire  à  mon  frère ,  et  de  son  pro- 
pre mouvement. 

Comme  les  Gallas  instruits  ne  viennent  jamais  par 
ici ,  et  que  les  plus  habiles  interprètes  sont  des  mar- 
chands qoi  se  bornent  aux  termes  usilés  dans  le  com- 
merce, je  n'ai  pu  obtenir  certains  mois  du  langage 
relevé,  qui  m'auraient  aidé  puissamment  à  déchiffrer  le 
texte.  Reste  toujours  une  grande  difficulté  :  Abba-Bagibo 
est  musulman  ;  la  leltre  arabe  commence  par  la  for- 
mule ordinaire  :  El-khanido l'EIlah^wahhed-^ko,  wa  èl- 
sfnlahj  wa  el^selam,  etc. 

Tous  les  interprètes  que  j'ai  vus  affirment  que  les 
Gallas  musulmans  ne  traduisent  pas  ces  expressions , 
qu'ils  les  emploient  en  arabe  ,  et  aucune  combinaison 
ne  les  reproduit  dans  le  texte  si  embarrassant  qui  nous 
occupe. 

S'il  m*était  possible  de  rentrer  en  Abyssinie ,  je  vous 
donnerais  au  bout  d'un  an  des  nouvelles  de  cette  écri- 
ture inconnue;  mais  les  Anglais  m'ont  fermé  l'entrée 
parles  tribus  Oda'el ,  et  Oubi  ne  me  laissera  pas  passer 
par  ici.  Mes  études  sur  le  peuple  Orma  ^galla)  doivent 
donc  avoir  leur  terme.  Je  borne  aujourd'hui  mon  am- 
bition à  étendre  mon  vocabulaire  saho. 
Durant  ma  maladie  à  Uhoddydàh,  j'ai  vu  des  gens  de 


(  1*4  ) 

Szana'  qui  in*ont  navré  par  le  récilde  la  destruction  de 
plusieurs  livres  sur  l'histoire  ancienne  de  l'Yemen. 
L'Imam  actuel  deSzana'  est  chiite  :il  détruit  toutce  qui 
se  rapporte  à  la  croyance  orthodoxe,  et  des  livres 
innocents  ont  été  compris  dans  la  proscription.  Si 
j'avais  eu  assezde  fonds,  j'aurais  fait  le  voyage  de  Szana' 
pour  opérer  quelques  achats  :  et  j'émettrai  le  vœu  qu'on 
puisse  envoyer  de  Paris  un  homme  instruit.  Le  voyage 
est  sans  danger,  et  il  reste  encore  beaucoup  de  ma- 
nuscrits dont  on  dispose  à  vil  prix. 

J'ai  tant  causé  avec  vous  qu'il  ne  me  reste  ni  temps 
ni  espace  pour  des  renseignements  géographiques.  J'en 
ai  un  grand  nombre ,  malheureusement  peu  homo- 
gènes. En  attendant ,  je  vous  recommande  »  avec  les 
sentiments  d'un  père,  le  tracé  de  mes  renseignements 
sur  le  pays  Szômali.  Vous  effacerez  ainsi  un  vide  dans 
la  carte  d'Afrique. 


Traduction  liuérale,  faite  sur  la  version  arabe  (i),  de  la  lettre  il- 
inorma  d*ABBA-BoG*iBU,  roi  d*Enarea,  au  dedj-asmatcli  Gotcao, 
prince  régnant  sur  Godjani,Damot  et  Açao. 

■  Louange  au  Dieu  unique  :  la  paix  et  le  salut  sur 
l'envoyé  de  Dieu  ,  Mohhammed  ,  après  lequel  il  n'y  a 
plus  de  prophète.  Et  ensuite,  salut  parfait  à  Sa  Présence 
le  général  (s)  Gôschoû  Gana  fils  de  Zawidy.  O  toi  qui 

(i  Ceue  version  arabe  est  du  style  le  plus  barbare  ,  et  ne  peut  être 
traduite  que  conjecturalement  ;  elle  parait  rédigée  dans  un  langage 
qui  serait  à  Tarabe  vulgaire  régulier  ce  qu'est  au  français  le  patois 
rréole  de  nos  colonies.  Cest  le  jugement  qu'en  ont  porté  MM.  Rei- 
naud,de  Slanc  et  de  Nully,  à^qui  nous  devons  celte  traduction. —  A. 

(a)  Le  titre  traduit  ici  par  général  est  en  arabe  celui  de  oukyl^ 
qui  a  été  substitué  après  coup  au  mot  éthiopien  schoum ,  qui  avait 
d  abord  été  écrit,  maib  qui  a  été  effaré,  comme  on  le  peut  voir  dans 
le  fac  simiie  que  nous  joignons  à  ce  cahier.  —   A. 


(  ia5  ) 

liras  cette  lellre^  dis-lui:  Sois,  ô  mon  frère  clans  les 
deux  demeures,  parlant  avec  ta  langue  coiuine  (si  c'é- 
tait) la  mienne,  comme  les  obdées  et  la  mer;  or  tu 
m*as  envoyé  un  message ,  et  moi  je  l'ai  pris  dedans  ma 
main.  Demande-moi ,  ô  mon  ami,  la  même  chose  que 
je  te  demande  ,  si  tu  m'aimes,  ô  mon  ami ,  ô  fraîcheur 
de  mon  œil.  Or  je  suis  comme  toi  :  si  tu  m'aimes ,  je 
t  aime.  Et  ne  quitte  pas  ,  à  ce  mien  discours  ,  le  pays 
deGodron;  mais  à  un  voyageur  (faisant)  roule  dans  le 
pays  de  Godrou  ,  traite-le  h  ta  manière  du  pays  de 
Godro,  comme  il  (serait)  traité  dans  ton  pays  et  dans 
mon  pays.  Et  renouvelle  ta  parole  :  or  aime-moi,  et 
accorde-moi  (qu'il  en  soit)  entre  moi  et  entre  toi 
comme  il  en  a  été  (avec)  mon  père  et  {comme  il  en  sera 
entre)  nos  enfants.  Or  (voici  ce  que)  je  le  demande  : 
Accorde-moi  ta  fille  ;  je  suis  riche  (en)  chevaux  excel- 
lents ,  mulets  excellents ,  vêlements  de  guerre ,  peaux 
délions,  terrains  considérables.  Or  tout  ce  qui  (est) 
dans  mp  main  (est^  comme  à  toi ,  si  tu  (le)  désires  dans 
ton  cœur.  Et  si  tu  me  donnes  ta  fille,  tu  auras  (à  ta 
disposition)  mes  terres  et  tout  le  reste;  si  tu  désires 
dans  ton  cœur  de  l'argent,  (je  t'en  donnerai)  tant  et 
tant  (que  ta  voudras),  quand  même  (tu  complerais)par 
mille.  Et  je  t'en  aurais  envoyé  si  nous  eussions  eu  la 
sécutité  des  routes;  mais  j'ai  eu  peur  (des  périls)  du 
chemin.  Tiens  a  ta  parole:  je  demande  ton  amitié,  et 
situ  dis:  «  Tout  cela  est  bien  venu,  certes  je  veux 
bien  »  ;  (alors)  j'aurai  trouvé  le  bonheur  par  ton  moyon. 

>  Sur  ce ,  adieu. 

»  L'écrivain  de  la  lettre  ,  que  Dieu  le  conseive,  Ebn 
EmyrGebrayl. 

•  Que  cette  feuille  parvienne  au  tedjmasch  Gôschoû, 
fils  de  Djawydi. 


(  >26  ) 

»  J'ai  envoyé  la  lettre  aux  mains  de  Bâkscliy,  fils  de 
Goramy  :  or  l'individu  (nommé)  Bàkscby  est  fin  route. 
Je  t'aime ,  ô  mon  père ,  comme  tu  m'aimes  :  or  les 
voyageurs  entre  moi  et  entre  toi,  traite-  (les)  comme 
est  traité  ton  ami  dans  ton  pays. 

>  Sur  ce ,  adieu.  ■ 


II. 

Renseignements  géographiques  sur  la  cote  inéixdiwiale 

de  r  Arabie, 

A'yiât ,  1 4  novembre  i84i* 

Jusqu'ici  je  m'étais  abstenu  de  vous  communiquer 
un  petit  nombre  de  renseignements  que  j'avais  re 
cueillis  sur  l'Arabie  I  parce  que  je  regardais  lagéogr^a* 
pliie  de  ce  pays  comme  étant  spécialement  du  domaine 
de  M.  Fresnel.  Ce  savant  orientaliste  m'avait  d'ailleurs 
fait  espérer»  il  y  a  près  de  trois  ans,  qu'il  mettrait  au 
jour  ses  corrections  pour  la  partie  arabe  de  la  carie 
anglaise  de  la  mer  Rouge,  D'autres  travaux  plus  im- 
portants l'ont  absorbé»  et  si  je  prends  l'initiative  au- 
jourd'hui,  sur  les  côtes  océaniques  de  l'Arabie,  c'est 
moins  pour  établir  une  absurde  priorité  qfxt  pour 
appeler  sur  les  parties  défectueuses  de  mon  travail 
Tattention  et  les*  critiques  des  savants  qui  étudient  et 
font  connaître  ces  intéressantes  contrées.  C'est  pour 
cette  raison  seulement  que  je  solliciterai  la  faveur  de 
faire  insérer  mes  noms  de  lieux  dans  le  Bulletin  de  la 
Société  de  Géographie,  La  réflexion  qui  termine  mon 
travail  est  sévère,  mais  juste,  et  quoique  j'aie  largement 
à  me  plaindre  des  entraves  de  tout  genre  que  MM.  les 
officiers  de  la  marine  militaire  de  l'Inde  ont  opposées 


(   ï»7  ) 

à  mes  recherches,  je  suis  loin  de  chercher  à  me  venger, 
dans  le  champ  scientifique,  du  mal  qu'ils  rn*ont  fait 
sous  de  singulières  préventions  politiques. 

Les  traditions SKÔQial»  A'fâr»  Seho  et  Togri^y  m*ayanl 
toujours  renvoyé  à  l'Arabie  pour  Torigine  de  ces  di- 
verses nations,  j'ai  été  naturellement  amené  à  chercher 
si  lestribusde  l'intérieur  de  cette  vaste  péninsule  avaient 
quelques  unes  de»  coutumessingulières  des  tribus  éthio- 
piennes. Il  faudrait  trop  de  paroles  pour  démontrer  le 
succès  de  mes  questions  àoet  égard.  Reste  la  con^ parai- 
son  des  langues.  Celles  de  l'Ethiopie, que  j'ai  cru  pouvoir 
appeler  sous-sémitiques»  ayant  certaines  allures  trèsdi- 
vergentes  des  formes  arabes,  j'ai  dû  supposer  qu'il  pou- 
vaity  avoir  dans  la  péninsule  d'autres  langues  que  celles 
du  ckoran  et  du  Mahhrah.  Khamys  ebn  Thabel,  nalif 
de  Szour,et  qui  m'adonne  mes  noms  de  lieux,  me  dit 
connaître  de  nom  quatre  langues  totalement  étran- 
gères à  l'arabe,  quoique  parlées  en  Arabie.  La  pre- 
mière est  parlée  par  la  tribu  Hhiiserit,  à  dix  journées 
de  la  mer;  la  deuxième  est  celle  des  Géra',  qui  vivent 
depuis  le  cap  Nos  jusqu'au  cap  Hhâmâr  :  leur  langue  est 
plus  difficile  que  celle  du  Mahhrah;  la  troisième  est  celle 
d'une  petite  tribu  dont  le  nom  m'a  échappé  ;  la'  qua- 
trième est  la  langue  des  A'wamer  qui  vivent  entre  Aman 
ou  Oman  et  le  cap  Sogrâh.  Enfm  d'après  des  renseigne- 
ments pris  à  Hhodâydâh ,  j'ai  lieu  de  croire  que  la  lan- 
gue des  ChSrky^h  est  différente  de  l'arabe.  Celte  tribu 
indépendante  et  non  musulmane  est  connue  pour  les 
beaux  esclaves  qu'on  en  tire,  et  qui  sont  vendus  tantù 
Maskat  que  dans  les  ports  de  l'Yemen.  Un  courtier 
d'esclaves ,  natif  de  Sz^na',  m'a  dit  h  cet  égard  : 

•  J'ai  vendu  plusieurs  esclaves  Ch^rkyilh  :  le  nom 
qu'ils  se  donnent  est  Ilhezban.  Leur  tribu  demeure  près 


(   '«8  ) 

(lu  pays  de  Djof,  à  environ  dix  journées  de  Sz^aa*. 
Ceux  des  frontières  sont  musulmans,  les  autres  sont 
infidèles.  On  prise  beaucoup  ces  esclaves:  une  fille  vaut 
jusqu'à  180  piastres  (960  fr.)i  parce  qu'elle  est  toujours 
Goubadha  (Qabàdhah)  (i).  Les  esclaves  mâles  sont 
aussi  très  estimés,  parce  qu'ils  sont  plus  ronges  (c'est- 
à-dire  plus  blancs)  que  les  Gourage.  Ils  ont  l'habitude 
de  rester  debout  sur  une  jambe  devant  leur  maître 
(coutume  Galla).  Leur  langue  n'est  pas  l'arabe  ;  par 
exemple:  eau  froide»  sat;  eau  chaude»  ^a/if;  chose 
qu'on  peut  manger»  hhanti;  bois  à  brûler,  chah;  feu  » 
hknmar ; y'iens^ khater ;  va,  bahfitn.  » 

Il  y  avait  alors  deux  esclaves  Ch^rky^h  (on  m'a  dit 
aussi  mâchSrLyâb)  à  HodâydSh  :  l'une  d'elles  appar- 
tenait à  un  Turc  de  ma  connaissance,  et  je  formiâ 
aussitôt  le  projet  d'étendre  mon  vocabulaire;  mais  je 
tombai  malade,  et  me  vis  forcé  de  venir  chercher  la 


(1)  Si,  posthabitis  studiis  çeographicis ,  qun^rere  velis  quid  sit  Gu  • 
badha,  tibi ,  quoniam  nil  sit  impudicuni  inter  doctos,  lubenter  dicam. 
Fœinina  Gubadfaah,  etiamsi  innupta,  aquae  insidens,  apertâ  vulrà 
aquam  sua  sponte  absorbet  et  posteà  reddit,  aut,  ut  vice  ioterpretis 
fungar,  bibit  ac  vomet.  Quae  facuUas  eximii  pretii  existimatur,  oam  ^ 
coeante  hero,  famula  laborem  amantis  soppediiat  ;  vir  autein,  omne 
nisu  remoto,  compos  voti  fit.  Qtiod  inter  nug<is  orientales  jani* 
dndùm  misissem,  nisi  plures,et  inter  cœteros  Lutetiae  Parisioruni 
medicina!  doctor  qui  Hhodayd'^h  din  incoluit^  crebris  sermonibas  ve- 
ixim  esse  affirmassent.  Khiioiys  etiam,  ingenii  modesti  vir,  mihi  de 
Gubadba  inierroganti  respondit:  «  Chârkys  filias  urbe  Maskat  ven- 
ditas  vidi:  di;  aquae  nbsorptione  nihil  unquam  audivi.  Ancilla  Gu- 
badba rara  est  et  magni  pretii,  nam  ,  egregiâ  vi  vulvse,marito  maxi- 
mum voluplatem  afFf  ri.  Servœ  Gubadb»  non  propri»  sunt  Cbâr- 
kyae,  sedinterdùm  Gallnr,  Gura{;ae,  Ambarse  sunt.  Hcges  tantummodo 
rmunt.  NisiCircàssiae  servam  velis  nullam  invenies  pneterCbârkyMni 
quH?  pulchretudine  forma?  a  ut  albetudine  pellis  piivstct.  » 


(  ^«9  ) 
saalé  9ur  les  froides  montagnes  des  fronlières  abys- 
sines. 

L*état  de  ma  ?ue  m'inspire  toujours  des  craintes^  et 
m'empêche  de  vous  envoyer  dès  à  présent  les  rensei- 
gnements que  j'ai  recueillis  sur  les  frontières  du  N.-E. 
de  l'Abyssinie. 


Nonu  de  lieux  sur  les  rivages  de  TArabie  méridionale  ,  depuis  Mas- 
kath  jusqu'à  Mokkâ,  indiqués  par  Khamys  ben  Tsabet,  de  Sçour. 

Haskalh  (Rhamys  dit  que  le  s  n'est  ni  un  syn  ni  un 
sçael), 

Bender  Séda'b  ,  tout  près  de  Maskatb. 

Bender  Hharàmil »  idem;  des  palmiers  tout  près. 

Bender  Besâthyn ,  idem  ;  idem, 

Bender  el'Yésçsçâ ,  idem. 

Khour  el-khyràn ,  baie. 

Ghobbet  el-syfah ,  golfe. 

RâsAbou-Dâwid,  cap. 

Bender  Qerâyâd  el-kebyreh  :  Grayad  la  grande. 

Bender  Qerâyâd  el-sçaghyreh  :  Grayad  la  petite. 

Bender  Daghamar ,  petit  village. 

Bender  Fin"s  (le  n"  de  ce  mot  est  fortement  nasal). 

Râs  Makélléh  Oubér ,  cap. 

Khour  wa  Bender  Schâb;  baie  avec  un  ruisseau  sur 
lequel  est  un  village  du  même  nom. 

Bender  Théywy  »  sur  un  ruisseau  du  même  nom. 

Souq  el-Bézâzeh,  rivage  très  resserré  entre  les  mon- 
tagnes et  la  mer. 

Bender  Qalhât  :  Gâlhat ,  petite  ville  que  Khamys  ne 
nommait  jamais  sans  l'épithète  Dârel-Benâyât 
(pays  des  filles). 

XVII,    PtVRIfiB.    4*  9 


(  '3e) 

Bender  Sçour;  baie  profonde  et  ville  très  commer- 
çante. 

Schyya*,  fontaine  (hhasy)pTès  de  la  mer. 

Gebei  Assouàs,  montagne  formant  une  falaise  à  pic. 

Khour  el-Hbagjar,  baie  de  la  pierre. 

Ràs  ei-Hbâd ,  cap. 

Ghobbet  el-Mynéb,  baie. 

Râs  el-Hbamar ,  cap. 

Ràs  wa  mersay  Gjinz ,  cap  et  ancrage. 

Bender  el-Kbaddeh,  tout  petit  village. 

Râs  el-Kbabbeh ,  cap. 

Ghobbeh  wa  bender  el-Daffah ,  golfe  et  bender. 

Bender  el-£schkbareh. 

Gebei  Gjalàny  ,  montagne  (dans  les  terres). 

Gebel  Sfânât ,  montagne  (  dont  l'extrémité  est  le  cap 
Gjinz). 

Râs  Roués ,  cap. 

Gebel  Sâréq  :  mont  Sareg  (sous  le  suivant). 

Gebei  el-Qaroun  (mont  des  Cornes). 

Séq^lâh,  ancrage. 

Râs  Gjybscb  :  cap  Djybcb. 

Ghobbeh  Scbaybélah,  golfe. 

Râs  iihalf ,  cap. 

0mm  cl-Schéhhéw  (om  ech-chehhew) ,  rivage  de  ro- 
chers isolés  et  perpendiculaires,  visibles  surtout 
dans  la  basse  mer. 

Râs  Gjèy  :  cap  Dj&y  (prononcé  Je) . 

Mosçyrah,  lie  ;  ici  est  un  village  de  cinq  ou  six  maisons. 

Râs  Helmatayn,  cap. 

Sche'b  Abou-Resâs,  écueils. 

Ghobbeh  H bahchysch ,  golfe;  il  s'y  trouve  (rois  écueils 
parallèles,  gisant  nord  et  sud. 

Gjezyreh  Kénasçah ,  lie  ;  un  écueil  au  sud  ;  il  s'y  est 


(  «51  ) 

engagé  il  y  a  six  ans  (i855)  un  bâtiment  qui 
dut  jeter  seize  canons  pour  se  dégager  ;  tout 
ce  golfe  est  tellement  plein  d'écueils ,  que  les 
plus  petites  barques  n'y  entrent  pas.  Tous  les 
riverains  sont  des  voleurs. 

Bender »  tout  petitvillage  de  pécheurs,  dont  le  nom 

.  m'a  échappé. 
Gezyreh  Uhamar;  lie  carrée  bien  plus  élevée  que  nos 
mâts,  terminée  par  un  plateau  où  l'on  va  pren- 
dre la  Gente  des  oiseaux  pour  la  vendre  à  Ma- 
kallah»  où  elle  sert  à  fumer  les  palmiers.  Il  y 
a  3o  à  4o  brasses,  fond  de  vase,  tout  près  de 
l'Ile;  on  aime  mieux  s'amarrer  à  l'Ile  même. 
Ghobbet  el-Dhalah  ;  très  petite  baie  entre  deux  colli- 
nes ;  9  brasses  â  3  1/9. 
RâsMerkaz,  cap;  montagne  très  élevée. 
Râs  cI-Gezyreh ,  cap  ;  ancrage  au  nord  ,  par  7  h  8  bras, 
ses ,  bon  lors  du  kàs  ou  vent  du  nord.  Ce  nom 
est  celui  des  Arabes;  les  Indiens  disent  Râs 
Madraka. 
Bender  Khascbâym;  petit  bender;  3  à  4  brasses. 
Ghobbet  el-Gjâzer,  baie;  eau  claire.  On  y  va  jusqu'à 
9  brasses,  et  l'on  a  ce  brassiage  lorsqu'on  voit 
les  arbres  de  Mâder  :  on  a  préalablement 
longé  la  terre  au  nord  par  6  ou  6  brasses; 
quand  on  esta  s  brasses,  on  va  au  sud  jus- 
qu'à ce  qu'on  voie  les  grands  arbres  :  alors , 
quand  on  a  5  brasses  (à  3  brasses  on  serait 
sur  recueil),  on  commence  à  séioigner  de 
terre.  Des  arbres  on  va  au  sud-est,  et  on  at- 
teint d'abord  le  mont  Sograh ,  puis  le  bender 
de  même  nom.  Le  mont  court  nord  et  sud  ; 
il  est  à  pic  à  Test  et  à  l'ouest. 


(  l^^  ) 

Râs  Souqrah ,  cap  et  beader  ;  bois  et  eaux. 

Gebel  Souqrah ,  mont. 

Râs  Qarw&w ,  continuation  du  mont  Sograh. 

Gbobbeh  Schirbélât ,  golfe. 

Gezyreh  Qibiy ,  lie. 

Gezyreh  Hâllâny ,  lie  ;  six  maisons;  fontaines  à  Test  ei  è 
l'ouest ,  dans  le  sable.  .   . 

Gezyreh  Soudah ,  tle  noire. 

Gezyreh  Ilhàsky  »  tle;  tout  petits  ancrages  à  l'est  et  à 
l'ouest  y  par  20  brasses. 

Gezyreh  Qirzâ'otb ,  Ile  à  l'est  de  Gibly,  sur  TécueiL  II  y 
a  un  passage  entre  cette  lie  et  Gibly  en  rasant 
la  dernière;  aussi  en  rusant  l'Ile  noire  à  Test» 
on  passe  entre  elle  et  Hallany.  On  voit  les  bri- 
sants à  l'est,  et  une  frégate  peut  y  passer.  On 
s'amarre  à  terre  dans  l'Ile  Hbàsky.  Au  nord- 
ouest  de  Ub&sky  est  un  petit  écueil  sans  bri- 
sants è  basse  mer ,  et  se  joignant  à  la  terre. 
Jusqu'ici  tout  le  pays  est  Oman. 

Râs  Min"jy  (/t"  nasal),  premier  point  du  Mahhrah. 

Gbobbeh  Schouày  Min"jy,  baie. 

Ghobbet  el-Doum ,  golfe  du  Jom ,  mot  désignant  le 
nebek  »  qui  abonde  là. 

KhourHasék,  baie;  terre  d*encen8.  Tout  près  d'ici  est 
un  ruisseau  qui  se  jette  dans  la  mer. 

Râs  Nous  :  cap  Nos ,  eau  qui  coule  du  rocher. 

Gbobbeh  Mosayrah;  golfe  très  petit;  eau. 

RàsMosayraht  cap. 

Hersày  Jén"jary  (n"  nasal)  ;  port  à  l'extrémité  ouest 
de  la  baie ,  contre  la  montagne  qui  reste  au 
couchant. 

Hersày  Jén"jary  eKsçaghyr  :  le  petit  Jenjary,  au  sud 
du  précédent  ;  5  à  6  brasses. 


(  '33  ) 

Khajsat  Haoneh  ;  porl  complètement  entouré  de  hau- 
tes terres. 

Rfts  el-Zébayr,  cap. 

Bas  el-Tbéyr ,  cap.  A  proprement  parler ,  ces  deux 
caps  n'en  forment  qu'un. 

Ràs  el-Henâny ,  cap. 

HerhAth,  dit  Merbâdh  par  les  Arabes.  Cette  Tille  était 
originairement  un  parc  de  chevaux ,  d'où  lui 
vient  son  nom. 

Ghobbeh  Youwéynah,  golfe. 

Bender  Scalâlab;  plus  ancien  et  plus  petit. 

Bender  el-IIhàfah  ;  plus  grand. 

Dhofàr;  nom  collectif  des  deux  lieux  qui  précèdent. 

KbourRysout,  baie;  les  gens  du  pays  disent  Rysot. 
La  baie  est  profonde ,  et  Ton  y  entre  loin  lors 
des  pluies.  A  Dhofâr  il  suffit  de  creuser  une 
coudée  pour  avoir  de  l'eau.  Rysout  est  à  i  S  ou 
so  milles  de  Dhofâr,  et  entre  deux  est  un  groupe 
de  maisons  abandonnées  (  le  Chedjer  de  Berg- 
baus?).  Entre  Rysout  et  Hhamâr  est  une  petite 
crique  avec  une  lie  devant  :  |e  n'en  sais  pas  le 
nom. 

Ràs  Uhemâr,  cap;  port  au  sud,  dans  l'anse;  6  à  8  bras- 
ses entre  les  collines. 

Gbobbet  ràs  libemàr,  golfe. 

Rès  Sçâyyr,  cap. 

Rhaysah   Scheykh  A     Ces  trois  anses  ont  chacune  son 

KhaysahEkèk,  > village,  son  ruisseau  et  sespfttu- 

KhaysahHba'otbab,  j  rages. 

Ràs  dorbat  'Aly  (i) ,  cap  du  coup  d'Aly  ;  il  y  a  trois  ou 
quatre  lies  très  petites  au  pied  du  cap. 

(i)  Lisez  Ràs  ilhorbat  *Aly.  —  •  A. 


(  IH) 

DomqoathiDoûmgôtb^  grand  bàodàr. 
El-Hhoutheh,  plus  grand  que  Doâmgôtb. 
Ghobbeh  Qemer  :  golfe  Gâmâr.  Il  y   a  beaucoup  de 
bânadâr  dans  ce  golfe»  mais  je  ne  les  connab 
pas  ;  nous  n'y  entrons  jamais,  parce  qu'il  y 
a  du  sang  entre  nous  depuis  un  temps  im- 
mémorial.   Aux  environs  de  Sogrâh  il^  a 
plusieurs  de  nos  compatriotes   (de  Sçour) 
établis.  Toute  la  côte»  jusqu'à  M&rbath,. se 
nomme  Aman  (?)  ;  de  là  à  'Aden»  on  dit  Bâr 
el  Ilâgaf  (Berr  el  Hhaqâf) . 

Beader  Fénthâs;  joli  port  dans  une  baie. 

Ràs  Fértbâk,  cap. 

Bender,  du  même  nom  (?).  dans  la  baie. 

Hèswèyr;  grand  bàndàr,  château  »  maison  de  pierre  ; 
peu  d*encens. 

Râs  Dérgéhy  cap. 

Ràs  Schérwéyn,  cap. 

Gbobbeb  'Atâb,  golfe. 

Bender  'Atàb,  grand  comme  Hèswèyr. 

Ràs  Aqàb  :  capAgab. 

Ghobbet  ma  el-Sèhouth:  golfe  Sâhouth,  à  l'ouest  du 
cap  Agab. 

Bender  Sèboutb. 

Wàdy  el-Mesylah,  vallon  arrosé. 

El-Hhàràyq  ;  jadis  un  beau  blindâr  chrétien;  il  n'y  a 
pas  une  àme  aujourd'hui.  Sept  rochers,  noirs 
et  comme  brûlés»  forment  le  rivage. 

Reydeh;  petit  b^ndfir. 

Reydeh  el-sçeghyr  :  petit  R&yd&b. 

Ràs  el-Qasçéyyr,  cap, 

Ràs  Abou-Gheschoueh,  cap. 

Ghobbet  Abou-Gheschoueh,  golfe. 


(  «35  ) 
Bender  Schermeh;  détruit  parles  pilotes  d'Oman. 
D;s;  grand  bander;  3  brasses  rasant  la  terre. 

Gbobbeh :  (petit  golfe) . 

El-Hhâmy,  nommé  ainsi  à  cause  de  son  eau»  qui  vient 

d'une  source  délicieuse. 
Bender  Déféyqéb;  tout  petit. 
Bender  Schehher. 

RâsDhobbah,  cap* 

Bender  Schehheyr. 

Rokeb. 

Râswa  bender  Mekelleh,  cap  et  bândâr. 

Foaeh;  dans  la  baie^ 

RâsBroam,  cap. 

BenderBroum;  entre  les  deux  caps  du  même  nom. 

Ghéyl  Bawzyr. 

E14fâyreh;  (colonie  de  Ghâhh&r). 

*Ayn  Tebâiéhh,  source. 

Gebel  Yekblef»  montagne ^ 

Qoroum  el-Hhàmy  :  Gouroum  el  Hhami  (nommés  Nu- 

soor  et  Munassoor  dsius  la  carte  anglaise). 
El-Qem:  el  Gern,  colonie  de  Dys. 
Hhasan  el-Kétsyry  ;  cbàteau  ruiné. 
Réyid,  nom  collectif  des  deux  Redah  (Rèydeh). 
Rfts  Hhasçaysçah»  cap. 

Hhasçà  el-bhamrà,  nommé  aussi  Râs  eUbbamar. 
El.Qéytber. 
Râs  el-Riymât  (?)  :  cap  lUêmat  (comment  l'écrire  en 

arabe?)  (i) 
Râs  el-Relb,  cap  du  Gbîen. 
Ghobbet  el-Relb»  golfe  du  Chien. 

(i)Râi  Riyémat,  ce  semble:,  par  rn  affecté  cla  kesr .  ye,  avec  fa- 
uhh,  et  éiif  de  prolongation.  —  *  A. 


(  i56  ) 

Gezyret  el-Rebsch  :  (ce  mol  signifie Jiente  d'oiseatu;). 

Râsel-Maqdéhhah,  cap. 

Magdéhhah;  à  2  000  pas  du  précédent,  et  après  l'en- 
trée du  golfe. 

Gezyreh  Qabbous?  Ile  Gabbous  (espèce  de  guitare). 

Abyâr  'Aly  :  puits  d'Aly;  ancrage. 

Gezâyr  'Abd  el-Ahhed;  nom  collectif  de  deux  très  pe- 
tites lies  et  des  Iles  Râbchet  Gabbous.  Les  tles 
Hasky,  Hâllany,  Soudâb,  Gibly  et  Gîzaout  se 
nomment  collectivement  lies  du  Fils  de  RbiiU 
fan  (Gezâyr  Ben-Khelfàn). 

Gezyreh ;  lie  dont  j*ai  oublié  le  nom. 

Gezyret  Hhasan  Gbarâb  :  lie  Hâs^n  Gbârab  (lie  du  Cor- 
beau), ronde»  rocheuse  et  fort  élevée. 

Gezâyr  Scouméb,  deux  lies  au  sud  de  H&sân  Gbirab. 

Hâs  el-Bisthân,  cap.  On  jette  Tancre  au  sud  de  la  mon- 
tagne ,  qui  est  très  élevée.  Lorsqu'on  grimpe 
jusqu'au  sommet,  on  voit  un  grand  entonnoir 
qui  communique  avec  la  mer:  on  y  trouve  des 
requins  qui  attaquent  les  chameaux  (?).Nous 
allons  souvent  y  chercher  du  bois.  Le  trou  com- 
munique avec  la  terre  par  un  petit  sentier. 
(C'est  le  cap  Ruille  delà  carte  anglaise.) 

Gezyrat  el-Rothl,lle,  grande  comme  celle  du  Corbeau. 

Khour  el-Rothl,  baie. 

Gezyret  el-'Asçydeh  (l'A'szyd&b  est  une  pâle  épaisse  de 
farine,  mangée  par  les  Arabes  et  les  Éthio- 
piens). H  y  a  très  peu  d'eau  entre  cette  lie  et  le 
cap  A'szydSh,  sans  passage. 

Bender  Belhhâf;  n  ayant  qu'une  maison  en  pierre.- 

Ghobbct  el-'Ayn  :  golfe  de  l'Œil  (1). 

{\)  Ou  (le  la  suurci'.  —  *  A. 


(  »37  ) 

Gebel  Ha^rah,  montagne. 

Bender  Hawrah. 

Râs  'Arqéh.  Ce  cap  est  célèbre  parmi  les  Arabes  ù 
cause  de  la  difficulté  de  le  doubler  :  j'ai  eu  des 
cheveux  blancs  pour  y  avoir  été  retenu  un  mois 
et  demi.  Il  est  de  sable.  Sur  le  cap  sont  de  pe- 
tites maisons  (qpbbeh)  qui  le  font  reconnaître. 

Oaâdy  Mèyfâb ,  vallon  arrosé  ;  il  est  au  nord  du  Râs 
el-Kelb,  et  non  pas  près  de  Hawra.  Le  mont 
Hâyfeh  a  deux  pics  de  hauteur  inégale. 

Hawar;  on  le  connaît  par  ses  dom;  il  doit  être  im- 
médiatement après  le  cap  A'rgeh. 

Gebel  el-Mokhânyt,  montagne.  Tout  ceci  est  A'rgeh. 
Le  cap  A'rgeh  a  un  chaykh^  sans  doute  Ch^ykh 
A'bderahman.  Baddas  de  la  carte  anglaise.  Près 
HSwâr  est  une  colonne  de  chaykh  blanche. 

Ouâdy  'Atsram,  vallon  arrosé  ;  (nom  d'un  arbuste) . 

Qoroun  el-Maqâthyn  :  cornes  de  Magathyn;  trois  pics, 
dont  le  troisième  après  le  b^ndsr. 

Haqâthyn  ;  on  trouve  bois  et  eau  à  Msg^thyn  ;  il  y  a  un 
chaykh  ruibé  un  peu  à  Test  de  la  ville  (la  carte 
anglaise  n'indique  qu'une  !le  ici).  Il  y  a  quatre 
lies  à  peu  près  sur  une  ligne  perpendiculaire  à 
la  côte;  entre  la  deuxième  et  la  troisième,  en 
partant  de  la  côte ,  est  le  passage  des  barques; 
il  n'y  a  pas  d'autre  passage  pour  ce  qui  excède 
une  très  petite  embarcation  ;  les  gros  vaisseaux 
doublent  le  cap  de  l'écueil,  et  jettent  l'ancre  à 
Touest  de  la  quatrième  île,  par  5  brasses.  La 
première  lie  est  couverte  à  la  haute  mer;  la 
deuxième  n'est  couverte  que  dans  les  malines; 
la  quatrième  est  la  plus  petite. 

Maqàtliyn  el-sçaghyr  :  petit  Magattyn. 


(  i38  ) 

Gezâyr  Adhâm  (i)  :  (îles  des  Os)  ;  trois  petites  iles. 

Soqrah  :  les  gens  du  pays  disent  Ghoûgràh(Schouqrah). 
Je  n'ai  rien  visité  à  Touest  jusqu'à  Chougrâb. 

Bender  el-'Aâseleh. 

Râs  Séèlen  (?)  :  cap  Sêlân. 

Gbobbeh  Séêlen  (?)  :  golfe  Sêlfin. 

Syrab  ;  port  marchand  d'A'den. 

'Adén. 

Adbrâs,  ancrage  (marqué  4  sur  la  carte  anglaise). 

Kbaysat  el-Sabalan  (KbSysàt  [veut  dire  un  sable  en- 
touré de  rocbers). 

Kbaysat  el-scbeykb  Abbmed. 

Khour  el-Tbawâhy,  baie  (back-bay  des  Anglais). 

Byr  Abbmed. 

Scbeykh  'Atsmân. 

Kbour 'Abbsa'n ,  baie. 

Gebel  'Abbsa'n ,  montagne. 

Gebel  'Amarân,  mont  et  cap  A'màran. 

Gezâyr  el-Gebel  :  iles  de  la  Montagne. 

Bender  'Amaràn  ;  à  l'ouest  du  cap. 

Gebel  el-Qa'ou:  monts  de  Ga'w  ;  trois  sommités. 

Kbour  'Amèyreb  »  baie. 

Gebel  Kharaz,  dit  aussi  mont  A'mâyràb. 

Râs  el  'Aârab,  cap. 

EI-'Aârab,  ancrage;  eau  douce  (hhasy)  à  une  heure  de 
marche. 

Tbérbèh»  ancrage;  après  l'eau  douce»  marquée  par  deux 
palmiers  (et  nommée  Sekeya  par  les  Anglais). 

Gebel  el-Manhhély  ;  mont  qui  marque  le  détroit. 

Scbeykh  Sa'yd. 

Ghobbet  el-Qoram  :  golfe  Goram. 

(0  Lisez  GezAyr  el-A'axhâm.  —  *  A. 


(  '39) 
Ihabàb,  ancrage  (nom  d^une  sorte  de  mouche). 
Gezyreh  Mâyyoun,  lie  (dite  Périm  chez  nous). 
Nahhl  el-'Abyd  :  palmiers  des  Esclaves. 
Hokhâ. 

N.B,Lcs  observations,  en  petit  nombre^  enfermées  entre 
deux  parenthèses ,  contiennent  mes  propres  remarques.  J'ai 
renda  Ghoubbah  (Ghobbeh)  par  golfe ,  et  Kkor  (Rhour)  par 
baie,  sans  en  garantir  Texactitude  ;  car  ayant  laissé  tous  mes 
livres  arabes  à  Djiddâh ,  je  n*avais  le  moyen  de  rien  vé- 
rifier. 

Dans  la  portion  de  côte  qui  s'étend  de  M okha  à  Màkall^h, 
on  pourra  s^é tonner  de  quelques  différences  notables  entre 
mon  travail  et  les  noms  de  la  carte  du  capitaine  Haines  :  à 
cet  égard,  je  ferai  observer  au  géographe  consciencieux 
qu'ayant  écrit  sous  la  dictée  de  Khamys ,  je  n'affirme  rien 
de  mon  chef  ;  et  que  ce  pilote  arabe ,  bien  qu'il  soit  re- 
tenu sur  son  dire  une  ou  deux  fois  lorsque  je  lui  opposais  la 
carte  anglaise,  a  néanmoins,  dans  la  plupart  des  cas,  soutenu 
ses  premières  assertions  avec  autant  de  persévérance  que  de 
modération.  Au  surplus,  les  nombreuses  corrections  à  opérer 
dans  la  carte  anglaise  de  la  mer  Rouge  montrent  qu'il  n'est 
pas  donné  à  tout  le  monde  de  faire  un  travail  sans  défauts. 


DÉPRESSION  DE  LA  MER  MORTE. 


Extrait  d'une  lettre  adresiée  à  M.  D'Avbzag  par  M.  le 
colonel  Jackson  ,  secrétaire  de  la  Société  royale  géo- 
graphique de  Londres. 

Londres-,  a5  janvier  1843. 

Comme  je  suis  sûr  que  vous  devez,  avec  tous  les 
géographes ,  prendre  beaucoup  d'intérêt  au  curieux 


(  ï4o  ) 

problème  de  la  dépression  de  la  iner  Morte»  je  n'hésite 
pas  à  TOUS  communiquer  les  informations  suivantes  à 
ce  sujet. 

Notre  grand  artiste  bien  regretté»  sir  David  Wilkie  » 
en  partant  pour  la  Terre-Sainte  »  avait  été  muni  d'un 
baromètre  avec  thermomètre ,  et  prié  d'en  observer  les 
indications  sur  les  côtes  de  la  Méditerranée  et  sur  les 
bords  de  la  mer  Morte  »  ainsi  qu'en  diverses  stations 
intermédiaires»  et  d'en  prendre  note.  Il  promit  de  le 
faire  »  et  il  tint  scrupuleusement  sa  promesse.  La  So- 
ciété royale  géographique  de  Londres  a  reçu  commu- 
nication d'une  lettre  de  sir  David  »  écrite  à  un  ami  peu 
de  temps  avant  sa  mort»  et  contenant  ses  observations» 
sans  aucun  calcul  des  hauteurs  à  en  déduire. 

Le  soin  de  les  calculer  m'est  échu  »  et  je  regrette 
beaucoup  que  les  observations  de  sir  David  n'aient  pas 
été  assez  complètes  pour  me  mettre  à  portée  d'en  dé- 
duire un  calcul  rigoureux  de  la  dépression  réelle  de  la 
mer  Morte  au-dessous  du  niveau  de  la  Méditerranée» 
tant  parce  qu'il  n'y  a  pas  eu  d'observations  corres- 
pondantes» que  parce  que  sir  David  n'a  point  tenu 
note  des  indications  d'un  thermomètre  libre. 

Dans  cet  état  de  choses»  j'ai  été  forcé  de  suppléer 
aux  indications  barométriques  pour  la  Méditerranée» 
par  la  moyenne  de  5o  pouces,  et  aux  indications  du 
thermomètre  par  la  moyenne  de  12^,8  de  l'échelle 
centésimale,  telles  que  les  donne  Shukburg.  J'ai  égale- 
ment été  obligé  »  pour  faire  emploi  de  la  formule 
usuelle»  de  supposer  un  thermomètre  libre  dont  les 
indications  auraient  été  absolument  identiques  à  celles 
du  thermomètre  attaché  au  baromètre.  Avec  ces  don- 
nées »  et  après  avoir  rédoit  en  degrés  centésimaux  les 
degrés  de  Fahrenheit  observés  par  sir  David,  j'ai  cal- 


(  Ml  ) 

culé  les  observations,  et  le  résultat  ainsi  obtenu  est  que 
la  dépression  de  la  mer  Morte  au-dessous  de  la  Médi- 
terranée est  de  1 199  pieds,  ou  en  nombre  rond  isoo 
pieds  (365  mètres). 

La  hauteur  de  Jérusalem  au-dessus  de  la  mer,  ob- 
tenue de  la  même  manière,  est  de  9  263  pieds  (689  mè- 
tres); d'où  Ton  conclut  aisément,  pour  la  dépression 
de  la  mer  Morte  au-dessous  de  Jérusalem,  3  461  pieds 
(1  o54  mètres). 

Or  ces  résultats ,  quoique  certainement  dénués 
d'une  rigoureuse  exactitude,  par  les  raisons  que  j'ai 
indiquées,  sont  assez  voisins  de  ceux  qu'ont  déjù 
fournis  les  précédents  voyageurs.  Ainsi  MM.  Moore  et 
Beke  mettent  Jérusalem  à  3  600  pieds  (793  mètres)  au- 
dessus  de  la  Méditerranée,  différence  338  pieds  (io3 
mètres);  mais  MM.  JVIoore  et  Beke  avouent  qu'ils  n'ont 
fait  que  de  grossières  observations. 

D'un  autre  côté  ,  M.  de  Bertou  met  Jérusalem  û 
2  Ô61  pieds  (7 19  mètres)  au-dessus  de  la  Méditerranée^ 
ce  qui  ne  diffère  de  mon  calcul  que  de  100  pieds  (3o 
mètres),  différence  moindre  qu'on  ne  la  trouve  quel- 
quefois entre  les  résultats  obtenus  par  la  formule,  avec 
et  sans  observations  correspondantes.  Par  exemple,  le 
village  deBroang.dansle  Kounawar,cst,en  calculant  au 
moyen  d'observations  correspondantes,  à  7  473  pieds 
fss77  uiétres)  au-dessus  de  la  mer,  et  seulement  à 
7  355  pieds  (s  s4i  mètres]  en  calculant  sans  observa- 
tions correspondantes;  ce  qui  offre  une  différence  de 
i  18  pieds  (36  mètres). 

H.  de  Bertou  donne,  pour  la  dépression  de  la  mer 
Morte  au-dessous  de  la  Méditerranée,  1  338  pieds  (4o6 
mètres) ,  tandis  que  mon  calcul  donne,  comme  on  a  vu, 
1  199  pieds* (  365  mètres)  ;  différence  i53  pieds  (4i 


\  142  ) 

mètres)»  ce  qui,  tout  considéré,  est  peu  de   chose. 

Enfin,  en  combinant  la  hauteur  de  Jérusalem  et  la 
dépression  de  la  mer  Morte  au-dessous  de  la  Médi- 
terranée »  nous  trouvons  que  M.  de  Bertou  a  obtenu, 
pour  la  dépression  de  la  mer  Morte  au-dessous  de  Jéru- 
salem^ 3  693  pieds  anglais  (  1  isS  mètres),  tandis  que 
mon  calcul  donne  5  461  pieds (  1  o54  mètres);  diffé- 
rence 233  pieds  (  71  mètres  )  seulement. 

Ainsi,  quoique  le  calcul  des  observations  de  sîr  David 
Wilkie  ne  puisse  être  considéré  comme  exact,  elles 
corroborent  néanmoins  les  résultats  de  M.  de  Bertou 
d'une  manière  assez  satisfaisante  pour  nous  convaincre 
de  l'exactitude  de  ce  voyageur. 

Mais,  tout  agréable  que  cela  puisse  être  déjà  pour 
tout  le  monde,  et  pour  M.  de  Bertou  en  particulier , 
je  suis  heureux  d'ajouter  que  des  données  ultérieures, 
beaucoup  plus  parfaites  que  celles  dont  je  viens  de 
parler,  me  sont  tout  récemment  parvenues ,  et  qu'elles 
se  rapprochent  tellement  des  résultats  de  M.  de  Bertou, 
qu'on  peut  les  considérer  comme  tout-à-fait  identiques. 

Mon  ami  le  colonel  Ghesney  (célèbre  par  son  explo- 
ration de  l'Euphrate)  m'écrit  qu'il  a  reçu  une  lettre  du 
colonel  du  génie  Alderson  ,  où  se  trouve  consigné  ce 
fait  intéressant,  qu'une  série  de  nivellements  géodési- 
ques  a  été  exécutée ,  avec  une  admirable  exactitude , 
de  Jaffaà  la  mer  Morte,  par  le  lieutenant  Symonds,  du 
même  corps  ;  il  en  résulte  que  la  dépression  de  la  mer 
Morte  est  de  i  607  pieds  (490  mètres)  au-dessous  de  la 
plus  haute  maison  de  Jaffa ,  laquelle  est  estimée  à 
200  pieds  (61  mètres)  au-dessus  de  la  Méditerranée  , 
ce  qui  laisse  une  différence  de  1  4^0  pieds  (427  mètres) 
entre  les  deux  mers  ;  ainsi  la  différence  entre  M.  de 
Bertou  et  le  lieutenant  Symonds  est  seulement  de  67 


(.43) 

pieds  (ai  mètres),  et  peut-être  ,  si  l'oa  connaissait 
Texacte  hauteur  de  JaSa,  ces  deux  observateurs  pour- 
raient-ils se  rapprocher  encore  plus  :  ils  pourraient,  à 
la  vérité t  différer  aussi  davantage.  Quoi  qu'il  en  soit» 
j'ai  cru  cette  circonstance  assez  intéressante  pour  la 
joindre  au  résultat  de  mon  calcul  des  observations  de 
sir  David  Wilkie,  et  pour  vous  communiquer  le  tout 
pour  votre  propre  satisfaction ,  aussi  bien  que  pour 
celle  de  M.  de  Bertou. 

Note  additionnelle. 

Dans  la  séance  de  l'Académie  des  sciences,  du  i3 
janvier  dernier,  M.  Arago  a  donné  communication 
d'une  lettre  où  H.  Humboldt  lui  fait  connaître  le  ré- 
sultat des  observations  de  M.  Russegger ,  qui  s'est  oc- 
cupé aussi  de  la  même  question.  Indépendamment 
des  recherches  géologiques  auxquelles  il  s'est  livré 
dans  le  bassin  de  la  mer  Morte,  le  naturaliste  allemand 
a  mesuré  géométriquement  la  différence  du  niveau  de 
cette  mer  à  celui  de  la  Méditerranée ,  et  il  a  trouvé  une 
différence  de  aaS  toises,  ou  4^4  mètres. 

En  récapitulant  les  résultats  obtenus  jusqu'à  présent 
par  les  divers  observateurs  ,  on  en  formera  la  liste 
suivante  : 

M.  Jules  de  Bertou 4^^  mèires. 

Sir  David  Wilkie 565 

Lieut.  Symonds 4^7 

M.  Russegger 434 

ce  qui  procure  une  moyenne  de.       .     .     4^8 

bien  voisine,  comme  on  voit,  du  chiffre  donné  par 
M.  Jules  de  Bertou.  *A. 


(  i44  ) 
DE  GUILLAUME  FILLASTRE 

CONSIDÉRÉ    COMME    GÉOGRAPHE 

A    PIIOPOS    D*UN    MAKCSCRIT    DE    LA    OÉOCBAPRIE   DB    PTOLéMKB , 

PAR  M.  RWUOND  T|IOil\SSY. 


Ce  ms.,  format  petit  m-4^,  de  8i4  feuiileU»  dont 
160  en  vélin  et  54  en  parchemin,  appartient  à  la  bi- 
bliothèque publique  de  la  ville  de  Nancy ,  où  il  est  in- 
scrit sous  le  n°  1 1.  Il  est  intitulé  :  67.  Ptolomœi  Cosmo- 
graphia  (1). 

Ecrit  en  longues  lignes,  ayant  en  général  36 lignes 
à  la  page ,  et  non  réglé ,  à  l'exception  de  quelques 
pages  intérieures,  il  présente  deux  écritures  et  deux 
parties  distinctes  ,  toutes  deux  du  commencement  du 

XV®  siècle  (i4o9-i4î^7)« 

La  première  partie  comprend  les  160  premiers 
feuillets  ,  et  contient  la  géographie  de  Ptolémée  ,  tra- 
duite du  grec  en  latin  par  Jacques  Angelo  de  Florence, 
traduction  dédiée  au  pape  Alexandre  V,  qui  fut  élu  en 
i4og  au  concile  de  Pise.  Or,  comme  ce  pape  mourut 
en  i4io,  c'est  entre  ces  deux  dates  que  se  trouve  fixée 
l'époque  de  la  traduction  et  de  la  dédicace  de  Jacques 
Angelo;  ajoutons  aussi,  comme  nous  le  prouverons 
bientôt,  l'époque  de  la  transcription  de  cette  pre- 
mière partie. 

(i)  Ce  ms.  a  déjà  ëié,  en  i836,  Pôhjet  d'une  publication  due  à 
M.  Blau,  inspecteur  honoraire  de  TUniversité.  Cette  intéressante 
notice  contient  la  carte  du  nord  de  l'Europe  dont  il  est  question 
dans  notre  travail,  ainsi  que  le  teite  descriptif  dont  e'ie  est  accom- 
pagnée dans  le  ins. 


(  i4S  ) 

Qoant  à  la  seconde  partie  du  ms.,  occupant  les 
54  feuillets  de  parchemin ,  d'une  écriture  postérieure 
à  la  précédente,  elle  contient,  comme  l'indiquent  les 
premières  lignes»  s 6  tables  géographiques,  10  pour 
l'Europe»  4  pour  l'Afrique  »  et  13  pour  l'Asie,  pré** 
sentant  le  complément  naturel  du  texte  de  Ptolémée. 
Ce  premier  paragraphe  indique  aussi  une  carte  géné- 
rale qni  précédait  les  96  cartes  partielles  :  totalem 
tabttlam  aiUe  pesitam;  mais  elle  a  été  arrachée  de 
notre  ms.  ;  de  sorte  que  cette  deuxième  partie  de  la 
géographie  de  Ptolémée  commence  par  ces  roots  : 
Seamiur  inginti-sex  tabule  quas  supra  in  ultimo  libro 
describit  Tholomeus  («ic).  Remarquons  que  l'écriture  rie 
ce  texte  indicatif  des  cartes  est  bien  moins  correcle 
que  la  précédente. 

D'un  antre  côté»  l'auteur  du  second  texte  se  trompe 
en  ne  mentionnant  que  a6  cartes»  car  il  y  en  a  37,  en 
y  comprenant  une  onzième  pour  l'Europe,  dont  il 
parlera  plus  tard  ,  bien  qu'il  n'en  indique  que  dix  en 
commençant;  enfin,  cette  onzième  carte  de  l'Europe 
se  trouve  intercalée  maladroitement  entre  la  première 
et  la  seconde  carte  de  l'Afrique ,  ce  qui  indique  assez 
clairement  qu'elle  a  été  faite  après  coup  :  aussi  est-il  fa- 
cile d^y  reconnaître  une  encre  et  des  caractères  géogra- 
phiques tout  différents  de  ceux  qui  ont  servi  aux  autres 
cartes.  Du  reste,  la  même  différence  d'écriture  distin- 
gue du  corps  de  l'ouvrage  le  texte  écrit  sur  le  verso  des 
feuilles  de  cet  allas. 

Revenons  maintenant  sur  la  date  de  chacune  de  ces 
deux  parties  du  manuscrit.  Nous  avons  déjà  montré  que 
la  date  de  la  première  était  fixée  entre  1 409  et  1 4 1  o .  dou- 
ble époque  de  Télection  et  de  la  mort  d'Alexandre  V. 
Remarquons  ici,  à  propos  de  ce  pape,  qu'il  est  écrit 
XVII.  FÊVBiisB.  5.  10 


(  «46) 
à  l'encre  rouge  »  sur  la  marge  inférieure  du  i "feuillet: 
Iste  Alexanderjuit  tempore  magni  schismatisfactus  in  Pi^ 
s€uio  concilia  anno  1409.  Or,  la  simple  rédaction  de  cette 
note  prouve  évidemment  que  Jacques  Angelo,  l'auteur 
respectueux  de  la  dédicace  au  souverain  Pontife»  n*sf 
pu  écrire  cette  phrase  Iste  Alexatidert  etc. ,  dont  la  date 
est  par  conséquent  postérieure  au  texte  de  ce  traduc- 
teur, et  ne  saurait  en  déterminer  l'époque  (i).  Quel 
est  donc  l'auteur  de  cette  phrase  écrite  à  Tencre  rouge? 
Comme  elle  date  évidemment  de  l'époque  où  on  a 
peint  tout  au-dessous,  sur  la  marge  inférieure  du  ms. , 
les  armes  d'un  cardinal,  l'auteur  de  celles-ci  nous 
fera  connaître  l'autre.  Or ,  ces  armes  sont  de  gueules 
à  la  tête  de  cerf  d'or,  k  la  bordure  dentelée  du  même  ; 
elles  sont  surmontées  d'un  chapeau  de  cardinal  entre 
deux  G  d'azur,  dans  chacun  desquels  est  renfermée 
une  fleur  de  lis  d'or ,  indice  distinctif  d'un  légat  de 
France  (s).  Ces  armes,  aussi  bien  que  l'initiale  G« 
nous  révèlent  donc  le  nom  de  Guillaume  Fillastre,  qui 
fut  cardinal  de  Saint-Marc  en  i4i  1 ,  sous  Jean  XXIII , 
successeur  d'Alexandre  V. 

Sans  examiner  encore  Tépoque  où  le  ms.  dut  passer 
aux  mains  du  cardinal ,  il  est  toujours  sûr  que  Guil- 
laume Fillastre  ne  put  y  faire  peindre  ses  armes ,  et 

(1)  M.  Blau ,  dans  sa  nolice  sur  le  même  maniucrit  (pa^e  6)  ^  dé- 
termine a  tort  ia  date  de  la  dédicace  de  Jacques  Angelo  d'après  la 
phrase  en  question ,  qui  n'appartient  pas  à  ce  traducteur.  C'est  d'a- 
près la  durée  du  pontificat  d'Alexandre  V  qu'à  fallait  la  déterminer. 

Cej»t  faute  d*avoir  fait  eette  distinction  que  M.  filau  a  également 
confondu  les  dates  des  deux  parties  bien  distinctes  dont  se  compose 
le  ms. ,  et  qu'il  dit  avoir  été  transcrites  en  i4a7)date  qui  ne  s'ap- 
plique qu'à  la  seconde  partie  et  aux  cartes  géographiques. 

(a)  Voir  le  Gatlia  putpufata  ,  Paris  ,  Lemoine ,  in-1:'',  et  la  Notice 
de  M.  filau, page  7. 


(  »47) 
iurlOQt  écrire  la  phrase  en  question,  qu'après  que  le 
fameux  conôle  eut  déposé  les  trois  papes  coupables 
delà  prolongation  do  grand  schisme;  mais  cette  dé- 
position ,  dont  le  cardinal  Fillastre  fut  un  des  plus 
'ardents  promoteurs  »  n'ayant  eu  lieu  qu'après  que  le 
concile  de  Constance  eut  récusé  tous  les  actes  du  con- 
die  de  Pise  »  et  par  conséquent  la  validité  de  l'élection 
d'Alexandre  V»  c'est  seulemeot  alors  que  celui-ci  put 
être  désigné  par  les  mots  :  hte  Alexander  fuit  tempore 
magni  schismaUs,  sans  énonciation  de  la  dignité  de 
souferaio  pontife.  Ce  n'est  donc  qu'après  ce  grand 
acte  de  souveraineté  religieuse,  qui  déposa  trois  autres 
papes  pour  élire    Martin  V  comme  pape  unique  o.i 
lé^time»  c'est-à-dire  vers  1417  •  que  Guillaume  Fil- 
lastre aurait  pu  faire  peindre  ses  armes  et  écrire  cette 
phrase  sur  notre  ms.  de  Ptolémée. 

Uu  reste,  à  cette  môme  époque,  il  avait  envoyé  de 
Coostance  un  autre  manuscrit  de  Ptolémée  à  la  biblio- 
thèque du  chapitre  de  Reims ,  dont  il  était  le  fonda- 
teur. Ce  ms. ,  coûime  il  le  déclare  lui-même  dans  sa 
lettre  d'envoi,  qu'a  fait  connaître  M.  Louis  Paris,  était 
aoe  copie  de  la  traduction  de  Jacques  Angelo,  qu'il 
était  parvenu  à  obtenir  de  Florence,  après  plusieurs 
années  d'attente  ;  raison  de  plus  pour  le  bien  conserver 
en  France,  où  sa  rareté  lui  donnait  alors  un  nouveau 
prix.  C'est  alors  encore  que  l'homme  peut-être  le  plus 
émioent  de  cet  immortel  concile,  Pierre  d'Ailly,  deve- 
nait aussi  le  premier  géographe  de  l'époque.  Ce  qui 
nous  reste  à  dire  de  Guillaume  Fillastre  prouvera  que 
celui-ci  était  digne ,  par  ses  connaissances  géographi- 
ques, de  marcher  après  lui  dans  l'histoire  de  cette 
science. 
Maintenant  que  nous  connaissons  Tauleur  de  la 


(   148  ) 
phrase  Iste  Àlexander^  et  que  nous  avons  résolu  la  pre*-. 
mière  difficulté  de  notre  ms. ,  remarquons  que  la  pre-. 
miére  partie  pourrait  très  bien  avoir  appartenu  à  Jac- 
ques Angelo  ,  et  n'être  que  la  traduction  autographe 
dédiée  à  Alexandre  V,  et  accrue  du  texte  de  Guillaume 
Fillastre  et  de  la  1 1' carte  de  l'Europe  dont  nous  avons 
parlé.  Avantd^expliquer la  transposition  et  l'importance 
de  celte  nouvelle  carie ,  connaissons  la  date  et  les  cir- 
constances de  la  seconde  partie  du  ms.  •  pour  qu'il  ne 
soit  plus  possible  de  la  confondre ,  comme  on  l'a  fait» 
avec  la  première» 

A  cet  égard  ,  nous  trouvons  tout  ce  que  nous  pou- 
vons désirer  dans  le  texte  curieux  qui  précède  la  4' carte 
de  TAIrique  ,  et  dans  lequel  l'Ethiopie  et  l'Iode  infé«- 
rieurc  sont  appelées  la  terre  du  Prêtre-Jehan.  C'est  à 
propos  de  ce  prince  chrétien  que  l'écrivain  se  fait  de 
nouveau  connaître  à  nous  avec  la  date  de  son  travail , 
dans  le  paragraphe  suivant,  que  nous  transcrivons  ici 
en  entier  à  cause  de  son  importance  pour  la  question 
si  obscure  et  si  controversée  du  Prètre-Jean. 

«  Quarta  Âfrice  tabula,  tota  pêne  ad  austrum  et  ullra  Egip- 
»  tum,  continet  Getuliam,  Libiam  interiorem,  Ethiopiam  janctam 
»  Egipio ,  Nubiam ,  Indiam  inferiorem  que  ad  Ethiopiam  vei^git  et 
a  ipsain  Ethiopiam ,  que  suot  sub  zodiaco  et  omoes  Ethiopes  eciam 
<•  ultra  lineam  equinocciaiem,  in  tota  latitudine  zodiaci.  Et  in  istis  i 

••  India  et  Ethiopia  est  terra  presbyteri  Johannis  chiistiani,  qui  dicitar 

•  re{>nare  super  7a  reçes,  quorum  la  sunt  infidèles,  reliqui  chris- 

*  tiani ,  sed  diversorum  rituum  et  sectarum.  Ultra  equinocciaiem 
»  pauca  est  cognicio ,  nisi  quod  ibi  est  ampUssima  regio  A(^simba  ^ 
»  que  sub  ista  tabula  comprendilur  et  signaturin  fine  ad  austrum.  n 

•  Istius  presbiteri  Johannis  duo  ambassiatores,  unus  chris- 
»  tianus  et  alter  infidelis,  hoc  anno  domini  mtUesimo  quadrin^etesimo 
n  vicesimo  septimo^  quo  hae  tabulœ  descriplse  fuerunt^  venerunt  ad 
»  re^em  Aragonum  Alfonsam,  quos  yidit  cum  rege  in  Valencia  do* 
«  niinua  cardinalis  de  Fuio ,  legatus  Sedis  apostolicse  ad  dictum  rc- 


(  '49  ) 

n  {ren,  el  dixerunt  ei  quia  venirent  ad  papam  Martinum    quintuin 
B  qoem  Christianus  repuubat  Christi  vicarium.   Haec  dicCus  cardi 

•  oalis  Papas  letulit,  me  cardinali  Sanù-Marci  présente  y  qui  has  fec 

■  describi  tabulas  ex  graeco  exemplari.  • 

Il  résulte  de  ce  texte  plusieurs  faits  importants  : 

l'Que  les  cartes  géographiques  de  la  seconde  partie 
du  manuscrit  ont  été  faites  en  1437; 

9"*  Qu'elles  ont  été  copiées  d'après  un  modèle  grec; 

3^  Que  celui  qui  les  a  fait  écrire  était  cardinal  de 
Saint-Marc  en  i497«  ce  qui  nous  révèle  encore  le  nom 
de  Guillaume  Fillastre; 

4'  Que  Guillaume  Fillastre  est  l'écrivain  et  l'auteur 
du  texte  en  question»  où»  en  parlant  de  lui-même,  il 
d'ii  me  présente ,  à  propos  du  récit  que  le  cardinal  de 
Foix  fit  au  pape  Martin  V  de  l'ambassade  du  Prêtre-Jean 
auprès  d'Alphonse ,  roi  d'Aragon. 

y  Enfin ,  que  la  date  du  texte  écrit  au  verso  des 
cartes  ne  peut  être  de  beaucoup  postérieure  à  celle 
de  l'atlas,  c'est-à-dire  à  14279  et  doit  probablement 
appartenir  à  cette  même  année. 

En  nous  résumant ,  nous  savons  donc  que  le  ms.  a 
été  composé ,  la  prqmière  partie  par  Jacques  Angelo 
de  Florence ,  et  la  seconde  par  Guillaume  Fillastre  , 
auquel  il  faut  joindre  l'auteur  des  cartes  géographi- 
ques. 

Quant  à  la  manière  dont  ce&  cartes  ont  été  confec- 
tionnées ,  elle  est  indiquée  dans  le  texte  écrit  sur  le 
recto  de  la  première  carte  de  l'Europe ,  où  on  lit ,  au 
3e  alinéa  : 

«  Et  nota  qnod  ubi  tabula  tenet  duas  pa^^inas,  habenda  est  ao  «i 

■  pictura  etset  stmul  juncta  ;  itaque  médium  vacuum  int«r  duo  nichil 
'  facit  Et  opportuit  pin(;ere  ab  una  parce  solum ,  qaià  pergimenum 

•  non  potuisset  sastiucre  picturam  maris  ab  utraque  parte,  piopicr 

•  nimiani  biimiditatem    pirinrc.  Kl  icleo    fait  pi(!tnra   solum  ab  uiia 


l  iSo  ) 

to  parle ,  et  in  grosso  pergamenQ ,  qaod  postea  fuit  rasav  et  «te* 
•  puatuiD.  •• 

D'où  il  résulte  que  la  peinture  des  cartes  géogra- 
phiques faites  en  1497»  l'a  été  sur  un  épais  parchemin, 
et  que  ce  parchemin  a  été  ensuite  rasé>et  aminci^  atte- 
nuatum.  Ce  n'est  donc  qu'après  ce  travail  que  le  texte 
y  a  été  ajouté  sur  la  portion  non  couverte  par  la 
peinture. 

Quant  à  la  1 1  «  carte  de  l'Europe ,  que  nous  trouvons 
intercalée  dans  le  ms.  entre  la  i'«  et  la  2*  carte  de 
TAfrique ,  cette  carte  est  accompagnée  d'un  texte , 
comprenant  avec  elle  quatre  feuillets  ,  dont  elle  oc-» 
cupe  elle-même  deux  pages,  et  le  texte  les  six  autres» 
C'est  de  ce  texte»  écrit  en  caractères  plus  petits  et 
avec  de  l'encre  différente ,  ainsi  que  de  la  carte  en 
question,  revêtue  de  marques  qui  la  distinguent  de 
toutes  les  autres ,  qu'il  nous  reste  à  parler. 

Il  pst  d'abord  évident  que  ce  travail  est  d'une  époque 
postérieure  :  c'est  un  supplément  ajouté  aux  dix  cartes 
géographiques  de  l'Europe ,  reproduites  d'après  Ptolé^- 
mée  ;  et  cette  addition  a  été  indiquée  après  coup  sur  le 
verso  de  la  io«  carte,  par  la  même  main  qui  a  écrit  le 
texte  de  la  1 1».  Voici  ce  qu'on  y  lit: 

•       «  Sequitur  descriptio  regionuin  septeDtrionalium  ,  videlicet  Dan- 
»  marchie,  que  alias  Dania  Tel  Dacia  dicitar.  Item  Suessîe,  Nover* 

•  gie,  Grolandie,  et  iniulamm  adjaceocioin ,  de  qaâ>iis  Tbolomeas 
n  Don  pgit ,  sed  oiiiûit,fonan  illas  regionee  ignorans,  ut  irideri  potett(i) 
«  in  tertio  libro  ,  ubi  agit  de  Dacia  et  partibus  septentrioiialibus.  Et 
»  in  bac  descriptione  est  tabula  de  illis  regionibns ,  que  est  undecima 
>  Europe.  Hec  descriptio   et  tabula  édite  sunt  à  quodam  Claudio 

•  Cymbricn.  De  boe  suprà  scribitur  in  descriptione  octave  tabule 
••  Europe ,  in  qaa  eciani  omittnntnr  iste  regiones.  « 

(1)  Voyi'z  en  même  temps  la  a«  carte  de  F  Asie. 


(   »5i   ) 

Le  lexle  de  ceile  8«  corte  de  TËurope  contient,  en 
effet,  une  mention  de  Claudius»  avec  des  détails  pour 
rhÎBtoire  de  la  géographie  contemporaine  »  qui  nous 
prépareront  à  l'intelligence  du  texte  de  la  1 1«  carte 
sarajoutée.  Voici  d'abord  celui  de  la  huitième  : 

*  «  OctavA  Europe  tabula  cofititi«t  Sarmatiain  Kurope,  et  AU»  re- 
giooes  i|ae  sunt  ab  Germaoia  ad  Keptentriooem  versus  orientem , 
in  quibus  est  Polonia,  Prussia,  Litoauia  et  Asia,  nraple  regiones 
nsque  ad  terram  incognitam  ad  septentriunem  ;  partem  Daciae  et 
Taurtcam  Cher!>ODe>um  usque  ad  Paludem  Meotin  ;  et  ibi  Tbanay 
fluvîos,  qui  dividit  Europara  ab  Asia,  in  parte  septentrionair  et 
▼ersàs  orientem.  Item  continet,  nitra  quod  ponit  Tholomeus,  No» 
▼ergiam,  Saessiara,  Rossiam  utraraqne,  et  sinom  Codanuro  dividens 
Genoaniam  à  Nonregia  et  Snessia.  Item  aliam  sinum  ultra  ad 
septentrionem ,  qui  omni  aiuio  con{*elatnr  in  tercia  parte  anni  ;  ai 
altrà  illum  sinum  est  Grolandia,  que  est  versus  insulani  Tyle,  magiï» 
ad  orientem.  Et  iia  tenet  totam  illam  plagam  septentrionalem  us- 
que ad  terram  incognitam.  De  quibus  Tbolomeus  nnltam  fecit  nien- 
cionem ,  et  creditor  de  illis  non  faaboisse  noticiam,  Ideo  bec  VIII 
tabula  est  muUo  amplior  describenda.  Propter  quod  quidam  Clau- 
dias  Gymbrius  illas  septentrioales  partes  descripsit,  et  fecit  de  illis 
labulam  quejungitur  Europe,  et  ita  erunt  XI 
•  Et  tamen  nullam  facil  mencionem  de  illis  dnobus  sinibus  maria 
Novergie  et  Grolandie.  In  bis  regionibus  septentrionalibos  itunt 
^tea  diverse  inier  quas  unipedes  et  pigmei  ;  item  grifFonea  snnt 
in  oriente  vetat  vide  in  tabnla.  » 

Ainsi ,  à  l'auteur  des  cartes  faites  d'après  un  exem- 
plaire grec  sous  l'inspection  de  Guillaume  Fiilastre , 
auteur  lui-même  du  texte  de  cette  seconde  partie  ,  il 
faut  joindre  encore  l'auteur  particulier  de  la  carte 
septentrionale  de  l'Europe  »  Ciaudius  Cymhriciis. 

Maintenant  que  nous  connaissons  la  part  de  travail 
qui  revient  aux  diverses  mains  qui  ont  coopéré  à  ce 
OIS.,  nous  avons  à  revenir  sur  les  deux  parties  distinctes 
dont  il  se  compose,  et  à  examiner  les  progrès  que  cha- 
cune d'elles  constate  dans  l'histoire  de  la  géographie. 


V  »52  ) 

1*  Progrès  de  la  géographie  et  des  sciences  en  gé« 
néral»  signalés  dans  la  préface  de  Jacques  Angelo,qui 
a  é(é  iroprîmée  plusieurs  fois. 

s*  Après  Yexplicit  où  Jacques  Angelo  dit  avoir  ter- 
miné heureusement  sa  traduction  de  la  cosmographie 
de  Claude  Plolomée  d'Alexandrie»  vient  un  traité  des 
règles  de  géométrie  propres  à  dresser  mathématique - 
ment  la  cnrte  générale  de  la  terre  habitée ,  conformé-o 
ment  au  texte  du  géographe  alexandrin. 

3^  Le  travail  de  Jacques  Angelo  intéresse  encore 
l'histoire  de  ces  sciences ,  en  ce  qu'il  indique  de  deux 
manières  les  fractions  de  degré»  par  des  fractions  ordi- 
naires et  par  ces  fractions  converties  en  nombres  en- 
tiers de  minutes.  —  Les  fractions  ordinaires  y  sont 
d'abord  représentées  en  chiffres  arabes  écrits  en  noir; 
mais  à  côté  de  ces  fractions  ^t  \*  *f  la  quantité  de  mi- 
nutes correspondantes  y  est  exprimée  par  des  nombres 
entiers,  3o,  ao,  i5  minutes,  etc.,  écrits  aussi  enchif^ 
fres  arabes ,  mais  à  t'encre  rouge.  Cette  double  manière 
d'exprimer  les  fractions  de  degré  indique  d'abord  la 
simultanéité  de  deux  méthodes  de  calcul ,  et  en  même 
temps,  si  je  ne  me  trompe,  la  récente  application  de 
la  division  du  degré  en  minutes.  En  effet ,  dans  une 
note  ajoutée  au  verso  du  dernier  feuillet  du  travail  de 
Jacques  Angelo,  Guillaume  Fillastre   croit  devoir  ex- 
pliquer la  concordance  de  ces  deux  méthodes,  qui  ex**- 
priment  en  signes  différents  les  mêmes  fractions  de 
degré  :  preuve  que  cette  concordance  était  alors  chose 
nouvelle  et  digne  de  remarque.  Ce  qu'il  faut  encore 
remarquer,  c*est  que  Claudius,  l'auteur  de  la  1 1  écarte 
de  l'Europe,  n'y  admet  que  les  nombres  entiers  de 
minutes  pour  exprimer  les  fonctions  de  degré.  Or  les 
pûnutes  accusant  une  précision  bien  supérieure  à  celle 


(  "55  ; 

(les  fractions  ordinaires  employées  jusqu'alors»  cette 
ne  carte  de  l'Europe»  ainsi  que  la  note  de  Guillaume 
Fillastre,  constatent  donc,  ce  me  semble»  un  nouveau 
progrès  dans  la  mesure  des  positions  terrestres  :  c'est 
lin  calcul  plus  rigoureux  qui  s'introduit  dès  lors  dans 
la  géodésie. 

4^  Celte  lie  carte  de  l'Europe  fait  faire  à  la  géogra- 
phie des  premières  années  du  xv«  siècle  d'immenses 
progrès,  en  nous  révélant  l'idée  qu'on  avait  alors  du 
Groenland  et  des  régions  septentrionales  si  peu  coo> 
nues  jusqu'à  cette  époque.  —  Le  texte  joint  à  cette 
carte, dont  il  donne  la  description»  comprends  pages 
dums.»  et  a  été  publié  par  M.  Blau»  dans  sa  notice 
déjà  citée. 

La  seule  observation  que  nous  puissions  joindre  ici 
a  cet  estimable  travail  sur  le  ms.  de  Ptolomée  »  c'est 
que  ce  ms.»  avec  la  carte  de  Claudius»  peut  seul  don- 
ner l'explication  d'un  texte  géographique  publié  en 
1570»  et  dans  lequel  l'énumération  des  grandes  divi- 
sions du  globe  ne  comprend  pas  l'Amérique ,  alors 
connue  depuis  près  d'un  siècle.  Ce  texte  se  trouve 
dans  la  Sarmatia  Europea  de  Striykowski ,  publiée 
sons  le  nom  de  Gagnin ,  dans  le  recueil  Rerum  po- 
lonicarwn  9  tom.  i*%pag.  36.  L'auteur,  après  avoir  dit 
que  Ptolémée  prolonge  la  Sarmatie  jusqu'à  l'Océan» 
ajoute  :  •  Terminari  scribU  [Ptolomeus)  juxta  sinum  ve^ 
nedicum  ad  fines  usque  Engroneland  terrœ  incognitœ^ 
liUrà  Norvégien  regnum  longé  paCentis,  » 

Ces  derniers  mots,  relatifs  au  Groenland»  à  propos 
(le  Ptolémée  qui  n'en  a  jamais  parlé  ,  mais  auquel 
Striykowski  a  pu  attribuer  la  carte  de  Claudius  jointe 
à  notre  ms.  du  géographe  alexandrin,  feraient  peut- 
être  supposer  que  cette  carte  du  nord  de  l'Europe  a 
êlé  consultée  par  l'auteur  de  la  Sarmatia  Europea, 


vH 


(  i54  ) 

5*  Enfin,  les  4  derniers  feuillets  du  ms.  indiquent 
la  concordance  des  noms  géographiques  du  xve  siècle 
avec  ceux  de  la  carte  de  Ptolomée  »  et  c'est  en  ce  sens 
qu'ils  contiennent  toute  une  géographie  comparée  du 
xve  siècle  avec  les  grandes  divisions  terrestres  du  géo* 
graphe  alexandrin.  De  plus»  ils  indiquent  à  quelle 
langue  appartiennent  ces  diverses  nations:  langue  la- 
tine ,  grecque  ,  arabe,  allemande,  slavone»  et  autres 
idiomes  provinciaux  désignés  sous  ce  nom  :  spécialisa 
Enfin ,  sur  ces  4  derniers  feuillets ,  les  fractions  de 
degré  y  sont  également  calculées  par  minutes,  comme 
dans  le  texte  de  la  ne  table  de  l'Europe. 

Or,  tout  ce  travail  appartient  à  Guillaume  Fillastre, 
et  c'est  dire  assez  que  cet  écrivain  mérite  d'être  compté 
parmi  les  géographes  du  xve  siècle»  Ami  et  disciple  de 
Pierre  d'Ailly  ancien  chancelier  de  l'Université  de 
Paris ,  et  docteur  lui-même  de  cette  université ,  il  se 
place  naturellement ,  sinon  à  côté ,  du  moins  immé- 
diatement après  son  maître,  qui  fut  l'auteur  àeVImago 
mundi  (i4io),  du  Compendium  geographicum ,  etc.  Ce 
que  celui-ci  a  faitpour  appeler  Tattention  du  xv^  siècle 
sur  la  courte  distance  qui  séparait  l'extrémité  orien- 
tale de  l'Asie 9  de  l'extrémité  occidentale  de  l'Europe, 
Guillaume  Fillastre,  en  publiant  la  carte  de  Glaudius 
avec  le  texte  qui  la  décrit.  Ta  fait  également  pour  le 
nord  de  l'Europe ,  qu'il  joignait  au  Groenland,  où  il 
est  facile  de  reconnaître  la  terre  de  l'Amérique  sep- 
tentrionale visitée  par  les  audacieux  Norvégiens.  En 
somme  ,  les  travaux  géographiques  de  Guillaume  Fil- 
lastre se  composent  : 

i""  De  tous  les  textes  joints  à  la  géographie  de  Pto- 
lémée  dans  le  ms.  de  Nancy  ; 

a*  Des  textes  joints  au  ms.  du  même  géographe, 


(  «55) 

qu'il  envoya  au  chapitre  de  Reims,  en  i4>7f  et  qui  se 
conserventencore  aujourd'hui  dans  la  bibliothèque  de 
cette  ville  ; 

3*  D'une  lettre  de  so  pages,  que  M.  Louis  Paris,  con- 
servateur de  cette  dernière  bibliothèque,  a  fait  con- 
naître ,  et  qui  se  trouve  jointe  à  un  ms.  de  Pomponius 
Héla,  également  donné  au  chapitre  de  Reims  par 
Guillaume  Fillastre  ; 

4"*  De  divers  passages  extraits  de  ses  œuvres  impri* 
mées ,  et  qui  nous  expliquent  comment  il  se  tenait  au 
courant  des  progrès  d'une  science  qu'illustrait  déjà 
Pierre  d'Ailly,  et  auxquels  il  contribua  par  ses  pro- 
pres écrits,  en  introduisant  en  France  la  traduction 
latine  de  la  cosmographie  de  Ptolémée  par  Jacques 
Angelo. 


C  «56  ) 


DEUXIEME    SECTION 


Actes  de  la  Société. 

EXTRAIT  DES  PROCÈS-TERBAUX  DES  SÉANCES. 


PRÉSIDBNCB    DE    11.    DUUONT    d'uhVILLB. 

Séance  du  I^  féifrier  i84s. 

MM.  les  membres  adjoinls  nommés  à  la  dernière 
séance  adressent  leurs  remerciements  à  la  commission 
centrale»  et  promettent  de  coopérer  acUvement  à  ses 
travaux. 

M.  Donnet,  membre  de  la  Société»  lui  fait  hommage 
de  la  carte  du  chemin  de  fer  de  Paris  à  Orléans,  qu'il 
\ient  de  dresser  pour  la  Compagnie ,  sous  les  auspices 
de  son  savant  ingénieur  en  chef,  M.  Jullien. 

La  Commission  centrale  procède  à  l'élection  de 
deux  correspondants  étrangers,  en  remplacement  de 
MM.  Galindo  et  Gonzalez,  décédés  récemment»  et  elle 
nomme  au  scrutin  H.  Erman  »  professeur  à  l'Université 
de  Berlin ,  et  M.  Kriegk^  président  de  la  Société  de 
géographie  de  Francfort. 

L'assemblée  nomme  ensuite  la  commission  spé* 
cîale  du  prix  annuel  pour  la  découverte  la  plus  impor* 
tante  en  géographie  ;  elle  se  compose  de  MM.  Daussy, 
d'Urville»  Eyriès»  Jomard  et  de  Laroquette. 

M.  Thomassy  continue  l'examen  du  texte  français 
de  la  relation  de  Pigafetta»  qu'il  a  découvert  durant  sa 
mission  à  Nancy.  Il  énumère  toutes  les  probabilités 
qui  doivent  faire  considérer  ce  texte  comme  l'original 
même  de  rilluslre  voyageur,  alors  surtout  que  le  texte 


(  >57) 
italien  découvert  par  M.  Amorelli  est  plein  de  contre- 
sens,  et  n'offre  qu'un  bizarre  mélange  d'italien ,  de 
vénitien  et  d'espagnol.  M.  le  président  invileM.  Tho- 
massy  à  communiquer  à  la  Société  la  suite  de  ses  in- 
téressantes recherches. 

M.  de  Laroquelte  présente  »  d'après  le  compte-rendu 
de  H.  le  professe urRafn,  un  résumé  des  travaux  de  la 
Société  royale  des  antiquaires  du  Nord  pendant  l'an- 
née 1 84 1  ;  et  il  signale  les  nombreuses  investigations 
de  cette  Société  dans  les  diverses  contrées  de  l'Europe, 
etjasqu'e  dans  le  Nouveau-Monde,  découvert  et  peuplé 
en  partie ,  dans  les  temps  anciens ,  par  les  Scandinaves. 
Cette  communication  est  renvoyée  au  Bulletin. 

M.  le  baron  de  la  Pylaie  ajoute,  à  cette  occasion  ,  et 
comme  preuve  de  l'extension  des  découvertes  des  Scan- 
dinaves, depuis  l'Amérique  septentrionale  jusqu'au 
Brésil,  les  noms  imposés  par  les  Danois  au  Labrador 
actoel,  à  Terre-Neuve,  aux  plages^  à  l'embouchure  du 
Saint-Laurent,  aux  Etats  de  New-York,  de  la  Virginie 
et  desFlorides.  La  preuve  de  la  léalité  de  ces  présomp- 
tions est  surtout  confirmée,  selon  M.  de  la  Plyaie,  pur 
l'idenlilé  des  objets  antiques  trouvés  au  Brésil,  avec 
les  mêmes  objets  fabriqués  par  les  anciens  Scandinaves. 

H.  d'Avezac  fait  connaître  à  la  Société  que,  d'après 
les  nouvelles  parvenues  à  Londres  ,  le  lieutenant  du 
génie  Symonds  aurait  effectué  avec  beaucoup  de  succès 
une  opération  de  nivellement  depuis  Jaffa  jusqu'à  lu 
mer  Morte,  d'où  il  résulterait  pour  celle-ci  une  dépres- 
sion de  4^7  mètres  au-dessous  du  niveau  de  la  Médi- 
terranée; c'est  8  mètres  de  plus  que  le  résultat  qui 
avait  été  communiqué  par  M.  de  Bertou. 

M.  Daussy  communique  une  note  dans  laquelle  il  a 
cberché  à  rassembler  et  à  coordonner  tous  les  rensei- 


(  'S8) 

gnements  qui  ont  élé  publiés  jusqu'à  ce  jour  sur  Tex^ 
pédition  anglaise  du  Niger. 

H.  Roux  de  Rochelle  annonce  la  mort  de  M.  Chau- 
mette  des  Fossés ,  membre  de  la  Société  et  ancien 
consul  général  de  France  à  Lima.  M.  Chaumette  était 
profondément  versé  dans  l'étude  des  langues ,  et  il 
avait  réuni  pendant  son  long  séjour  dans  TAmé- 
rique  méridionale  de  nombreux  documents ,  .dont  la 
Société  pourra  apprécier  le  mérite  lorsqu'ils  seront 
arrivés  à  Paris.  La  Commission  apprend  avec  peine 
cette  fâcheuse  nouvelle ,  et  M.  le  Président  prie  M.  Roux 
de  Rochelle  de  rédiger  pour  le  Bulletin  une  notice  sur 
les  voyages  et  sur  les  travaux  de  M.  Chaumetle  des 
Fossés. 

Séance  du  1 8  février. 

H.  Viols  adresse  ses  remerciements  à  la  Société,  qui 
vient  de  l'admettre  au  nombre  de  ses  membres. 

M.  Rivière  écrit  à  la  Société  pour  lui  proposer  re- 
change de  son  Bulletin  avec  les  Annales  des  sciences 
géologiques  qu'il  publie.  La  Commission  centrale  ac- 
cepte cette  proposition. 

M.  le  vicomte  de  Santarem  offre  à  la  Société  son  At- 
las composé  de  mappemondes  et  de  cartes  hydrogra- 
phiques et  historiques  depuis  le  xi*  jusqu'au  xvu*  siècle, 
pour  la  plupart  inédites,  et  tirées  de  plusieurs  biblio- 
thèques de  l'Europe,  devant  servir  de  preuves  à  son  ou- 
vrage sur  la  priorité  de  la  jdécouvertede  la  côte  occiden- 
tale d'Afrique  au-delà  du  cap  Bojador  parles  Portugais. 

La  Commission  centrale  accueille  celle  importante 
publication  avec  un  vif  intérêt ,  et  elle  vote  des  remer- 
ciements à  l'auleur. 

La  Commission  accueille  également  avec  intérêt  l'of- 


(  '59  ) 

frequeluifait  M.  Daussy^  de  la  part  de  Taiileur,  de  la 
Carie  du  théâtre  de  la  guerre  des  croisades ,  que  M.  Jn- 
cobs  vient  de  graver  sous  les  auspices  de  rAcadémie 
royale  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres,  pour  servir  à 
rinlelligence  des  écrivains  de  cette  époque ,  et  surtout 
de  l'archevêque  de  Tyr. 

M.  d*Avezac  communique  une  lettre  de  M.  le  colonel 
Jackson,  secrétaire  delà  Société  royale  géographique 
de  Londres,  contenant  un  résuma  des  observations 
barométriques  de  sir  David  Wilkie,  et  du  lieutenant 
Sjmonds,  sur  la  dépression  de  la  mer  Morte  au-dessous 
de  la  Méditerranée. 

Le  même  membre  lit  un  mémoire  sur  la  construc- 
tion graphique  d'une  carte  du  pays  de  Sçoumâl,  à 
l'eitrémilé  orientale  de  l'Afrique,  qu'il  a  dressée  d'a- 
près les  renseignements  recueillis  par  M.  Antoine  d'Ab- 
badie,  &  Berberah,  en  i84o  et  184 1* 

M.  Thomassy  communique  la  suite  de  ses  recher- 
ches sur  la  relation  du  voyage  de  Pigafetta. 

Ces  diverses  communications  sont  renvoyées  au  Co- 
mité du  Bulletin. 

M.  Roux  de  Rochelle  entretient  l'assemblée  des 
bruits  fâcheux  qui  se  sont  répandus  sur  le  savant 
voyageur,  le  lieutenant-colonel  sir  Alexandre Burnes, 
auquel  la  Société  a  accordé  une  médaille  ,  à  l'un 
de  ses  concours;  mais  une  lettre  récente,  commu 
niquée  par  M.  d*Avezac,  ne  confirme  pas  cette  nouvelle, 
et  laisse,  au  contraire,  l'espoir  que  cet  officiera  pu  se 
soustraire  aux  dangers  qui  ont  menacé  sa  vie. 

MEMBRES    ADMIS    DAKS    LA    SOCIÉTÉ. 

Séance  du  \% février  i849« 

M.  J.  S.  Jacobs  ,  graveur-géographe. 
H.  Xavier  Raymond. 


(  i6o  ^ 

OUVRAGES  OFFE 

Séance  du 

Par  M.  Alexis  Donnât . 
le  tracé  du  chemin  de  fer 
pes,  avec  embranchement 
de  i/8oooo«  I  P*«. —  Par 
sur  H.  de  Larochefoucau] 
cien  président  de  la  Soc 
séance  générale  du  3  déc* 

Séance  du  i 

Par  M,  le  'vicomte  de  S 
mappemondes  et  de  cart 
riques,  depuis  le  xi*  jusqi 
part  inédites ,  et  tirées  d 
1  Europe,  den^nt  servir  d 
priorité  de  la  découverte  c 
que  au-delà  du  cap  Bojad 
l'histoire  de  la  géographie 
gravées  sous  la  direction  d 
publié  aux  frais  du  gouver 

—  Par  M.  Jacobs  :  Thealri 
gestorum  quo  scriptores  il 
Willeimus,  archiepiscopus: 
rentur,  mandatu  Regiae  In 
AcademiaB  disposuit  et  aeri 
1842 ,  I  f.  —  Par  M.  Dan 
sur  les  lies  Maldives  et  Yi 
capitaine  Robert  Moresby, 
in-8.  —  Rapport  de  M.  le 
M.  Beaulemps-Beaupré  sur 
complémentaire,  exécuté  et 

dentale  de  la  chaussée  de  S  ^««utuier  de 

Vauhello  ;  in-8. —  Par  M.  Ri^  .K,êe  :  Annales  des  sciences 
géologiques  ;  janvier  1 848.  —  Par  les  auteurs  et  éditeurs: 
Nouvelles  Annales  des  voyages;  janvier.  <— Annales 
maritimes  ;  janvier.  —  Journal  asiatique  ;  décembre. 

—  Journal  des  Missions  évangéliques  j  janvier.  —  BuU 
letin  de  la  Société  pour  Tinstruction  élémentaire; 
décembre.  —  Recueil  de  la  Société  polytechnique  ; 
décembre.  —  L'Investigateur,  journal  de  l'Institut  his- 
torique; janvier.  — L'Kcho  du  Monde  savant. 


l 


i 


(   '6o  ) 

OUVBAGES    OFFERTS    A    LA    SOCIÉTÉ. 

Séance  du  4  février  1842. 

Par  M.  Alexis  Donnet:  Carie  générale  représentant 
le  tracé  du  chemin  de  fer  de  Paris  à  Orléans  par  Elam- 
pes,  avec  embranchement  sur  Corbeil,  dressé  à  Técheile 
de  i/8oooo«  I  P'®. —  Par  M,  Roux  de  Rochelle:  Notice 
sur  M.  de  Larochefoucauld  ,  duc  de  Doudeauville  ,  an- 
cien président  de  la  Société  de  géographie  ,  lue  à  la 
séance  générale  du  3  décembre  1841  ;  broch.  in-8. 

Séance  du  \%  février  1842. 

Par  M,  le  vicomte  de  Santarem  :  Allas  composé  de 
mappemondes  et  de  cartes  hydrographiques  et  histo- 
riques, depuis  le  xi*  jusqu'au  xvii«  siècle,  pour  la  plu- 
part inédites  ,  et  tirées  de  plusieurs  bibliothèques  do 
TËurope ,  deviint  servir  de  preuves  à  l'ouvrage  sur  la 
priorité  de  la  découverte  de  la  côte  occidentale  d'Afri- 
que au-delà  du  capBojador»  par  les  Portugais,  et  à 
l'histoire  de  la  géographie  du  moyen-âge ,  recueillies  et 
gravées  sous  la  direction  de  M.  le  vicomte  de  Saolarem, 
publié  aux  frais  du  gouvernement  portugais;  i  v.  in-f^. 

—  Par  M.  Jacobs:  Theatrum  bellorum  a  cruce  signatis 
gestorum  quo  scriptores  illorum  temporum.  pi*aeserlim 
Willelmus,  archiepiscopus  Tyrensis ,  facilius  intellige- 
rentur,  mandatu  Regiae  Inscripl.  et  humanior.  Litter. 
AcademiaB  disposuit  et  aeri  incidit  J.  S.  Jacobs*  A.  D. 
1842,  I  F'*. -*  Par  jli.  Daussy:  Instructions  nautiques 
sur  les  lies  Maldives  et  l'archipel  de  Ghagos,  parle 
capitaine  Robert  Moresby,  traduites  par  M.  P.  D.  ;  1  v. 
in-8.  —  Rapport  de  M.  le  vice-amiral  Halgan  et  de 
M.  Beautemps-Beaupré  sur  le  travailhydrographique 
complémentaire,  exécuté  en  1841»  à  l'extrémité  ociù- 
dentale  de  la  chaussée  de  Sein,  par  M.  le  Saulnier  de 
Vauhello  ;  in-8.  —  Par  M.  Rivière  :  Annales  des  sciences 
géologiques  ;  janvier  1842.  —  Par  les  auteurs  et  éditeurs: 
Nouvelles  Annales  des  voyages;  janvier.  •— Annales 
maritimes  ;  janvier.  —  Journal  asiatique  ;  décembre. 

—  Journal  des  Missions  évangéliques^  janvier.  —  Bul- 
letin de  la  Société  pour  l'instruction  élémentaire; 
décembre.  —  Recueil  de  la  Société  polytechnique  ; 
décembre.  —  L'Investigateur,  journal  de  l'Institut  his- 
torique; janvier.  — ^L'Kcho  du  Monde  savant. 


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BULLETIN 


DE    LA 


SOCIETE  DE  GEOGRAPHIE. 


IIAB8    l849. 


PREMIERE    SECTION. 


MtMOIBBS,  BXTRAiTS,  ANALYSBS  ET  RAPPORTS. 


Notice  sur  feu  M.  Chaumbttb  des  Fossés  ,  membre  de 
la  Société  de  géographie  ^^  et  ancien  consul  général  de 
France  à  Lima, 


HsssiBURS , 

Vom  arez  eu  plus  d'une  fois  à  rendre  hommage  à  la 
mémoire  des  savants  et  des  hommes  recommandables 
que  U  Société  de  géographie  a  perdus.  Ces  éloges  fu- 
nèbres ne  s'adressent  plus  à  une  cendre  insensible; 
mais  la  famille»  les  amis  qui  s'unissent  à  ?os  regrets, 
reçoitent  ainsi  quelques  consolations  dans  leur  peine  : 
les  hommes  qui  suivent  la  même  carrière  sont  encou- 
ragés à  poursuivre  leurs^études  avec  persévérance ,  el 
â  laisser  à  leur  tour  quelque  honorable  souvenir.  Cette 
perspective  de  renommée  n'est  point  une  illusion  vaine , 

XVU«     MABS.    !•  11 


(  «6»  ) 
et  l'espoir  du  suffrage  de  la  poslérité  est  pour  une  âme 
généreuse  la  plus  noble  des  récompenses. 

M.  Ghaumelle  des  Fossés ,  dont  vous  m'afez  invité , 
messieurs,  à  vous  retracer  les  voyages  et  leslraTaux, 
annonça  dès  sa  première  Jeunesse  les  plus  heureuses 
dispositions  pour  l'étude  des  langues  orientales;  et  il 
fut  secondé  par  d'habiles  professeurs,  par  H.  Marcel, 
qui,  pendant  l'expédition  d'Egypte,  avait  été  direc- 
teur de  l'imprimerie  du  Caire ,  et  ensuite  par  H.  SiU 
vestre  de  Sacy.  Tous  deux  s'intéressèrent  vivement  aux 
succès  d'un  élève  qui  répondait  si  bien  à  leurs  soins; 
et  M.  Chaumette  des  Fossés  avait  fait  auprès  d'eux  de 
rapides  progrès  en  arabe,  en  turc,  en  persan ,  lors- 
qu'il  se  rendit  à  Constantinople ,  en  iSos ,  pour  y  ter- 
miner cette  partie  de  ses  études ,  et  pour  entrer  dans 
la  carrière  du  drogmanat  :  il  alla  bientôt  la  suivre  en 
Valachie,  puis  il  se  rendit  à  Travnik,  comme  chan- 
celier interprète  du  consulat  général  de  France ,  alors 
occupé  par  M.  David,  La  société  habituelle  d'un  consul 
et  d'un  littérateur  si  distingué  contribua  au  développe- 
ment de  ses  connaissances,  et  lui  fit  attacher  encore 
plus  de  prix  à  l'étude.  Son  goût  pour  les  voyages  s'èlaî) 
déjà  déclaré  ;  ce  penchant  domina  bientôt  tous  le^ 
autres  :  il  devait  occuper  une  partie  de  sa  vie  ;  et  plu 
sieurs  changements  de  résidence  permirent  à  H.  Chai 
mette  des  Fossés  de  parcourir  et  d'étudier  à  loisir  l 
différentes  contrées  où  il  eut  à  remplir  quelque  m\ 
sion. 

La  relation  de  son  voyage  en  Bosnie  fui  le  fruit 
plusieurs  années  de  recherches  et  d'observations.  ^ 
séjour  et  sa  position  lui  donnaient  la  facilité  de  | 
voir,  de  ne  pas  s'en  tenir  à  un  premier  aperçu  «  € 
recueillir  des  renseignements  positifs  sur    tous  les 


(  i65  )     . 

jel8  dignes  d*aUenlioD.  Quoique  son  ouvrage  se  rap- 
porte aux  années  1807  et  1808,  on  y  reconnaît  encore 
aujourd'hui  un  fidèle  tableau  du  caractère  des  babi- 
lanls.  La  Bosnie  est  le  pachalik  européen  où  les  nn- 
cienoes  mœurs  musulmanes  ont  le  moins  changé ,  et 
où  l'on  oppose  le  plus  de  résistance  aux  innovations 
introduites  depuis  la  même  époque  dans  les  différentes 
parties  de  l'empire  ottoman.  Cette  constance  dans  les 
habitudes  est  un  effet  de  la  prépondérance  que  la 
population  mahométane  a  conservée  :  elle  est  plus 
nombreuse  que  celle   de  toutes  les  autres  religions 
réunies»  et  il  Faut  encore  joindre  à  sa  force  l'ascendant 
et  l'influence  que  lui  donne  l'exercice  de  tous  les  em- 
plois. 

Avant  dépeindre  les  administrations  du  pays,  Tau- 
teur  s'attache  à  en  décrire  la  situation  ,  les  principales 
ressources,  les  productions  riches  et  variées.  Nous 
voyons  que  ce  pachalik  comprenait,  en  1807  •  ^^  ^o&- 
nie  proprement  dite  ,  THerzégovine ,  la  Rascie  et  une 
partie  de  la  Croatie.  La  chaîne  de  montagnes  du  Prolog 
le  sépare  de  la  Dalmatie.  On  y  retrouve  de  nombreux 
vestiges  de  volcans  éteints ,  et  d'anciennes  traditions 
nous  apprennent  qu'une  éruption  eut  lieu  dans  ces 
montagnes  le  t^  novembre  1367.  Depuis  celte  époque^ 
le  même  phénomène  ne  s'est  pas  renouvelé. 

La  Bosnie  renferme  plusieurs  mines  d'or  et  d'argent 
qui  furent  autrefois  en  exploitation,  mais  qui  s'épui- 
sèrent, ou  que  les  richesses  minérales  de  plusieurs 
autres  régions  firent  abandonner.  Le  sel  gemme  y  est 
apparent  sur  plusieurs  points,  et  l'on  trouve  dans  la 
vallée  de  Touzla  un  grand  nombre  de  puits  salés,  dont 
on  fait  évaporer  l'eau  dans  des  chaudières  et  par  l'effet 
de  l'ébulUtion.  Plusieurs  sources  d'eaux  minérales  y 


(  i6A  ) 

ont  acquis  de  la  célébrité  par  leurs  vertus  curatives  : 
les  unes  sont  situées  près  de  Lebenilza»  les  autres  an 
nord  de  Yéni-Bazar  ;  celles-ci  sont  les  plus  renonainées 
etjesplus  fréquentées. 

Le  sol  de  la  Bosnie  est  généralement  composé  d'une 
couche  épaisse  de  terre  végétale  :  on  trouve  dans  ses 
vallées  et  sur  les  flancs  de  ses  montagnes  toutes  les  es- 
pèces de  nos.  arbres  forestiers  ;  l'auteur  néanmoins  n'y 
a  pas  remarqué  celle  du  ch&taignier.  Tous  nos  arbres 
fruitiers  y  prospèrent  également,  si  l'on  a  soin  de  bien 
choisir  la  température  et  les  expositions.  L'Herzégo* 
vine  méridionale  a  des  oliviers.  Les  légumes  et  les  gra» 
minées  de  nos  climats  se  recueillent  partout,  et  la 
plante  la  plus  cultivée  est  le  millet,  dont  la  graine  a 
l'avantage  de  se  conserver  un  grand  nombre  d'années 
sans  altération.  On  la  préfère  aux  autres  grains  pour 
l'approvisionnement  des  forteresses  de  Bosnie. 

Ce  pays  a  de  gras  pâturages  :  on  y  élève  de  nombreux 
troupeaux  ;  et  dans  les  contrées  méridionales ,  les  buf . 
fles  sont  employés ,  comme  les  bœufs,  aux  travaux  de 
l'agriculture.  Les  habitants  s'occupent  de  l'éducation 
des  abeilles  :  la  cire  et  le  miel  sont  peureux  l'objet  d'un 
commence  avantageux.  On-  exporte  de  leur  pays  une 
grande  quantité  de  céréales ,  et  l'exploitation  de  leurs 
forêts  leur  offrirait  de  plus  riches- ressources  «  si  les 
voies  de  communication  et  les  moyens  de  transport 
étaient  plus  faciles. 

La  Bosnie  a  souvent  changé  de  maîtres  »  depuis  les 
anciens  lemps  dont  il  nous  est  resté  quelques  traditions. 
Les  Romains  la  subjuguèrent,  sous  le  règne  d'Auguste  ; 
ils  la  conservèrent  pendant  quatre  siècles,  et  ce  pays 
dépendait  alors  de  la  province  illyrique.  Les  Sarmatesi 
qui  s*en  emparèrent  dans  l'année  oGQile  l'ère  chré- 


(  «65  ) 
lienne,  y  furent  remplacés  par  lesGépides»  en  479* 
Les  Bulgares ,  les  Avares»  les  Serviens  s*y  établirent 
successivement  Les  Hongrois»  qui  en  firent  la  conquête 
en  ii36»  y  établirent  des  bans  ou  gouverneurs.  Louis 
d'Anjou  »  un  de  leurs  rois,  érigea  la  Bosnie  en  royaume, 
en  i355  ;  mais  cette* monarchie  ne  dura  qu'un  siècle  ; 
et  Mahomet  II ,  le  conquérant  de  Constantinople  » 
ayant  porté  ses  armes  victorieuses  jusqu'aux  bords  de 
la  Save,  détruisit  les  dernières  traces  de  l'indépen- 
dance de  la  Bosnie,  y  établit  un  beylerbey»  et  fit  de 
cette  province  un  des  boulevards  de  son  empire.  Ce 
gouvernement  se  compose  de  deux  sandjakats  ou  pa^ 
cbaliks  à  deux  queues.  Sa  population  était  de  treize  cent 
mille  âmes,  en  l'année  1808.  Bosna-Serai,  ancienne 
capitale  de  la  contrée,  avant  qu'on  eût  transféré  ùT 
Travnik  la  résidence  du  beylerbey ,  avait  soixante  mille 
habitants.  On  en  comptait  quinze  mille  à  Yéni-Bazar , 
principale  ville  de  la  Rascie,  douze  mille  à  Hostar, 
chef-lieu  de  l'Herzégovine  »  sept  mille  à  Travnik  »  huit 
mille  à  Magley  ,  six  mille  à  Zvomik  •  cinq  mille  dans 
chacune  des  villes  de  Banialouka  et  de  Vichgrad. 
quatre  mille  à  Yaïtka»  trois  mille  à  Scopia,  à  Bihatch, 
deux  mille  à  Trebigne ,  onze  cents  à  Vrandouk.  Les 
musulmans  habitaient  généralement  dans  les  villes  et 
les  gnuls  ou  forteresses  ;  le  reste  de  la  population  était 
dispersé  dans  les  villages  et  les  campagnes. 

L'analyse  que  je  viens  de  vous  offrir  m'a  paru,  mesn 
Heurs,  se  lier  étroitement  au  genre  d'études  et  de 
recherches  qui  vous  occupent  habituellement  ;  et  c'est 
dana  le  même  esprit  que  j'ai  à  vous  rendre  compte  de 
plusieurs  autres  travaux  de  M.  Chaumette  des  Fossés, 
en  regrettant  de  ne  pouvoir  vous  soumettre  qu'un  rér 
sumé  très  incomplet  de  ses  derniers  voyages.  L'auteur 


(  '«6) 
86  proposait  sans  doute  d'en  publier  en  France  la  re^ 
lation  :  ses  espérances  et  nos  vœux  sur  ce  point  ont  été 
cruellement  trompés. 

L'occasion  de  voyager  dans  le  nord  de  l'Europe  lui 
fut  naturellement  offerte  par  les  fonctions  consulaires 
qu'il  eut  successivement  i  remplir  h  Stettin  et  à  Gothen- 
bourgy  depuis  1810  jusqu'en  iSaS.  Kn  étudiant  les 
ressources  commerciales  de  la  Prusse  et  de  la  Suède , 
et  les  moyens  d'entretenir  avec  ces  pays  de  favorables 
relations,  il  voulut  donner  à  ses  recherches  encore  plus 
de  latitude  :  il  examina  en  détail  le  système  des  pêche- 
ries, en  remontant  le  long  des  côtes  de  Norvège,  depuis 
Bergen  jusqu'à  l'archipel  de  Loffoden ,  el  de  là  jus- 
qu'au cap  Nord ,  et  en  longeant  ensuite  les  côtes  sep- 
tentrionales de  cette  contrée  jusqu'aux  rives  du  Varan- 
ger-fiord.  Toute  la  province  de  Fin-Hark,qui  comprend 
une  partie  de  la  Laponie  et  qifi  s'étend  jusqu'à  ce  golfe, 
fut  parcourue  en  1  SaS  par  notre  voyageur  :  il  y  recueil- 
lit de  nombreux  documents  sur  les  moyens  de  procurer 
quelque  bien-èlre  à  une  population  rare  et  indigente , 
exposée  habituellement  à  lutter  contre  la  rigueur  du 
climat  et  lu  stérilité  du  sol.  Dans  ces  lieux  où  la  végé- 
tation dépérit ,  et  où  semblent  s'affaiblir  tous  les  prin- 
cipes de  la  vie ,  l'homme  est  encore  fidèle  à  la  terre  où 
il  a  reçu  le  jour  :  s'il  ne  peut  en  obtenir  sa  subsistance , 
il  la  demande  à  la  mer.  Il  exploite  les  pêcheries  de  ses 
rivages  ;  et  l'Océan  lui  rend  avec  usure  le  prix  de  ses 
fatigues  La  famine  du  moins  ne  pénétrera  pas  dans  sa 
hutte  sauvage  :  l'excès  du  froid  y  conserve  pour  son 
approviàonnement  les  vivres  qu'il  n'a  pas  consommés  ; 
et  tant  qu'il  lui  reste  \\k  force  de  sentir  son  malaise  et 
ses  souffrances  »  il  appelle  cela  ne  pas  mourir. 

Les  observations  de  II.  Chaumettc  des  Fossés  sur  le 


(  '6?) 
Finmark  se  sont  particulièrement  dirigées  vers  cette 
partie  orientale  de  son  territoire  qui  s'étend  nu  midi  du 
Varanger-fiord  ,  et  où  sontsituésies  villages  de  Neiden, 
Pasvig  et  Peise ,  fondés  par  les  Russes»  gui  avaient  bâti 
Arcbangei  en  j5d4  et  Rola  en  i58o.  La  mousse  de 
renne  que  produit  ce  territoire  y  sert  de  fourrage 
pour  tous  les  bestiaux  :  les  habitants  du  nord  du  golfe 
sont  obligés  d'y  recourir  ,  et  ils  ont  toujours  joui  du 
privilège  de  venir  recueillir  cette  mousse,  et  couper  le 
bois  nécessaire  à  leur  chauffage. 

L'auteur  s'attache  à  développer  les  moyens  de  donner 
plus  d'activité  et  de  valeur  aux  pêcheries  qui  peuvent 
s  exercer  dans  plusieurs  golfes  de  la  mer  Glaciale,  pen- 
dant les  mois  de  juin,  de  juillet  et  d'août ,  et  il  croit 
d'abord  devoir  entrer  dans  quelques  détails  sur  l'insuf- 
fisance des  moyens  employés  par  les  pécheurs  lapons 
pour  harponner  les  grandes  baleines,  que  l'on  ren- 
contre entre  le  G7*  et  le  72' degré  de  latitude;  il  parle 
de  la  pèche  du  requin  {squalus  maximus)  qui  fréquente 
les  côtes  du  Nordland  et  du  Fin-Mark;  de  la  pêche  du 
harengs  qui  abondait  autrefois  dans  les  parages  de 
Gothenbourg ,  et  qui  s'est  retiré  sur  les  côtes  occiden» 
taies  de  Norvège  ;  de  la  pèche  de  la  morue ,  qui ,  dès 
le  commencement  de  février ,  attire  un  grand  nombre 
de  marins  dans  les  eaux  des  lies  Loffoden ,  malgré  les 
fatigues  d'une  navigation ,  que  l'impétuosité  du  Mal- 
stroëm  et  l'escarpement  des  côtés  de  Norvège  rendent 
si  périlleuse.  * 

A  la  suite  de  ses  voyages  dans  le  Nord,  M.  Chaumette 
des  Fossés  parcourut  une  partie  de  la  Russie  euro- 
péenne ,  et  il  traversa  la  Pologne  et  l'Allemagne  pour 
revenir  en  France.  Quoiqu'il  n'ait  eu  à  publier  aucune 
relation  sur  des  régions  si  connues,  néanmoins  ces 


V   i68  ) 

9orlod  d'excursions  tournent  toujours  au  profit  d'un 
voyageur  éclairé  :  elles  lui  offrent  de  nouveaux  points 
de  comparaison  entre  les  pays  qu'il  a  visités»  entre 
leurs  institutions,  leurs  mœurs ,  leurs  degrés  de  lu? 
mières  et  de  civilisation. 

.  Bientôt  une  carrière  nouvelle,  et  toute  diOférenle  de 
celles  qu'il  avait  parcourues,  allait  s'ouvrir  à  notre 
observateur  :  il  fut  nommé  en  iSaS  consul  général  de 
France  à  Lima,  et  il  partit  avec  l'intention  d'étudier 
sous  tous  les  rapports  ce  nouvel  État  péruvien»  dont  le 
berceau  fut  déchiré  par  la  guerre  civile , mais  qui  sem- 
ble appelé  à  de  si  grandes^estinées. 

La  présence  des  agents  politiques  et  ôonsulaires  que 
plusieurs  gouvernements  commençaient  à  entretenir  h 
Lima  ne  pouvait  pas  y  être  sans  influence  sur  le  per- 
fectionnement de  l'ordre  sociul  et  sur  celui  des  arts 
qui  l'accompagnent  :  le  concours  de  ces  agents,  leur 
instruction,  leurs  entretiens  forment  un  nouveau  foyer 
de  lumières;  et  comme  ils  sont  généralement  choisis 
dans  une  classe  d'hommes  distingués  par  leurs  coonaisr 
sances ,  et  accoutumés  à  de  graves  discussions  sur  les 
intérêts  publics  et  sur  ceux  de  l'industrie  et  du  corn- 
merce,  les  principaux  personnages  du  pays  où  ils  sont 
accrédités  ont  quelquefois  recours  à  leur  obligeante 
intervention ,  pour  connaître  les  établissements  d'in- 
struction, d'humanité,  de  bienfaisance  que  d'autres 
nations  ont  adoptés,  et  qui  contribuent  à  leur  bien-être. 
Eux-mêmes  ils  étudient  a^ec  soin  les  intérêts  du  pay^ 
où  ils  résident ,  et  s'ils  aperçoiveqt  quelques  principes 
d'amélioration  dont  puisse  profiter  leur  patrie,  ilt»  ont 
soin  d'en  faire  part  à  leur  gouvernen^ent.  Deux  nations 
peuvent  ainsi  s'enrichir  par  un  heureux  échange  d^ 
pomraunications  et  de  bons  offices  ,  qt  ces  services  q^q-; 


(  i69  ) 
tuels  impnmeDt  un  nou?eau  caractère  d'iotiimlé  et  d% 
confiance  à  leurs  relations.  Mais  nous  n'avons  point  à 
nous  occuper  ici  de  la  mission  politique  de  H.  Ghau- 
mette  des  Fossés  :  l'examen  de  ses  voyages  scienlifi- 
ques  entre  seul  dans  le'  domaine  de  la  Société  ée  géo* 
graphie. 

Avant  d'étudier  spécialement  un  pays  si  nouveau 
pou^  lui,  AL  des  Fossés  termina  la  rédaction  de  quel- 
ques mémoires  sur  la  Norvège,  et  il  les  lit  imprimer 
à  Lima.  C'était  une  espèce  de  disposition  testamen- 
taire envers  l'Europe  qu'il  avait  qniltée  ;  cependant 
pouvait-il  prévoir  alors  qu'il  lui  adressait  un  dernier 
adieu  ?  11  était  dans  toute  la  force  de  l'âge  ;  et  ne  con- 
serve-t-on  pas  toujours,  en  «'éloignant  de  la  patiie,  l'es- 
pérance de  r£v^ni^  y  terminer  ses  jours? 

Ce  voyageur  en  arrivant  au  Pérou  voulut  se  rappro- 
cher plus  étroitement  de  cette  nation  dont  il  avait 
étudié  la  langue  ;  il  parvint  à  la  parler  et  à  l'écrire 
aussi  parfaitement  que  la  sienne  ;  et  la  plupart  des 
mémoires  qu'il  composa  furent  rédigés  en  castillan. 
Péjàil  avait  eu  dans  la  plupart  de  ses  voyages  précé- 
dents l'avantage  de  connaître  la  langue  du  pays  ;  ses 
travaux  en  ling^istique  avaient  été  très  nombreux;  et 
petle  étude  l'avait  mis  habituellement  en  état  de  ne 
pas  être  trompé  par  la  malh^bileté  ou  l'inexactitude 
d'un  intermédiaire. 

Un  de  ses  travaux  géograpliiques  les  plus  impor- 
^nts  est  la  carte  qu'il  a  publiée  en  t85o  de  la  Pampa 
del  Sacramenio^  longue  région  péruvienne,  située  en- 
fre  le  Rio-Ucayali  et  le  Rio-Huallaga,  qui  tous  deux  se 
jettent  dans  le  liaragnon  ou  fleuve  des  Amazones.  La 
Cordillère  des  Andes  sépare  des  plages  maritimes  les 
pontrées  plus  orientales ,   où  s'étend  du  sud  au  nord 


(  170  ) 

cette  province,  anciennement  occupée  par  des  éta- 
blissements de  missionnaires.  Une  carte  de  sa  situation 
et  du  cours  des  grandes  rivières  qui  en  marquent  les 
limites  avait  été  levée»  en  1790 ,  par  le  révérend  Ma- 
nuel Sobreviela»  gardien  du  collège  d*Ocopa»  capitale 
de  cette  mission ,  et  placée  vers  sa  frontière  méridio- 
nale. Cette  carte,  antérieure  de  quarante  ans  à  celle  du 
nouveau  voyageur,  put  lui  servir  de  guide  ;  mais  éclairé 
par  ses  propres  recherches ,  il  y  introduisit  un  grand 
nombre  de  corrections  et  de  suppléments.  Il  faut  en  at- 
tribuer tme  partie  à  des  observations  plus  exactes , 
plus  détaillées;  et  nous  en  avons  pour  exemple  et  pour 
preuve  le  tracé  d'un  certain  nombre  d'affluents  du  Rio- 
Ucayali ,  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  la  carte  la  plus 
ancienne.  Quant  aux  additions  de  villages  ou  de  ha- 
meaux, elles  s'expliquent  en  grande  partie  parTac- 
croissement  de  la  population  qui  a  fait  des  progrès  en- 
tre les  deux  époques,  et  par  les  démembrements  de 
familles  et  les  changements  d'habitation  ,  qui  sont  l'ef- 
fet naturel  du  temps,  et  qui  résultent  des  progrès  de 
la  culture.  La  carte  de  M.  Chaumette  des  Fossés  est 
donc  plus  utile  à  consulter  aujourd'hui  que  celle  de 
son  devancier.  Tel  est  l'avantage  habituel  des  observa- 
tions plus  récentes ,  lorsqu'elles  sont  faites  par  un 
homme  habile  :  elles  sont  pins  complètes ,  elles  corri- 
gent les  erreurs  et  multiplient  les  vérités. 

Pendant  sa  longue  résidence  au  Pérou ,  cet  observa- 
teur a  recueilli  de  nombreux  renseignements  sor  la 
statistique  et  la  population  des  différentes  parties  de 
cette  république ,  dont  les  provinces  étaient  celles  de 
Lima,  d'Ayacucho,  de  Puno,  de  Junin*  de  Guzco  , 
de  Libertad  et  d'Aréquipa.  On  fit  en  1 793  un  dénom- 
brement de  leur  population  qui  était  alors  de  près  de 


(  '7'  ) 
quatorze  ceoi  mille  âmes;  en  1 856,  elle  s'élait  accrue 
de  cent  mille  habitants  :  les  deux  tiers  sont  indigènes  ; 
le  reste  se  compose  d'étrangers ,  ou  d'esclaves ,  ou 
d'autres  classes  qui  ne  jouissent  pas  des  droits  décile. 
Les  nouvelles  provinces  de  Truxillo  .  de  Lambayeque  » 
de  Jaen  ,  de  Maynas,  venaient  d*ère  réunies  au  Pérou. 
Lima  et  les  huit  vallées  qui  Favoisinent  ont  été  l'ob- 
jet spécial  des  observations  de  H.  Ghaumette  des  Fos- 
sés. Cette  ville,  fondée  en  i535  par  François  Pizarre, 
avait  d'abord  reçu  la  population  de  Jauxa  et  de  San- 
Gallan,  placées  dans  les  Cordillères  el  moins  favorable- 
ment situées.  On  reconnut  alors  que  le  port  de  Gallao 
faciliterait  les  arrivages,  et  qu'il  valait  mieux  avoir 
près  de  la  mer  un  établissement  important,  que  d'en 
conserver  plusieurs  dans  les  montagnes,  où  le  travail 
était  plus  pénible  pour  les  Indiens,  répartis  entre  les 
conquérants  et  attachés  à  leur  service.  La  ville  de  Lima 
prit  le  nom  de  los  Rejres  :  elle  devint  la  capitale  du  Pé- 
rou ;  elle  en  posséda  les  principaux  établissements ,  et 
l'accroissement  de  sa  population  vint  &  gagner  de  pro- 
che en  proche  les  vallées  environnantes.  Les  progrès  de 
leur  culture  doivent  être  surtout  attribués  aux  couvents 
et  aux  monastères ,  auxquels  appartenaient  presque 
toutes  les  fermes  et  les  terres  de  ces  vallées.  Les  ordres 
monastiques  y  avaient  commencé  des  défrichements , 
comme  ils  en  avaient  fait  en  Europe  vers  le  milieu  du 
moy  étalage  ;  et  leur  institution,  considérée  sous  ce  rap- 
port comme  sous  beaucoup  d'autres ,  avait  contribué 
aux  progrès  de  l'ordre  social.  C'est  surtout  en  Améri- 
que et  dans  les  possessions  espagnoles  que  cette  in- 
fluence s'est  fait  remarquer  :  elle  subsiste  encore , 
môme  depuis  la  déclaration  de  Tindépendance  :  elle 
continue  d'expier  les  fureurs  d'une  conquête  qui  avait 


(  >7»  ) 
baigné  du  saog  des  iodiens  leur  riche  et  malheureux 
lerritoire.  Un  grand  nombre  de  pieux  missionnaires, 
commençant  une  expédition  plus  pacifique  »  sont  allés 
rechercher  au  milieu  de  quelques  oasis  et  dans  les  con- 
trées intérieures  les  débris  de  la  population  indienne 
échappés  au  glaive  du  vainqueur.  Le  malheur  et  la 
persécution  en  avaient  ramené  une  partie  à  l'état  sau- 
vage :  les  missionnaires  ont  cherché  à  les  rendre  à  la 
civilisation  ;  ils  continuent  celte  œuvre  évangélique  ;  et 
une  récente  institution,  formée  à  Lima  en  1840^  par 
don  José  de  Arriaga  9  évéque  du  diocèse  de  Maynas  »  a 
pour  but  la  propagation  de  la  foi  et  de  la  civilisation 
parmi  les  infidèles  de  l'Amérique  méridionalcé  Cet  éta- 
blissement est  autorisé  par  le  gouvernement  péruvien. 
Des  souscriptions  ont  été  ouvertes  pour  le  soutenir;  et 
des  travaux  entrepris  dans  cette  vue  philanthropique 
accroîtront  un  jour  le  bien-être  d'une  population  plus 
nombreuse. 

Notre  voyageur  s'était  toujours  vivement  intéressé 
aux  succès  des  missionnaires»  depub  qu'il  avait  ex- 
ploré la  conti*ée  del  Ssacmmenio  ^  où  l'on  retrouvait 
encore  tant  de  traces  des  plantations  et  des  cultures 
qu'ils  avaient  commencées.  Plusieurs  tribus  d'Indiens , 
rassemblés  dans  de  nombreux  hameaux,  avaientperdu 
en  se  rapprochant  une  partie  de  leurs  habitudes  sau- 
vages, jet  devaient  ce  premier  bienfait  aux  apôtres  de 
morale  et  de  piété  qui  avaient  vécu  au  milieu  d'eux  » 
et  qui  avaient  embrassé  leur  genre  de  vie  pour  acqué- 
rir sur  eux  plus  d'influence.  M.  Chaumette  des  Fossés 
parut  lui-même  s'attacher  à  l'œuvre  des  missionnaires; 
il  vécut  long- temps  parmi  eux,  lorsque  ses  fonctions 
consulaires  eurent  cessé  ;  quelques  uns  de  leurs  hom* 
mes  instruits  l'avaient  particulièrement  attaché  :  le  goût 


(  >75  ) 

de  l'élude  le  rapprochait  d'eux  ;  il  adopta  leur  genre 
défie,  une  partie  de  leur  règle,  e1  sans  appartenir  à 
leur  institution ,  il  put  être  considéré  dans  ses  actes 
comme  un  des  révérends  personnages  de  cette  corpo- 
ration reconoimandable,  que  les  Indiens  regardaient 
comme  leur  bienfaitrice. 

Pendant  les  premières  années  de  sa  résidence  au 
Pérou»  U.  des  Fossés  avait  formé  une  collection  d'an- 
tiquités péruviennes,  de  livres  publiés  dans  ce  pays 
pendant  les  trois  siècles  qui  ont  suivi  la  conquête,  et 
de  diflTérents  produits  de  l'ancienne  industrie  des  habi- 
tants. Tous  ces  envois  furent  expédiés  pour  Bordeaux, 
lorsqu'il  eut  formée  après  quinze  ans  d'absence ,  le 
projet  de  revenir  dans  son  pays;  et  nous  savons  qu'en 
effet  ils  y  sont  parvenus.  Mais  les  caisses  qui  renfer- 
ment toules  ces  acquisitions  sont  encore  inlacles;  c'é- 
tait à  lai  de  les  ouvrir  :  elles  restaient  en  dépôt  jus- 
qu'au moment  de  son  arrivée;  et  depuis  la  nouvelle  de 
son  décès,  ses  héritiers  naturels  ne  les  ont  pas  encore 
à  leur  déposition.  Nous  sommes  donc  réduits,  jusqu'à 
présent,  à  de  simples  conjectures  sur  l'intérêt  que 
peuvent  avoir  ces  collections;  et  les  mêmes  causes  ne 
nous  ont  permis  de  vous  offrir  qu'une  notice  très  in- 
complète  des  études  et  des  observations  de  M.  Chau- 
mette  des  Fossés  :  il  lui  appartenait  de  coordonner 
lui-même  les  nombreux  [matériaux  qu'il  s'était  pro- 
curés; tout  était  préparé  pour  son  retour  en  Europe  : 
il  aTait  quitté  le  Pérou  pour  se  rendre  à  Panama  ;  il 
avait  traversé  l'isthme ,  et  s'était  embarqué  à  Chagrc 
pour  New-York,  d'où  il  allait  revenir  en  Franco,  lors- 
qu'il a  péri  le  4  octobre  i84i  ,  dans  cette  première 
traversée.  M.  Chaumettc  des  Fossés  pouvait  encore  se 
promettre  de  longs  jours  dans  sa  patrie;  il  n'a   pas 


(  174  ) 
même  pu  y  alleindre  un  tombeau;  et  nous»  qui  espé- 
rions le  revoir,  nous  n'avons  plus  que  des  regrets  à  don- 
ner à  sa  perte. 

Roux  DE  ROGHBLLB. 


Des  phogrJss  de  In  ciMsation  et  Je  f  industrie  en 
Autriche ,  par  Gonst aiht  Desjardirs. 


11  est  des  États  qui  publient  tous  les  ans  les  progrès 
de  leur  industrie,  de  leur  civilisation  ,  la  richesse  de 
leurs  productions,  l'augmentation  de  leur  population. 
Ces  notices  statistiques  sont  souvent  trop  avantageuses, 
pour  ne  pas  dire  exagérées.  L'Autriche  ne  fait  aucun 
bruit;  elle  observe,  elle  étudie  les  innovations,  les  dé- 
couvertes de  ses  voisins  ,  autorise  plus  tard  des  essais 
chez  elle,  et  lorsqu'il  y  a  utilité,  avantages  reconnus  , 
le  gouvernement  accorde  des  brevets;  mais  on  ne  sait 
trop  comment  ces  privilèges,  concédés  d'abord  avec 
connaissance  de  cause  à  un  individu  ou  à  une  société , 
se  trouvent  en  peu  de  temps  la  propriété  d'un  grand 
nombre  d'industriels. 

Quelle  que  soit  l'opinion  qu'on  ait  du  système  gou- 
vernemental de  l'Autricbe,  on  est  forcé  d'admirer  les 
résultats  obtenus  après  une  guerre  désastreuse  de  vingt 
années  et  avec  tant  de  peuples  si  divers  de  langage,  de 
mœurs,  de  principes,  de  religion,  qui  se  trouvent  réu- 
nissons le  même  sceptre.  Nationalité,  us  et  privilèges 
antiques  de  certaines  villes  ou  localités ,  tout  a  été  res- 
pecté par  l'administration.  Ses  actes  s'écrivent  et  s'iai- 
priment  en  deux  langues  en  Bohême,  en  Gallicie,  en 


(  175  ) 

Iliyrie ,  en  Italie  ;  dans  ce  dernier  pays ,  Teoiployé 
même  du  gourernement  n'est  nullement  forcé  d'ap- 
prendre la  langue  allemande,  qui  est  celle  de  TÉtat. 
Quant  à  la  Hongrie  et  à  ses  dépendances,  un  gouverne- 
ment spécial  et  indépendant  les  régît.  (  Voyez  ce  que 
je  dis  Bulletin,  n*  gS.)  Rien  n'a  été  négligé  pour  la  fu* 
sion,  la  prospérité  des  diverses  nations  qui  composent 
Tempire  autrichien.  D'importantes  voies  de  communi- 
cation ont  été  établies ,  des  routes  superbes  con- 
struites :  celle  du  Stilfserjoch ,  de  Vienne  à  Milan  par 
le  Tyxol,  celle  de  la  Styrie  et  de  Tlllyrie,  conduisant 
d'une  part  en  Italie  ,  de  l'autre  en  Dalmalie ,  ne  le  cè- 
dent point  aux  belles  routes  du  Simplon  ou  du  mont 
Cénis.  Près  de  i , J»oo  kilomètres  de  chemins  de  fer  sont 
achevés  ou  en  construction ,  et  au-delà  de  1,800  kilo- 
mètres sont  concédés  ou  à  l'élude.  Des  bateaux  à  va- 
peur sillonnent  depuis  long-temps  le  Danube  et  la  mer 
Adriatique,  et  exportent  les  produits  de  l'industrie  jus- 
que dans  le  Levant.  La  richesse  du  sol ,  l'encourage- 
ment accordé  à  l'agriculture ,  les  progrès  de  l'indus- 
trie, ont  déjà  mis  les  Étals  autrichiens  en  état  de  se 
passer  presque  de  leurs  voisins. 

La  population  de  tous  les  États  héréditaires  de  l'Au- 
triche peut  être  évaluée  à  35, 5oo,ooo  habitants,  qui 
se  composent  de  cinq  ou  six  races  ou  familles.  La  plus 
nombreuse  est  la  famdle  slave ,  qui  peuple  toute  la 
Gallicie ,  la  moitié  de  la  Hongrie ,  les  deux  tiers  de  la 
Bohème  et  de  la  Moravie,  ainsi  que  de  l'Illyrie  et  de  la 
Croatie  (environ  16  à  17  millions);  \^  famille  germaine^ 
en  Autriche ,  Styrie,  Tyrol,  cl  qui  csl  répandue  dans 
les  autres  parties  de  l'empire  :  elle  dépasse  6  millions: 
Ul famille greco^- latine  t  dans  le  Tyrol  méridional,  le 
royaume  Lombard-Vénitien  et  les  côtes  de  la  Dalma- 


(  '7fi  ) 
(ie  i  elle  va  à  près  de  8  millions ,  y  compris  plus  àc^ 
9  millions  de  Valaques  répandus  en  Transylvanie  et 
dans  diverses  provinces  de  la  Hongrie  :  les  Magyars  oa 
vrais  Hongrois  (plus  de  4  millions)  occupent  le  centre  de 
ce  pays  et  une  partie  de  la  Transylvanie.  Plus  de6oo^ooo 
Israélites  sontdisséminés  dans  loutTempire»  snrtoeten 
Gallicie.  On  compte  en  outre  de  4^  â  So^ooo  Zigenner 
(Bohémiens)  dispersés  dans  le  nord  de  la  Hongrie 
et  autres  pays;  enfin  une  quinzaine  de  mille  Armé- 
niens au  midi  de  la  Hongrie  et  de  la  Transylvanie. 

La  population  du  sexe  féminin  dépasse  en  général 
de  9  1/2  pour  cent  celle  du  sexe  masculin. 

Les  mêmes  lois  régissent  les  États  allemands  »  c'est-- 
à-dire l'Autriche,  laStyrie,  une  partie  de  rillyrie,  le 
Tyrol,  la  Bohême  et  la  Moravie»  ainsi  que  les  royaumes 
Lombard-Vénitien  et  la  Gallicie.  Ces  pays  forment  les 
dix  gouvernements  dont  les  chefs-lieux  sont  :  Vienne , 
Gratz,  Laibach,  Trieste,  Inspruck,  Prague,  Brûnn, 
Milan  •  Venise  et  Lemberg.  La  Dalmatie ,  une  partie 
de  rUlyrie ,  la  Croatie  militaire  et  les  confins  mili- 
taires, sont  gouvernés  autocratiquement,  et  ressortént 
de  la  chanceUerie  de  la  guerre. 

L'administration  de  la  justice  étend  son  ressort  sur 
tous  ces  Étals.  Elle  a  une  section  spéciale  à  Vérone 
pour  le  royaume  Lombard-Vénitien. 

L'administration  des  postes  embrasse  tous  les  pays 
de  l'empire,  sans  en  excepter  la  Hongrie  et  ses  dépen^ 
dances. 

L'armée  est  formée  de  toutes  les  classes.  Son  effec^ 
tif  en  temps  de  paix  est  de  43o,ooo  hommes  ;  en  temps 
de  guerre ,  il  peut  aller  à  700,000. 

Toutes  les  religions  sont  tolérées^  quoique  la  catho» 
liquc  romaine  soit  la  dominante.  Le  clergé  n'est  point 


(  «77  ) 
dépendant  du  pape ,  mais  de  rempereur.  Les  appela 
à  la  cour  de  Rome  sont  même  interdits,  et  aucune 
balte  ne  peut  être  publiée  sans  une  autorisation  spé- 
ciale du  gouTernement.  Le  recensement  de  iSSy 
porte  la  population  catholique  à  9â.oi4fS67f  ayant 
un  clergé  de  1 1  archevêques,  i  patriarche  et  58  évê- 
ques.  Les  catholiques  grecs,  au  nombre  de  if^6b,%(^&, 
ont  I  archevêque  et  6  évêques;  les  arméniens  i  arche*- 
Tèque.  Les  grecs  non  unis,  au  nombre  de  2,790,94 >  • 
ont  I  archevêque  et  10  évêques.  Les  prolestants  de  la 
confession  d'Augsbourg,  i,s34f574«  ^1  de  la  confes- 
sion hehétiquo,  8,193.117»  ont  des  consistoires  à 
Vienne ,  Pestb  ,  Hermanstadt  et  Kiausenbourg»  Les  is- 
rsélites  en  ont  1  à  Nikolsbourg.  L'instruction  publi- 
que est  partout  confiée  au  clergé.  Ce  sont  des  plaristes 
ou  des  bénédictinis  qui  tiennent  les  écoles-primaires  et 
les  collèges  dits  gymnases.  On  compte  des  premières 
plus  de  iS,ooo  et  des  d€rnière8  environ  aoo;  plus 
34  lycées  •  9  universités  avec  54  écoles  de  philosophie , 
56  de  théologie ,  8  de  médecine  et  chirurgie ,  des  in.- 
stKuta  vétérinaires ,  d'agriculture  ,  d'autres  pour  les 
mines  el  forêts,  enfin  des  écoles  militaires.  A  côté  de 
la  belle  exécution  des  cartes  des  bureaux  topographi- 
ques de  Vienne  et  de  Milan,  on  voil  avec  douleur  la 
grotesque  confection  des  cartes  élémentaires ,  dont  les 
ptamies  otit  le  monopole.  Mais  partout  j'ai  trouvé  les 
théologiens  assez  indifférents  pour  l'étude  de  la  géo- 
graphie» à  peu  d'exceptions  près  :  aussi  l'enseignement 
en  général  n'y  peut  être  comparé  à  celui  de  la  Prusse, 
du  Wuiiemberg,  et  on  pouvait  autrefois  dire  aussi  de 
la  Bavière.  Cependant  il  existe  d^ns  les  archives  de  la 
bibliothèque  de  Vienne  des  plans  d'études  qui  pour- 
raient servir  de  modèle  aux  nations  les  plus  civilisées. 

XVII.    MARS.     2.  18 


(  '78) 
On  a  eu  probableineDt  de  graves  motiffl  pour  ne  point 
les  adopter. 

Tableau  comparatif'  des  produits  du  règne  minéral 

en  France  et  en  Autriche. 

Les  produits  des  mines  de  tous  les  États  de  l'empire 
sont  la  propriété  particulière  de  l'empereur.  Je  com- 
prendrai dans  les  chiffrés  ceux  de  la  Hongrie  et  de  la 
Transylanie,  dont  j'ai  donné  déjà  le  détail  dans  le  Bul- 
letin n*  93  du  mois  de  septembre  i84i. 

Kn  Franci*.  En  Autriche. 

fh        f*nirîron  4^600  marcs  ,  principalemenf  en 
Hon^çrie  et  TraiisylvaDie,  Giffipen    et 
Pëkih. 
5,AOo  marci    Argent  ia6,5oo  marc»  en  lionjprte,  TranayUaiiie  , 

Bohême,  Tyrol,  Italie  ei  Galicie. 

3,000  quint.    Caivre  5a,ooo  quintaux  en  Hongrie,  Tianaylva nie. 

Bohème ,  Galicie  et  Tyrol . 

4,000,000  quint.    Fer       i,54o,ocx>    quiotaox    en    Styrie,  iUyrie, 

Bohême,  Tyrol ,  Hongrie ,  Transytranie, 
Moravie  ei  Galicie. 

aSyOOO quint.    Plomb [Sf)  à  87,000  en    Hongrie,  Transylvanie, 

lllyrie  et  Bohême. 

5,400,000  quint.    Sel        5,35o,ooo  en  Autriche,  Galicie,  Dalmatien 

Styrie,  Tyrol. 

30,000,000  quint.    Gharb.  5,4oo,ooo  Bohême,  Styrie,  Galieie,  DaU 

maiie,  Morarie. 

Productions  du     (  En  prenant  la  moyenne  des  dii  dernières  an- 
règne  végétal       (      nées,  le  produit  des  cëréates  de  tont  Tempir» 
en  froment  et  seigle,  f      donne  pour  résoltat  : 

BN  FROMBRT  BT  SIIGLB. 

(iG5  \  170,000,000  de  boisseaux,  principalement 
dans  le  royaorae  Lombard- 
Vénitien  ,  le  Tyrol,  FAutri- 
rhe,  la  Morarie,  la  Bohême, 
la  Galicie,  l'Illyrie,  la  Hon- 
grie, etc. 
i  3  à  3  { ,000,000  de  boisseaux  de  maïs  en  Hon« 
a  une  plus  grande  \  grie,  Styrie  ^  dans  le  Tyrol 

compensation      J  méridional  et  Vltalie. 

en  pommes  de  terre,!  300,000,000  de  boisseaux  d*oiige  et  d'à- 

châtaignes  et      1  voine  en  Bohême,  Galicie, 

légumes.  I  Morarie ,  Styrie ,  etc. 

l  65o,ooo  de  boisseaux  de  ris,  en  Italie 

\  seulement. 


(  171)  ) 

Houblon,  ne  se  trouve  qu'tfn  Bohême  et  Haute- 
Auiriche. 

35  à  38yOon  quintaux  de  son  en  [talie  seulement 

On  peut  estinnlj^    \ 

"^j     £    -n.*»    '      I  4o  à    4^,000,000  de  feuillettes  de  vin,  dont  les 
de  feuilletés       f  ^         t  i       ■>  ^  >o      o        •    .    '    ^   . 

sapeneure  est       j  ' 

connue.  / 

Tabac,  plus  de  80^000  quintaux ,  ^oat  la  Hon«' 
grie  les  3/4> 
*  Foin,  plus  de  360  millions  de  quintaux. 

Rè^ne  animal. 

En  France, 
a,20o,ooo  chevaux,  a,5oo,o«o  chevaux  ,  dont  plus  de  la  moitié 

en  Hon{>rie. 
3,000,000  d*ânes    j 

et  plus  de  >  75,000  ânes,  mulets. 

3  à  400,000  mulets, } 
8  à    9,000,000  ia,ooo,ooode  hétes  à  cornes,  dont  la  moitié 

en  Hongrie 
34  ^  35,000/100  3o,ooo,ooo  de  moutons,  dont  2/3  en  Hongrie 

900,000  750,000'chèvres,  en  Transylvanie,  Tyrol  et 

Illyrie. 
4  à    5^000,000        8  à  9,000,000  de  cochons ,  dont  les  3/3  eu  Hon*- 

grie  et  Transylvanie. 

De  V industrie. 

L'empereur  Joseph  II  a  donné  la  première  impul- 
'sioD  à  rhidustrie ,  et  ses  saccesseors  ont  fait  tons  leurs 
efforts  pour  l'affranchir  du  tribut  de  l'étranger.  Des 
fabriques  de  draps,  des  filatures,  se  sont  élevées  en 
Bohème  et  en  Moravie  ;  Brûnn  el  Reibherberg  fournis- 
sent des  draps  qui  soutiennent  la  concurrence  de  ceux 
de  Vemers  et  d'Elbenf.  Ce  sont  pour  la  plupart  des 
Belges  qui  ont  les  plus  beaux  établissements  à  Brûnn 
surtout.  Ces  deux  pays ,  outre  des  fabriques  de  per- 
cales» mousselines,  toiles  peintes,  fournissent  aussi  ', 
ainsi  que  la  Silésie  autrichienne,  d'excellentes  toiles. 
La  verrerie ,  les  glaces  et  la  porcelaine  de  Bohême 
sont  réputées. 


(  i8o  ) 
La  haute  Autriche .  plus  riche  par  son  agriculture 
que  par  son  industrie ,  a  cependant  une  célèbre  ma- 
nufacture de  tapis  à  Lintz. 

La  basse  Autriche  se  distingue  par  tous  les  genres 
de  fabriques;  elles  fourmillent  à  Vienne  et  dans  les 
environs.  Châles,  étoffes  de  soie  unie  et  façonnée,  ru- 
bans,  mérinos,  toiles  peintes,  calicoU,  bijoux,  fila- 
tures, papeteries,  chapelleries,  tanneries,  tous  les 
genres  d'industrie  y  sont  exploités.  C'est  la  capitale 
de  l'Europe  qui  a  le  plus  de  rapport  atec  Paris;  la 
même  maladie  de  centralisation  s'y  propage;  les  belles 
fabriques  d'étoffes  de  soie  et  autres  de  Milan,  Ber- 
game,  Vicence,  Venise .  y  ont  des  dépôts.  On  y  trouve 
étalés  a?ec  goût  et  élégance  les  produits  de  toutes  les 
villes  manufacturières  de  l'empire.  Toutes  les  grandes 
affaires  s'y  traitent;  c'est  le  centre  du  commerce  : 
aussi  sa  population,  qui  du  temps  de  l'invasion  des 
Français  ne  se  montait  qu'à  95o,ooo  âmes ,  dépasse 
déjà  le  chiffre  de  36o,ooo,  et  les  locations  y  sont  à  un 
prix  plus  élevé  qu'à  Paris. 

L'industrie  commence  aussi  à  faire  quelques  pro- 
grès  en  Hongrie  :  on  y  fabrique  du  drap ,  de  bonnes 
toiles,  et  surtout  des  cuirs.  Une  papeterie  établie  à 
Fiume  fouv^nit  de  très  beau  papier. 

Le  commerce  maridme  se  borne  aux  villes  qui  bor* 
dent  la  Méditerranée.  L'ÉUt  a  trois  ports  francs, 
Fiume,  Trieste  et  Venise.  Les  bâtiments  du  commerce 
peuvent  s'élever  à  plus  de  5,ooo.  Les  principaux  artî> 
des  d'exportation  sont  :  les  produits  des  mines,  la 
soie,  étoffes  de  coton  et  de  laine,  verrerie,  grains, 
bois ,  vins ,  houblon ,  cire,  tabac,  savon,  menuiserie  et 
objets  de  luxe.  Ceux  d'importation  sont  :  les  denrées 
coloniales,  cuirs,  pelleteries,  chanvre  et  lin  an|^is 
et  turc. 


(  >8i  ) 

J'ai  cru  que  cette  esqaÎMe  des  progrès  de  l'industrie 
en  Autriche  ponmt  af  oir  quelque  intérêt  pour  la  So^ 
ciété  de  géographie.  Je  lui  offrirai  bientôt  de  plus 
amples  détails  dans  l'atlas  physique,  statistique»  ethno- 
graphique ,  etc.  »  auquel  je  travaille. 

Paris,  ai  janvier  184a, 


Noui^lle- Hollande  ,  cote  N,'0. 


Une  lettre  de  M.  W.  Earle,  datée  de  Vittoria»  le 
i5  )uiUet  1841  »  lue  à  la  Société  de  géographie  de 
Londrea ,  annonce  que  la*  colonie  établie  dans  cette 
partie  de  la  Nouvelle-Hollande  est  dans  un  étal  très 
floriasant.  Le  commerce  s'y  porte  avec  assez  d'activité  : 
ce  sont  principalement  les  Bughis  et  les  Glûnois  de 
Macassar  qui  y  viennent  ;  mais  on  attend  l'année  pro- 
chaine des  bâtiments  de  Siogapoore. 

Une  remarque  très  importante  pour  la  connaissance 
des  habitants  de  ces  contrées ,  c'est  que  les  naturels 
de  l'intérieur  paraissent  être  tout* à'-'fait  différents  de 
ceux  qui  habitent  les  côtes  :  ce  sont  peut-être  des  Ara- 
firas.  H.  Earle  se  propose  d'éclaircir  ce  point»  quoique 
cela  présente  quelque  danger;  car»  comme  les  Arafiras 
de  la  Nouvelle^uinée  et  de  Timor,  ils  évitent  les 
étrangers  avec  la  plus  grande  crainte.  Les  naturels  que 
noua  avons  autour  nous  »  dit  M.  Earle  »  sont  considérés 
comme  des  sauvages  par  les  peuples  de  l'intérieur.  Les 
habitants  de  l'Australie  ne  peuvent  prononcer  ni  Y  s 
ni  Y/\  ce  qui  nous  porte  à  croire  qu'ils  ne  sont  pas  àfi 


(  '8«) 
race  océaoique.  Les  Mucassargis  qui  commerceni  a?ec 
aux  »  Us  conoaisseot  très  peu.  Cependant  plusieurs  de 
ces  Australiens,  principalement  ceux  de  la  Carpen- 
tarie»  qui  sont  beaucoup  plus  doux  que  les  habitants 
de  la  presqu'île  Cobourg  »  vont  tous  les  ans  à  Ma* 
cassar. 

Une  autre  lettre  de  M.  Earle  annonce  ce  Tait  impor- 
tant. 

Un  pross  ayant  mouillé  sur  un  banc  de  vase  au  mi- 
lieu du  golfe  de  Carpentarie»  hors  de  la  vue  de  la  côte» 
remplit  des  barriques  d*eau  douce  puisée  le  long  du 
bord.  D'après  des  recherches  faites  à  ce  sujet  par 
H.  Earle ,  il  lui  fut  dit  par  un  vieux  Nakodahs  qu'ik 
faisaient  tous  souvent  la  même  chose ,  et  que  pour  cette 
raison  ils  avaient  donné  è  la  mer  qui  se  trouve  à  Test 
des  lies  Wellesley  ,  un  nom  qui  signifie  eau  douce.  Il 
paraîtrait  donc  d'après  ce  fait,  qu'une  masse  d'eau 
considérable  se  fait  jour  en  ce  lieu  pendant  la  saison 
des  ploies  et  rend  l'eau  de  la  mer  douce. 

Les  Hollandais»  ajoute  M«  Earle  »  s'agitent  autour  de 
nous.  Notre  établissement  les  a  ,  je  p«ase  »  retirés  de 
leur  léthargie.  Us  ont  attaqué  l'Ile  Sandal-^Wood ,  et 
prétendent  y  établir  une  colonie.  La  capitale  serait 
sur  les  bords  de  la  rivière  cjfui  est  é  la  pointe  N.-E.  de 
l'Ile. 

Après  avoir  expliqué  les  motifs  sur  lesquels  les  Hd- 
landais  fondent  leurs  prétentions  sur  la  propriété  de 
cette  lie»  et  les  moyens  qu'ils  emploient  pour  s'en  em- 
parer» en  chargeant  de  cette  expédition  les  habitants 
de  Bude  sur  l'Ile  de  Florès,  H.  Earle  ajoute  ;  Je  regarde 
cette  affaire  comme  d'une  très  grande  importance  pour 
les  intérêts  de  l'Angleterre.  L'Ile  SandaUWood  est  si 
près  de  T  Australie ,  que  nous  ne  pouvons  pas  avec 


(  i«3  ) 

nidiSérenee  la  toir  occupée  par  nos  plus  grandi  rivaux 
MUS  le  rapport  du  comiaerce. 


lUiisaiCABifaiiTi  topographiques  sur  l'isthme  de  Panama 
9t  sur  les  moyens  de  transport  quijr  sont  offerts  aux 
voyageurs,  —  Extraits  d'une  lettre  de  LÀma^  le  5  mai 
i84i  ff  écrite  par  a.  Lbmpinb  »  consul  général  de  France 
en  Bolipie, 

(  Gomniuntqaëg  par  M.  I(.  du  M.  ) 


MoNSIBtlB» 

A  l'endroit  où  »  dans  la  mer  des  Antilles  »  débouche 
la  rivière  dite  le  Ghagrès»  se  trooveiit  une  barre  et  une 
passe  étroite  qui  n*en  permettent  l'entrée  qu'à  des  nii* 
vires  de  faible  tonnage,  et  d^un  tirant  d'eau  de  lo  à 
1  a  pieds  au  plus.  Quant  aux  bâtiments  un  peu  forts , 
ils  sont  obligés  de  rester  en  rade  à  un  mille  ou  deux 
de  l'embouchure  de  la  rivière ,  et  le  mouillage  y  est 
fort  mauvais  ,  surtout  dans  les  mois  où  souflBent  les 
vents  du  nord.  Un  château  bâti  sur  un  rocher  asseA 
élevé  défend  l'entrée  de  la  rivière.  Toutefois ,  ce  chà^ 
teau  est  dans  un  tel  étatde  ruines  qu'il  ne  pourrait  résis- 
ter pendant  quelques  heures  à  une  attaque  régulière. 
C'est  là  que  le  gouvernement  de  la  Colombie,  et  ensuite 
celui  de  la  Nouvelle-Grenade,  envoyait  une  partie 
de  leurs  prisonniers  d'État  et  des  condamnés  aux  ga- 
lères. 

Le  village  de  Chagrès  se  trouve  si  près  -des  bords  de 
la  rivière  de  ce  nom ,  que ,  lorsque  les  eaux  grossis* 
a|nt,  elles  baignent  le  pied  d'une  partie  de  ses  maisons 


(  i84  ) 

Oa  plutôt  de  565  huttes;  car  toutes  les  habitations  sont 
en  bambous ,  et  couvertes  de  feuille»  de  palmiers.  La 
population  ne  se  compose  que  de  noirs  ou  de  mu- 
lâtres. Une  chaleur  forte  se  combinant  avec  l'humidité 
rend  naturellement  cet  endroit  malsain:  cependant 
on  en  a  beaucoup  exagéré  Tinsahibrité.  Il  Suflit  aux 
Européens  nouvellement  débarqués,  pour  s?  soustraire 
aux  n^aladieSp  d*évitertont  excès,  et  de  ne  8*exposcr  ni 
à  la  pluie  ni  aux  rayons  du  soleil.  La  saison  plirvieuse 
dure  de  sept  à  huit  mois  en  commençant  en  novem- 
bre ou  décembre.  Dan»  les  autres  mois  de  Tannée,  il 
n*y  a  à  craindre  que  les  inconvénients  de  la  chaleur 
pour  ceux  qui  la  supportent  difficilement.  Du  reste ,  le 
thermomètre  de  Réaumur  ne  s'élève  guère  alors  au- 
delà  de  t5  à  s6  degrés. 

La  distance  à  parcourir  pour  se  rendre  de  Chagrèa 
à  Panama  est  de  ai  à  ts  Ueues,  dont  i4  é  i5  par 
eau  jusqu'au  village  de  Crucis,  et  7  par  terre  depuis 
ce  dernier  point  jusqu'à  Panama. 

De  Chagrèa  à  Crucis,  on  navigue  au  milieu  de  lo* 
rets  où  la  nature  déploie  un  luxe  de  végétation,  dont 
l'étrangeté  charme  autant  qu'elle  étonne  l'Européen. 
Pour  ceux  qui  ont  voyagé  dans  les  autres  parties  de  la 
Colombie,  c'est  le  Zulia»  TUrénuque  ou  la  liagdeleine 
en  miniature.  Le  Chagrèa  a  peu  de  largeur;  mais  sa 
pente  douce  et  son  cours  paisible  offrent  une  naviga- 
tion commode.  Pendant  3  ou  4  lieues  ses  eaux  ne 
sont  pas  potables  »  «ittendu  que  celles  de  la  mer  vien-* 
nent  s'y  mêler. 

On  n'a  pour  remonter  la  rivière  d'autres  embarcations 
ifàe  de  petits  canots  effilés,  d'un  seul  tronc  d'arbre ,  et 
que  l'on  appelle  dans  le  pays  caycos  ;  ils  sont  conduits 
4  rame  par  deux  hommes.  Le  milieu  est  recouvert  p|r 


(   >S5.  ) 

d€S  brancbes  de  palmier. disposés  en  cintre.  C'est  sous 
celte  couverture  »  dont  la  hauteur  ne  ^ci^passe  que  ce 
qu'il  faut  absolument  pour  pouvoir  se  tenir  assis , 
que  le  voyageur  se  met  à  l'abri  du  soleil  et  de  la  pluie. 
L'espace  est  tellement  réduit,  qu'il  y  a  à  peine  place 
pour  deux  personnes  et  de  légers  bagages.  Les  canots 
qui  ne  transportent  que  des  voyageurs  emploient  ordi- 
nairement un  jour  et  demi  à  deux  jours  pour  se  ren* 
dre  à  Crucès.  Quant  aux  canots  qui  remontent  avec 
des  marchandises  »  comme  ils  sont  plus  grands  et  plus 
pesants»  il  est  rare  qu'ils  meitenl  moins  de  quatre  à 
cinq  jours  pour  arriver  au  même  point.  Ces  derniers 
portent  quarante  à  cinquante  charges .  c'est-à-dire  qua- 
tre-vingts à  cent  vingt  ballots,  le  ballot,  étant  l'un  dans 
l'autre,  de  la  grosseur  d'une  masse  ordinaire,  et  pesant 
chacun  de  loo  à  i  lo  de  nos  livres. 

A  partir  de  Crucès,  où,  comme  )e  l'ai  dit  plus  haut, 
on  quitte  la  rivière ,  le  voyage  se  continue  par  terre  à 
dos  de  mules.  Il  existait  autrefois  jusqu'à  Panama  un 
chemin  pavé  qu'avaient  fait  construire  les  Espagnols  ; 
mais  ce  chemin  n'ayant  pas  été  entretenu ,  on  n'en  voit 
les  traces  dans  certains  endroils  qu'à  une  accumula- 
tion de  grosses  pierres  déplacées,  au  milieu  desquelles 
cavaliers  et  montures  risquent  de  tomber  et  de  s'es- 
tropier à  chaque  instant.  Dans  ces  lieux  bas,  qui  dans 
les  temps  de  pluie  se  convertissent  en  marais ,  on 
court  de  plus  le  risque  de  rester  embourbé,  et  même 
de  se  noyer. 

Le  prix  du  transport  des  marchandises  sur  les  em- 
barcations est,  par  charge,  de  Chagrès  à  Crucès,  de 
deux  piastres  et  demie  à  trois  piastres ,  et  de  Crucès  à 
Panama,  &  dos  de  mules,  de  trois  pi.^stres;  en  tout 
de  cinq  piastres  et  demie  à  six  piastres. 


(  «86  ) 

Je  De  crois  pas  in'écarler  de  mon  sujet  en  ajoutant 
ici  quelques  informations  sur  le  service  des  paquebots 
anglais  qui  viennent  tant  à  Ghagrës  qu'à  Panama.  Tous 
les  mois  une  goélette  ou  un  brick  de  guerre  destiné 
aux  transports  des  passagers  et  de  la  correspondance 
est  expédié  de  la  Jamaïque  pour  Ghagrès»  d*où  après 
quelques  heures  de  relâche  il  part  pour  San  Juan  de 
l'Amérique  Centrale;  au  boilt  de  dix  à  douée  fomrs, 
il  reparait  à  Ghagrès ,  d'où  il  efTectue  enfin  son  retour 
à  la  Jamaïque  en  droiture.  On  annonce  qu^à  compter 
du  mois  d'octobre  ou  de  novembre  prochain,  les  bâti- 
ments à  voiles  qui  font  cette  navigation  doivent  être 
remplacés  par  des  bâtiments  à  vapeur.  Dans  la  mer 
Pacifique ,  le  service  |ne  se  fait  pas  encore  aussi  règu- 
lièraroent  que  dans  la  mer  des  Antilles  ;  voici  du  moins 
comme  il  est  établi  provisoirement.  Tous  les  trente  ou 
quarante  jours»  une  goélette  è  voiles  se  rend  du  Callao 
à  Panama,  et  vice  versât  en  touchant  à  Payta  et  à  Guaya- 
quil.  Elle  est  expédiée  par  la  Compagnie  anglaise  à 
laquelle  appartiennent  deux   bateaux   à   vapeur  qui 
avaient  été  destinés  à  faire  le  service  de  paquebots  sur 
toute  la  côte  de  l'Amérique  du  Sud  dans  la  mer  Pacifi- 
que ,  mais  qui  ne  naviguent  encore  qu'entre  Valparaiso 
et  le  Catlao. 


CoMPTE-BEHDU  du  Tabltau  de  la  situation  des  étabiissemenis 

français  élans  f  Algérie  en  1 84o. 

» 

Les  tableaux  publiés  par  le  gouvernement  sur  la 
situation  des  établissements  frsoiçais  dans   TAigèrie 


(  '87  ) 
méritent  d'êlre  égolement  consultés  par  les  géographes, 
les  historiens  et  les  hommes  d'État.  Le  gouvernement 
arendu  ces  publications  annuelles,  et  nous  allons,  mes- 
sieursyvous  entretenir  de  celles  qui  se  rapportent  à  Tan- 
née 1 84o  f  ftans  bous  astreindre  à  l'ordre  de  matières  qui 
a  été  suivi  dans  cet  ouvrage.  Nous  hoos  sommes  spécia- 
lement arrêtés  aux  observations,  aux  événements  qui 
nous  paraissaient  plus  propres  à  bien  faire  connaître 
cette  contrée  depuis  les   temps  anciens  )usqu'fi  nos 
jours.  Cet  ordre  chronologique  a  Tavanlage  d'enchaî- 
ner les  faits  les  uns  aux  autres,  de  l'aire  servir  le  passé 
à  FexpKcation  du  présent,  à  l'instruction  de  l'avenir, 
et  de  classer  avec  plus  de  facilité  dans  la  mémoir    un 
grand  nombre  de  documents  qui  frappent  moins  l'at- 
tention, lorsqu'ils  sont  épars  et  disséminés  dans  un 
volume  in-folio. 

Dans  cette  vue,  nous  nous  sommes  d'jibord  attachés 
à  un  précis  de  la  géographie  et  de  l'histoire  ancienne 
de  l'Afrique  septentrionale;  et  cette  partie  de  l'ouvrage 
que  nous  examinons  a  dû  être  spécialement  ana- 
lysée. 

Tout  le  nord  de  l'Afrique,  compris  entre  la  Méditer- 
ranée et  les  déserts  du  Saarah ,  forme  une  même  ré- 
gion» dont  les  parties  montagneuses  sont  générale- 
ment occupées  par  les  Kabyles  ou  Berbères  ,  que  les 
anciens  confondaient  sous  le  nom  de  Libyens.  Les  pre- 
miers étrangers  qui  s'établirent  sur  ce  rivage,  et  dont 
l'histoire  est  arrivée  jusqu'à  nous ,  furent  les  Phéni- 
ciens et  les  Grecs  :  les  uns  se  fixèrent  près  de  Tunis , 
les  autres  en  Cynéraique.  On  croit  aussi  que  plusieurs 
tribus  d^Hémyarites  passèrent  d'Arabie  en  Afrique 
avant  la  domination  romaine ,  et  qu'il  y  eut  sur  les 
mêmes  rivages  une  grande  émigration  persane  qui  y 


(  >88  ) 

poria  le  syslème  du  sabéisme.  Les  priocipauz  objets 
de  leur  culte  étaient  le  soleil ,  la  lune .  les  étoiles ,  Nep- 
tune et  Triton.  Les  Libyens  faisaient  aussi  des  sacrifi- 
ces humains ,  de  même  que  les  autres  peuples  barbares 
de  Tantiquité.  Us  se  partageaient  en  tribus  nomades 
ou  numides  et  en  tribus  sédentaires. 

Déjà  on   avait  eu  en  Afrique  des  colonies  phéni- 
ciennes^ avant  la  fondation  de  Carthage  par  Didon  , 
l'an  860  avant  Tère  chrétienne.  Quoiqu'il  nous  reste 
peu  de  souvenirs  historiques  de  ses  trois  premiers  siè- 
cles ,  on  voit  que  Carthage  étendit  de  bonne  heure  son 
commerce  et  sa  puissance.  Au  temps  de  Gambyse  et 
de  Cyrus ,  elle  fit  des  conquêtes  en,  Sicile  et  en  Sar^ 
daigne  ,  et  fonda  des  colonies  sur  la  c6te  d'Afrique  » 
après  y  avoir  d'abord  établi  des  comptoirs»   des  sta- 
tions, des  échelles.  Sa  politique  avait  pour  but  d'ou- 
vrir avec  les  autres  peuples  des  relations  favorables  à 
sou  commerce  ,  et  de  chercher  à  occuper  le  long  des 
côtes  maritimes  différents  posles,qui  devenaient  autant 
de  jalons  pour  sa  puissance.  La  plus  célèbre  des  an* 
ciennes  expéditions  de  cette  nature  est  celle  d'Hannon* 
qui  fut  chargé  de  former  des  colonies  sur  les  côtes  oc- 
cidentales d'Afrique.  Il  partit  de  Carthage  avec  une 
flotte  qui  avait  à  bord  trente  mille  hommes»  en  y  com- 
prenant les  femmes  et  les  enfants  ;  et  il  fonda  six  villes 
de  5,000  habitants  chacune.  La  plupart  de   ces  fa- 
milles  étaient  libyennes.  Cai  thage  s'efforçait  d'attirer 
cette  nation  a  l'agriculture  ;  elle  fonda  un  grand  nom- 
bre de  colonies  dans  les  deux  provinces  de  la  Zeugilane 
et  de  la  Byzacène;  elle  se  servit  des  indigènes  pour 
étendre  son  commerce  avec  l'intérieur  de  l'Afrique  ; 
elle  eut  d'immenses  haras  dans  les  plaines  pour  emlre- 
tenir  la  cavalerie  des  Numides.   Les  esclaves   noirs 


(  '89) 

qu'elle  faisait  venir  de  l'Ëlhiopie  étaient  employés 
comme  rameurs  à  bord  de  ses  navires.  Son  commerce 
avec  cette  région  lui  procurait  de  Tor  en  grains,  de 
l'ivoire, des  dattes,  toutes  les  productions  des  tropi- 
ques :  la  Sardaigne  lui  fournissait  d'abondantes  mois* 
sons;  elle  tirait  des  Iles  Baléares  du  vin,  de  l'buile  , 
de  la  laine ,  des  mulets;  elle  avait  à  Halte  des  tisseran- 
deries  «  et  la  plus  riche  de  ses  acquisitions  fut  la  Si- 
cile. 

Les  guerres  de  Carthage  contre  Syracuse  remontent 
à  l'année  l^So  avant  Jésus-Christ;  elles  furent  de  lon- 
gue durée;  et  Carthage  jouit  ensuite  paisiblement  de 
sa  conquête  jusqu'à  la  première  guerre  punique  ,  qui 
commença  en  964»  et  se  termina  par  la  perle  de  la 
Sicile.  La  guerre  des  Mercenaires  eut  lieu  immédiate- 
ment après  :  Carthage  en  sortit  triomphante  ;  mais  sa 
puissance,  son  ascendant  sur  les  nations  voisines  se 
trouvaient  ébranlés  ;  elle  avait  moins  d'auxiliaires  lors- 
qu'elle entreprit  en  318  la  seconde  guerre  punique,  et 
il  fallut  tout  le  génie  militaire  d'Annibal  pour  triom* 
pher  des  armées  romaines ,  se  soutenir  long-  temps  en 
Italie  avec  les  troupes  qu'il  y  avait  conduites ,  et  lutter 
dans  son  propre  pays  contre  les  factions  jalouses  de  sa 
gloire.  Hais  quand  ses  forces  s'afTaiblissaienl  en  Italie , 
Rome  à  son  tour  menaçait  Carthage;  Annibal  n'y  fut 
rappelé  que  pour  perdre  i  Zama  le  fiuit  de  tant  de 
victoires  ;et  le  traité  qui  suivit  su  défaite  enleva  à  sa  pa- 
irie toutes  les  possessions  qu'elle  avait  eues  en  Espa- 
gne et  dans  les  lies  de  la  Méditerranée.  La  troisième 
guerre  punique  acheva  bientôt  la  ruine  de  Carthage  : 
cette  ville  fut  détruite  de  fond  en  comble  après  un 
siège  de  deux  ans.  Les  sept  cent  mille  habitants  qu'elle 
avait  eus  furent  dispersés,  et  l'on  en  distribua  le  plus 


(   »90  ) 
grand  nombre    dans   les    différentes  parties  de   Tl- 
ialîe. 

Rome  ,  devenue  maîtresse  des  possessions  de  sa  ri- 
vale ,  partagea  entre  plusieurs  souverains  un  territoire 
qu'elle  ne  pouvait  alors  gouverner  seule.  Massinissa , 
maître  de  la  Numidie,  fut  le  roi  le  plus  puissant  de 
rAfrique  :  Cirta  (aujourd'hui  Consiantioe)  était  la  ca- 
pitale de  ses  Etats  :  ce  pays  fleurit  pendant  soixante 
ans  sous  son  règne  et  sous  celui  de  Micipsa  ,  et  il  se 
couvrit  de  cultivateurs  et  de  troupeaux. 

Les  Romains  avaient  gardé  le  gouvernement  des  cô- 
tes ;  ils  y  avaient  fondé  des  colonies  et  répandu  l'usage 
de  leur  langue;  la  province  d'Afrique  obéissait  à  leurs 
proconsuls,  et  ses  relations  de  commerce  avec  l'Italie 
étaient  florissantes.  Lorsque  Jugurtha  ayant  enlevé  la 
Numidie  à  ses  légitimes  souverains»  eut  à  soutenir  la 
guerre  contre  les  Romains*  il  rccourulpour  se  défendre 
à  Talliance  de  Bocchus,  roi  de  Mauritanie»  et  entraîna 
ainsi  dans  ses  querelles  les  régions  occidentales  de  l'A- 
frique, destinées  à  subir  à  leur  tour  la  domination 
des  maîtres  du  monde. 

Durant  Ijs  guerres  civiles  qui  ensanglantèrent  les 
derniers  jours  de  la  république  romaine,  l'Afrique 
soutenait  le  parti  de  Pompée.  Elle  recueillit  quelques 
uns  des  débris  de  Pharsale ,  et  César  vint  s'emparer  de 
Leplis ,  de  Cirta  ,  d*Hippone  :  Caton  et  Scipion  se  don- 
nèrent la  mort,  l'en  h  Utiqoc ,  l'autre  après  sa  défaite 
â  Thapsus  ;  Juba  et  Petreius  s'entretuèrent  :  la  Numi- 
die  avait  perdu  ses  défenseurs;  elle  fut  érigée  en  pro- 
vince romaine,  et  Salluste  en  devint  proconsul. 

Toute  cette  partie  de  l'Afrique  restait  immédiate- 
ment annexée  à  l'empire  romain  ;  elle  était  la  plus 
riche  et  la  plus  peuplée  de  leurs  possessions  sur  ce  con- 


(  «9'  ) 
tinent»  celle  où  leur  agiieultore ,  leur  commerce ,  leor> 
industrie,  étaient  les  plus  florissants.  Quant  h  la  Mau* 
ritanie,  son  sort  fut  plus  variable.  Ap^ès  avoir  eu  Boc- 
chas  pour  souverain  ,  elle  fut  gouvernée  par  Rome  : 
Auguste  Térigea  ensuite  eu  royaume  en  faveur  du  fils 
de  Juba.  Sous  l'empereur  Claude,  ce  pays  fut  réuni  H 
l'empire ,  et  forma  deux  provinces,  la  Césarienne  et  la 
Tintigane ,  du  nom  des  deux  capitales»  que  nous  re<* 
trouvons  aujourd'hui  dans  Tchetchel  et  Tanger.  L'Ita- 
lie» la  Gaule,  l'Espagne  y  y  ^ivoyèretit  un  grand  nombre 
de  colons.  La  Mauritanie  césarienne  était,  bien  peu^ 
plée  ;  mais  la  Byzacène  et  la  Numidie  l'étaient  encore 
davantage.  Ces  deui  provinces ,  plus  rapprochées  de  la 
Kcileet  de  l'Italie,  étaient  Clément  plus  faciles  t^  dé- 
fendre  et  à  contenir. 

11  y  eut  cependant  en  Afrique  plusieurs  révoltes  con- 
tre Rooie  »  parliculièreaaent  sous  les  règnes  de  Claude, 
d'Antooia-IHe ,  de  Maximin  ,  de  Maximien.  La  viHe  de 
Cirta  •  à  d^mi  ruinée  par  Maxence ,  fut  relevée  par 
Constantin  dont  elle  prit  le  nom ,  et  sous  la  domination' 
de  cet  empereur,  toutes  les  provinces  du  nord  de  TA» 
frique  reconnurent  sa  souveraineté ,  et  furent  généra- 
lement administrées  connne  les  outres  parties  de  l'em- 
pire.  Le  ricaire  de  l'Afrique  était  placé  sous  les  ordres 
du  préfet  d'Italie,  et  son  diocèse  se  partageait  alors 
en  cinq  provinces.  In  Tripolitaine,  la  Byzacène,  la 
Nonndie  et  les  Hauritanies  sitifienne  et  césarienne  qui 
n'en  avaieflt  d'abord  formé  qu'une  seule.  C'était  de  la 
préfecture  d'Espagne  que  relevait  i\  cet!e  époque  la 
Mauritanie  tingilane. 

De  nouvelles  révoltes  éclatèrent  encore  en  Afrique 
sous  le  règne  de  Théodoae,  et  sous  celui  d'Honorius. 
La  plus  remarquable  est  celliî  de  Bonifuce ,  qui  pour 


(  '9«  ) 
résister  à  Tambition  et  aux  attaques  d'un  rival  préi  à  le 
perdre ,  appela  les  Vandales  en  Afrique ,  où  Genséric 
vint  s'établir  en  ^^j. 

Les  Vandales,  venus  de  Sarmaiie,  avaient  passé  dans 
les  Gaules,  et  ensuite  en  Espagne;  ils  entrèrent  en 
Arriqtie  au  nombre  de  quatre-vingt  mille  ,  et  occupè- 
rent les  trois  Hauritanies  que  Boniface  leur  avait  cé- 
dées. Celui-ci  gardait  encore  les  provinces  les  plus 
orieQlales;  mais  il  y  fut  bientôt  attaqué  par  les  Vauda- 
lesi  qui  s'avancèrent  en  4&&  jusqu'aux  murs  d'Hip|K>ne 
et  de  Cirta,  et  qui  s'emparèrent  ensuite  de  Carthage. 

Genséric  partagea  les  terres ,  suivant  les  formes  usi- 
tées che£  les  peuples  du  Nord  :  celles  qu'il  se  réserva  se 
divisèrent  en  deux  portions ,  l'une  pour  le  souverain  » 
l'autre  pour  ses  guerriers,  qui  les  reçurent  à  titre  de 
bénéfice ,  et  à  charge  de  service  militaire.  L'armée  se 
composait  de  quatre-vingts  ctihortes,  subdivi$éesen  cen- 
turies et  décuries.  On  déti*ui8it  les  fortifications,  où  les 
Vandales  n'aimaient  point  i  se  renfermer.  Genséric 
créa  une  marine  ,  conquit  la  Corse ,  envahit  la  Sicile  , 
la  Sardaigne  ,  les  Iks  Baléares,  dévasta  les  côtes  dé 
Grèce  et  d'Italie  ^  et  vint  en  4^5  saccager  Rome ,  qui 
fut  en  proie  pendant  quinze  jours  à  l'avidité  et  aux  fu- 
reurs de  l'ennemi. 

L'empereur  Léon  espéra  réparer  tant  de  maux,et  une 
flotte  grecque  ,  commandée  par  Basiliscus ,  fit  en  468 
un  débarquement  en  Afrique;  mais  les  vaisseaux  fu- 
rent incendiés  par  les  Vandales,  et  Parmée  fut  presque 
anéantie.  Un  traité  de  paix,  conclu  par  Genséric  en 
476  »  le  reconnut  maître  de  l'Afrique  depuis  la  Cyré- 
naique  jusqu^à  l'Océan,  et  lui  laissa  la  Sardaigne ,  la 
Corse ,  les  lies  Baléares ,  la  Sicile. 

Mais  après  la  mort  de  Genséric ,  le  royaume  vandale 


r  193  ) 

s'affttiklit  rapidcBMOt  Le»  «ilaqo«s  des  tribus  oomodes 
definreot  fréquentes  sous  le  règne  de  ses  sucoesseurs  ; 
ei  lorsque  Gélimer  eut  usurpé  le  trône  sur  Hilderic , 
dpnl  la  cause  était  protégée  par  Justinien  »  cet  empe- 
reur déclara  la  guerre  aux  Vandales*  Bélisaîre  débar- 
qua dans  la  Byzacène  a?ec  So.ooo  lumimes;  il  s*ein<- 
para  de  Cartbage,  défit  Gélimer  à  Tricameron»  et 
détruisit  eo  trois  mois  toute  sa  puissance.  Césarée , 
Septem  9  aujourd'hui  Geuta,  et  toutes  les  villes  des 
Vandales  furent  occupées  :  op  rétablit  les  églises  chré- 
tiennes envahies  par  les  Ariens  ;  l'administration  fut 
réorganisée  »  et  Bélisaire  termina  par  la  conquête  de 
la  Sicile  cette  grande  expédition  »  avant  d'entreprendre 
celle  d'Italie. 

Cependant  on  abusa  bientôt  de  la  victoire  ;  et  sous 
la  domination  byzantine»  l'Afrique  fut  livrée  &  d«s 
exacteurs  qui  l'appauvrirent,  aux  incursionsdes  Maures 
voisins  de  son  territoire ,  aux  séditions  de  l'armée  «  qui 
prétendait  occuper  toutes  les  terres  anciennement 
données  aux  guerriers  vandales.  On  fit  venir  d'Italie  et 
de  Sicile  de  nouvelles  colonies  pour  remplacer  les  dé- 
bris de  la  population  vandale ,  qu'on  avait  exilés  ;  et 
Salomon  »  qui  fut  nommé  gouverneur  d'Afrique  •  re- 
couvra une  partie  des  terres  envahies  par  les  Maures. 
Mais  çeox-^i  se  réfugiaient  dans  les  monts  Aura^ ,  d'oA 
ils  tentaient  d^  nouvelles  incursions*  L'autorité  împé* 
riale  s'affaiblissait ,  les  villes  s'entouraient  de  retran- 
chements pour  résister  à  l'ennemi  :  les  révoltes  se  re- 
nouvelaient dans  l'armée ,  «t  ces  troubles  avaient 
ébranlé  l'État  à  plusieurs  reprises,  lorsque  l'Afrique 
fut  envahie  par  les  Arabes  »  devenus  maîtres  de  l'É^ 

Nous  n'avons  pas  A  suivre  ici  l'histoire  de  cette  cou* 

XVII.    MârBS.    3.  ^i3 


(  '94  ) 

Itée  fiouB  le  gouvernement  des  Arabes;  elle  n'appartient 
point  au  volume  dont  nous  offrons  l'analyf e  ;  il  en  est 
de  même  du  temps  où  ce  pays  fut  soumis  aux  Berbers, 
et  des  guerres  et  des  révolutions  qu'il  éprouva  dans 
le  moyen  âge  jusqu'au  commencement  du  xvr  siècle  # 
époque  où  Barberousse  s'en  empara,  et  où  commença 
la  domination  des  Turcs.  Ces  trois  périodes  histori- 
ques sont  devenues  l'objet  d'un  travail  particulier,  qui 
n'est  point  encore  terminé  »  et  qui  aidera  à  suivre  jus- 
qu'à nos  jours  les  annales  de  l'Algérie. 

Nous  nous  bornons  à  rappeler  qu'à  travers  les  diffé- 
rentes révolutions  que  ce  pays  éprouva ,  l'ancienne 
Cirta  continua  d'y  occuper  le  rang  le  plus  remarqua- 
ble.  Cette  ville    avait  joui  d'une  grande  prospérité 
sous  Massinissa.  Une  colonie  grecque  y  fut  attirée  par 
ce  prince,  et  sans  doute  elle  y  introduisit  les  arts  de  sft 
patrie.  Les  plaines  des  environs  étaient  fertiles  :  on  en 
échangeait  les  denrées  et  les  bestiaux  contre  les  pro- 
duits apportés  par  les  caravanes  du  désert  ou  du  pays 
des  nègres.  Les  Vandales  ne  s'emparèrent  pas  de  Con- 
stantine  ;  mais  elle  tomba  au  pouvoir  des  Arabes  lors- 
qu'ils se  furent  établis  en  Afrique.  Le  commerce  de  cette 
place  était  considérable  dans  les  xii*  et  xiii«  siècles.  Ses 
principaux  débouchés  vers  le  nord  étaient  les  ports  de 
Bône,  de  Stora,  de  Bougie  surtout»  qui  devit>l  Ten- 
trepôt  habituel  des  Italiens  et  des  Catalans.  Fisc  »  Ve^ 
BÎse ,  Gènes ,  Barcelone ,  avaient  établi  des  comptoirs 
à  Bougie,  qui  relevait  alors  de  Tunis;  et  la  prospé- 
rité du  commerce  de  cette  place  se  conserva  )usq?i'à 
la  fin  du  XV*  siècle.  A  celte  époque»  les  Maures  qui 
venaient  d'être  chassés  d'Espagne  »  se  retirèrent  dans 
les  différents  ports  du  Maghreb»  qui  devinrent  des  lieux 
de  repaire  pour  les  pirates.   Ceux-ci  s'étaient  d'à- 


(  '95) 
bord  armés  contre  les  Espagnols,  et  ils  les  ataieot  for- 
cés d'abandonner  leurs  comptoirs  en  Afrique  ;  mais  ils 
attaquèrent  ensuite  indistinctement  tous  les  pavillons 
des  autres  puissances. 

Les  Génois  cependant  avaient  profité  du  départ  des 
Aragonais  pour  étendre  leur  commerce  à  Bône  »  à 
Stora ,  à  CoUo.  Le  sultan  de  Tunis  et  de  Constanline 
leur  concéda  la  pèche  et  le  monopole  du  corail , 
moyennant  un  droit  annuel;  et  lorsque  Rhalr-Eddin.^ 
successeur  de  Barberousse»  se  fut  emparé  de  Constan- 
tine  dont  il  réunit  le  territoire  à  la  régence  d'Alger»  la 
France  obtint  à  son  tour  le  privilège  de  la  pèche  du 
corail  depuis  Tabarca  jusqu'au  golfe  de  Stora. 

Les  voyages  de  Constantine  à  Alger  se  faisaient  par 
caravanes  ;  mais  cette  route  directe  était  peu  suivie.  Les 
communications  de  la  même  place  avec  le  Midi  ne  fu- 
rent jamais  interrompues.  On  se  dirigeait  sur  Biskarah 
situé  à  sept  jours  de  marche  «  et  de  là  sur  Tuggurlh  , 
à  douze  journées  de  Biskarab.  Pendant  la  domination 
torque  »  Constantine  entretenait  avec  Tunb  des  rela- 
tions étendues ,  et  une  caravane  de  deui  à  trois  cents 
mulets  se  rendait  chaque  mois  d'une  ville  à  l'autre.  La 
population  de  cette  place  était  alors  de  plus  de  3o,ooo 
habitants.  C'était  un  entrepôt  de  produits  agricoles  o^ 
manufacturés  »  pour  toutes  les  tribus  voisines. 

Le  commerce  de  la  France  avec  cette  partie  de  TA- 
frique  fut  toujours  assez  important  Marseille,  Arles, 
Narbonne»  entretenaient  dans  le  xii*  siècle  des  relations 
avec  Tunis»  Bougie  ,  Oran  et  d'aulres  villes  de  ce  litto- 
ral. Philippe^le^Hardi t  fils  de  Louis  IX,  fit,  après  la 
mort  du  roi  son  père ,  un  traité  de  commerce  avec  l'é- 
mir de  Tunis.  Ce  genre  de  relations  languit  pendant  les 
(aerres  du  xiv'  siè^cle;  mais  il  se  ranima  sous  les  rèr 


(  19*  ) 
gnes  de  Charles  VII  et  de  Louis  ^Xl ,  et  sertoot  sous 
celui  de  François  I**,  dont  les  traités  avec  Soliman  II 
garantirent  la  libre  navigation  des  vaisseaux  des  deux 
puissances.  Les  capitulations  obtenues  A  cette  époque 
forent  successivement  renouvelées  par  SéMm  II  »  Amu- 
rah  Ilf  •  Mahomet  III  et  Achmet  I*'  ;  elles  le  furent 
également  sous  leurs  successeurs;  et  d'autres  traités 
furent  directement  conclus  avec  les  régences  »  lorsque 
celles-ci  devinrent  plus  puissantes  »  et  que  letnra  rela« 
tions  de  vassalité  avec  la  Porte  Ottomane  commencè- 
rent A  s'affaiblir. 

L'établissement  des  consuls  qui  furent  chargés  de 
veiller  à  l'exécution  de  ces  traités  remonte  au  règne  de 
Charles  IX.  Ces  agents  étaient  d'abord  choisis  par  le 
commerce  de  Marseille,  et  leur  nomination  appartint 
ensuite  au  gouvernement  ;  eeloi  d'Alger  fut  le  plus  an- 
cien :  il  s'en  établit  ensuite  dans  les  autres  régences 
barba  resqués.  Mais  il  était  difficile  d'y  protéger  con- 
stamment les  intérêts  de  la  navigation  et  du  commerce; 
et  la  piraterie  était  entrée  dans  les  habitudes  d'une 
classe  noihbreuse  qui  aimait  mieux  s'enrichir  par  la 
tiolence  que  par  le  travail. 

La  population  de  l'Algérie  se  divise  en  trois  races  ; 
tes  Arabes  sont  répandus  dans  la  contMe  méridionale  ; 
les  Gbaouias  occupent  la  zone  centrale;  les  Kabyles 
sont  plus  près  du  littoral. 

Les  Arabes,  descendus  des  conquérants,  habitent 
sons  la  tente  ,  sont  nomades,  élèvent  des  troupeaux  de 
moutons  et  de  chameaux ,  vont  chercher  an  loin  les 
grains  qui  leur  sont  nécessaires,  bAtissent  leurs  villes 
dans  des  oasis ,  où  ils  ont  des  palmiei*s  et  quelques  ar- 
bres fruitiers. 

Les  Chaoulas,  plus  agriculteurs  que  pasteurs,  élè^ 


(  >»7  ) 
venl  cependant  des  troupeaux  de  bœafs  et  de  mou-' 
tons.  Leur  culture  se  borne  aux  céréales.  Les  habi- 
tanls  de  la  plaine  m^Eit  sobs  la  tente  ;  mais  ils  sont 
plus  sédentaires  que  les  Arabes,  et  s'ils  changent  d'em- 
placement .  du  moins  U3  n'émigrent  pas  de  leur  terri* 
ritoire.  Ceux  qui  sont  dans  les  montagnes  d'Aourès  et 
de  Bélennah  se  rapprochent  des  mœurs  des  Kabjfles  ; 
leur  langue  est  distincte  de  l'arabe  :  cependant  la  plu- 
part  d'entre  jeux  entendent  aussi  ee  dernier  idiome. 

Les  Kabyles  sont  plus  iiidustrieux  qpie  les  Ambea  et 
les  Chûoulas  ;  ils  tissent  des  étoffes  de  laine ,  des^pao-^ 
Dters*  des  nattes,  faites  en  feuilles  de  palmier;  ils  fon- 
dent et  forgent  le  fer,  fabriquent  de  la  poudre,  élèvent 
des  bœufs 9  des  muleta,  cultivent  l'olivier ,  le  figuier, 
la  ligne,  le  blé  de  Turquie,  aiment  l'indépendance  , 
sont  braves,  laborieux,  souvent  fanatiques  •  et  soumis 
à  l'influence  des  marabouts  qui  leur  prêchent  la  foi 
nusulmane.  Les  Kabyles  et  les  Chaouias  parlent  4eux 
dialectes  de  la  même  langue;  ils  représentent  les  ra» 
ces  vaincues.  Les  Chaouias  ont  plié  sous  le  joug ,  afin 
de  conserver  leurs  biens;  les  Kabyles  ou  Berbers  ae 
sont  léfiigiés  dans  les  montagnes  pour  garder  leur  in- 
dépendance. 

Im  population  des  Arabeset  celledes  Chaouias  se  par- 
iBgent  et  ae  constituent  en  «m  grand  nombre  de  tribus, 
dont  chacune  a  un  chef  particufier.  Une  grande  iribu, 
désignée  sous  le  nom  de  aarch  ,  se  divise  en  plnsienrs 
farkah  ou  séparations  ;  le  feriLsh  en  plusieurs  doaan  ou 
cercles  ;  le  doumr  se  compose  de  tentes ,  et  la  tente  ps- 
présaaêela  (amille.  Les  Kabyles  se  partagent  également 
en  tribus ,  dont  rorganisaition  est  plus  militaire.  L'en- 
semble  de  cette  population  guerrière  fournirait  des 
forces  imposantes  :  c'est  parmi  elle  que  Ton  a  formé 


(  •<)«) 

des  corps  de  Zouaves,  connus  par  leur  intrépidité. 
Les  hommes  à  pied  se  groupaient  pour  combattre;  les 
cavaliers  se  dispersaient  et  combattaient  isolément. 

La  division  par  tribus  se  reconnaît  non  seulement 
llans  l'Algérie  »  mais  dans  les  régions  plus  méridiona- 
les qui  sont  è  peine  explorées.  Les  Arabes ,  les  Maures 
tiennent  cette  organisation  de  leurs  premiers  ancêtres, 
et  ils  la  transmettent  à  leurs  descendants  :  elle  se  fonde 
sur  la  composition  même  de  la  famille,  et  sur  la  diffi- 
culté d'agglomérer  de  grandes  populations  dans  des 
plaines  de  sable  où  les  eaux  sont  rares ,  et  où  quel- 
ques oasis  seulement  ont  été  disperiéel  Chacune  de 
ces  lies  de  verdure  offre  un  abri  où  un  petit  nombm 
d'habitants  cherche  à  se  réunir. 

Si  l'on  parcourt  les  différentes  parties  de  TAlgérie  , 
on  y  retrouve  encore  la  trace  des  anciens  établis- 
sements  que  les  Romains  ou  leurs  successeurs  y 
avaient  formés.  Cherchel  nous  a  déjà  rappelé  l'an- 
cienne Julia  Cssarea.  Les  Romains  avaient  érigé 
une  forteresse  à  Médéah  ;  ib  avaient  occupé  Milianah. 
Guelma  est  situé  près  des  ruines  de  Kalama;  Msilah 
près  de  celles  de  Siula.  Les  noms  de  Sétif  •  de  Bdne , 
de  Djidjeli  rappellent  ceux  de  Sitifis-Colonia,  d'Hip- 
pone ,  d'Igiigilis  :  Bougie  occupait  l'emplacement  de 
Saldes.  Nous  savons  que  Constantine  occupait  celui  de 
Girta  :  Tunis  s'éleva  près  des  ruines  de  Carthage;  d'an- 
tres villes  eurent  une  origine  analogue. 

La  trace  des  routes  de  communication,  établiesan- 
ciennement  dans  la  même  contrée ,  se  retrouve  égale- 
ment :  les  unes  partaient  de  Médéah  pour  Milianah  ou 
pour  Constantine  ;  d'autres  partaient  de  Kalama  pour 
se  diriger  sur  Constantine  ou  sur  Hippone.  Pluûeurs 
voies  romaines  passaient  à  Sitif ,  parcouraient  d'orient 
en    occident  le    diocèse  d'Afrique ,  traversaient  les 


(  '99  ) 
monts  Auras,  le  défilé  des  Portes-de-Per  ,  et  facili- 
taient dans  tous  les  sens  la  marche  des  armées  et  les 
transports  du  commerce. 

La  direction  de  ces  routes  diiïérentes  peut  nous 
éclairer  aujourd'hui  sur  les  moyens  de  lier  entre  elles 
toutes  les  parties  de  l'Algérie.  Les  principaux  travaux 
que  l'on  a  entrepris  dans  cette  vue  ont  pour  but 
de  faciliter  les  communications  de  la  capitale  avec 
les  autres  postes  les  plus  importants.  D'autres  routes 
sont  ouvertes  entre  Gherchel»  Mfédéah,  Hilianah  ;  d'au- 
très  ont  été  commencées  entre  Gonstantine  et  Philip- 
peville»  dont  le  nom  rappelle  l'origine,  et  dont  les 
progrès  sont  si  rapides  »  que  cette  ville  ,  commencée 
depuis  trois  ans  sur  les  ruines  de  l'ancienne  Rusicada, 
a  déjà  reçu  une  population  de  4)O0o  habitants. 

Comment  ne  pas  suivre  avec  un  intérêt  extrême 
toutes  les  créations  nouvelles ,  tous  les  établissements 
naissants  qui  ont  été  conçus  dans  des  vues  d'amélio- 
ration i  de  défense,  de  prospérité  agricole?  On  dessé- 
che prés  de  Bône  les  marais  voisins  de  la  Sybouse  ;  on 
continue  dans  la  plaine  de  Métidjah  l'assainissement 
du  territoire;  BoufTarich y  devient  le  centre  elle  chef- 
lieu  d'une  population  qui  se  fixe  et  s'accroît  sur  diffé- 
rents points.  De  nouvelles  colonies  sont  appelées  dans 
les  anciens  lieux  d'habitation  que  les  indigènes  ont 
quittés ,  ou  dont  il  faut  relever  les  ruines.  La  culture 
a  été  reprise  dans  les  cantons  où  les  chances  de  la  guerre 
avaient  forcé  de  la  suspendre  ;  et  pour  favoriser  les 
cultivateurs,  on  a  formé  &  Alger,  à  Bône^  à  Philippe- 
fille,  des  pépinières  d'arbres  fruitiers  et  forestiers  ;  on 
y  a  multiplié  des  semis  d'arbrisseaux ,  de  grains,  de 
plantes  potagères  qui  s'accroîtront  annuellement,  et 
dont  on  a  déjà  fait  d'abondantes  distributions  dans  les 
terres  environnantes. 


(    900    ) 

Des  essais  d'amélioration  si  nombreux,  et  applicables 
à  tous  les  services  »  ne  peu? en(  être  qu'indiqués  dans 
le  résumé  d'an  ouvrage  qui  embrasse  toutes  les  parties 
de  l'administration  ;  mais  on  en  voit  assez  pour  se  con- 
vaincre  qu'un  grand  système  d'organisation  a  été  entre- 
pris dans  l'Algérie;  qu'il  est  à  présent  saivi  avec  pené- 
vérance  et  dans  son  ensemble;  que  l'on  cherche  à 
concilier  entre  eux  les  intérêts  des  colons  européens  et 
des  indigènes,  aies  mêler  dans  différentes  branches  des 
services  civils  et  militaires;  à  étudier,  à  connaître  sous 
tous  les  rapports  le  pays  et  ses  habitants.  C'est  dans 
cette  dernière  vue  qu'une  coDunission  scientifique  a  été 
organisée  vers  la  fin  de  iSSg.  Les  membres  qui  la 
composent  s'en  sont  partagé  le  travail.  Toute  l'histoire 
naturelle  est  étudiée  avec  soin,  et  l'on  a  presque  doublé 
la  Flore  de  l'Atlas ,  que  nous  devions  au  savant  Desfon- 
taines. Les  monuments  d'art  et  d*antiquité  sont  re- 
cherchés ;  on  rassemble  les  documents  historiques.  De 
grands  travaux  géographiques  ont  été  entrepris,  et  l'on 
a  déjà  publié  un  certain  nombre  de  plaps  et  de  cartes 
qui  joignent  à  la  Qdélité  des  observations  et  du  tracé  le 
mérite  de  l'exécution. 

L'ouvrage  que  nous  avons  analysé  renferme  un  grand 
nombre  de  tableaux  sur  la  statistique ,  les  productions, 
le  commerce,  et  les  différents  services  de  l'Algérie,  sur 
l'armée  •  sur  l'administration  intérieure ,  sur  la  juv 
tice ,  sur  les  finances.  On  voit  qu'au  i**  octobre  1840  « 
le  nombre  des  troupes  employées  dans  ce  pays  s'éle- 
vait à  67,569  hopimes  ;  que  la  population  européenne 
était  de  s8»ooo  âmes,  et  que  celle  des  indigènes  était 
de  5o,ooo  dans  les  lieux  dont  on  avait  pu  faire  le  dé- 
nombrement Quant  à  la  population  des  nombreuses 
^bus  de  Kabyles,  de  Chaouias,  d'Arabes,  qui  sont  dis* 


(  »oi   ) 
séminèes  sur  ce  faste  territoiréi  nous  ne  pouvons  avoir 
encore  aucune  donnée  pour  en  Faire  l'évaluation. 

Ici  nous  bornons  notre  analyse ,  et  si  Tqp  veut  entrer 
dans  les  détails  d'une  si  vaste  administration ,  c'est  dans 
l'ouvrage  même  qu'ils  doivent  être  recueillis. 

Roux  DE  ROCHBLLB. 

NoTB  de  M»  DE  La  R<K2Vettb  sur  les  travaux  de  la 
Société  des  Antiquaires  du  Nord. 

La  Société  royale  des  Antiquaires  du  Nord ,  établie 
à  Copenhague,  continue  de  mettre  dansées  travaux  une 
activité  vraiment  exemplaire.  Ce  n'est  point  au  Dane* 
mark  proprement  dit  •  ni  k  ses  colonies  d'Islande  et  du 
Groenland  que  cette  {Société  borne  ses  investigations  ; 
e)le  va  puiser  des  matériaux  non  8|9|ilement  en  Norvège 
et  en  Suède ,  pays  unis  jadis  au  panemark  sous  un 
môme  sceptre,  mais  elle  étend  même  ses  recherches  en 
France  •  en  Russie ,  dans  les  autres  contrées  de  l'Eu- 
ropei  etjusque  dans  le  nouveau  monde»  od  pénétrèrent 
aociennement  les  Scandinaves.  Partout  elle  envoie  des 
observateurs  et  met  à  contribution  les  correspondants 
qu'elle  a  nommés  oo  qui  se  sont  offerts  à  elle  dans 
les  diverses  parties  du  globe  ;  et  ces  correspondants 
méritent  justement  ce  titre  par  les  nombreuses  et  utiles 
informations  qu'ils  lui  transmettent ,  bonheur  que  bien 
d'autres  sociétés  savantes  ne  partagent  pas.  Un  extrait 
do  compte  rendu  de  la  dernière  séance  générale  de 
l'année  i84i  donne  une  idée  df^  l'étendue  de  ses  tra- 
vaux. Pendant  le  cours  de  cette  année  les  biblio-! 
fhèqoes  de  Stockholm  et  de  l'Université  d'Upsal 
ont  été  visitées  par  deux  membres  de  h   Société , 


(    SOS    ) 

MM.  SiverUenet  Paulseo^  et  ils  sont  pai*venus,  en  sui*- 
vant  ses  intruclioDs  »  à  faire ,  dans  ces  deux  dépôts  si 
riches  en  manuscrits  dans  l'ancienne  langue  du  Nord, 
une  ample  moisson  de  documents  inédits  relatifs  à 
l'histoire  et  à  la  littérature  de  la  Scandinavie.  Pendant 
un  voyage  exécuté  en  Islande,  Tété  dernier,  M.  Jona& 
Hallgrimson ,  voyageur  naturaliste,  a  recueilli  des  ren- 
seignements précieux  sur  Tancienne  géographie  de 
cette  lie  célèbre.  Son  journal  sera  publié  à  Copen- 
hague avec  les  copies  figurées  de  plusieurs  inscriptions 
remarquables  en  caractères  runiques  ,  dont  plusieurs 
n'étaient  point  encore  connues.  Elles  serviront  à  éclair- 
cir  quelques  passages  du  Landnama ,  ainsi  que  la  to- 
pographie de  l'Islande,  à  l'époque  où  cet  ouvrage  fut 
composé»  et  elles  peuvent  être  considérées  comme  un 
supplément  aux  informations  déjà  données  &  ce  sujet 
par  le  pasteur  Helgason. 

M.  Jôrgensen,  établi  au  Groenland  en  qualité  de  mis- 
sionnaire, avait  déjà,  sur  l'invitation  de  la  Société, 
commencé  en  i  S^o,  dans  le  district  de  Jolianehaab,  des 
recherches  sur  les  environs  du  golfe  de  Tunnudliarbik, 
qui  a  obtenu  une  importance  particulière  par  la  dé- 
couverte des  ruines  d'une  ancienne  église,  près  de  RakS" 
tarsuky  établissement  situé  sur  les  bords  N.-O.  de  ce 
golfe  »  et  qui  est  restée  jusqu'ici  inconnue.  Il  a  continué 
en  i84i  ses  explorations  dans  la  même  contrée  qu'il  a 
décrite  avec  soin;  sa  relation,  adressée  à  la  Société  »  est 
accompagnée  dune  carte  topographique  et  de  dessins 
représentant  les  plus  intéressantes  ruines  de  plusieurs 
édifices  construits  par  les  premiers  colons  Scandinaves. 

Profitant  du  séjour  fait  au  Brésil  en  i84o  et  18A1  par 
la  frégate  Bellona ,  chargée  par  le  gouvernement  da* 
nois  d'une  mission  dans  l'Amérique  méridionale,  H.  le 
pasteur  Ponloppidan  digne  héritier  d'un  nom  célèbre. 


(  «o5  ) 

et  aumAoier  de  rexpéditîon ,   a  voalii  compléter  les 
infbrmaftions  recueillies  par  le  professeur  Schûch,  sa- 
tant  brésilien,   sur  une  ancienne  ville  découverte  en 
1753  dans  les  savanes  du  Brésil.  L'examen  des  inscrip* 
tiens  trouvées  dans  les  ruines  de  cette  ville  faisait  sup* 
poser  au  professeur  Schûcb  que  c'était  une  ancienne 
colonie  Scandinave  ;  mais  on  ne  possédait  que  des  in* 
dieations  vagues  sur  sa  situation  exacte  ;  car  depuis  la 
découverte  aucun  voyageur  ne  l'avait  visitée.  Grâce-  A 
la  recommandation  de  dom  Romualdo ,  archevêque 
da  Brésil,  M.  Pontoppidan  est  parvenu  &  savoir  que  la 
ville  abandonnée  doit  être  cherchée  sur  le  côté  méri- 
dional de  la  Cerra  do  Cincora ,  et  à  l'ouest  du  Brazo 
do  Cincora»  dans  la    partie  méridionale  de  la  pro- 
vince   de  Bahia.    C'est  dans  le  rapport  d'un  )euDe 
chanoine,  dom  Benigno  Jozé  de  Carvalho  e  Cunha,  en* 
voyé  sur  les  lieux  par  l'Institut  historique  et  géogra- 
phique de  Rio-Janeiro ,  que  le  pasteur  Pontoppidan  a 
puisé  ses  informations,  et  le  secrétaire  de  cet  Institut 
a  annoncé  depuis  que  ce  corps  savant  a  adressé  au 
gouvernement  un  mémoire ,  pour  demander  que  les 
ruines  de  la  ville  découverte  fussent  explorées ,  et  qu'il 
espère  que  sa  requête  sera  agréée. 

Parmi  les  dons  offerts  ou  communiqués  à  la  Société 
des  antiquaires  nous  citerons  : 

—  Plusieurs  anneaux  en  or  de  différentes  grandeurs 
tfi^pf és^  dans  les  champs  de  l'île  de  Fiooie  et  des  lies 
de  Falster  et  de  Séelande  ; 

^  Des  pincettes  en  argent  venant  du  Chili ,  sem- 
blables aux  pincettes  en  bronze  qu'on  trouve,  fréquem- 
ment dans  les  urnes  placées  dans  les  lombelles  du 
Nord  :  offert  par  II.  Krôyer,  naturaliste  de  /n  Bellona; 

—  Des  urnes  en  argile  et  plusieurs  instruments  en 
bronze,  probablement  d'origine  slave  ,  que  le  profes- 


(  «o4  ) 

seur  2yp&er  de  Neusobl  a  trouvés  dans  la  Hongrie  sep- 
teotriooaie  >  remarquables  par  leur  ressemblance  a?ec 
les  mêmes  objets  découverts  en  Scandinavie.  Ces  objets 
sont  accompagnés  d'une  notice  historique  explicative 
qui  sera  insérée  dans  les  annales  de  la  Société; 

—  Plusieurs  armes  et  des  ustensiles  en  pierre  des 
sauvages  de  TAmérique  méridionale ,  entre  autres  des 
haches  de  diverses  formel,  grandeurs  et  matières,  dus 
nu  docteur  Lund ,  établi  à  Lagoa-Santa  dans  le  Brésil  t 

—  Cinq  vases  antiques  péruviens,  très  remarqua- 
bles par  leurs  formes ,  par  leur  travail ,  par  les  pein» 
tures  qui  les  couvrent .  etc.  Ces  vases ,  apportés  par  le 
pasteur  Pontoppidan ,  sont  dans  la  belle  collection  de 
vases  du  roi ,  ainsi  que  la  représentation  d'un  oiseau 
en  argile,  et  une  tète  d'oiseau  en  bronze  trouvée  dans 
une  lombelle  du  district  de  Lima; 

—  Un  arc  indien  avec  six  flèches,  trouvés  en  Cali- 
fornie par  M.  Pontoppidan  ;  les  pointes  en  forme  de 
cœur,  faites  en  partie  en  obsidienne  noire  et  verdfttre 
et  en  partie  en  cristal  de  roche,  offrent  une  ressem- 
blance frappante  avec  les  pointes  de  flèches  en  silex 
des  tombelles  de  la  Scandinavie;  une  scie  en  bois,  bor- 
dée de  chaque  côté  de  dents  de  chien  de  mer,  parfai- 
tement semblable  à  celles  qu'on  a  reçues  depuis  peu 
du  Groenland  ; 

—  Description  avec  trois  cartes  des  environs  de 
Kolding,  où  l'on  a  trouvé  dans  une  tombeile  un  diadème 
en  or  sur  lequel  pn  lit  en  caractères  runiques  anglo- 
saxons  :  Lud  6  y  c'est-à-dire,  d'après  la  traduction  de 
M.  le  professeur  Rafn  :  Cet  ornement  appartient  â 
Lodver  (i). 

f  i)  1i«  Saga  d*Hervarar  fan  en  effet  mention  d'un  héros  Scandinave 
appelé  Lôdver  (Ludvig  ]  qui  a  péri  dan.<(  une  grande  bataille  donnée 
prè^  de  Rolding,  et  cpii  a  été  ènseveK  sur  le  lieu  où  le  combat  fut  livré. 


(    905    ) 

Parmi  les  membres  nouveUemenl  admis  on  remar- 
que le  prince  royal  des  Pays-Bas  p  le  comte  de  Moges, 
gooremeur  de  la  Martinique .  l'évêque  de  Maragnan  , 
un  parsy  de  Bombay,  le  savant  Massakjee-Cursetjee,  le 
colonel  Theil  à  Téhéran ,  le  professeur  Vanegas  à 
Buénoa^Ayres,  etc. 


SouvaxfiBS  DB  lOXKQtLtparM.  le  baron  d'Hombbbs-Fibmas  « 

correspondant  de  l'Institut. 

J'avais  éprouvé,  comme  tant  d'autres  voyageurs» 
combien  sont  au-dessous  de  la  réalité  les  idées  qu'on 
se  fait  de  l'immensité  de  l'Océan ,  de  la  hauteur  des 
Alpes  et  des  Pyrénées,  avant  de  les  connaître.  Lorsque 
)'ai  parcouru  la  mer  de  glace  ,  quand  )'ai  admiré  des 
fleuves  se  précipitant  du  haut  d'un  rocher ,  quand  j'ai 
pénétré  dans  les  entrailles  de  la  terre»  ces  grandes  scènes 
de  la  nature  étonnaient  mon  imagination ,  quoique 
parfaitement  décrites  et  représentées  dans  d'excellents 
ouvrages  :  il  en  a  été  de  même  du  Vésuve  ;  sa  vue  a 
surpassé  mon  attente»  bien  que  son  histoire,  sa  for- 
mation ,  ses  produits  me  fussent  déjà  connus. 

Je  n'ai  pas  la  prétention  d'avoir  fait  des  observations 
nouvelles  sur  cette  montagne  célèbre ,  j'ai  voulu  gar* 
der  un  souvenir  de  mon  ascension  et  tracer  mon  iti« 
aéraire  à  des  amis  qui  doivent  faire  le  même  voyage. 

Nous  partîmes  par  le  chemin  de  fer  de  CastellamarOf 
qui  dans  un  quart  d'heure  nous  amena  à  Résina.  Nous 
visitâmes  Herculanum ,  enseveli  sous  ce  village.  Nous 
parcourûmes  une  longue  rue  pavée  avec  des  trottoirs  et 
des  rigoles  poor  l'écoulement  des  eaux ,  bordée  de 
maisons,  et  dans  plusieurs  dés  appartements  peints  » 


(  ao6  ) 

frasque,  des  pavés  en  mosaïque  ;  nous  Timea  un  temple 
entouré  de  colonnes  «  des  bains,  des  puits ,  des  fours» 
quelques  tables  et  quelques  ustensiles  de  ménage, 
laissés  en  place .  lorsqu'on  emporta  les  meubles  et  une 
foule  d'objets  de  prix  au  musée  de  Naples. 

Dans  une  maison  de  Résina  on  descend  par  un  grand 
escalier  jusqu'à  l'ancien  théâtre  d'Herculanum,  dont 
Tenceinle,  les  corridors,  une  partie  des  gradins ,  des 
loges  et  la  scène  sont  déblayés.  Un  paysan  du  pays, 
en  creusant  un  puits ,  avait  trouvé  des  statues  de  bronze 
et  de  marbre.  Ce  fut  l'origine  de  la  découverte  des 
villes  enfouies  depuis  l'an  79  de  l'ère  chrétienne.  Le 
prince  qui  en  devint  le  maître  ordonna  les  premières 
fouilles  de  ce  quartier;  ce  fut  par  ce  puits  qu'on  agran*^ 
dit,  ou  par  l'escalier  dont  j'ai  parlé,  qu'on  retira  tant 
de  marbres  précieux  qui  décoraient  ce  théâtre,  les 
nombreuses  statues  transportées  â  Naples,  et  entre 
autres  les  deux  statues  équestres  de  Balbus  père  et  de 
son  fils,  qui  étaient  à  droite  et  à  gauche  de  l'avant- 
scène. 

On  n'a  pas  continué  ces  fouilles,  parce  qu'il  faut 
arrivera  une  grande  profondeur,  dans  une  lave  fort 
dure  ,  et  qu'il  faut  indemniser  chèrement  les  proprié- 
taires des  maisons  bâties  au-dessus  ;  tandis  qu'à  Pom- 
péi  ce  ne  sont  que  des  scories,  des  laves  friables  ou  des 
cendres  qui  ensevelissent  cette  ville. 

Les  environs  de  Résina  sont  peuplés,  et  les  vieilles 
laves  ont  une  fécondité  prodigieuse.  On  y  remarque 
des  vUla  avec  des  jardins  plantés  de  fleurs,  d'orangers, 
de  figuiers,  de  mûriers  et  d'autres  arbres,  et  surtout 
des  vignes  vigoureuses,  jusqu'à  moitié  de  la  montagne  ; 
c'est  de  cette  Urre  de  feu,  pour  me  servir  de  l'expres- 
sion vulgaire ,  que  provient  le  lacrjma  chrùti. 


(  «05  ) 

Les  Ia?es  des  éruptions  plus  récentes,  dont  nos 
guides  nous  disaient  les  dates»  ont  coulé  sur  plu- 
sieurs de  ces  vignes,  et  celle  de  i834>  une  des  plus 
considérables  y  recouvrit  en  même  temps  plus  de  cent 
maisons.  Les  vignes  amendées  par  les  cendres  du  vol- 
can n'en  sont  que  plus  fertiles,  et  les  habitants  de 
ces  contrées  jouissent  du  présent,  et  semblent  ou- 
blier ou  méconnaître  les  catastrophes  terribles  qui  ont 
anéanti  leurs  ancêtres ,  et  qui  men^icent  toujours  leur 
génération.  Les  cultures  cessent  vers  Termitage  de  Sofi 
Sahator,  où  Ton  fait  halte;  au-dessus  on  trouve  encore 
des  châtaigniers  sauvages,  des  genêts  et  quelques  autres 
arbrisseaui;  toute  végétation  disparaît  peu  après  :  on 
est  tout'à-fait  dans  les  laves,  et  l'on  se  croirait  au  mi- 
lieu d'un  désert  affreux,  si,  en  tournant  la  tête  ,  on  ne 
découvrait  la  délicieuse  Naples,  et  ses  environs  plus 
enchanteurs,  depuis  le  cap  de  Misène  et  les  lies  dis- 
chia  et  de  Procida,  jusqu'à  Sorente  et  à  l'Ile  de  Capri. 
Les  derniers  végétaux  que  j'ai  observés  en  montant 
sont  Yartemisia  variabilis  et  le  medicago  maritima  ^ 
d'autant  plus  rems(rquables  qu'ils  font  exception  aux 
règles  de  la  géographie  botanique ,  puisqu'ils  se  plai- 
sent également  à  ces  hauteurs  et  dans  les  plaines  au 
bord  de  la  mer. 

A  200  mètres  de  l'ermitage ,  on  laisse  les  montures 
sous  la  garde  de  l'un  des  guides.  J'escaladai  la  mon- 
tagne comme  mes  compagnons ,  tous  plus  jeunes  que 
moi,  mais  ce  ne  fut  pas  sans  fatigue.  La  marche  est  fort 
pénible  sur  ces  laves  fracturées ,  anguleuses,  qui  sou- 
vent tournent  et  roulent  sous  les  pieds.  Quant  j'arri- 
vai sur  le  bord  du  cratère ,  j'étais  épuisé  et  trempé  de 
soeur;  mais  ainsi  que  je  l'avais  éprouvé  dans  les  hautes 
montagnes  )   je  fus  vite  délassé  par  le  plaisir  d'avoir 


(  *iois  ) 

nlleint  le  but,  et  si  Ton  veut  par  la  plus  grande  légè- 
reté de  l'air.  La  chaleur  du  sol,  la  vapeur  sulfureuse 
et  la  fumée  qui  sortait  de  plusieurs  crevasses,  et  celle 
qui  s'élevait  en  tourbillonnant  du  fond  du  volcan» noua 
incommodaient  un  peu  ;  mais  par  compensation  elles 
séchèrent  bien  vite  nos  vêtements,  et  nous  préservèrent 
des  mauvais  effets  que  nous  eussions  éprouvés  à  la 
même  élévation ,  dans  une  atmosphère  plus  pure  et 
plus  fraîche. 

On  ne  peut  guère  s'arrêter  sur  les  bords  de  ce  gouffre; 
nous  en  fimes  le  (our,  du  côté  que  le  vent  préservait 
de  la  fumée  sulfureuse.  Les  hommes  qui  nous  acconà; 
pagnaient  avaient  apporté  des  œufs,  quelques  fruits 
et  du  pain  ;  ce  petit  repas  nous  parut  ici  bien  meilleur  : 
les  œufs  furent  cuits  dans  les  cendres  des  scories.  On  y 
enfonça  un  bâton  qui  s'alluma  dans  un  instant;  quel* 
ques  instruments  en  acier  noircirent  ou  furent  bron> 
£és  par  l'effet  des  vapeurs  qui  nous  environnaient. 

J'avais  lu  jadis  qu'un  curieux  était  descendu  dans 
le  Vésuve  jusqu'au  bain  de  lave  bouillante,  et  d'après 
l'idée  que  je  m'étais  formée  d'un  volcan,  je  pensais 
qu'il  avait  été  plus  que  téméraire.  Je  viens  de  me  con- 
vaincre du  contraire  ;  la  pente  est  moins  inclinée  in- 
térieurement qu'^  l'extérieur  du  cône  :  en  choisissant 
le  côté  le  plus  favorable ,  il  n'y  a  aucun  danger,  h 
moins  que  le  vent  ne  change  la  direction  de  la  fumée. 
Je  descendis  quelques  pas  afin  d'apercevoir  le  feu ,  et 
si  la  journée  eût  été  moins  avancée,  j'aurais  eu  le  temp^ 
d'arriver  au  fond. 

La  forme  et  la  hauteur  du  cône  du  Vésuve  changent 
é  chaque  éruption*  Avant  celle  de  1 854  »  su  lieu  de 
l'immense  entonnoir  dont  nous  avons  suivi  les  bords , 
le  cône  s'élevait  beaucoup  plus,  et  son  ouverture  était 


(  «09  ) 
plus  élroiie.  Avaut  1899,  il  y  avait  sur  l'un  des  côtés 
une  espèce  de  voûte  sur  laquelle  on  pouvait  s'avancer 
et  regarder  presque  dans  l'aie  du  volcan  ;  plus  tard  les 
bords  du  cratère  étaient  fort  aigus,  aujourd'hui  leur 
évasemenl  est  assez  large  pour  qu'on  puisse  y  circuler 
facilement. 

La  descente  du  Vésuve  se  fait  du  côté  du  rO.*S.  0., 
dans  une  sorte  de  ravin  de  cendres  très  incliné ,  où 
l'on  glisse  plutôt  qu'on  ne  marche;  les  pieds  ne  s'ar- 
rêtent pas  sur  des  points  fixes;  à  chaque  pas  le  sol 
s'éboule;  on  descend  d'un  mètre  ou  deux»  souvent 
davantage.  Mais  cette  cendrée  ne  s'étend  que  sur  une 
portion  du  cône  ;  on  se  trouve  arrêté  plus  bas  par  des 
scories  et  des  laves  fracturées,  à  travers  lesquelles  on 
descend  avec  précaution  jusqu'à  l'endroit  où*  attendent 
les  montures ,  et  bientôt  on  arrive  à  l'ermitage. 

Je  dois  faire  mention  ici  d'un  observatoire  que  l'on 
coDstrait  à  San  Salvator,  dont  aucune  relation  n'a  en- 
core parlé,  parce  qu'il  esta  peine  commencé.  Il  a  fallu 
avant  de  bâtir  se  procurer  l'eau  nécessaire ,  et  l'on  a 
creusé  l'année  dernière  une  vaste  citerne  devant  l'er- 
mitage. Aujourd'hui  plusieurs  ouvriers  élèvent  le  bâ- 
timent qui  sera  meublé  d'instruments  de  physique , 
d'un  laboratoire  de  chimie  ;  et  une  commission  de  sa- 
vants, sous  la  direction  de  H.  Melloni ,  associé  de  l'Ins- 
titut de  France  •  ira  s'y  établir  dans  le  temps  des  érup- 
tions, pour  étudier  sous  tous  leurs  rapports  le  volcan, 
les  laves  et  les  modifications  atmosphériques. 

Nous  nous  pressâmes  de  remonter  à  cheval.  La  pente 
à  laquelle  nous  avions  fait  moins  d'attention  en  mon- 
tant est  extrêmement,  rapide  et  rocailleuse;  il  fallait 
être  harassés  comme  nous  l'étions  pour  ne  pas  des- 
cendre à  pied.  Arrivés  à  Portici,  les  derniers  convois 
XVII.   MAàs.   4-  i4 


(  «>o  ) 

du  diemin  de  fer  étaient  partis;  nous  primes  des  toi- 
tures pour  nous  rendre  à  N aptes. 

Nous  aurions  bien  souhaité,  pendant  notre  séjour 
dans  cette  vi]le  ,  jouir  du  spectacle  d'une  petite  érup- 
tion, que  je  me  figure  très  en  miniature  par  la  cou- 
lée de  nos  hauts  fourneaux.  Bientôt  j*espère  en  avoir 
une  autre  iroa[2;e  en  allant  en  Sicile.  Le  volcan  du 
Stromholi  est  presque  continuellement  enflammé,  et 
sort,  dit-on,  de  phare  pour  ce  voyage. 

La  Sicile  fut  séparée  de  Titalie  pnr  une  révolution 
du  globe,  d'après  Pline  ,  Strahon  et  Dibdore.  Sparllan- 
zoni  et  quelques  géologues  modernes  partagent  celle 
opinion  ,  et  il  en  est  même  qui  suppos?*nt  qu'une  nou 
velle  catastrophe  pourrait  encore  les  réunir.  En  at- 
tendant je  vais  m'embarquer  pour  Messine;  si  la  sai- 
son trop  avancée  ne  me  permet  pas  de  gravir  TEtna 
couvert  de  neiges ,  je  connaUrai  du  moins  Palerme , 
Syracuse,  Catane.  ie  suis  venu  trop  près  de  cette 
ferre  du  soleil  fit  fies  cyclopes,  comme  Tappelle  Homère, 
pour  ne  pas  désirer  de  visiter  un  pays  célèbre  dans 
l'antiquité  et  dans  les  temps  modernes. 

M.  l'abbé  Monticelli,  secrétaire  perpétuel  de  l'Aca- 
démie royale  de  Naples,  a  formé  un  musée  particu' 
lier  dei  produits  du  Vésuve,  qui .  de  Tavis  de  tous  les 
minéralogistes,  sont  plus  nombreux  que  dans  toutes  les 
autres  contrées  pliitoniennes.  M.  Monticelli  en  a  pu- 
blié le  catalogue,  et  a  lui-même  découvert  plusieurs 
substances  qu'il  a  dédiées  à  MM.  de  Humboldt,  Davy, 
Christian,  Biot,  Bendant,  etc. 

Plus  récemment,  M.  le  docteur Semola,  delà  même 
Académie  royale,  a  reconnu  et  décrit nn  oxide  decuivre 
lamelleux,  auquel  il  a  donné  le  nom  du  professeur  Te- 
nore ,  son  ami.  rFe  ferai  connaître  dans  une  autre  oc- 


(  »11  ) 

casioD  son  mémoire,  qu'il  m'a  donné  avec  des  échan- 
(liions  de  sa  ténorite. 

Je  dois  ajouter  que  M.  Pilla  ,  professeur  de  géologie 
àNaples,  a  formé  également  une  riche  collection  des 
mioéraux  du  Vésuve  et  de  la  Somma  :  il  nous  promet 
incessamment  de  nouveaux  renseignements  sur  la  for-- 
mation ,  la  liaison  de  ces  deux  montagnes  et  la  des- 
cription de  certaines  substances  encore  inconnues, 
rejetées  par  la  première,  ou  découvertes  entre  les  cou- 
ches de  la  seconde.  Quelques  faits  dont  nous  nous 
sommes  entretenus,  et  qu'il  m'a  autorisé  à  publier, 
paraîtront,  je  crois ,  aussi  curieux  que  neufs. 

H.  Pilla ,  qui  est  monté  plusieurs  fois  sur  le  Vé- 
suve, s*y  est  trouvé  un  jour,  au  moment  même  d'une 
éruption,  au  bord  du  fleuve  de  feu  qui  en  découlait,  de 
la  gerbe  de  flamme  ,  de  fumée  et  de  pierres  calcinées 
qu'il  lançait  et  an  milieu  de  l'atmosphère  électrique  et 
desécllitsde  foudre,  bien  plus  à  craindre  pour  lui  que  la 
grêle  de  scories  et  de  pierres  qui  le  menaçait.  M.  Pilla  a 
obsei*vé  plusieurs  coulées  de  lave.  Lorsqu'un  obstacle 
Tarrète»  la  lave  s'élève^  s'amoncelle  contre  lui^  le  ren- 
verse par  son  poids,  ou  le  dépasse  et  le  recouvre  pour 
continaer  son  cours. 

Le  même  savant  a  reconnu  que  la  surface  de  la  lave 
se  refroidit  assez  promptemenl  :  la  matière  qui  conti- 
nue de  couler  soulève  cette  croûte  ,  qui  se  fendille  né- 
cessairement ,  et  dont  les  débris  roulent  avec  fracas, 
mêlés  de  pierres  calcinées  et  de  scories  lancées  par 
l'éruption.  Les  coulées  sont  plus  ou  moins  abondantes, 
se  précipitent  si  elles  s'ouvrent  une  issue  dans  les 
pentes  supérieures  de  la  montagne  ,  et  marchent  en- 
suite plus  vite  ou  plus  lentement,  suivant  l'inclinaison 
du  sol»  leur  masse,  leur  chaleur  ou  leur  fluidité. 


(  «i»  ) 

La  lave  se  renfle,  forme  des  ondées;  et  quoiqu'elle 
ait  une  grande  ténacité,  il  s'y  fait  comme  des  bour- 
souflures, des  jets  qui  se  tordent  et  semblent  palmés. 
Avec  un  bâton,  on  en  détourne  un  filet,  qu'on  reçoit 
dans  un  moule.  Les  coulées  de  lavecbarrient,  comme  je 
l'ai  dii ,  une  croûte  pierreuse,  quelquefois  fort  épaisse» 
qui  est  un  mauvais  conducteur  du  calorique.  Le  pro- 
fesseur  Pilla  eut  le  courage  d'y  monter  et  de  se  laisser 
aller  assez  loin  sur  ce  fleuve  volcanique ,  malgré 
la  pluie  de  cendres  et  de  pierres  qu'il  évitait  de  son 
mieux  ;  c'est  le  premier  et  le  seul  homme  peut-être  qui 
ait  tenté  une  telle  navigation. 

NapleSyle  98  iH-tobre  1841. 


ExTBAiT  cTun  ouvrage  sur  la  chronologie  historique  des 

Etats-Unis  d*  Amérique, 


L'Art  de  vérifier  les  dates,  ce  grand  el  bon  ouvrage, 
commencé  par  les  religieux  de  la  congrégation  de 
Saint-Maur,  embrassait,  lorsqull  parut,  toutes  les 
époques  de  l'histoire;  mais  le  temps  préparait  d'antres 
événements  ;  il  amenait  de  nouvelles  nations  sar  la 
scène  du  monde  :  l'Amérique  allait  changer  de  desti- 
née ,  et  ce  vaste  continent,  placé  dans  la  dépendance 
de  quelques  nations  européennes,  s'affranchissait  de 
cette  domination,  et  se  divisait  en  plusieurs  puissances, 
dont  chacune  devait  avoir  des  historiens.  Le  soin  d'en 
retracer  les  annales  et  d'en  suivre  la  chronologie  histo- 
rique a  été  confié  à  M.  Warden,  ancien  consaUgénéral 


(  ««3  ) 
des  Ëlals-DDis  en  France.  Déjà  il  a  fait  paraître  8  vo- 
lumes de  cette  publication.  Celui  que  l'on  annonce 
aajourd^hui  renferme  un  grand  nombre  de  notions  très 
instructives  sur  la  Louisiane ,  avant  l'époque  de  sa 
cession  aux  États-Unis»  et  sur  la  Virginie  •  le  Massa- 
chusetts et  le  Maine,  jusqu'au  temps  où  l'indépendance 
de  la  confédération  fut  proclamée ,  et  où  chacun  de 
ces  États  eut  une  constitution  particulière. 

L'auteur  a  placé,  en  tète  de  son  ouvrage,  un  ta- 
bleau comparatif  de  la  population  des  États-Unis ,  et 
de  la  rapidité  de  ses  progrès.  Elle  était  en  1790  de 
4  millions  drames  ;  elle  en  avait  1 3  millions  en  1 85o  ; 
et  le  dernier  recensement,  commencé  en  1840  «nous 
apprend  qu'elle  s'élève  aujourd'hui  à  17  millions  d'ha- 
bitants. 

M.  Warden  ouvre  les  Annales  historiques  delà  Loui- 
siane par  une  description  sommaire  des  nombreuses 
tribus  qui  partageaient  entre  elles  ce  territoire  avant 
l'arrivée  des  Européens ,  et  il  indique  les  différentes 
régions  où  elles  se  trouvaient  placées. 

La  Floride,  les  rives  de  l'Atlantique,  le  Canada,  étaient 
déjà  occupés  par  les  colonies  de  l'Espagne ,  de  l'Angle- 
terre ou  de  la  France ,  lorsque  le  Père  Marquette,  mis- 
sionnaire p  et  Joliet ,  marchand  de  Québec ,  découvri- 
rent le  pays  des  Illinois  et  le  Mississipi  :  le  Père  Hen- 
nepin,  Tonti  et  Cavelier  de  la  Sale  firent  d'autres 
voyages  pour  continuer  cette  exploration. 

La  Sale ,  qui  avait  descendu  le  fleuve  jusqu'à  son 
embouchure ,  et  qui  était  venu  rendre  compte  de  ses 
découvertes  au  gouvernement  français,  fut  chargé,  en 
1684»  de  retourner  par  mer  sur  les  côtes  qu'il  avait  re- 
connues et  d'y  former  un  établissement.  L'escadre 
qu'il  montait  avec  les  hommes  attachés  à  son  expé- 


diiion  fit  ¥oile  ?ers  le  golfe  du  Mexique,  dépassa  les 
parages  qu'elle  cherchait,  et  alla  mouiller  i  rorcideol, 
dans  la  baie  de  Saint-Beroard.  La  Sale  fit  dans  l'in- 
térieur du  pays  de  nombreuses  découvertes ,  dont  une 
mort  tragique  vint  interrompre  le  cours.  D'autres 
voyages  furent  successivement  entrepris  par  La  lion* 
tan  •  vers  le  hautMississipi  et  la  rivière  de  Saint-Pierre; 
par  Le  Sueur ,  chez  les  Illinois  ;  par  Iberville ,  qui 
fonda  en  170a  la  colonie  de  la  Mobile,  reconnut  ren- 
trée du  Mississipi,  et  forma  sur  ses  bords  un  premier 
établissement. 

Crozat  obtint  en  171  s  la  cession  du  monopole  de 
la  Louisiane  :  son  privilège  fut  transféré  en  1747  à  la 
Compagnie  d'Occident,  que  Law  avait  créée,  et  la  fon- 
dation de  la  Nouvelle-Orléans  fut  commencée  parBieo- 
ville  •  frère  d'Iberville ,  et  associé  à  ses  grandes  entre* 
prises.  Les  guerres  de  la  colonie  contre  les  Nalchez, 
les  Chikasas  et  d'autres  peuplades  indiennes  sont  rap- 
pelées par  &L  Warden;  et  il  décrit  les  vicissitudes  que 
subit  le  gouvernement  de  la  Louisiane  •  depuis  l'année 
1 731 ,  époque  où  la  Compagnie  d'Occident  abandonna 
tous  ses  droits  au  gouvernement,  jusqu'à  l'année  176s, 
où  la  France  fit  i  l'Espagne  la  cession  de  cette  colonie. 
Les  annales  du  pays  sont  continuées  jusqu'à  l'année 
1800  :  alors  la  Louisiane  fut  rétrocédée  à  la  France 
par  un  traité;  mais  la  prise  de  possession  en  fut  ajour- 
née ,  et  l'auteur  rappelle  les  diflférents  motifs  qui  por- 
tèrent l'empereur  Napoléon  à  faire  en  i8o3  la  cession 
de  ce  territoire  aux  États-Unis.  Cette  perte  fut  vive- 
ment sensible  à  un  grand  nombre  de  Français,  dont 
les  vœux  et  les  regrets  ne  purent  prévenir  une  telle  dé- 
termination. La  précieuse  acquisition  que  les  Étals- 
Unis  venaient  de  faire  leur  fut  effectivement  remise  le 


(  ««s  ) 

So  octobre  de  la  même  année.  Le  congrès  partagea  la 
Louisiane  en  deux  territoires;  celui  où  la  Nouvelle* 
Orléans  était  placée  fut  admis  en  i8o4  au  nombre  des 
Étals  da  l'Union ,  et  sa  constitution  fut  rédigée  et  sanc- 
tionnée en  181 9. 

La  Virginie ,  dont  H.  Warden  fait  succéder  le  précis 
historique  à  celui  de  la  Louisiane  ,  avait  été  reconnue 
en  i584  parles  capitaines  Hamidas  elBarlow,  que 
Walter-Ralegb  avait  chargés  d'une  expédition  pour  le 
Nouveau-Monde  :  Richard  Greenville  vint,  Tannée 
suivante  «  former  dans  Tlle  de  Roanoke  un  premier 
établissement.  D'autres  voyages  furent  entrepris  dans 
le  même  but ,  et  ces  expéditions  passagères  amenèrent 
en  1607  la  fondation  d'une  colonie  sur  les  bords  du 
JameS'Ritfer.  On  doit  les  premiers  progrès  de  la  Virgi- 
nie au  capitaine  Smith,  dont  la  vie  aventureuse  et  les 
glorieux  services  ont  été  rappelés  dans  notre  histoire 
des  États-Unis. 

L'administration  de  la  colonie ,  ses  rapports  avec  les 
Indiens ,  l'accroissement  de  sa  prospérité  •  sous  le  gou- 
vernement de  lord  Delaware,  de  Francis  Wiatt,  de 
Berkeley,  son  commerce,  ses  productions,  au  nombre 
desquelles  on  doit  citer  le  tabac,  dont  l'usage  se  ré- 
pandit promptement  en  Angleterre ,  et  de  là  dans  l'Eu- 
rope entière,  sont  retracés  dans  l'ouvrage  deM.  Warden. 

Ce  fut  sur  les  frontières  occidentales  de  la  Virginie 
que  commencèrent  en  1754  les  hostilités  entre  la 
France  et  l'Angleterre.  L'auteur  rappelle  ensuite  la 
part  que  prirent  les  habitants  au  soulèvement  des  co- 
lonies anglaises  contre  leur  métropole  ,  et  aux  mémo- 
rables événements  de  la  guerre  qui  amena  leur  indé- 
pendance. 

Les  annales  du  Massachusetts  forment  la  troisième 


l  »6) 
section  de   cet  ouvrage.    L'auteur  indique   d'abord, 
comme  il  l'avait  fait  pour  la  Virginie ,  les  principales 
nations  indiennes  qui  occupaient  ce  territoire;  il  passe 
ensuite  aux  expéditions  de  Cabot,  qui  découvrit  en 
1497  rile  de  Terre-Neuve  et  une  parlie  du  continent 
voisin  ;  à  celles  de  Humphrey  Gilbert  en  i583,  de  Leig, 
de  Barthélémy  Gosoold  et  de  quelques  autres  explora- 
teurs. Cette  colonie  naissante  reçut  bientôt  d'Europe 
un  grand  nombre  d'habitants  ;  Salem ,  Boston ,  Char- 
lestown  ,  Cambridge,  d'autres  villes  furent  fondées  et 
s'agrandirent  rapidement;  les  dissidents,  persécutés  en 
Angleterre  pour  leurs  opinions  religieuses,  ckerctié- 
i^nt  un  asile  dans  le  Massachusetts,  et  dîfférenleschartes 
furent  tour  à  tour  accordées,  retirées  ou  modifiées  par 
le  gouvernement  de  la  métropole.  Les  cinq  colonies  de 
la  Nouvelle-Angleterre  prirent  en  i643  le  parti  de  se 
confédérer,  et  de  se  promettre  de  mutuels  secours  dans 
leurs  guerres  contre  les  Indiens,  et  dans  celles  qu'elles 
auraient  à  soutenir  contre  les  colonies  françaises;  elles 
obtinrent  après  la  mort  funeste  de  Charles  V  la  pro- 
tection de  Cromwell,  et  leurs  privilèges  furent  ensuite 
confirmés  sous  le  règne  de  Charles  II. 

Celte  colonie  fut  souvent  en  guerre  avec  les  Indiens, 
surtout  avec  les  Péquods,lesNarragansets,  les  Abéna- 
quis;  elle  prit  une  grande  part  aux  opérations  de  la 
guerre  de  1755 ,  à  la  suite  de  laquelle  l'Angleterre  ac- 
quit, par  le  traité  de  1763  ,  toutes  les  régions  situées 
au  nord  du  fleuve  Saint  Laurent  et  à  l'est  du  Mississîpi. 

Les  premiers  actes  de  l'i insurrection  des  colonies 
anglaises  éclatèrent  à  Boston  dans  l'assemblée  du  Mas- 
sachusetts :  on  y  demanda  la  formation  d'un  congrès 
général,  et  la  session  en  fut  ouverte  à  Philadelphie. 

En  passant  à  la  description  de  l'État  du  Maine,  Tau- 


(  «"7  ) 
leur  indique,  suivant  son  plan  habituel,  les  tribus 
indiennes  qui  vivaient  dans  celte  contrée,  où  Gosnold 
et  Pring  abordèrent  successivement  en  1602  et  i6o5,  et 
les  explorations  faites  sur  les  mêmes  côtes  par  de 
Monts,  et  par  Champlain,  qui  alla  former  un  établisse- 
ment au  Canada. 

Le  gouvernement  du  Maine,  organisé  en  i656  par 
Willianà  Gorge,  Tut  réuni  en  i65tf'à  celui  du  Massa- 
chusetts. Le  Maine  n'avait  pas  alors  90  mille  habitants, 
dispersés  sur  un  vaste  territoire  ;  et  ce  petit  nombre  ne 
lui  donnait  pas  assez  de  consistance  pour  qu'il  pût 
se  soutenir  seul  contre  les  fréquentes  attaques  des 
Indiens;  mais  en  iSso,  époque  où  il  fut  séparé  du 
Massachusetts  pour  former  un  État  particulier,  sa  po- 
pulation était  déjà  de  3oo  mille  âmes.  Cette  partie  de 
l'ouvrage  de  M.  Warden  est  remarquable  par  les  docu- 
ments qu'elle  renferme  sur  les  régions  voisines  des 
limites  du  nord -est,  et  sur  les  établissements  foimés 
près  de  la  rivière  de  Sainte-Croix,  qui  se  jette  dans  la 
baie  de  Fundy. 

M.  Warden  aura  bien  mérité  de  son  pays  par  l'ou- 
vrage qu'il  vient  de  publier  :  personne  n'était  plus  è 
portée  d'être  bien  informé  et  de  recourir  aux  docu- 
ments originaux;  il  inspire  d'ailleurs  de  la  confiance 
par  sa  sincérité  et  par  le  bon  esprit  qui  l'anime  dans 
tous  ses  travaux.  R.-R. 


Atl4S  maritime  prussien  (Preussen's  see  Atlas). 


Le  ministre  du  commerce  du  royaume  de  Prusse 
a  entrepris  la  publication  d'un  Atlas  maritime  qui 


(  «>8) 
doit  se  composer  de  deux  cartes  générales  à  Téchelle 
de  7?«\**t  de  7  cartes  particulières,  qui  furmeroot  en 
tout  30  feuilles  à  une  échelle  de  tt.'.ts  ;  et  enfin  d'une 
série  de  vues  des  côtes,  avec  la  description  des  phares. 
Déjà  cette  dernière  partie,  qui  contient  aussi  l'histo- 
rique de  ce  travail,  a  été  publiée  en  1841  sous  la  forme 
d'un  petit  atlas  in-4''  oblong,  composé  de  10  pages  de 
.text€»  d'un  tableau  descriptif  des  phares  avec  une 
planche  qui  donne  la  vue  de  tous  ces  bâtiments,  d'un 
tableau  d'assemblage  pour  la  série  des  cartes,  et  de  14 
planches  de  vues. 

En  outre,  les  deux  cartes  générales,  ainsi  que  la 
5«  carte  particulière,  ont  aussi  été  publiées  ;  cette  der- 
nière divisée  en  4  feuilles  donne  toute  la  baie  deDant- 
xig,  depuis  le  cap  Brusterorl  jusqu'au  cap  Rixboft. 

Les  opérations  trigonométriques  et  topographiques, 
exécutées  depuis  i833  jusqu'en  iSSg  par  l'étatpmajor 
général,  ont  servi  de  base  à  la  reconnaissance  hydro- 
graphique des  côtes.  On  trouve  dans  le  texte  du  petit 
atlas  déj^  publié  les  détails  de  tous  les  soins  qui  ont  été 
pris  pour  rendre  le  travail   des  sondes  aussi   exact 
que  possible  :   celles  qui  ont  été  prises  auprès  de  la 
côte  ont  été  déterminées  au  moyen  d'angles  observés 
sur  des  objets  terrestres;  celles  du  large  ont  élé  fixées 
en  latitude  par  des  observations  de  hauteurs  du  soleil , 
et  en  longitude  parle  moyen  de  plusieurs  chronomètres 
réglés  sur  les  positions  les  plus  voisines.  Enfin  la  dé- 
clinaison de  l'aiguille  aimantée  a  été  observée  sur  un 
grand  nombre  de  points,  au  moyen  de  deux  excellentes 
boussoles.  Nous  remarquerons  que  sur  les  cartes  déjà 
publiées  de  cet  atlas  les  roses  de  vent  sont  tracées  sur 
le  nord  du  compas  et  non  pas  sur  le  nord  du  monde  ; 
ce  systèine  est  suivi  aussi  sur  les  cartes  marines  pu- 


(  3'9  ) 
bliées  par  le  bureau  hydrographique  de  Copenhague  ; 
enoulre  les  profondeurs  sont  données  en  mesures  an- 
glaises et  de  deux  manières*  au-dessus  de  3  brasses 
en  brasses  de  6  pieds .  et  au-dessous  de  celle  pro- 
fondeur en  pieds.  Nous  ajouterons  que  la  sépa- 
ration entre  ces  deux  natures  de  sonde  est  tracée 
par  une  ligne  de  points,  triple  et  assez  distincte  pour 
qu'il  ne  puisse  y  avoir  d'incertitude.  Lorsque  des 
écueils  ou  dangers  isolés  ont  présenté  une  profondeur 
assez  petite  pour  devoir  être  exprimée  en  pieds ,  on 
y  a  ajouté  le  mot  pieds  en  toutes  lettres.  P.  D. 

Voici  le  tableau  descriptif  des  phares. 


•HA  M19  inédit 


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(    «2»     ) 


DEUXIEME    SECTION^ 


Actes  de  la  Société. 

EXTRAIT  DES  PROCÈS-YERBAUX   DES  SÉANCES. 


PRisIDRlfCB    DE    M.    l'aMIBAL   DUMONT    d'oIIVILLB. 


Séance  du  4  mars  1 84s. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

M.  Jomard  fait  observer^  au  sujet  de  la  présentation 
de  l'atlas  de  M.  le  vicomte  de  Santarem,  mentionnée 
au  procès-verbal ,  quHl  s'occupe  aussi  depuis  plusieurs 
années  de  former  une  collection  de  cartes  du  moyen- 
âge  pour  en  faire  l'objet  d'une  publication,  et  qu'il 
croit  nécessaire  de  présenter  dès  aujourd'hui  cette  ob- 
servation, afin  qu'en  publiant  plus  tard  de  son  côté 
des  monuments  que  M.  de  Santarem  a  aussi  fait  entrer 
dans  son  travail,  il  ne  puisse  encourir  aucune  accusa- 
tion de  plagiat. 

M.  de  Santarem  répond  que  loin  de  contester  à 
M.  Jomard  la  priorité  de  ses  projets  de  publication ,  il 
a  mentionné  lui-même,  dans  la  préface  du  volume  des- 
tiné à  accompagner  son  atlas ,  les  travaux  que  pré- 
pare sont  savant  collègue. 

M.  Jomard  déclare  qu'il  se  trouve  complélement  sa- 
tisfait de  cette  explication. 


(  22«   ; 

M.  d'Avezac  ajoute  qu'il  avait  conçu  lui-même,  il  y 
a  quelques  années,  un  projet  semblable;  mais  qu'il 
avait  cru  (devoir  y  renoncer,  par  déférence  pour  les  vues 
de  M.  Jomard,  quand  celui-ci  lui  eut  fait  connaître  son 
dessein  de  réunir  en  un  seul  corps  une  série  des  cartes 
les  plus  remarquables  du  moyen-âge. 

M.  le  Dr  Kriegk,  membre  de  la  Société  de  géogra- 
phie de  Francfort ,  écrit  à  la  Commission  centrale 
pour  la  remercier  du  titre  de  correspondant  éiranger 
qui  lui  a  élé  décerné  dans  une  des  dernières  séances. 

M.  le  ministre  de  la  guerre  adresse  a  la  Société  un 
exemplaire  du  tableau  de  la  situation  des  établisse- 
ments français  dans  TAIgérie  en  iS^o,  publié  par  son 
déparlement.  La  Commission  centrale  vote  des  remer- 
ciements à  H.  le  ministre ,  et  prie  M.  Roux  de  Rochelle 
de  rendre  compte  de  cet  ouvrage. 

M.  Jomard  informe  la  Commission  centrale  de  la 
perle  qu'elle  vient  de  faire  de  M.  le  baron  Costaz,  un 
de  ses  membres  les  plus  distingués.  Sur  la  demande 
de  M.  le  président,  M.  Jomard  se  charge  de  lire  à  la 
prochaine  assemblée  générale  une  notice  biographi- 
que sur  ce  savant,  recommandable  à  tant  de  litres. 

M.  Roux  de  Rochelle  communique  nne  lettre  de 
M.  du  Ponceau  ,  président  de  la  Société  philosophi- 
que américaine  de  Philadelphie.  M.  du  Ponceau  re- 
mercie la  Commission  centrale  de  l'envoi  de  ses  intéres- 
sants Bulletins  »  et  annonce  la  mort  de  M.  Yaughan , 
bibliothécaire  de  la  même  Société,  auquel  la  Commis- 
sion doit  plusieurs  communications  utiles. 

M.  Barbie  du  Bocage  annonce  à  la  Société  la  pré- 
sence de  M.  Georges  Sumner,  voyageur  américain, 
qui,  après  avoir  parcouru  les  divers  États  de  l'Union  , 
partit  en  i838  de  Boston  |  our  se  rendre  en  Danemark 


(  "3  ) 
et  ensuite  à  Saint-Pétersbourg;  il  trav(»rsa  toute  ]a 
Russie  d'Europe ,  ? isita  successivement  les  monts  Ou- 
rais,  la  Crimée  »  la  côte  et  le  pays  des  Abazes,  le  Pont- 
Eaxin  ,  Constantinople,  Smyrne  et  les  lies  deFarchi- 
pel,  d'où  il  se  rendit  dans  la  Syrie,  qu'il  parcourut  en 
difers  sens.  De  Déirel-Kammar  à  Balbec,  il  suivit  une 
route  que  les  voyageurs  n'avaient  pas  encore  fait  con- 
naître; de  Balbeck  il  se  rendit  è  Damas,  aux  sources 
du  Jourdain  ,  à  Jérusalem ,  à  fieyrout ,  puis  en  Egypte 
et  en  Nubie,  d'où  il  revint  s'embarquer  A  Alexandrie 
pour  se  rendre  en  Grèce;  de  là  il  passa  aux  Iles  Ion- 
nienneset  en  Italie^  pour  remonter  dans  l'Europe  cen« 
traie  et  visiter  l'Autriche,  la  Hongrie,  la  Transylvanie 
et  plusieurs  contrées  de  l'Allemagne.  M.  Suraner,  dans 
le  cours  de  ses  longs  voyages,  s'est  rois  en  relation 
avec  plusieurs  savants  qui  ont  apprécié  ses  travaux»  re- 
latifs surtout  à  la  statistique  et  à  la  géographie. 

La  Commission  centrale  adresse  des  félicitations  à 
M.  Sumner,  et  M.  le  président  l'invite  à  vouloir  bien 
communiquer  à  la  Société  une  Notice  des  nombreux 
documents  qu'il  a  recueillis  dans  ses  voyages. 

M.  Barbie  du  Bocage  communique  des  renseigne- 
ments tnpographiques  sur  Tiàthme  de  Panama,  et 
sur  les  moyens  de  transport  qui  y  sont  offerts  aux 
voyageurs.  Ces  renseignements,  extraits  d'une  lettre 
qu'il  a  Toçue  de  M.  Lemoioe ,  consul-général  de  France 
en  Bolivie ,  sont  renvoyés  au  comité  du  Bulletin. 

Le  même  membre  annonce  le  départ  de  M.  Soulange 
Bodin ,  élève  vice-consul  de  France  à  Smyrne ,  et  il 
prie  la  Commission  centrale  de  lui  adresser  une  série 
de  questions. 

M.  d'Avezac  donne  lecture  d'un  Mémoire  qui  lui  a 
été  remis  par  M.  R.  Thomassy,  sur  les  travaux  géogra- 


(     224) 

phiqucft  de  Guillaume  Pilastre ,  nolanmieDt  âur  les 
annotations  mises  par  le  savant  cardinal  à  un  manus- 
crit de  la  géographie  de  Ptolémée,  conservé  à  Nancy, 
et  déjà  connu  par  l'intéressante  Notice  de  M.  Blau ,  qui 
a  publié  une  curieuse  carte  du  Nord  »  renfermée  dans 
ce  manuscrit. 

La  Commission  centrale  nomme  au  scrutin  une  Com- 
mission spéciale  composée  de  MM.  Eyriès,  Jomard  et 
Roux  de  Rochelle  pour  s'occuper  du  concours  relatif 
au  prix  proposé  par  S.  A.  R.  H*'  le  duc  d'Orléans,  en 
faveur  du  navigateur  ou  du  voyageur  dont  les  travaux  au» 
ront  procuré  à  la  France  la  découverte  la  plus  utile  à 
l'agriculture,  à  l'industrie  ou  à  l'humanité. 

(  La  suite  des  séances  et  des  ouvrages  offerts  au  numéro  prochain.  ) 


BULLETIN 


DE    LA 


SOCIETE  DE  GEOGRAPHIE. 


AVRIL     1842. 


PREMIERE    SECTIO]^. 


MÉMOIRES,   EXTRAITS,   ANALYSKS  ET  RAPPORTS. 


Des  EivikRES  naifigMes  et  flottables  de  V empire 

de  Russie, 


Pendant  ses  longs  voyages  au  nord  et  au  midi  de  l'Europe  de- 
puis fSi5  jasquen  i8i5,  M,  Cocbelet,  qui  dirigeait  alors  nne 
vaste  entreprise  industrielle  et  ^oipmerciale ,  se. livra  à  nne  étnde 
approfondie  des  voies  de  communication  par  eau  ,  U<'s  divers 
pays  qo'îl  par(t>urut ,  afin  de  fat:iliter  le  commerce  d'échanges. 
£11  Russie,  oa  lui  remit,  sur  tes  rivières  navigables  et  flottablca 
de  ce  vaste  empire,  un  travail  dont  ou  lui  a  garanti  Texactitude, 
Malgré  son  ancienneté,  et  comme  il  appartient  à  fa  géographie 
physique ,  M*  Cochelet  a  pensé  qu'il  pourrait  être  consulté  uli« 
ieiiieijt.  Il  a  donc  cru  devoir  l'insérer  dans  le  Bulletin  delà 
Société  de  géographie  dont  la  direction  lui  a  été  confiée ,  en  ob- 
servant toutefois  que  dans  l'état  actuel  de  l'impulsion  donnée 
dans  tous  les  pays  aux  voies  de  communication  ,  il  a  dû  être  fait 
certainement  en  Russie  de  nouveaux,  travaux ,  pour  rendre  plus 
facile  la  navigation  des  rivières. 

I. 

Rivières  liimtit>pKes  et-  frbntiàres.' 

La  Russie  étant  bornée  au  nord  et  à  Test  par  deux 
océans,  c'est  principalement  à  Touest  et  au  sud  de  ce 

XVII.     AVRIL.    1.  i5 


(    926    ) 

vaste  empire  que  ses  limites  sont  en  partie  arrosées 
par  des  rivières. 

Il  y  eD  a  de  très  remarquables  »  tant  à  cause  de  leur 
grandeur  que  par  les  services  qu'elles  rendent  au  com- 
merce avec  les  puissances  étrangères. 

Les  rivières  limitrophes  au  sud  de  l'empire  sont 
en  général  de  peu  d'utilité  pour  la  navigation. 

Le  Pruth  y  qui  sort  des  monts  Carpathes  dans  la  Bu- 
covina ,  et  qui  se  déctiarge  dans  le  Danube»  est  jusqu'à 
présent  d*one  faible  importa nce  hydrographique ,  de 
même  que  les  bouches  dudit  fleuve  qui  séparent  la 
Russie  de  la  Turquie  européenne  et  la  Bessarabie  de  la 
Bulgarie. 

Le  Dniestr  descend  aussi  de  la  chaîne  des  monts 
Carpathes  et  se  perd  dans  la  mer  Noire.  Ce  fleuve  est 
navigable  depuis  Stria  en  Gallicie  lors  de  la  fonte  des 
neiges  jusqu'au  mois  de  juillet.  A  cette  époque  des 
bateaux  chargés  de  i.Soo  à  S^ooopouds  déport,  et  ti- 
rant de  s  à  s  i/s  pieds  décharge ,  peuvent  le  descendre. 
On  flotte  du  bois  pendant  toute  la  saison  des  eaux  cou- 
rantes. Jusqu'à  présent  la  navigation  ne  s'est  pas  éton- 
due  au'-delà  de  vingt  à  trente  bateaux  par  an.  Ceux-ci 
se  rendent  à  Ovidiopold  et  Odessa.  Ils  remontent  en 
automne ,  à  l'aide  de  halage  à  bras  d'hommes. 

Aucune  branche  latérale  du  Dniestr  n^est  navi- 
gable. 

La  crue  des  eaux  du  printemps  est  de  i4  à  ao  pieds 
au-dessus  des  eaux  de  l'été. 

La  Fistule  sort  aussi  des  monts  Carpathes;  elle  tra- 
verse une  partie  de  la  Gallicie»  du  royaume  de  Pologne 
et  de  la  Prusse,  oix  çUe  débouche  prèa  de  la  ville  de 
Dantûg  dans  la  mer  Baltique.  Les  habitant»  du 
royaume  de  Pologne  profitent  de  la  navigation  de  cette 


(  2«7  ) 
rinère  et  de  ses  affluents  pour  envoyer  leurs  produc^ 
lions ,  el  principalement  leurs  blés,  à  Varsovie ,  Danl- 
lig  et  Kônîgsberg. 
Le  principal  affluetit  de  la  Vistule  est  : 
Le  Boug  occidenial,  qui  sort  de  laGallicie,  et  devient 
navigable  depuis  Ousllong  près  de  Wladimir  en  XVoi- 
hjnie.  Il  y  passe  jusqu'à  cent  soiiante  embarcations  par 
an  de  i,5oo  à  â»ooo  pouds  de  port  et  de  â  pieds  de 
profondeur. 

Depuis  la  fin  de  juin  jusqu'à  la  mi-septembre ,  la 
rinère  manque  d*éau.  En  automne  les  bateaux  re-- 

tournent, 

> 

Les  rivières  latérales  du  Boug  sont  : 

La  Moukhaifetz ,  du  gouvernement  de  Grodna.  Elle 
débouche  avec  les  eau^  du  printemps  quelques  ba- 
teaux et  radeaux  de  bois  ;  le  reste  de  Télé»  elle  n'ei^f 
pas  navigable  ainsi  que  la  Narew .  du  gouvernement 
de  Grodno,  et  la  Bobra  de  la  province  de  Bîalystok, 

Le  Niémen  ou  Memel  sort  du  gouvernement  de 
Minsk  ,  et  se  jette  dans  la  Baltique  près  de  la  ville  de 
MemeL  11  est  navigable  jusqu'au  mois  de  juillet,  de- 
puis l'échelle  de  Stoplz  jusqu'à  celle  de  Slosty»  conti- 
nueUemeot..  Il  y  pa^ae  qui^tre  c^nttià  j^Li  cepts  barqaes 
e|  hfiteaQX  de  s,ooo  à  iS^ooo  pouds  de  charge ,  et  jus- 
qu'à 5  pî^ds  de  profondeur  au  printemps»  et  %  piedt 
pendant  l'été  et  l'automne.  Les  bateaux  retournent  en 
automne. 

Op  flotte  si|r  le  Niémen  beaucoup  de  bois  de  con- 
struction et  quelques  mâtures  en  radeaux;  les  bâti* 
menks  paosent  au  port  de  Memel  i  et  la  plus  grande 
partie  à  Kônigsberg  par  le  canal  de  Frédéric  et  la  ri* 
vière  poinvi^  laPrégel^ 


(  115.8  ) 

La  crue  des  eaux  an  printemps  est  de  lo  à  iS  pieds 
au*dessiis  des  eaux  de  l'été. 

Des  rivières  latérales  du  Niémen  sont  navigables, 
telles  que  : 

a.  La  Chara^  jointe  parle  canal  d'Oguinski  aux  eaux 
du  Dniepr.  Elle  n'est  navigable  jusqu'à  présent  que 
jusqu'au  mois  de  juillet.  On  travaille  à  ce  qu'elle  le 
soit  tout  l'été.  On  y  passe  avec  des  bateaux  de  a,ooo 
pouds  de  port  et  de  *à  pieds  de  profondeur. 

h,  La  fVilia  de  sa  droite  est  navigable  avec  les 
hautes  eaux  au  printemps,  depuis  l'échelle  de  Wileika 
et  Wilna.  Elle  transporte  annuellement  soixante  à  qua- 
tre-vingts  bateaux  avec  a  à  ^jooo  pouds  de  charge  et  3 
à  4  pieds  de  profondeur  depuis  Yanof,  et  pendant 
fout  Tété. 

c,  La  Neviega  de  sa  droite  est  flottable  avec  les  hau- 
tes eaux  du  printemps  depuis  Ponewège ,  et  navigable 
pendant  tout  l'été  depuis  Keydany. 

d,  La  Doubissa^ 

e,  La  Youria  , 

J.  La  Meritchaïka , 

g.  La  Zeha , 

A.  La  Misitch , 

Petites  rivières  latérales  du  Niémen  sur  lesquelles , 
lors  de  la  crue  des  eaux,  quelques  propriétaires  rive- 
Tains  font  descendre  les  bois  qu'ils  destinent  an  com- 
merce. 

La  navigation  du  Niémen  a  lieu  depuis  Grodho  jus- 
qu'à Yourbourg  en  commun  avec  les  puissances  limi- 
trophes. 

La  crue  des  eaux  au  printem)>s  esrt  de  !8  pieds  àti* 
dessus  de  celles  de  l'été. 

La  }Vmdai^»n  sort  du  gouvernement  de  Grodno ,  lé 


(  a«9  ) 
parcourt  ain»  qae  celui  de  la  Caurl£fnde»  ei  se  jaUe. 
dans  la  mer  Baltique.  On  y  navigoe,  aju.prioleoips  de- 
puis Goldingen.  On  y  remarque  aussi  ie^ilotlage  de 
quelques  bois  de  construciioo  au  port  de  Windau. 

Toutes  les  autres  rivières  de  la  Gourlande  ne  sont 
pas  navigables. 

II. 

Rivières  en  lt£[nes  paraHèlen  arec  la  frontière  entre  b  Balti<)tie  et  l.i 

mer  Noire. 


L  Le  Dniepr^  qui  sort  du  gouvernement  de  Suap- 
lensk»  traverse  celui  deMogilef,  dpvienlUmUe  entre  ceux 
de  Minsk,  de  Kief.et  de  Khers  par^^sa  rive  droite  «  et 
de  ceux  de  Tschingof.el  de  Polteva  par  sa  rive  gauche , 
parcourt  ensuite  le  gouvernement  de.CatheiinoJilavv  . 
et  forme  ensuite  à  son  embouchure  dans  la  mer  Noire 
un  golfe  appelé  Liman,  en  séparant  le  gouvernement 
de  Kherson  de  celui  de  Tauride. 

Le  Dniepr  est  navigable  depuis  Dorogoboucke  »  lors 
des  hautes  eaux  du  printemps  jusqu^à  la  fin  de  mai  ; 
depuis  Smolensk' jusqu'à  la  mi*)uin^et  depuis  Mogilef 
jusqu'à  'la  mer  Noire»  pendant  toute  la  saison  des 
eaux.  Jusqu'à  la  fin  de  juin  »  les  barques  et  les  bateaux 
peuvent  naviguer  ayec  s  à  4  pieds  de  charge  »  et  pen- 
dant le  reste  de  l'été  avec  s  pieds  seulement. 

Les  bâtiments  servante  la  navigation  sont  des. espè- 
ces de  barques  fortes  nommées  baydaky  et  demi»bay- 
dakag  de  4»ooo  à  10,000  pouds  de  pori,  des  domba  de 
i,«oo  à  «iSoo  pouds  de  port,  et  donde,  qui  n'en  ont 
que  5on  à  800. 

L'activité  de  la  navigation  du  Dniepr  et  de  son  bassin 


(    930    ) 

eât  d'environ  sept  oenls  bâtiments  de  différeiils  cali*^ 
bres ,  dont  deu:^  à  quatre  cents  descendept  le  fleuve 
jusqu'à  Kherson  sans  retourner,  et  d'autres  au  con* 
traire  depuis  Kremçntchoug  le  remontent 

Les  cataractes  ne  permettent  pas  aux  bàtknents  de 
remonter  le  bas  Dniepr.  Qn  a  nettoyé  et  approfondi 
dans  le  lit  des  cataractes  des  canaux  pour  le  passage 
des  embarcations  à  la  grande  cataracte  de  Nenasi- 
tenskoi.  On  a  percé  un  canal  de  dérivation  à  travers 
du  roc  vif  sur  le  côté  droit  du  fleuve.  On  y  a  construit 
deux  grandes  écluses  à  sas  ;  Tune  et  Tautre  sont  très 
utiles.  Si  l'on  exécute  les  mêmes  dispositions  aux  au- 
tres cataraptes  •  elles  pourront  être  remontées  avec  les 
embarcations. 

Les  hautes  eaux  du  Dniepr  sont  à  Smplensk  ée  16 
à  to  pieds ,  à  Rief  de  so ,  à  Krementchoùg  de  «o»  aux 
ctttoraetes  de  8;  au-dessous  des  cataraetes  de  7  à  is^ 
aux  embouchures  de  &  à  6. 

Les  rivières  navigables  latérales  du  Dniepr  sont  : 

a.  La  Bérésina  :  de  la  droite»  elle  est  iHivigable  avec 
les  hautes  eaux  jusqu'au  mois  de  juillet  pour  âne  charge 
des  i/s  pieds  de  profondeur  depuis  son  embouchure 
jusqu'au  cariai  de  Jonction.  Des  bàtiifticats  du  Dni<^pr>» 
les  barques  et  demi-barques  y  passent  Gacilement  »  suc^ 
-tout  îusqu'à  Bobruiss  et  Borissof  avec  phis  de  di^ouL- 
lés  jusqu'au  canal  de  Bérésina  qui  forme  la  Aecoode 
ligne  de  communication  par  eau  ouverte  entre  le 
Dniepr ,  la  m^r  Noire  et  la  Baltique, 

Le  canal  de  Jonction  a  qu^ifcorse  éduses  à  sas  sur  uim^ 
dislaîDce  de  5o  wersies.  Il  en  exige  encore  une  ou 
deux  sur  le  Sergoutche  pour  conserver  leaeaux  au  point 
de  partage.  Jusqu'à  présent ,  il  n'y  a  de  l'eau  suffisante 
Que  îusqu'w  mois  de  juillet. 


\  »5i   ) 

La  partie  ftupériemre  de  la  Bérédina  eiige  ebcore 
beaucoup  de  travaux  pour  qu'elle  soit  navigable. 

La  crue  des  eaux  au  printemps  est  au  point  de  par- 
tage de  6  pieds;  au  débouché  du  canal  de  lo;  à  Boris- 
sof  de  i8;  à  Tembouchure  de  la  Bérésina  de  9i  i  s4 
pi^s. 

b.  h^Soja^  et 

c.  UYpont,  de  la  gauche,  navigables  au  printemps 
pour  le  flottage  des  bois  jusqu'aux  environs  de  Mo* 
tielevl  et  Roubeo;  en  été  jusqu'à  Tomel  et  Novoîe- 
Hesto  avec  s  pieds  d'eau,  et  au  printemps  pour  les 
plus  grosses  barques  du  Dniepr. 

Les  inondations  du  Dniepr  à  sa  pattie  basse  sont  de 
is  k  96  pieds  au-dessus  des  eaux  de  l'été. 

d.  Le  Pr^te.  Cette  rivière  est  jointe  par  le  canal 
d'Oguinski  à  la  Cbara»  et  fait  la  p*remière  ligne  de 
communication  par  eau^  ouverte  entre  le  Dniepr  et 
la  Baltique.  Elle  est  navigable  au  printemps  vers  la 
mi-juin  ju;iqu'à  Pinen  avec  3  ou  4  pieds  de  tire  d'eau; 
en  été»  elle  ne  l'est  qu'avec  2  pieds« 

Les  ^bâtiments  du  Dniepr  peuvent  généralement  na- 
viguer sur  cette  rivière;  on  les  déchargea  Pinak  dans 
des  bateaux  de  i»Soo  à  s.ooo  pouds  de  port  pour  le 
passage  de  la  Yatsolda  et  du  canal  d'OguinskL  Ils  ne 
tirent  que  s  pieds  1  pouce  d'eau.  Lfi  crue>  des  eaui^  ». 
aux  environs  du  can.al,  est  de  7  pieds. 

Le  canal  est  toujours  navigable  jusqu'à  la  gelé«î*  Il  a 
dix  écluses  à  sas  sur  une  distance  de  4&  werstes»  vers 
son  embouchure  dans  la  Ghara.  Le  seul  obstacle  de 
cette  navigation  existe  dans  la  Ghara,.  qui  n'est  n.avi- 
gable  que  jusqu'en  juillet  On  compte  remédiei;  à  cet 
inconvénient. 


(    239    ) 

Aux  environs  de  Pinsk ,  le  Pnpeie  est  formé  de  plu- 
sieurs rivières  latérales  : 

1^  Le  Gorisen  avec  sa  rivière  latérale  le  Slouiche.  La 
première  est  navigable  au  printemps  iua<}u'à  la  mi- 
juin,  et  l'autre  jusqu'aux  environs  de  Wolgesk  pour 
l'espèce  de  bâtiments  qui  passent  le  canal  d'Oguinski, 
et  en  été  jusqu'à  leur  jonction.  On  travaille  pour  les 
rendre  navigables  dans  toutes  les  saisons. 

%""  Le  Stjrr^  à  la  droite  du  Pripete.  Il  est  navigable 
pour  les  mêmes  bâtimenls  jusqu'à  la  mi-juin. 

S*'  La  Pina ,  à  la  gauche  du  Pripete ,  n'est  naviga- 
ble que  pendant  quinze  jours  du  printemps  par  le  ca- 
nal  du  Roi ,  et  la  Moukchavitsa  dans  le  Boug  occidental. 
Il  a  passé  environ  huit  bateaux  de  la  sorte  marqués  au 
canal  O^uinski. 

4^  La  Yatsolda  de  la  même  rive  est  navigable  pen- 
dant toute  la  durée  de  la  navigation  commune. 

5^  La  Ptitcha  sur  la  rive  gauche  du  fleuve  apporte 
beaucoup  de  bois,  et  environ  huit  barques  des  envi- 
rons de  Minsk. 

6°  VOucka  sur  la  rive  droite  en  fait  autant  des  en- 
virons d'Igoumène  (  gouvernement  de  Wolhynie }. 

Ces  deux  dernières  rivières  ne  sont  pas  navigables 
pendant  les  chaleurs  de  l'été. 

e.  La  Desna  sur  la  gauche  du  Dniepr.  Elle  est  navi- 
gable au  printemps  jusqu'à  Briansk  pour  une  charge 
de  i8  à  9o  pouces  de  profondeur.  Les  bâtiments  du 
Dniepr  peuvent  y  naviguer. 

La  Bolva  est  un  rameau  de  la  Desna ,  flottable  au 
printemps. 

f,  La  Téterewa  et 

^.  Le  Rosse ,  sur  la  droite  du  Dniepr,  transportent 
nu  printemps  des  bois  de  construction. 


(  s55  ) 

A.  Le  Pisiol  et 

1.  La  Worskia  sur  la  gauche  débouchent  au  prin^ 
temps  dans  le  Dniepr  avec  une  dizaine  de  barques  et 
quelques  radeaux  de  boia. 

Toutes  les  autres  rivières  latérales  du  Dniepr  ne 
sont  que  des  torrents  presque  sans  eau  en  été. 

y.  Le  Boug  orientai  débouche  aux  embouchures  du 
Dniepr.  Il  est  nangable  pendant  toute  la  saison  des 
eaux  courantes  jusqu'à  SokoU  pour  des  bâtiments  qui 
tirent  4  pieds  d'eau ,  et  jusqu'à  Nicolaief  pour  des  vais* 
seaux  de  ligne.  Le  reste  du  Boug,  depuis  Sokoli  jusqu'à 
Viniiza,  n'est  qu'un  torrent  continuel  d'aucun  service 
pour  la  navigation. 

La  crue  des  caqx  à  ses  sources  jusqu'à  Vîniisa  est 
de  is  à  18  pieds,  aux  cataractes  de  8  pieds,  à  Sokoli 
16  pieds* 

2.  La  Duna  ocoitlenùaU,  Elle  a  sa  source  près  de  celle 
du  Volga  •  dans  le  gouvernement  de  Twer.  Elle  sort  du 
lacDometx  ou  Okiivate,  travi^rse  les  gouvernements  de 
Pskof  et  de  Witepsk,  forme  la  limite  de  .la  Cour* 
lande  et  de  la  Livoniç,  et  se  décharge  près  de  Riga  à 
Donamunde  dans  le  golfe  de  Riga.  Elle  est  navigable 
dés  ses  sources  avec  l'Obscha ,  aux  premières  eaux  du 
printemps ,  pour  une  quinzaine  de  jours  ou  trois  se- 
maines jusqu'à  Velige.  Elle  continue  d'être  navigable 
jusqu'à  Souragc  pendant  tout  le  mois  de  juin ,  et  on 
peut  y  naviguer  jusqu'aux  gelées ,  depuis  son  confluent 
avec  rOulla  avec  des  charges  de  30  pouces  de  tire  d'eau, 
après  le  commencement  de  juillet.  Avant  ce  terme ,  on 
descend  la  Duna  avec'3  i/s  pieds  de  charge. 

Les  bâtiments  qu'on  y  emploie  sont  de  grandes  bar- 
ques nommées  sfrougui,  de  6,000  à  10,000  pouds  de 
port ,  des   barques  simples  ou  domi-strougui  de  3  à 


(a54) 

4*000  pouds,  et  des  botes  de  1,000  à  i,5oo  ponds  de 
port.  On  y  flotte  aussi  beaucoup  de  bois  de  construc- 
tioD  ,  surtout  des  iDàU«  L'un  dans  l'autre,  il  y  a  an- 
nuellement de  six  cents  à  onxe  cents  de  ces  embarca- 
tions qui  débouchent  au  port  de  Riga. 

Les  bâtiments  retournent  en  partie  en  automne  jus^ 
qu'à  Witepsk. 

La  crue  des  eaux  au  printemps  est  de  «o  à  3o  pieds. 

Les  rivières  navigables  latéral»  de  la  Dona  sont  : 

a^  h'Oulla  sur  la  rive  gauche,  la  plus  considérable 
de  toutes ,  parce  qu'elle  sert  de  débouché  au  canal  de 
Bérésina.  Elle  est  navigable  jusqu'à  lami-juiil  pour  des 
charges  de  3  à  4  pieds  de  profondeur,  et  pendant 
le  reste  de  la  saison  jusqu'à  la  gelée  pour  des  dbar-* 
ges  de  s  pieds  seulement.  Il  y  a  déjà  trois  écluses  à 
sas  ;  on  doit  en  ajouter  encore  deux  ou  trois  potw 
avoir  constamment  la  profondeur  nécessaire  pendant 
l'été. 

Les  mêmes  bâtiments  qui  paésent  la  Bérésina  voo| 
également  par  l'Ouila. 

La  crue  des  eaux  est  de  i5  à  a4  pieds. 

b.  La  Disna  sur  la  rive  gauche. 

c.  UOgr^  et 

d.  La  Polotka  sur  la  rive  droite. 

Ces  trois  rivières  sont  navigables  pendant  peu  d» 
jours  du  printemps.  On  y  flotte  des  bois  de  construc- 
tion. 

e.  La  Solder- jéa  sur  la  rive  gauche  débouche  dans  la 
Duna  sous  le  fort  de  Dunamunde.  Elle  est  navigable 
en  passant  du  côté  de  Mittau  depuis  Bauske  P9ur  dea 
bâtiments  qui  tirent  s  i/s  pieds  d'eau. 

La  Moucha  et 


(  a55  ) 

La  Laimiase  jettent  dans  la  Bolder-Aa,  et  traosper- 
tent  quelques  bois  de  oonstroetien. 

III. 

Rifim»  d«s  o6tM  Je  k  Livonie  et  de  Y^gAow  entre  le  folfis  de  Riga 
tt  c^i  de  la  Neva,  d^bovKhaot  dan»  la  Balliqpie,  Le  golfe  de  Fii>> 
laode  et  dans  le  lac  Peipas. 


1.  La  Treiden-Aa,  Elle  sort  du  gouvernement  de  Lî-> 
Toaie  ,  district  de  Vinden ,  traverse  une  assez  grande 
partie  de  la  Livonie  en  dirigeant  son  cours  vers  le  nord, 
ensuite  vers  l'ouest ,  et  se  décharge  dans  le  golfe  de 
Riga  au  nord-est  de  cette  ville. 

Cette  rivière  est  une  espèce  de  torrent;  cependant 
au  printemps  elle  transporte  une  cinquantaine  de  bar- 
ques et  des  radeaux.  On  embarque  les  cargaisons  à 
l'embouchure  de  cette  rivière  »  d'où  on  les  transporte 
ensuite  par  des  allèges  au  pori  de  Riga. 

s.  La  Fermera ,  petite  rivière  de  la  Livonie  qui  dé- 
bouche dans  le  port  de  Pemau.  Elle  porte  annuelle- 
ment cent  à  cent  vingt  barques  ou  strougui  de  s,ooo 
à  5,000  pouds  de  port.  La  navigation  se  fait  au  prin- 
temps depuis  Tellen  avec  2  pieds  de  tire  d'eau.  En  été» 
on  y  navigue  difficilement ,  parce  qu*elle  est  remplie 
de  rapides  et  d'écueils. 

La  crue  des  eaux  est  de  1 9 ,  16  à  90  pieds. 

Toutes  les  autres  rivières  le  long  des  cAles  du  golfe 
ne  sont  que  des  torrents  jusqu'au  port  de  Natva»  sans 
aucune  utilité. 

5.  La  Narwpa  sort  du  lac  Peipua  ou  TscAiondskoié. 
BHe  sépare  Ie7«  arrondissement  du  i^^etlegoarveme- 
ment  d'fiatUenie  do  celui  de  Saint^Pèlersbourig.  Elle  «e 


(  356  ) 

jette  près  de  la  ville  de  Narva ,  dans  le  golCe  de  Fin- 
lande ,  formant  une  anse  aasez  large  qu'on  nomme 
aussi  souvent  golfe  de  Narva.  Cette  rivière  transporte 
environ  deux  cent  cinquante  bateaux  qui  viennent  du 
lac  Peipus.  Ceux-ci  sont  de  800  à4f5oo  poudsdeport» 
la  plupart  pontés  à  cause  du  passage  du  lac.  Ils  dé- 
chargent leurs  cargaisons  au-dessus  de  la  grande  cata- 
racte. De  là  ,  ou  fait  le  transport  jusqu'aux  magasins  de 
la  ville  par  terre,  d'où  les  chargements  sont  conduits 
jusqu'aux  vaisseaux  par  des  allèges.  Là  Narowa  supé-- 
rieure  ne  permet  que  s  ou  3  pieds  de  charge.  Au  prin- 
temps, on  flotte  sur  dette  rivière  beaucoup  de  bois  de 
construction  pour  le  commerce  étranger.  Ce  bois  des- 
cend la  Plussa  j  rivière  latérale  sur  la  droite  de  la 
Narowa. 

La  crue  des  eaux  au-dessus  de  la  cataracte  est  de  10 
pieds.  Au-dessous,  jusqu'au  fort ,  de  5  à  6  pieds;  la 
partie  inférieure  jusqu'au  port  n'a  que  5  à  6  pieds  de 
profondeur.  Voilà  pourquoi  les  vaisseaux  ne  peuvent 
aborder  jusqu'à  la  ville. 

4.  La  JVelikaia , 

5.  La  Werro,  et 

6.  V Embach,  qm  débouchent  dans  le  lacPeipuSy  Dfi 
sont  pas  navigables,  à  l'exception  de  la  Welikaia,  der 
puis  le  lac  jusqu'à  la  ville  de  Pskof  pendant.!  5  wersle^* 

7.  La  Louga  sort  des  marais  du  gouvernement  de  Nov- 
gorod »  passe  dans  celui  de  Saint --Pétersbourg ,  qu'elle 
traverjM  jusqu'à  son  embouchure  dans  le  gulfe  de.Pia** 
lande.  Elle  débouche  dans  le  port  de  Nai^a ,  par  la 
Rossona,  beaucoup  de  bois  de  construction  et  .une 
vingtaine  de  barques  ordinaires  qui  descendent  la  ri« 
vière  aveo  les  eaux  du  printemps,  ne  liraot  que  s  pieds 


(  «57  ) 
d'eau.  En  élé ,  ia  Looga  n'est  qu'un  torrent  de  peu  de 
profondeur. 

La  crue  des  eaux  est  de  so  pieds ,  et  près  du  golfe  de 
6  pieds. 

8.  La  Nei^a  sort  du  lac  Ladoga  à  Schlusselbourg,  tra- 
terse  le  gouvernement  de  Pétersbourg  et  sa  capitale  , 
où  elle  se  divise  en  plusieurs  branches ,  et  se  jette  au- 
dessous  de  celte  ville  dans  le  golfe  de  Finlande.  EUé 
compte  de  dix  à  douie  mille  embarcations  de  diffé* 
rentes  grandeurs  qui  y  naviguent  Ces>  embarcatioDs 
sont  de  5oo  à  i  a,ooo  pouds  de  port.  Elles  peuvent 
tirer  jusqu'à  7  pieds  de  profondeur. 

Les  barques  qui  arrivent  du  Volga  forment  le  plus 
grand  nombre  de  celles  qui  naviguent  sur  la  Neva. 
Les  autres  proviennent  des  lacs  d'IImène,  de  Ladoga, 
d'Onega,  et  principalement  de  l'activité  de  la-  naviga- 
tion proprement  dite  de  Pétersboui^. 

La  crue  des  eaux  au  printemps  est  de  6  pieds.  En 
été,  lorsque  les  vents  de  l'ouest  régnent,  elle  est  sou> 
vent  de  1  a  pieds. 

Le  canal  de  Ladoga  et  ses  annexes ,  ceux  de  Sias  et 
de  Svir ,  ont  une  grande  connexité  avec  la  navigation 
de  la  Neva.  Le  canal  Ladoga  ne  peut  contenir  que  des 
embarcationsdontle  tirant  d'eau  est  de4  pieds  1  pouce. 
On  évalue  à  douze  mille  le  nombre  de  celles  qui  y 
naviguent  annuellement.    La  crue  des  eaux  est  de 

6  pieds. 

Les  canaux  de  Sias  et  de  Svir  permettept  un  tirant 
d'eau  de  6  1/8  pieds;  mais  les  bâtiments  qui  y  navi- 
guent, étant  destinés  à  entrer  dans  le  canal  Ladoga, 
ne  peuvent  être  que  de  la  dimension  et  de  la  forme 
de  ceux  qiri  jjîaaseat  dans  ce  dernier.' 

Les  rifières  latérales  qui  affluent  dans  la  Neifa  sont  : 


(  ^^  ) 

a.  La  Slûvianka ,  qui  est  navigahâe  \  %  werstes  de 
5on  confluent.  Elle  sert  principalement  è  trao^orleff 
une  trentaine  de  barqaes  qui  portent  des  briques. 

h.  'UIjorcu  Elle  est  navigable  jusqu'à  la  fabrique  de 
Rolpino.  Le  tirant  d'eau  est  de  «  i/ft  pieds. 

c.  La  Tosna.  Lors  des  hautes  eaux ,  elle  est  nat iga- 
ble  jusqu'au  village  qui  porte  son  nom,  et  quand  les 
basses  eaux  arrivent,  on  y  navigue  jusqu'à  8  weistes 
de  son  confluent  avec  la  Neva.  On  c<mipte  entiron  cent 
vingt  barques  et  bateaux  qui  y  passent ,  dont  le  tirant 
d'eau  est  de  2  à  4  pieds. 

iL  La  Mga , 

e.  La  Moiàa ,  et 

f.  La  FonUmka^  sont  flottables  seulement  peur  des 
bois  de  chauffage  et  de  construction*  On  a  focmé  des 
canaux  des  deux  dernières  rivières. 

Sur  la  rive  droite  de  la  Neva  il  n'y  a  aucune  rivière 
remarquable  pour  Thydrographie.  LtiLaitha  ei  la  Ses- 
xm  ne  ^nt  pas  nav^iibles. 

IV. 

iUvièrQt  dk  la  fioliKide  sur  Icjf  qife  Fiavoit. 

• 

Quoiqu^l  y  ait  des  rivières  dont  la  masse  d*eau  soit 
^Considérable ,  telles  que  le  Kumène ,  le  Borgo ,  etc.  «  il 
n'y  en  a  aucune  qui  soit  navigable  »  qu'à  une  très  pe- 
4ite  distance  de  leur  embouchure.  On  peut  les  coûai- 
dérer  plutôt  comme  des  torrents. 

Sur  le  golfe  Bothni(|ne. 

Oa  cherche  à  rendre  la  rivière  Kouhw  laarigaUe.  Les 
travaux  qu'on  y  fait  continueroist  jusqu'à  ce  qu'^m  «it 
attônt  ce  bot  Jusqu'à  présent ,  il  n'y  passe  que  quel- 


(  «39) 
qoes  bateaux  et  radeaux,  à  l'époque  des  grosses  eaux. 

En  résumé,  ou  n'a  encore  que  des  renseignements 

très  vagues  sur  les  rivières  de  la  Finlande  »  qui  est 

réonie  à  la  Russie  seulement  depuis  1809.  D'après  les 

notions  générales  qui  ont  été  recueillies ,  il  parait  que 

toutes  les  rivières  des  côtes»  depuis  le  Koumo  jusqu'à 

Tornes,  ne  sont  que  des  torrents  dangereux  »  dont  la 

navigation  est  bornée  à  leur  embouchure. 

V. 

Rivières  des  deux  océans. 
«.  Océan  ieptentrional. 


Entre  le  Peies  et  le  Rem,  les  rivières  ne  sont  d'au- 
cune importance  hydrographique. 

1 .  Le  Kern  sort  du  lac  Komito  dans  le  gouvernement 
d'Archangel ,  et  se  jette  dans  la  mer  Blanche  près  de 
la  ville  de  Kendt.  Son  volume  d'eau  est  considérable  ; 
mais  sa  navigation  est  nulle,  à  cause  des  chutes  d'eau 
et  des  cataractes  dont  elle  est  remplie.  La  ville  de  Kendt 
aune  centaine  de  b&timents  qui  tiennent  la  mer  pour 
la  pêche  de  la  morue. 

a.  Le  fFigh  sort  du  confluent  des  lacs  Wigh  et  Audo 
dans  le  gouvernement  d'Archangel ,  qu'il  traverse  en 
partie  avant  de  se  jeter  dans  la  mer  Blanche. 

5.  Le  Soumo  prend  sa  source  dans  le  lac  du  même 
nom ,  et  se  jette  dans  la  mer  Blanche. 

4.  VOnéga  sort  du  lac  Latcha  dans  le  gouverne- 
ment d'Olonetz,  et  se  jette  près  de  \à,  viUe  de  ce  qom. 
Cette  rivière  est  remplie  d'écueils  et  de  chutes  »  ipais 
son  volume  d'eau  est  considérable. 

5.  La  Duna  septentrionale  est  formée  de  la  réunion 


(  «4o  ) 

des  rivières  de  Soukhona  et  de  Jough,  qui  prennent 
leur  source  dans  le  gouvernement  de  Wologda ,  la 
première  dans  le  lac  Konbenskûîe ,  et  opèrent  leur 
jonction  à  Oustioug-Veliki.  La  Duna  traverse  le  gou- 
vernement d'Archange!,  et  se  jelle  plus  bas  que  la  ville 
de  ce  nom  dans  la  mer  Blanche.  Elle  est  navigable 
jusqu'h  Oustioug-Veliki,  depuis  l'endroit  où  elle  quitte 
le  lac.  Lors  des  basses  eaux^  la  navigation  offre  des 
difficultés.  On  compte  de  quatre  à  six  cents  barques 
qui  y  passent.  Celles-ci  se  nomment  karbassy.  Elles 
tirent  de  s  h  4  pieds  d*eau  ,  avec  i,5oo  à  8,000  pouds 
de  porL  On  y  flotte  beaucoup  de  bois  de  construction 
et  des  mâts  pour  l'amirauté  d'Archangel. 
Parmi  ces  rivières  latérales  on  remarque , 

a.  La  fVôlogdn  ,  navigable  jusqu'au  mois  de  juin. 

b.  Le  Jough  ,  et 

c\  La  Louza ,  qui  sont  navigables  pendant  toute  la 
saison  des  eaux.  Depuis  Nicolsk  et  Lalsk ,  elles  portent 
jusqu'à  cent  vingt  barques  du  poids  de  celles  de  la 
Duna. 

d.  La  TVaga ,  et 

e.  La  Yemtsa^  qui  sont  navigables,  mais  dont  on  se 
sert  peu. 

J,  La  ff^ytchegda,  qui  est  aussi  navigable.  On  cherche 
à  la  réunir  au  Volga  par  le  canal  de  Catherine.  Elle 
descend  quelques  barques. 

g.  T.a  Pinega,  navigable,  mais  peu  fréquentée  ;  elle 
fournit  beaucoup  de  bois  de  construction  au  port  d'Ar- 
changel. 

Les  autres  rivières  de  l'Océan  sepCénIrional  sont  : 

6.  Le  Kouloi ,  dont  la  navigation  est  ancienne. 

7.  Le  Mezène,  et 

8.  La  Petchora ,  dont  la  navigation  est  peu  connue. 


(    24l    ) 

9.  \JOb^  form^  de  la  réunion  de  la  Ria  et  de  la  Katou- 
nia,  dont  la  première  sort  du  lac  Allai.  Son  cours  est  de 
plus  de  3,000  werstes  ;  son  bassin  est  vaste ,  mais  S(^s 
affluents»  l'Irliche  réunie  au  Tobol,  au  Touza  e(  au  Ta- 
guil,  et  le  Ket,  servent  seuls  à  la  navigation. 

10.  Le  Taze ,  dont  la  navigation  est  nulle. 

11.  Le  Jenissei^  qui  a  environ  a,5oo  àS^ooo  werstes 
de  longueur.  On  en  Fait  usage ,  ainsi  que  de  la  haute 
Toungouska  qui  sort  du  lac  Baikal. 

19-1 5.  La  Piassma  »  la  Khatanga  ,  Yjinabaia  et  YO- 
lenek^  qui  ne  sont  d'aucune  importance  sous  le  rapport 
de  la  navigation. 

16.  La  Lena^  la  plus  grande  rivière  de  la  Russie.  Son 
cours  est  de  plus  de  5, 000  werstes.  EUle  sort  d'un  ma- 
rais au  pied  des  monts  Baikals  9  à  l'ouest  du  lac  de  ce 
Dom.  On  l'emploie  à  la  navigation  ainsi  que  l'Aldan , 
la  Uaia  et  la  Yondoma. 

17-81.  La  Yana^  Vlndigudrka^  VAlazeia^  la  Koltna  et 
YOmolone  sont  peu  importantes  pour  la  navigation. 
Leurs  rives  sont  ou  inhabitées  ou  occupées  par  des 
peuples  sauvages. 

0<!éan  orieotal. 

t9.  "VAnadyr^  et 

93.  La  Kamtschatka  ne  sont  pas  navigables. 

94-  UOkhota  pourrait  servir  à  la  navigation  »  mais 
on  n*en  fait  aucun  usage. 

95.  "L'Amour  f  qui  est  formée  par  la  réunion  de  la 
Chîbka  et  de  l'ârgounia.  La  première  de  celles-ci  sort 
de  la  jonction  de  rindoga  et  de  l'Onona,  qui  appartient 
à  la  Russie.  Tout  le  reste  est  i  la  Chine. 


iTii.  AVRIL.  9.  16 


(  a4»  ) 
VI. 

Hivières  entre  le  Volça  et  le  Dniepr,  qui  débouchent  vers  la  mer 
d*Acoff  et  la  partie  orientale  du  Pont-Euxin. 


1.  Le  Don  ,  qui  sort  du  lac  Ivan  dans  le  gouverne- 
ment de  Toula.  Il  traverse  les  gouvernements  de  Rai- 
zan ,  de  Tam1)of ,  de  Voronège  et  le  pays  occupé  par 
les  Cosaques  du  Don.  II  se  jede  près  d'Azoff  dans  la 
mer  de  ce  nom.  Sa  longueur  est  d*environ  i^ooo  i^ers- 
tes.  Sa  partie  supérieure  jusqu'au  confluent  de  la  Sosna 
n'est  pas  navigable.  Pour  la  rendre  telle ,  il  y  aurait 
besoin  de  dix-sept  écluses  à  sas.  On  a  eu  le  projet  de 
joindre  le  Don  à  ses  sources  aux  rivières  latérales 
Chata  et  Oupa  de  l'Oka  ,  et  de  réunir  ainsi  le  Don  au 
Volga  ;  mais  l'iiydrographie  locale  s'oppose  à  Texécu- 
tion  de  ce  plan. 

Le  Don  est  navigable  depuis  sa  jonction  avec  les 
rivières  Sosna  et  Voronège  pendant  toute  la  saison  des 
eaux  pour  des  barques  et  lodky  jusqu'au  mois  de  juin 
avec  3  ou  4  pieds  de  tire  d'eau.  Pendant  l'été ,  h  2 
pieds  jusqu'au  vieux  Tscherkask ,  d'où  pendant  toute 
la  saison  on  se  rend  jusqu'à  la  mer  d'AzofT  avec  4  ^ 
5  pieds. 

La  navigation  du  Don,  depuis  Voronège  jusqu'à 
l'échelle  de  Ratcbalnisk,  ne  comporte  que  quarante  à 
cinquante  barques  ou  lodky  du  port  de  3,000  à  5, 000 
pouds. 

AKatchalniskJa  navigation  augmente  annuelleroeni 
de  deux  cents  à  deux  cent  quatre-vingts  barques  et 
bateaux.  Cet  accroissement  provient  du  débouché  du 
Volga  •  qui  se  fait  à  l'échelle  de  Doubovka  «   et  de  là 


(  «43  ) 

jusqu'à  KatchalnUk  par  terre,  par  un  trajet  de  60  wers- 
tes ,  d'où  Ton  transporte  des  marchandises  et  du  bois 
pour  la  coostruclion  des  barques. 

Vers  les  embouchures  du  Don  ,  les  Cosaques  possè- 
dent pour  la  pèche  près  de  ti^ois  cents  bateaux,  connus 
sous  le  nom  de  dousLiz  lodky.  de  700  à  s, 000  pouds  de 
port.  Lorsque  la  saison  de  la  pèche  est  passée,  les  Go^ 
saquer  font  aussi  le  cabotage  avec  leurs  lodky  entre 
i  échelle  de  Roslowskenin  et  le  port  de  Taganrog.  Les 
Cosaques  traversent  souvent  la  mer  Noire  jusqu'à  Con- 
staotinople  avec  ces  bâtiments,  et  vont  même  dans  la 
Méditerranée. 

Le»  bois  et  matériaux  pour  la  construction  de  ces 
barques  viennent  du  Volga. 

La  crue  des  eaux  est  à  Voronège  de  is  à  14  pieds , 
h  Ratchalnisk  jusqu'à  90  pieds ,  et  h  Staroy-Tscher* 
kask  de  i4  à  16  pieds  au-dessus  des  eaux  basses  de 
l'été. 

Les  rivières  latérales  du  Don  sont  : 

a.  Le  Khoper,  sur  la  rive  gauche  »  navigable  jusqu'à 
Borissoglebsk,  d'où  débouchent  cinquante  à  soixante- 
dix  barques,  et  des  bois  de  chêne. 

b.  La  Medçedilsa,  sur  la  rive  gauche.  Sa  navigation 
est  pour  ainsi  dire  nulle;  c'est  une  rivière  de  steppe, 
manquant  d'eau  dès  le  commencement  de  mai. 

c.  Vllotfiia  •  sur  la  rive  gauche,  n'a  point  également 
de  navigation.  Il  y  a  un  projet  de  la  joindre  avec  la 
Kamcbenka  du  Volga  par  un  canal  de  navigation  ; 
mais  la  théorie  que  l'on  a  adoptée  démontre  l'impos- 
sibilité de  l'exécution. 

//.  Le  Sali 9  et 

e.  Le  Manytck,  rivières  également  de  steppe  et  sans 
navigation. 


(  »44  ) 

Le  projet  de  joindre  le  Sali  à  la  Sarpa  du  Volga  coû- 
terait de  so  à  3o  millions  de  roubles. 

/*.  Le  Donetz^  sur  la  rive  droite,  est  une  rivière  très 
considérable  de  ateppe,  ayant  boo  werstesde  cours.  On 
la  nettoie  pour  la  rendre  navigable ,  afin  d'offrir  un 
débouché  au  charbon  de  terre  jusqu'à  Taganrog  et  au- 
tre» lieux  situés  sur  la  mer  Noire  qui  manquent  de 
bois.  LeDonetine  pourrait  èire  navigable  que  jusqu'à 
la  fin  de  juin  sans  une  grande  quantité  d'écluses.  On  y 
manque  aussi  de  bois  pour  la  construction  des  bnrquea 
et  bateaux. 

La  crue  des  hautes  eaux  du  printemps  est  souvent 
de  jo  à  18  pieds  au-dessus  des  eaux  de  Tété  ,  qui  n'ont 
souvent  qu'un  pied  de  profondeur. 

9..  La  Eya  a  sa  source  dans  le  Caucase ,  district  de 
Stavropol,  et  se  jette  près  du  fort  d'Eerr  dans  un 
golfe  de  la  mer  d'Azoff.  C'est  une  rivière  de  steppe  sans 
utilité. 

3.  La  Allons  sort  du  gouvernement  d'Ecatlierinoslnw, 
et  se  elte  non  loin  de  Taganrog.  Sa  navigation  est 
nulle. 

4.  Le  Kalmions ,  petite  rivière  du  même  gouverne- 
ment  à  l'embouchure  de  laquelle  est  situé  le  petit 
port  de  Marienpol.  Elle  ne  sert  pas  à  la  navigation. 

5.  Le  Safffir,  et 

ti»  Le  Corassou  de  la  Crimée  débouchent  dans  ks 
lagunes  de  Sivache,  et  n'ont  point  de  navigation 
comme  toutes  les  autres  rivières  de  la  presqu'île  de 
Tauride. 

VIL 

Rivière»  des  côtes  orientales  et  umdentales  de  la  mer  Nuire. 

1.  Le  Kouban^snrï  des  monts  Caucase,  et  forme  la 


(  «45) 

rimile  de  l'empire  du  côté  des  peuplades  des  monta^ 
fines.  Il  se  jette  ensuite  par  deux  bras  datis  deux  mera. 
L*un  a  son  embouchure  dans  la  mer  d'Azoff  et  l'autre 
dans  le  Pont-Euxin.  Un  port  servant  è  la  flottille  des 
bateaux  des  Cosaques  de  la  mer  Noire  est  situé  à  sa 
principale  embouchure.  Le  Kouban  pourrait  être  na- 
vigable jusqu'à  Ëkaterinsdun;  mais  les  hordes  des  mon- 
tagnards du  Caucase  empêchent  toute  navigation. 

»•  Le  Rfon  sort  aussi  de  la  chaîne  du  Caucase,  tra- 
verse la  Mingrelie ,  et  se  jette  par  deux  embouchures 
dans  la  mer  Noire,  près  de  la  forteresse  de  Poti,  qui 
forme  la  frontière  entre  la  Russie  et  la  Turquie  d*Asie. 
Ce  fleuve  n'est  navigable  que  pendant  lâ  à  so  werstes 
près  de  son  embouchure.  Pendant  le  reste  de  son 
cours,  il  ne  présente  qu'un  afi*reux  torrent  qui  n'est 
susceptible  d'aucune  navigation  régulière. 

5.  Les  petites  rivières  des  côtes  entre  le  golfe  du 
Dniepr  et  du  Dniestr  ne  sont  d'aucune  utilité.  L'em- 
bouchure de  la  Bèrésnua  est  jusqu'à  3o  werstes  assez 
profonde  pour  servir  même  de  port;  mais  elle  est  obs- 
truée du  côté  de  la  mer  par  un  banc  de  sable  d'une 
wersle  de  longueur ,  où  il  n'y  a  que  s  pieds  d'eau. 

VIIL 

Hivières  de  la  mer  Caspienne. 


1.  L'fm^a,  fleuve  considérable,  qui  a  sa  source  dans 
1rs  montagnes  au-delà  des  steppes  des  Rirghis-Cais- 
sacks,  qu'il  traverse  en  les  séparant  du  gouvernement 
d'Orembourg.  Sa  navigation  n'est  utile  que  pour  la 
pèche. 

s,  UOural  a  sa  source  dans  le  gouvernement  d'O- 


(  346  ) 
rembourg»du  côté  occidental  des  montagnes  de  TOural. 
Il  sort  près  du  fort  d'Orsk,  se  dirige  à  l'ouest ,  puis  au 
sud ,  et  se  jette  dans  la  mer  Caspienne  près  du  port  de 
Jourief  par  plusieurs  embouchures.  Son  cours  est  de 
5,000  werstes  de  longueur.  II  est  profond  ;  mab  sa  na- 
vigation est  bornée  à  celle  pour  la  pèche,  faite  à 
ses  embouchures  par  les  Cosaques  qui  portent  son 
nom. 

5.  Le  Folga ,  qui  est  un  des  premiers  fleuves  de  l'Eu- 
rope ,  le  plus  important  de  la  Russie  et  le  plus  grand 
après  la  Léia,  prend  sa  source  4ans  le  gouvernement 
de  Twer»  district  d'Ostaschzof ,  traverse  les  gouverne- 
ments de  Twer,  Jaroslaf,  Kostroma ,  Mijni-Novgorod, 
Kasan ,  Simbirsk,  Saratof  et  Astrakan  :  il  se  jette 
dans  la  mer  Caspienne,  après  un  cours  de  plus  de 
4 «000  werstes,  par  soixante-dix  bronches  qui  forment 
une  multitude  d'Iles. 

Le  Volga  est  navigable  pendant  environ  3«6oo. 
wersles.  Ses  eaux  arrivent  par  trois  voies  différentes 
au  port  de  Péterftbourg  •  qui  le  joint  à  la  Balti- 
que. Sa  navigation  est  très  étendue;  douze  à  treize 
mille  embarcations  de  différentes  grandeurs,  depuis 
1 ,5oo  jusqu'à  80,000  pouds  de  port,  sans  compter  une 
foule  de  petits  bâtiments  riverains  affectés  au  service 
des  propriétés  sur  les  deuxrives,y  naviguent  constam- 
ment. 

Les  embouchures  sont  peu  profondes;  elles  ne 
sont  que  de  ô  à  la  pieds,  selon  la  direction  des 
vents. 

La  navigation  commence  à  Astrakan.  Depuis  celle 
ville  jusqu'à  Kasan  et  même  jusqu'à  Nijni-Novgorod, 
les  embarcations  tirent  de  4  ^  8  pieds  d'eau,  et  sont  de 
S9O00  à  8o»ooo  pouds  de  port.  Elles  sont  très  Tariéest 


(  »47  ) 
parleurs  forme, grandeuret  dénomination.  Elles  comp- 
tent jusqu'à  TÎngt-lroîs  différents  noms  et  formes.  On 
remonte  le  fleuve  pour  la  plus  grande  partie  à  voiles 
jusqu'à  Nijni-Novgorod,  et  quelquefois»  quand  le  local 
le  permet,  au  halage  ou  à  la  rame. 

Depuis  Nijni-Novgorod  jusqu'à  Rybinsk,  les  bâti- 
ments ne  peuvent  tirer  que  5  à  5  pieds  de  pro- 
fondeur avec  un  port  de  5o,ooo  pouds.  Les  embarca- 
tions remontent  à  voiles,  et  souvent  au  halage  à  bras 
d'hommes. 

Depuis  Rybinsk  (échelle  principale  d'entrepôt,  où 
se  partagent  les  trois  routes  d^eau  pour  Pétersbourg)  la 
navigation  du  printemps  avec  la  partie  supérieure  du 
Volga  ne  permet  que  s  pieds  a  pouces  de  tire  d'eau 
jusqu'à  la  mi-juin,  et  après  ce  temps  i  pied  9  pouces, 
souvent  moins. 

La  capacité  de  port  de  la  partie  inférieure  du  Volga, 
jusqu'à  Nijni-Novgorod,  est  jusqu'à  la  mi-juillet,  à 
80,000  pouds  par  embarcation  au  maximum.  Ordinai- 
rement elle  est  de  6  à  3o,ooo  pouds.  Vers  l'automne, 
quand  les  charges  diminuent,  la  navigation  de  cette 
partie  occupe  cinq  mille  bâtiments  environ,  y  compris 
la  navigation  de  la  Kama  et  autres  rivières  latérales.  De 
Nijni-Novgorod  à  Rybinsk  de  5, 000  à  36, 000  pouds  le 
printemps  jusqu'au  commencement  de  juillet,  et  après 
de  5  à  19,000  pouds.  Environ  six  mille  bâtiments  et 
embarcations  sont  occupés  dans  cette  partie. 

De  Rybinsk  les  charges  sont  de  2,5oo  à  7,000  pouds. 
Elles  occupent  environ  six  mille  bâtiments.  Entre  Ry- 
binsk et  Tver,  les  embarcations  remontent  le  fleuve  au 
halage  avec  des  chevaux. . 

La  navigation  supérieure  du  Volga  au-dessus  de  Tver 
occupe  environ  huit  cents  bâtiments,  la  plupart  de  6  a 


(  «48  ) 

^•ooo  pouds  décharge,  au  priulemps  pour  a  pieds 4 
pouces  environ  de  tire  d'eau,  et  en  été  pour  seulement 
1  pied  9  pouces. 

Aux  environs  de  Tver»  la  crue  des  eaux   est  au 
maximum  jusqu'à  35   pieds  environ   au-dessus   des 
eaux  de  Tété;  aux  environs   de  Rybinsk  jusqu'à    4o 
pieds.    A   Nijni  -  Novgorod  ,  passant   Casan    jusqu'il 
Simbirsk,  elle  est  jusqu'à  44  pieds,  et  au-dessus  de 
Simbirsk,  elle  diminue  progressivement  jusqu'à  As- 
trakan,  de  sorte  que  là  elle  est  réduite  de  6  à  lo  pieds 
d'eau. 
Les  rivières  lalérates  du  Volga  sont  : 
a.  La  Sarpa,  sur  la  rive  droite ,  sort  du  gouverne- 
ment d'Astrakan,  et  après  avoir  formé  plusieursé  tanga 
larges,  profonds,  et  pour  la  plupart  remplis  de  joncs, 
qui  sont  réunis  par  des  canaux,  elle  vient  se  jeter 
dans  le  Volga  à  25  werstes  au-dessous  de  la  ville  de 
Tsaritsim,  dans  le  gouvernement  deSaratof.Elle  n'est 
pas  navigable.  11  est  question  de  la  joindre  au  Sal,  af- 
fluent du  Don. 

ù.  La  Kathichinkuy  sur  la  même  rive,  prend  sa  source 
dans  le  gouvernement  de  Saratof,  et  se  jette  près  de  la 
ville  de  Kamychine.  C'est  une  rivière  de  steppe  pres- 
que sans  eau.  Pierre-le-Grand  avait  le  projetde  la  réu- 
nir au  Don  par  un  canal  auquel  on  a  travaillé. 

c.  La  Yeroiidane,  sur  la  rive  gauche,  a  sa  source  à 
6o  werstes  du  Volga,  dans  les  steppes.  Elle  coule  au 
àud-ouest  à  travers  une  plaine  déserte  »  pendant  «so 
werstes.  Cette  rivière  est  considérable,  maïs  sa  navi- 
gation est  nulle. 

(L  La  Tereschka  ,  sur  la  droite ,  petite  rivière  du  goa- 
vernemenl  de  Saratof  qui  traverse  les  districts  de  Kra- 
linsk  et  de  Volsk. 


(»49) 

e.  VIrguis ,  sur  la  gaache .  a  sa  source  non  loin  de 
l'Oural  el  des  frontières  des  gouvernements  d'Orem- 
hourg  et  d'Astrakan  ;  elle  parcourt  de  vastes  steppes. 

,/.  La  Saniara,  sur  la  gauche.  Elle  prend  sa  source 
dans  les  montagnes  de  l'Oural  à  18  werstes  de  la  ri- 
\iere  de  ce  nom.  Elle  parcourt  des  landes  sèches»  et 
traverse  le  gouvernement  de  Simbirsk,  où  elle  a  son 
embouchure.  La  Samara  est  navigable  le  printemps 
jusqu'à  Bouzoulouk.  Il  y  passe  quelques  barques»  et  on 
flotte  beaucoup  de  bois  de  construction. 

Le  Kinel  et  le  Tok  sont  deux  branches  assez  consi- 
(iérables  de  la  Samara,  mais  sans  navigation. 

g.  heSok^  surla  rive  gauche»  prend  sa  source  dans  les 
montagnes  du  gouvernement  d'Oremhourg,  entre  dans 
celui  de  Simbirsk ,  où  il  a  son  embouchure. 

A.  La  Tscheremchane t  sur  la  même  rive,  prend  sa 
source  dans  le  gouvernement  d'Orembourg,  district  de 
Bougoulminsk.  Elle  coule  dans  le  gouvernement  de 
Rasan,  et  entre  dans  celui  de  Simbirsk,  où  elle  se  réu- 
nit au  Volga.  Son  cours  est  de  200  werstes. 

I.  La  Kama  prend  sa  source  dans  les  montagnes 
d*Ouelsk  au  gouvernement  de  Viatka.  Elle  parcourt  les 
gouvernements  de  Viatka,  de  Perm,  d'Oremhourg  et 
de  Rasan.  Elle  se  jette  dans  le  Volga  à  60  werstes  au< 
dessous  de  Kasan. 

La  Kama  est  la  principale  branche  de  la  rive  gauche 
du  Volga.  Elle  est  navigable  pendant  Touvertore  des 
eaux  jusqu'à  Perm,  et  au  printemps  jusqu'à  Kay.  Elle, 
porte  de  grandes  barques  de  6  à  10,000  pouds  de  port, 
et  tirant  de  deux  et  demi  à  quatre  pieds  d*eau.  Près 
de  deux  mille  embarcations  y  naviguent. 

k,  La  Sviaga  »  sur  la  droite  du  Volga ,  sort  du  gou* 
vemement  de  Simbirsk.  Son  cours  est  parallèle  ë  celui 


(    350    ) 

du  fleuve;  une  trentaine  de  barques  y  naviguent  au 
printemps.  En  été  elle  n*est  pas  navigable. 

/.  La  Fetlougttj  sur  la  rive  gauche,  a  sa  source  dans 
le  gouvernement  de  Kostroma,  et  passe  dans  celui  de 
Nigegorod,  sur  les  frontières  de  ce  gouvernement  et  de 
celui  de  Kasan.  Elle  est  navigable  au  printemps  avec 

3  à  4  pieds  de  port. 

m.  La  Soura  »  sur  la  droite»  débouche  annuellement 
avec  les  eaux  du  printemps  quatre  à  cinq  cents  bar- 
ques de  7  à  i6,ooo  pouds  de  port,  et  tirant  4  ^  ^ 
pieds  d'eau. 

//.  VOka,  branche  principale  de  la  rive  droite  du 

Volga.  Elle  sert  de  débouché  à  sept  gouvernements  des 

plus  fertiles  de  l'empire  (Orel,  Toula,  Ralouga,  Mos- 

'  cou  ,  Raizan,  Vladimir.  Nigegorod).  Elle  est  navigable 

nu  printemps  jusqu'à  la  mi-juin ,  depuis  Orel  avec 

4  à  S  pieds  de  charge ,  et  pendant  Tété  depuis  Ka- 
louga  avec  i8  pouces  à  s  pieds  de  charge.  Elle  oc- 
cupe ,  avec  ses  huit  rivières  latérales  ,  mille  huit 
cent  à  deux  mille  embarcations  de  6,ooo  à  5o,ooo 
pouds  de  port.  En  été  la  navigation  est  souvent  entra- 
vée par  (ks  bancs  de  sable  mouvant. 

o.  VOnuja ,  sur  la  rive  gauche ,  sort  du  gouverne- 
ment de  Vologda,  et  débouche  dans  celui  de  Kostroma. 
Elle  est  navigable  au  printemps  avec  3  pieds  de  tire 
d*eau,  et  tout  l'été  jusqu'à  la  ville  d*Onuju  avec  i8 
pouces  de  tire  d'eau.  Sa  navigation  compte  de  quatre 
à  cinq  cents  barques. 

p.  La  Kostmma^  sur  la  même  rive;  cent  vingt  à  cent 
soixante  barques  y  naviguent  au  printemps.  En  été  la 
navigation  est  nulle.  Elle  reçoit  la  Vexa  dans  le  gouver- 
nement de  Kostroma ,  qu'elle  traverse ,  et  se  perd  dans 
le  Volga ,  près  de  la  ville  du  même  nom. 


(  •-»&•  ) 

q.  Le  Kotorosl^  à  Jaroslaw,  et 

r.  La  Tscheremza,  à  RybÎDsk,  ne  sont  paa  navigables. 
Elles  n'onl  d'impoi:tance  que  parce  que  leurs  emboii* 
chures  servent  de  port  d'hivernemeot,  comme  presque 
toutes  celles  des  petites  rivières  entre  Nijni-Novgorod 
elRybinsk. 

L'échelle  de  Rybinsk  est  le  port  d'entrepôt  central 
des  trois  routes  navigables  ouvertes  entre  le  Volga  et  le 
port  de  Pétersbourg, 

Les  grosses  embarcations  du  Bas-Volga  y  déchargent 
et  rechargent  dans  des  embarcations  de  moindre  gran- 
deur» savoir  : 

Pour  le  canal  de  Marie ,  on  fait  usage  de  bâtiments 
de  s,5oo  à  g.ooo  pouds  de  port,  et  tirant  3  à  4  pieds 
d'eau.  Les  bâtiments  sont  pour  la  plupart  pontés  sur 
Je  passage  des  grands  lacs  Beloozero  et  Onega.  Il  y 
en  a  mille  à  onze  cents  qui  y  passent. 

Pour  le  canal  de  Tikbvine«  on  fait  usage  de  bâti^ 
menlsde  i,5oo  à  9,000  pouds  de  port«  et  de  so  à  94 
pouces  de  tire  d'eau.  On  y  compte  de  huit  cents  à  mille 
embarcations. 

Pour  le  canal  de  Vychni  Volotchok,  trois  à  quatre 
mille  barques  et  bâtiments  de  9^5oo  â  6,000  pouds  de 
port»  et  '41  à  96  pouces  de  tire  d'eau,  et  deux  â  trois 
cenia  barques  pour  la  navigation  locale  du  Volga  su- 
périeur. 

s.  La  C/iexna,  sur  la  rive  gauche  du  fleuve»  est  navi-. 
{able  pendant  toute  la  saison  ouverte  avec  4  pieds 
de  tire  d'eau»  Devant  son  embouchure ,  il  y  a  un  banc 
de  sable  mouvant.  La  navigation  de  cette  rivière  est 
fort  ancienne.  Les  marchands  de  Novgorod  et  de  Mos- 
cou s'en  servent  pour  leur  commerce  avec  le  port 
d'Archangel.  Ou  y  construit  la  plus  grande  partie  des 


(    «52    ) 

harques  pour  la  Davigalton  actuelle  du  syslème  de 
VycliDÎ* VolskhoL ,  au  nombre  de  deux  mille  à  deux 
mille  cinq  cents  qui  descendent  le  printemps  à  Ry- 
binsk. 

La  navigation  du  canal  de  Marie  prendra  sans  doute 
de  Textension  quand  on  pourra  longer  le  lac  Beloo- 
jKcro  par  un  canal  de  dérivation,  jusqu'aux  embouchu- 
i^s  de  la  Korcba,  dans  lequel  débouche  le  canal  de 
Marie.  Les  vents  contraires  du  lac  et  la  nécessité  où 
Ton  est  d'employer  des  bâtiments  pontés  apportent 
quelques  obstacles.à  la  navigation. 

Aucune  des  rivières  latérales  de  la  Cbexna  n*est  na- 
vigable qu'au  printemps,  pour  les  nouvelles  barques 
qu'on  y  construit  pour  l'échelle  de  Rybinsk. 

ACm  d'ouvrir  une  communication  entre  les  ports 
d'Archangel  et  de  Pétersbourg,  l'empereur  Paul  avait 
fait  faire  un  projet  de  canal  de  jonction  entre  la  Chexna 
«t  la  Porosovilsa  ;  le  projet  existe  sous  le  nom  de  canal 
de  Kyrilof. 

Le  canal  de  Marie  a  «Swerstes  de  long  et  six  écluses  à 
sas,  dont  trois  servent  à  monter  au  point  de  partage, 
ai  trois  à  descendre  dans  la  Vittegra.  Les  vents  con- 
traires retardent  souvent  la  navigation.  Afin  d'y  obvier 
il  existe  un  projet  d'un  canal  de  déviation  entre  Tem- 
bouchure  du  Svir  et  la  Vittegra.  Il  n'y  a  que  la  confec- 
tion de  ce  canal ,  avec  celui  qui  tournera  le  Beloosero, 
qui  puisse  remédier  aux  inconvénients  de  la  naviga- 
tion. 

Le  Svir,  qui  joint  les  deux  grands  lacs  d'Onega  et 
Ladoga,  est  navigable,  quoique  gêné  par  des  écueîls  et 
rapides.  De  toutes  ses  rivières  latérales  il  n'y  a  que  la 
Vagina ,  l'Ouslanka,  l'Ofate  et  la  Svoritsa  qui  sont  em* 
l^loyées  au  flottage  des  bois. 


(  «53  ) 

Le  bassin  du  lac  Ladoga  a  servi  de  passage  à  loule 
lanaTigation  du  Svir,  outre  sa  navigation  locale,  qui  est 
de  mille  à  douze  cents  bâtiments  et  navires,  dont 
deux  tiers  sont  des  bàliments  pécheurs.  La  navigation 
de  ce  lac  est  aussi  dangereuse  que  précaire.  Pour  obvier 
aux  retards  et  aux  dangers,  on  a  pratiqué  des  canaux 
de  dérivation  sur  les  bords  méridionaux  du  lac,  depuis 
le  Svir  jusqu'à  la  Neva.  Les  deux  canaux  de  Svir  et  de 
Sias  sont  fouillés  6  pieds  au-dessous  de  Thorizon  des 
basses  eaux.  Il  a  fallu  rétablissement  de  quatre  grandes 
écluses  à  sas  et  autres  ouvrages  servant  à  retenir  et  dé- 
charger les  eaux,  pour  donner  au  canal  de  Ladoga 
4  à  5  pieds  de  profondeur. 

La  Sias,  rivière  qui  forme  la  seconde  route  par  eau, 
entre  le  Volga  et  Pélersbourg,  se  jette  dans  le  lac  Ladoga 
et  appartient  au  système  du  canal  de  Tikhvinc. 

Le  Vulkhof,  qui  forme  la  troisième  route,  est  jusqu'à 
présent  la  plus  fréquentée.  Le  canal  de  Ladoga,  qui  a 
été  commencé  en  171g  et  achevé  en  17^9,  a  io4wer8- 
les  de  longueur  sur  dix  sagènes  de  largeur,  et  a  4  &  5 
pieds  de  profondeur;  il  reçoit  les  petites  rivières 
Doubna,  Lava,  Cheldikha,  Nazia  et  Kabona.  Les  em- 
bouchures des  quatre  premières  sont  bouchées  par  des 
écluses  de  retenue  pour  faire  servir  leurs  eaux  à  nour- 
rir le  canal.  * 

/.  La  Mologa ,  de  la  gauche  du  Volga  ,  sert  de  débou- 
ché à  la  seconde  route  d'eau  entre  le  Volga  et  Saint* 
Pélersbourg.  Elle  reçoit  la  Tschadogoschtcha,  où  tombe 
la  Somina.  On  y  construit  beaucoup  de  barques  et  ba- 
teaux pour  l'usage  de  la  navigation  du  Votga  et  du  sys- 
tème de  Vichni-Volotchok. 

La  Somina  supérieure  a  été  rendue  navigable  par 
sept  écluses  à  sas.  Elle  est  jointe  par  le  canal  de  Tikh- 


{  >S4) 

vîDe  à  la  rivière  Tixhvinka,  lorrenl  des  eaux  de  la  Bal- 
tique. 

Le  canal  de  TîkbvÎDe  a  treize  écluses  à  sas  sur  la  dis* 
tance  de  lôwerstes,  et  la  Tixhvinka  supérieure  en  a 
également  treize  jusqu'à  la  ville  de  Tikhvine.  Au-des- 
sous de  cette  ville ,  la  rivière  est  navigable  sans  rete- 
nues ou  écluses*  Elle  se  jette  dans  la  Sias. 

u.  La  Tvertsa ,  sur  la  gauche  du  fleuve ,  est  na- 
vigable jusqu^au  i*'  juin  avec  les  grosses  eaux  do 
printemps,  et  plus  tard  par  des  réservoirs  d'eau  ména- 
gés dans  les  branches  latéralesde  la  rivière,  et  au  point 
de  parlage  des  eaux  du  Volga  et  de  la  Baltique.  Par  le 
moyen  de  ces  réservoirs,  on  peut  donner  suffisan^ment 
d'eau  à  la  Tvertsa  pour  six  à  sept  jours ,  et  à  quatre  ou 
cinq  époques  différentes  pour  faire  remonter  è  chaque 
époque  six  à  sept  cents  barques  qui  s'assemblent  à  l'é- 
dielle  de  Tver  en  caravanes  »  et  attendent  l'eCTet  des 
eaux  des  réservoirs.  La  Tvertsa  est  la  troisième  route 
navigable  de  communication ,  et  la  plus  ancienne , 
existant  depuis  1708. 

Aucune  des  rivières  latérales  de  la  Tvertsa  n'est  na- 
vigable. L'Ossouga  et  l'Osselchenka ,  avec  leurs  réser- 
voirs, ne  servent  qu'au  flottage. 

On  tire  les  embarcations  sur  la  Tvertsa  au  halage  avec 
des  chevaux  jusqu'à  Yichui-Volotchok. 

La  Tvertsa  »  vers  ses  sources ,  est  jointe  par  le  canal 
de  Vichni-Vololchok.  Ce  canal  a  1 ,600  toises  de  Ion* 
gueur.  A  ses  deux  embouchures  se  trouvent  deux 
grandes  écluses  de  navigation  :  une  vers  la  Tvertaa  et 
l'autre  vers  la  Tsna,  par  lesquelles  sortent  et  entrent 
les  barques ,  et  entre  lesquelles  le  canal  forme  un  vaste 
bassin  ou  sas  qui  peut  contenir  six  à  sept  cents  ba-» 
teaux  et  barques. 


(  2^5  ) 

La  Tsna,  avec  ses  brancheA  latérales,  forme  par  plu- 
sieurs retenues  les  réservoirs  principaux  du  point  de 
partage  de  Vichni-Vololchok  qui  nourrit  le  canal  de 
jonction»  et  en  grande  partie  les  rivières  Tvertsa  et 
Msla,  durant  les  époques  du  passage  des  caravanes.  La 
rivière  Chlina,  qui  <iébouche  au-dessous  du  canal 
dans  la  Tsna,  est  jointe  par  le  canal-aqueduc  de 
Rloutchevo  auxdits  réservoirs  du  point  de  partage. 
Pour  augmenter  les  eaux  de  la  Chlina,  on  y  a  joint  en- 
core  le  grand  lac  Yelié  par  un  autre  canal-aqueduc , 
connu  sous  le  nom  de  canal  de  Velié.  On  travaille 
aussi  à  établir  un  réseivoir  secondaire  dans  la  Chlina , 
au  grand  lac  du  même  nom  ,  point  intermédiaire  en^^ 
frêles  deux  aqueducs  de  Velié  et  de  Rloutchevo. 

Après  la  jonction  des  rivières  Tsna  et  Chlina,  au- 
dessous  du  canal  de  Vichni-Volotchok,  elles  forment 
un  seul  débouché  dans  lé  lac  Mstino,  et  c'est  par  ce 
débouché  que  les  barques  et  bateaux  lancés  par  la 
f^rande  écluse  de  la  Tsna  au  canal  de  Vichni-Volotchok^ 
toujours  en  caravane,  passent  dans  ce  lac,  qui  a  i5 
werstes  de  long  sur  i  à  3  werstes  de  large.  De  ce  lac 
sort  la  Msta,  à  Tembouchure  de  laquelle  se  trouve  la 
troisième  écluse  de  navigation,  qui  forme  un  second 
bassin  pour  nourrir  la  Msta»  pendant  l'époque  du  pas- 
sage des  caravanes  de  barques. 

Ce  lac  est  nourri  des  eaux  du  point  de  partage, 
des  eaux  superflues  de  la  Tsna  ,  de  la  Chlina  et  des 
autres  réservoirs  secondaires  de  Roudnefet  Berczaika. 
On  retient  les  eaux  dans  ce  lac  jusqu'à  la  hauteur  de 
i«  pieds  «  avant  d'ouvrir  recluse  de  Mslirlinskaia  par 
laquelle  les  bateaux  sont  lancés  avec  quelque  danger 
dans  la  Hsta. 

Celle-ci  est  navigable  avec  les  eaux  artificielles  des 
réservoirs  jusqu'à  la  fin  de  mai.  Jusqu'à  cette  époque  , 


(  '^56  ) 

les  embarcations  passent  librement;  mais  vers  lu  fin  de 
mai,  on  ferme  Téclase  deMstirlinskaia,  et  la  Msla  est 
alors  presque  à  sec  jusqu'au-dessous  des  cataractes  de 
Borovitchi ,  et  ne  devient  navigable  que  par  les  eaux 
artificielles  du  réservoir  du  lac  Mstino  »  fortifié  par 
quatre  autres  réservoirs  secondaii%s,  ménagés  dans  les 
rivières  latérales  de  la  Msta,  Toubas  ,  Doubka,  Bere- 
zaika  et  Ouvre.  Les  caravanes  de  bateaux  passent  qua- 
tre à  cinq  fois  par  an  ,  lorsque  les  eaux  du  printemps 
finissent. 

Au-dessous  des  cataractes  de  Borotvichi ,  la  Msta  est 
naturellement  navigable  pendant  toute  la  saison  de 
l'ouverture  des  eaux  jusqu'à  son  débouché  dans  le 
lac  Ilmène.  Les  barques  et  bateaux  passent  la  Msta 
avec  la  même  charge  et  tire  d'eau  que  sur  la  Tverlsa. 

Le  passage  des  cataractes  de  la  Msta  et  de  Boro- 
vitcbi  est  dangereux  pour  les  embarcations.  Elles  y 
passent  rarement  en  grand  nombre  sans  qu'elles 
n'aient  beaucoup  à  souffrir. 

Aucune  des  rivières  latérales  de  la  Msla  n'est  naviga- 
ble ;  mais  avec  les  eaux  du  printemps  •  on  flotte  du 
bois  de  construction  par  la  Tsna ,  Cblina  .  Berczaikn  » 
Vola  et  Ouvre. 

Aucune  embarcation  passée  sur  la  Msta  ne  peut  re- 
tourner, même  avec  les  eaux  du  printemps. 

Jusqu'en  1809,  toutes  les  embarcations  passaient 
par  Tembouchure  de  la  Msta  dans  le  lac  Ilmène ,  et  de 
ce  lac  dans  la  Volkhof.  Le  passage  par  ce  lac  entraînait 
de  grands  délais ,  et  était  très  dangereux  pour  les  frêles 
b&timents.  11  périssait  annuellement  une  centaine  de 
barques  dans  ce  lac.  Pour  obvier  à  cet  inconvénient , 
on  a  fouillé  le  canal  de  Sivers  ou  de  Novgorod.  Ce  canal 
longe  les  bords  du  lac,  et  joint  l'embouchure  de  la 


.  (  .57  ) 

MsU  ao  débouché  du  Volkbof.  C'est  par  ce  canal  que 
passent  maintenant  les  caravanes.  Il  n'a  ni  écluses 
ni  autres  ouvrages  hydrotechniques  »  et  toute  sa  lon- 
gueur est  d'un  peu  plus  de  7  werstes.  Ce  n'est  qu'en 
1797  qu'on  commença  à  le  creuser,  et  en  1800 ,  la 
première  caravane»  profitant  des  eaux  du  printemps, y 
passa  sans  obstacle ,  quoique  le  canal  ne  fût  pas  entiè- 
rement fini. 

Lac  Ilmène.  Il  reçoit  outre  la  Usta  plusieurs  autres 
rivières  qui  sont  toutes  des  torrents.  Les  principales 
sont  Tola ,  Yavane ,  Kounia  et  Chelone.  Il  donne  nais- 
sance au  Volkhof,  qui  est  navigable  pendant  toute 
l'ouverture  des  eaux  ;  mais  lors  des  sécheresses  »  la 
navigation  est  très  gênée  iaux  bancs  de  pierres  schis- 
teuses de  Pschessky .  et  surtout  de  Petropaulovik , 
connus  sous  le  nom  de  cataractes  du  Volkhof,  où  les 
embarcations  sont  souvent  contraintes  d'alléger  jusqu'à 
10  à  13  pouces  de  tire  d'eau.  On  a  commencé  à  percer 
ces  bancs  avec  succès  par  des  canaux  ;  mais  tous  ne 
sont  pas  encore  achevés. 

Des  rivières  du  Volkhof.il  n'y  a  que  le  Tigoda  qui  soit 
navigable  pour  quelques  barques  à  une  cinquantaine 
de  werstes  de  son  embouchure.  Tous  ses  autres  af- 
fluents sont  seulement  pour  le  flottage  des  bois. 

-v.  La  P^azouza^  sur  la  rive  droite  du  Volga,  reçoit 
à  son  embouchure  la  Gjatka.  Toutes  les  deux  ne  sont 
navigables  qu'aux  grosses  eaux  du  printemps  pour  dix 
i  doiue  jours.  L'été ,  elles  sont  presque  à  sec. 

jT.  La  Seligarouia,  sur  la  rive  gauche  du  fleuve ,  bcrt 
à  la  navigation  d'une  cinquantaine  de  barques  qui  y 
descendent  au  printemps^  ainsi  qu'au  flottage  des  bois 
de  construction.  Elle  prend  naissance  dans  le  lac  Seli- 
guer.  Ce  lac  est  destiné  pour  un  réservoir  par  Tappli- 
XVII.  AVRIL.  5.  17 


(  958  \ 

cation  d'une  éclufle  de  retenue  au  débouché  de  la  Seli- 
garovka ,  pour  conserver  les  eaux  du  printemps  dans  ce 
lac,  à  Tusage  du  Volga  supérieur  durant  les  basses 
eaux  de  Télé. 

Depuis  le  confluent  de  la  Seligaroyka  et  du  Volga  • 
ce  fleuf  e  n'a  plus  de  navigation.  On  n'y  flotte  que  des 
bois  de  construction  au  printemps. 

Les  autres  rivières  de  la  mer  Caspienne  sont  : 

4.  La  Kourna  et 

5.  Le  Terei ,  rivières  considérables  »  maûi  sans  au- 
cune navigation.  A  Kizliac,  il  y  a  une  quarantaine  de 
bateaux  pécheurs. 

6.  La  Kouza  est  navigable  è  iso  werstes  de  son  em- 
bouchure; mais  elle  n'est  pas  employée. 


Notice  sur  H.  LfiràvaB,  ingénieur^  correspondani  du 
Muséum  d'histoire  naturelle,  mort  à  Mohammed'Ali'' 
Polis ^  le  ig  octobre  iSSg;  par  M.  Cochblut. 


Dans  le  cours  de  ma  longue  mission  en  Egypte , 
l'ai  eu  le  bonheur  d'être  utile  à  un  grand  nombre  de 
mes  compatriotes»  et  d'en  faire  entrer  plusieurs  au  ser- 
vice de  Méhémet-Ali.  Parmi  ceux-ci»  il  en  est  un  qui  est 
mort  victime  de  son  dévouement  à  la  science  »  et  dont 
on  n'a  pas  assez  parlé.  J'éprouve  le  besoin  de  dire  quel* 
ques  mots  sur  lui,  et  de  publier  la  dernière  lettre  qu'il 
m'écrivit  l'année  de  sa  mort ,  de  la  nouvelle  ville  de 
Mohammed  Ali-Polis ,  située  en  Afrique,  entre  le  1 1* 
et  le  1 8*  degré  de  latitude. 


(  «59) 
M»  LefèTre ,  qui  avait  été  quelque  temps  au  service 
égyptien»  parcourut  les  bords  de  la  mer  Rouge,  explora 
lemontSicai,  et  revint  en  France,  mécontent  de  n'avoir 
pu  exécuter  dÎTers  projets  d'utilité  publique.  C'était  un 
géologue  distingué,  d'une  activité  prodigieuse  et  d'une 
volonté  ferme,  capable  de  tout  entreprendre.  Lorsque  le 
vice-roî  d'Egypte,  après  avoir  vu  repousser  par  l'Europe 
l'idée  de  son  indépendance,  conçut  le  projet  de  se  rendre 
dans  l'intérieur  de  l'Afrique  pour  constater  lui-même 
la  richesse  des  sables  aurifères  qui  se  trouvent  àFeizan- 
cor,  à  cinq  lieues  de  Fazogloo ,  M.  Lefèvre ,  que  je  ne 
connaissais  pas,  mais  dont  j'avais  entendu  dire  beau- 
coup de  bien ,  m'écrivit  de  Paris  pour  obtenir  la  faveur 
d'être  attaché  à  l'expédition  en  qualité  d'ingénieur  des 
mines.  Héhémet-Ali,  qui  n'aime  pas  qu'on  quitte  son 
service  sans  motifs  légitimes,  et  qui  s'attache  souvent 
aux  étrangers  qu'il  emploie ,  mais  surtout  aux  Français, 
fil  quelques  difficultés  pour  reprendre  M.  Lefèvre.  Ce- 
pendant, sur  mes  instances  réitérées  et  par  bienveil- 
lance spéciale  pour  moi,  il  me  dit  qu'il  lui  donnerait  le 
rang  debimbachi  ou  chef  de  bataillon  avec  9,5oo  pias- 
tres ou  69&  francs  par  mois ,  sous  la  condition  que 
mon  protégé  le  rejoindrait  au  Caire  avant  son  départ. 
M.  Lefèvre  quitta  Paris  à  la  réception  de  ma  lettre.  Il 
arriva  à  Alexandrie  le  6  octobre  1 838.  Il  en  partit  le 
lendemain  pour  le  Caire.  Le  i4  suivant,  il  se  dirigeait 
sur  le  Sennaar  et  le  Cordofan ,  voyageant  à  la  suite  de 
Méhémet-Ali ,  et  treize  mois  après  son  départ  de  Paris , 
le  ig  octobre  1839,  il  expirait  dans  la  ville  nouvelle 
qui  porte  le  nom  de  son  illustre  fondateur  et  qui  avait 
été  bâtie  sous  la  direction  d'un  autre  ingénieur  fran- 
çais, M.  d'Arnaud,  qu'on  lui  avait  adjoint.  M.  Lefè- 
vre est  mort  d'une  apoplexie  nerveuse  à  la  suite  de 


(  s6o  ) 

fièvres  intermittentes  dont  il  était  atteint  depuis  quel- 
ques mois. 

On  éprouve  un  sentiment  douloureux  de  tristesse»  et 
l'ai  surtout  été  vivement  peiné  en  apprenant  la  fin 
prématurée  d'un  homme  dans  la  force  de  Tâge,  instruit, 
infatigable  et  courageux,  qui  ne  s'était  pas  reposé  un 
seul  jour  depuis  le  moment  où  il  avait  remis  le  pied 
sur  le  sol  de  l'Afrique.  Mais,  pour  bien  apprécier  sa 
perte ,  c*est  de  la  bouche  même  de  Méhémet-Ali  qull 
faut  entendre  le  plus  bel  éloge  de  M.  Lefèvre.  •  Je  n'ai 
»  jamais  connu ,  m'a-t-il  dit  quelquefois,  un  homme 
^  aussi  actif,  aussi  insouciant  de  la  fatigue  et  des  priva- 

•  tions.  C'était  quelque  chose  de  curieux  et  d*amusant 
»  à  la  fois  que  de  voir  M.  Lefëvre  à  la  fin  de  nos  lon- 
>gues  et  pénibles  journées,  sous  un  ciel  ardent  et 
»  après  avoir  éprouvé  de  grandes  privations.  Il  ne  savait 
t  d'abord  comment  descendre  de  son  chameau,  qu'il 
»  faisait  tourner  long-temps  sur  lui-même  pour  Tobli- 

•  ger  à  ployer  les  jambes  de  devant  J'ai  dû  quelquefois 
t  moi-même  prendre  sa  bride  et  lui  donner  une  leçon  ; 
»  mais  une  fois  à  terre ,  il  regardait  autour  de  lui,  et  se 
«dirigeait  immédiatement,  un  marteau  à  la  main,  vers 

•  les  collines  les  plus  rapprochées.  Il  en  revenait  en* 
»  suite  avec  une  charge  de  pierres  dans  ses  poches,  dans 
> sa  blouse,  dans  ses  mains,  et  paraissait  avoir  oublié 

•  toutes  ses  fatigues.  •  C'est  que  M.  Lefèvre  craignait 
qu'on  parut  la  nuit  ou  le  lendemain  sans  qu'il  eût 
eu  le  temps  de  faire  ses  explorations  sdentifiques. 
Ce  qu'a  dit  de  lui  Méhémet-Ali ,  qui  à  i'êge  de 
soixante-dix  ans  n'avait  pas  craint  aussi  de  s'expo- 
ser à  toutes  les  fatigues  d'un  long  voyage  au  coeur 
de  l'Afrique ,  et  qui  a  donné  à  tous  les  siens  l'exemple 
deU  fermeté,  est  carectéristique ,  et  fait  son  plus  bel 


(  «6i  ) 

éloge,  surtout  quand  on  sait  comme  moi  que  ce 
prince  n'est  pas  prodigue  de  louanges  et  qu'il  est  un 
excellent  juge  des  hommes.  Mais  cet  éloge  même  ex- 
plique la  mort  de  M.  Lefèrre  «  qui  fut  la  suite  d'un  tra- 
vail opiniâtre  sous  un  soleil  brûlant;  elle  est  digne  des 
regrets  des  amis  de  la  science  qu'il  culti? ait  et  de  la  géo- 
graphie» auxquelles  M.  Lefèvre  a?ait  déjà  rendu  et  s*ap* 
prêtait  encore  à  rendre  d'utiles  services.  Peu  de  jours 
avant  sa  mort,  il  m'avait  envoyé  de  Famekah ,  sous  le 
11*  degré  de  latitude  boréale  et  le  3a^  i5'  de  longitude 
de  Paris,  quatre  caisses  pour  le  Muséum  d'histoire 
naturelle»  dont  il  était  le  correspondant»  et  que  j'ai 
fait  parvenir  à  leur  destination.  Elles  contenaient  des 
échantillons  de  ses  premières  découvertes  en  géologie, 
botanique»  etc.»  etc.  A  son  passage  à  Alexandrie  ,  je 
lui  avais  principalement  recommandé  de  m'informer 
des  ressources  et  des  avantages  que  les  pays  qu'il  tra- 
verserait pourraient  offrir  à  notre  commerce.  Je 
reçus  de  lui  la  lettre  suivante»  qui  donne  aussi  des  dé- 
tails géographiques  fort  curieux  sur  des  pays  entiè- 
rement inconnus  jusqu'alors. 

ji  Monsieur  Cochblbt  ,  consul  général  de  France  en 
Egypte  et  dépendances ,  etc. 

Keri-Mohammed- Ali-Polis ,  ce  36  mai  iSSg. 
MoffSIBlIR  LE  CONSUL  GÉNÉRAL  » 

Je  VOUS  ai  promis ,  lors  de  mon  départ  d'Alexandrie» 
et  dans  ma  dernière  lettre ,  quelques  notes  sur  le  com" 
merce  de  ces  contrées.  Voici  celles  que  j'ai  pu  me . 
procurer. 

Depuis  Kartoum  jusqu'à  Fasoglo  »  les  rives  du  fleuve 


(    S69    ) 

Bleu  fouriiissenlau  vice  roi  d*Lgyple,  du  beurre ,  des 
peaux  de'bœuf,  du  doura,  du  tamarin  ,  de  la  gomme, 
un  peu  d*or  que  les  hubitanls  appoiieDt  pour  payer 
leurs  conlribulions,  lorsqu'ils  ne  peuvent  pas  le  vendre» 
ce  qui  arrive  1res  rarement;  car  ils  préfèrent  le  vendre 
à  perle  à  un  élrangerque  de  le  céder  au  gouvernement, 
parce  que  les  Turcs  qui  perçoivent  les  contributions 
ont  des  poids  exacts  pour  livrer  au  gouvernement,  et  de 
faux  pour  recevoir  du  nialbcureux  qui  a  pesé  son  or 
chez  lui  »  et  lorsqu'il  est  au  divan  ,  il  faut  qu'il  y  ajoute 
quelquefois  jusqu'à  un  quart  d'once.  Celle  mauvaise 
foi  des  employés  prive  le  gouvernement  égyptien  de 
percevoir  l'impôt  du  Soudan  tout  en  or,  comme  cela 
avait  lieu  autrefois.  Celte  contrée  fournit  encore  une 
espèce  de  toile  de  colon»  nommée  mamour ,  analogue 
aux  toiles  de  lin  que  l'on  fait  dans  la  Haute-hgypte.  Les 
djèlabcs  ou  marchands  sont  les  seuls  qui  viennent  tra- 
fiquer avec  les  habitants  de  Kartoum,  Wouadi-Médine, 
leSennaar,  Ressorcs;  et,  enfin  une  fraction  va  jusqu'à 
Fasoglo.  Ënlre  ces  deux  derniers  endroits  soumis  au 
pacha ,  il  y  a  des  Arabes  errants  qui  s'avancent  sur  la 
route,  assassinant  pour  voler.  Quelquefois  les  cheiks  de 
certains  endroits  se  permettent  même  de  faire  contri- 
buer ces  marchands.  Plus  loin ,  ils  sont  exposés  à  mille 
dangers  de  la  part  des  habitants  des  montagnes,  qui  se 
font  une  guerre  continuelle.  Ceux  qui  s'exposent  sont 
des  gens  qui  habitent  ordinairement  le  pays  situé  entre 
Resseres  et  Fasoglo,  qui  souvent  sont  parents  ou  alliés 
à  quelque  mecke  (roi)  de  ces  contrées.  Leurs  retulions 
avec  les  meckes  des  montagnes  qu'ils  parcourent  leur 
donnent  une  certaine  sécurité  dans  les  dépendances 
de  CCS  rois,  il  ne  leur  reste  alors  de  danger  que  la 
route  d'une  montagne  à  une  autre  ;  car,  s'ils  sont  ren- 


(  s6S  ) 
contrés  par  aoe  troupe  qui  leur  soit  supérieure  en  nom- 

4 

bre ,  Tapp&t  de  ce  qu'ils  possèdent  les  fait  altaquer , 
et  assassiner  s'ils  sont  les  plus  faibles  :  aussi  sont-ils 
armés  d'armes  à  feu ,  ce  qui  leur  donne  un  avantage 
sur  leurs  adversaires*  qui  ne  le  sont  que  de  lances  ; 
aussi  tous  les  hommes  et  les  enfants  s'habituent  ils 
à  ne  pas  faire  un  pas  sans  avoir  leurs  lances  et 
leurs  boucliers.  Ces  marchands  apportent  du  Caire 
des  conteries  de  Venise,  des  sabres  droits  faits  en 
Allemagne,  des  tapis  de  Syrie,  des  dattes  du  Don- 
gula,  des  toiles  blanches  bordées  de  franges  rouges  • 
des  madrépolanes ,  quelques  pièces  d'indienne  d'Eu- 
rope. Ces  derniers  objets  sont  de  luxe  et  se  vendent 
très  bien.  Les  habitants  de  ces  contrées,  qui  ont  de 
l'argent»  sont  friands  de  sucre;  ils  recherchent  aussi 
l'eau  de  lavande ,  qu'ils  échangent  avec  des  morceaux 
d'or  de  la  valeur  de  5^7  francs,  qu'ils  donnent  pour 
une  fiole  de  celte  eau.  Cette  eau  sert  aux  hommes  k  se 
parfumer  la  tête.  Les  femmes  des  grands  la  projettent 
sur  des  charbons  placés  dans  un  trou  circulaire  de  3o 
à  35  centimètres  de  diamètre  et  de  4o  à  45  de  profon- 
deur. La  femme  se  place  au-dessus  et  recouverte  d'une 
toile  propre  à  retenir  l'essence  volatilisée  ;  elle  se  dis- 
pose de  façon  à  en  diriger  la  vapeur  sur  des  organes  que 
l'exercice  a  trop  excités.  L'huile  essentielle  de  santal  sert 
â  oindre  le  corps  et  les  cheveux  des  grands  des  deux 
sexes.  Cette  huile  vient  de  l'Inde  par  Souakem.  On 
tire  aussi  beaucoup  de  sucre  de  ce  continent.  Le  peu- 
ple se  sert  de  beurre  pour  se  oindre  le  corps  et  la  tète. 
Les  femmes  des  grands  préfèrent  une  huile 
qu'elles  nomment  delka,  qui  est  composée  de  diverses 
essences  retenues  dans  de  la  moelle  de  bœuf,  avec 
laquelle   le  soir  elles  frictionnent  le  corps  de  leurs 


(  «64  ) 

maîtres  et  le  leur  ;  c'est  ce  qu'elles  nomment  faire  le 
delka.  Chez  ces  peuples»  ces  frictions  donnent  réveil 
à  leurs  sens. 

Le  commerce  de  toutes  les  montagnes  situées  é 
Touest  et  au  sud-ouest  de  Resseres  et  de  Fasogio  étant 
n  peu  près  le  même  que  celui  de  la  montagne  de  Cas- 
san  »  je  passe  au  commerce  de  cette  dernière,  où  les 
djèlabes  apportent  du  doura,  du  sel»  des  toiles  de  co- 
ton fabriquées  du  côté  de  Resseres,  des  conteries  de 
Venise ,  dont  les  deux  sexes  sont  amateurs  ;  quelque- 
fois du  sucre ,  et  enfin  des  esclaves  qui  se  vendent 
pour  de  l'or.  Voici  quelques  prix  :  un  enfant  mâle  de 
cinq  à  six  ans  se  Tend  un  quart  d'once  d'or;  au  des- 
sus, il  se  paie  une  demi-once  ;  un  enfant  de  douze  à 
quinze  ans  une  once  d'or  ou  oki;  un  homme  de  vingt  à 
vingt  cinq  ans  une  once  et  demie.  Il  faut  qu'il  soit  très 
fort  pour  dépasser  ce  prix  de  moitié.  Les  petites  filles 
sont  moins  chères  que  les  petits  garçons  de  six  ans  ; 
mais  passé  cet  âge,  elles  augmentent  de  valeur.  Celles 
de  dix  à  quinze  ans  sont  les  plus  estimées;  leur  beauté, 
leur  embonpoint,  ainsi  que  leur  forte  constitution,  les 
font  valoir  beaucoup  plus  qu'un  homme ,  car  elles  se 
vendent  de  deux  à  quatre  oki.  Au-dessus  de  cet  âge,  et 
plus  elles  s'en  éloignent,  plus  elles  perdent  en  va- 
leur. Alors  elles  sont  employées  aux  usages  domes- 
tiques, à  aller  chercher  de  l'eau,  i  transporter  de 
lourds  fardeaux,  aller  chercher  le  bois,  etc.  Celles  qui 
ont  la  quarantaine  servent  à  écraser  le  donra  sur  nne 
pierre  pour  faire  la  farine  avec  laquelle  on  fait  le  ki- 
sera,  bouillie  analogue  à  celle  de  mais  que  mangent 
les  Basques,  on  la  mérisa ,  espèce  de  bière  que  boivent 
lesoirlesgensdecettecontréedc  l'Afrique.  En  échange, 
les  cens  de  Cassan  donnent  de  l'or  qu'ils  retirent  des 


(  «65  ) 

terrains  aurifères  qui  sToisinent  les  bords  du  Tournât; 
ils  paient   aussi  avec  de  For  retiré  des  sables ,  mais 
fondu  et  passé  à  la  filière .  afin  d'en  faire  des  fils  de 
diverses  grosseurs,  dont  ils  font  des  anneaux  d'un  poids 
déterminé.   La  chaîne  de  montagnes  nommée   Dar- 
Fôq,   pays  situé  sur  la  rive  occidentale  du  Tournât , 
commence  à  Logo,  situé  à  trois  ou  quatre  heures  au 
sud  de  Cassan.  Ce  pays  continue  jusqu'à  la  montagne 
Dighecha  ,   située  à   trois   journées  de    marche    au 
sud    de  Benichangoul  ou   Singué.   Cette   chatqe   est 
composée  de  hautes  montagnes  courant  du   sud  au 
nord  y  où  elles  sont  relevées.  Le  seul  produit  qu'elles 
offrent  aux  peuples  nombreux  qui  les  habitent  est  l'or 
qu'ils  extraient  des  sables  aurifères,  qui  recouvrent 
presque  généralement  les  bords  des  torrents  que  ren- 
ferment les  flancs  déchirés  de  ces  montagnes.   Ces 
peuples  achètent  tout  avec  l'or ,  car  le  peu  de  doura 
qulls  sèment  pendant  la  saison  des  pluies  ne  peut  suf- 
fire à  leur  nourriture:  aussi  sont-ils  obligés  d'en  ache- 
ter de  grandes  quantités  aux  marchands  de  Resseres,  h 
cause  de  l'immense  consommation  qu'ils  font  de  me- 
rise ,  avec  laquelle  ils  s'enivrent  chaque  soir.  Au-delà 
de  cette  série  de  montagnes  le  pays  n'est  pas  connu. 
A  l'onest ,  on  prétend  que  ce  sont  des  plaines  qui  con- 
tinuent jusqu'à  Denca.    Les  montagnes  de  Singué , 
placées  au  centre  de  cette  chaîne  ^  et  situées  à  une 
journée  de  marche  au  sud-ouest  de  Cassan ,  ont  sur 
leur  versant  oriental  le  rillage  de  Benichangoul,  où  se 
tient  le  mecke  de  ces  montagnes.  C'est  aussi  l'endroit 
où  se  lient  un  grand  bazar  chaque  année  avant  la  sai- 
son des  pluies  (fin  d'avril).  C'est  à  ce  bazar  que  les 
gens  des  montagnes  environnantes  viennent  s'appro- 
visionner pour  passer  la  saison  des  pluies.  Le  second 


(  s66  ) 

grand  bazar  se  lient  k  Farmaca.  Les  lances  qui  arment 
tous  les  habitants  de  ces  monlagnes  proviennent  du 
Beriha  ou  de  Fadasi. 

Les  gens  de  Resseres  ou  de  Fasoglo  vendent  du 
doura  ajax  montagnes  précédentes  pour  de  Tor  qu'ils 
tâchent  de  revendre  pour  des  about  nocta  (père  de  la 
goutte  ).  Ce  sont  des  talaris  de  Marie-Thérèse  d*Autri* 
che.  Tous  ne  sont  pas  reçus  dans  le  commerce;  il  faut 
qu'ils  aient  pour  être  bons  les  lettres  S  E  au  bas  de 
l'effigie;  que  le  nœud  qui  soutient  la  robe  au-dessus 
de  l'épaule  soit  entouré  de  perles  ;  que  les  perles  qui 
surmontent  le  diadème  de  cette  impératrice  soient 
aussi  très  bien  marquées  :  alors  l'about  nocta  est  bon  ; 
s'il  ne  remplit  pas  ces  conditions  ou  s'il  y  a  quelques 
perles  d'effacées  j  il  ne  vaut  rien.  Avec  cette  monnaie  » 
qui  est  très  recherchée»  on  trouve  toujours  de  l'or  à 
acheter  à  3so piastres  ou  16  talaris  l'once  de  5»  ■^"-  64» 
tandis  que  »  avec  les  anciennes  piastres  d'Egypte ,  il  se 
paie  35o  piastres  l'once.  Si  les  marchands  ci-dessus 
ont  trouvé  près  de  Resseres  à  se  ^défaire  de  leur  or 
pour  des  about  nocta ,  ils  vont  à  Galabate  ou  à  Gondar 
en  Abyssinie  acheter  des  esclaves  qu'ils  vendent  sur  la 
route  de  Resseres  à  Kartoum ,  pour  des  about  nocta 
de  préférence  à  toute  autre  monnaie  ;  alors  ils  retour- 
nent encore  acheter  en  Abyssinie  des  esclaves  qu'ils 
revendent  de  la  même  manière.  S'ils  n'ont  pu  échan- 
ger leur  or  contre  des  about  nocta,  ils  l'échangent  con- 
tre du  doura,  des  conteries,  et  retournent  s'exposer  de 
nouveau  dans  les  montagnes  précédentes. 

Les  habitants  do  Resseres  et  Fasoglo  revendent  à 
Tépoque  des  pluies  (avril  et  mai)  leurs  marchandi- 
ses aux.  diverses  peuplades  qui  avoisinent  leur  pays  • 
ensuite   vont    à  Gondar  se  défaire  du  restant  pour 


(  "«7  ) 
des  dénis  d'éléphants ,  d'hippopotames,  pour  du  sel, 
du  miel  et  de  la  cire  jaune  ;  d'autres  portent  des  tala- 
ris  about  nocta  avec  lesquels  ils  achètent  les  esclaves, 
comme  nous  l'avons  dit;  Ces  about  nocta  sont  telle- 
ment recherchés  des  Abyssiniens,  qu'ils  les  estiment 
quelquerois  plus  de  deux  fois  leur  valeur.  Cette  mon- 
naie étant  la  première  introduite  dans  ce  pays,  les  habi- 
tants n*en  veulent  pas  d'autre. 

Au  nombre  des  provinces  de  l'Abyssinie  qui  avoisi- 
nent  les  rives  du  fleuve  Bleu ,  est  celle  dite  Gallas- 
Libane ,  située  vers  le  sud-est  de  Resseres  et  le  nord- 
est  de  Fasoglo.  Celte  province  est  composée  de  peuples 
guerriers  très  redoutés  des  Gomous.  Ils  ont  Thabi- 
tude  de  faire  la  guerre  pendant  la  nuit ,  de  tuer  les 
hommes,  et  de  faire  les  femmes  et  les  enfants  esclaves. 
Us  sont  peu  sociables  ;  malgré  cela ,  ils  font  des  échan- 
ges avec  les  peuples  qui  les  avoisinent.  Leur  pays 
fournit  peu  d'or,  du  café,  des  chèvres,  des  moutons, 
des  bœufs ,  des  chevaux ,  du  miel ,  de  la  cire  et  des 
toiles  de  coton  en  abondance.  Ces  toiles  sont  blan* 
ches  ou  bleues,  et  beaucoup  de  ces  dernières  sont  à 
fond  blanc  rayé  de  bleu  ;  d'autres  sont  rouge  écarlate. 
Ces  toiles  rouges  sont  très  estimées  ;  elles  servent  à 
rayer  le  bas  des  chemises  blanches  et  des  fardas  que 
portent  les  gens  riches,  ce  qui  est  chez  eux  un  luxe. 
Les  Gallas  échangent  ces  chemises  contre  quatre  ou 
cinq  morceaux  de  sel  que  leur  apportent  les  habitants 
de  la  province  deGodjam  située  à  l'est  de  Gpndar.  C'est 
dans  cette  dernière  province  qu'on  exploite  le  sel 
gemme ,  et  c'est  par  erreur  qu'on  dit  sel  des  Gallas , 
puisqu'ils  ne  se  procurent  ce  sel  que  par  échange.  Ce 
sel  sert  aussi  de  petite  monnaie  dans  ces  contrées  ; 
d'où  lui  vient  le  nom  d'amolé  sogueda  (mesure  de  sel). 


(  «68  ) 

Les  morceaux  de  ce  sel  ooi  un  empan  de  longueur;  on 
les  subdivise  en  quatorze  doigts  pour  les  petites  dépen- 
ses. Les  Gallas  échangent  les  objets  ci-dessus  contre 
des  sabres  droits,  des  lances,  des  conteries  de  Venise , 
des  about  nocta,  et  contre  de  Tor. 

Le  Bertha  est  constitué  par  une  série  de  montagnes 
qui  commence  à  Fasoglo  et  finit  à  Binbichi ,  situé  sur 
la  rive  orientale  du  Tournât,  et  à  quatre  journées  de 
marche  au  sud-est  de  Benicbangoul.  Il  est  formé  par 
de  hautes  montagnes  courant  du  nord  au  sud  où  le  sol 
s'élève.  Il  est  par  les  indigènes  divisé  en  trois  par- 
ties. La  partie  inférieure ,  attenante  aux  possessions 
turques ,  embrasse  les  montagnes  situées  sur  les  deux 
rives  du  fleuve,  depuis  Fasoglo  jusqu'à  la  rive  orien- 
tale du  Tournât ,  s'appelle  Djebel-Aouine  (  montagne 
des  montagards  )  ;  elle  s'étend  au  sud  jusqu'à  Fadoca. 
Le  dar  Kamamil  ou  la  seconde  partie  du  Bertha,  corn* 
mence  h  la  montagne  de  Fadoca ,  continue  jusqu'à 
Bimbichi  ;  ses  limites  sont  l'Yabouse  et  la  rive  orien- 
tale du  Tournât.  Le  dar  Fôq  est  placé  en  regard  sur  la 
rive  occidentale  du  Toumat ,  comme  noua  l'avons  dit. 
Le  Bertha  produit  de  l'or  qu'on  extrait  des  sables  au- 
rifères, du  doura,  du  fer.  Les  Gallas  méridionaux  y 
portent  du  sel,  du  miel,  des  bœufs,  du  beurre,  des  es« 
claves ,  qu'ils  échangent  contre  des  sabres  droits ,  des 
lances ,  des  conteries  ,  etc. 

Le  pays  des  Bimbichi,  situé  au  sud  du  Bertha,  a  pour 
capitale  Fadassi.  qui  est  l'endroit  où  l'on  fond  et  où 
se  travaille  la  plus  grande  partie  de  l'or  recueilli  dans 
la  partie  centrale  de  l'Afrique  orientale  ;  c'est  aussi 
l'endroit  où  se  tient  le  plus  grand  basar  de  cette  par- 
tie do  l'Afrique.  Voici  la  route  que  suivent  les  mar- 
chands qui  vont  de  Fasoglo  à  Fadasai.  De  Fasoglo  à 


(«69) 
Gassan  »  un  jour  de  marche  (  douze  heures  )  ;  de  Cas- 
san  èiBenichangouly  un  jour;  de  Beuichangoul  ou  Sin- 
gué  à  Reriné,  un  jour;  un  jour  de  Keriné  à  Fassadour; 
an  jour  de  Fassadour  à  Bibi  ;  un  jour  de  fiibi  à  Gaon  , 
el  une  demi- journée  de  Gaon  à-Fadassi. 

Voilà ,  monsieur  le  consul-général ,  le  peu  de  notes 
que  j*ai  pu  recueillir  jusqu'à  ce  jour  au  milieu  de  mes 
nombreuses  occupations  et  de  mes  dangereux  voya- 
ges; î'espère  les  compléter  si' ma  santé  continue  d'ê- 
tre bonne. 

Je  vous  adresse  une  copie  du  rapport  que  j'ai  envoyé 
à  Son  Altesse ,  dans  lequel  vous  verrez  combien  je 
l'engage  à  faire  après  le  Carif  une  expédition  militaire 
jusqu'au-delà  de  Fadassi.  Si  elle  est  dirigée  dans  le 
sens  que  j'indique ,  il  y  a  tout  lieu  de  croire  qu'elle 
sera  profitable  aux  intérêts  de  Son  Allesse;  au  moins 
tontes  mes  connaissances  en  géologie ,  ainsi  que  toutes 
les  informations  commerciales  et  autres  que  j'ai  prises 
sur  le  pays»  me  portent  à  le  penser.  Je  joins  aussi  à 
votre  pli  une  lettre  pour  M.  Arlin-Bey,  afin  d'être 
sâr  qu'elle  lui  parviendra;  vous  pouvez  en  prendre 
connaissance  avant  de  la  lui  envoyer;  vous  y  trouverez 
quelques  détails  circonstanciés  sur  l'expédition  de  Fa- 
doca  qui  pourront  vous  intéresser. 

Daignez  agréer ,  monsieur  le  consul  général ,  l'ex- 
pression de  ma  gratitude  »  etc. 

LsFkVfiE. 


(  »7o  ) 


NoTB  sur  la  hauteur  de  Paris  au-dessus  de  r Océan , 

par  M.  JoMARD. 


Il  résulte  de  la  comparaison  faîle  entre  les  diffé- 
rentes mesures  directes  opérées  pour  le  nivellement  de 
la  Seine,  et  les  calculs  des  ingénieurs  du  Dépôt  de  la 
guerre,  une  différence  assez  notable  pour  la  détermi- 
nation de  la  hauteur  du  zéro  de  l'échelle  du  pont  de 
la  Tournélle  au-dessus  de  la  mer.  Les  ingénieurs  des 
ponts  et  chaussées  ^  M.  Poiret  et  ses  collaborateurs  ) 
ont  opéré  ce  nivellement  de  Paris  au  Havre  avec  une 
précision  très  grande;  ils  répondent  à  un  décimètre 
près  de  l'exaclilude  du  nombre  trouvé  ;  ce  nombre 
est  :  hauteur  au-dessus  de  la  mer  moyenne  »  25*, 70. 

D'autres  ingénieurs  des  ponts  et  chaussées,  MM.  Em- 
mery  et  Mary,  ont  trouvé  que  le  sommet  de  la  coupole 

de  la  lanterne  du  Panthéon  était  élevé  au-dessus  du 
zéro  du  pont  de  la  Toumelle  de  ii7*,74*  Tels  sont 
les  éléments  trouvés  par  le  corps  des  ponts  et  chaus- 
sées par  des  mesures  directes.  C'est  le  chiffre  qui  en 
résulte  qu'il  faudra  comparer  avec  les  résultats  des  opé- 
rations géodésiques. 

Or,  les  ingénieurs-géographes  ont  obtenu  trois  ré- 
sultatSy  différant  très  sensiblement  entre  eux,  pour  la 
hauteur  de  la  coupole  du  Panthéon  au-dessus  de  l'O- 
céan ,  par  les  triangles  conduits  sur  Cherbourg ,  sur 
Cancalle  et  sur  Brest.  Les  nombres  sont  i43'',44f 
j43",84i  lA^^^jâ;  du  moindre  au  plus  fort  la  diffé- 


(«7«  ) 
rence  est  de  i*»5ii.  Il  est  vrai  que  la  hauteur  dont  il 
s*agit  a  été  prise  au-dessus  du  niveau  moyen  de  la  mer» 
c'est-à-dire  entre  la  marée  basse  et  la  marée  haute. 
D'après  l'établissement  des  ports»  il  y  a  une  diffé- 
rence notable  selon  les  lieux  et  selon  les  temps  :  c'est 
une  raison  de  plus  qui  explique  la  variation  de  i»32 
qui,  sur  i45'",44»  représente  prés  d'un  centième.  Il  y  a 
quelques  doutes  sur  la  chaîne  de  triangles  du  parallèle 
de  Brest,  et  ce  point  est  très  éloigné  de  l'embouchure 
de  la  Seine.  Le  point  de  Gancalle  en  est  moins  éloigné  ; 
mais  il  en  est  séparé  par  une  langue  de  terre  qui  s'a- 
vance vers  l'Angleterre ,  et  qui  forme  le  département 
de  la  Hanche.  De  Cherbourg  au  Havre .  au  contraire  » 
point  d'obstacle,  et  la  distance  est  médiocre. 

D'un  autre  côté  ,  il  convient  de  former  deux  groupes 
distincts  des  résultats  obtenus  par  les  deux  méthodes  » 
avant  de  les  comparer  ensemble ,  plutôt  que  de  pren 
dre  des  moyennes  pour  chaque   partie  des  opéra- 
tions. 

La  hauteur  trouvée  par  les  ingénieurs-géographes,  de 
la  coupole  au-dessus  de  la  Tournelle,  est  de  1 1 7"'i47  » 
cette  mesure  diffère  de  0^,27  en  moins  avec  celle  des 
ponts  et  chaussées. 

Maintenant»  si  on  ajoute  les  deux  mesures  partielles 
trouvées  par  les  ponts  et  chaussées»  c'est-à-dire  1 1 7"»74 
avec  35"*.70,  on  trouve  pour  la  hauteur  totale  du  Pan- 
théon au-dessusdela  mer  moyenne  au  Havre  14^"*»  44» 
celte  mesure  s'accorde  pleinement  avec  la  mesure 
géodésique  de  la  hauteur  du  Panthéon  au-dessus 
de  la  mer  moyenne  à  Cherbourg,  et  même  sans 
aucune  différence  par  rencontre  fortuite  ;  mais  c'est 
une  grande  présomption  en  faveur  de  l'exactitude 
du    nivellement    direct.    On   ne    voit   donc   pas    de 


{  27«  ) 
motifs  suffisants  pour  augmenter  d'un  46«  Iflt  mesure 
(le  a5",7o  trouvée  par  les  ingénieurs  des  ponts  et 
chaussées  (i).  Nous  pensons»  i*  qu'il  ne  faut  pas  pren- 
dre une  moyenne  enlre  les  moyennes  provenant  des 
deux  natures  d'opérations,  et  que  celles-ci  doivent  être 
distinguées  et  non  confondues;  a°  que  les  différences 
entre  les  diverses  hauteurs  géodésiques  du  Panthéon 
au*dessusde  la  mer,  et  la  hauteur  au-dessus  de  laTouF- 
nelle,  doivent  être  établies  avec  les  seules  mesures  des 
ingénieurs-géographes;  3**  que  la  hauteur  géodésique 
au-dessus  de  Brest  ne  doit  pas  être  comparée  avec  la 
hauteur  au-dessus  du  Havre  «  et  qu'il  en  est  de  même 
de  celle  de  Cancalle^  4**  enfin,  qu*il  faut  s'en  tenir  à 
la  mesure  de  sô'^jo  trouvée  parle  nivellement  direct, 
laquelle  se  trouve  parfaitement  d'accord  avec  la  mesure 
géodésique  déterminée  par  rapport  à  Cherboui^. 

Nota.  On  a  fait  obsei*?er  que  le  niveau  moyen  de  la 
mer  pouvait  être  modifié  et  plus  élevé  à  l'embou- 
chure de  la  Seine  qu'ailleurs  ;  mais  les  ingénieurs  des 
ponts  et  chaussées  ont  pris  leur  mesure  au  niveau 
moyen  qu'ils  ont  trouvé  constant,  entre  la  mer  de 
inerte  eau  et  la  mer  de  vive  eau. 

(i)  La  cote  adoplëe  récemment  pour  exprimer  la  hauteur  du  o  de 
la  Toumelle  au-dessus  du  niveau  moyen  de  la  mer  est  aG^ysS. 
( Gompte-rendu  de  l'Académie  des  sciences,  fbme  XIV,  lo.) 


(  «75) 

Note  sur  les  tra^^aux  ds  la  Société  des  AtUiquaires  du 
Nord,  de  Copenhague^  par  M.  db  la  Roqubttb. 


Dans  la  séance  générale  que  la  Société  a  tenue ,  le 
«7  janvier  1849  ,  sous  la  présidence  du  prince  royal, 
H.  le  professeur  Rafn  a  fait  son  rapport  annuel  sur  les 
travaux  de  Tannée  1 84 1  • 

Parmi  les  ouvrages  publiés  par  ordre  de  la  Société 
ou  qui  doivent  être  insérés  dans  ses  Recueils,  nous 
avons  remarqué  : 

1*  Annales  pour  la  connaissance  des  antiquités  du 
Nord,  i84o-i84i. 

a*  Le  tome  r*"  d'une  nouvelle  collection  des  anciens 
Sagas  d'Islande  dans  le  teite  original,  accompagné 
d'une  carte  de  l'antique  Islande  eiàe fac-similé; 

5*  Le  tome  III  des  Relations  historiques  des  actions 
et  des  voyages  des  Islandais,  composées  en  langue  da- 
noise ,  par  M.  Peterseu  ; 

4^  Des  Mémoires , 

De  M.  Westergaard,  sur  les  rapports  qui  existent 
entre  le  sanscrit  et  l'islandais  ; 

De  H.  le  professeur  suppléant  Liudberg,  sur  les  mé- 
dailles ou  monnaies  frappées  parles  émirs  buidisques 
(  btddiske  E mirer  )  ; 

De  M.  Finn  Hagnussen,  sur  l'introduction  etla  pro- 
pagation de  l'astrologie  dans  le  Nord  ; 

De  M.  Schiem  ,  sur  les  plus  anciennes  émigrations 
de  la  Normandie  en  Italie ,  et  sur  les  expéditions  des 
Normands  en  Sicile  ; 

De  H.  le  Prévôt  Sabinin  de  Weimar,  intitulé  :  Coa^ 

XVII.    AVBIL.    4*  *^ 


[  «74  ) 

palo,  divinité  païenne  des  Slavo-Russes,  comparée  a?ec 
Baldur  des  anciens  Scandinaves. 

De  M.  Petersen»  sur  la  reine  Gunnild,  et  sur  d'aulres 
sujets  relatifs  à  la  littérature  et  à  l'histoire  de  la  Scan- 
dinavie. 

Le  Prince  Royal,  président  et  protecteur  éclairé  de  la 
Société,  l'a  entretenue  dans  cette  séance  d*une  pierre 
runique,  trouvée  dans  la  maison  d'un  paysan  entre  Roi- 
ding  et  Fredericia,  et  restée  jusqu'à  ce  moment  incon- 
nue. Il  a  annoncé  en  même  temps  qu'il  se  proposait 
de  faire  faire  incessamment  des  fouilles  dans  les  envi- 
rons de  Frederiksgave ,  sa  résidence  d'été  dans  l'Ile  de 
Fionie»  contrée  riche  en  monuments  des  temps  an- 
ciens, et  qu'il  s'empresserait  d'en  communiquer  les 
résultats. 

L'un  des  objets  les  plus  curieux  envoyés  depuis 
peu  au  musée  des  antiquités  du  Nord ,  signalé  par 
Thomsen ,  est  un  encensoir  sur  lequel  on  lit  des  carac- 
tères runiques  avec  l'inscription  latine  :  Jacobus  Rafus 
mefedt.  M.  Thomsen  cite  aussi  parmi  les  raretés  que 
le  musée  a  recueillies  une  ceinture  en  or  et  ai*gent  sans 
aucune  espèce  de  soudure,  et  qui  a  probablement  servi 
d'omemenl  à  la  statue  de  quelque  ancienne  divinité» 
Ce  morceau  précieux»  par  la  matière  et  par  les  orne- 
ments a  été  trouvé  dans  une  tombelle  près  d'flelles- 
ted»  et  offert  par  M.  le  comte  de  Moltke,  ministre 
d'État  et  des  finances  de  Danemark,  qui  a  donné  quel- 
ques renseignements  curieux  sur  les  circonstances  aux- 
quelles on  a  dû  cette  découverte. 

Les  rob  de  France  et  des  Pa}s>Bas,  et  l'empereur 
de  Russie,  ont  fait  don  è  la  Société  de  plusieurs  ouvra- 
ges remarquables. 

La  Sociélé  vient  d'admettre  au  nombre  de  ses  mem- 


(  «yS  ) 
brés  le  prince  Michel  Slurdza,  liospodâr  de  Moldavie; 
don  Benigno  de  Carvaibo  e  Cunha ,  chanoine  de  Ba- 
bia;  le  conseiller  d^tat  Genty  de  Bussy,  de  Paris;  le 
conseiller  d'État  Erdmann ,  de  Dorpat  ;  et  le  marquis 
Cesimo  Aidolfi  ,  de  Toscane. 


ExTBâiT  d*une  lettre  de  M.  Artin-Beyà  M.   Jomabd, 
directeur  de  la  mission  égyptienne  en  France. 


Le  Caire  ,  a  février  184». 

Nous  voilà  depuis  plusieurs  mois  installés  au  Caire. 
On  s'y  occupe  beaucoup  de  la  réorganisation  des 
principales  branches  de  l'administration ,  dont  les 
circonstances  que  nous  avons  traversées  avaient  néces* 
sairement  dû  retarder  l'amélioration. 

Dans  les  ordres  qu'elle  a  donnés  à  cet  égard  »  Son 
Altesse  ne  pouvait  pas  oublier  l'instruction  publique» 
objet  constant  de  sa  sollicitude.  L'état  de  paix»  une 
domination  moins  vaste ,  devaient  amener  des  modifi- 
cations dans  le  système  et  la  composition  des  écoles. 
Hais  le  vice-roi  a  voulu  que  les  réductions  qui  pou- 
vaient résulter  d'une  nouvelle  organbation  portassent 
»ur  le  nombre  des  élèves,  dont  les  services  publics  exi- 
gent aujourd'hui  un  nombre  moindre,  et  non  par  sur 
les  moyens  d'instruction.  L*école  préparatoire  qui  était 
établie  à  Abouzabel  a  été  réunie  à  l'école  des  lan- 
gues sous  les  ordres  du  cheikh  Refa'h.  L'étude  de  la 
langue  française  a  été  introduite  dans  le  programme 
de  l'école  préparatoire  pour  les  élèves  des  deux  pre- 
mières divisions.  Pour  les  autres  écoles,  le  nombre  des 


(  «76  ) 
élèves  â  élé  reistreint  dans  la  proportion  des  bésoioâ 
actuels  da  service.  Les  écoles  primaires  des  provinces 
ont  été  concentrées  dans  les  chefs-Iieax  oit  les  moyens 
d'inspection  et  de  surveillance  sont  plos  A  la  porié«  de 
Tadministration.  Enfin ,  une  m«illeure  direction ,  une 
impulsion  plus  forte  ont  élé  données  à  l'ensemble  des 
éludes.  Soliman-Pacha  a  été  nommé  inspecteur  géné- 
ral des  écoles  militaires,  qui  continuent  toutefois   A 
èlre  placés  dans  le  département  de  Tinstraction  pnbli*^ 
que ,  et  réunissent  par  cette  combinaison  à  Tavantage 
d'être  dirigées  sous  le  rapport  de  l'instruction  par  un 
habile  militaire  »  celui  de  ne  pas  être  en  dehors  du 
système  général  de  l'enseignement  public.  Il  résulte 
donc  du  travail  de  la  commission,  dont  j'étais  mem- 
bre, que  les  nouveaux  arrangements,  loin  d'être» 
Comme  ont  cherché  à  le  faire  croire  certains  nouvel- 
listes mal  intentionnés ,  une  réaction  contre  les  idéêê 
de  progrès  »  marquent  au  contraire  un  pas  de  plus  dims 
la  voie  des  améliorations. 

Pendant  que,  sous  les  inspirations  du  vice-roi ,  nous 
réalisons  ici  des  réformes  d'un  aussi  grand  intérêt , 
Son  Altesse ,  qui  parcourt  depuis  trois  mois  là  Hadte^^ 
Egypte,  présidait  en  personne  à  des  améliorations 
d'un  égale  importance.  Pour  détruire  autant  quHI  dé- 
pend d'elle  les  entraves  dont  le  commerce  avait  à  se 
plaindre ,  elle  a  commencé  par  supprimer  les  lignes 
de  douanes  établies  etaitre  Cartoum  et  Alexandrie ,  en 
ne  laissant  plus  subsister  que  la  douane  d'Assouân,  oA 
les  droits  d'entrée  seont  acquiilés.  Elle  A  en  mèttie 
temps  porté  son  attention  et  l'activité  que  vous  lui 
connaisse):  sur  les  besoins  àé  l'âgricuttof ê.  Tons  lés 
IrâVaot  que  d'impérieuses  circonstances  avaient  Aitt 
suspendre  ou  négliger  ont  été  repris  ;  une  grande  pnf- 


(  «77  ) 

fU  de  ce»  Iraraux  est  déjà  achevée  *  et  le  reste  le  sera^ 
dans  le  cooraBt  de  la  saison.  Vous  comprendrez  la  pro- 
digieuse impulsion  que  le  nce-roi,  par  sa  présence ,  a 
donnée  à  ces  opéralioflo  capitales»  quand  [ejous  dirai 
qu'en  canaux»  digues»  etc.^  il  vient  d'être  fait  qua^ 
mate  millions  de  mikres  cubes  de  terrassements.  J 'écris 
en  toates  lettres  pour  que  vous  puissiez  croire  à  ce 
chiffre.  En  outre  «  soixante-huit  ponts  »  barrages  ou  dé- 
versoirs ont  été  entrepris ,  et  sont  en  pleine  conslruc- 
tioa.  Des  travaux  analogues  s*exécutent  également  dans 
la  Basse-Égypte  sous  la  direction  d'Ibrahim-Pacha  » 
d'Ahbas-Pacha  et  de  Said-Pacha*  Je  n'ai  donc  pas 
besoin  de  vous  parler  de  la  santé  de  Son  Altesse  ;  vous 
voyez  que,gràce  au  ciel»  c'est  toujours  le  même  homme* 
tantpour  la  force  physique  que  pour  l'énergie  morale. 
Nous  ne  savons  pas  au  juste  quand  le  vice-roi  sera  de 
selour  au  Caire.  Je  crois  toutefois  que  ce  sera  assez, 
prochainement  ;  car  il  vient  de  nous  expédier  l'ordre 
de  faire  terminer  prompteooent  l'observatoire  du  Caire, 
qu'il  veut  »  dit-il,  visiter  et  trouver  fini  à  son  arrivée  ici. 

Signé  AaTiN-BsT. 


Lettre  adressée  à  M^  Coceelet  par  M.  D'Ave^ac. 

Paris,  to  uiaf  184^. 
MOHSIEUR  ET  CHSa  C0IIFB6bB  » 

Au  moment  où  vous  mettez  sous  presse  le  Bulletin- 
du  mois  d'avril ,  confié  à  vos  soins ,  je  reçois  de  Londres 
quelques  nouvelles  géographiques ,  que  je  m'empresse 
de  vous  transmettre ,  dans  l'espoir  qu'elles  arriveront 
assez  tôt  pour  trouver  place  dans  votre  cahier. 

Mon  excellent  ami  le  capitaine  William  Allen ,  au^ 


(«-8) 

quel  nous  deîoos  la  belle  reconnaissance  du  Kouftrà 
publiée  par  l'amirauté  anglaise ,  et  un  charmant  album 
de  vues  du  Niger,  exécutées  par  lui  sur  les  lieux  mêmes, 
et  publiées  à  Londres  avant  son  départ  pour  la  seconde 
expédition,  si  cruellement  avortée  :  Allen,  dis-je,  à 
peine  rétabli  de  la  fièvre  africaine,  vient  de  repartir  de 
'^Ascension  avec  les  deux  bateaux  à  vapeur  le  H^i/ber- 
force  et  le  Soudan ,  pour  une  troisième  visite  au  fleuve 
meurtrier  »  dont  il  brave  les  dangers  avec  un  courage 
si  constant,  une  abnégation  personnelle  si  grande,  une 
sérénité  si  parfaite.  Trompant  en  quelque  sorte  le  dé* 
couragement  qui  s'est  emparé  du  gouvernement  de  sa 
patrie  à  la  nouvelle  des  désastres  dont  le  capitaine 
Trotter  était  venu  rendre  compte^  Allen  échappe,  par 
cette  résolution  inaltendue,aux  ordres  de  l'amirautéqui 
devaient  suspendre  toute  nouvelle  tentative  et  mettre 
fin  à  l'expédition ,  mais  qui  ne  lui  étaient  pas  encore 
parvenus.  Au  surplus ,  il  est  appelé  par  l'état  périlleux 
où  se  trouve  rétablissement  anglais  du  mont  Stirling , 
au  milieu  de  peuplades  barbares  et  sans  foi  :  peut-être 
n'ira  t-il  point  au-delà  ;  mais  son  pinceau  facile  fera 
nouvelle  provision  de  dessins,  son  accordéon  appren- 
dra i  répéter  quelques  airs  africains  de  plus ,  et  sa 
mémoire  s'enrichira  encore  de  vocabulaires  indigènes. 
Nuls  vœux  plus  fervents  que  les  miens  ne  le  suivront 
dans  l'accomplissement  de  ses  hardis  projets* 

Dans  le  Bulletin  de  février,  dont  j'avais  la  chai^ge  , 
l'ai  inaéré  quelques  communications  relatives  i  la  dé- 
pression de  la  mer  Morte  ;  Testimalion  approximative 
qu'en  avait  faite,  en  1837 ,  M.  Beke  ,  n*}  est  point  ou- 
bliée :  ce  voyageur  se  croit  en  droit  de  soutenir,  contre 
l'opinion  qui  prévaut  aujourd'hui  chez  nous,  que  le 
Jourdain   a   dû  couler  originairement   dans  la  mer 


(  «79  ) 
Rouge,  et  qu'il  n'a  été  arrêté  que  par  des  confuhioDS 
iFolcaniques.  Il  fait  valoir  h  ce  sujet  des  considérations 
prises  de  l'élévation  relative  de  la  source  du  Jourdain 
au-dessus  de  TAqabah  d^Aylah.  des  formes  du  Wèdy- 
el-Ghour,  et  surtout  des  texies  bibliques.  Les  mêmes 
motifs  m'avaient  fait  objecter^  il  y  a  long-temps,  à  l'o- 
pinion de  notre  savant  critique  M.  Letronne,  la  pos- 
sibilité d'un  mouvement  de  bascule  qui  eût  causé  à  la 
fois  la  dépression  de  l'Asphaltide  et  le  relèvement  d'El- 
Satbehh  ;  mais  )e  n'avais  garde  de  considérer  ceiie pos^ 
sibUiiéj  quelque  plausible  qu'elle  fût,  comme  un  fait 
historique  démontrable. 

D'autres  nouvelles,  qui  me  sont  adressées  de  Lon- 
dres, se  rattachent  à  l'essai  sur  la  géographie  du  pays  de 
Scoumàl,  que  j'ai  pareillement  inséré  dans  le  Bulletin 
de  février.  Le  capitaine  Haines,  qui  commande  à  Aden, 
a  reçu  du  capitaine  Harris  (  chef  de  l'expédition  dont 
j'avais  entretenu  la  Société  de  géographie  en  août  1 84 1) 
des  dépèches  intéressantes  apportées  d'Ankober,  en  dix- 
huit  jours,  par  le  lieutenant  Barker,  de  la  marine  in- 
dienne. L'expédition  est  en  bon  état  de  santé,  et  dans  de 
bons  rapports  avec  le  Négous,  avec  qui  elle  vient  de  con- 
clure un  traité  de  commerce.  Le  capitaine  Harris  s'est 
procuré,  de  la  bouche  d'un  villageois  de  Goubourouah  , 
près  d'Aliu-Amba,  des  renseignements  assez  étendus 
sur  le  pays  de  Harar.  La  position  de  la  ville  peut  être 
estimée  à  i5o  milles  sud -ouest  de  Zeyla',  dans  une 
riante  vallée  entourée  de  collines  où  se  pressent ,  sur- 
tout pendantl'été,  ungrand  nombre  de  tribus;  au  nord, 
ce  sont  les  Gourgourah ,  musulmans ,  soumis  au  Eysa- 
Sçoumâl  ;  au  sud,  les  Gallas-Argoubba  ;  et  à  l'ouest,  les 
Galla-Nouly  et  Alaa',  païens  en  général,  bien  qu'il  y  ait 
parmi  eux  quelques  musulmans  ;  ce  sont  d'excellents  ca-. 


(  98o  ) 

?alicrs  »  qui  surprennent  et  pillent  les  Harary  sur  les- 
quels ils  tombent  à  Tiniproviste;  mais  ils  n'ont  jamais 
pu  pénétrer  dans  la  ville,  qui  est  bien  défendue  par 
une  muraille  de  pierre  et  de  glaise»  de  la  pieds  de 
haut  et  de  3  pieds  d'épaisseur ,  percée  de  cinq  portes, 
avec  une  garnison  d'environ  soo  soldats  armés  de 
fusils,  une  centaine  de  cavaliers  avec  de  longs  épieux» 
et  à  peu  près  autant  de  fantassins  armés  de  la  même 
manière  ou  tirant  de  l'arc  :  c'est  bien  assez  contre  des 
assaillants  qu'effraie  la  vue  seule  d'une  arme  à  feu.  La 
ville  possède  une  mosquée  gjami'  avec  deux  grands 
minarets»  et  plusieurs  mosquées  secondaires;  les  mai- 
sons sont  bâties  en  pierres  et  pisé ,  à  terrasse ,  et  blan- 
chies à  la  chaux;  les  souTces  sont  abondantes  alentour», 
mais  il  n'y  en  a  aucune  dans  l'intérieur  de  la  place. 
Le  pays  est  bien  cultivé»  et  produit  du  café,  du  blé»  du 
miel»  de  l'orge»  et  une  grande  variété  de  fruits.  Il  y 
arrive  et  il  en  part  de  nombreuses  caravanes»  dont 
quelques  unes  ont  jusqu'à  s  »ooo  chameaux;  on  peut  esti« 
mer  à  s»ooo  balles  le  café  qu'elles  en  exportent  et  qui 
sert  à  la  consommation  de  l'Europe.  Le  chef  du  pays 
a  le  titre  d'émyr»  et  le  gouvernemenl  y  est  héréditaire 
comme  dans  le  Schoa;  la  séquestration  des  princes  de 
la  famille  régnante  »  l'habillement,  les  coutumes  et  les 
mœurs»  offrent  aussi  la  plus  grande  ressemblance  avec 
celle. du  Schoa  ;  la  langue  parait  un  dialecte  de  Tank- 
harâa. 

D'un  autre  côté»  le  docteur  Beke  est  allé  de  sa  per- 
sonne explorer  le  pays  au  sud  d'Ankober ,  et  a  recueilli» 
sur  le  cours  des  rivières»  des  renseignements  qui  pa- 
raissent concorder  avec  ceux  que  m'avait  transmis 
M.  d'Abbadie.  Le  capitaine  Harris  a ,  dit-on  ».  donné  à 
ce  sujet  beaucoup  de  détails  »  dont  je  n'ai  point  encore 
connaissance. 


(  »8.  ) 

Pour  sa  part»  M.  Haines  promet  une  recoDDaissaDce 
de  la  côte  entre  Rfts-Fellis  et  Berberah;  il  en  a  confié  le 
soin  au  lieuteiianl  Ghristopher»  de  la  marine  indienne. 

Enfin,  l'on  m'apprend  que  les  amis  de  John  Lander 
viennent  d'ouvrir  une  souscription  pour  lui  élever  un 
monument  dans  le  cimetière  où  ses  restes  ont  été  dé- 
posés :  c'est  un  hommage  auquel  nous  ne  pouvons 
qu'applaudir  sincèrement  et  nous  associer  de  tout 
cœur. 

Traduction  iPune  inscription  coufique  grax^ee  sur  un  mar- 
bre que  H.  Gauttibr  d'Arc  a  rapporté  de  Dénia  (  Es- 
pagne )  ,  et  dont  il  a  offert  une  empreinte  au  musée  de 
la  Société, 

Au  nom  de  Dieu  clément  et  miséricordieux.  O  vous, 
hommes  ,  craignez  votre  maître ,  et  redoutez  le  jour  où 
le  père  ne  pourra  répondre  pour  le  fils  ni  le  fils  pour 
le  père ,  en  rien.  Certes  la  promesse  de  Dieu  est  véri- 
table., et  ne  vous  laissez  pas  séduire  par  la  vie  du 
monde ,  et  que  l'orgueil  ne  vous  aveugle  pas  envers 
Dieu.  Car  lui  connaît  l'heure  fatale  ;  il  fait  pleuvoir  ;  il 
sait  ce  qu'il  y  a  dans  les  entrailles  de  la  mère.  Personne 
autre  ne  sait  ce  qui  sera  demain.  Personne  ne  sait 
dans  quelle  partie  de  la  terre  il  mourra.  Mais  Dieu 
sait  toute  chose. 

Levisirillustre,  le  secrétaire  distingué»  le  nobleAbou- 
Amer-Huhammed  »  fils  d'Amer,  fils  de 

que  Dieu  lui  fasse  miséricorde  I  Qu'il  épanouisse 
son  visage!  qu'il  anoblisse  son  séjour!  qu'il  le  place 
dans  le  Paradis  !  Amen.  O  maître  du  monde,  que  Dieu 
soit  favorable  à  Muhammed  et  lui  accorde  son  salut  !  II 
mourut  jeudi ,  8  de  Djoumada  i*%  de  Tan  479  [  1086 
E.  V.].  Avec  le  secours  de  Dieu  et  sa  puissance.  Amen. 


(  aSti  ) 


DEUXIEME    SECTION^ 


Actes  de  la  Société. 


EXTRAIT  DES  PROCÈS-VERBAUX   DES  SÉANCES. 


PBÉSIDBNCB  DE  M.  LE  CONTRE^AMIBAL   DUMONT    d'uBÎIUJI. 


Séance  du  i8  mars  1849. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

M.  le  vicomte  de  Santarem  rappelle  que  ce  qu'il  avait 
dit  à  la  précédente  séance  doit  être  entendu  en  ce 
sens  qu'il  n'a  jamais  eu  l'intention  de  disputer  la  prio- 
rité d'un  projet  dont  il  n'a  eu  connaissance  qu'a-* 
près  avoir  lui-même  fait  graver  plusieurs  des  cartes  de 
son  atlas.  Il  ajoute  que  plusieurs  savants  en  Europe 
s'occupvnt  de  publications  semblables ,  notamment 
M.  de  Hacédo  »  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  de 
Lisbonne ,  dont  les  travaux  remontent  à  trente-cinq 
ans. 

M.  de  DemidofT  écrit  à  M.  le  Président  pour  lui  en- 
voyer le  complément  des  feuilles  qui  manquaient  k  la 
carte  de  Russie  par  Schubert .  dont  il  a  fait  hommage 
précédemment  à  la  Société.  La  Commission  centrale 


(  2^^  ) 

accueille  cette  offre  avec  un  vif  intérêt ,  et  vole  des 
remerciements  à  M.  de  Demidoff. 

M.  J.  Lucas,  de  Baltimore,  écrit  à  la  Société  pour 
lui  offrir  un  exemplaire  de  la  grande  carte  de  l'État 
du  Maryland  qu'il  vient  de  publier  d'après  les  docu- 
ments les  plus  authentiques.  Celle  carte»  dressée  pour 
faire  suite  à  cellts  qui  ont  déjà  été  publiées  par  d'au- 
tres États  de  l'Union,  est  accueillie  avec  tout  l'intérêt 
qu'elle  mérite. 

H.  Jomard  Tait  connaître  le  résultat  des  diverses  me- 
sures effectuées  pour  connaître  la  hauteur  du  zéro  de 
l'échelle  du  pont  de  la  Tournelle  au-dessus  de  la  mer  ; 
la  cote  se  trouve  fixée  à  26"  sS.  Il  soumet  quelques 
observ.nlions  à  cet  égard.  Renvoyé  au  comité  du  Bul- 
letin. 

Le  même  membre  lit  l'extrait  d'une  lettre  de  M.  Jer- 
vis.datéede  Malte,  annonçant  qu'il  revient  de  l'Inde,  et 
que  le  colonel  Mac  Niven  a  assisté  aux  opérations géo- 
désiques  de  l'ingénieur  anglais  Symonds  pour  le  nivet- 
lementdu  pays  compris  entre  Jaffa  etla  mer  Morte.  Une 
chaîne  de  triangles  a  été  établie,  et  il  en  résulte  que  la 
mer  Morte  est  abaissée  au-dessous  de  la  Méditerranée 
d'environ  1,600  pieds  anglais (i,5oo  pieds  de  France)  • 

Il  annonce  ensuite  la  mort  du  célèbre  écrivain  de 
Gœttingen^  M.  Heeren  ,  à  qui  les^ sciences  géographi- 
ques et  historiques  doivent  de  signalés  services. 

M.  Jomard  informe  l'assemblée  que  M.  Madden , 
voyageur  présent  à  Paris  pour  quelques  jours,  lui  a 
assuré  que  l'Africain  natif  de  Tomboctou  qui  accom- 
pagnait Davidson  à  son  retour  au  pays  natal ,  a  ap- 
pris de  son  père  qu'il  avait  une  parfaite  connaissance 
du  passage  de  René  Caillié  à  Tomboctou ,  et  qu'il  l'a- 
vait écrit  à  l'Anglais  auquel  il  doit  la  liberté. 


(  «84  ) 

Le  même  membre  termioe  par  la  lecture  d'une 
lettre  qui  lui  est  adressée  du  Caire  ,  et  qui  expose  les 
grands  travaux  de  canaux  et  d*irrigation  récemment 
exécutés  dans  la  Haute-Egypte  par  les  ordres  du  vice-roi, 
aujourd'hui  entièrement  livré  aux  soins  de  l'agricul- 
ture et  à  la  réorganisation  des  écoles  publiques.  L'ob* 
servatoire  du  Caire  sera  bientôt  fini.  Renvoi  de  ces^ 
communications  au  comité  du  Bulletin. 

M.  Roux  de  Rochelle  rend  compte  verbalement  de 
l'opinion  de  la  Commission  spéciale  chargée  de  s'oc- 
cuper du  sujet  de  prix  proposé  par  M**  le  duc  d'Or- 
léans. 

H.  le  comte  de  Castelnau ,  qui  vient  de  terminer  un 
voyage  de  plusieurs  années  dans  les  diverses  parties  de 
l'Amérique,  est  présent  à  la  séance.  Sur  la  demande  de 
H.  le  président^  M.  de  Castelnau  veut  bien  se  charger 
de  préparer  une  lecture  pour  la  prochaine  assemblée 
générale. 

Séance  du  i^  avril  i84»* 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

H.  le  ministre  de  la  marine  annonce  que  sur  la  de- 
mande de  M.  le  contre-amiral  d'Urville  •  il  a  destiné  à 
la  Société  un  exemplaire  du  voyage  de  VAstrolahe  et  de 
la  Zélée.  La  Commission  vote  des  remerciements  à 
M.  le  ministre  et  à  M.  d'Urville. 

H.  le  baron  de  Derfelden  de  Hinderstein  adresse  les 
trois  premières  feuilles  de  sa  carte  générale  de  l'archi- 
pel indien ,  ainsi  que  le  Mémoire  analytique  qui  les 
accompagne.  La  Commission  centrale  vote  des  remer- 


(  «85  ) 

ciem^nts  à  l'auleur,  el  elle  prie  H.  Daussy  de  lui  rendre 
compte  de  ce  beau  trataiL 

D'après  les  observations  de  la  Commission  spéâale 
chargée  d'appeler  de  noayeaa  l'attention  sur  le  prii 
ofTerl  par  S.  A.  R.  le  duc  d'Orléans,  un  membre  pro- 
pose ,  1^  de  réimprimerie  programme  de  ce  prix,  et 
de  prier  MM.  les  minisires  de  la  marine,  du  commerce 
et  des  affaires  étrangères  de  l'adresser  dans  les  ports 
militaires  et  du  commerce  ainsi  qu'aux  divers  consu- 
lats; s*  d'ajouter  au  programme  un  mot  qui  explique 
que  c'est  en  France  ou  dans  ses  possessions  que  la  dé- 
couverte doit  être  importée. 

Un  autre  membre  en  appuyant  cette  dernière  pro« 
position  demande  qu'on  rédige  ainsi  ce  passage  da 
programme  ««..au  voyageur  dont  les  travaux  géogra- 

•  pbiqoes  auront  procuré  à  la  France  dans  le  cours  de 

•  i84s  la  découverte  la  plus  utile,  etc.  » 

M»  le  comte  de  Gastelnau  communique  h  l'assem* 
blée  un  Essai  sur  les  Séminoles  de  la  Floride ,  qu'il 
se  propose  de  lire  à  la  prochaine  séance  générale* 

Séance  du  ib  avril  i84s- 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

M.  le  professeur  Reinganum  adresse  à  la  Société,  de 
la  part  de  M.  Jacobs,  de  Berlin,  des  Commentaires 
sur  Hérodote  ,  dans  lesquels  l'auteur  traite  plusieurs 
questions  géographiques  importantes.  M.  Jomard 
veut  bien  se  charger  de  rendre  compte  de  cet  ou- 
vrage. 

M.  Jomard  communique  une  lettre  de  M.  Linant, 


(  286  ) 

l'un  des  ingénieurs  français  au  service  du  ?îce-roi 
d'Égjpte.  Celte  lettre  contient  des  renseighcments  cu- 
rieux sur  les  grands  travaux  de  canalisation  exécutés 
par  ordre  de  Méhémet-A4i,  et  sur  les  nombreuses  amé- 
liorations introduites  depuis  la  paix  dans  l'industrie  ei 
l'agriculture.  M.  Jomard  est  prié  de  remettre  un  extrait 
de  cette  lettre  au  comité  du  Bulletin,  en  y  joignant  les 
observations  qu'il  a  présentées  à  l'appui  de  la  commu- 
nication de  M.  Linant. 

M.  Barbie  du  Bocage  appelle  l'attention  de  ses  col- 
lègues sur  l'importance  des  dernières  commonicalions 
faites  à  la  Société  par  M.  d'Abbadie,  et  sur  Tinlérèt 
que  présente  pour  la  géographie  la  carte  dressée  par 
M.  d'Avezac  d'après  les  observations  de  ce  voyageur. 

M.  de  la  Roquette,  au  nom  de  la  Commission  du 
prix  annuel,  fait  observer  qu'elle  a  rendu  justice  aux 
travaux  de  M.  d'Abbadie  dans  le  rapport  qu'elle  se 
propose  de  faire  à  la  prochaine  assemblée  générale. 

M.  Roux  de  Rochelle  lit  une  Notice  sur  la  vie  et  sur 
les  travaux  géographiques  de  H.  Chaumette  des  Fos- 
ses,  ancien  consul-général  de  France,  et  membre  de 
la  Société.  L'assemblée  écoule  cette  Notice  avec  beau- 
coup d'intérêt  et  la  renvoie  au  comité  du  Bulletin. 

M.  Gauttier  d'Arc  offre  à  la  Société  pour  son  musée 
l'empreinte  d'un  marbre  qu'il  a  rapporté  de  Dénia , 
et  sur  lequel  se  trouve  une  inscription  coufique  qui  se 
rattache  au  séjour  des  Maures  en  Espagne;  il  pense 
que  cette  inscription  peut  offrir  de  l'intérêt  A  cause 
de  la  rareté  des  monuments  de  cette  espèce  ;  un  zèle 
religieux  peu  éclairé  ayant  porté  long-temps  les  vain- 
queurs à  effacer  les  traces  du  peuple  vaincu.  La  Com- 
mission centrale  remercie  II.  Gauttier  d'Arc  de  ce  don. 


(  •-^87  } 
et  invile  le  comité  du  Bullelin  à  insérer  une  traduc- 
tion de  cette  inscription. 

MEMBRES    ADMIS    DAKS    LA    SOCIÉTÉ. 

Séance  du  \*'  avril  184». 
M.  Luc  Antoine  Conti  de  Pouilhag  ,  avocat. 

Séance  du  ïi  avril. 
M.  Guillaume  Plate,  docteur  en  droit. 

OUVRAGES    OFFERTS    A   LA    SOCIÉTÉ. 

Séances  des  i\  et  \%  mars  184 9. 
Par  M,  le  ministre  de  la  guerre  :  Tableau  de  la  situa- 
tion des  établissements  français  dans  l'Algérie  en  1840» 
I  vol.  in-fol.  —  Par  M,  de  Demidoff  :  Carte  de  la  Rus- 
sie» parle  général  Schubert,  feuilles  n**  ]4t  iS,  17*  19, 
20,  94*  s&»  969  98,  3o,  33  et  supplément  n"'  37,  33  et 
39.  —  Par  M,  Amêdée  Tardieu  :  Atlas  universel  de 
géographie  ancienne  et  moderne,  dressé  par  Ambroise 
Tardieu,  avec  un  texte  explicatif  par  Amédée  Tardieu, 
I  vol.  in-fol.  —  Par  M.  Lucas  :  A  map  of  the  state  of 
Har)  land ,  4  feuilles.  —  Par  la  Société  royale  des  sciences 
de  Nancy  :  Mémoires  de  cette  Société  pour  i84o,  1  vol. 
in- 8.  —  Par  M.  F.  MilUroux  :  Émigration  à  la  Guyane 
anglaise ,  1  vol.  in-8.  — •  Par  les  auteurs  et  éditeurs  : 
Nouvelles  Annales  des  voyages,  février.  —  Annales 
maritimes  et  coloniales ,  février.  —  Journal  asiatique  , 
janvier.  —  Revue  scientifique,  janvier,  —  Annales  de 
la  Propagation  de  la  Foi,  mars.  —  L'investigateur, 
)oumal  de  l'Institut  historique,  février.  —  Mémorial 
encyclopédique ,  décembre  et  janvier.  —  Bulletin  de 
la  Société  pour  l'instruction  élémentaire,  janvier.  — 
L'Écho  du  monde  savant. 

Séance  du  i*'  avril. 
Par  M.  rintendant  général  de  la  liste  civile  :  Galeries 


(    9»»    j 

hisloriques  du  palais  de  Versailles,  tome  Vil»  in-3*. 
—  Par  M,  P.  Jacquemont:  Voyage  dans  l'Inde»  par  Vîc* 
lor  Jacquemont •  38«  et  39®  livraisons.  —  Par  M,  le 
baron  de  Derfelden  de  Hinderstein  :  Mémoire  analytique 
pour  servir  d'explication  à  la  carte  générale  des  pos- 
sessions néerlandaises  dans  le  grand  archipel  indien 
par  le  baron  G.  F.  Von  Derfelden  de  Hinderstein  ^  pu- 
blié par  ordre  de  S.  M.  le  roi  des  Pays-Bas ,  etc  ,  1  vol. 
in-ii.  —  Carte  générale  des  possessions  néerlandaises 
dans  le  grand  archipel  Indien.  1'*  liv. ,  3  feuilles.  — 
Par  M*  Morin  :  Mémoire  sur  celte  question  :  Quelle 
est  la  nature  de  la  matière  éthérée  ou  répulsive  remplis- 
sant Tunivers»  etc. ,  in-8.  —  Mémoire  sur  cette  ques- 
tion :  Ne  faut-il  pas  rejeter  en  géologie  le  système  des 
soulèvements ,  etc.  »  in-8.  —  Mémoire  sur  cette  ques- 
tion :  Peut-on  arriver  h  prévoir  le  temps ,  au  moins  un 
an  à  l'avance  ,  etc. ,  in-8. 

Séance  du  1 5  avril. 

Par  M.  A.  de  Demidoff:  Voyage  daps  la  Russie  mé- 
ridionale. Atlas,  8*  livraison.  Observations  météoro- 
logiques faites  à  Nijne-Taguilsk  (monts  Ourals)  »  broch. 
in-8.  —  Par  M.  Gaultier  d'Arc  :  Ceyian  ou  Recherches 
sur  Thistoire,  la  littérature,  les  mœurs  et  les  usages 
des  Chingulais,  1  vol.  in- 18.  —  Par  M.  Reinganum  : 
Commenta tionis  de  Herodoli  mensuris,  br.  in-4*- 

Par  les  auteurs  et  éditeurs  :  Annales  maritimes  et  co- 
loniales ,  mars.  —  Nouvelles  Annales  des  voyages , 
mars.  —  Revue  scientifique ,  février.  —  Annales  des 
sciences  géologiques ,  février  et  mars.  —  Journal  ^a 
l'Institut  historique ,  mars.  —  Recueil  de  la  Société  po- 
lytechnique, février.  —  Bulletin  de  la  Société  pour 
1  Instruction  élémentaire,  février.  —  Séance  de  la  So- 
ciété d'agriculture  de  Caen  pour  i84i«  —  Journal  de 
la  littérature  de  France.  —  L'Écho  du  monde  savant. 


BULLETIN 


DB   LA 


SOCIETE  DE  GEOGRAPHIE. 


MAI    i84d. 


PREMIERE    SECTION^ 


MÉMOIRES.  EXTRAITS,  ANALYSES  ET  RAPPORTS. 

Une  épouvantable  catastrophe  vient  de  priver  la 
Société  de  géographie  du  président  de  sa  Commission 
centrale  ,  M.  le  contre-amiral  Dumont  d'Urvilie.  Le 
8  mai ,  jour  néfaste  pour  la  Société  ,  cet  illustre  navi- 
gateur qui»  sillonnant  toutes  les  mers,  depuis  plus  de 
trente  ans,  avait  échappé  aux  dangers  de  sa  périlleuse 
carrière ,  a  péri,  encore  dans  la  force  de  l'âge,  sur  un 
chemin  de  fer  à  quelques  lieues  de  Paris.  Sa  femme 
et  son  fils  unique,  enfant  de  la  plus  haute  espérance  , 
ont  partagé  son  triste  sort. 

Une  Notice  historique  devant  être  consacrée  plus 
tard  dans  le  Bulletin  à  la  mémoire  de  notre  infortuné 
président ,  et  les  discours  prononcés  sur  sa  tombe  , 
que  nous  donnons  plus  bas  ,  retraçant  les  principaux 
traits  de  sa  vie  ,  nous  croyons  devoir  nous  borner  à 
faire  connaître  ici  que  ses  obsèques ,  dirigées  par  le 
département  de  la  marine ,  qui  en  a  fait  tous  les  frais , 
ont  eu  lieu  le  16  mai.  Le  convoi  était  accompagné  par 
le  bureau  et  par  un  grand  nombre  de  membres  de  la 
Société  de  géographie.  M.  Villemain ,  ministre  de 
l'instruction  publique^  qui  la  représentait  comme 
XVI.    MAI.  1.  19 


(  «9»  ) 
son  président,  tenait  les  cordons  du  poêle  avec  MM.  le 
contre-amiral  Labretonnière ,  Beaulemps-Beaupré  et 
de  Jussieu,  représentant  le  corps  de  la  marine ,  le 
dépôt  des  cartes  et  plans  et  l'Académie  des  scien- 
ces. Le  deuil  était  conduit .  en  l'absence  de  parents 
de  M.  Dumont  d'Urville  ,  par  MM.  Hombron ,  chirur- 
gien major  de  la  corvette  rAshvlabe  et  Vincendon- 
Dumoulin,  ingénieur -hydrographe  de  l'expédition 
au  pôle  sud  ,  que  le  minisire  de  la  marine  avait  dési- 
gnés spécialement  pour  présider  ces  obsèques.  Tous  les 
amiraux  et  officiers  de  marine  présents  à  Paris  assis- 
taient ao  convoi ,  ainsi  que  M.  le  ministre ,  le  secré« 
taire-général  du  département  de  la  marine,  et  la  plu- 
part des  chefs  et  employés  de  ce  département,  et  du 
Dépôt  des  cartes  et  plans.  On  y  remarquait  aussi  un 
nombre  considérable  d'officiers  de  la  garnison ,  des 
pairs,  des  députés,  un  officier  supérieur  de  la  maison 
du  roi ,  venu  dans  une  voiture  de  la  cour,  des  membres 
de  rinstitut  «  du  conseil  royal  de  l'Instruction  publi- 
que ,  du  Muséum  d'histoire  naturelle  »  etc.  ,  etc. ,  etc.  ; 
les  maire  et  adjoints  du  onzième  arrondissement,  et  les 
élèves  du  collège  de  Louis-Ie^^Grand,  condisciples  du 
jeune  Jules  d'Urville. 

Une  souscripiion  a  été  ouverte  dans  le  sein  de  la 
Société  pour  élever  un  monument  à  la  mémoire  de 
M.  le  contre-amiral  Dumont  d'Urville,  sans  rien  pré- 
juger sur  le  lieu  où  ce  monument  devra  être  placé.  La 
Commission  centrale  a  chargé  son  bureau  d'examiner 
plus  tard  cette  question  ,  ainsi  que  toutes  celles  qui  s'y 
rattachent.  Les  souscripteurs,  dont  nous  donnons  à  la 
fin  de  ce  numéro  les  première  et  deuxième- listes  se* 
tont  tenus  au  courant  des  dispositions  que  le  bureau 
prendra  à  ce  sujet. 


(  «9^  ) 

Discours  prononcé  sur  la  tombe  de  M»  le  contre-amiral 
Dutnoni  xtUn^dk  par  M,  Dumoulin  9  ingénieur  hy-» 
drograpfie  de  T expédition  au  pôle  sud. 


Messieurs  , 

Je  laisse  aux  hommes  illustres  réunis  autour  de  ces 
nobles  dépouilles  le  soin  de  dire  tout  ce  que  résume  de 
gloire  et  de  dévouement  la  vie  publique  de  M.  le  contre- 
amiral  Dumont  d'LVvillev 

Vous  ,  amis,  dignes  compagnons  de  voyage  de  Tin- 
fortuné  navigateur»  vous  dont  je  suis  aujourd'hui  lo 
mandataire  dans  ces  tristes  adieux  «  souvenez-vous  avec 
moi  de  ces  paroles  sublimes  qui  peignent  si  bien  le 
grand  caractère  de  notre  illustre  chef,  lorsque,  au 
tnîlieu  des  glaces  du  pôle  austral ,  nos  navires  luttant 
corps  à  corps  avec  elles ,  attestaient  par  leurs  débris 
noire  triste  impuissance  :  «  Une  seule  pensée  ,  disaît^it, 
peut  troubler  mon  âme  ;  c'est  celle  que  tant  d*hommes 
jeunes  eticore  et  riches  d'avenir  doivent  trouver  idi 
une  mort  glorieuse ,  il  est  vrai ,  mais  que  seul  parmi 
vous  je  pouvais  désirer.  • 

Et  lorsque  reparaît  Tétoile  du  grand  capitaine ,  lors- 
que, délivrés  de  ces  étreintes  de  glace,  libres  enfin, 
des  terres  nouvelles  se  déroulent  devant  clous,  nous 
avons  un  tédooignage  dé  son  afTection  paternelle ,  en 
voyant  nos  nomis  s'in^crite  les  premiers  sur  la  carte 
dés  terres  Louis-l^ilippé. 

n  est  inutile  de  vous  rappeler  idi  ôes  longs  sillons 
tracés  par  PJsfrolûbe  et  la  Zélée  à  travers  ces  ïners  se- 
mées d'écuéils;  H.  DuiHodC  d'UrvilIe  les  avait  ^i 
souvent  parcourues ,  qu'il  nous  guidait  d'un  pas  as^ 


(  «9«  ) 
sure  au  milieu  de  ces  lies  nombreuses ,  sur  chacune 
desquelles  il  comptait  un  ami. 

Reportez-Yous  avec  moi,  messieurs»  à  cette  époque 
douloureuse  où  la  mort,  s'abattant  sur  nos  corvettes , 
marquait  d'un  jour  de  deuil  chaque  découverte  »  cha- 
que récolte  acquise  à  la  science  :  combien  alors  cette 
grande  âme  fut  cruellement  éprouvée!  M.  d'Urville 
avait  vu  succomber  le  tiers  de  ses  compagnons;  le  sil- 
lage de  ses  navires  était  semé  de  cadavres,  les  dou- 
leurs les  plus  aiguës  tourmentaient  son  corps ,  et  ce- 
pendant il  n'hésita  pas.  t  Bientôt,  nous  dit-il,  nous 
•  allons  disputer  de  nouveau  à  des  pavillons  rivaux  la 
»  gloire  de  la  découverte  du  pôle  sud.  •  Et  pas  un  mur- 
mure ne  s'éleva  de  ces  équipages  trois  fois  décimés 
par  les  maladies ,  affaiblis  par  mille  privations ,  et  dé- 
sireux, avc')nt  tout,  de  revoir  la  patrie.  C'est  qu'il 
avaitsu  gagner  raffeclion  de  ses  marins;  il  avait  su  sur- 
tout mériter  celle  confiance  aveugle  qu'ils  Iih  avaient 
accordée ,  et  seul  il  pouvait  encore  les  conduire  à  des 
dangers  nouveaux.  Quelques  jours  après ,  les  couleurs 
nationales  flottaient  les  premières  sur  ces  terres  mys- 
térieuses dont  les  glaces  éternelles  défendent  les  ap- 
proches. M.  le  contre-amiral  Dumont  d'Urville  venait 
de  doter  le  monde  d'un  continent  nouveau,  de  la  terre 
Adélie. 

A  ce  nom,  je  m'arrête.  Trois  cercueils  sont  de- 
vant vous ,  amis;  je  n'ai  pas  une  parole  de  consolation 
à  vous  donner.  Comme  moi ,  vous  avez  aimé  cette  fa- 
mille malheureuse.  Adèle  Dumont*d'Urville ,  digne 
compagne  de  notre  illustre  chef,  la  mort  nous  a  tout 
ravi  ;  elle  ne  nous  a  même  pas  laissé  ce  fils  chéri  par 
vous  pour  relever  dans  le  récit  de  toutes  les  vertus  que 
nous  avons  connues. 


(  «95) 

Et  c'est  lorsque  nous  croyions  avoir  atteint  le  terme 
de  nos  souffrances ,  qu'il  nous  était  réservé  d'avoir  à 
confier  à  la  terre  ces  dépouilles  glorieuses  comme  la 
plus  forte  épreuve  à  laquelle  nous  puissions  être 
soumis. 

Adieu  donc ,  notre  illustre  chef  !  adieu  ,  famille  in- 
fortunée !  Nous  vous  avions  offert  aiùour  et  dévouement , 
nous  ne  pouvons  plus  aujourd'hui  qu'arroser  votre 
tombe  de  nos  larmes  1 


DiscovwiS  pronoftcé  sur  la  tombe  de  M,  le  contre-amiral 
Dumont  d*Urville  ^  par  M.  S.  Bebthblot,  secrétaire- 
général  de  la  Commission  centrale. 


La  Société  de  géographie  ne  pouvait  être  frappée 
d'une  manière  plus  cruelle  que  par  la  mort  du  prési- 
dent de  sa  Commission  centrale.  Organe  de  ses  senti- 
ments et  de  sa  douleur  profonde»  j'apporte  en  ce  lieu 
et  sur  cette  tombe  l'hommage  de  ses  regrets. 

C'est  une  bien  triste  préférence  que  celle  qui  est  ac- 
quise aujourd'hui ,  messieurs ,  à  celui  qui  vous  parla 
souvent  de  l'illustre  marin  dans  vos  séances  solen- 
nelles, à  celui  qui  était  si  heureux  de  proclamer  hau- 
tement les  succès  du  savant  navigateur,  de  l'homme 
courageux  qui  fut  son  ami ,  et  qu'il  vit  débuter  dans 
une  noble  carrière,  alors  que  prenait  naissance  cette 
marine  nouvelle  d'où  devaient  sortir  plus  tard  tant 
d'hommes  recommandables  par  leur  expérience,  leur 
savoir  et  leur  dévouement  à  la  patrie. 

Mon  cœur  est  trop  oppressé  en  présence  du  désas- 


(  «9i) 
Ire  qui  confond  toute  une  famille  dans  le  même  tom- 
beau» pour  rendre  l'impression  douloureuse  que  j'é- 
prouve. Le  malheur  qui  nous  frappe  est  là  si  inattendu 
et  si  vivement  senti ,  que  la  force  et  les  expressions  me 
manquent  pour  le  dépeindre. 

Emule  de  gloire  des  Bougainville ,  des  Cook*  des 
Vancouver,  des  Lapérouse ,  Dumont  d'Urville  occu- 
pera un  rang  distingué  parmi  les  navigateurs  qui ,  de- 
puis la  seconde  moitié  du  dernier  siècle ,  ont  le  plus 
contribué  aux  progrès  de  la  géographie.  Comme  le  ca- 
pitaine Cook,  qu'il  plaçait  toujours  en  première  ligne, 
il  fit  trois  fois  le  tour  du  monde  ;  comme  lui ,  il  con- 
çut avec  un  rare  talent  des  projets  de  campagne  qu'il 
poursuivit  avec  constance  et  accomplit  avec  autant 
d*habileté  que  de  courage;  de  même  que  lui  encore i^ 
nul  de  nos  marins  n'a  plus  honoré  ce  métier  si  pénible 
pour  ceux  qui  veulent  en  remplir  dignement  les  de-r 
voirs.  Ah  !  Dieu  me  garde  de  soulever  le  voile  funèbre 
qui  couvre  cette  tombe  pour  vous  montrer  le  déchi- 
rant spectacle  qui  s'offrirait  à  vos  regards  I  Assez  d'émo- 
tions ont  affligé  nos  âmes  dans  ces  jours  de  deuil! 
Mais  dans  la  destinée  de  deux  navigateurs  également 
célèbres,  il  est,  messieurs,  une  fatale  coïncidence  que 
je  ne  puis  taire  :  les  compagnons  <)e  Cook  ne  purent 
rendre  les  honneurs  militaires  qu'à  quelques  re&les 
mutilés  de  leur  infortuné  commandant,  et  vous  savei 
tous  quellç  triste  dépouille  mortelle  nous  réunit  autour 
de  ce  cercueil! 

C'est  à  la  mémoire  de  l'historien  qui  écrivit  l'élogo 
de  Cook  et  de  Bougainville  que  nous  rendons  hom- 
mage ,  à  la  mémoire  du  marin  intrépide  qui  montra 
de  si  vives  sympathies  |>our  ses  illustres  devanciers ,  h 


(«95") 
Dumont  d'Urville  qui  retrouva  l'Ile  înhospilalière  où 
les  vaisseaux  de  Lapérouse  vinrent  se  briser ,  qui  éleva 
sur  les  rochers  de  Vanikoro  un  modesle  monumenl  au 
navigateur  dont  le  souvenir  vivra  consacré  par  le  mal- 
tieur  et  la  gloire,  à  Dumont  d'IIrville  qui  rapporta  en 
France  les  vieux  débris  de  ce  grand  naufrage  I 

Depuis  quelque  temps  l'inexorable  destin  choisit  ses 
victimes  parmi  ce  qu'il  y  a  de  plus  éminent  et  de  plus 
regrettable  parmi  nous.  Nos  plus  hautes  illustrations 
contemporaines  semblent  attirer  les  coups  du  sort  » 
comme  ces  monts  élevés  qui  attirent  la  foudre.  Du* 
mont  d'Urville.  qui  avait  tout  bravé  sur  les  eaux,  périt 
par  le  feu  I  Mais  des  hommes  tels  que  lui  ne  disparais- 
sent pas  tout  entiers  ;  leur  souvenir  reste  impérissable 
comme  leur  àroe;  l'histoire  des  sciences  géographiques 
a  déjà  enregistré  dans  ses  annales  les  grands  travaux 
qu'il  accomplit,  et  la  patrie»  qui  récompense  les  ser- 
vices rendus,  inscrira  son  nom  dans  ses  fastes.  Ce  nom 
restera  attaché  aux  extrémités  du  monde  comme  celui 
des  Magellan,  des  Baflin ,  des  Cook,  des  d'Entrecas- 
leaux;  on  le  lira  sur  les  cartes,  comme  sur  cette  tombe, 
prés  de  celui  de  l'épouse  qu'il  chérissait ,  du  jeune  fils 
qu'il  aimait  si  tendrement.  La  terre  AdéUe^  le  mo  t 
JCVrville^  File  de  V Astrolabe ,  rappelleront  le  théâtre  de 
ses  dernières  découvertes  et  tout  ce  qu'il  fit  [pour  la 
science  dans  la  mémorable  expédition  qui  a  répandu 
tant  de  lumières  sur  des  régions  presque  inconnues 
avant  lui.  Les  secrets  que  la  nature  avait  cachés  dans 
des  mers  mystérieuses ,  la  direction  et  la  tendance  de« 
courants  magnétiques,  lous  les  phénomènes  qui  peu- 
vent intéresser  la  navigation,  le  champ  de  l'hydrogra- 
phie élargi  par  son  audace,  ses  deux  corvettes  sortant 


(  agC  ) 

victorieuses  d'une  lulte  acbaroée  contre  des  montagnes 
déglace,  le  flambeau  de  Tobservalion  porté  jusqu'aux 
dernières  limites  des  mers  navigables ,  le  pavillon  na- 
tional saluant  les  terres  LouiS' Philippe,  à  trois  mille 
lieues  de  la  France,  voilà  les  titres  de  gloire  de  celur 
dont  nous  honorons  la  cendre!  voilà  ses  droits  aux 
hommages  de  la  postérité  ! 

Les  qualités  morales  du  contre-amiral  d'Urviile  se- 
ront appréciées  par  tous  ceux  qui  l'ont  connu  dans 
l'intimité,  comme  le  sera  aussi  le  sentiment  d'admira* 
tion  que  ses  travaux  scientifiques  doivent  inspirer  à 
tous  ceux  qui  savent  le  juger.  Chez  lui,  la  force  d'âme, 
l'inébranlable  volonté •  l'audacieuse  résolution,  éma- 
naient de  Tintelligence  quil'éclairait.  Vous,  messieurs, 
qu'il  présidait  si  dignement  dans  vos  séances,  vous 
avez  pu  apprécier  tout  ce  qu'il  avait  conservé  d'affec- 
tion sincère,  de  pensées  nobles  et  désintéressées,  de 
dévouement  à  la  science,  tout  ce  qui  restait  d'énergie, 
en  un  mot,  dans  un  corps  usé  avant  le  temps  par  de 
longues  fatigues,  assailli  par  de  précoces  infi^rmilés  et 
souvent  tourmenté  parla  douleur,  mais  qui  semblait 
se  ranimer  par  l'étude ,  en  présence  de  devoirs  toujours 
consciencieusement  remplis.  Entouré  de  la  considéra- 
tion de  tous,  si  simple  dans  la  haute  position  que  lui 
avaient  valu  ses  services,  si  reconnaissant  des  égards 
et  des  distinctions  que  vous  lui  dispensiez,  pouviez- 
vous  penser  que  vous  auriez  sitôt  la  douleur  de  le  per-- 
dre?....  Mais,  c'en  est  fait,  il  n'est  plus  parmi  nous  ' 
Cette  fois,  c'est  pour  toujours!.... 

Adieu,  Contre-Amiral  !  honneur  et  paix  à  ta  cendre  ! 
Que  mes  paroles  te  soient  consolantes,  s'il  t'est  donné 
de  les  entendre  du  séjour  de  l'éternité;  elles  te  sont 


(  «97  ) 
adressées  par  un  ami  et.au  nom  d'une  Société  fière  du 
brillant  reflet  que  tu  fis  rejaillir  sur  elle.  Adieu ,  Dû- 
ment d'Urville ,  adieu  ! 


NoTB  sur  les  trauaux  hydrographiques  exécutés  dans  le 
wyaume  de  Naples,  extraite  de  la  communication  Jaite 
à  M.  de  LA  RoQUBTTB  par  Af.  le  colonel  Visgonti  ,  rfi- 
rectear  du  Bureau  royal  topographique  de  ce  royaume. 


J'avais  pensé  qu'il  existait  dans  le  royaume  de  Naples 
un  dépôt  hydrographique  semblable  à  celui  que  nous 
possédons  en  France,  et  pour  compléter  un  travail  que 
je  prépare  depuis  plusieurs  années»  j'avais  prié  M.  le  co- 
lonel Visconti  d'avoir  la  complaisance  de  me  tracer  l'his- 
toire de  ce  dépôt,  en  y  joignant  une  notice  chronologique 
de  ses  travaux.  Il  résulte  des  renseignements  que  ce  sa- 
vant ingénieur  m'a  donnés  au  mois  de  novembre  18&1, 
qu'un  semblable  établissement,  dont  on  m'avait  assuré 
que  la  direction  lui  était  confiée ,  n'a  jamais  existé.  Le 
Bureau  royal  topographique  à  la  tète  duquel  M.  le  co- 
lonel Visconti  est  placé  n'a  pour  objet  que  les  travaux 
relatifs  à  la  grande  carte  topographique  et  militaire  du 
royaume  des  Deux-Sicilesy  qu'on  lève  à  l'échelle  dern-t» 
pour  la  graver  à  celle  d'nrn*  Ce  Bureau  est  cependant 
chargé ,  lorsque  les  besoins  de  la  marine  l'exigent ,  de 
la  construction  et  de  la  gravure  de  quelques  cartes  ou 
plans  hydrographiques,  d'après  ceux  qui  ont  déjà  été 
publiés  en  France  et  en  Angleterre ,  ou  d'après  les 
notices  hydrographiques  fournies  par  des  officiers, 
de  la  marine  napolitaine.  Je  consacrerai  une  notice 


(  ^«98  ) 
spéciale  à   ce  Bureau    topographique  ,    en   me  bor- 
nant aujourd'hui  à  faire  connaître  les  différents  tra- 
vaux hydrographiques  exécutés  dans  le  royaume  de 
Naples  depuis  cinquante  ans  environ  jusqu'à  nos  jours. 

Le  premier  de  ces  travaux  est  l'Atlas  maritime  des 
Deux-Siciles ,  dont  la  première  partie,  en  25  feuilles , 
qui  ne  comprend  que  les  côtes  de  la  partie  continen- 
tale du  royaume ,  fut  publiée  en  1792  par  Rizû  Zan- 
noni.  Cet  atlas,  qui  jouissait  autrefois  de  quelque 
réputation,  contient  des  erreurs  très  graves  quant  4  la 
configuration  des  côtes ,  aux  positions  géographiques , 
aussi  bien  qu'aux  sondes. 

Le  second  travail,  consacré  à  l'hydrographie  des  cô- 
tes du  royaume  de  Naples  baignées  par  la  mer  Adria- 
trique,  ainsi  que  des  côtes  ottomanes  et  des  lies  Ionien- 
nes ,  depuis  Budua  dans  l'Albanie  autrichienne  jusqu'à 
Parga,  comprend  les  Iles  de  Gorfou,deParo  et  d'Antiparo. 
Voici  xe  qui  donna  naissance  à  cet  intéressant  travail, 
M.  Visconti  faisait  partie  du  corps  royal  des  ingénieurs 
gjéographcs  du  ci-devant  royaume  d'Italie  ,  lorsque  le 
lieutenant-général  comte  Cafarelli ,  à  celte  époque  mi- 
nistre de  la  guerre  et  de  la  marine  de  ce  royaume  (  à 
Milan),  le  chargea  de  la  construction  d'une  grande 
carte  hydrographique  de  la  mer  Adriatique,  à  l'usage 
de  la  marine  militaire.  Une  semblable  carte  était  d'au- 
tant plus  nécessaire,  qu'à  cette  époque  les  côtes  orien- 
tales de  cette  mer  étaient  presque  inconnues.  Les  côtes 
du  royaume  furent  levées  à  la  planchette  et  sondées 
avec  toute  la  précision  possible  ;  et  en  1808  M.  Visconti 
parcourut  les  côtes  de  l'Istric,  de  la  Dalmatie  et  de 
l'Albanie ,  jusqu'à  Budua  ,  pour  y  prendre  des  relève- 
ments, et  pour  déterminer  astropomiqitemcnl  les  lali- 


(  a<)9  ) 
tudes  et  les  longitudes  du  plus  grand  nombre  possible  de 
points  de  ces  côtes.  Ce  fut  pendant  cette  excursion  scien-. 
tifique  que  M.  Visconti  rencontra  à  Cattaro  notre  savant 
et  Yénérable  collègue  M.  Beautemps-Beaupré,  premier 
ingénieur^  hydrographe  en  chef  de  la  marine.  Deux 
officiers  ingénieurs-géographes  italiens  avaient  été  en- 
voyés à  Corfou ,  alors  au  pouvoir  des  Français  »  pour 
lever  les  côtes  de  cette  lie ,  ainsi  que  celles  de  l'Albanie 
vis-à-vis  de  Corfou ,  et  pour  déterminer  avec  cin  cercle 
répétiteur  de  Bellet  et  un  chronomètre  de  Berthoud  » 
la  latitude  et  la  longitude  de  cette  lie  par  les  occultations 
d'Aldébaran»  qui  devaient  arriver  le  22  octobre  1812  et 
le  8  mars  1813.  La  dernière  fut  observée  très  distinc- 
tement à  l'immersion  et  à  Témersion  ;  mais  le  mau- 
vais temps  empêcha  d'observer  celle  du  22  octobre  1812. 
Les  dernières  guerres  de  l'empire  français  retardèrent 
en  Istrie  et  en  Dalmatie  les  opérations  topographiques 
^t  hydrographiques  de  détail  relatives  à  cette  caite.  Le 
magnifique  travail  de  la  topographie  et  de  l'hydrogra- 
phie de  la  Ic^une  de  Venise»  sur  une  très  grande  échelle» 
avançait  seul  et  fut  terminé  sous  la  direction  particu- 
lière die  M.  le  colonel  Denaix ,  à  cette  époque  capitaine 
au  corps  royal  des  ingénieurs^géographes  italiens.  On 
n  avait  gruvé  que  3  feuilles  de  la  grande  carte  hydrogra- 
phique de  cabotage  de  la  mer  Adriatique  en  2Q  feuilles, 
et  une  grande  partie  des  2  feuilles  de  la  carte  générale 
hydrographique  de  la  même  mer»  lorsque  le  royaume 
d'Italie  cessa  d'exister.  M.  Visconti  dut  se  rendre  à  Na- 
ples»  où  le  roi  Joachim  Murât  l'appela  au  mois  de  mat 
1814 ,  et,  à  peine  arrivé,  lui  donna  la  direction  de  la 
section  topographique  du  ministère  de  la  guerre  et  ma- 
rine (1).  Cette  section  n'étant  alors  composée  que  d'un 

(i)  La  (;Meire  cl  la  marine  ne  formaienf  à  ciatr  r'piM|iif?  ri  ne  lu»- 


(  3oo  ) 

petit  nombre  de  dessinateurs ,  et  ne  possédant  pas  les 
instruments  nécessaires  aux  opérations  géodésiques, 
M.  Visconti  crut  devoir  en  demander  la  réorganisation. 
Sur  son  rapport,  un  décret  du  29  septembre  (1814), 
adoptant  le  plan  qu'il  avait  proposé,  créa  un  dépôt 
général  de  la  gueiTe  dont  il  fut  nommé  directeur  ;  il 
était  tout-à-fait  organisé  comme  celui  du  ci-devant 
royaume  d'Italie.  Cet  établissement  dépendait  du  mi- 
nistère de  la  guerre  dont  il  formait  une  des  divisions, 
et  son  chef  conférait  directement  avec  le  ministre  pour 
toutes  les  affaires  du  Dépôt. 

Les  événements  politiques  survenus  à  Naples  en  1815, 
et  la  réorganisation  de  l'armée  effectuée  en  1816,  ne 
permirent  pas  de  s'occuper  des  opérations  nécessaires 
pour  terminer  la  carte  hydrographique  de  la  mer  Adria- 
tique ,  en  ce  qui  concerne  le  royaume  de  Naples  et 
la  Turquie,  que  M.  Visconti  considérait  conmie  un  ou- 
vrage qui  lui  était  tout-à-fait  personnel ,  mais  auquel 
son  gouvernement  ne  semblait  pas  attacher  une  grande 
importance.  Pour  stimuler  son  zèle ,  cet  ingénieur  eut 
recours  à  l'intermédiaire  du  colonel  Gampana ,  direc- 
teur de  llnstitut  géographique  et  militaire  de  Milan , 
qui  avait  porté  auparavant  le  nom  de  Dépôt  général  de 
la  guerre,  et  grâce  aux  démarches  de  cet  officier,  le  gou- 
vernement autrichien,  dont  les  troupes  se  trouvaient  à 
cette  époque  à  Naples»  demanda  et  obtint  la  continua- 
tion des  opérations.    Des  officiers  de  l'état-major  de 

ment  encore  aujourd'hui  dans  le  royaume  de  Maple*  qa*un  seul 
département,  divisé  néanmoins  en  deux  sections  ayant  une  adminis- 
tration et  un  budget  distincts,  et  portant  pour  titres,  l'une  Branche 
de  la  guerre  j  Tautre  Branche  de  la  marine.  Cette  dernière  ne  s'oc- 
cupe que  de  la  marine  militaire. 


(  Soi  } 

Tannée  autrichienne  furent  mis  à  la  disposition  de 
M.  Visconti»  et  le  gouvernement  napolitain  fournit  les 
fonds  nécessaires.  Les  côtes,  depuis  le  Tronto  jus* 
qu'à  Sainte-Marie  de  Leuca  »  furent  levées  à  l'échelle 
àe  77^  par  les  oiBciers  autrichiens  et  par  les  ingé- 
nieurs-géographes napolitains  ;  ce  travail  formait  une 
bande  de  la  largeur  de  prés  de  2,800  mètres»  La 
marine  de  Naples  ayant  fourni  trois  grandes  barques 
armées  et  bien  équipées,  avec  chacune  deux  pilotes 
habiles,  le  tout  aux  frais  du  Dépôt  général  de  la 
guerre;  toutes  les  côtes  furent  sondées  avec  le  plus  grand 
soin  sous  la  direction  des  ingénieurs-géographes  napo- 
litains, pendant  le  cours  des  années  1817  et  1818.Quant 
à  l'hydrographie  des  côtes  de  la  Turquie ,  il  était  indis- 
pensable ,  pour  pouvoir  l'entreprendre ,  d'obtenir  la 
coopération  de  la  marine  napolitaine ,  qui  sous  divers 
prétextes  refusait  de  l'accorder.  M.  Visconti  ne  se  rebuta 
pas ,  mais  il  était  cependant  fort  embarrassé  sur  les 
moyens  d'atteindre  le  but  qu'il  se  proposait,  lorsqu'un 
habile  officier  de  la  marine  anglaise,  M.  le  capitaine  Wil- 
liam-Henry Smyth,  avantageusement  connu  par  ses  tra- 
vaux sur  l'hydrographie  de  la  Sicile'(l) ,  lui  offrit  de  l'ai- 
der dans^  son  travail ,  offre  qui  fut  acceptée  avec  un  vif 
plaisir.  L'amirauté  anglaise  ayant  accordé  l'autorisation 
nécessaire ,  le  capitaine  Smyth  prit  sous  ses  ordres ,  à 
bord  du  sloop  Pj4dpenture  {2) ,  quatre  officiers  ingénieurs- 
géographes  que  M.  Visconti  lui  désigna.  Ces  officiers 

(i)Cei  u>aTaax  ontëlé  publiés  en  iSaa  en  3a  feuilles  par  le  Bu- 
reau hydrographique  de  Famirauté  de  Londres, 

(a)  Cest  avec  le  même  navire  que  le  capitaine  King  a  fail,  de  i8a^ 
à  i83o  y  le  beau  travail  de  l'hydro(rrapliie  de  la  Terre  de  Feu  et  du 
détroit  de  Magellan. 


(   3oa  ) 

furent  poumis  d'un  cercle  répétiteur,  de  planchettes  « 
de  boussoles  à  lever,  etc.,  etc.,  etc.,  et  chargés  parti- 
culièrement des  observations  astronomiques ,  des  trian- 
gulations et  des  opérations  topogxaphiques  de  détail. 
M.  Visconti  donna  en  même  temps  au  capitaine 
Smylh,  afin  de  les  vérifier,  les  deui  grandes  feuilles 
de  la  carie  générale  hydrographique  de  la  mer  Adria^ 
tique ,  en  majeure  partie  gravées  à  Milan ,  et  sur  le»* 
quelles  manquaient  seulement  les  côtes  napoKtaines 
et  celles  de  Temptre  ottoman  et  des  lies  Ioniennes,  de* 
puis  Budua  jusqu'à  Parga.  Le  brick  autridiien  il  f7*- 
/(tMV,  alors  en  station  dans  l'Adriatique ,  et  sur  lequel 
on  avait  embarqué  deux  officiers  de  TétatHOBajor  autri^ 
rfaien ,  fut  mis  sous  les  ordres  du  capitaine  Smydi  pour 
concourir  aux  opérations  relatives  à  l'hydrographie  ées 
côtes  ottomanes  et  ioniennes  de  l'Adriatique;  elles  iu« 
reni  toutes  terminées  dans  le  cours  des  années  1818 
et  1819. 

La  p<irtioii  de  ce  travail  qui  concerne  les  côtes  du 
royaume  de  Napies  a  été  gravée  et  publiée  pur  le  hv^ 
reau  lopograpfaîque  de  ce  royaume  en  IS  feuilles»  à 
l'échelle  de  ?..\u-,  et  eDe  a  été  ensuite  fondue  aivec  la 
portion  relative  à  la  Tvrqnie  et  aux  des  Ioniennes,  dans 
la  grande  carte  hydrographique  de  cabotage  de  la 
Adriatique  en  20  feuilles,  pubKée  en  182&  par  Fi 
tut  géographique  mïitaire  de  Milan.  Une  reamt|ue 
essentielle  A  faire,  c'est  que  dans  cette  carte,  aâuî 
que  dans  l'hydrf^raphie  générale  de  l'Adriatique  en 
deux  grandes  feuiHes,  il  est  dit  quVUes  ont  été  dres- 
sées sous  la  direction  dé  l'éfat-major  généni  autri- 
chien, sans  qu'on  y  fasse  la  momdre  mention  des 
travaux  du  capitaine  Smydi,  ni  de  ceux  du  colonel 
\  isconti  et  des  ingénienrs-géographes  napolitains.  Ces 


\  3o5  ) 

omissions  rendent  nécessaires  quelques  explications» 

Tout  ce  qui  concerne  la  projection  dans  ses  main*' 
dres  détails  appartient  entièrement  au  colonel  Visconti; 
et  comme  il  avait  emporté  tous  les  calculs  et  leurs  ré- 
sultats pour  la  projection  de  chaque  feuille  de  ce  grand 
ouvrage,  lorsqu'au  mois  de  mai  181 A  il  quitta  Uilan 
pour  se  rendre  à  Naples  »  ce  fut  à  lui  qu'on  s'adressa 
pour  enToyer  tout  ce  qu'il  fallait  dans  la  première  de 
ces  villes.  Quant  aux  observations  astronomiques  do* 
puis  Trieste  jusqu'à  Budua ,  elles  appartiennent  à 
MM.  Beautemps^Beaupré  et  Visconti;  elles  ont  même 
servi  à  dresser  la  carte  des  provinces  illyriennes  de 
l'atlas  supplénoentaîre  du  Précis  de  la  »éogmpfue  uni- 
iferseUe  de  Halte-Bf  un. 

La  topographie  des  côtes,  depuis  Trieste  jusqu'au 
Tronto  »  ainsi  que  des  lies  du  Quamero  »  est  due  aux 
officiers  ingénieurs<géogmphe&  du  ci  •  devant  royaume 
dltalie  ;  et  c^est  à  M.  Auguste  Denaix  »  en  ce  momeirt 
colonel  au  corps  des  ingénieurs  géographes  de  France, 
qu'on  est  entièrement  redevable  de  la  topographie  et 
de  rhydrographie  de  la  lagune  de  Venise  ;  quaikt  au 
restant  des  côtes  du  ci-devant  royaume  d'Italie ,  elles 
ont  été  sondées  par  M.  Prina ,  ingéraeur-géographe  de 
ce  royaume. 

Les  ingénieurs  géographes  napolitains  peuvent  s'aW 
bribuer  complètement  la  topographie  des  côtes  du 
royaume  de  Naples  »  depuis  le  Tronto  jusqu'à  Sainte^ 
Masie-ile-Leucai  ainsi  que  le  sondage  de  ces  côtes,  car 
ils  ont  dû  rectifier  le  peu  de  travail  £Eiit  par  trois  offi« 
eiers  de  rétat-ma|or  autrichien  en  i8i7  et  iSift. 

La  triangulation  k  long  des  eôtes  d'Italie  ^  depuis 
Trieste  jusqu'à  ScapeiMbno,  près  de  Sinigag^»  fait 
partie  de  la  triangulation  de  Itk  haute  Italie  opérée  par 


(  3o4  ) 

les  ingénieurs-géographes  français  et  italiens.  De  Sca* 
pezzano  à  Martepagano,  dans  la  province  d*Abruue, 
les  triangles  ont  été  faits  par  les  ingénieurs-géographes 
napolitains  que  M.  Visconti  s*empressa  d'envoyer,  en 
181 A ,  dans  les  provinces  d'Ancone,  de  Macerata  et  de 
Fermo ,  pour  prolonger  la  chaîne  des  triangles  de  la 
haute  Italie  jusqu'en-deçà  de  la  frontière  du  royaume 
de  Naples»  auTronto,  avant  que  ces  provinces  fussent 
restituées  au  pape.  Cette  triangulation  fut  ensuite  por- 
tée le  long  des  côtes  napolitaines  de  TAdriatique  jus- 
qu'à Sainte-Marie-de-Leuca ,  en  y  rattachant,  par  les 
lies  de  Fano  et  de  Saseno ,  en  Albanie ,  l'Ile  de  Corfou, 
ainsi  que  la  côte  de  Cimerva!,  par  d'autres  triangles 
faits  à  Corfou,  où  l'on  mesura  deux  petites  bases  de  véri- 
fication. Toutes  ces  opérations  géodésiques  ont  été  ^ 
faites  par  les  Napolitains,  les  Autrichiens  n'y  ayant 
contribué  que  pour  une  chaîne  de  triangles  faite  sur 
les  côtes  de  l'Abruzze  par  M.  Brupacher,  l'un  des  meil- 
leurs ingénieurs-géographes  du  royaume  d'Italie,  atta* 
ché  maintenant  à  l'état-major  autrichien. 

On  est  redevable  des  observations  astronomiques , 
des  plans  et  de  l'hydrographie  des  côtes  ioniennes  et 
turques,  depuis  Parga  jusqu'à  Budua,  au  capitaine 
Smyth ,  aux  officiers  de  la  marine  anglaise ,  et  aux 
quatre  ingénieurs -géographes  napolitains  travaillant  -^ 

sôus  les  ordres  et  la  direction  de  ce  capitaine.  Quant  .^ 

aux  Autrichiens,  ils  ne  s'occupèrent  avec  leur  brick 
il  Feloce  qu'à  dresser  quelques  mémoires  nautiques 
dont  il  n'a  pas  été  possible  de  faire  usage.  ^ 

Le  travail  des  sondes  à  travers  l'Adriatique  a  été  fait  . 

par  le  capitaine  Smyth  et  par  la  marine  autrichienne. 

On. est  redevable  de  la  topographie,  de  l'hydrogra-  . 

phie  et  de  la  géodésie  des  côtes  autrichiennes  en  Istrie,  ^ 


(  5oS  ) 

I 

en  Dalmatie  et  en  Albanie ,  jusqu'à  Budua»  à  M.  Ma- 
riant ,  très  habile  officier  ingénieur  •  géographe  du  ci* 
devant  royaume  dltalie.  Lorsqu'il  a  exécuté  ce  trarail, 
qui  a  été  fait  arec  le  plus  grand  soin ,  il  faisait  partie 
de  l'état-major  autrichien  ;  il  est  chargé  maintenant  de 
la  direction  des  opérations  et  des  calculs  géodésiqucs 
à  llnstitut  géographique  militaire  de  Vienne.  Nous  ne 
devons  pas  omettre  »  parmi  ses  autres  travaux,  le  beau 
portulan  de  l'Adriatique,  publié  à  Milan  en  1830. 

On  doit  enfin  à  M.  Beautemps-Beaupré  les  plans 
hydrographiques  de  la  rade  de  Pirano ,  des  ports  de 
Quieto,  de  Parenzo,  d'Umago,  de  l'entrée  du  Lemo, 
des  environs  de  Pola ,  des  ports  de  Pola ,  Zara  et  de 
Spalatro ,  du  détroit  de  Pasman ,  des  environs  de  Se- 
benico  et  de  ceux  de  Raguse ,  des  ports  de  Molonta  et 
du  golfe  ou  bouches  de  Cattaro. 

Il  faut  reconnaître  que  les  Anglais  ont  été  bien  plus 
consciencieux  que  les  Autrichiens;  car  lorsqu'en  1827 
le  Bureau  hydrographique  de  l'amirauté  publia  la  carte 
hydrographique  de  la  mer  Adriatique ,  en  6  feuilles, 
il  s'empressa  de  déclarer  qu'elle  avait  été  dressée  d'a- 
près les  opérations  des  Autrichiens ,  des  Anglais  et  des 
Napolitains ,  exécutées  sous  la  direction  des  colonels 
Campana  (1)  etVisconti,  et  du  capitaine  W. -H.  Smith. 

Le  troisième  travail  hydrographique  du  Dépôt  géné- 
ral de  la  guerre ,  aujourd'hui  Bureau  royal  topogra- 
phique du  royaume  de  Naples,  fut  le  sondage  des  côtes 
du  golfe  de  Naples,  de  celui  de  Pozzuoli  et  de  Baja, 
des  côtes  d'Ischia ,  de  Procida  et  de  Gapri ,  et  de  la  côte 
d'Amalfi ,  depuis  Saleme  jusqu'aux  bouches  de  Capri. 

(i)  Le  colonel  Campana,  ne  àNaples,  était  à  cette  époque  direc 
tenr  de  llnstitat  géographique  militaire  de  Milan. 

XVII.    MAI.    9.  90 


(  5o6  ) 
Ayant  gardé,  en  1819,  Vune  des  barques  que  la  ma- 
rine du  royaume  de  Naples  avait  mises  à  sa  disposition 
pour  rhydrographie  faite  en  1817  et  1818,  le  colonel 
Visconti  s'en  servit  pour  le  sondage  des  environs  de 
Naples  dont  on  était  occupé  à  graver  la  carte  levée 
4_i^^.  quatre  ingénieurs-géographes  attachés  à  son 
bureau  furent  employés  à  cette  opération.  Il  aurait 
désiré  continuer  ces  sondes  sur  la  côte ,  depuis  le 
canal  de  Procida  jusqu'à  la  frontière  près  de  Terra- 
cine;  mais  les  événements  politiques  de  1820  suspendi- 
rent tous  ses  projets  (1) .  Ce  troisième  IravaU  a  été  pubUé 
en  15  feuilles ,  et  M.  le  colonel  Visconti  en  a  fait  hom- 
mage à  la  Société  de  géographie. 

Une  vive  contestation  s'était  élevée  entre  la  commune 
de  la  ville  de  Brindisi  {Brindes)  et  la  direction  générale 
des  ponts  et  chaussées  au  sujet  de  ce  port  célèbre,  que 
la  direction  proposait  d'abandonner  à  cause  du  mau- 
vais air ,  en  transplantant  ailleurs  les  habitants  de  cette 
ville,  qui  compte  tant  de  siècles  d'existence.  Avant 
d'adopter  un  parti ,  le  roi  de  Naples  nomma  une  com- 

(i)  Plu»  occupe  de  travaux  tcientiBques  que  de  politique,  à  la- 
quelle il  délirait  retter  ëtraDger,  le  colonel  Visconti  n'atfsitta  même 
pu  ans  assembUea  \t^i\eê  des  élections  lors  de  la  révolution  qni 
éclaU  à  Naples  dans  les  premiers  jours  de  juillet  i8ao.  Nommé  p»r 
le  roi  le  1 1  du  même  mois,run.des  membresde  la  Junte  provisoire  de 
gouvernement ,  il  ne  crut  pas  devoir  refuser  ce  témoignage  d'estime  ; 
et  élu  peu  après  député  de  la  ville  de  Naples ,  il  considéra  comme 
un  devoir  de  répondre  à  la  confiance  de  ses  concitoyens  en  siégeant 
en  cette  qualité  dans  le  parlement.  Ces  distinctions  qu  il  n'avait  poîaC 
spllicttées  lui  firent  perdre  plus  tard  tous  ses  emplois.  H  reiU  toute- 
fois membre  ordinaire  de  l'Académie  royale  des  sciences  de  Naples. 
A  r avènement  du  roi  actuel,  il  rentra  dans|  Tannée  avec  son  ancien 
grade  de  colonel ,  et  le  directeur  du  Bureau  royal  topographique  étant 
mort  cinq  ans  après ,  M.  Visconti  fut  cboiii  pour  le  remplacer  dans 
ce  poste,  quM  occupe  encore  aujourd'hui. 


(  3o7  ) 
mission  mixte  composée  de  deux  officiers  de  marine , 
de  deux  ingénieurs-géographes ,  dont  l'un  fut  le  colonel 
Visconti,  alors  directeur  du  Bureau  royal  topographi- 
qae»  etc.»  etc.  ;  elle  fut  chargée  d'examiner  les  moyens 
propres  à  assainir  Brindisi  et  ses  enTirons,  et  à  amélio- 
rer et  conserver  son  beau  port  Cette  commission ,  pré- 
âdée  par  le  colonel  Visconti ,  leva  avec  la  plus  scrupu- 
leuse précision  le  plan  topographique  et  hydrographi- 
que de  la  rade  et  du  port  de  Brindisi ,  à  l'échelle  de 
«•~^.  Ce  plan,  qu'on  peut  considérer  comme  le  qua- 
trième travail  hydrographique  du  Bureau  royal  topo- 
graphique ,  n'était  pas  encore  publié  à  la  fin  de  18A1 , 
mais  il  doit  l'être  en  ce  moment  (mai  18A2]  à  l'échelle 

Le  plan  de  Brindisi  est  le  dernier  des  travaux  hy- 
drographiques du  bureau  dirigé  par  le  colonel  Vis- 
conti, car  les  caxtes  marines  qu'on  y  a  gravées  ou  qui 
sont  prè^  à  l'être  ne  sont  que  des  copies  de  celles  qui 
ont  été  publiées  en  France  et  en  Angleterre ,  et  d'après 
les  positions  géographiques  les  plus  récentes  et  les 
meilleures  des  différents  pays  connus.  En  voici  le 
détail: 

1«  Collection  d'un  grand  nombre  de  plans  hydro- 
graphiques de  ports,  rades ,  ancrages,  etc.,  etc.,  de  la 
Méditerranée,  où  on  a  reproduit  presque  en  entier 
tout  ce  que  le  capitaine  W.-H.  Smyth  a  publié  ; 

2*  Grande  carte  hydrographique  de  la  Méditerranée 
en  trois  très  grandes  feuilles ,  à  l'échelle  de  nr.TT^  sur 
le  parallèle  moyen  de  38'  30'  de  latitude.  La  gravure 
de  la  première  feuille  était  presque  terminée  à  la  fin 
de  ISil,  et  l'on  s'occupait  de  la  gravure  des  autres.  On 
a  placé  dans  les  espaces  vides  de  chaque  feuille  les 
plans  des  ports  principaux ,  des  détroits,  etc.,  etc. 


(  5o8  ) 

Notice  sur  les  cartes  hydrographiques  des  cotes  de 
IVoruège ,  par  M.  de  la  Roquette,  ancien  consul  de 
France  en  Norvège, 


Lorsque,  à  la  fin  de  1784,  le  roi  de  Danemark  créa 
le  Dépôt  royal  des  caries  de  la  marine  (  KongeligSoc- 
kaart  ÀrchW)^  dont  ia  direction  fut  confiée  à  M.  de  Lo- 
venôm ,  capitaine  de  vaisseau  de  la  marine  royale  da- 
noise, mort  contre-amiral  en  1896»  les  côtes  de  Norvège 
étaient  pour  ainsi  dire  inconnues.  On  n*en  possédait 
que  de  mauvaises  cartes  hollandaises  dont  l'ignorance 
et  l'insouciance  des  marins  se  contentaient ,  quoi- 
qu'elles fussent  faites  presque  au  hasard  ,  et  sans  au- 
cune espèce  de  critique  dans  la  fabrique  des  Van  Reu- 
len.  Un  capitaine  de  la  marine  marchande  danoise 
avait  bien  publié  une  carte  de  la  côte  méridionale  ; 
mais  elle  ne  méritait  guère  plus  de  confiance. 

Sur  les  représentations  de  M.  de  Lôvenôm ,  deui 
officiers  géographes ,  HM.  le  lieutenant  de  dragons 
Vibe,  et  Aubert,  lieutenant  au  corps  du  génie  »  furent 
chargés  en  1 785  de  relever  la  côte  de  Norvège  depuis 
Drontheim  {Trondhiem)  jusqu'à  la  frontière  de  Suède. 
On  leur  adjoignit  M.  de  Grove,  officier  de  la  marine 
royale ,  auquel  fut  confié  spécialement  le  relèvement 
détaillé  des  lies»  écueils»  etc.  »  la  description  des  côtes  et 
les  instructions  nécessaires  aux  marins.  Déjà  antérieu- 
ment  à  cette  époque  une  suite  de  triangles  avait  été  me- 
née  »  de  1779  à  '7^o>  ^^  '^  frontière  de  Kongsvinger  le 
long  des  frontières  du  royaume  jusqu'à  Trondhiem» 
et  de  ce  point,  en  suivant  les  côtes  de  la  mer,  à  Bergen» 
Christiansand , .  Frederikshald  et  Christiania  >  et  plu- 


(309)- 

sieurs  bases  avaient  été  mesurées  près  de  Kongsvinger 
et  de  Trondhiem  ainsi  quesurlelacFŒmund(»ie/7iii/u;{-* 
sàè  ).  Ce  fut  après  que  ces  travaux  astronomico-trigo- 
nométriques  eurent  été  terminés  par  les  frères  Vibe  et 
par  MM.  Rick  et  Aubert ,  que  les  officiers  désignés  par 
M.  de  Lôvenôm  s'occupèrent  du  relèvement  des  Côtes 
de  Norvège.  Pendant  l'espace  de  quatorze  ans,  MM.  de 
Grove,  Vibe  et  Aubert  relevèrent  une  étendue  de  côtes 
desSo  à  5oo  lieues  marines  de  soau  degré  (i),coupées 
par  un  grand  nombre  de  golfes  profonds  et  de  bras  de 
mer^et  bordées  d'une  immense  quantité  de  grandes  et  de 
petites  îles,  ainsi  que  d'un  nombre  infini  de  rochers^  d'é- 
caeils^de  petits  hauts-fonds.  Sou  un  climat  aussi  rude,  les 
opérateurs  ne  pouvaient  employer  que  quelques  mois 
de  la  belle  saison  aux  investigations  qui  leur  avaient 
été  confiées;  souvent  ils  étaient  forcés  de  les  interrom- 
pre  par  suite  du  mauvais  temps  »  des  brumes  et  d'une 
multitude  d'accidents.  Ceux  qui  connaissent  le  pays  et 
qui  ont  mis  la  main  à  l'œuvre  peuvent  seuls  apprécier 
le  mérite  de  ces  officiers  et  les  difficultés  qu'ils  eurent 
à  surmonter.  Leurs  travaux  eurent  pour  résultat  sept 
cartes  marines  des  côtes  méridionales  et  occidentales 
de  la  Norvège ,  accompagnées  chacune  d'instructions 
nautiques.  A  ces  instructions  furent  jointes  des  vues 
des  côtes  et  des  montagnes  principales,  dont  on  avait 
indiqué  les  points  les  plus  marquants  auxquels  les  re- 
lèvements se  rapportent.  On  y  a  donné  aussi  quelques 
notions  sur  le  flux  et  le  reflux  de  la  mer,  et  sur  les  cou- 

(i)  On  doit  faire  observer  que  les  Danois  comptent  4  minutes  de 
Uiitude  pour  on  mille  on  lieue  marine  de  i5  au  degré;  le  mille  de 
Norvège ,  dont  nous  aurons  occasion  de  parler,  est  plus  grand  que  le 
aille  danois  y  car  il  nen  faut  qu  un  peu  moins  de  dix  (  9,846  )  pour 
un  degré  de  latitude. 


(  5io  ) 

ranls  principaui  qui  ont  lieu  à  chaque  partie  de  la  côte 
décrite. 

On  a  enfin  tracé  sur  les  cartes  quatre  échelles  de 
longitude  selon  les  différences  de  méridiens  prises  dans 
la  Connaissance  des  Temps  alors  publiée,  savoir: 

Entre  Paris  et  Copenhague,  de  ib^i/^'iB" 

—  Paris  et  Greenwich. .  «'«o 

—  Paris  et  Pico i  g* 

D'après  des  observations  faites  en  i  fti  5,  la  différence 
entre  les  méridiens  de 

Paris  et  de  Copenhague,  est  de  lo'^iS'So'^ 
Paris  et  de  Greenwich..   .  .  s*so'i5(i). 

Après  la  publication  de  ces  cartes  particulières,  dont 
la  minute  fut  dressée  k  Téchelle  de  6  pouces  décimaux 
pour  un  mille  de  Norvège,  ou  iisgS  mètres,  M.  de 
Lovenôm  fit  construire  une  carte  générale  de  la  partie 
septentrionale  de  la  mer  que  nous  appelons  mer  d'Al- 
lemagne ou  mer  du  Nord ,  et  à  laquelle  les  Scandinaves 
ont  donné  le  nom  de  mer  l'Ouest  {FèsterSôèn).  Elle 
renferme  la  plus  grande  partie  de  la  céte  de  Norvège 
décrite  dans  les  sept  cartes  ci^dessus  mentionnées*  La 
première  de  ces  cartes,  terminée  en  1791»  comprend 
le   TrondhiemS'Leed  (s)  »  long   et  étroit  chenal  qui 

(1)  Suivant  la  Connaisiance  des  temps  de  1843  ,  la  diflîéreace  entre 
tes  méridiens  de 

Paris  et  de  Copenhague  est  de lo""  i4' ao" 

Paris  et  de  Greenwicli  de a®  ao'  a4" 

(a)  Leed  tstan  terme  partîoulier  difficile  i  traduire  exactement  en 
françaîa  et  qui  si^ni&e  proprement  le  chemin  qui  mène  à  ...  M.  Lo- 
venôm avait  proposé  do  le  rendre  par  /«  rivière  île ...  Il  faudrait  dire 
alors  c|u*on  le  deecend ,  quand  on  va  au  large ,  et  qu'on  le  monte  locs» 
qu'on  va  dans  Tintérieur  vers  Trondfaiem. 


(3.1  i 
mène  de  la  mer  à  Trondhiem»  ainsi  que  plusieurs 
tles  ,  parmi  lesquelles  on  doit  signaler  Hilteren , 
Froyen  ,  Smoelen  elErUaag,  et  les  écueils  depuis  les 
Ilots  de  Halten  au  nord»  et  s'élend  jusqu'à  la  mon- 
tagne de  Stevenshest  (i),  près  de  Cbrisliansund  au 
midi ,  c'est-è-dire  depuis  le  64*  i  s'  jusqu'au  65*  a'  de 
latitude  nord.  On  a  joint  aux  instructions  nautiques  la 
▼ue  du  mont  Kopperen ,  prise  de  l'Ile  de  Halten ,  celles 
de  la  côte  et  des  Iles  »  de  l'Ile  de  Halten,  de  la  côte» 
depuis  la  montagne  de  Kopperen  jusqu'à  celle  de  Sto- 
venshest,  de  la  tour  de  Suulen  relevée  h  TE.^S.-E.,  de 
l'entrée  de  la  passe  du  golfe  de  Ramsôe  ,  de  la  pointe 
de  Titter-Odde»  de  lacôte,  depuis  la  montagne  de  Tus- 
teren  jusqu'à  l'Ile  de  Skibnœs,  prise  tout  près  des  lies 
de  Grib,  de  la  côte  entre  les  montagnes  de  Stevenshest 
et  de  Tosteren .  et  enfin  celle  de  l'entrée  de  Christian- 
sund. 

La  carte  n*  s,  publiée  en  1795»  s'étend  du  port  de 
Christiansund  au  nord  »  ao  promontoire  de  Sladt  Land 
inclusifement»  on  du  65^  8'  au  610  69'  de  latitude 
nord ,  et  comprend  les  Iles  de  Hareid-Land,  Gursk , 
A?er,  Oiter ,  Frey,  Sols»  etc.  »  la  presqu'île  de  Stadt* 
Land,  dont  les  montagnes  aont  très  élevées  et  les  côtes 
fort  escarpées;  les  golfes  ou  Fjord  de  Lyngvœr,  Har* 
rôe,  Molde»  Rovde,  Vandelv,  etc.  ;  les  ports  de  Chris- 
tiansund et  de  Molde.  Les  instructions  nautiques  qui 

(1)  La  latiCnde  de  la  montagne  de  Stevenshest ,  point  de  la  plas 
kaaie  importance  poar  les  marins  ,  et  qu'on  découvre  à  la  distance 
de  i5  à  16  lieues  quand  on  se  trouve  par  son  travers,  n'ayant  pu 
être  calculée  que  postërieurement  k  la  confection  die  cette  première 
carte,  Stevenshest  y  est  placé  une  minute  trop  au  noird.  L'erreuv  a 
été  reeoanve  depuis ,  et  cotte  potîfiOD  est  rectifiée  dans  la  û$ru 
suivaate. 


(  5i2  ) 

accompagnent  celte  carie  (n*2]  sont  suivies  des  vues 
de  la  côte,  depuis  la  montagne  de  Tusleren  jusqu'à 
celle  de  Guleberg,  entre  les  écueils  de  Fuglen  et  Fol- 
lingen,  de  la  côte,  depuis  la  montagne  de  Stevenshesl 
et  d'une  partie  des  Iles  deRomsdal,  à  l'entrée  du  détroit 
deHaavœr,  à  une  lieue  et  un  tiers  à  l'O.-N.-O  de  Plie  de 
Ohna,  et  enfin  celle  des  îles  et  de  la  côte  à  une  lieue 
à  l'ouest ,  corrigé  de  la  pointe  nord-ouest  de  l'Ile  de 
Rondoë. 

La  troisième  carte,  qui  parut  en  179a,  s'étend  du 
promontoire  de  Stadt-Land  au  nord  jusqu'à  l'Ile  de 
Blom  [Blomâe)  au  midi»  ou  du  6a*  1 3'  au  60®  3o' de  la- 
titude nord.  Elle  comprend  les  Iles  de  Bremager-Land  » 
d'Indre-Sullen ,  d'Yttre-SuUen ,  de  Hatle,  de  Fosen, 
de  Rad,  de  Holtzen ,  de  Blom»  etc.  ;  la  presqu'île  de 
Sladt-Land  ,  le  chenal  septentrional  {nord  Leed)  qui 
conduit  à  Bergen,  le  golfe  de  Vandelv,  etc.  L'espace 
compris  dans  cette  carte  ne  renferme  aucune  ville, 
lieu  ou  port  de  commerce,  et  la  côte  n'est  fré- 
quentée que  par  des  bfttiments  qui  se  livrent  au  cabo- 
tage. On  trouve  à  la  suite  des  instructions  nautiques , 
des  vues  de  quelques  Iles  remarquables  en  avant  de  la 
côte,  sous  le  Si*'  3o'  de  latitude ,  et  de  la  côle  depuis 
l'Ile  de  Yttre-SuUen  jusqu'à  celle  de  Holtzen. 

La  carte  n*  4»  publiée  en  1798,  s'étend  depuis  le 
60* 35'  jusqu'au  58® 5o'  de  latitude  nord,  c'est- à^-dire 
depuis  Holtzen  jusqu'au  mont  Egefjeld,  situé  sur  la 
côte  de  Jedderen.  On  y  trouve  une  partie  du  clienal 
septentrional  {nord  Leed)  et  tout  le  chenal  méridional 
{sjrdLeed)  qui  conduisent  à  Bergen,  ainsi  que  l'entrée 
pour  aller  à  Stavanger.  Elle  renferme  aussi  les  Iles  de 
Store-Sartor,  Stor  {Stor-^Ôe),  Tysnœsi  Ask.  Bôm, 
Garm,  etc.;  les  golfes  de  Herlôe,  de  Biôrne,  de  Strande, 


(  3i3  ) 
deSelboe,  d'Hardanger,  deBômmel,  elc.  ;  les  ports 
de  Bergen ,  de  Stavanger,  etc. ,  dont  la  latitude  ob- 
serfée  avec  soin  par  les  officiers  qui  ont  relevé  la 
côte ,  a  été  trouvée  pour  la  cathédrale  de  Bergen  de 
6o*«5'33''  i/«  (i),  et  pour  l'église  de  Stavanger  de 
58*'58'i5'^  Les  instructions  nauliques  pour  la  carte 
n*  4  sont  suivies  de  la  vue  de  l'entrée  du  bras 
de  mer  ou  golfe  de  Bômmel  (  Bômmelfiord  )  ,  et  de 
celle  des  lies  et  de  la  côte  prise  à  une  lieue  et  un  tiers 
de  distance,  à  l'ouest  de  l'Ilot  de  Feysleenen. 

La  cinquième  carte,  publiée  en  1800»  s'étend  depuis 
la  montagne  d'Egefield  jusqu'à  Ghristiansand ,  dont  la 
latitude  a  été  fixée  par  un  grand  nombre  d'observa- 
tions à  58*8' 4''  et  la  longitude  à  4«3i'55"  à  l'ouest  de 
Copenhague.  Elle  renferme  beaucoup  d'Ilots,  mais  pas 
d'Ile  remarquable  par  sa  grandeur.  Parmi  les  golfes , 
nous  citerons  ceux  de  Topdal ,  de  Grôn,  de  Ros,  de 
Lyngdal ,  de  Lister  et  de  Fœdde  ;  on  y  trouve  plusieurs 
portSy  savoir:  Ghristiansand,  Flekkeroe»  Mandai,  Far- 
sund.  Flekkefjord  et  Eggersund,  et  le  cap  Lindesnœs, 
l'extrémité  la  plus  méridionale  de  la  Norvège  ,  dont  la 
longitude  occidentale  du  méridien  de  Copenhague  a 
été  reconnue  être  4«43'55''etla  latitude  57<'â8'.  H.  de 
Lovenôrn  avoue  que  la  montagne  d'Ëgef  jeld,  placée 
sur  la  carte  n*  4  au  6^58'  3o"  de  longitude  occiden- 
tale du  méridien  de  Gopenhngue ,  doit  être  portée,  et 
elle  l'a  été  effectivement  sur  la  carte  n*  5  au  7*4' 
du  même  méridien.  Les  vues  qui  accompagnent  les 
instructions  nautiques  de  la  carte  n^  5  sont  celles  de 

(1)  M.  de  LoTCUôrn  reconnaît  cepemiant  que  la-  longitude  de 
Bergeo ,  ainsi  que  celle  des  autres  points  indiques  sur  la  carte  ,  doit 
être  portée  de  Si'  46"  plus  à  louest. 


(  3i4  ) 

la  côte  à  Toucst  du  cap  LÎDdesnœs,  de  la  côte  depuis  l'Ile 
de  Markoe  jusqu'à  celle  de  Ryvingen.  de  la  côte  près  de 
Mandai ,  et  de  la  côte  entre  Ilellesund  et  Christian- 
sand. 

La  carte  n®  6  »  publiée  en  1 801 ,  s'étend  depuis  Cbris- 
tiansand  jusqu'à  rentrée  du  golfe  ou  bras  de  mer  de 
Langesund  (  Langesunds  Fjord) .  La  côte  contenue  dans 
cette  carte  court  pour  ainsi  dire  en  ligne  droite  du 
S.-O*  au  N.-E.  La  côte  et  les  terres  élevées  de  l'inté- 
rieur ont  peu  de  points  bien  marquants.  La  seule  lie 
un  peu  considérable  est  celle  deTrom  {Tromâè);  nous 
citerons  parmi  les  golfes  ceux  de  Fossund  »  Belle . 
Sôndeler,  Oxe»  Topdal;  on  y  remarque  le  détroit  de 
Tromôe  entre  l'Ile  de  ce  nom  et  le  continent,  ainsi 
que  les  ports  de  Gbristiansand .  Lilleaand»  Grimstad» 
Arendalf  Tvedestrand,  Ôster-Riisoer  et  Kragerôe.Les 
vues  qui  accompagnent  les  instructions  nautiques  po*jr 
la  carte  n<*  6  sont  celles  depuis  Ghrisiiansand,  par 
le  travers  de  Tile  de  Flekkerde»  de  la  côte  entre 
BuksteenenetHovdefield»par  le  travers  de  FUed'Ulvôe- 
sund ,  la  côte  entre  Buksteenen  et  Hovdefield  par  le  tra- 
vers de  Runkenes ,  de  la  côte  entre  Grimstad  et  Tro* 
môe ,  de  la  côte  par  Tile  de  Trom  (  Tromâè)  y  de  la  côte 
par  le  travers  d'Ôster-Riisôer,  par  le  travers  de  l'Ile  de 
Jomfrueland  »  et  celle  enfin  de  la  côte  entre  l'Ile  do 
Jomfrueland  et  le  golfe  de  Langesund. 

La  carte  n*  7  qui  parut  en  i8o3  s'étend  depuis 
'lie  de  Jomfrueland  jusqu'à  la  frontière  de  Suède ,  et 
comprend,  outre  une  multitude  d'Ilots*  les  Iles  Uval 
{Hml-Ôeme),  Kiôm.  Nôtter,  Krager  et  Giel;  les 
golfes  de  Ghristiania  et  de  Langesund ,  ceux  de  Bonne , 
de  Drammen,  de  Sande,  de  Mosse,  de  Prie,  dépendant 


(  5«5  ) 
du  premier,  le  détroit  de  Svine  {Sifine  Smd)^  qui  sé- 
pare au  midi  la  Norvège  de  la  Suède  >  et  les  ports  de 
Christiania  capitale  du  royaume,  de  Drammen,ToDs- 
bergt  Laurvig,  Frederiksvœrn ,  Skien,  Porsgrund, 
Dr5bak,  Moss»  Frederikstad ,  Frederikshald  et  la  forte- 
resse deFrederiksteen,  au  siège  de  laquelle  Charles XII, 
roi  de  Suède,  fut  assassiné.  Les  vues  qui  accompagnent 
les  ipstructions  nautiques  sont  celles  de  la  côte  près 
Laurvig,  à  Tonest  et  à  l'est  de  la  même  ville  jusqu'à  Tlle 
de  Fœrder ,  de  la  cdle  près  de  Frederiksvœrn  jusqu'à 
la  même  tle  de  Fœrder,  de  la  côte  orientale  du  golfe 
ou  bras  de  mer  de  Christiania  »  et  enfin  de  l'Ile  de 
Fœrder  relevée  au  N.  i/4  N.-O.  è  environ  4  Keues  de 
distance. 

Lorsque  la  carie  ci-dessus  fut  publiée  pour  la  pre- 
mière fois  en  i8o3^,  on  ne  possédait  encore  que  des 
cartes  très  imparfaites  de  la  côte  adjacente  de  Suède  , 
dont  il  était  cependant  nécessaire  d'ajouter  une  partie 
pour  compléter  cette  carte  ;  c'est  ce  que  les  opérateurs 
danois  firent  de  leur  mieux.  Hais  en  1806,  le  lieu- 
tenant-colonel Gustave  de  Klint ,  célèbre  hydi'ographe 
suédois ,  ayant  publié  &  Stockholm  une  carte  du  golfe 
de  Bohus  [OfverBohus  Bugten),  M.  deLôvenôm  s'em- 
pressa de  mettre  à  profit  les  informations  qu'elle  con- 
tenait pour  corriger  dans  la  carte  n*  7  la  partie  de  la  côte 
suédoise ,  et  on  en  fil  paraître  en  1817  une  2*  édition. 
Christiania  et  Frederikshald  sont  les  deux  principaux 
points  de  cette  carte.  La  latitude  du  premier ,  évaluée 
en  1769  par  le  père  Hell  et  par  le  professeur  danois 
Holm  à  Sq"  3l^'So^\  était,  suivant  Rick  et  Yibe,  qui 
avaient  observé  dans  un  autre  endroit  de  la  ville  »  de 
Sg*  55'  ao'^ ,  et  en  la  réduisant  au  même  point  où  les 
premiers  avaient  établi  leur  instrument,  elle  serait  de 


(  3'6) 
Ô9°  44'  4^'%  conformité  qui  a  déterminé  M.  de  Lovenôrn 
h  porter  à  5g^  44'  4^'^  1^  latitude  du  château  d*Agershuus» 
forteresse  de  Christiania  (i).  Quant  à  Frederikshald  , 
le  père  Hell  place  cette  ville  au  Sg""  5^  5o"de  latitude  , 
le  professeur  Holm  è  ôg**  7'ig''»  Vibe  à  by"  6'  49".  Mais 
comme  ce  dernier  avait  établi  ses  instruments  à  la  for- 
teresse d'Overberg,  située  au  sud  de  le  ville»  Lovenôrn 
a  cru  devoir  placer  cette  dernière  h  5g^7'ii''  de  lati- 
tude. On  a  adopté  pour  la  longitude  de  Frederikshald 
1^7' à  l'ouest  de  Copenhague,  ce  qui  correspond  avec 
les  nouvelles  cartes  suédoises. 

On  s'était  servi  d'instruments  assez  imparfaits  pour 
dresser  les  sept  cartes  hydrographiques  des  câtes  de  Nor* 
vège  dont  nous  venons  de  parler ,  et  qui  comprennent 
l'espace  situé  entre  le  64*  1 3^  1  &"  et  le  67®  48'  de  latitude 
nord,  aussi  quelques  erreurs  se  sont^elles  glissées  dans 
ce  travail.  Il  est,  en  effet,  démontré  aujourd'hui  qu'il 
n'existe  pas  entre  toutes  ces  cartes  une  concordance 
complète;  c'est  entre  les  caries  portant  les  n*'  4  et  5 
qu'on  a  remarqué  ce  défaut  de  concordance ,  et  il  pa^ 
raltrait  qu'un  examen  attentif  des  cinq  autres  n'a  pas 
fait  jusqu'ici  découvrir  de  différences  sensibles.  La  pre- 
mière de  ces  cartes,  le  n"*  4>  renfermant  l'étendue  de 
pays  compris  entre  le  58*  5o'  et  le  60^  35'  de  latitude 
nord  ;  et  la  carte  n*"  5  s'étendant  du  57*"  47'  au  ^8'»  5  5'  3o", 
I9  portion  de  côte  qui  se  trouve  portée  à  la  fois  sur  les 
deux  cartes,  et  dans  laquelle  on  peut  signaler  ces  dé«- 
fauts  de  concordance  qui  en  font  supposer  d'autres  , 
renferme  ainsi  un  espace  de  5'3o"  en  latitude. 

(i)  L'observatoire  de  Christiania   est  situé  d'après  les  observations 
de  M.  le  professeur  Hansteen  au  69°  54'  5"  de  latitude 

et  au  8"  34' 3i"   de    longitude  orientait 
du  méridien  de  Paris. 


(3.7  ) 


Gomme  \es groupes  d'i\ois{Skjœrgaarden  )  ou  plutôt 
de  rochers  placés  sur  ces  5'  3o"  s'éloignent  à  peine  du 
continent  de  3/4  de  mille  de  Norvège  ou  de  8^70  mètres 
la  portion  de  côte  qui  se  trouve  tracée  en  même  temps 
sur  les  deux  cartes  est  très  étroite,  et  oQre  par  consé- 
quent peu  de  points  qui  soient  communs  aux  deux 
cartes  et  sur  lesquels  on  puisse  signaler  des  défauls 
de  concordance.  Nous  citerons  cependant  ceux-ci  : 


NOMS 

DU  POINTS  COMMUM 

portés 
lor  les  deux  cartes. 


Pointe  D.du8torkJœr 

Ektrémité    U   plus 
j  DéridioDale  des  ro- 
chers de  Skoddene. 

Ctp  \igdil  (FigdUs- 


) 


Fond  du  golfe  de  Haf 
I  [HafêfjordBuna). . 

Fanal  de  Daisnaten 
{P^arde) 


Fanal    d*EgeQeld 
{rarde) 


CAKTR  N^  4. 


Longitude 

m 

du  néridian 

d«  Pari». 


Latiittdc. 


3»  r  30"  58*»  53' 30" 

3  10  30    58  5:2    0 

3  14  90    58  52    0 

I 
I 

3  19  40  58  53  40 
3  29  0  58  53  50 
3  16  40    58  51  10 


CAUTI  H"  5. 


Longitude 

•M 

du  méridien 

d«  Paria. 


Laiiiiide. 


Q  S 


3«  r   0'  58«53'30" 


3  5  0 
3  8  30 
3  14  0 
3  22  40 
3  11     0 


58  52  0 
58  52  0 
58  53  40 
58  53  50 
58  51  10 


5' 30" 

5  30 
550 

5  40 

6  20 
5  40 


Il  résulte  du  tableau  qui  précède,  que  tous  les  points 
signalés  ont  sur  les  deux  cartes  \i  même  latitude  ;  mais 
qu'en  longitude  ils  diffèrent  de  5'  So'^  à  6'  90". 

Parmi  les  points  ci-dessus  indiqués  •  les  deux  der- 
niers p  c'est-à-dire  DaUnuten  et  Egejjeid^  tous  deux 
situés  dans  la  Fogderie  ou  district  de  Jedderen  et 
Daleme»  jimty  ou  préfecture  de  Stavanger ,  dépendant 
du  Stift  ou  province  de  («hristiansand  »  sont  des  points 
tirgonométriques. 


(5.8) 

Les  labiés  pour  1 795  et  1794  donnent  leur  situation 
ainsi  qu'il  suit  : 


llOlft 
4m  paîMi. 


OatHiolcD. 


DISTANCE 

èl»  méridien. 

M  ■■■«■>. 


41756  SUD. 
IS01O1  m.;. 


DISTANCB 
i  la  perpendie. 


LATITUDE 


ralculét. 


MS'IS?  i/t  aun. 
(166556  m.) 


56*  53- 56"  5 


obacr?é«. 


S8*5S'tS' 


MatlTàTlOB*. 


L'annc 
d«  Non»«K«  (àtm) 
—  0,62748  mdt 


N01f5  DES  POINTS. 


OtinittUD. 
EK«r|«ld . 


OISTARCI  A  LA  MKHIDIEN. 
da  KoagiTÏngar* 


571t40  tuD.  (S5Q007  met.). 
561354  aoB.  (9H00O  m.). 


DISTANCE  A  LA  PEirBRDIC. 
da  KoBgtvingtr. 


SilUS  MU.  îif7610  m  ). 
906136  auB.  (1M566  m.). 


D'après  les  calculs  que  M.  Vibe  a  faits  avec  les  tables 
de  H.  le  professeur  Hansteen ,  et  dont  il  nous  a  donné 
coDQmunication ,  on  voit  d'après  ces  données  que 
Dalsnuten  et  Egefjeld  seraient  situés  savoir  : 

Dalsnuten  par  58*  54'  W  àe  lat.  N.  et  par  3»  s6'  5o^  8 
de  long,  orient,  dumérid.  de  Paris. 

Egefjeld»  58<'  5s'  is"  de  lat.  N.  et  au  i*  i4'  26"  7  da 
long,  orient,  du  mérid.  de  Paris. 

En  comparant  ces  résultats  avec  ce  que  donnent  les 
cartes  n*'  4  et  5 ,  on  trouve  : 


(3i9) 


I.ATITUDI. 


NOMS 


POIHTI. 


DtlsnoteD. 
EgeQeld.  . 


SDITANT  LIS  TABLIS 
POUR  1793  ET  1794. 


Calculée. 


Obiervée. 


68»53'58"S58«Ô3'15" 


SarJei 

CAITIS 

n*«  4  et  5. 


S8«&3'&0' 
58  M  10 


CALCULII 
par 

M.  TIBB. 


&8«&4'44" 

58  5«  12 


OBIBlTATIOm 


uisoinms  a  l*mt  du  siaiBiiir  di  pahu. 


1 

NOMS    ' 

BEI    POINTS. 

SUB    LA    CABTB 
W4. 

SUB    LA    CARTB 
W«5. 

CALCULBB 
PAB    M.    YIBI. 

DaUouteo 

EgeQeld 

8«  J9'     0" 
8     16    40 

8»  JX  40" 

3    11      0 

30    M*    30"  8 

3    14    26    7 

On  ^oit  par  ce  qui  précède , 

1*  Qae  les  latitudes  calculées  par  H.  Vibe  d'après 
les  tables  des  distances  à  la  méridienne  et  à  la  perpen- 
diculaire sont  d'environ  une  minute  plus  fortes  que 
celles  portées  sur  les  cartes  n""  4  ^1^  S ,  et  que  la  latitude 
de  Dalsnuten  calculée  d'après  les  tables  se  trouve  de 
4&^  5  plus  faible  que  celle  que  cet  officier  a  évaluée  par 
ses  calculs  ; 

t*  Que  les  longitudes  calculées  par  M.  Vibe  tombent 
entre  celles  portées  dans  les  deux  cartes,  en  faisant 
obsenrcr  toutefois  qu'elles  se  rapprochent  davantage 
de  celles  de  la  carte  n*  4  >  V^^  s'étend  vers  le  nord  » 
que  de  celles  que  donne  la  carte  n*  5. 

Postérieurement  b  la  publication  des  sept  cartes  hy- 
drographiques dont  nous  venons  de  parler,  on  ter- 
mina, dans  l'intertalle  de  i8o5  à  i8o6,  la  portion  de 


(  3«o) 

triangles  qui   reslail  à  lever  entre  la    forteresse   de 
Kongsvioger  et  Christiania ,  ainsi  que  le  long  des  fron- 
tières  de    Suède    jusqu'à    Frederikshald.     En    sorte 
qu'avant  i8i4  «  c'est-à  dire  avant  l'époque  où  la  Nor- 
vège cessa  de  faire  partie  intégrante  du  Danemark  pour 
être  unie  à  la  Suède ,  toute  sa  portion  méridionale 
était  ceinte  d'une  série  continue  de  triangles.  Le  point 
le  plus  septentrional  des  cartes  dressées  était  l*lle  de 
Halten,  située  dans  la  Fogdene  ou  district  de  Fossen, 
province  ou  stift  de  Trondhiem  (Drontheim);  au  nord 
de  CG  point  on  n'avait  fait  aucune  observation.  Cepen- 
dant la  longue  côte  du  Nordland  et  du  Finmark,  sur 
laquelle  il  n'existait  d'ailleurs  aucun  phare»  étant  fré- 
quentée par  un  grand  nombre  de  navires  qui  s'y  trou- 
vaient exposés  à  de  fréquents  naufrages,  on  ne  tarda 
pas  à  reconnaître  qu'il  devenait  indispensable  de  lever 
sans  retard' des  cartes  hydrographiques  exactes  depuis 
Trondhiem  jusque  par-delà  le  cap  Nord  et  le  golfe  de 
Sv£9Xk%et  {Varanger  fjord)  c'est-à-dire  jusqu'à  la  fron- 
tière de  Russie.  En  iSso,  sur  la  proposition  du  général 
major  d^Aubert,  le  même  officier  qui  avait  concouru 
d'une  manière  si  active  à  la  confection  des  sept  pre- 
mières cartes  »  le  déparlement  des  finances  de  Norvège 
soumit  à  ce  sujet  un  projet  au  storthing,  et  demanda  les 
fonds  nécessaires  pour  son  exécution.  L'allocation  ac- 
cordée ayant  été  jugée  trop  minime,  le  projet  resta  mo- 
mentanément suspendu  jusqu'en  i884f  que  l'assemblée 
nationale  de  Norvège  se  détermina  à  allouer  la  somme 
demandée  par  le  gouvernement.  Les  préparatifs  préli* 
minaires  furent  longs»  et  la  confecûon  des  instruments 
qu'on  avait  commandés  à  fétranger  prit  tant  de  temps, 
que  ce  ne  fut  qu'en  i8s8  qu'on  reçut  trois  théodolites 
de  Munich»  deux  sextants  de  Stutlgard»  et  deuxchrono- 


(  3ai  ) 

mètres  d'Allona ,  et  qu'on  fut  en  mesure  de  commen- 
cer rouYrage.  Pendant  le  cours  de  celle  année,  les 
lieutenants  de  génie  Vibe  et  Paludan,  et  le  lieutenant 
de  faisseau  Hagerup»  furent  envoyés  pour  explorer  les 
lieux,  le  premier  comme  trigonomèlre ,  et  les  deux 
autre  comme^shargés  des  détails.  On  mita  leur  disposi- 
tion trois  grands  bateaux  pontés ,  et ,  outre  les  instru- 
ments énumérésplushaut,  ils  furent  pourvus  d'un  com- 
pas azimutbal,  d'une  boussole  et  de  trois  pianchelles. 
Les  ^points  les  plus  septentrionaux  que  M.  Ditley 
Vibe  (i  )  avait  déterminés  en  1 786,  étaient  \eStorkorperen^ 

•  •  •  « 

rochersitué  sur  la  terre  d'Orland  {Orlandet)  etl'llede  Jul- 
tingen,  la  plus  méridionale  des  lies  Tarv  {Tarvoerne). 
La  distance  de  ces  deux  points  avait  été  trouvée  par  le 
anciens  triangles  de   sg,95g  aunes  (18798  mètres). 
Gomme  ces  points  sont  situés  à  peu  près  par  63''48'.de 
latitude  et  que  la  plus  septentrionale  des  anciennes  car- 
tes hydrographiques  ne  s'étend  que  jusqu*  à  63*  1 3^  on 
dut  établir  une  nouvelle  triangulation  vers  le  Nord  en 
partant  du  côté  Storkorpen-Jullingen  ;  ces  diverses  opé- 
rations occupèrent  une  grande  partie  de  l'été  de  1828. 
Pendant  le  cours  de  cette  année ,  le  réseau  de  triangles  fut 
étendu  juqu'à  Volfield,  près  de  l'entrée  du  golfe  de 
Namsen  {Namsenjjord),  situé  au  ôV  35'  de  latitude ,  et 
les  opérations  de  détails  se  poursuivirent  jusqu'à  la 
presqu'île  à^Oxbaasen ,  sur  les  confins  de  la  fogderie  de 
Nummedal,  sous  le  64°  96'.  L'année  suivante  (1829), 
la  triangulation  parvint  à  l'Ile  de  Hestmand  {Hestman- 
iâe),  dépendante  de  la  fogderie  de  Helgeland,  sous  le 
66*  Ss'»  et  les  opérations  de  détails  jusqu'aux  lies  Vigfen 
{Figien  âème),  situées  au  64*  55',   dans  la  fogderie.  de 
Nommedal. 

(1)  De  la  oiéme  famille  que  le  lieutenant  de  (jënie  du  même  nom. 
XVII.    MAI.  3.  «il 


(5i.  ) 

Comme  dans  celle  année  qui  vcnail  de  s'écouler  le 
réseau  de  Iriangles  s*élail  avancé  d'un  degré  el  demi 
plus  loin  que  le  travail  de  détails  •  les  trois  observa- 
teurs s'occupèrent,  pendant  l'été  de  i85o,  de  ces 
derniers  travaux,  qu'ils  poussèrent  jusqu'à  l'église  de 
Vig,  dépendante  de  la  fogderie  d'Helgeland  ,  et  située 
BU  65*  Se')'  de  latitude. 

A  celle  époque»  les  officiers  chargés  des  opéralioD» 
hydrographiques  ayant  reçu  l'ordre  de  diriger  l'éta- 
blissement de  quarantaine  formé  dansle  Bronâè'Sttnd  ^ 
ce  ne  fut  qu*au  commencement  de  juillet  i83i  qu'ils 
purent  reprendre  leurs  premiers  travaux  ;  aussi  n'y  eut** 
il  qu'un  pelil  nombre  de  triangles  qui  furent  déter- 
minés pendant  celle  année ,  où  on  établit  des  signaux 
jusqu'à  Gilleskaal,  fogderie  de  Sallen ,  sous  le  67*  de 
latitude;  les  opérations  de  détail  n'arrivèrent  que  jus^ 
qu'à  l'église  d' A Istadhoug,  fogderie  d'Helgeland.  par 
le  65-  55'. 

En  i833,  le  capitaine  du  génie  Broch  remplaça 
comme  trigonomètre  le  lieutenant  Vibe,  auquel  on  aivait 
confié  spécialement  la  construction  et  le  dessin  des 
cartes  hydrographiques  ainsi  que  la  rédaction  des  ins* 
Iructions  nautiques  qui  doivent  les  accompagner.  Le 
réseau  de  triangles  fut  étendu  jusqu'à  Voisnekkeo ,  <iaiis 
la  fogderie  de  Sallen  »  situé  au  68**  parallèle  »  et  les 
détails  se  poursuivirent  jusqu'à  Nœs6e ,  dans  la  fog* 
derie  d'Helgeland»  sous  le  GG^^Si'.  Ce  fut  pendant  le 
cours  de  celte  même*  année  que  M.  le  professeur  Han-* 
steen ,  directeur  de  l'observatoire  de  Christiania ,  qui 
avait  succédé  dans  la  direction  des  travaux  hydroigra- 
phiqucs  au  général  major  Aubert,  mort  en  ift3i  »  se 
rendit  à  Trondhiem.  Il  était  accompagné  du  iieuteoaAl 
dti  génie  Vibe.  et  il  devait  vérifier  par  ses  propres  ob- 


(  5«5  ) 

sei*vatioD«  faites  sur  plusieurs  stations  trigonométri- 
ques  voisines  de  l'ancienne  série  de  triangles,  Texac* 
titude  de  rasimuth  de  différents  côtés.  La  môme  an- 
née, le  lieutenant Vibe  commença,  d'après  les  instruc- 
tions de  M.  Hansteen ,  la  construction  de  la  première 
des  nouvelles  cartes  marines.  Elle  ne  fut  terminée  qu'en 
i855,  et  s*étend  de  Haltenôe  à  Lekôe,  ou  du  64*  8' au 
65°  de  latitude  nord.  Nous  avons  déjà  fait  oonnaitre  que 
les  matériaux  en  avaient  été  réunis  par  M.  Hagerup , 
lieutenant  de  marine,  par  Tingénieur  Paludan,  et  par 
M.  Vibe,  lui-même. 

En  i833,  d'autres  occupations  n'ayant  pas  permis 
aux  lieutenants  Hagerap  et  Paludan  de  continuer  le 
travail  de  détail,  les  lieutenants  Due,  du  corps  de 
la  marine,  etRynnîng,  de  l'armée  de  terre,  en  furent 
chargés  à  leur  place.  La  triangulation  fut  continuée  par 
le  capitaine  Broch  jusqu^à  Lôdingen,  sous  le  68'' 3o'  de 
latitude  ;  ce  même  o£5cier  fit  également  celle  de  la  plus 
grande  partie  des  tles  Lofoten.  Quant  aux  opérations 
de  détail ,  elles  furent  poussées  jusqu'à  Bodôe  »  chefr 
lieu  du  Nordiand ,  dont  la  latitude  est  de  6y^u\\  Les 
trigonomètres  ne  firent  rien  en  i834  ;  mais  pendant  le 
cours  de  cette  année  le  travail  de  détail  fut  amené  jus- 
qu'à Hamerâè,  dans  la  fogderie  de  Salten,  au  68^10'. 

On  savait  que  par  suite  de  l'imperfection  des  instru- 
ments dont  on  s'était  servi  pour  établir  l'ancienne  série 
de  triaogles,  il  existait  quelques  erreurs  dans  la  lati* 
iudei  et  la  longitude  de  Kongsvinger,  premier  point  de 
départ ,  ainsi  que  dans  l'asimuth  des  côtés  des  pre- 
miers triangles  ;  on  avait  enfin  reconnu  une  légère 
erreur  dans  quelques  angles.  Or  la  nouvelle  série  des 
triangles  étant  uniquement  basée  sur  l'ancienne»  dont 
elle  était  une  continuation ,  était  nécessairement  af- 


(  324  ) 

fectée  de  toutes  ces  inexactitudes.  Aussi  le  professeur 
llansteen  jugea-t-il  utile,  afin  de  rendre  toute  la  nou- 
velle série  de  triangles  indépendante  de  l'ancienne,  de 
lui  donner  immédiatement  une  autre  base  en  s'ap- 
puyant  sur  le  nouvel  observatoire  de  Christiania»  dont 
la  latitude  et  la  longitude  sont  déterminées  avec  une 
suffisante  exactitude.  Le  capitaine  Broch  reçut  à  cet 
elTet  l'ordre  de  porter  une  nouvelle  série  de  triangles 
de  l'observatoire  de  Christiania  à  l'église  cathédrale  de 
Trondhiem»  et  de  lier  ensuite  celte  chaîne  avec  le 
travail  fait  en  1828  par  le  lieutenant  Yibe.  Cette  lon- 
gue opération  fut  heureusement  terminée  dans  un 
seul  élét  à  quelques  triangles  près  qu'on  y  ajouta 
en  1837. 

A  son  retour  d'un  voyage  qu'il  avait  fait  au  Brésil  et 
dans  la  Méditerranée,  le  lieutenant  Hagerup  reprit ,  en 
1 835, ses  travaux  trigonomé triques,  et  porta  le  réseau 
de  triangles  jusqu'à  Senien ,  au  69*  10'  de  latitude ,  et 
le»  fficiers  chargés  des  détails  complétèrent  la  plus 
grande  partie  des  lies  Lofoten  et  Vesteraalen.  Dans  le 
moment  où  le  temps  était  le  plus  favorable  pour  le 
travail ,  les  trois  opérateurs  durent  se  rendre  sur  dif- 
férents points  de  la  côte  du  Nordland  pour  y  faire* 
(1  après  le  désir  témoigné  par  l'amirauté  anglaise ,  des 
observations  sur  les  marées*  Le  capitaine  Broch  lia 
la  série  de  triangles  avec  Kongsvinger  pour  contrôler 
l'ancien  travail,  et  mesura  pendant  l'hiver  une  base 
sur  la  glace  dans  le  golfe  de  Christiania.  £n  1 836,  le 
réseau  de  triangles  fut  étendu  jusqu'à  Loppen  dans  le 
Finraark»  sousle  70''95'  de  latitude,  et  les  opérations 
de  deiail  se  terminèrent  à  jindâè»  lie  située  au  69*  1 1'. 
Ce  fut  cette  même  année  que  parut  la  seconde  carie 
hydrographique    construite   et   dessinée  comme  la 


(  395  ) 

première  par  lelieutonantVibe,  et  dont  les  malériaiix 
afaicnt  été  préparés  par  les  mêmes  officiers  ;  elle  avait 
été  terminée  en  i835,  dont  elle  porte  la  date,  et  s'étend 
de  Lekôè  à  Donnœsôè,  ou  du  65'*  6'  au  66^  5'  de  latitude. 
La  triangulation  se  termina  en  1857  h  Nordkyn,  dans  le 
Finmark,  sous  le  71"*  10'  de  latitude;  et  les  travaux  de 
détails  s'étendirent  au  nord  de  Tromsôe,  mais  ne  dé- 
passèrent  pas  le  70*.  Une  troisième  carte  ayant  pour 
extrêmes  limites,  d'un  côté  Donnœsoe,  et  de  l'autre 
Fleina  etSandhornet,  c'est-à-dire  le  66*  4'  et  le67»7', 
et  construite  également  par  H;  Vibe,  fut  publiée  dans 
le  cours  de  ladite  atmée. 

Deux  autres  cartes  ont  été  publiées  depuis,  l'une 
en  i83g  renfermant  l'espace  qui  s'étend  de  Fleina  et 
Sandhornet  à  Tranôe ,  ou  du  67*  5'  au  68*  1  a\  et  com- 
prenant la  partie  méridionale  des  Dos  Lofoten  jusqu'à 
Vaagekallen  et  Skraaven;  et  l'autre,  qui  a  été  termi'* 
née  à  la  fin  de  1841 9  s'étend  du  68^*9'  au  69**  16'»  et 
renferme  le  reste  des  lies  Lofoten  et  les  Vesteraalen  » 
avec  la  portion  du  continent  située  à  l'est.  Pour  con- 
struire ces  deux  dernières  cartes,  M.  le  lieutenant  Vibe 
a  fait  usage  des  matériaux  dus  aux  travaux  du  capitaine 
du  génie  Broch,  du  lieutenant  de  vaisseau  Due,  et  du 
lieutenant  d'infanterie  Rynning. 

Ces  cinq  cartes  sont  accompagnées  d'instructions 
nautiques  rédigées  par  M.  le  professeur  Hansteen,  et 
de  plusieurs  vues  des  côtes,  qui  offrent  des  points 
remarquables  utiles  à  connaître  des  navigateurs. 

Il  est  probable  que  quatre  cartes  devront  encore  être 
dressées  avant  de  parvenir  à  la  frontière  russe;  la  des- 
cription des  côtes  de  Norvège  sera  alors  complètement 
terminée.  Selon  des  calculs  nécessairement  approxi- 
matifs ,  la  première  de  ces  dernières  cartes  compren* 


(  3âG  ) 

(Ira  rile  de  Trotns  {Tromsât) ,  les  golfes  de  Lyogen 
{Lj-ngenfjord),  d'Ulv  [Uhjjortl)  et  de  Kaa  (ATo/i/^a/v/j, 
Quœnangen,  Alten-Talvig ,  avec  les  iles  qui  bordent 
la  cote. 

On  trouvera  dans  la  seconde,  Hammerfest»  l'Ile  de 
Sor  {Sorôè)  et  Seihind ,  avec  les  îlots  et  rochers  envi- 
ronnants. 

La  troisième  contiendra  les  caps  Nord  et^ordkyn  » 
les  golfes  de  Porsanger  [Porsangerfjord)^  de  Laxa 
{Laxejjord)  et  de  Tana  {Tanajjord),  avec  les  Ilots  et  ro- 
chers qui  en  dépendent;  et  la  quatrième  et  dernière 
enfin  donnera  Vardôe  »  Vadspe ,  le  golfe  de  Varanger 
{Varangerfjord)^  ainsi  que  le  reste  de  la  côte  orientale, 
et  probablement  aussi  quelques  portions  du  territoire 
russe  placé  sur  la  limite  frontière. 

A  partir  de  Nordkyn ,  promontoire  à  Test  du  cap 
Nord»  et  le  plus  septentrional  du  continent  de  TEu- 
rope(7i^  jo'),  la  côte  de  Norvège  n'offre  pas  d*lles  sur 
lesquelles  on  puisse  trouver  des  points  de  triangula- 
tion; elle  manque  en  même  temps  de  ports  où  il  soit 
possible  de  mettre  à  l'abri  le  bateau  du  trigonomètre 
pendant  qu'il  se  livre  à  ses  travaux;  le  pays  enfin,  à 
cette  haute  latitude,  n'offre  aucune  espèce  de  ressource 
quelconque;  il  est  tout  à-fait  inhabité,  et  on  peut  dire 
sans  exagération  qu'il  est  inhabitable.  Les  difficultés 
résultant  de  cet  état  des  choses  ayant  paru  insurmon- 
tables, on  renonça  au  projet  qui  avait  été  d'abord 
formé  de  continuer  le  réseau  de  triangles  plus  à  l'est, 
en  prolongeant  la  côte.  On  désirait  cependant  remplir 
la  lacune  qui  existait  entre  le  Nordkyn  et  la  frontière 
russe,  lacune  que  tous  les  efforts  de  courage ,  de  pa- 
tience et  de  talent  des  officiers  norvégiens  n'avaient  pu 
remplir  directement.  On  dut  donc  chercher  à  attein- 


(5«7) 

dre  le  même  but  par  un  moyen  indirect.  Le  lieutenant 
des  ingénieurs  Hagerup  reçut  l'ordre  de  mener  une 
suite  de  triangles  jusqu'au  fond  des  golfes  de  Tana  el 
de  Varanger,  et  de  pousser  son  travail  jusqu*au  point 
extrême  ^ui  touche  à  la  Laponie  russe,  en  liant  son 
réseau  avec  Vardôe  et  Vadsôe,  dont  la  latitude  et  la 
longitude  ont  été  déterminées  en  176g  par  le  père 
Hell,  jésuite  et  astronome  autrichien  qui  s'était  rendu 
dans  le  Pinmark  pour  y  observer  le  passage  de  Vénus 
sur  le  disque  du  soleil.  Ces  travaux ,  dont  une  partie  a 
été  effectuée  en  i85g»  sont  aujourd'hui  terminés»  et 
|oot  fait  espérer  qu'avant  peu  d'années  on  possédera 
une  collection  complète  de  bonnes  cartes  des  câtes  de 
Norvège  (1). 

(1)  Cest  an  phénomène  curieui  que  nous  croyons  devoir  signaler , 
^o'oo  ne  rencontre  jamais  de  glaces  sur  les  cotes  septentrionales  et 
occidentales  de  la  Norvè{;e,  dont  les  poits  sont  ouverts  toute  Tannée  , 
même  pendant  les  hivers  les  plus  rudes,  tandis  que  le  pays  est  cou- 
vert de  glace  et  déneige.  Ce  n'est  que  dans  des  cas  eitraordinaires  ,  et 
que  Ton  considère  comme  des  prodiges,  que  dans  Tespace  de  quelques 
sièclei  on  a  tu  ces  ports  pris  par  les  glaces.  On  m*a  assuré  à  Trondhiem 
qu*on  n'avait  jamais  entendu  dire  que  le  golfîe  de  ce  nom,  et  même,  ce 
qui  paraîtra  plus  extraordinaire,  la  rivière  Nid  qui  s*y  jette  ,  eussent 
été  pris  par  les  glaces,  tandis  que  le  golfe  de  Christiania  Test  tous  les 
ans.  En  1887,  j*y  ait  fait  pendant   plus  de  quatre  mois  consécutifs, 
des  courses  de  plusieurs  milles  en  traîneau,  et  j*ai  vu  scier  la  glace 
depuis  Cbri^ttiania  jasffo'à  Drobak ,  poar  que  les  navires  retenus  dans 
ie  premier  de  ces  ports  puuent  sortir  du  golle,  et  gagner  la  mer  alors 
entièrement  libre  et  navigable.  M.  de  Lovenôrn  pense  qu'il  faudrait  un 
traité  fort  étendu  pour  expliquer  les  raisons  de  cette  espèce  de  phé- 
nomène. En  outre  on  ne  rencontre  jamais  de  glaces  flotanttes  dans  la 
haote  mer;  mais  en  hiver  les  tempêtes  y  sont  fréquentes,  la  mer  ora- 
geuse, les  nuits  longues ,  et  le  peu  àt  jour  qu'on  a  n'est  guère  qu'une 
erépoaculc.  En  cette  saison  lecielest  généralement  couvert  et  chargé 
^t  nuages. 


(  328  ) 

Ce  grand  travail  terminé,  et  même  auparavant,  le 
gouvernement  norvégien  aura  à  en  entreprendre  un 
autre  d'une  très  haute  importance  pour  la  navigation 
des  côtes  de  Norvège. 

On  présume ,  d'après  différents  renseignements  qui 
ont  été  recueillis;  que  le  long  de  ces  côtes,  à  partir  et 
même  un  peu  au-delà  du  cap  Lindesnses  jusqu'à  Var- 
dôebuus,  et  peut-être  même  encore  plus  loin,  s'étend 
une  série  de  bancs  de  sable  qu'on  croit  contigus,  quoi- 
qu'ils paraissent  être  interrompus  par  plusieurs  pro- 
fondeurs considérables,  portant  différents  noms;  sui- 
vant les  différents  points  qu'ils  occupent,  mais  connus 
généralement  sous  la  dénomination  de  Havbrœn^  mot 
qui  signifie  littéralement  le  pont  de  la  mer.  Près  des 
côtes  des  îles  Lofoten  et  Vesteraalen ,  ce  banc  se  rap- 
proche de  la  terre  à  la  distance  de  a  à  3  milles  *  près 
du  district  de  Sondmôr  et  autre»  points  de  la  côte  occi- 
dentale, il  en  est  éloigné  de  lo  à  i s  milles  (i}>  etmème 
plus.  Sa  profondeur  varie  de  3o  à  4o  et  jusqu'à  80  et 
même  100  brasses  (Favn)  (a),  et  la  quahté  du  fonds  est 
aussi  variable  que  la  profondeur,  quoique  cependant 
ia  majeure  partie  se  compose  de  sable  et  de  coquilla- 
ges. On  a  proposé  y  pour  déterminer  la  situation  exacte, 
les  diverses  profondeurs  et  la  qualité  du  fonds  de  ce 
banc,  dont  il  est  facile  de  concevoir  que  la  connais- 
sance est  d'une  extrême  importance  pour  les  naviga- 
teurs qui  fréquentent  ces  parages,  d'armer  un  .grand 
navire  qui  emploierait  deux  étés  à  le  visiter  soigneuse- 
ment. On  en  dresserait  ensuite  la  carte»  et  oa  aurait 

(1)  Le  mille  de  INorvèçe  s»  1 1  agS  kilom. 

(a)  Le  favn  ou  brasse  de  Norvège  se  divise  en  3  aln  (  aunes  )  o» 
6  pieds  ,  et  égale  i  ,88a4  mètre. 


(5«9  ) 
soÎD.  lorsque  les  caries  hydrographiques  du  Nordland 
et  du  Finmark  seraient  terminées ,  de  porter  la  position 
de  ce  banc  sur  ces  cartes.  Il  est  probable  que  ce  tra- 
vail •  déjà  approuvé  par  le  gouvernement  norvégien  , 
sera  adopté  par  le  Storthing»  s*il  ne  Test  déjà^et  qu'il 
ne  tardera  pas  à  être  exécuté. 


NovvBLLK  Note  de  M.  de  la  Roquelte   sur  la  SocUté 

lies  antiquaires  du  Nord, 


Dans  la  réunion  IrimeslncUe  du  s8  avril  184^ ,  M.  le 
professeur  Rafn  »  secrétaire  de  la  Société  des  antiquaires 
du  Nord ,  a  entretenu  ce  corps  savant  d'un  mémoire 
transrois  par  le  célèbre  naluralisle  et  voyageur  Henri 
R.  Schoolcraft ,  membre  de  la  Société  et  agent  indien 
des  États-Unis  dans  le  Micliiliimackinack.  Ce  mémoire 
est  relatifà  la  découverte  faite  récemment  dans  la  vallée 
du  Mississipi  d'une  pierre  de  graaifakke ,  plate  et  char- 
gée d'inscriptions,  trouvée  en  creusant  une  grande  et 
ancienne  tombelle.  Un  dessin,  représentant  la  pierre 
et  les  vingt-quatre  caractères  qui  y  sont  tracés  entre 
des  lignes   parallèles,    est   joint   à   l^envoi  fait   par 
M.  Schoolcraft.    On    croit  que  cette  pierre ,  placée 
dans  la  tombe  à  côté  d'un  squelette  et  de  plusieurs 
morceaux  d'antiquité ,  était  une  amulette  ou  un  sou- 
venir généalogique.  M.  Rafn ,  après  avoir  examiné  avec 
attention  les  caractères  qui  forment  l'inscription,  et  les 
.   avoir  comparés  avec  ceux  qu'on  employait  jadis  en 
Europe ,  et  parmi  lesquels  il  comprend  l'ancien  gal- 
lois» l'anglo'Saxon ,  l'ancienne  langue  du  Nord,  etc.. 


(  33o  ) 

s*est  cru  fondé  à  conclure  que  Tinscriplion  esl  due  à 
des  Européens  qui  se  seraient  élablis  dans  ces  conlrées 
avant  le  x*  siècle.  Ces  Européens  pouvaient  bien  pro- 
venir ,  suivant  le  docte  professeur ,  de  la  presqu'île  py- 
rénéenne ,  ou  de  rirlando  ,  dont  les  habitants»  suivant 
les  relations  des  saga ,  ont  fixé  vers  cette  époque  leur 
domicile  en  Amérique.  En  accusant  réception  à  M.  Rafn 
de  son  intéressante  communication ,  je  Tai  prié  de  me 
transmettre  un  fac  slmile  des  vingt-quatre  caractères 
tracés  fur  la  pierre ,  d'entrer  dans  quelques  détails  sur 
les  motifs  qui  ont  déterminé  son  opinion  ,  et  de  m'en- 
voyer  en  même  temps  le  texte  des  saga  auxquels  il  fait 
allusion. 

Dans  cette  même  séance  »  S.  A.  R.  le  prince  royal 
de  Danemark,  président  de  la  Société»  a  annoncé  qu'il 
avait  fait  faire  sous  ses  propres  yeux  des  fouilles  près  de 
Buddinge»  dans  l'Ile  deSélande.  Quelques  unes  des  tom- 
belles  qui  ont  été  creusées  avaient  sans  doute  été  déjft 
explorées,  car  on  n'a  rien  trouvé  dans  les  caisses  en 
pierre  qu'elles  contenaient.  En  poursuivant  les  recher- 
ches, on  a  été  plus  heureux»  et  parmi  plusieurs  objets, 
en  bronze  plus  ou  moins  bien  conservés»  on  a  décou- 
vert un  magnifique  bouclier  chargé  d'ornements  en 
spirale  9  etc. 

La  Commission  d'antiquités  a  présenté  à  la  Société 
plusieurs  objets  curieux  offerts  pendant  le  trimestre  , 
et  M.  Thomsen  a  cru  devoir  fixer  plus  spécialement 
l'attention  sur  une  ceinture  en  brome»  dontM.Reutxe, 
devienne,  a  fait  hommage.  Elle  a  été  trouvée  auprès 
d'Arles,  en  France  »  et  se  compose  de  plaques  minces 
unies  ensemble  par  des  anneaux,  et  enrichies  d'or- 
nements. 

M.  Finn  Magnussen  a  fait  un  rapport  sur  deuik  hrès 


(  35i  ) 

anciens  poèmes  allemands»  écrits  sur  des  feuilles  de 
parchemin ,  découverts  à  Hersebourg  par  un  savant 
danois,  M.  Georges  Waitz  »  qui  en  a  envoyé  de%/ac  si- 
mite  avec  des  éclaircissements  de  M.  Jacob  Grimm.  Ces 
deux  poèmes,  qui  paraissent  ofTri  rie  plus  haut  intérêt 
au  savant  irlandais,  traitent  des  anciennes  divinités  de 
la  Germanie ,  et  ont  été  vraisemblablement  composés 
en  Thuringe  dans  le  temps  du  paganisme.  Autant  qu'on 
peut  en  juger  par  les  morceaux  communiqués,  ils  sont 
écrits  en  langue  allemande.  Le  premier  de  ces  poèmes 
a  été  composé  à  l'occasion  d'un  mariage;  le  second 
est  un  véritable  Formulaire  de  conjuration  ou  d'exor- 
cisme paien  pour  guérir  un  cheval  malade  ou  blessé. 
Les  noms  de  plusieurs  des  divinités  qui  y  sont  désignées 
correspondent  à  ceux  des  divinités  connues  des  Scan- 
dinaves. Ainsi,  on  y  lit  fréquemment  les  noms  de  ff^o- 
tien,  BaldeTf  Sunna,  Fnia,  FoUa^  Sinthgunth,  écrits 
presque  de  la  même  manière  dans  les  royaumes  du 
Nord.  La  comparaison  de  ce  formulaire  de  conjurations 
avec  celai  qui  était  adopté  en  Scandinavie  fournit  une 
noQvelIe  preuve  de  l'extraordinaire  extension  des  my- 
thes Scandinaves,  et  de  l'extrême  importance  des  Edda. 

Au  nombre  des  nouveaux  membres  qne  la  Société 
des  antiquaires  du  Nord  a  admis  dans  son  sein  ,  nous 
citerons  : 

S.  A.  R.  le  prince  régnant  de  Lucques ,  Charles  de 
Bourbon,  infant  d'Espagne,  et  dom  Aureliano  de 
Souza  e  Olivcira  Goulinlio  de  Rio- Janeiro. 


{  33a  ) 

Géographie  prototype  de  la  France, 
par  Denaix  (i). 

Avec  cette  épigraphe  : 

L'élude  rationnelle  d'un  pnys  est  la 
clef  des  configurations  du  globe  :  par* 
lout  les  formes  des  superficies  terres- 
tres se  présentent  dans  le  même  ordre 
et  avec  les  mêmes  analogies. 


Depuis  long-temps  la  division  du  globe  en  bassins 
de  rivières  est  regardée  comme  la  plus  rationnelle  et 
la  plus  propre  à  faciliter  l'étude  de  la  géographie  et  la 
connaissance  de  la  configuration  des  terrains.  Au 
moyen  de  celle  division  ,  la  description  d'une  contrée 
devient  claire  et  se  retient  aisément  Toutefois»  pour 
tirer  de  celte  idée  première  tous  les  avantages  qu'elle 
promet,  il  était  nécessaire  de  poser  quelques  princi- 
pes, d'établir  quelques  défini tions«  et  de  les  appliquer 
à  un  exemple.  Tel  est  le  but  du  nouvel  ouvrage  de 
M.  Denaix»  dont  les  eiforts  soutenus  pour  le  perfec- 
tionnement de  la  géographie  méritent  d'être  honora- 
blement cités.  La  manière  de  traiter  la  géographie  qui 

(i)  Géographie  prototype  de  la  France,  contenant  des  éléments 
d'analyse  naturelle  applicables  à  tous  les  États;  ouvrage  dédié  au  duc 
d*Aumale,  par  Denaix,  ancien  élève  de  TËcole  polytechnique,  et 
lieutenant-colonel  d'état-major  y  chef  d*administration  au  Dépôt  gé- 
néral de  la  guerre.  Un  volume  in-8"  de  aao  pages  et  une  carte  im- 
primée en  deux  couleurs.  Paris,  Imprimerie  royale,  i84t  ;  chez 
Tautenr,  rue  d*Assas,  5;  Gh.  Picquet,  géographe  du  roi,  quai 
Conti,  17;  Dumoulin,  libraire,  quai  des  Augustins ,  i3.  Prix,  7  fr. 
5o  cent. 


(  355  ) 

a  été  adoptée  par  ce^saFaot^  requiert  sans  doute  une 
certaine  application  d'esprit  pour  être  comprise  ;  mais 
quelle  est  Tétude  utile^  qui  n'en  exige  point  ?  L'expé- 
rience ne  nous  apprend -elle  pas  que  l'on  n'acquiert 
point  de  véritables  connaissances  sans  travail? 

La  géographie  prototype  de  la  France  est  divisée  en 
cinq  sections ,  et  terminée  par  un  appendice. 

La  première  section  a  pour  titre  :  Exposé  sommaire 
des  lois  hjrdrogéiques»  Après  avoir  défini  un  bassin ,  une 
portion  de  la  surface  du  globe  dont  les  eaux  pluviales 
et  fluviales  se  rendent  dans  le  même  réservoir ,  Tau- 
leur  considère  successivement  les  bassins  dont  le  ré* 
servoir  est  intérieur;  les  bassins  dont  les  réservoirs  sont 
des  golfes  ou  des  méditerranées;  le  bassin  de  l'Océan  ; 
enfin  les  bassins  des  eaux  courantes.  Uneloibydrogéi- 
qoe  qui  est  commune  à  tous  les  bassins ,  c'est  que  leur 
grandeur  varie  comme  celle  des  réservoirs  qu'ils  ali- 
mentent. Les  bords  ou  sommets  des  bassins  dont  le 
réservoir  est  intérieur  sont  continus  et  présentent  une 
courbe  fermée.  Les  crêtes  des  bassins  dont  les  réser- 
voirs sont  des  golfes  ou  des  méditerranées  ont  une  so- 
lution de  continuité  aux  détroits  »  par  lesquels  ces  mers 
et  ces  golfes  communiquent  avec  l'Océan  ou  avec  la 
mer  principale. 

Les  crêtes  du  bassin  de  l'Océan  sont  déterminée^  par 
les  sommets  et  les  cols  des  chaînes  de  montagnes  et  des 
dos  de  pays  qui  partagent  les  eaux  pluviales  et  fluviales» 
entre  l'Océan  et  les  mers  méditerranées  ou  intérieures. 
L'auteur  désigne  par  le  nom  de  dorsale  la  grande  chaîne 
longitudinale  qui  opère  ce  partage  en  Europe  ;  il  ap- 
pelle costales  les  longs  contre-forts  qui  en  partent,  et 
sous'costales  les  branches  que  ceux-ci  projettent»  Il  en 
fait  une  description  qui  ne  laisse  rien  à  désirer. 


(  354  ) 

Passant  aux  fleuves,  M.  Denaix  fait  remarquer  que 
la  crête  de  leurs  bassins,  après  avoir  embrassé  dans 
son  circuit  un  pays  immense,  s£  rapproche  et  ne  laisse 
vers  leur  embouchure  qu'une  solution  de  continuité 
d*une  largeur  souvent  si  peu  considérable,  qu'on  pour* 
rait  la  regarder  comme  le  détroit  d'un  golfe  terrestre 
limité  par  les  sommités  du  bassin.  C'est  ainsi ,  dit-Il  • 
que  la  crête  du  bassin  de  la  Seine,  après  s'être  écartée 
au  midi  jusqu'aux  sources  de  l'Yonne,  au  nord  jus- 
qu'à celles  de  l'Oise,  se  rapproche  au  dessus  du  Havre 
et  de  Honfleur,  et  ne  laisse  plus  au  bassin  qu'un  dé- 
bouché de  1 5  kilomètres. 

De  cette  loi  générale ,  et  de  l'intervalle  qui  se  trouve 
entre  les  embouchures  des  grands  fleuves,  le  colonel 
Denaix  dérive  cette  autre  loi  :  le  contre-fort  qui  sépare 
les  bassins  de  deux  fleuves  ne  forme  d'abord ,  entre  les 
sources  des  affluents  opposés  qui  les  alimentent,  qu'une 
simple  crête  ou  une  croupe  de  peu  de  largeur;  mais  à 
un  certain  point,  cette  croupe  se  bifurque ,  et  finit  par 
renfermer,  entre  ses  branches  de  prolongement,  une 
espèce  de  golfe  terrestre  occupant  tout  le  triangle  com- 
pris entre  le  point  de  bifurcation  et  les  embouchures 
des  deux  fleuves.  Dans  ce  triangle ,  les  côtés  bifurques 
projettent  les  branches  que  l'auteur  appelle  sous-cos- 
tales ou  sous-contre  forts  du  premier,  du  deuxième,  du 
troisième  ordre ,  selon  qu'ils  sont  des  ramifications 
premières,  secondes  ou  troisièmes,  du  contre-fort  prin- 
cipal. 

Pour  achever  de  faire  connaître  le  système  de  l'au- 
teur, nous  citerons  quelques  unes  des  définitions  qu'il 
emploie,  et  qu'il  nous  parait  utile  d'admettre  dans  la 
géographie  pour  pouvoir  l'étudier  avec  fruit.  Le  co- 
lonel Denaix  appelle  fleuve  dorsal ,  tout  fleuve  dont  le 


(  335  ) 

baasÎQ  est  limité  au  fond  par  les  crêtes  de  la  chaîne 
principale,  et  sur  les  côtés  par  celles  de  deux  contre- 
forts fluviatiles  ;  et  fleuve  cojto/,  tout  fleuTe  dont  le  bassin 
est  limité  au  fond  par  la  crête  d*un  contre-fort  partant 
de  la  dorsale.  Il  fait  entre  les  fleuves  costaux  une  dis- 
tinction ingénieuse  qui  nous  parait  fondée  :  il  appelle 
appendicidcUre  QUÛevLve^  par  exemple»  tel  que  la  Somme» 
qui  commence  entre  deux  dorsaux  contigus  (  la  Seine 
et  la  Meuse)  ,  mais  tiibutaire  de  deux  bassins  mari- 
times différents  (  le  canal  de  la  Manche  et  la  mer  du 
Nord.  )  L'Escaut  est  également  un  fleuve  costal  appen- 
dicnlaire.  La  Charente  est  un  fleuve  costal  sttbintrant^ 
parce  qu'elle  naît  et  se  développe  dans  le  triangle  com- 
pris entre  deux  fleuves  dorsaux  contigus  qui  appar- 
tiennent à  un  mènae  bassin  maritime,  savoir  :  la  Loire 
et  la  Garonne.  Un  fleuve  costal»  tel  que  la  Seudre» 
par  exemple ,  est  dit  axUlaire ,  lorsqu'il  a  son  cours 
dans  le  triangle  compris  entre  un  fleuve  dorsal  et  un 
fleuve  costal  subintrant  supérieur  (la  Gironde  et  la 
Charente  dans  l'exemple  cité). 

Les  désignations  précédenles  étant  applicables  aux 
rivières  donnent  à  la  méthode  de  l'auteur  une  grande 
généralité.  Ainsi  rill,  qui  coule  en  Alsace,  est  une  ri- 
vière dorsale,  parce  qu'elle  naît  dans  l'ensellement  com- 
mun aux  deux  chaînes  du  Jura  et  des  Vosges,  qui  est 
le  col  deValdicu.  La  Nièvre,  l'Arronx,  l'Allier,  sont  des 
rivières  dorsales.  L'Andelle,  l'Epte  et  l'Oise ,  affljuents 
directs  de  la  Seine ,  et  qui  ont  leurs  sources  près  des 
crêtes  d'enceinte  du  bassin  de  ce  fleuve ,  sont  ce  que 
l'auteur  appelle  des  rivières  faîtières ,  tandis  que  la 
Marne  et  l'Aube,  autres  afllucnts  de  la  Seine ,  sont  des 
rivières  dorsales. 

La  d(!uxième  seclion  contient  l'application  des  prin- 


(  556  ) 

cipes  que  nous  venons  d'exposer,  à  une  classification 
des  fleuves  et  des  principales  rivières  de  la  France.  La 
troisième  est  une  revue  analytique  des  fleuves  et  des 
rivières  dont  les  noms  servent  ou  peuvent  servir  à  dé- 
terminer la  situation  physique  des  déparlements.  La 
quatrième  traite  de  la  situation  respective  des  départe- 
ments relativement  aux  lignes  d'enceinte  et  aux  lignes 
de  partage  ou  de  réunion  des  eaux ,  qui  déterminent  la 
configuration  générale  de  la  France.  L'auteur  a  joint  a 
cette  section  un  classement  des  départements,  établi 
suivant  l'ordre  de  leur  situation  physique  relative  •  et 
d'après  le  rang  qu'ils  tiennent  eu  égard  à  leur  étendue, 
à  leur  population  et  à  leur  revenu  territorial.  Enfin  la 
cinquième  section  considère  les  chaînes  de  montagnes, 
les  montagnes  et  les  lignes  de  faite  dans  leurs  relations 
réciproques,  et  dans  leurs  rapports  avec  la  distribution 
des  eaux.  Elle  complète  l'ouvrage. 

L'appendice  renferme  deux  tables  alphabétiques 
raisonnées..  Tune,  des  chaînes  et  chaînons  de  monta- 
gnes ;  l'autre ,  des  principaux  canaux  exécutés  ou  en 
cours  d'exécution. 

Enfin ,  la  carte  qui  est  jointe  à  l'ouvrage  représente 
clairement,  par  des  procédés  nouveaux,  toutes  les  divi- 
sions naturelles  et  administratives  de  la  France  qui  ont 
été  envisagées  par  l'auteur,  et  elle  donne  pour  chaque 
département,  en  quatre  colonnes  disposées  sur  les 
côtés,  sa  superficie,  sa  population,  ses  revenus  territo- 
riaux et  ses  impôts  directs. 

A. 


(357  ) 

ExpÉDiTioM  par  terre  de  la  baie  Denon   {\)  au  poit 
du  Roi  George  y  par  M.  Eyrb. 


C'est  certainement  un  spectacle  digne  d'observation 
que  de  ?oir  le  vaste  continent  de  la  Nouvelle-HoUaodev 
dont  les  côtes  étaient  à  peine  connues  il  y  a  cinquante 
ans,   se  couvrir  d'une  population  étrangère  qui   en- 
vahit incessamment  tous  les  points.  Indépendamment 
de  l«'i  côte  orientale,  où  croit  et  se  foripe  un  nouvel 
État»   et  peut-être  bientôt  un  nouveau  peuple,  des 
postes  sont  établis  sur  presque  tout  le  contour  des 
côtes  septentrionales ,   occidentales  et  méridionales. 
Déjà  des  tentatives  ont  été  faites  avec  plus  ou  moins  de 
succès  pour  aller  d'une  de  ces  positions  à  l'autre  en 
suivant  la  côte.  La  relation  récemment  publiée  des  ex- 
péditions du  capitaine  Grey,  d'abord  dans  la  partie 
nord-ouest ,  el  ensuite  sur  la  côte  occidentale  depuis 
la  baie  des  Chiens-Marins  jusqu'à  la  rivière  des  Cygnes, 
a  fait  connaître  les  di£Bcutés  que  présente  cette  partie 
de  la  Nouvelle-Hollande  à  cause  du  manque  d'eau.  On 
a  pu  7  voir  aussi  que  dans  les  environs  des  établisse^ 
ments  anglais  les  relations  avec  les  naturels  commen- 
cent à  s'établir  sur  un  pied  assez  amical.  L'analyse 
suivante  d'une  expédition  par  terre  le  long  de  la  côte 
méridionale  de  ce  continent  nous  a  paru  mériter  l'at- 
tention des  personnes  qui  sont  curieuses  de  suivre  les 

(i)  La  baie  Deooo,  de  Baudin  (  baieFowler  de  Flinden)  e»t  à  I  e»t 
do  cap  Mansard,  sitaë  sur  la  côte  de  la  NoaTelle-Hollaode  par 
33*  9'  de  lat.  S.  et  i3o''  f  de  long.  E. 

xyn.  MAI.  4*  >s 


3S8  ) 

progrès  des  établissements  anglais  dans  ces  pays.  EU* 
est  extraite  de  la  Literary  Gazette  du  19  février  i%l^%, 

P.  D. 


ExPBDiTiON  par  tetre  de  la  baie  Denon  ou  de  Fotv/er  au 
port  du  Roi  George^  par  M.  Eyrb. 

M.  Eyre  partit  de  Fowler's  Bay  le  si  février  184 1.  ac- 
com  pagn  é  d'un  inspecteu  r  et  de  trois  naturels;  ils  avaient 
des  provisions  pour  neuf  semaines  et  dix  chevaux.  Lors- 
qu'ils entrèrent  sur  le  territoire  de  l'Australie  occiden- 
tale» ils  trouvèrent  que  le  pays  qui  entoure  la  grande 
baie  australienne  (1)  sur  une  étendue  de  plus  de  5oo 
milles  consiste  entièrement  en  une  formation  fossile» 
dont  l'élévation  au-dessus  du  niveau  de  la  mer  varie  de 
s  00  à  3oo  pieds  (60  h  90  mètres) ,  et  qui  forme  une  espèce 
de  plateau  sans  arbres ^  sans  gazon,  et  couvert  dans 
beaucoup  d'endroits  de  broussailles  impénétrables.  On 
n'y  trouve  absolument  aucune  trace  d'eau  douce,  et 
ce  n'était  qu'en  creusant  dans  le  sable  auprès  de  la 
mer,  dans  les  points  où  le  grand  banc  fossile  n'allait 
pas  jusqu'à  la  côte,  que  l'on  pouvait  s'en  procurer  un 
peu  ;  encore  futon  obligé  de  parcourir  des  espaces  de 
1 5o  à  1 60  milles  sans  pouvoir  en  trouver  une  goutte  : 
aussi  on  se  trouva  deux  fois  pendant  sept  jours  sans  eau 
et  presque  sans  nourriture.  Ces  dures  privations  por* 
tèrent  deux  des  naturels  à  piller,  en  l'absence  de  M.  Eyre^ 
les  provisions  qui  restaient  :  ils  tuèrent  aussi  le  surveil- 
lant,  et  disparurent.  Éloigné  de  Powler's  Bay  de  4^0 

(1^  Ce  que  Tautenr  appelle  la  grande  baie  atutraiienne  est  ce  Taste 
cnfoDcemenl  que  forme  la  cète  méridionale  de  la  NonTelle-Hollaode 
•mre  la  preaqaUe  qui  borne  à  1*0.  le  golfe  Spencer  et  l'archipel  delà 
Recherche. 


(  559) 
milles,  et  d'environ  600  du  port  du  Roi  George.  M.Ejre 
préféra  continuer  sa  route  avec  le  seul  naturel  qui  lui 
fût  resté  fidèle ,  et  n'ayant  plus  que  quelques  chevaux 
trop  faibles  même  pour  les  porter.  Un  peu  à  TE.  delc^ 
pointe  Malcoixn,  il  rencontra  pour  la  première  fois  un 
fort  étroit  espace  de  terre  couvert  d'herbes;  mais  ce  ne 
fut  qu'après  avoir  dépassé  le  cap  Aride  qu'il  trouva  ^n 
petit  lac  d'eau  douce.  Le  pays  consistait  alors  en  dunes 
de  sable  couvertes  de  buissons;  le  terrain  était  oolithi- 
que,  avec  quelques  pointes  de  granit 

M.  Eyre  traversa  quelques  criques  qui  lui  parurent 
devoir  communiquer  avec  la  mer,  et  pouvoir  offrir  un 
abri  à  des  embarcations. 

Derrière  Lucky-Bay  et  les  lagunes  qui  sont  à  l'O.  de 
la  baie  de  l'Espérance ,  on  rencontra  un  terrain  assez 
fertile;  l'eau  était  abondante,  mais  le  bois  manquait. 

A  environ  1 6  milles  au  N.-E.  du  cap  Riche ,  on  ren- 
contra une  rivière  considérable  dont  l'eau  était  salée 
et  qui  venait  du  O.-N.-O.  Elle  paraissait  tombeir  à  la 
mer  en  un  point  où  Flinders  a  marqué  t  une  baie  de 
sable  imparfaitement  vue;  >  le  pays  dans  les  environs 
de  cette  rivière  paraissait  meilleur,  et  on  aurait  sans 
doute  pu  y  trouver  de  bons  pâturages  pour  des  mou- 
tons ou  du  bétail.  A  l'O.  du  cap  Riche,  on  commença 
à  voir  de  grands  arbres ,  tels  que  le  mahogany,  le  gom- 
mier rouge,  le  casuarina,  et  autres  que  l'on  trouve  aux 
environs  du  port  du  Roi  George  ;  mais  comme  le  pays 
ûtué  entre  ce  port  et  le  cap  Riche  a  été  déjà  examiné, 
M.  Eyre  ne  juge  pas  à  propos  d'en  donner  la  descrip- 
tion. Sa  relation  est  terminée  par  le  paragraphe  sui- 
vant: 

Le  s  juin ,  je  rencontrai  le  baleinier  français  le  Mis- 
sissipi,  du  Havre,  conunandé  par  le  capitaine  Rossiter. 


(  54o  ) 

Je  reçus  de  ce  capitaine  Taccueil  le  plas  aimable  et  le 
plus  hospitalier  pendant  les  douze  jours  que  je  passai 
à  bord  pour  donner  à  mes  chevaux  le  temps  de  re- 
prendre des  forces  ;  il  me  fournit  aussi  très  libérale- 
ment les  vivres  qui  m'étaient  nécessaires  pour  conti- 
nuer mon  voyage  jusqu'au  port  du  Roi  George ,  où 
j'arrivai  le  7  juillet»  après  un  voyage  qui,  en  raison 
des  sinuosités,  est  de  plus  de  io4o  milles.  Pendant  les 
680  derniers  je  n'étais  accompagné  que  d'un  seul  na- 
turel du  port  du  Roi  George,  nommé  Wylie.  Nous 
n'avons  rencontré  dans  ce  trajet  qu'un  petit  nombre 
de  naturels ,  dont  la  plupart  étaient  timides ,  mais 
assez  bien  disposés.  Le  langage  qu'ils  parlaient  était 
exactement  semblable  à  celui  du  port  du  Roi  George 
jusqu'au  cap  le  Grand ,  et  cette  similitude  doit  proba- 
blement s'étendre  jusqu'aux  grandes  falaises  •  c'est- 
à-dire  jusque  par  environ  134^  i/s  E.  (las^io'E.  ); 
mais  au-delà  de  ce  point  le  langage  était  totalement 
différent,  et  Wylie  n'en  comprenait  pas  un  mot. 


(  54i  ) 


DEUXIEME    SECTION. 


^#< 


Actes  de  la  Société. 


EXTRAIT  DES  PROCÈS-VERBAUX  DES  SÉANCES. 


PaàSlDBNCB  DB  y.  LB  CONTRE- AMIRAL   DUMONT    d'urVILLB. 


Séance  du  6  mai  i48s. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

H.  le  ministre  de  la  marine  adresse  à  la  Société  le 
4*  volume  du  catalogue  des  livres  composant  les  bi- 
bliothèques de  son  département. 

M.  d'Avezac  offre»  de  la  part  de  Tauteur  »  un  ouvrage 
intitulé  :  Les  États-Unis  et  la  Havane^  souvenirs  d'un 
voyageur,  par  M.  J.  Lôwenstem,  et  il  présente  en  son 
nom  un  des  deux  exemplaires  qu'il  possède  d'une  His- 
toire philosophique  et  politique  du  commerce,  de  la 
navigation  et  des  colonies  des  anciens  dans  la  mer 
Noire»  par  M.  Formaleoni. 

La  Commission  centrale  vote  des  remerciements  aux 
donateurs ,  et  ordonne  le  dépôt  des  ouvrages  à  la  bi- 
bliothèque. 

M.  le  contre-amiral  d'Urville  fait  hommage  au  mu- 


(  5-'.»  ) 
sée  de  la  Société  d'une  statuette  représentant  une  di- 
vinité qui  lui  a  été  donnée  à  Samarang  (île  de  Java  ) , 
et  qu*il  a  rapportée  de  son  dernier  voyage  au  p6le  an- 
tarctique. 

M.  de  la  Roquette  propose  de  faire  faire  pour  le 
Bulletin  une  lithographie  de  cette  statuette»  et  sur  sa 
demande,  M.  d'Urville  veut  bien  s'engager  à  rédiger 
une  Notice  qui  sera  jointe  à  la  lithographie. 

MM.  Berthelot  et  Roux  de  Rochelle  expriment  à 
M.  d'Urville  les  remerciements  de  la  Gomission  cen- 
traie,  et  ils  proposent  à  cette  occasion  qu'il  soit  pris 
des  mesures  pour  conserver  les  objets  précieux  qui  en- 
richissent déjà  le  musée  de  la  Société.  Cette  proposi^ 
tion  est  renvoyée  à  la  section  de  comptabilité. 

H.  Jomard  annonce  qu'il  a  reçu  la  fin  du  manu- 
scrit du  voyage  au  Soudan  ,  par  le  cheikh  Mohammed 
el  Tounsy.  La  première  partie  comprend  le  voyage  au 
Darfour»  traduit  au  Caire  par  le  D'  Perron,  sous  les 
yeux  du  voyageur.  Ce  voyage  est  accompagné  d'une 
esquisse  de  cette  contrée  par  le  cheikh  »  d'une  carie 
dressée  par  M.  Perron,  et  de  deux  planches  relatives 
aux  mœurs  et  coutumes  des  habitants. 

M.  Eyriès  annonce  qu'il  est  chargé  par  M.  de  An- 
gelis,  correspondant  étranger  de  la  Société  à  Bue- 
nos Ayres  »  de  remercier  la  Commission  centrale  du 
titre  qu'elle  a  bien  voulu  lui  accorder,  ainsi  que  d% 
l'envoi  de  ses  publications. 

H.  Flachenaker  lit  un  Mémoire  sur  les  ruines  de 
Carthage.  L'assemblée  écoute  cette  lecture  avec  in* 
térèty  et  elle  invile  l'auteur  â  vouloir  bien  communi- 
quer son  travail  au  comité  du  Bulletin. 


(545  ) 

ôeance  extraordinaire  du  i3  mai  i849* 

M.  Jomard»  premier  vice-président  de  la  Commission 
centrale  •  appelé  par  an  événement  tragique  à  présider 
l'assemblée,  occupe  le  fauteuil;  il  s'exprime  en  ces 
termes  :  ■  Messieurs,  la  plus  triste»  la  plus  imprévue 
des  catastrophes  a  imposée  votre  bureau,  à  ce  qui  reste 
de  votre  bureau,  la  nécessité  de  vous  réunir  pour  vous 
consulter  sur  ce  qu'il  y  avait  à  faire  dans  cette  doulou- 
reuse circonstance.  Vous  ne  verrez  plus  diriger  vos 
délibérations  ni  siéger  au  milieu  de  vous  votre  digne , 
votre  illustre  président,  le  contre-amiral  d'Urville  : 
nous  avons  senti  le  besoin  de  devancer  le  jour  de  nos 
réunions  périodiques ,  de  pleurer  avec  nos  collègues  » 
d'invoquer  le  secours  de  leurs  lumières.  A  peine  trente 
heures  étaient-elles  écoulées  depuis  la  séance  où  M.  d'Ur- 
ville  présidait  la  dernière  assemblée,  que  la  mort  la 
plusafTreuse  l'enlevait  à  la  Société,  aux  sciences,  à  la 
carrière  des  découvertes.  Nous  pensons»  messieurs,  que 
vous  jugerez  avec  nous  que  c'est  le  moment  de  consa- 
crer par  une  manifestation  solennelle  toute  l'étendue 
de  nos  regrets. 

Voici  les  propositions  que  vous  soumet  le  bureau  , 
qui ,  attendu  Turgence,  a  appelé  à  se  joindre  à  lui  les 
deux  anciens    présidents  de  la  Commission  centrale. 

1*  Le  secrétaire-général  sera  invité  à  rédiger  une  no- 
tice bistori(]ue  en  l'honneur  de  M.  Duroont  d'Urville , 
et  cette  notice  sera  ins/^rée  au  Bulletin,  et  accompagnée, 
s'il  est  possible ,  d'un  portrait.  M.  Berthelot  sera  invité 
aussi  à  exprimer  les  sentiments  de  la  Société  le  jour 
prochain  des  funérailles. 

'A*  Une  souscription  sera  ouverte  au  sein  de  la  So- 


(  544  ) 

ciété  pour  élever  un  moaument  en  l'honneur  du  conlre  - 
amiral  Dumont  d'Urville. 

S"*  Tous  les  membres  de  la  Société  présents  à  Paris 
seront  invités  à  assister  en  corps  aux  obsèques  du  contre- 
amiral  d'Urville.  » 

Le  président  provisoire  termine  en  disant  que  le 
ministre  de  Tlnstruclion  publique  ,  président  de  la  So- 
ciété» a  donné  &  ce  projet  une  entière  adhésion»  et 
annoncé  qu'il  souscrirait  personnellement  et  rccom- 
manderait  cette  souscription  à  MM.  ses  collègues,  mem- 
bres du  conseil. 

Les  diverses  propositions  faites  par  le  bureau  sont 
mises  successivement  aux  voix  et  adoptées  à  l'unanimité. 

Un  registre  de  souscription  est  ouvert ,  et  tous  les 
membres  présents  s'y  inscrivent  immédiatemenL 

La  Commission  centrale  décide  ensuite  qu'il  sera 
adressé  aux  journaux  une  note  ainsi  conçue  : 

c  La  Société  de  géographie  a  décidé ,  dans  une 
1  séance  extraordinaire  du  i3  mai  courant»  qu'une 
>  souscription  serait  ouverte  dans  son  sein  pour  élever 

•  un  monument  à  la  mémoire  de  H.  le  contre-amiral 
>Dumont  d'Urville,  président  de  sa  Commission  cen- 
»  traie,  et  victime  de  l'affreuse  catastrophe  du  8  mai. 
«Toutes  les  personnes  qui  désirent  s'associer  à  cet 
«hommage  rendu  à  l'illustre  navigateur  peuvent  sous- 

•  crire  chez  M.  Noirot,  agent  de  la  Société ,  rue  de  VU- 
université,  sS»  ou  chez  H.  Chapellier,  notaire,  rue  de 
»  la  Tixeranderie ,  iS.  » 

La  séance  e«t  levée  à  lo  heures. 

Sécuice  du  %o  mai  i849* 

Les  procès-verbaux  de  la  séance  du  6  mai  et  de  la 
séance  extraordinaire  du  i3  mai  sont  lus  et  adoptés. 


(  345  ) 

En  verlu  de  l'article  5  du  règlement  supplémen- 
taire, le  premier  vice- président  occupe  le  fauteuil. 

H.  le  ministre  de  l'instruction  publique,  président 
de  la  Société»  demande  que  son. nom  soit  inscrit  sur 
le  registre  de  la  souscription  ouverte  pour  élever  un 
monument  à  la  mémoire  de  M.  le  contre-amiral  d'Ur- 
ville. 

IL  de  Démidoff»  ancien  vice-président  de  la  Société, 
écrit  qu'il  s'associe  avec  empressement  aux  marques 
de  souvenir  que  la  Commission  centrale  veut  consacrer 
à  son  illustre  président ,  M.  le  contre-amiral  d'Urville, 
auquel  la  science  européenne  est  redevable  de  tant  de 
consciencieux  travaux.  Mais,  au  lieu  d'un  monument 
élevé  dans  un  cimetière,  M.  Démidoff  voudrait  qu'un 
monument  modeste  et  de  la  nature  la  plus  durable  fût 

■ 

érigé  au  Heu  où  naquit  le  courageux  navigateur  ;  qu'une 
inscription  rappelât  ses  travaux,  sa  fin  déplorable,  et 
la  place  qu'il  occupait  dans  la  Société  de  géographie. 
Si  la  Commission  centrale  adoptait  celte  idée,  M.  Dé- 
midofF  s'estimerait  heureux  de  concourir  à  sa  réalisa- 
tion pour  une  souscription  de  cinq  cents  francs. 

M*  Eyriès  fait  observer,  au  sujet  de  la  proposition 
de  H.  Démidoff,  que  les  compatriotes  de  H.  d'Urville 
ont  le  projet  de  lui  élever  un  monument  dans  sa  ville 
natale. 

M.  E.  Vail ,  citoyen  des  États-Unis ,  membre  de  la 
Société,  écrit  qu'il  s'associe  également  au  pieux  hom- 
mage dû  à  l'illustre  marin  dont  les  utiles  travaux  et 
les  belles  découvertes  ont  tant  ajouté  au  domaine  de 
la  science. 

M.  le  ministre  de  la  marine  écrit  que ,  sur  la  de- 
mande de  M.  de  la  Roquette ,  l'un  des  vice-présidents 
de  la  Commission  centrale,  il  a  prescrit  les  mesures  à 


(  346  ) 

prendre  dans  les  ports  pour  recevoir  les  souscriptions 
au  monument* 

M.  Gau  ,  auteur  du  voyage  en  Nubie ^  et  l'un  des  ar- 
chitectes de  la  ville ,  offre  de  se  charger  gratuitement 
du  projet  et  de  la  direction  des  travaux  du  monument 
que  la  Société  se  propose  d'élever  au  contre-amiral 
d'iîrville. 

MM.  Constant  Dufour  etGarrex»  architectes,  pen- 
sionnaires de  Rome ,  offrent  également  leurs  services 
pour  l'érection  de  ce  monument. 

M.  Caunais,  graveur^  offre  aussi  de  graver  une  mé^ 
daille  d'après  un  médaillon  qu'il  possède  de  l'amiral 
d'Urville. 

Sur  la  proposition  de  M.  le  président,  une  Commis- 
sion spéciale  composée  de  MM.  Jomard  »  de  la  Roquette, 
Berthelot,  Daussy  et  Albert  Montémont.  est  chargée 
de  prendre  toutes  les  mesurés  nécessaires  au  sujet  de 
la  souscription  pour  le  monument. 

M.  de  La  Renaudière  écrit  d  la  Commission  centrale 
pour  demander  que  M.  d'Urville  ne  soit  pas  remplacé 
comme  président  dans  le  cours  de  cette  année,  et  cela 
comme  marque  de  haute  estime  pour  sa  personne  et 
pour  ses  travaux ,  comme  un  hommage  rendu  à  sa  mé- 
moire ,  et  comme  un  témoignage  de  douleur  pour  sa 
fin  tragique  et  déplorable.  La  Commission  centrale 
s'associe  avec  d'autant  plus  d'empressement  au  vœu 
oxprimé  par  M.  de  La  Renaudière,  que  diaprés  ses  rè- 
glements il  n'y  a  pas  lieu  à  s'occuper  en  ce  moment 
de  ce  remplacement. 

M.  Jomard  donne  à  l'assemblée  des  détails  sur  la 
cérémonie  funèbre  du  i6  mai,  et  sur  le  nombreux 
concours  des  personnes  empressées  à  rendre  les  der- 
niers devoirs  à  l'illustre  amiral. 


(3i7) 

La  Commission  centrale  décide  que  les  discours 
prononcés  sur  la  tombe  par  H.  Bertheint ,  au  nom  de 
la  Société ,  et  par  M.  Vincendon-Dumoulin ,  au  nom 
da  corps  de  la  marine,  seront  insérés  au  Bulletin. 

H.  Albert  Montémont  dépose  sur  le  bureau  plusieurs 
exemplaires  d^une  ode  qu'il  a  composée  en  l'honneur 
du  contre*amiral  d'Urville. 

M.  le  baron  de  Derfelden  des  Hinderstein  écrit  à  la 
Société  pour  lui  annoncer  l'envoi  d'une  nouvelle  feuille 
de  sa  grande  carte  de  l'arcbipel  Indien.  Instruit  déjà 
de  la  mort  tragique  de  H.  d'Urville ,  M.  le  baron  de 
Derfelden  paie  un  juste  tribut  de  regrets  à  la  mémoire 
de  l'illustre  navigateur,  dont  les  travaux  lui  ont  été  si 
utiles  pour  la  confection  de  cette  carte  ;  il  propose  en 
même  temps  &  la  Société  de  faire  insérer  dans  le  Bul- 
letin une  notice  historique  sur  la  vie  et  les  travaux  do 
M.  d'Urville ,  et  de  l'accompagner  de  son  portrait.  Le 
désir  exprimé  par  l'honorable  M.  de  Derfelden  se  trouve 
rempli  par  la  décision  prise  par  la  Commission  cen- 
trale dans  sa  séance  extraordinaire  du  16  mai. 

La  Société  royale  de  Londres  adresse  le  volume  de 
ses  Transactions  philosophiques  pour  l'année  i84i>  le 
Bulletin  de  ses  séances ,  et  un  Recueil  d'observations 
magnétiques  faites  le  aS  septembre  iS^i  à  l'observa- 
toire de  Greenwich. 

M.  le  lieutenant-colonel  Sabine  écrit  à  la  Société 
pour  lui  offrir  le  Recueil  des  observations  magnétiques 
faites  dans  les  observatoires  de  Toronto  au  Canada,  Tro- 
vandrum  aux  Indes  orientales,  et  à  Sainte-Hélène,  les 
:i5  et  26  septembre  i84if  ainsi  que  le  Rapport  du  ca- 
pitaine James  Ross  sur  son  expédition  aux  terres  an- 
tarctiques. M.  le  colonel  Sabine  regrette  de  ne  pouvoir 
entretenir  des  relations  plus  fréquentes  avec  la  Société 


(  348  ) 

qui  a  bien  voulu  Tadroeltre  au  nombre  de  ses  corres- 
pondants étrangers  ;  mais  il  suit  ses  travaux  avec  le 
plus  vif  intérêt ,  et  il  s'efforce  de  son  côté  de  contri- 
bueraux  progrès  de  la  science  par  ses  recherches  sur 
la  physique  du  globe. 

M.  Lûdde  adresse  h  la  Société  les  premières  livrai- 
sons  du  Journal  géographique  qu'il  publie  à  Magdc- 
bourg. 

M.  de  la  Roquette  communique  une  Note  qu'il  a 
rédigée  d'après  des  renseignements  qui  lui  onfété  fouri 
nis  par  M.  le  professeur  Rafn  »  sur  les  travaux  de  la 
Société  royale  des  antiquaires  du  Nord.  Cette  Note  est 
renvoyée  au  comité  du  Bulletin. 

M.  Berthelot  communique»  i*  un  tableau  statistique 
de  la  division  actuelle  du  territoire  de  la  république  de 
la  Nouvelle-Grenade;  a"*  un  rapport  du  ministre  des 
relations  extérieures  du  Venezuela  ;  5*  l'extrait  d'un 
journal  publié  à  Garaccas,  contenant  des  renseigne- 
ments sur  une  grande  entreprise  agricole  dirigée  par 
M.  le  colonel  Godazzi.  M.  Berlhelot  se  charge  de  re- 
mettre au  comité  du  Bulletin  un  résumé  de  ces  divers 
documents. 

Le  même  membre  annonce  qu'il  a  reçu  du  Venezuela 
un  caisse  contenant  divers  objets  d'antiquité  et  d'his- 
toire naturelle  ;  il  se  fera  un  plaisir  d'en  offrir  une 
partie  au  musée  de  la  Société. 

VL  Barbie  du  Bocage  lit  une  Notice  sur  le  tremble- 
ment de  terre  qui  a  eu  lieu  en  1 84o  dans  le  district 
d'Ërivan;  cette  Notice»  qui  a  été  rédigée  par  un  officier 
du  corps  impérial  des  mines»  et  qui  renferme  des  dé- 
tails très  circonstanciés  sur  cette  catastrophe  »  est  ren- 
voyée au  comité  du  Bulletin. 

La  Société  philo  technique  adresse  des  billets  pour 
sa  séance  publique  du  29  mai»  et  l'Institut  historique 


(  S49  ) 
en  adresse  pour  les  réunions  de  son  huiliëme  congrès. 
Ces  billets  sont  distribués  aux  membres  présents  de  la 
Commission  centrale. 

lUtVBBB    ADMIS    DANS    LA    80GIÉTÂ. 

Séance  du  6  mai  i842« 
M.  J.*B.  Tassin  ,  géographe. 

OUVRAGES    OFFERTS    A   LA    SOCIÉtA. 

Séance  du  6  mai. 

Par  M.  le  ministre  de  la  marine  :  Catalogue  général 
des  livres  composant  les  bibliothèques  du  département 
de  la  marine,  tome  IV.  Histoire  et  belles-lettres.  — 
Par  M.  Lowenstem  :  Les  États-Unis  et  la  Havane  ,  sou- 
venirs d'un  voyageur,  i  vol.  in-8.  —  Par  M.  d^Auezac  : 
Histoire  philosophique  et  politique  du  commerce ,  de 
la  navigation  et  des  colonies  des  Anciens  dans  la  mer 
Noire,  avec  l'hydrographie  du  Pont-Euxin,  publiée 
d'après  une  carte  ancienne  conservée  dans  la  biblio- 
thèque de  Saint-Marc  t  par  M.  Formaleoni ,  u  vol.  in-i  2. 
—  Par  t Académie  de  Rouen  :  Précis  analytique  de  ses 
travaux  pendant  Tannée  1 84 1  • 

Séance  du  20  mai. 

Parla  Société  royale  de  Londres  :  Philosophical  Tran- 
sactions for  the  year  1841.  Part.  H,  in-4.  —  Procee* 
dings  of  the  'R.  Society ,  n**  49  et  5o.—  The  Royal  So- 
ciety, 3o^  november  1841. — Observations  magnétiques 
faites  le  s5  septembre  1841  »  à  l'observatoire  de  Green- 
wich,  par  M.  Airy.  in-4«  —  Par  M.  le  colonel  Sabine  : 
Observations  made  at  the  magne  tic  observa  tories  of 
Toronto  in  Canada ,  Trevandrum  in  the  East  Indies  and 
St.  Helena ,  during  a  remarkable  magnetic  disturbance 
on  the  sS  ^^  «6  ^  of  september  i84i ,  in-8.  —  Copies 


(  55o  } 

of  such  Extracls  from  Ihe  Despatch  ofcap.  Jamea  Ross 
from  Van  Diemen'sLaDcl,  aswill  show  Ihe  natuie  and 
exlent  of  Ihe  discoverics  whîch  are  aaîd  lo  hâve  heen 
made  in  a  high  Southern  latitude,  in-lt,  — Par  M.  Ber- 
thelot  :  Tableau  statistique  des  nouvelles  divisions  de  la 
République  de  la  Nouvelle-Grenade.  —  Rapport  sur 
les  relations  extérieures  du  gouvernement  de  la  répu- 
blique de  Venezuela ,  in-8.  —  Par  M,  Liidde  :  Die  Me  • 
thodik  der  Erdkunde  oder  Anleitung  die  Fortschritle 
dcrWissenschaft  der  Erdkunde  in  don  Schul-und  aka- 
demischen  Unterricht  leichter  und  wirklich  einzufûh- 
ren,  i  v.  in-8. — Zcitschrifl  fur  vergleichende Erdkunde, 
i"  et  a"  livraisons  ,  in- 8**.  —  Par  M.  Albert  Montèmont  : 
Ode  sur  Tcimiral  Dumontd'Urville.  —  Par  les  auteurs  ei 
éditeurs  :  Annales  maritimes  et  coloniales,  avril.  — 
Nouvelles  annales  des  voyages,  avril.  — Revue  scien- 
iifique  et  industrielle ,  mars  et  avril.  —  Journal  asia- 
tique ,  avril.  —  Bulletin  de  la  Société  pour  l'instruction 
élémentaire,  mars.  — Journal  de  Tlnstitut  historique» 
avril.  —  Annales  de  la  Propagation  de  la  foi,  mai.  — 
Journal  des  missions  évangéliques ,  avril  et  mai.  — 
Recueil  de  la  Société  polytechnique,  mars.  —  Mémo- 
rial encyclopédique ,  mars.  —  Bulletin  de  la  Société 
industrielle  d'Angers,  n^'  i  et  2  de  i84a*  —  L'Écho  du 
monde  savant. 


(  35i  ) 

SouscBiFTiON  oui^erte  dtuis  le  sein  de  la  Société  de  gén- 
graphie ^' pour  le  Monument  à  élever  a  la  mémoire  du 
contre-amiral  Dumont  d'Urvillb. 


Liste  des  Souscripteurs  jusqu*au  i^  juin. 

HM.  ViLLBMAiN,  président  de  la  Société. 

Le  maréchal  duc  de  Daliia.tie. 

Deiiidoff  y  ancien  vice-présid.  de  la  Société. 

Un  AnoRYME. 

Lieutenant  général  baron  Pblet,  président 

honoraire  de  la  Société. 
JoMARD ,  viceprésid.  de  la  Commis,  centrale. 
De  la  Roquette.  id. 

S.  Bebthelot,  secrétaire-général. 
P.  DàussY»  membre  de  la  Commis,  centrale. 
Roox  DE  Rochelle.  id. 

R.  Thomasst.  id. 

Colonel  CoRABOEUF.  id. 

De  LARBNAVDlliRB.  id, 

J.-B.  Etri^s.  id» 

Bajot.  id. 

Capitaine  Couthaud.  id, 

Alcide  d'Orbignt.  id, 

Barbie  do  Bocage.  id. 

Colonel  Deraix.  id, 

Gabriel  Lafond.  id, 

Ahsart.  id. 

De  Montrol.  id, 

ÀLBEET-MoNTéMORT.  id, 

GuiGlflAUT.  id, 

D'atebac.  id. 

Baron  Walcrbnabr.  id, 

Dbsjardins.  id, 

Ch.  Tbxier.  id, 

Coghblet.  id. 

Vicomte  de  Santarem.  id, 

D.  B.  Wardbn.  id. 

De  Frobervillb,  membre  de  la  Société. 

LoWEHSTERR.  id, 

DiSAUGIERS.  id. 

De  BRikRE.  id. 

Eugène  A.  Va  il.  id. 

Paradis.  id, 

Jacobs.  id. 


loo  IV. 

100 

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10 
10 


(35«  ) 

MM.  BoHAiN  ,  membre  de  la  Société.  lo 

Cagigal.                              id,  so 

Ramon  de  la  Sagra  .           i(L  9^ 

Bérard  ,  cap.  de  vais.        id,  ^o 
Headtrmps-Bbaupré  ,  iagéDÎeur-hydrographe 

en  cbef ,  membre  de  la  Société.  ao 

D*AlLLEBOUT  DE  RAMyBSAI,  îd.  lO 

Dbvotenay.                             irf.  lO 
Drodyn  de  Lhuys  •  directeur  au  ministère  des 

affaires  étrangères,  membre  de  la  Société.  4<> 

Général  Aupick  ,  membre  de  la  Société.  lo 

GiBAUDBAU  DE  St-GeRTA1S.  »              id,  lO 

C.-L.-F.  Panckoucee.                  û/.  5o 

M**  Ernestine  Parckoucee.  95 

Baron  Dupin  ,  adjudant-général  en  retraite.  5 

Un  AifONYyE.  % 

Le  Saulnier  de  Vauhello,  cap.  de  corvette.  5 

Chazallon,  ingén. -hydrographe  de  la  marine,  t 

De  Tessan.                     id.  lo 

Kbller.                            id.  a 

Grfssier.                        id,  5 

PiERRON ,  attaché  au  Dépôt  de  la  marine.  a 

A.  Chevalier.                 id,  a 

Cabteron.                        id,  5 

Ahglitiel  ,  bibliolhéc.  du  Dépôt  de  la  marine.  & 

Chevalier  ,  secrétaire  du  Dépôt.  a 

Hanbt-Cléry  ,  capitaine  de  corvette.  5 

Vice-amiral  Halgan,  direc.  du  Dépôt  de  lamar.  5o 

CHAUCHEPRAT,secrét.-gén.  du  minis.  de  lamar.  ao 

Le  Doyen  »  libraire.  a     5o 

O.  Mac-Carty.  5 

JuLLiER ,  de  Paris.  5 

Blohdeau  y  employé  au  Dépôt  de  la  guerre.  3 

SiRBY ,  ancien  marin.  a 

Lartigub  ,  capitaine  de  corvette.  i  o 

Bravais  ,  officier  de  marine  et  professeur.  1 5 

Darohdbad,  ingénieur-hydrographe.  5 

Lbcoq,  1  er  graveur  de  l'état-maj.  gén.  à  Turin,  i  o 
B'"  Dblbssbrt  »  associé  libre  de  l'Académie  des 

sciences ,  membre  de  la  Société.  3o 

A.  Favbel.  ô 

Total.  .    .  •  1719  ''•  5o 


BULLETIN 


DB    LA 


SOCIETE  DE  GEOGRAPHIE. 


JUIN    i848« 


ASSEMBLÉE  GÉNÉRALE 

du  17  juin  i84a« 


DISCOURS 

PAR  M.  VILLEJIUIN, 

Pair  de  France,  Ministre  de  rinstniciion  publique,  Président 

de  la  Société. 


• 

Il  y  a  six  mois,  messieurs ,  é  pareille  réunion ,  dans 
cette  même  enceinte^  siégeait  à  votre  bureau  le  contre- 
amiral  célèbre  sur  lequel  se  fixaient  tous  les  regards 
de  l'assemblée.  Tin  trépide  et  savant  marin  que  la  même 
corvette  avait  porté  dans  trois  voyages  autour  du 
monde,  qui  le  premier,  sur  une  des  plages  barbares  de 
la  Polynésie»  avait  enfin  retrouvé  quelques  traces  de 
LaPérousCy  et  qui,  des  mers  équatoriales  sept  fois 
traversées ,  s'avançant  sur  les  derniers  flots  navigables 
des  mers  antarctiques ,  avait  pénétré  entre  des  monta- 

XVI*    JVllf.    1.  93 


(  554  ) 

gnes  de  gkce  jusqu'aux  lieux  OÙ  le  génie  de  rbommen'a 
plus  à  découvrir  que  la  siérililé  et  la  mort  de  la  na- 
ture. Tant  d'efforts  et  de  souffrances  »  les  fatigues  et 
l'inquiétude  d'un  long  <Sotllman4etnent  avaiébl  affaibli 
son  corps,  mais  non  sa  vigueur  morale  ;  et  en  voyant 
la  force  de  résolution  et  de  pensée ,  la  ténacité  labo- 
rieuse empreinte  dans  les  traits  expressifs  de  cet 
homme,  encore  au  milieu  de  la  vie^  on  se  disait  que 
la  science  avait  beaucoup  à  attendre  de  liô»  et  qu'an 
récit  bientôt  acbevé  de  son  dernier  voyage,  il  ajouterait 
encore  de  vastes  et  d'iniportanls  travaux.  Vaine  espé- 
rance 1  Fausse  sécurité  de  la  vie!  Celui  que  tant  de  pé-  . 
rils  cherchés  si  loin ,  que  tant  de  fléaux  et  d'abîmes 
avaient  épargné,  toul^à-conp»  aui  portes  de  Paris,  au 
milieu  de  nos  arts,  il  est  enveloppé  dans  un  affreux 
désastre.  Rien  ne  reste  de  lui ,  ni  la  compagne  qu'il 
avait  immortalisée  en  donnant  son  nom  chéri  è  une 
des  lerref  avancées  du  cercle  polaire  »  ni  le  fils  dont  il 
avait  formé  avec  tant  de  soin  Tintelligence  prématurée, 
et  qui.  déjà  familier  avec  la  plus  difficile  des  langues 
d'Orient,  excellait  aussi  dans  les  fortes  éludes  de  nos 
collèges,  comme  l'attestent  quelques  pages  qu'il  écri- 
vit peu  de  jour«  avant  le  8  mai ,  et  que  nous  avons  de- 
mandéied  â  ses  matt^es  pAO^  les  déposer  ti«As  les  archi- 
ves d^  volk^  Société,  Àeute  fèroilley)^i«  itiisM  apiM  loi 
rUlustre  et  ftofèriUM  ti'UHillë. 

Qtie  n«  Vous  ii-i^i  été  èontté ,  tnesèieuftv ,  d'uvoir  À 
recoeUUk*cet enfftt^t  orphelin,  à  l'élev^lr  p^M*  la stnetipe», 
h  l'etotobrer  de  Taffiéctioti  que  vooft  portiét  au  père  ! 
Mais,  héfasl  Voué  b'AVèfe  pu,^  î&^^  cMie  femille. 
r^clAM^r  t|i^è  quelques  débris  è  peini»  rbcoMiaisM^lM, 
pbUr  )é^  t&hgwn^^  Uk)  imônâAiistvt  fëvièbre,  comme 
H^Urvflle  MUtiéfbts  ^igeà  lui^mdnre  Mr  le«  nschem 


i  355  ) 

fuuestes  de  Vanikoro  on  pieux  cénophate  h  la  ipémoire 
du  plus  regretté  de  ses  prédécesseurs. 

Un  autre  soin  vous  reste,  c^estde  seconder,  cVstde 
h&ter  la  publication  des  manuscrits  presque  complets 
qu'a  laissés  d^Urviile.  L'Iiomme  est  tout  entier  dans  les 
exemples  et  dans  les  travaux  qu*il  lègue  à  Tavenir  •' 
c'est  en  les  recueillant  qu^on  Thonore. 

Ce  devoir  de  justice ,  messieurs ,  nous  avons  n  le 
remplir  envers  un  autre  voyageur,  moins  célèbre  dans 
sa  vie  et  datts  sa  mort,  mais  dont  la  perte  récente, 
après  des  fallgae's  inouïes,   dôil  laisser  un  toucbant 
souvenir,  tt.  Nestor  l'Hôte  fut  uil  de  ces  hommes  que 
la  science  va  Siiisir  au  thilieu  deé  occupations  qui  leur 
sont  le  plus  étrangères,  qu'elle  pénètre  de  sàvocalibh 
paissante ,  et  que  trop  souvent  elle  marque  pour  ses 
victimes.  T)rès  jeune,  et  assujetti  à  un  obscur  emploi , 
le  bruit  des  belles  découvertes  de  Ghampolliôh  vint 
exciter  soh  enthousiasme  et  sa  cUriosilé.  I)  ne  rêve 
plus  que  rÊgypte  ;  il  consulte  toutes  les  reproductions 
de  ses  monuments;  il  étudie  la  langue  copte,  cette 
clef  imparfaite  de  l'idiome  antique  caché  sous  les  liié- 
roglypbes;et  il  fait  un  premier  voyage  de  quelques 
mois  sur  les  ruines  de  Thèbeà  à  la  suite  de  Champol- 
lion.  Formé  k  Cette  grande  école,  à  peine  de  retour  en 
France ,  il  aspire  ft  contimiet"  l'ioeuvl^e  interrompue  Âe 
son  illustre  maître.  Aidé  des  secours  de  l'État,  il  repart 
avec  ardeur;  et,p'ehdant  dix-hoit  mois,  parcourant  suir- 
tout  les  KeuiekK^bre  inexplorés,  il  parvient  à  s^appro- 
prier  par  l'empreinte  ou  par  le  crayon  utl  choix  dé  ces 
innombrables  images  répandues  pour  aihsi  dire  sur 
toutes  les  pierres  taillées  de  l'Egypte  .  et  qui  pren- 
nent d'autant  plus  Àb  prix   à    nos    yeux  ,  qu'elles 
sont  pour  noua  les  étplréftsionè  ënéore  iriédilès  d'hn 


(  356  ) 

grand  livre  d'histoire,  que  le  génie  moderne  com- 
mence à  déchiffrer.  Mais ,  dans  la  traversée  da  retour, 
un  accident  de  mer  détruisit  en  partie  ce  trésor,  et 
gâta  toutes  les  empreintes  qu'il  avait  prises  par  un  pro- 
cédé aussi  simple  qu'ingénieux  pour  compléter  la  col- 
lection de  ses  dessins  ,  tracés  avec  une  admirable  net- 
teté. Il  n'a  dès  lors  d^autre  pensée  que  de  retourner 
vers  les  mêmes  monuments,  de  refaire  les  calquée 
qu'il  a  perdus»  et  d'étendre  ses  recherches  dans  le 
Delta  et  le  Fayoum.  Aidé  dans  ce  noble  projet  par 
ceux  qui  le  regrettent  aujourd'hui)  il  recommence  sa 
iàche.  Les  dessins  coloriés  du  tombeau  de  Skhaï  dans 
la  Thébaïde  »  les  peintures  d'une  des  salles  du  palais 
à'Jménopfus  à  Louqsor,  la  série  chronologique  des  an- 
cêtres de  MœriSj  la  copie  des  sculptures  ^^Ahydos  ^  les 
calques  ou  le  dessin  des  représentations  trouvées  dans 
les  grottes  funéraires  d^Emaù  de  Tell-Amama^  de  P^ï- 
naula  et  àiEll-TM^  les  empreintes  de  bas-relieEs  et 
d'inscriptions  enlevées  aux  tombeaux  qui  entourent  les 
pyramides  de  Sakkarah  et  de  Ghîzé,  forment  sous  sa 
main  le  plus  riche  supplément  qu'on  ait  pu  donner  aux 
découvertes  de  l'Institut  d 'Egypte  età  cellesde  Champol- 
lion.  Peut-être  même  pensera-t-on  »  en  admirant  l'in- 
fatigable patience  et  les  recherches  variées  de  Nestor 
THôle ,  qu'il  n'était  pas  possible  à  un  voyageur  isolé  de 
faire  davantage,  et  que  des  fouilles»  entreprises  à 
grands  frais,  pourraient  seules  dans  l'avenir  offrir  des 
résultats  comparables  à  ceux  qu'on  doit  à  la  savante 
industrie  d'un  seul  homme. 

Mais  ces  travaux,  messieurs,  ne  s'accomplissent  pas 
sans  de  rudes  souffrances.  Épuisé  par  un  effort  continu 
sous  le  soleil  brûlant  de  l'Egypte ,  souvent  malade  el 
sans  secours,  M.  l'Hôte  ne  revint  en  France  que  pour 


(357) 

y  languir  quelques  mois,  et  succomber  à  des  maux  com* 
pliqués  et  douloureux,  que  nul  art  ne  put  soulager. 
Les  recueils  précieux  qu*il  avait  si  habilement  prépa- 
rés, et  qu'il  a  payés  de  sa  vie,  ont  élé  soumis  par  moi 
au  jugement  d*une  commission  savante  ,  et  seront,  je 
l'espère,  bientôt  publiés  :  seul  honneur  que  nous  puis- 
sions désormais  rendre  à  tant  de  désintéressement,  de 
courage  et  de  dévouement  pour  la  science  I 

Pendant  que  le  dernier  continuateur  de  la  descrip- 
tion monumentale  de  l'Egypte  était  ainsi  frappé  pré- 
maturément ,  la  Société  de  géographie  perdait  un  des 
hommes  qui  furent  associés,  dès  l'origine,  à  la  rédac- 
tion de  ce  grand  ouvrage  ,  M.  le  baron  Costaz ,  un  des 
témoins  de  l'héroïque  expédition  de  Bonaparte  eu 
Egypte.  Nous  avions  également  à  regretter  le  savant 
modeste  qui  avait  rempli  la  mission  de  chargé  d'af- 
faires de  France  h  Lima  ,  et  qui  rapportait  dans  notre 
patrie  de  précieuses  observations  recueillies  pendant 
un  long  séjour. 

Au  milieu  de  ces  pertes  redoublées,  le  goût  de  la 
science  ne  s'est  pas  aflaibli  ;  on  semble  concevoir 
au  contraire  que  l'état  général  du  monde  donne  cha- 
que jourplus  d'importance  et  d'intérêt  à  la  géographie, 
qu'elle  n'est  pas  seulement  une  science  spéculative, 
mais  un  des  instruments  les  plus  actifs  de  la  politique  et 
du  commerce.  Les  observations  scientifiques  de  M.  d*Ab- 
badie  et  de  M.  Lefèvre  dans  l'Abyssinie,  les  communi- 
cations de  HH.  Linant  et  Art}m-Bey  sur  une  nouvelle 
source  de  prospérité  qui  s'ouvre  en  Egypte,  les  études 
topographiques  de  M.  Lemoine  en  Bolivie ,  les  rela- 
tions de  M.  de  Gastelnau  sur  l'Amérique  septentrio- 
nale, les  rapports  d'une  foule  de  voyageurs  étrangers, 
le  savant  travail    imprimé  par  M.  Callery  à  Macao ,. 


(  358  ) 

et  la  reproduction  plus  étendue  et  presque  epcyclopé- 
dique  qu'il  veut  en  faire  à  Paris ,  la  publication  remar- 
quable d*un  consul  français  sur  les  événements  de  I9 
Chine,  tout  constate  Tintérèt  qui  s'attache  aujour- 
d'hui à  la  connaissance  précise  des  régions  les  plu» 
lointaines.  On  sent  que  les  grandes  puissances  de 
TEurope  peuvent  être  touchées  en  un  moment  sur  tous 
les  points,  et  que  Tunivers  est  parcouru  par  un  fil  élec- 
trique. 

Les  recherches  mêmes  d^érudition  offrent ,  à  part  la 
curiosité  scientifique,  un  intérêt  d'utilité  présente, 
parce  que  souvent  elles  remettent  sous  nos  yeux  des 
choses  qui  n'ont  pas  changé,  et  que  le  passé  même  fait 
mieux  comprendre.  C'est  ainsi  que  les  commentaires 
géographiques  de  M.  Léon  de  Laborde  sur  r£j:o£^r  et  les 
jyombres  peuvent  éclairer  d'une  vive  lumière  beaucoup 
(le  fuits  relatifs  à  TOrient  moderne;  c'est  ainsi  que, 
dans  la  collection  des  documents  les  plus  anciens  pour 
l'histoire  des  découvertes  sur  la  c6te  occidentale  d'A- 
frique, M.  le  vicomte  de  Santarem  a  réuni  des  instruc- 
tions  précieuses  pour  notre  temps  et  pour  notre  pays. 
Étude  des  monuments  antiques,  appréciation  compa- 
rée des  travaux  modernes,  application  active  de  la 
science  par  les  voyages;  tels  sont  en  effet ,  messieurs  , 
les  éléments  divers  du  progrès  scientifique,  tels  sont 
les  résultab  que  vous  voulez  encourager  par  vos  con- 
seils et  vos  efforts. 

Vous  ne  serez  point  abandonnés  dans  cette  no- 
ble t&che.  A  notre  dernière  assemblée ,  je  regrettais 
l'insufiisance  presque  absolue  des  secours  accor- 
dés par  l'État  pour  les  voyages  scientifiques.  Une  telle 
plainte  aujourd'hui  n'aurait  pluH  d'objet  Le  sentiment 
patriotique  des  Chambres  a  compris  cette  observation, 
dès  qu'elle  leur  a  été  présentée  ;  et ,  sans  discussion , 


(  3*9  ) 
elles  ont  volé  le  crédit  demandé ,  dont  le  bon  emplo 
assurera,  je  n'en  doute  pas,  ràecroissement  ultérieur, 
pésori^di^  f.  dan9  celte  carrière  si  pénible  et  quelque- 
fois si  périlleuse  de  la  science  active ,  de  la  science  dé- 
vouée aux  missions  de  découverte^  il  y  aura  plus  de 
ressources  et  plus  d'avenir  pour  le  voyageur ,  il  y  aura 
quelques  secours  et  quelque  appui  pour  les  intérêts 
de  famille  qu'il  peut  laisser  après  luii  Espérons  q^e 
l'émiilatioa  des  hommes  capables  de  servir  la  scieaco 
et  le  pays  en  sera   doublement  excitée!  ]Et  ^om^ 
messieurs,  éclairés   piyr  les  téa)oigna|^flk  des  grandq 
corps  scientifiques  ,   pénétrés  de   Tesprit  géoéreifx 
qui   vous  inspire,  remplissons  exactement   le  i^an 
dat  (^u\  DM)ua  est  confié  ;  que  riep.  ne  soit  donné  au 
hasard  ou  à  la  Faveur  :  que  tout  soit  réservé  pour  les 
fortes  étMdes ,  pour  le^  vqcatiooa  incontestables  et  bien 
préparées  »  pour  le  zèle  uniavi  talent^  pour  leshomn^ea 
enfin ,  tels  qu'on  en  compte  déjà  beaucoup,  instruits 
^r  vos  conseils ,  et  anim^  par  votre  Ipionorable  adop 
liool 


(  36o  > 

RAPPORT 

Sur  l&  concoure  au  prix  annuel  pour  la  decoui^erte  la  plus 
importante  en  géographie^ fait  au  nom  (Tune  Commission 
spéciale  par  M.  de  La  Roqcettb. 


La  Commission  centrale  ayant  désigné  MM.  Eyriès  ,. 
Jomarâ ,  Dumont  d'Urville,  Danssy,  et  moi  pour  exa- 
miner la  question  du  prix  annuel  pour  le  concours  de 
l'année  i859,mes  collègues  ont  jugé  convenable  de  me 
confier  le  soin  de  vous  rendre  compte  du  résultat  de 
notre  examen. 

Aux  termes  du  programme ,  nous  avons  été  appelés 

■ 

â  rechercher  quels  sont  lesvoyages  qui  ont  été  efTectués. 
pendant  le  cours  de  Tannée  iSSg.etsi,  parmi  ces  voya- 
ges, il  en  est  qui  aient  produit  des  découvertes  mar- 
quantes en  géographie;  et  ensuite,  h  défaut  de  voyages 
ayant  pour  résultat  des  découvertes  de  cette  espèce, 
quelles  sont  les  communications  les  plus  neuves  et  les 
plus  utiles  au  progrès  de  la  science  géographique  que 
des  voyageurs  ont  faites  à  la  Société  pendant  la  même 
année. 

Avant  d'entrer  en  matière ,  nous  croyons  nécessaire 
de  faire  observer  qu'en  s'écartant  peut-être  des  disposi- 
tions textuelles  du  programme^les  commissaires  qui  ont 
eu.  à  s'occuper  du  concours  pour  l'année  i838,  entraî- 
nés sans  doute  par  le  sujet  »  ont  fait  une  mentiop  dé- 
taillée de  la  plupart  des  grands  voyages  exécutés  en 
iSSg,  ainsi  que  des  communications  faîtes  à  la  Société 
par  des  voyageurs  dans  le  même  intervalle  de  temps. 
Éviter  des  répétilions  devient  donc  pour  nous  une  tâ- 
che difficile  !  Afin  que  nos  successeurs  n'aient  pas  un 
semblable  embarras  à  surmonter»  nous  nous  renfer- 


(  36i  ) 

merons  aussi  strictement  que  possible  dans  les  limites 
tracées  par  ^otre  programme. 

Pendant  le  cours  de  l'année  iSSg,  quatre  expédi- 
tions remarquables  ont  été  faites  dans  les  mers  po- 
laires, savoir  :  vers  le  pôle  antarctique  ,  par  MM.  d'Ur- 
ville,  John  Balleny ,  capitaine  baleinier  anglais,  et 
Charles  Wilkes»  delà  marine  militaire  des  États-Unis  ; 
et  dans  l'Océan  polaire  arctique  ,  par  MM.  Peler  Wil- 
liam Dease  et  Thomas  Simpson ,  officiers  de  la  compa- 
gnie de  la  baie  d'Hudson. 

Nous  nous  bornerons  à  citer  M.  d*Urville,  parce  que 
les  résultats  de  sa  navigation  ont  élé  déjà  amplement 
examinés  par  les  commissaires  du  concours  pour  l'an* 
née  ]838  ,  qui  lui  ont  accordé  le  prix. 

Le  second  de  ces  voyageurs ,  M.  le  capitaine  Balleny , 
commandant  le  navire  VÉlisa-Scott^  parti  de  l'Ile  Gam- 
bell  au  sud  de  la  Nouvelle-Zélande,  se  trouvait,  le 
7  février  i83g,  par  67"  7'  de  lalil.  S.  et  par  i65^  5'  (1) 
de  long.  Ë.  du  méridien  de  Greenwicb  (  ]6a«  4^'  ^® 
Paris).  Le  g,  il  dislingue  des  terres  entourées  de  gla- 
ces présentant  de  hautes  falaises  perpendiculaires,  et  il 
reconnaît  distinctement  qu'elles  forment  trois  lies  sé- 
parées d'une  étendue  assez  considérable.  D'après  ces 
observations,  l'extrémité  occidentale  de  l'Ile  du  milieu 
doit  être  placée  au  66*  44'  de  lat.  S.  et  au  i63*  1 1'  de 
long.  £.  (i6o®5i'  de  Paris);  ces  lies  ont  été  nom* 
mées  lies  Balleny.  Le  1 1 ,  U  aperçoit  à  l'O.-S.-O.,  par 
66«  3o'  de  lat  une  autre  terre  couverte  de  neige  d'une 
hauteur  qu'il  suppose  être  de  19,000  pieds  (anglais). 
Le  1 9  ,  il  voit  encore  la  terre  et  une  montagne  du  som- 

(1)  Les  loD^tndes  données  ici  diffèrent  de  «selles  qui  se  trouvent 
rapportées  dans  le  vol.  XII  du  Bulletin,  p.  84.  CeU  vient  de  ce  au'on 
a  adopté  ici  celles  qui  ont  été  déterminées  par  les  observations  faites 
an  poit  Chaiky,  tandis  que  les  premières  avaient  été  obtenues  au 
moyvn  de  la  niarrhe  des  clironomètres  au  départ  d^Anj^lelerre. 


(  3&»  ) 

mel  de  laquelle  s'élevait  de  la  fumée ,  et  que  d'autres 
indices  lui  font  juger  volcanique.  Le  3  mars ,  des  appa- 
rences de  terre  se  présentent  encore  au  S. -O.  derrière 
(les  montagnes  de  glace  qui  ne  permettent  pas  d'ap- 
procher. On  était  alors  par  65®  lo'  de  lat  S.,  et 
1 1 7°  4'  de  long.  E.  (  1 1 4"  44'  àe  Paris). 

Tels  sont  les  faits  qui  résultent  du  journal  du  capi- 
taine Balleny.  Il  est  fâcheux  que  tous  les  renseigne- 
ments fournis  sur  cetle  navigation  soient  fort  succincts 
et  incomplets;  que  le  capitaine  Balleny  n'ait  point  visité 
les  terres  qu'il  a  aperçues,  et  que  nous  n'en  possé- 
dions pas  de  cartes. 

C'est  aussi  vers  les  parages  antarctiques  que  le  lieu- 
tenant Ch.  Wilkes  a,  d'après  les  ordres  du  gouvernement 
des  États-Unis,  dirigé  ses  explorations.  Ayant  mis  à  la 
Yoile  le  1 8  août  1 838  avec  cinq  navires ,  dont  le  com- 
mandement lui  avait  été  confié,  il  arrive  à  Rio-Janeiro 
le  s3  novembre  après  avoir  visité  les  lies  Madère  et  du 
cap  Vert,  et  constaté  que  onze  écueils  ou  dangers  qui 
étaient  marqués  sur  nos  cartes  et  effrayaient  les  navi- 
gateurs doivent  en  être  effacés  ;  il  procède  ensuile  à  la 
reconnaissance  du  Rio-Negro  de  Patagonie  et  des  côtes 
environnantes,  se  rend  de  là  à  la  Terre  de  Feu,  y  laisse 
une  partie  de  sa  division ,  et  se  dirige  avec  le  reste 
%ers  l'océan  Antarctique  entre  le  io5^  de  long.  O.  (107* 
90'  de  Paris)  et  la  côte  occidentale  de  la  terre  de 
Palmer  ;  il  revient  ensuite  rejoindre  les  bâtiments  qu'il 
avait  laissés  à  la  Terre  de  Feu,  et  arrive  à  Vatparaiso 
le  l'S  mai  1839.  Au  mois  de  décembre  de  la  même 
année,  il  part  de  Sidney,  rencontre,  le  10  janvier  i84o, 
la  première  lie  de  glace  par  6 1»  de  lat.  S. ,  entre  dans 
une  baie  couverte  de  glaces  au  64*  1 1^  de  lai.  et  164^ 
53^  dç  long.  E.  Dans  la  matinée  du  19,  il  aperçoit  U 
terre  au  sud  et  â  l'est ,  et  se  trouve  le  même  jour  par 


(  36S  ) 

ggo  2of  de  lat'  ^  1040  27'  de  long.  E.  Le  sd .  «e  trou- 
vant p«r  67^  4  1'  de  la^.  et  i47°  3q'  de  long.  E.  (  i^fi** 
10'   de  Paris),  le  point  le  pJus  avancé  queTexpédi- 
lion  ait  atteint ,  il  croit  apercevoir  des  indices  dénotant 
1«*  voisinage  de  lu  terre.  Mais  une  barrière  infrancbis- 
fable  de  glace  arrête  sa  marcbe;   aussi  appelle-t-il  ce 
iieu  baie  du  Désxipfjointeinent.  Forcé  de  rétrograder  jus- 
qu'à treize  fois  consécutives,  Wilkes  atteint  le  28,  à 
midi ,  le  66°  33'  de  lut.  par  t4o<'  5q'  de  lofig.  E^  (iSS» 
10' de  Paris)  ;  la  terre  y  était  encore  en  vue  dai^  la 
direction  du  sqti  ;  c'était  probablement  la  même  que 
M'  d' Dr  ville  a  nommée  J  délie.  Le  commandant  amé- 

• 

ricaiu  s'en  approche;  mais  le  vent  était  tellement  im- 
pétueux, qu'il  y  eut  impossibilité  d'aborder;  il  çn  était, 
le  9  février,  à  envii^on  60  milles,  ^yant  d'immenses  fa- 
laises de  glace  entre  son  navire  et  cette   terre   à  la- 
quelle il  donne  le  nom  de  Continent  AnJ arctique.  Elle 
ne  cesse  pas  d'être  visible  le  8  (1)  et  le  10;.  on  la  dis- 
tiogu^  eocore  le  1  s  par  64*  57/  4^  lat.  et  11  a*"  de  Icin^. 
£.  ,etle  i3  par  63"  11'  de  lat.  et  ^07*  4^'  de  lon|;.  Ce 
dernier  jour,  elle  n'est  plus  éloignée  que  de  trois  à  quatre 
Plille^;  mais  le  bâtiment  se  troMvait  entouré  de  mo^nta- 
gnes  de  glace  cojç/'^es  et  garnies  de  fragments  de  terre. 
Un  prend  sur  l'une  d*ellés  de  nombreux  échantillons  de 
sable I  de  pierre  et  de  quartz,  dont  quelques  uns  pe- 
saient cent  livres.  Le  1 7  du  même  mois  de  février ,  se 
trouvant  par  64*  de  lat.  S.  et  97*"  3o'  de  long.  E.,  op 
voit  de  nouveau  la  terre ,  mais  alors  à  une  grande  dis- 
twce.  au   S.-O.   Emprisonné  pour  ainsi  dire  par  les 
glaces  qui  tournaient  au  nord  et  à  Test ,  Wilkes  ne 
pouve^nt  avancer  que  d^ns  la  direction  de  l'ouest,  est 
eonlraii9[t  de  se  retirer  aj^rès  avpir  parcouru  près  de 

(i.  Par  65"    3    de  Ul.  S.  et    127'  7'  lon(j.  E.  (i^J*  47'  de  Paris). 


(  564  ) 
6o  degrés  en  longitude  le  long  de  la  bande  septentrio-* 
nale  des  nouvelles  terres  antarctiques,  dont  il  confirme 
l'existence  sans  avoir  pu  cependant  y  poser  le  pied. 

L'observation  que  nous  avons  faite  en  parlant  du 
voyage  du  capitaine  Balleny  peut  s'appliquer  à  l'ex- 
pédition du  lieutenant  Wilkes.  Nous  ne  possédons  à 
ce  sujet  que  des  rapports  fort  succincts  et  pas  de 
cartes. 

La  quatrième  expédition  dans  les  mers  polaires 
dont  nous  avons  à  vous  entretenir,  celle  de  MM.  Dease 
et  Simpson,  a  été,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  dit,  di- 
rigée vers,  le  pôle  arctique.  On  sait  qu'en  1 77  ■  » 
Samuel  Hearn  visita  la  rivière  qui  fut  appelée  Copper^ 
Mine  ou  de  la  Mine  de  Cuivre,  et  reconnut  qu'elle  a 
son  embouchure  dans  une  mer  ouverte  ;  que  dix-huil 
ans  plus  tard  (178g),  Alexandre  Mackensie,  en  se  diri- 
geant plus  à  l'ouest,  descendit  le  fleuve  qui  porte  si 
justement  son  nom ,  et  atteignit  la  même  mer  polaire 
au  69^  i4'  de  lat.  ;  qu'en  i8s6,  Franklin  et  Back  lon- 
gèrent la  côte  à  l'ouest  de  ce  dernier  fleuve  l'espace 
d'environ  070  milles  ,  et  que ,  forcés  de  s'arrêter,  ils 
laissèrent  une  lacune  entre  le  point  extrême,  terme 
de  leur  exploration  et  le  cap  Barrow.  Celle  lacune  • 
MM.  Dease  et  Simpson  l'ont  remplie  en  1837. 

Partis  le  i^'  juin  du  fort  Chippewyan  sur  le  lac 
Athabasca ,  ces  voyageurs  descendirent  d'abord  le 
Mackenzie  ,  et  arrivèrent  dans  la  mer  polaire  à  Te'm- 
bouckure  la  plus  occidentale  de  ce  fleave  que  Fran- 
klin chercha  vainement,  et  qui  est  située  au  68* 
49'  de  lat.  N.  par  136*"  if  de  long.  O.  du  méridien 
de  Greenwich  (  iSS**  Ô7'  de  Paris  ).  Comme  Franklin 
et  Back,  ils  longèrent  la  côte  en  se  dirigeant  &  l'ouest 
au  milieu  des  glaces  jusqu'au  Retum-Beef,  qui  fait 
parlie  de  celle  chaîne  d'écucilseld'ilols  qui  court  pen- 


(  365  ) 

(lant  l'espace  de  900  milles  parallèlement  à  la  côle,  à 
la  distance  d'environ  une demiJieue.  De  ce  point»  qui 
n'avait  été  dépassé  ni  par  Franklin  ni  par  aucun  autre 
voyageur,  en  suivant  toujours  à  l'ouest  160  milles 
d'une  côte  non  encore  explorée,  ils  arrivèrent  au  cap 
Barrow,  auquel  M.  Elson,  master  du  Blossom,  était  par- 
venu en  venant  du  côté  opposé  ,  et  atteignirent  ainsi 
le  but  qu'ils  s'étaient  proposé. 

On  sait  aussi  que  ces  mêmes  voyageurs»  après  avoir 
remonté  en  bateau  la  rivière  Dease ,  et  avoir  traversé 
les  lacs  Dismal.t  que  Simpson  avait  découverts  Thiver 
précédent,  se  rendirent  de  l'embouchure  de  cette  ri- 
vière, où  ils  se  trouvaient  le  6  juin  1 83o ,  au  fleuve 
Coppermine,  dont  ils  descendirent  tous  les  rapides; 
que,  parvenus  à  l'embouchure  de  ce  fleuve  dans  l'o- 
céan Glacial  le  1*'  juillet,  ils  y  furent  emprisonnés  par 
lesglaces  jusqu'au  17»  et  que,  poursuivant  avec  la  plus 
grande  difficulté  leur  course  à  l'est  le  long  de  la  côte, 
ils  doublèrent,  le  sg  ,  cet  autre  cap  Barrow  qui  leur 
doit  son  nom,  et  qui  s'af  ance  dans  le  golfe  du  Couron- 
nement {Coronationgulf),  Ne  pouvant  traverser  le  golfe 
Bathurst,  que  couvrait  en  ce  moment  une  couche 
épaisse  déglace,  pour  se  rendre  directement  à  la  pointe 
Tumagain^  ils  se  virent  forcés  de  faire  un  circuit  de 
i4o  milles  par  le  détroit  arctique  {articsound)  et  les  lies 
Barry,  et  après  avoir  doublé  le  cap  Flinders,  ils  se  trou- 
fèrent  enfin  le  so  août  arrêtés  de  nouveau  par  les  glaces 
au  68"*  1 6'  de  lat.  N.  par  1 09^  3'  de  long,0.  :  c'était  le  môme 
lieu  où ,  à  la  même  époque  rie  1 8si  i ,  Franklin  avait 
eu  la  mer  libre.  On  sait  enfin  que  là  ,  Simpson ,  se 
séparant  momentanément  de  Dease,  entreprit  par 
terre  une  excursion  en  se  dirigeant  d'abord  à  Test,  et 
ensuite  au  nord-nord-est  et  au  nord-est ,  en  suivant  les 
anfraciuosttés  de  la  côte  ;  que  pendant  les  dix  jours  que 


(  366  ) 

dura  celte  excursion  pédestre,  il  découvrit  au  ii4)rd  une 
grande  terré  qu'il  ûppela  Terre  Victoria,  dont  la  pointe 
nord-<^5l  reçut  le  nom  de  cap  Pelly;  que,  monté  sur 
un  terrain  élevé,  il  vit  au  midi  de  cette  terre  «ne  vaste 
mer  etilièretnent  libre  de  glaces,  et  parsemée  d*une 
multitude  d'Iles  de  diverses  grandeurs.  Il  avait  suîii 
I  xo  milles  d'une  côte  vierge  encore  d'exploration  dans 
ce  court  espace  de  dix  jours  après  lesquels  il  dut  re- 
joindre Dease.  Le  S  septembre ,  ils  étaient  rentrés  tous 
deljx  dans  lé  Coppermine.  L'année  suivante  (  i  SSg),  an 
mois  de  juin,  Dease  et  Simpson  descendirent  cette 
même  rivière  dans  des  canots.  Après  avoir  atteint  ia 
chute  appelée  Bloûdy  Fall ,  ils  explorèrent  la  rivière 
Bichardson^  découverte  etl  i836 ,  et  dont  l'emboudiure 
est  située  au  B7<'  54'  de  lat.  N.  et  au  ii5*56'de  long.  Q. 
Deasé  et  Simpson  ]^ébètrent  ensuite  dans  les  intervalles 
des  glaces ,  et  attei]gnent  le  cap  Barrow  do  sommet 
duquel  iU  aperçoivent  avec  autant  de  surprise  que 
de  Satisfaction  le  grand  golfe  du  f40u rondement  (Coro- 
nation  Gulf) .  complètement  libre  de  ^laeesi  Prenant 
terre  au  cap  Franklin,  ils  doublent,  le  97  et  le  a8v  le  cap 
Âlèxander.  Entre  ee  dernier  cap,  situé  au  68<*56'de  lat. 
N.  et  m6*  40' de  long.  O. ,  etun  autre  point  remarquable, 
qui  est  par  lat.  68^3i'etlong.  gS^'io',  laoôte  arctique 
forme  une  baie  qui  s'étend  au  sud  jusqu'au  67*  ^o\ 
Vers  le  ct^ntre  de  cette  baie,  une  rivière  deux  fois  aussi 
large  que  le  Coppermine ,  et  à  laquelle  ils  donnent  le 
nom  de  rivière  de  l'Ours  Blanc  (  ff^hiie  Bear  Btvét)  se 
découvre  à  leurs  yeux;  elle  se  jette  dansb  mer  Glaciale 
par  6^"  a'  de  lat.  et  io4*  i5'  de  long.  Des  Iles  innom- 
bràbleë  se  montrent  k  peu  de  distanœ^  Vere  l'est  »  les 
Voyageurs  anglais  découvrent  et  traversent  un  long  dé* 
tirolt  large  de  10  milles  à  chaque  extrémité ,  et  formant 
dàlfis  lis  ttillieu  un  étroit  chenal  de  3  milles  saulemeni. 


(  36;  ) 
obstrué  par  des  Iles.  Ce  détroit  les  conduit  à  l'embou- 
chure de  la  grande  rivière  du  Poisson ,  du  capitaine 
Back;  après  avoir  traversé  cet  estuaire,  ils  prennent 
terre  par  68*  4'  de  lat.  et  g^"  55'  de  long. ,  sur  un 
rocher  qnî  rieçoil  le  tiotn  de  cap  Brûannîà;  Ils  )  élè- 
vent une  pîle  conique  de  i4  pieds  de  haut  pouf  con- 
slatet  la  prise  dé  possession.  Simpson  fait  remat-quer 
ici  que  ,  par  suite  dé  la  proximité  du  pôle  tnagtié- 
tique  ,  la  bbusïole  tie  donnait  plus  de  rébultatd  cer- 
tains, mais  qu  on  y  suppléait  par  des  observations 
astronomiques.  Après  avoir  poussé  leur  exploration  de 
cette  côte  jusque  par  68*  58'  N.,  él  gS*  7'  0.,  ils  sont 
èfifitt  forcés  de  rf^venir  sur  lieurS  pà^,  et  traversent  dé 
nouveau  Tembouchlite  de  la  rivière  de  Back.  A  l^ouès't 
du  eâp  Ogle,  le^  voyageurs  pénètrf^nt  dans  une  baie 
lohgué  et  étroite,  s'ètôndant  jusqu'au  68^  paratlète, 
et  \h  en  sortt^nt  pohr  suivre  pendant  i^espâcé  de  60 
milles  les  côtes  d'utie  teire  couveKe  d*ôssenient)3  dé 
rennes  et  de  boeufs  musquéà ,  et  offrant  dés  traces  dé 
quelques  anciens  campedients  cleë  tlaturels.  Ob  avait 
pris  d'aboitl  cette  tei^re  pour  deUl  lies  ;  mais  on  éroit 
reconnaître  maintenant  qu'elle  foriAe  la  partie  inérl- 
dionale  de  la  Boôthia^  où  se  trouve  le  éap  Félix  du  capi- 
taine Jao^es  Ross.  Parvenus  au  68^  4 1  '  de  lat.  et  par  gS^^ 
^t'  de  long.  O.,  à  57  milles  seulemetit  du  point  éx- 
trème  reconnu  par  le  capitaine  James  Ross,  te!}  voya- 
geurs terminent  l'exploration  de  celle  côte,  et  traver- 
sent, le  %h  août,  le  détroit  déjà  visité  quelques  jours 
auparavant. Us  explorent  ensuite  la  côte  de  la  terre  f^tc- 
toria  pendantrespacedeplusdèkSn  milles,  et  rentrent, 
le  16  septembre,  dans  le  Cbppertnine  après  avoir  accom- 
pli la  plus  longue  navigation  en  bateau  qui  ait  été  faite 
dïih^  la  mer  polaire.  Grâce  &  ces  intrépides  Voyageurs, 
il  ne  tlistë  pluà  à  f  ètîonn^itro  que  le  Ibnd  du  golfe  de 


(  368  ) 

Bootbia  »  dont  le  circuit  jusqu'au  détroit  de  la  Furyet 
l'HécIa»  est  évalué  par  les  Esquimaux  à  4  ou  5oo  milles. 
C'est  aujourd'hui ,  à  ce  qu'il  parait .  la  seule  lacune 
qui  existe  dans  la  géographie  des  côtes  de  l'Amérique 
septentrionale.  Elle  eût  été  probablement  remplie,  si 
les  vents  contraires  et  des  glaçons  énormes  n'eussent 
pas  empêché  le  capitaine  Back  de  compléter  l'explo- 
ration de  ce  golfe  avec  les  canots  de  la  Terror,  et  de  se 
réunir  ensuite  à  MM.  Dease  et  Simpson  à  la  rivière  du 
Grand  Poisson  ou  de  Back. 

Outre  les  voyages  aux  mers  polaires  dont  nous  ve- 
nons de  vous  entretenir ,  d'importantes  explorations 
ont  eu  lieu  par  terre  dans  l'année  i  SSg.  Vous  connais^ 
sez  déjà  par  de  précédents  rapports  celles  qui  ont  été 
faites  dans  l'Asie-Mineure  par  M.  William  Ainsworth  ; 
dans  l'Arménie  ,  le  Kurdistan  et  la  Suûane  par 
M.  Texier,  et  dans  la  Guyane  par  H.  Schomburgk»  et 
vous  avez  reçu  pendant  la  même  année  des  communi- 
cations du  plus  haut  intérêt  de  MM.  Antoine  d'Abba- 
die  et  Lefebvre  sur  l'Abyssinie;  de  M*  Bertou,  auquel 
la  science  doit  des  recherches  curieuses  sur  l'emplace- 
ment de  Tyr,  sur  la  dépression  de  la  vallée  du  Jour- 
dain et  de  la  mer  Morte ,  ainsi  que  sur  les  trois  vallées 
successives  qui  s'étendent  entre  cette  mer  et  le  golfe 
Arabique,  et  qu'il  a  parcouru  le  premier;  enfin»  de 
M.  Botta,  qui  vous  a  fourni  des  informations  si  neuves 
sur  l'Arabie  méridionale.  Nous  nous  proposons  d'arrê- 
ter plus  spécialement  votre  attention  sur  les  voyages  de 
M.  Schomburgk  et  de  M.  d'Abbadie. 

Au  mois  de  novembre  1 834  •  1&  Société  géographi- 
que de  Londres  ayant  décidé  qu'une  expédition  de  dé- 
couvertes serait  chargée  d'explorer  l'intérieur  de  la 
Guyane  anglaise»  d'abord  pour  faire  des  recherches 
sur  la  géographie  physique  et  astronomique  de  cette 


colonie,  et  ensuite  pour  lier  les  positions  qu'on  aurait 
établies  avec  celles  de  H.  le  baron  Alexandre  de  Hum- 
boldl  sur  le  haut  Orénoque ,  le  soin  de  diriger  cette 
expédition ,  qui  devait  durer  trois  ans,  fut  confié  à 
M.  Robert  Hermann  Scbooiburgk.  Il  quitta  George- 
Town,  chef-lieu  de  la  Guyane  anglaise,  le  si5  septem- 
bre 1 835  y  et  dans  ses  premiers  voyages  terminés  au 
mois  de  juillet  i838,  remonta  l'Essequibo  jusqu'à  la 
cataracte  de  Guillaume  ly^^  située  au  3^  i4'  Sa''  de 
lat  N. ,  c'est-à-dire 4o  et  quelques  minutes  de  latitude 
plus  au  sud  que  le  confluent  du  Rupunoony, considéré 
comme  la  limite  de  la  colonieducôté  du  Brésil;  explora 
les  rivières  de  Berbice  et  de  Corentin  ;  remonta  ensuite 
de  nouveau  l'Essequibo  jusqu'à  sa  source  dans  la  Sierra 
d'Acaray  par  o*  4>'  de  lat.  S.  ;  mesura  la  hauteur  de 
l'Ataraipu  ou  roc  du  Diable,  ainsi  que  celle  des  monts 
Carama  ,et  retourna  au  fort  San  Joaquim  sur  la  rive  orien- 
tale du  Takulu,  non  loin  de  son  confluent  avec  le  Rio- 
Branco.  Après  avoir  attendu  dans  cet  établissement 
portugais  jusqu'au  ao    septembre  la  fin   de  la  sai- 
son des  pluies,  IL    SchomburgL  remonta    le    Rio- 
Branco  et  ses  affluents,  visita  les  montagnes  de  Cristal, 
que  Nicolas  Uortsman  passe  pour  avoir  fait  connaître  le 
premier  en  Europe ,  ainsi  que  la  chaîne  des  monts 
Roraima,  se  dirigea  ensuite  au  sud,  pois  à  l'ouest,  suivit 
le  cours  du  Périma,  et  se  trouva,  le  96  décembre, 
à  une    chute    de  cette  rivière  appelée  Warimième 
dont  il  put  fixer  la  position  au  3*  l^i'  ^&'  de  lat.  N. 
Ne    pouvant    plus    continuer ,  sa    route    par    eau  » 
Schomburgk  se  dirige  par  terre ,  au  commencement  de 
janvier  1 839»  par-dessuades  montagnes  de  5  à  600  pieds 
de  haut  à  travers  lesquelles  coule  le  Kaimakuni;  et  il 
reconnaît  que  le  Merewari   est  placé   sur  les  cartes 

XVII.    JUIN.     2.  !24 


(  570  3 

trop  à  Touest.  Il  venait  d'entrer  dans  le  syslètne 
fluvial  de  TOréfioque»  et  se  croyait  au  moment  d'en 
atteindre  les  sources  ^  lorsque  ses  guides  indiens ,  ef- 
frayés par  la  nouvelle  d'une  incursion  des  Kirishanas 
qui  habitent  les  montagnes  entre  l'Orénoque  et  TO- 
camo,  refusèrent  positivement  de  poursuivre  leur 
voyage  dans  cette  direction»  et  il  se  vit  obligé  de  re- 
tourner sur  ses  pas*  Son  seul  espoir  maintenant  était 
d'a;tteindre  Esméralda  ;  il  y  parvient  enfin  le  st  février. 
Le  but  qu'on  lui  avait  fiiLé  était  atteint  :  ses  observa- 
tion scommencées  sur  la  côte  de  la  Guyane  se  trou- 
vaienlliées  sur  le  hautOrénoque  avec  celtes  de  M.  de 
Humboldt.  La  badteur  du  mont  Duida ,  situé  à  peu 
de  distance  d'Esméralda»  est  mesurée  par  Scbomburgk, 
et  ses  calculs  coïncident  d'une  manière  très  remarqua- 
ble avec  ceux  que  l'illustre  savant  prussien  avait  faits 
près  de  quarante  ans  avant  lui.  11  fisc  ensuite,  d'après 
huit  observations  de  hauteur  mérîdieniie  d'étoiles,  la 
latâlude  d'Esméralda  A  3*  1 1'  9''  ;  suivant  M.  de  Hum- 
bcridt ,  elle  serait  de  S*  1 1'.  Après  avpir  quitté  cette 
place ,  SchombuTgk  descend  l'Oréttoque  daps  la  direc- 
tion ouest^nord-ouest ,  abandonne  bientôt  la  branche 
principale  de  ce  fleuve  pour -entrer  dans  sa  brandie  se- 
condaire, qui  porte  le  nom  de  Gassiqoiare  ou  Caseiare, 
la  descend  en  se  dirigeant  vers  le  sud-ouest  jusqu'à  sa 
jonction  avec  le  Rio-Negro,  et  arrive,  le  4  mars, mu 
village  de  San  Carlos ,  où  M.  de  Humboldt  se  trouvait 
en  1800.  Le  26^  Schombur^  était  parvenu  au  pointde 
jonction  du  fiio-Neg^o  et  du  Rio-Branco;  il  remonte 
cette  dernière  rivière  en  se  dirigeant  au  àovd*est,  at- 
teint de  nouveau  le  fort  San  Joaquim  ,  le  sa  avril ,  et 
poursttlvunt  sa  roule  au  nord ,  se  retrouve  è  Geoi^ge- 
Town  le  ao  juin  1839.  Il  a  ainsi  fait  en  sept  iHois, 


(  37«  ) 
pendant  son  dernier  voyage ,  un  circuit  qu'il  évalue  à 
fl,aoo  aiillea ,  et  reconnu  les  sources  des  affluents  sep- 
tentrionaux du  Takutu ,  celles  du  Gazoni  et  du  Parawa  t 
le  Mazarunî ,  les  afBuenIs  du  Parioia ,  le  Merewari , 
i'Orénoque»  et  les  affluents  septentrionaux  du  Rio- 
Negro  jusqu'à  son  confluent  avec  le  Aio^Branco,  qu'il  a 
remonté  en  vingt  jours  l'espace  de  3oo  milles  en  étu- 
diant le  pays  et  ses  habitants  »  et  déterminant  la  posi- 
tion d*un  grand  nombre  de  lieux  par  des  observations 
astronomiques  que  tout  porte  à  croire  exactes.  De  l'a- 
nalyse succincte  que  nous  venons  de  faire  des  voyages 
de  M.  Schomburgk ,  il  résulte  que  non  seulement  il  a 
rempli  les  inlentions  de  la  Société  géographique  de 
Londres,  mais  qu'il  a ,  surtout  dans  ses  dernières  ex- 
cursions, étendu  fort  avant  et  presque  exclusivement 
ses  recherches  dans  le  Venezuela  et  la  Guyane  brési- 
liemie ,  en  cherchant  peut-être  à  étendre  un  peu  trop 
les  limites  de  la  Guyane  anglaise. 

Quoique  oesQÎt  en  1 838  que  I0  principal  voyage.de 
M.  d'Abbadie  en  Abyssinie  a  été  exécuté ,  comme  c'e$t 
peodanftle  cours  de  Tannée  iSSg  qu'il  l'a  communi- 
qué è  la  Société,  et  que  et  voyageur  est  retourné  dans 
ce  pays  tera  le  mîUeu  de  celte  .dernièi^  année  pour  -y 
continuer  ses  explorations ,  nous  croyons  que  ces  tra- 
vaux ne  sortent  pas  du  cadre  de  notre  programme. 
Parti  de  France  au  mois  d'octobre  1837,  ^'  d'Abba- 
die se  rend  d'abord  à  Alexandrie ,  de  là  au  Caire ,  où 
il  s'arrête  pour  se  perfectionner  dans  la  langue  arabe. 
Il  traverse  ensuite  le  désert,  arrive  à  Chossavr»  où  il 
s'embarque  sur  la  mer  Rouge,  et  atteint  Djeddah, 
port  le  plus  important  de  cette  mfBr  après  Mokka,  «t;  sur 
lequel  il  nous  donne  de  curieux  renseignements.  Pois 
retournant  en  AfHqoe ,  il  reste  près  de  deux  mois 


(  S;^  ) 

dans  l'Ile  de  Moussccwiivou,  qu'il .faii  bien  connaltie,  et 
visite  ensuite  la  province  de  Tœgrdy  et  Gondar*  Là, 
répuîsement  de  ses  ressources  pécuniaires  le  force»  à 
son  grand  regret ,  de  rebrousser  chemin ,  et  de  gagner 
rËgyple  »  résolu  de  revenir  bientôt  poursuivre  le  cours 
de  ses  lechercbes;  ce  qu'il  n'a  pas  manqué  de  faire; 
car  après  un  séjour  de  quelques  mois  en  France  »  on  le 
retrouve  avant  la  fin  de  i  SSg  dans  TAbyssinic  ,  qu'il 
parcourt  encore  en  ce  moment  •  eu  voyageur  aussi  in- 
struit qu'intrépide.  Mous  lui  devons ,  outre  des  infor- 
mations précieuses  sur  plusieurs  localités  de  TAbyssi- 
nie.sur  les  mœurs  et  les  divers  dialectes  de  ses  habitants, 
iin  itinéraire  du  pays  des  Somtdi  qu'il  a  recueilli  à  Uokka 
de  la  bouche  d'un  pilote  de  cette  tribu,  sur  laquelle  il 
iious  a  fourni  une  intéressaate  notice.  Zélé  correspon- 
dant de  la  Société,  M.  Antoine  d'Abbadie  a  déployé 
•depuis  le  commencement  de  ses  voyages  en  Afrique  et 
en  Asienne  rare  persévérance,  et  a  montré  un  cou- 
rage eitraordinaire  que  le  malheur  qui  Ta  frappé  n'a 
pu  abattre.  Il  consecre  noblement  sa  fortune  et  son 
existence  à  l'extension  des  connaissances  gèographi* 
ques  »  et  en  lui  accordant  aujourd'hui  uae  distinction , 
nous  ne  ferons  qu'acquitter  une  dette  déjà  ancienne. 

Les  importants  travaux  hydrographiques  exécutés  en 
Norvège  pendant  ces  dernières  années ,  s'ib  ne  peuvent 
atrictemènt  parlant  être  considérés  comme  de  Yérita- 
hles  voyages  de  découvertes,  ont  nécessité  néanmoins 
•des  excursions  multipliées»  qui  ont  fait  faire  des  con- 
(|uèles  à  la  science  géographique ,  et  sous  ce  rapport 
ils  ne  sauraient  être  passés  sous  silence  dans  notre 
exposé.  Les  côtes  septentrionales  de  Norvège  »  à  partir 
des  Ilots  d*Halten  dans  la  province  de  Trondhiem ,  si- 
tués au  64"^  I  s' de  lal.  N. ,  n'étaient  pas  encore  scienli- 


(375) 

iiqaeiiienl  connus,  lorsque  en  i8sHdcso£Bciers  norv^ 
gîens^  appartenant  au  corps  du  génie  et  de  la  niarine(i  ) 
furent  chargés  de  les  explorer.  Placés  dans  Torigine  (!i) 
sous  la  direction  de  M.  le  mnjor-général  d'Aubert ,  et 
depuis  la  mort  de  cet  officier-général ,  arritée  en  t85i , 
guidés  par  M.  le  professeur  d'astronomie  Hansteen, 
directeur  de  l'obserratoire  de  Christiania  »  connu  du 
monde  savant  par  son  voyage  en  Sibérie  »  et  par  ses 
observations  ou  plutôt  ses  découvertes  sur  le  pôle  ma- 
gnétique, ces  officiers  ont  eu  à  vaincre  toutes  sortes  de 
difficultés  pour  remplir  la  mission  qui  leur  avait  été 
conCée.  On  sait,  en  effet,  que  les  côtes  de  Norvège, 
coupées  par  un  grand  nombre  de  bras  de  mer  et  par 
des  golfes  profonds  qui  pénètrent  fort  avant  dans  les 
terres ,  sont  bordées  d'une  immense  quaT>lité*de  gran* 
des  et  de  petites  lies  et  d'une  multitude  de  rochers  et 
d*écueils,  et  que,  dans  ce  climat  si  extrêmement  rude  , 
on  ne  pt^ut  employer  ordinairement  qu'un  ou  deux 
mois  de  la  belle  saison ,  qui  souvent  n'en  a  pas  davan-* 
tage ,  aux  investigations  que  le  mauvais  temps ,  des 
brumes  ou  d'autres  accidents  forcent  f  équemment 
d'interrompre.  Pour  explorer  une  contrée  d'une  nature 

(i)  Ce  sont  MM.Vibe  et  Hagerap,  officier»  au  corps  des  ingénieurs, 
et  Paladan,  officier  de  marine.  Plus  lard,  on  leur  adjoignit  MM.  le  ca- 
pitaine des  ingénieurs  Broch,  M.  Due,  officier  de  marine  et  Rynning  , 
lieutenant  d^infanterie. 

(3)  Nous  ne  parlons  ici ,  et  ce  ne  sera  même  que  d'une  manière  fort 
succincte,  que  des  travauxbydrograpliiqnefldesirdtes  de  Non'ègeexé- 
cotés  depuis  que  ce  royaume  a  été  uni  k  la  Suède,  et  qui  n*ont  été 
commencés  qu*en  i8a8.  Le  rapporteur  termine  en  ce  moment,  et 
publiera  prochainement  dans  le  Bulletin  de  la  Société  de  géographie 
une  Notice  détaillée  stir  ces  travaux,  ainsi  qne  Hur  les  ira\aiix  de 
néme  nature  eff<'Cturs  antérieurement  pendant  le  iempK  on  U  Nor- 
v^e  dépendait  du  Danemaïk. 


(  574  ) 
aussi  dilDcile,  pour  fiier  par  des  opérations  aslro- 
nomîcolrigonométriqiies  des  posilions  qui   jus )u'h* 
lors  D'avaient  pas  roèmc  été  examinées,  les  officiers 
norvégiens  onl  dû  faire  des  excursions  muUipliées.  aou* 
▼ent  périlleuses,  tanièl  en  bateau  dans  Vintérieur des. 
bras  de  lùer  et  des  golfes  entre  les  lies  et  les  rochers, 
et  le  long  de  côtes  déchirées  et  semées  d*écueils  •  tan- 
tôt à  pied  pour  donlourner  ces  mêmes  bras  de  mer  et 
ces  golfes,  et  pour  suivre  les  anfractiiosîtés du  terrain. 
Arrivés  à  Nordkyn,  dans  le  Finmark  sous  le  71*  10' 
de  lat.  N. ,  des  difficultés  nouvelles ,  et  telles  qu'on  les 
jugea  insurmontables,  ne  leur  permirent  même  plus 
de  continuer  leur  réieau  de  triangles  plus  &  Test  en 
prolongeant  la  côte.  A  partir,  en  effet,  de  ce  promon- 
toire placé  à  l'est  du  cap  Nord ,  et  le  plus  septentrio- 
nal (lu  continent  de  l'Europe  »  la  c6le  n'offre  pas  d'Iles 
sur  lesquelles  on  puisse  trouver  des  points  de  Iriangn- 
lotion  ;  elle  manque  en  même  temps  de  port  où  il  sait 
possible  de  mettre  à  Tabri  le  bateau  du'  trigonomèlre 
pendant  qu'il  se  livre  h  ses  travaux  ;  le  pays  enfin ,  â 
ct:tie  haute  latitude,  n'offre  aucune  espèce  de  ressource 
quelconque  ;  il  est  tout-à*fait  inhabité  #  et  il  n'y  a  peut* 
(Mre  pas  d^exagéralion  à  dire  qu'il  est  inhabitable.  Il 
restait  cependant  une  lacune  importante  entre  Nord- 
kyn  et  la  fioolière  de  Russie;  lacune  que  tous  les  et- 
torts  de  courage ,  de  patience  et  de  talent  des  officiers 
norvégiens  n'avaient  cependant  pu  remplir  directe- 
menl..  On  dut  donc  chercher  à  atteindre  le  même  but 
par  un  autre  moyen.  M.  le  lieutenant  du  génie  Hagerup 
reçut  l'ordre  de  mener  une  suite  de  triangles  jusqu'au 
fond  des  golfes  de  Tana  et  de  Varanger,  et  de  pousser 
son  travail   jusqu'au    point   extrême  qui  touche  à  la 
Laponic  russe  en  liant  son  réseau  avec  Fanl&e  et  f^tf//- 


(  ^1^  ^ 

S9êt  doDl  la  lalîlucle  ei  la  longilude  oui  éié  déleriDÎaéc& 
eo  1769  par  le  père  Hell,  jésuite  aslroooaie  auirickieo». 
qui  s'était  rendu  daos  le  Fiomack  pour  y  observer  le 
passage  de  Vénus  sur  le  disque  du  soloil.  Ces  travaux» 
dont  une  partie  a  été  effectuée  en  JiSSg,  SQPt  aujour- 
d'hui terminés;  et  Us  renseignements  qui  Qous  soi^t 
parvenus  nous  pi>rteiit  ^  espérer  qu'avant  peu  d'an- 
nées OD  possédera  une  cïoJAeotîoA  complète  M  bonnei^ 
cartes  hydrographiques  de  toutes  les  côles  de  Norvège. 
Outre  les  sept  qui  avaieni  déjà  été  publiées  avant  18 14 
sous  la  direction  de  M*  de  L(>vendm»  et  qui  s'étendent 
du  chenal  long  et  étroit  qu'on  peut  iippteler  la  rivière  de 
Trondbiem  (  TrondAi^s  Leed!)  jusqu'aux  frontières  de 
Suède»  lef  oflicier»  norvégiens  en  ont  fait  paraître 
depuis  i8s8  jusqu'à  ce  moment  cinq  nouveUes  cartes» 
toutes  dressées  par  M.  le  lieutenant  du  génie  Vibe»  et 
comprenant  l'espace  de  côtes  qui  s'étend  des  tlolsd'Hal- 
ten  au  69*  i6\  Les  deux  dernières  renferment  les  Iles 
Lofoten  et  Vesleraaien ,  ainsi  que  la  portion  du  conti- 
nent située  à  l'est  de  ces  lies.  Ces  belles  opérations  qous 
ont  paru  dignes  d*ètre  mentionnées  honorablement. 

Plusieurs  voyageurs  russes,  suédois  et  danois,  parmi 
lesquels  nous  nous  bornerons  à  citer  le  D'  Lund,  qui 
explore  depuis  plusieurs  années  le  Brésil»  ne  sont  pas 
restés  inactifs»  et  leurs  travaux  occuperaient  sans 
doute  une  place  distinguée  dans  le  concours  que  vous 
ouvrez  à  toutes  les  nations;  mais  les  informations  que 
nous  avons  pu  recueillir  à  se*  sujet  sont  encore  mal- 
heureusement trop  vagues  et  trop  incomplètes  pour 
qu'il  nous  soit  permis  d'en  faire  mention  ici.  Espé* 
rons  que  ces  lacunes  ne  tarderont  pas  à  être  remplies. 

Après  ce  compte -rendu  des  voyages  et  des  décou- 
vertes géographiques  qui  peuvent  se  rapporter  à  l'an- 


(  Ô7«  ) 
née  18.Î9 ,  <*l  qui  sonl  parrenus  à  notre  connaissance , 
voIreXommission  croit  devoir  conclure  son  exposé  en 
▼00s  proposant  d^accorder  des  médailles  d'argent  en 
première  ligne ,  à  MM.  Dease  et  Simpson»  et  ensuite  à 
M.  Schomborgk  et  à  H.  Antoine  d'Abbadie. 

Pour  élre  fidèles  à  la  détermination  que  nous  atons 
annoncée  en  commençant,  nous  ne  ferons  que  men- 
tionner simplement  ici  le  nom  du  capitaine  James 
Ross,  auquel  la  science  géographique  doit  tant  de  re 
connaissance  pour  sa  récente  expédition  aux  mers 
polaires  antarctiques.  Ce  sera  aux  commissaires  que 
vous  chargerez  de  vous  présenter  un  rapport  sur  le 
concours  annuel  pour  l'année  1840,  à  vous  faire  con- 
naître et  apprécier  les  importantes  découvertes  de  ce 
célèbre  navigateur. 

Signé  EybiIss,  Johard»  Dcmost  d'Ubvillb^ 
Daussy  , 

DB  LA^  RoQUBTTE ,  fnpporteuT^ 

Parii,  i5  avril  1843. 


/  •    •• 


f»  .    »       ••    •  • 


%    •    »tfi     ••«••• 


(  5/7  ) 


RAPPORT 


fait  au  nom  d'une  Commission  spéciale^  sur  le  Prix 
offert  par  S.  A.  R.  Ms'  le  duc  D*OBLBi!fS ,  pour  la 
découverte  la  plus  utile  à  l*agriculture ,  à  V industrie  ou 
à  l*hwnanité. 


Messibubs  , 

Une  Commission  •  composée  de  Mi\l.  Ëyriès ,  Jomard 
et  de  moip  eut  à  examiner»  au  commencement  de 
Tannée  dernière  »  les  travaux  des  navigateurs  et  des 
voyageurs  qui  auraient  procuré  à  la  France  la  décon- 
verte  la  plus  utile  à  l'agriculture»  à  Tindustrie  ou  à 
rkomanité.  Cette  Commission  eut  l'honneur  de  vous 
rendre  compte  du  résultat  de  son  examen.  Elle  pensa 
que  toutes  les  eonditions  du  concours  ouvert  sur  cette 
question  par  S.  A.  R.  VL^  le  duc  d'Orléans  n'avaient 
pas  encore  été  remplies»  et  elle  vous  proposa,  mes- 
sieurs, de  le  prolonger  jusqu'au  i*''  avril  i845. 

Les  mêmes  membres  ont  été  chargés,  dans  une  de 
vos  précédentes  séances»  d'appeler  de  nouveau  l'at- 
tention .des  voyageurs  sur  une  question  si  importante  ; 
et  c'est  dans  ce  but  que  nous  venons  vous  entretenir 
encore  du  sujet  qui  leur  est  proposé. 

La  géographie  »  considérée  isolément  et  réduite  à  sa 
dénomination  littérale»  se  bornerait  à  la  description 
de  la  terre;  mais  elle  a  voulu  emprunter  l'appui  de 
toutes  les  sciences  qui  pouvaient  agrandir  ou  éclairer 
son  domaine.  Ses  premières  limites  sont  franchies  ; 
elles  embrassent  la  nature ,  et  s'élèvent  par  degrés  &  la 
recherche  des  plus  grandes  lois  de  Tunivers.  Nous 


(578) 

Toulons  connaître  le  rang  qu'occupe  noire  globe  dans 
le  système  pianélaire  auquel  il  appartient;  nous  étu- 
dions les  rapports  de  ses  révolutioas  avec  celles  des 
autres  corps  célestes  :  c'est  par  là  que  nous  mesurons 
nos  propres  mouvements  et  notre  marche  dans  cette 
route  semée  d'étoiles»  où  nous  trouvons  no^  phares» 
nos  signaux  et  nos  guides. 

Si  nous  nous  attachons  moins  à  nos  rapports  avec  ces 
grands  monuments  de  la  création ,  et  si  nous  descen- 
dons des  hauteurs  du  ciel  pour  abaisser  nos  regards 
sur  la  terre ,  il  ne  nous  suffit  plus  d'observer  les  phé- 
nomènes qui  éclatent  à  sa  surface  et  qui  varient  selon 
}es  saisons ,  la  température  et  d*autres  causes  physi- 
ques et  accidentelles;  nous  désirons  connaître  les 
richesses  dont  la  terre  est  ornée  ;  nous  suivons  Tes  ra- 
ces vivantes  qoT  la  parcourent.  L'homme,  placé  à  ta  (été 
de  la  création  »  se  met  en  rapport  avec  tous  les  objets 
qui  l'environnent;  et  plus  tes  connaissances  géographi- 
ques que  nous  acquérons  se  rapprochent  de  nous  et  de 
notre  condition  sur  fa  terre ,  plus  elles  nous  attachent 
et  nous  paraissent  utiles  ;  elles  ont  pour  nous  nn  in- 
térêt personnel  ;  et  s*il  faut  comprendre  au  nombre 
des  pins  précieuses  conquêtes  de  la  science  la  connsds- 
sance  do  bien  que  l'on  peut  faire  aux  hommes;  jamais 
sujet  de  prix  ne  mérita  mieux  d'exciter  Témulation 
des  voyageurs  que  celui  dont  nous  vous  entretenons 
aujourd'hui. 

Parmi  les  productions  de  la  terre,  nous  avons  A  re- 
marquer avant  tout  celles  qui  furent  destinées  &  no- 
tre usage ,  soit  qu^elles  concourent  &  notre  bien-être 
ou  atf  soutien  de  la  vie,  soit  qu'elles  prêtent  aux  arts 
tot  à  l'industrie  quelques  nouveau!  secours  ;  et  si  elles 
appartiennent  à  des  régions  éloignées ,  nous  désirons 


(  579  ) 
pouvoir  les  naturaliser  dans  notre  patrie.  Mais  ces 
transmigrations  eiîgent  beaucoup  de  Hiscernement  et 
de  soins;  elles  ne  peuvent  pas  être  tentées  au  hasard  , 
et  des  études  préliminaires  paraissent  indispensables 
pour  qu'on  puisse  essayer,  avec  espoir  de  succès,  Tac- 
climatatîon  des  végétaux  et  des  animaux  étrangers.  La 
nature  lésa  soumis  à  des  conditions  locales  qui  peuvent 
difficilement  changer.  Ainsi  les  plantes  qui  se  dévelop- 
pentet  acqaièrentlenrspicrs belles  proportions  dans  les 
ReuxaèelIesT sont  indigènes,  dépériraient  dans  d'autres 
contrées  moins  hospitalières;  ainsi  les  animaux  conser* 
vent  dams  le  pays  tiattfl  leur  force  et  leur  beauté  ;  mais 
souvent  une  émigration  lointaine  les  affaiblit,  les  al- 
tère, et  déprave  l'ceuvre  de  la-  nature  :  leur  race  de- 
vient impuissante  et  stérile,  et  s*il  leur  reste  quelque 
entraldém^irl  vers  la  compagne  de  leur  servitude ,  leur 
famille  languissante  et  abâtardie  ne  verra  pas  une  se- 
conde génératiot). 

Chaque  espèce  organique  ou  vivante ,  soit  qu'elle 
adhère  au  sol,  soit  qu'elle  en  parcoure  librement  ht 
smrface,  aurait-elle  donc  été  parquée  dans  une  en- 
ceinte phisoo  moins  vaste,  sans  pouvoir  jouir  aiffeurs 
de  toole  la  plénitude  de  la  .vie?  El  quand  la  nature  lui 
assigna  une  patrie,  ne  pèul^on  pras  du  moins  ch(*rcfaer 
i  en  étendre  les  limites  ? 

Qnefqties  savants  se  sont  occupés  de  T'examen  de 
cette  question  :  hoos  avons  plusieurs  ouvrages  sur  la 
géogrâplilè  botanique  et  ïoolo^ique,  depuis  que  les 
thivaux  de  l'illustre  de  Humboldt  ont  ootert  ou  étendu 
cette  carrière,  et  nous  pouvons  offrir  comme  un  des 
plus  récents  exemples  de  ce  genre  de  recherches  les 
voyages  qae  M.  AiigUàtédé  Sàtnt-Hilâire  a  faits  l'année 
dernière  vers  le  nord  deTEurope,  pour  étudier  jusqu'à 


(  58o  ) 

Droulh«im  la  géographie  des  plantes  et  les  difTérenles 
phases  de  leur  germination;  il  les  a   oliservées  dans 
toutes  les  conditions  de  leur  existence,  de  leurs  défe- 
loppements  et  de  leur  détérioration  »  jusqu'aux  extrê- 
mes limites  où  leurs  semences  avortent  et  disparais- 
sent. Il  avait,  dans  cet  examen  attentif,  à  tenir  compte  de 
la  rigueur  ou  de  la  douceur  de  la  température»  à  remar- 
quer la  variété  des  expositions  et  les  causes  qui  peuvent 
modifieras  efTetsdelalatitude»soitqu'elles  tiennent  à  la 
qualité  du  sol,  soit  qu'elles  dépendent  du  relief  de  la 
terre  et  de  ces  inégalités  de  surface  qui  font  rencontrer 
différents  climats  dans  une  même  région ,  depuis  l'a* 
baissement  de  ses  plaines  et  de  ses  vallées  jusqu'i  la 
cime  des  montagnes  qui  les  couronnent.  Si  les  travaux 
dont  s'occupe  H.  de  Saint-Hilaire  ne  rentrent   pas 
d'une  manière  inunédiate  dans  les  conditions  de  ce 
concours,  du  moins  ils  offrent  un  sujet  d'en^ignemenl 
aux  hommes  dont  vous  encouragez  les  recherches.  Et 
en  efTet,  des  notions  de  géographie  botanique  peuvent 
seules  assurer  la  marche  et  les  succès  du  voyageur  qui 
désire  faire  dans  son  pays  d'utiles  importations  d« 
végétaux  étrangers.  C'est  en  étudiant  les  xones  botani- 
ques ,  c*est  en  rapprochant  par  analogie  les  lieux ,  les 
climats  •  les  expositions ,  que  Ton  parvient  à  ne  pas 
confondre  des  projets  de  naturalisation  bien  conçus» 
bien  préparés  »  ayant  pour  eux  toutes  les  chance»  de 
succès,  avec  ceux  qui  pourraient  être  tentés  inconsidé^ 
rément,  et  sans  que  Ton  se  fût  rendu  compte  de  leurs 
obstacles  et  de  ce  qu'il  y  aurait  d'incompatible  entre 
l'ancien  et  le  nouveau  soL  Le  voyageur,  privé  de  ces 
notions  premières ,  adopterait  au  hasard  les  plantes 
dont  l'utilité  l'aurait  séduit;  il  ne  verrait  que  l'avan- 


(  58'  )■ 
(iige  de  uuus  enrichir  de  leur  culture  ;  il  oublierait  que 
leur  prospérité  tient  au  sol  natal,  et  que,  dans  lu  terre 
d*ezil,  leurs  vertus  peuvent  disparaître. 

Lorsqu'il  s*agit  d'accroître  nos  conquêtes  en  agri- 
culture» de  les  faire  servir  à  notre  usage  habituel ,  de 
rendre  utiles  à  Thumanité  l'acquisition  des  plantes 
qui  ont  des  qualités  curatives,  mais  qui  peuvent  les 
perdre  dans  une  autre  contrée ,  nous  ne  pouvons  trop 
insister  sur  le  besoin  d*éclairer  l'expérience  par  la 
théorie.  Une  pratique  intelligente  peut  seule  inspirer 
de  la  confiance;  elle  évite  les  tâtonnements»  elle 
épargne  les  erreurs. 

Sans  prétendre  embrasser  dans  son  ensemble  la 
géographie  botanique  »  il  faut  du  moins  en  étudier  les 
branches  que  l'on  est  intéressé  à  connaître,  et  dont  il 
s*agit  de  faire  une  utile  application.  Vouloir  le  bien  est 
ouable»  savoir  le  faire  est  un  mérite  de  plus  ;  et  la 
science  a  souvent  une  bonne  part  dans  les  services  à 
rendre  aux  homnles.  Rien  n'est  fortuit  clans  l'accrois- 
sement de  nos  moyens  et  de  notre  bien-être  ;  la  nature 
en  a  créé  le  germe,  mais  c'est  Tintelligence  humaine 
qui  le  développe,  le  fait  fructifier,  et  tend  à  enrichir 
chaque  pays  de  tous  les  êtres  vivants  et  dé  tous  les  corps 
organisés  qui  peuvent  y  être  à  notre  usage.  C'est  par 
ces  secours  et  ces  emprunts  mutuels  que  les  sociétés 
fleurissent,  que  l'agriculture,  les  arts  et  l'industrie  sont 
dans  un  état  progressif,  que  le  génie  des  sciences 
plane  sur  l'édifice  social ,  non  point  pour  se  perdre 
dans  des  spéculations  vagues  et  abstraites,  mais  pour 
éclairer  les  hommes  sur  le  sage  emploi  de  leurs  res- 
sources, et  sur  le  bien-être  qui  leur  est  réservé. 

Si  nous  avons  indiqué  l'étude  de  la  géographie  bota- 
nique  ou  zoologique  comme  utile  au  voyageur  qui  aurait 


(  58a  ) 

à  choisir  dans  d*au(re5  pays  les  plantes  ou  Jes  animaux 
susceptibles  d*êlre  acclimatés  dans  le  nôtre,  d'autres 
connaissauces  sont  nécessaires  à  l'homme  jqui  désire- 
rait procurer  à  la  France  des  découvertes  utiles  à  son 
industrie.  Il  doit ,  pour  arriver  à  un  progrès,  remarquer 
les  points  où  nous  nous  sommes  arrêtés  »  les  machines 
qui  nous  manquent ,  celles  qui  peuvent  être  perfec- 
tionnées; il  doit  connaître  les  besoins  de  la  main- 
d'œuvre  ,  la  différence  de  prix  qui  résiulterait  des  inno- 
vations, et  les  éléments  de  succès  et  de  prospérité  que 
Von  pourrait  s'en  promettre.  L'homn^e  dépourvu  de  ce 
genre  de  lumières,  courrait  le  risque  d'imporler  dans 
son  pays  des  procédés  d'industrie  moins  parfaits  ou 
déjà  connus ,  de  répéter  ce  qu'on  aurait  mieux  fait  avant 
lui ,  et  d'encourager  des  emprunts  quelquefois  plus 
dispendieux  que  ne  le  sont  les  importations  habituelles 
du  commerce. 

Que  restert-il ,  messieurs  ^  &  conclure  des  observa- 
tions que  nous  venonsde  vous  offrir»  sur  la  difficulté  de 
procurer  à  la  France  des  découvertes  utiles  à  l'aj^ricul- 
ture»  à  l'industrie  ou  à  l'humanité  ?,  Loin  de  no,us  la 
pensée  de  décourager  les  voyageurs  qui  tendraient  à  un 
si  noble  but!  mais  nous  avans  voulu  montrer  Tappui 
qu'ils  pouvaient  trouver  dans  leç  sciences, particulière- 
ment dans  celle  de  la  géographie  botanique  et  xoolo- 
gique  •  et  dans  la  connaissance  de  notre  statistique  in- 
dustrielle. Nos  remarques  sont  un  hommdgc  ren^u  à 
la  science ,  k  celle  dont  vous  vous  occupez»  à  celle  qjui 
calcule  tous  les  éléments  du  bien  être  et  de  rovdre,/M>- 
cial.  Les  voyageurs  instruits  vous  saproot  gré  de.  Tap- 
pel  que  vous  leur  faites  en  les  invitant  à  accroître  la 
somme  de  nos  biens.  C'est  à  eux  surtout ^qu'fypm^rtient 
l'espérance  du  succès  :  .vous  cherchez, lemérit^jé^l  :  lui 


(  Ô85  ) 

.seul  doil  remporter  sur  les  prétentions  et  les  tilres  équi- 
voques; et  en  développant  le  sujet  de  prix  qui  vous  oc- 
cupe en  ce  moment  .^  vous  indiques  par  quel  genre 
d*éludes  on  peut  s'en  rendre  plus  digne. 

Quoique  votre  Commission  n'ait  à  porter  aujour- 
d'hui aucun  jugement  sur  un  concours  dont  le  terme 
n'est  pas  expiré,  elle  croit  pouvoir  rappeler  que,  dans 
son  rapport  de  rannéedernière^elle  a  mentionné  de* 
vant  voust  de  la  manière  la  plus  honorable,  les  services 
rendus  par  M.  Perrottet  à  l'agriculture  de  nos  oolonies» 
$es  établissements  de  magnanerie  dam  l'tle  de  Bour- 
bon, et  l'introduction  qu'il  a  faite  en  France  du  mû- 
rier  mu/iicaule^  dont  on  peut  tirer  un  sijgrand  parti 
pour  nourrir  et  élever  les  vers  à  soie. 

Cette  citation  offre  un  exemple  du  genre  de  senrices 
que  notre  agriculture  ou  nptre  économie  rurale  pour- 
rait attendre  des  voyageurs»  soit  qu'ils  fissent  pour 
l'acclimata  lion  du  thé  des  essais  plus  heureux  que 
ceux  de  M.  GujUemin»  dont  ûqus  avons  apprécié  le 
sèle,  et  dont  nous  regrettons  la  perte  récente;  soît 
qu'ils  tentassent  en  Algérie  la  propagation  de  la  codie  - 
nille»  comme  l'exemple  en  a  été  donné  précédemment 
par  M.  Berthelot  dans  les  lies  Canaries;  soit  qu'ils 
pussent  naturaliser  sur  notre  sol  quelque  plante,  pro- 
pre à  la  teinture,  ou  quelque  pla&te  médicinale  et  utile 
à  l'humanité;  soit  enfin  qu'ils  tendissent  à  per(e4)lion- 
ner  différentes  branches  de  notre  industrie. 

Les  transplantations  lointaines  aont  un  des  problè- 
mes les  plus  rares  et  les  plus  di£Qcîlea  de  Tagriculiure. 
Elle  est  généralement  routinière  s  elle  craint  leç  inno- 
vations ;  et  si  elle  a  £ait  en  ce  genre  des  tentatives  in- 
fructueuses, elle  devient  plus  défiante,  et  attejqd  :qtie 
la  marche  lui  soit  tracée  par  d^s  hommes  moiqa  .timi- 


(  384  ) 

(les  ou  plus  écluirés  :  elle  doutait  de  Teipérienee,  mais 
elle  adopte  le  succès. 

Parmi  les  acclimatalioDs  que  la  culture  a  faites  sur 
notre  territoire,  nous  pouvons  remarquer  celle  de  la 
renouée,  ou  de  la  persicaire  des  teinturiers,  désignée 
par  les  botanistes  sous  le  nom  depofygonum  iinctortum, 
et  nous  la  regardons  comme  une  des  plus  heureuses 
importations  dont  on  ait  enrichi  notre  sol  et  notre  in- 
dustrie. Cette  plante  noua  vient  de  la  Chine,  où  l'on 
connaît  depuis  long- temps  ses  qualités isolorantea,  et 
l'on  espère  que  son  emploi  pourra  rivaliser  et  rempla- 
cer, en  cas  de  besoin,  celui  de  l'indigo,  dont  l'achat 
et  la  consommation  deviennent  si  dispendieux. 

Avant  de  songer  à  ses  propriétés  tinctoriales,  qui 
n'ont  été  soumfses  en  Europe  que  depuis  quelques 
années  à  des  expériences  régulières  et  positives  »  nous 
avions  fait  usage  du  pastel,  iscUis  îinotoria;  mais  la  fé- 
cule que  l'on  parvenait  k  extraire  de  ses  feuilles  n'était 
ni  assez,  abondante  ni  assez  riche  de  couleur  pour 
suffire  à  nos  teintures  et  pour  être  recherchée.  Lepatjr" 
gonum  offrirait  plus  d'avantages;  on  a  commencé  à  le 
cultiver  en  pleine  terre  dans  le  midi  de  la  France  ;  et 
quoique  cette  filante  ,  qui  est  vivace  dans  l'Asie  orien- 
tale, ne  soit  plus  qu'annuelle  sur  notre  territoire,  où 
elle  ne  s*élève  communément  que  de  5o  à  80  centt* 
mètres ,  elle  y  conserve  assez  bien  ses  propriétés  colo- 
rantes, pour  qu'il  faille  en  encourager  la  culture,  et 
pour  que  nous  citions  particulièrement  cet  exemple 
aux  voyageurs  qui  tenteraient  d'autres  importations 
dans  notre  patrie. 

La  Société  d'encouragement  pour  l'industrie  natio* 
nale  favorise  également  l'augmentation  de  nos  richesses 
botaniques;  et  depuis  plusieurs  années,  elle  tient  an 


(  S85  ) 

prix  en  réserve  pour  celui  qui  aurait  introduit  et  cul- 
tifé  en  France  quelques  plantes  utiles  à  l'agriculture , 
aux  arts  et  aux  manufactures.  Ainsi  les  coolifs  d'ému- 
lation se  molliplient ,  et  d)e  flalleurs  témoignages  d'es- 
time et  d'approbation  sont  offerts  aux  hommes  qui 
se  consacrent  à  de  si  utiles  recherches. 

Un  champ  encore  plus  vaste  leur  est  ouvert  par  le 
programme  que  nous  venons  ,  messieurs,  de  remettre 
sous  vos  yeux  :  il  inlércsse  h  la  fuis  les  progrès  de  la 
géographie,  Tagriculuire  ,  l'industrie,  l'humanité  ;  et 
noas  désirons  que  rinvilntion  de  prendre  part  h  ce 
noble  concours  puisse  animer  le  zèle  des  voyageurs  , 
et  valoir  à  la  France  d'utiles  découvertes.  II  était  digne 
du  Prince  Royal  de  les  favoriser»  d'y  attacher  un  prix 
n  honorable  à  mériter,  et  de  convertir  en  bienfaits 
pour  la  patrie  les  encouragements  promis  à  la  science. 

Signé  Eyri^s,  Jouard, 

Roux  Dfi  Rochelle^  rapporteur. 


«^ 


xvn.  juiK.  S. 


{  386  ) 


NOTICE 


sur  le  baron  Louis  Costaz  ,  membre  de  l'Académie  des 
sciences  et  de  la  Commission  centrale  de  la  Société  de 
géographie. 


La  Société  vient  de  perdre  uo  de  ses  membres  les 
plus  éminentspar  les  hautes  fonctions  dont  U  avait  été 
revêtu  y  pomme  par  son  zèle  ardent  pour  les  sciences, 
par  la  justesse  de  son  esprit  et  par  Télévation  de  son 
caractère ,  le  baron  Louis  Gostaz,  membre  de  rinstilut 
de  France  et  de  l'Institut  d'Egypte  «  conseiller  d'Et«t, 
ancien  tribun^  préfet»  directeur  {général  des  pools  et 
chaussées,  et  intendant  des  bâtiments  de  la  CouroniMi- 
II  appartient  à  d*autres  de  raconter  en  détail  sa  vie  po- 
litique et  administrative;  c'est  comme  son  compagnon 
de  voyage  dans  la  célèbre  expédition  d'Egypte  »  comme 
son  collègue  dans  la  commission  qui  a  dirigé  la  publi- 
cation du  voyage ,  enfin  comme  étant  sorti  de  l'école 
non  moins  célèbre  dont  il  était  l'examinateur»  quej'ai 
à  vous  parler  de  sa  vie  scientifique.  Cet  hommage  est 
justement  dû  à  l'administrateur»  à  l'homme  de  bien  » 
à  Tami  dévoué  de  la  gloire  nationale  »  à  l'homme  enfin 
que  Napoléon  honorait  de  laplus  haute  estime.  Je  pein- 
drai d'un  seul  mot  la  considération  dont  il  jouissait  à 
l'armée  d'Orient,  si  riche  en  hommes  supérieurs»  et 
ce  mot  appartient  à  l'illustre  Monge  :  •  Adressez-vous 
A  Costaz,  me  disait-il»  c'est  la  troisième  personne  de 
l'armée.  • 

Les  commencements  de  Louis  Costaz  ont  été  modes- 
tes; l'étude  des  mathématiques  l'occupa  jusqu'à  vingt- 


{  '^67  ) 

deux  ans  :  e*étail  la  grande  époque  de  1789;.  il  était 
alors  professeur  d'une  étole  militaire;  plus  talrd  (en 
l'an  tu),  U  était  chargé  d'etamioer  \ea  candidats  à  1*6^ 
cole  polytechnique*  La  grande  École  normale  le  compta 
parmi  ses  chefs  de  conférence  ;  peu  après,  il  profeaa^ 
lea  ixlatbéBaaliqu«s  dans  uike  dés  écoles  centrales  de 
Paria.  Dès  ce  tettpi^  il  s  occupait  des  principes  et  des 
restorlsde  radaûoîslration  publique  «,  et  particulières- 
ment  delà  léig^sWtion  relative  à  l'industrie  et  A  Tafrir 
culture»  matière  qu'il  n*a cesaé  d'éclairer  par  sed  re^ 
cherches  lumineuses  ei  pat  dès  travaux  duraliJe»  qui 
sont  passés  dans  nos  codes. 

On  sait  que  le  milieu]  de  l'an  vi(m»rs  1798)  ftitsîgnalé 
par  lespréparatifsd'une  mystérieuse  entreprise,  confiée 
a  une  arméeappeléearmd'e^/'^/i^/e/tfr/^^iCeu^quien  i'air 
aaient  partie  ignot aient  toussa  dâsUnatian»  le  chef  ex-< 
ceplé  et  bien  peu  avec  luL  Le  iinomphaleur  de  l'Uali^ 
choisi!  ses  collaborateurs  scientifiques  dans  l'École  po^ 
lytecbnique,  et,  àla  tète»Monge,  Berifaollet,  Fourier* 
Costazy  Conté»  Lepère,  professeurs  ou  chefs  d'écoles  « 
a?eç  une  vingtaine  des  principaux  sujets  qui  en  étaient 
sortis,  et  déjà  admis  dans  les  services  publics,  tels  qi|e 
Malus  et  Lancj:et,  pour  ne  pas  parler  dosvivaets* 

L* expédition»  partie  de  Toulon  le  19  mai ,  était  dé>H 
inatlresse  de  Ja  capitale  deTEgypte  le  24  juilteU  l'in* 
sUtut  du  Caire  ouvrait  ses  séances  dès  le  a5  août  1 
11.  Costaz  fut  nonaraé  l'un  de  sesmembres  dans  Lt  sec- 

■ 

tion  des  sciences  ma  thématiques.  U  était  souvent  coor 
suite  pour  les  détails  de  l'organisation  civile  du  pays  et 
pour  les  questions  d'économie  polHique...Il  accompa^ 
goait  le  général  en  chef  Bonaparte  ,  lorsque  q9lui  pi 
découvrit  les  anciens  veat^gf  s  du  canal  dc^.Sufz  ou  can;^ 
des  Peox-Mers  ;  il  le  suixit  ausfi.  flans  rpxpédition  d^ 


(  3«8  ) 

Syrie.  Il  avait  fondé  avec  DesgeneileB  le  Courrier  de  C É- 
gypte^  îournal  scientifique  et  politique  :  il  y  inséra  la 
relation  de  la  traversée  du  désert»  et  il  donna  à  Tlnsti- 
tut  un  mémoire  intéressant  sur  la  marche  des  sables  et 
les  dunes  mobiles. 

Après  la  victoire  d'Aboukir»  le  général  en  chef,  qui 
avait  vu  le  portefeuille  rapporté  de  la  Haute-Egypte  par 
Denon ,  résolut  de  faire  eiplorer  complètement  les  in- 
nombrables trésors  tl 'antiquités  que  renferme  la  Thé* 
baf  de.  Une  nombreuse  commission  d'ingénieurs,  d'ar- 
tistes et  de  naturalistes  fut  désignée  et  partagée  en  deux 
divisions  :  l'une  de  celles-ci  fut  placée  sous  la  direc- 
tion de  M.  Gostaz.  On  sait  quels  furent  leurs  travatix  » 
qui  ont  embrassé  toute  la  région   depuis  le  Fayoun 
jusqu'à  la  Nubie.  Pendant  ce  temps,  le  gouvernement 
de  l'Egypte  avait  passé  aux  mains  de  Kléber  \  artiste 
lui-même  »  il  reçut  les  voyageurs  à  leur  retour  avec  une 
grande  distinction  ;  plus  tard ,  il  leur  accorda  des  pas- 
seports pour  la  Prance^avecdes  recommandations  près* 
santés  pour  que  leurs  observations  fussent  publiées  par 
l'Etat.  Ces  passeports  ne  furent  point  ratifiés  par  la 
Croisière  anglaise.  M.  Coslaz  resta  quelque  temps  en- 
core en  Egypte  ;  il  lut  à  l'Institut  divers  mémoires  qu*on 
trouve  dans  la  Déôade  égyptienne;  il  fut  attaché  à  plu- 
sieurs commissions  d'administration  et  de  comptabi- 
lité, et  il  fut  élu  membre  du  conseil  privée  le  pays  étant 
déjà  presque  mûr  pour  jouir  des  bienfaits  de  notre  ci- 
vilisation et  être  régi  à  l'européenne.  Partout  il  donna 
des  preuves  de  sa  haute  intégrité ,  de  son  zèle  et  de  sa 
capacité  pour  les  affaires.  La  rectitude  de  son  jugement 
et  Tordre  qui  présidait  à  tous  ses  travaux  avaient  leur 
source  dans  la  culture  des  sciences  exactes  :  partout  il 
portait  Tesprit  mathématique.   Son  mémoire  sur  les 


poids  ei  mesures  modernes  de  l'Egypte  sera  toujours 
consulté  (il  pour  la  précision  et  la  solidité. 

On  est  peu  surpris  que  le  Premier  Consul,  à  son  re- 
tour enFrance,  Tait  accueilli  honorablement  et  chargé 
de  fonctions  acti?es.  Appelé  au  tribunat,  il  s*y  occupa 
des  lois  des  finances,  du  système  du  crédit»  du  régime 
des  banques ,  de  la  fabrication  des  monoaies  ,  et  il  ta\ 
élu  président  de  l'assemblée.  Le  chef  de  l'État  le  nomma 
commissaire  pour  la  fondation  de  l'École  des  arts  ei 
métiers,  projetée  h  Gompiëgne;  et,  après  avoir  cour 
couru,  en  1794»  s^v^c  CI.  Pierre  Molard  et  l'abbé  Gré- 
goire, à  la  création  du  Conservatoire  des  arts  et  métiers 
de  Paris^M.  Costazse porta  au  nombre  des  premiersfon- 
dateurs  de  la  Société  d'encouragement  pour  l'industrie 
nationale.  Ce  n'est  pas  son  moindre  tilre  à  l'estimer 
publique ,  puisque ,  depuis  quarante  ans  ,  la  Société  a. 
rendu  et  ne  cesse  de  rendre  à  l'Etat  les  plus  signalés, 
services.  En  i8o4>  il  fut  nommé  préfet  du  département 
de  la  Manche.  Il  y  a  laissé  la  réputation  du  plus  vigi- 
lant et  du  plus  habile  administrateur. 

En  180g,  il  devient  intendant  général  des  bâtiments 
de  la  Couronne.  En  1812,  il  est  élu  candidat  au  Sénat 
conservateur;  l'année  d'après»  conseiller  d'Etat,  puis 
directeur-général  des  ponts  et  chaussées ,  jusqu'au 
moment  où  s'éteignit  l'étoile  de  Napoléon.  Il  suivit  à 
Blois  la  régence  et  perdit  tous  ses  emplois;  pendant  les 
Cent-Jours,  il  fut  nommé  commissaire  extraordinaire 
dans  le  Nord;  peu  après,  il  se  voua  à  la  retraite. 

C'est  là  que  le  nouveau  gouvernement  alla  chercher 
le  savant  administrateur  pour  le  faire  entrer  dans  le 
grand  jury  de  l'industrie.  H.  Costaz  en  fut  nommé  le 

(1}  T.  Afnnnirt  Je  t  Egypte  pour  Van  Vlll.  Imprimerie  do  Kaire. 


(  39o  ) 

rapporteur  en  1819;  irok  autres  rapports  aeitiblables 
lui  avaient  déjà  élé  confiés.  Q  a  su  feîre  de  ces  ècrilale 
tableau  exact  de  nos  arts  dit  ers  ;  c'est  phis  encore,  c*est 
rtiîstoire  raîsonnée  de  leurs  perfectionneraenta  aoc- 
cessîfs. 

M.  Coslazfut  un  des  premiers  à  se  joindre  au  noyau 
des  fondateurs  de  la  Société  de  géographie.  Cet  esprit 
si  juste ,  cet  homme  si  national  appréciait  Tutilité  el 
l'urgence  d'une  telle  création  dans  Hotérèt  de  noire 
commerce  et  de  nos  relations  lointaines ,  comme  dans 
celui  des  découvertes  scientifiques  et  de  la  civilisation. 
En  1899,  il  fut  nommé  vice-président  de  la  Société» 
et,  en  i835,  Tun  des  membres  de  la  Commission  cen- 
trale. 

Ses  connaissances  variées  et  solides  lui  ouvrirent  , 
en  i85i»  les  portes  de  TAcadémie  des  sciences;  il  y  a 
été  le  rapporteur  habituel  du  grand  prix  de  statistique, 
et  il  a  constamment  fait  preuve  d'un  esprit  plein  de 
sagacité.  La  statistique  menaçait  d'envahir  le  domaine 
des  autres  sciences  :  M.  Costaz  a  contribué  h  établir  ce 
principe,  que  la  statistiques  pourobjet  et  pour  limites 
les  choses  susceptibles  d'énumération ,  et  pour  instru- 
ment les  nombres  fournis  par  l'expérience;  d'où  il  suit 
qu'il  fautécarter  d'un  concours  de  statistique  les  pures 
descriptions  qui  manquent  de  ce  caractère. 

Comme  homme  privé ,  M.  Costaz  a  laissé  des  souve* 
nirs  non  moins  honorables  que  comme  savant ,  ou 
bien  comme  homme  public.  Jamais  personne  n*eut  un 
commerce  plus  sûr,  un  caractère  plus  égal  et  plus  con- 
ciliant ,  une  raison  plus  élevée  et  plus  aimable  à  la  fois. 
Sa  mémoire  était  remplie  d'anecdotes;  il  racontait  avec 
enjouement  et  facilité.  Ennemi  de  la  prolixité  verbeuse,. 


(391   ) 

il  écrivait  at ec  concision  ,  sans  sécheresse  :  son  sty.e 
avail  souvent  du  nerf  et  toujours  de  la  clarté. 

On  doit  i  M.  Costas  plusieurs  mémoires  ou  obser- 
vations insérés  dans  la  Décade  égyptienne^  dans  le 
Courrier  de  V Egypte ,  dans  la  Description  de  t Egypte 
publiée  aux  frais  de  l'État,  dans  la  collection  de  l'In- 
stitut» enfin  dans  le  Bulletin  de  la  Société  de  géogra- 
phie. Pour  ne  parler  que  de  ce  qui  touche  aux  sciences 
géographiques  »  je  citerai  les  recherches  sur  la  couleur 
de  Teau  de  la  mer,  le  mémoire  sur  les  sables  du  dé- 
sert, les  observations  sur  lesBarabras  et  leur  langage, 
le  mémoire  sur  les  arts  et  les  usages  des  anciensÉgyp- 
tîena»  la  description  des  tombeaux  des  rois  à  Thèbes, 
enfin  l'exposé  d'une  nouvelle  manière  d*exprimer  les 
hanteors  absolues  des  positions  géographiques.  Il  ne 
m'appartient  pas  de  faire  connaître  le  mérite  de  ce  der- 
nier écrit,  et  je  ne  puis  que  renvoyer  au  recueil  de  la 
Société.  J'en  dirai  autant  d'un  rapport  au  sujet  de 
l'oairrage  ^e  l'ancien  préfet  de  Rome ,  H.  le  comte  de 
Toumon  (i),  sur  la  statistique  des  États  romains. 

Je  termine  cette  faible  esquisse  d'une  vie  aussi  pleine, 
aoiai  honorable  x  puisse-t-^ile  trouver  bientôt  un  digne 
lûtorim! 

JOMABD. 

(r)  ▼.  Bulfetitt  Je  fa  Société  dg  géographie,  d«*  ii8el  lai. 


(39«  ) 
ESSAI 

SUA  LB9  SàlllHOI.B$  OB   L4  FLOaiDE» 
Par  M.  F.  de  Casuinatt. 


La  Floride ,  dont  noas  eroirions  qae  le  doux  nom 
rappelle  le  luxe  de  végétation»  si  nous  ne  savions  qu'il 
n*est  qu'un  souvenir  du  jour  de  sa  découverte»  me 
semble  être  une  des  régions  du  globe  les  plus  dignes 
d'attirer  notre  attention  et  de  devenir  l'objet  de  notre 
étude  :  car  si  chez  elle  les  fleurs*  ces  brillants  ome« 
ments  de  la  nature ,  semblent  fatiguées  de  oe  couvrir 
que  la  terre ,  et  s'élancent  en  s'entrelaçant  jusqu'au 
sommet  des  arbres,  le  sol  lui-»mème  nous  présente  un 
phénomène  des  plus  remarquables  :  partout  se  for- 
ment des  cavernes  profondes»  partout  des  rivières  jaiU 
lissent  des  entrailles  de  la  terre;  ici  vous  voyez  un 
Qeuve  majestueux  rouler  tranquillement  ses  eaox , 
puis,  instantanément,  disparaître  à  vos  yeux  pour  se 
remontrer  de  nouveau  à  une  distance  conaidértible» 
et  former  ainsi  de  nombreux  ponts  naturels;  là  des 
lacs  étendus  apparaissent  tout-à-coop  dans  des  lieox 
qui  de  tout  temps  produisirent  le  mais  de  l'Indien. 

Dans  le  nord,  cette  région,  qui,  sous  ce  rapport»  est 
semblable  à  bien  d'autres  parties  des  États-Unis,  offre 
les  preuves  de  la  civilisation  la  plus  avancée  au  milieu 
de  la  barbarie  du  désert;  de  beaux  et  vastes  bateaux  k 
vapeur  sillonnent  constamment  ses  fleuves ,  portant  A 
la  mer  mexicaine  les  riches  produits  des  plantations 
éparpillées  sur  leurs  bords,  tandis  que,  sur  les  mêmes 
rives,  l'écho  retentit  encore  des  cris  du  sauvage  et  des 
hurlements  des  animaux  féroces  ;  mais  dans  le  sud«  ces 


(  395) 
rois  de  la  forèl  exercent  encore  seuls  et  d*une  ma* 
DÎère  incontestée  leurs  droits  d'occupation,  caries  ma* 
rais  sans  bornes  qui  couvrent  cette  contrée  ont  jus- 
qu'ici présenté  aux  blancs  une  barrière  infranchissa- 
ble. Celte  région  tremblante  et  vaseuse»  connue  sous 

le  nom  6'Et^erglades,  semble  appartenir  à  une  forma- 

« 

tion  seulement  ébauchée  encore»  et  peut  peut-ôtre 
nous  donner  la  conception  de  ce  qu'étaii  le  globe  ter- 
restre lorsqu'il  échappa  h  la  main  incommensurable 
qui  venait  de  le  créer. 

Enûn ,  est"*elle  aussi  sans  intérêt  cette  population 
sauvage  elle-même,  qui  depuis  des  siècles  défend  con- 
stamment sa  liberté  contre  les  trois  puissantes  na- 
tions qui  ont  occupé  alternativement  la  Floride,  et  qui 
n'abandonne  chaque  pied  de  son  territoire  qu'après 
l'avoir  couvert  du  cadavre  d'un  guerrier  ? 

Notre  objet  est  de  dire  ici  quelques  mots  de  ces 
Indiens  et  de  la  région  qu'ils  habitent. 

Lors  de  leur  découverte  par  les  Espagnols,  les  Flo- 
rides  étaient  habitées  par  des  nations  nommées  Ya«* 
messes,  Polarches  et  Caloosas. 

Ces  peuples  furent ,  il  y  a  environ  cent  quarante 
ans,  entièrement  détruits  par  une  portion  des  Musco- 
gis  ou  Creeks  qui,  abandonnant  leur  patrie ,  vinrent 
s'établir  en  Floride.  Us  reçurent  des  autres  Indiens  le 
nom  de  Semmoles,  qui  signifie  réfugiés.  Bientôt  ils  de-* 
vinrent  une  nation  poissante  et  guerrière ,  qui  conti- 
nua à  se  recruter  des  mécontents  des  autres  tribus. 

Les  Muscogis  eux*mèmes  viennent  probablement  du 
Mexique  (isthme  de  Panama) ,  car  des  vieillards  me 
dirent  souvent  qu'autrefois  leurs  pères  habitaient  une 
contrée  couverte  de  montagnes ,  du  sommet  des^ 
quelles  la  vue  emrbrassait  deux  mers.  Ne  voulant  pas  sa 


(394) 
soumelire  aux  Espagnols,  ils  vinrent  s'établir  sur  les 
bords  do  Mississipi.  d'où  ils  furent  encore  chassés  lors 
de  rélablissement  des  Français, 

Les  Yamesses  étaient,  dit-on,  de  couleur  très  ob- 
scure, et  quelques  personnes  pensent  que  la  tribu  des 
Ocklawahaws  est  formée  de  leurs  descendants;  ce- 
pendant l'opinion  la  plus  répandue  est  qu'ils  ont  été 
entièrement  massacrés.  Bartram  raconte  que ,  suivant 
des  traditions  indiennes,  le  grand  marais  à*Ockéfa^ 
noké  serait  habité  par  des  èlres  d'une  extrême  beauté» 
que  les  Séminoles  nomment  filles  du  soleil;  et  cet  au- 
teur pense  que  quelques  malheureux  re^es  de  la  na- 
tion des  Yamesses  ont  peut-être  été  chercher  un  re- 
fuge dans  cet  endroit  inaccessible ,  et  qu'apparaissant 
à  des  époques  éloignées  ils  ont  ainsi  excité  des  idées 
superstitieuses;  cependant,  dans  ces  derniers  temps 
(décembre  i838),  les  troupes  américaines,  comman* 
dées  par  le  général  Ployd ,  ont  pénétré  dans  ces  ma- 
rais, et  n'y  ont  aperçu  aucune  trace  d'habitants.  D'a- 
près le  rapport  des  Espagnols,  la  population  indienne 
de  la  Floride  était  autrefois  aussi  compacte  que  celle 
du  Mexique,  et  l'on  sait  que  la  puissante  nation  des 
Shawnées  vient  aussi  de  cette  région.  Noos  ne  nous 
étendrons  pas  ici  sur  l'histoire  des  Séminoles  »  mais 
nous  dirons  seulement  que  cette  nation  belliqueuse» 
après  avoir  toujours  combattu  avec  courage  contre  les 
Espagnols  et  les  Anglais,  a  su  résister  égalen^ent  jvs« 
qu'ici  à  tous  les  efforts  qu'ont  fejls  les  Américanns  pour 
la  transporter  au*delà  du  Mississipi,  et  qu'aujonr dirai, 
après  plusieurs  années  d'une  guerre  d'exterminatitm, 
les  malheureux  restes  de  cette  célèbre  tribu,  dispersés 
et  sans  chefe,  prirent  vivre,  nus  dans  les  bois,  traqués 
comme  des  bêtes  fauves,  et  n'ayant  d'autre  nourriture 


(5»5  ) 

qu«  le  manioc  et  le» fruits,  taiiYages»  plulét  que  d'aban'- 
dooner  les  os  de  leurs  pères.  Cependant,  si  cous  ne 
pouvons  refuser  ud  soupir  de  compassion  à  cette  race 
héroïque»  gardoniH^nous  de  penser  que  les  rêves  creux 
de  quelques  prétendus  philosophes  sur  Tbomnae  aao- 
vage ,  se  iroQveni  ici  plus  qu'ailleurs  réalisés  ;  car  le 
Séiuiopi^  «  à  pari  les  nobles  qualités  que  nous  avons 
reconnue»  en  loi*  est  un  barbare  sans  foi,  qui  ne  se 
plaii  que  dans  le  sang ,  et  pour  qui  les  cris  de  la  vic-> 
lime  attachée  au  poteau  sont  une  déUcieose  musique* 
Semblable  a^x  autres  sauvages,  il  ne  eonnalt  point  la 
pitié,  el  la  chevelure  de  la  jeune  fille  esl  pour  lui  un 
trophée  aussi  glorieux  que  celle  du  guerrier.  Parcou* 
rons  actuellement  les  différentes  phases  de  la  vie  de 
l'Indien.  Aussitôt  après  sa  naisaance»  l'enfanl,  main- 
tenu svr  une  plancbeUe  el  entomré  de  bandelettes  et 
de  grains  de  verroterie,  esl  attaché  au  des  de  sa  mère 
par  des  courroies  de  coir.  Lorsque  celle-ci  travaille 
dana  les  champs»  elle  le  suspend  ainsi  é.m)e  branche 
d'arbre*  Les  enfants  sont  élevés  avec  une  grande  dou- 
ceur, et  de  bonne  heure  prenneni  des  habitudes  d'in^ 
déii^e^dance.  Jusqu'à  dix ,  el  môme  douze  ans ,  les 
deux  sexes  soni  sans  vétemeni;  mais  avant  cet  âge  les 
gaiiçosA  conçoivent  déjà  des  idées  guerrières»  el  affec** 
lent  de  mépriser  les  femmes,  ils  passent  tout  leur 
leiii|>4  é  essayer  leur  adresse  à  tirer  de  rare*  Quelqma 
années  plus  lard,  ils  joignent  un  parti  de  guernersi  et, 
s'ils  reviennent  avec  le  seailpe  d'un  ennemi ,  ils  sont 
regardés  comme  taisant  pastie  de  la  portion  virile  de 
la  natioflu  Les  occupations  dn  guerrier  consistent  à 
chasser  et  à  combattre ,  tooé  le  reste  est  laissé  aux 
femmes.  Le  guerrier  séminok  est  brave  et  allier» 
Leraque  le  général  Jackson  eut  vaincu  les  Indiens  Mi^ 


(  396) 
kasoukis^  leur  principal  chef,  Nèomaltha^  se  présenta  à 
lui,  et  lui  dit  :  «  Tu  es  un  grand  guerrier,  mais  ceux 
qui  t'ont  précédé  n'étaient  que  de  ? ieilles  femines.  Toi 
tu  es  un  grand  chef,  fais-moi  mourir  dans  les  toar- 
ments,  car,  si  tu  étais  mon  prisonnier,  je  voudrais 
voir  jusqu'où  s'étendrait  ton  courage,  i  Lorsqu'il  ap- 
prit qu'on  lui  laissait  non  seulement  la  vie^  mais  que 
de  plus  on  lui  accordait  des  terres ,  il  s'écria  :  c  Gon> 
duisez*moi  loin ,  bien  loin ,  car  ne  pouvant  plus  com- 
battre les  blancs,  que  j'exècre ,  je  veux  au  moins  ne 
plus  les  voir.  •  Il  vit. encore  dans  rAricansas.  Nous 
venons  de  parler  des  Mikasoukis  :  c'était  un  peuple  de 
républicains,  et  leur  nom  signifie  sans  chefs  hérédi- 
taires. 

Les  Séminoles,  de  même  que  les  autres  Indiens  du 
Sud,  ont  des  esclaves  noirs  qui  partagent  avec  leurs 
femmes  les  travaux  de  l'agriculture,  c'eAtȈ-dire  la 
culture  de  quelques  champs  de  mais  peu  étendus  ;  ils 
les  traitent  généralement  avec  douceur»  et  leur  laissent 
faire  ce  qui  leur  plaît,  poui*vu  que  leur  récolte  se  fasse. 
Ces  nègres  habitent  généralement  de  petits  villages  h 
côté  de  ceux  de  leurs  maîtres.  Ils  sont  vêtus  et  nour^ 
ris  comme  eux,  et  les  accompagnent  à  la  guerre,  où 
ils  se  distinguent  généralement  par  leur  cruauté, 
même  parmi  les  sauvages,  qui  semblent  cependant 
avoir  poussé  cet  effroyable  vice  à  son  dernier  degré. 
Je  vis  un  .jour  une  ferme  qui  la  nuit  précédente  avait 
été  attaquée  par  les  Indiens  :  deux  hommes  avaient 
été  tués  les  armes  à  la  main,  leurs  cadavres  mutilés  et 
leurs  chevelures  enlevées;  une  femme  avait  été  brûlée 
vive, puis  coupée  par  morceaux,  et  deux  jeunes  en- 
fants rôtis  vivants;  autour  du  feu.  Ton  voyait  encore  les 
traces  humides  de  sang  laissées  par  les  pas  des  sau*- 


(597  ) 
mges  qui  avaient  dansé  autour  de  ces  malheureuses 
victimes  en  se  r^nt  de  leurs  effroyables  souffrances. 
Nous  apprîmes ensiûle  que  la  femme  ne  fut  tuée  qu'a- 
près avoir  été  coodatnnée  à  voir  ses  enfants  torturés 
sous  ses  yeux.  Parmi  ces  Indiens  si  barbares  en  temps 
de  guerre  »  l*on  trouve  cependant  des  lois  sévères  qui 
protègent  la  vie  humaine,  et  forment  un  singulier  con - 
traste  av^  la  corruption  et  les  passions  effrénées  des 
blancs  qui  les  avoisioent.  Ainsi  l'adultère  est  puni  de 
la  mulilation  du  net  et  des  oreilles»  et  un  vieux  clief 
qui  étail  en  cet  étaU  en  m'avduant  l'origine  des  cica*- 
trices  qui  le  défiguraient  »  ajouta  :  •  C'est  la  loi ,  c'est 

bien.  » 

« 

L'homicide  est  puni  de  mort,  mèkne  lorsqu'il  est  in- 
volontaire. Peu  de  jours  avant  mon  arrivée  aux  villas 
ges  de  la  rivière  d'Apalachicola,  deux  jeunes  getis,  liés 
depuis  leur  enfance 'd'une  étroite  amitié,  étaient  en*- 
semble  à  chasser,  l'un  eut  le  malheur  de  tuer  l'autre 
par  mégarde  ;  le  coupable  se  présenta  devant  le  conseil 
des  chefs»  et  une  sentence  de  mort  fut  rendue.  Conduit 
devant  sa  maisonv  le  malheureux  partagea  le  peu  qu'il 
possédait  entre  sa  femme  et  ses  enfants ,  puis  s'age- 
nooillant  en  penchant  la  tète,  il  reçut  du  plus  proche 
parent  du  défunt  un  coup  de  massue  qui  lui  brisa  le 
crâne*  L'état  d'ivresse  et  la  qualité  de  chef  ne  sauvent 
jamais  le  coupable. 

Leur  langue  a  de  gronda  rapports  avec  celle  ties 
Creeks,  dont  elle  n'est  même  qu'un  dialecbe. 

Les  principaux  plaisirs  des  Séminoles  sont  les  danses 
el  le  jeu  de  paume  ;  leur  danse  de^  guerre  ressemble  à 
celle  des  autres  nations.  Us  .ont  aussi  les  danses  du  co- 
chon, du  cerf,  de  l'aligator»  de.  l'opossum,  etc.,  dans 
lesquelles  ils  imitent  les  cris  et  les  mouvenients.de  ces 


{ 598  ) 

animaux.  La  plus  remarquable  de  ces  danses  est  celle 
du  maïs  vert,  sorte  croffranHe  qa*îls  font  à  une  d&f'uiilé 
inconnue  des  prémices  de  leurs  récoltes,  et  qninp- 
polle  des  coutumes  semblables  des  peuples  de  Fànfr- 
quilé. 

Ils  s'accompagnent  souvent  en  dansant  de  tambou- 
rins, ou  s'attachent  des  coquilles  auk  pieds  et  aui  ge- 
noux, qui  s*entre-choqaent  à  cbacoD  de  leurs  aHNlt^ 
ments,  et  produisent  le  son  des  castagnettes.  Pour  le 
jeu  de  paume  •  ils  se  mettent  généralement  de  viogt- 
cinq  à  cinquante  de  chaque  côté;  ils  sont  nus,  avec 
une  pièce  d'étoITe  autourdes  reins;  lear  corps  est  peint, 
et  ils  se  mettent  des  plumes  dans  les  cheveux.  Ils  se 
préparent  souvent  h  cet  exercice  par  des  îeûoes,  et 
quelquefois  se  font  des  incisions  avec  un  couteau  aux 
bras  et  aux  jambes  poorsesaigner  et  se  rendre,  di^en(- 
ils,  plus  légers.  Alors  un  chef  lance  la  balle  entre  les 
deux  groupes,  et  le  parti  qui  Ta  reçue  le  premier  dosie 
fois  est  réputé  vainqueur,  ils  ne  doivent  jamais  saisir 
la  balle  avec  la  main,  mais  la  recevoir  avcè  adresse  au 
moyen  de  deux  petits  bâtons.  Ils  mettent  beauceup 
d'acharnement  à  cet  exercice,  qui  se  termine  rarement 
sans  que  quelques  blessures  graves  ne  soient  reçues. Il 
est  fort  rare  que  les  femmes  soient  admises  aux  danses 
des  hommes;  cependant  quelquefois  tous  les  iiidividas 
de  chaque  sexe  se  réunissent  sur  deux  lignes  en  fac« 
Tune  de  l'autre;  pois,  se  prenant  par  la  maio,  ils 
avancent  et  reculent  en  chantant  un  atr  grave  et  mo- 
notone. 

Les  vieillards  sont  généralement  fort  respectés  de 
même  que  les  chefs;  ceux-ci  so«kt  héf édttaîres  ou  élus 
pour  leur  courage  à  la  guerre  ;  les  premiers  sont  ce- 
pendant généralement  plus  influents  que  les  demie; 


1 399  ) 

Les  Séminoles  n'enterrent  pas  leurs  morts  >  mais  le 
plus  souf  eut  les  déposent  sur  la  terre  »  dans  les  bois, 
en  les  couvrant  de  lianes  et  de  branches ,  aiin  que  les 
animaux  sauvages  ne  puissent  en  approcher.  Les  pa^ 
rents  et  les  amis  du  défunt  tiennent  régulièrement, 
pendant  des  années»  couper  l'herbe  d'alentour,  afin 
que  le  feu  que  l'on  met  souvent  aux  forêts  ne  puisse 
les  consumer.  Assez  souvent  aussi  ils  déposent  leurs 
morts  dans  le  tronc  de  vieux  arbres  «  quelquefois  a 
une  grande  élévation. 

Les  huttes  sont  généralement  faites  de  branches  re- 
couvertes de  feuilles  de  palmier  ou  d'écorce  de  pin. 
Celle  qui  est  destinée  au  conseil  est  presque  toufours 
de  grande  dimension.  Leurs  villages  sont  permanents. 
Les  canots  sont  faits  en  écorce  ou  creusés  dan»  le 
tronc  d'un  arbre;  ils  sont  tellement  étroits,  qu'on 
homme  peut  à  peikie  s'y  asseoir*  et  que  le  moindre 
mouvement  suffit  pour  les  faire  chavirer. 

Les  femmes  séminoles,  de  même  que  celles  des  au- 
tres Muâcogis,  sont  généralement  douées  d'un  physi- 
que plus  agréable  que  la  plupart  des  autres  Indiennes. 
Quelques  filks  de  chefs  ^  possédant  des  esclaves  et  pas- 
sant leur  vie  nonchalamment  étendues  sur  des  nattes , 
peuvent  même  passer  pour  jolies.  Elles  sont  généra- 
lement nubiles  4  douse  on  treîte  ans,  et  k  vingt^-cinq 
elles  peuvent  être  considérées  comme  étant  sur  le  dé- 
clin de  latie.  Leur  habillement  consiste  en  une  longue 
robe  de  toile  brodée  de  petites  perles  et  de  paillelles, 
en  mocassins  ou  souliors  de  peau  très  ornés,  et  en  une 
pièce  de  toile  ou  de  drap  dont  elles  entourent  leur  corps 
et  qui  recouvre  aussi  leur  tête.  Les  hommes  portent  le 
plu»  ordioairement  uûeehemise  de  chasse  faite  en  toile 
ou  en  peau  de  chevreuil ,  de  longs  bas  de  cuir»  des 


mocassins,  et  s'enveloppent  quelquefois  d'une  couver^ 
ture.  Us  ceignent  leur  tète  d'un  mouchoir  rouge.  Ils 
portent  constamment  un  couteau  à  scalper  et  une  lon- 
gue carabine  (rifle).  Lorsqu'ils  sont  en  guerre,  ils  vont 
généralement  nus,  ayant  le  corps  couvert  de  peintures; 
ils  se  servent  alors  souvent  de  l'arc  et  de  flèches  empoi 
aonnées ,  et  le  tamahac  est  constamment  à  feur  main. 
Quelquefois  ils  se  font  des  boucliers  en  peau  d'alliga» 
tor  qui  sont  à  Tépreufe  de  la  ballet  le  plus  souvent 
ils  se  rasent  la  tète  en  ne  conservant  que  la  mèche  ca- 
ractéristique. L'on  raconte  que  dans  un  combat  un 
vieillard  blanc  ayant  été  blessé,  un  sauvage  s'élança  sur 
lui  pour  le  scalper ,  mais  que  le  premier  portant  une 
perruque,  la  chevelure  enviée  re^ta  dans  la  main  du 
vainqueur,  qui .  revenu  d'un  premier  instant  d*étonne- 
ment ,  la  rejeta  avec  dédain  sur  le  pauvre  blessé ,  qu*il 
quitta  sans  l'achever,  en  s'écriant  :  «Le lâche,  il  a  coupé 
sa  chevelure  d'avance.  »  Du  reste  cette  opération  n'est 
pas  toujours  mortelle  »  car  j'ai  vu  à  Washington  un  of- 
ficier qui  l'avait  subie  ;  mais  sa  santé  a'en  est  toujours, 
}e  crois ,  ressentie. 

Pour  achever  dé  faire  connaître  l'Indien  de  la  Floride, 
il  nous  reste  à  dire  quelques  mots  desforéls qu'il  habite. 

Les  bords  de  la  mer  sont  couverts  de  sveltes  pal- 
miers ,  dont  la  tète  gracieusement  bercée  par  les  vents 
semble  un  éventail  naturel  accordé  à  ces  régions  brû- 
lantes par  la  bienveillante  providence  ;  puis  viennent 
des  forêts  de  pins  gigantesques ,  qui  s'élançant  perpen- 
diculairement à  plus  de  i5o  pieds,  offrent  les  pibs 
beaui  bois  de  constructioQ  qu'aient  vus  les  chantiers 
de  la  marine.  Derrière  ceux^'ci  la  scène  change  subite» 
ment,  et  d'épaisses  forêts  de  mille  sortes  de  bois^  se  pré- 
sentent à  l'œil  fatigué  de  la  monotonie  des  arbres  rerts. 


(  4oi  y 

Laie  magOiolia  éUle  avec  profuaîoase»  feuUlea setn* 
blablea  A  cCimmtDse^  spatules»  iaodîa  que  l'air,  e^l 
eas^umé  par  aqs  beUea  el  énq^ooseft  fleurs:  ai  éciaian-' 
les  de  blaBolieur  ;  car  ce.a'eai  plua  cet  arbodto^Ie  noa 
serres  earopéeuneai.  c'e^t'  ibi  un  arbre  d^s  forMs  qui 
peut  presque  limiter  de  force  avec  nos  cbênes  oeatebai- 
resj  il  est  entremêlé  de^^ot  espèces  d'ilex*  de  saasa<- 
fras,  de  catalpas»  de  leumrs,  de  cè4rcs,  de  gommiers» 
au  milieu  d^^quels  se  distinigue  aussi  le  magnifique 
chêne  vert»  dont  le;  f^illage  éternel  donne  à  toutes  les 
saisons  Taspect  consUnt  de  l'été;  partout  le  oomierde 
la  Floride  éblouit  les  regards  par  sa  splendeiur  ar^n- 
tée;  raaalea  prodigue  $a  conoUe»  semblable. A  un  gra- 
cieux papillon ,  et  le  sumac  étale  avec  orgueil  le  magni- 
fique éclat  de. aas  bouqneU  écarlates.  Tous  ces  arbrea 
û  variés  sent  éilroîtement  entrelacés  par  des  lianes 
sains  no0)bi«>  yéritablbs  alliances  de  ces  fiancéa>de  la 
nature.  Parmi  elles.  Ton  distingue. las. vignes  sauvages^ 
les  clématites»  les  cdnvolvulès»  qui  tcfUf  s'élançant 
avec  hardiesse  el  en  formant  de  bizari^es  festons  îiis^ 
qu'aux  cimes  les  plus. élevées»  semblent  être  dtesitnés 
à  nous  démontrer  la  force  de  Tunité  »  car  cés:  bibles 
raméanx  aio»  réunia.fbraieot  mie  barrière  compté-^ 
tement  infranchissable.  De  longs-parasites  semblables 
à  des  mousses  et  pendant  de  toutes  les  brancheapiMir» 
raient  au  premier  abord  être  pris  pour  le  hmon  laissé 
par  un  fleuve  après  lihe  crue  extraordinaire»  et  répan- 
dent sur  tout  cet  ensemble  quelque  chose  de  singuliâ- 
remant  mélancolique  »  et  dont  l'àme  .est  fortement 
èmoe,  car  ces  tilhndsta  formeni  souvent  une  maaae 
assez  épaisse  pour  intercepter  les  rayons  du  soleil  et 
condHinoeir  ninfii  ovfte  perpétuelle  obscurité  les  aspat- 
ceç  quelles  recouvrent 3  alors  Textrème  humidXié  dé* 


(  4o«  1 

truit  rapidement  les  jeunes  pousses  d^s  arbreft ,  et  bien- 
telles  géants  des  fopêta^toaibefit;  eux  âûsst,  renversés 
lee  uns  sor  les  auti^eig^;  minés  par-  Tadion  iomible 
«nais  ooYiftmue  de  cet  qofnemi  caobéi  Maisparidut  od 
l'air 'p«ut  librement  ciYctilêr,  combien  est  admirable 
la  dîtérsUé  de  formes  et  de  nuances  dé  ees  mille  sortes 
de^fl^rsqui  reeofivrent^faltèrefnént  le  sol!  Qoel  pin* 
«eau  pCNirrait  rendre  avec  vérité  ees  corolles  et  ces  gra-^ 
pe$  «si  brillances ,  dont  les  ravissa^itës  couleurs  soiit 
Aussi  eupérîeupes  aux  plus  beaui  ta{^s  que  la  natiirre 
l'éfst  à  1-ait,  c'est>à»i)ireDi(eu  à  l'bomme  i 

Mais  s'il  est  impossible  d'exprimer'  le  luxe  qu'étale 
la  tégètation  dans  ces  contrées  lointaines,  combien  ne 
reirt*il  pas  plus* encore  dé  décrire  ie^  myriades  d'anU 
maux  qui  les  péupletitl  Im  niât,  le  sommeil  du  vqfjra^ 
geur  est  sans  cesse  interrompu  par*  les  hurlements  du 
Idup  et  de  la  panthère,  parles  aboiements  du  crocodile 
et  le  mugissement  de  la  grenouille  .gigantesque.  Aussi^ 
làt  que  le  font  apparaît^  ces  habitants  dés  ténèbres 
feiqnt  comme  Tange  déduià  l'bspeci  du  )oste;  alors 
il»  sont  remplacés  par  des  oiseaia  891»  nombre ,  dont 
rèelatante  parure  ne  peut  être  égalée,  que  par  le  dé^ 
lid^ux  ramage  ;  >  l'on  voit  s'éntoe}ouer  »  parmi  les 
i^lneàux»  le  perruche  <le  k  Gàrolkie  «  lé  cardinal*^  Toi)- 
se»uimoqwor\  les  geais,  les  troopiales,  et tast d'au- 
tre» meosiures  de*  la.  trib^  ailée.  liiiseau^moucbe  cher- 
ebe;  partout  le  neotar  dee  corolles,,  ^t  des  papillon^ 
aua  splendides  reflets  seipbleht  être  lès  fleurs  de  Taire 
de  légers*  écureuils  couvrent  'les  branodieS'  des  arbres, 
lPOils=  lesquels  pfttuvent  de  aombreilx  troupeaux  de 
daims/  Mais  parmi  tous  pcs^  Aires  si  gradeux,  quel 
contraste  ne  forme  point  le  bideM  serpent  A  somiettear, 
dontVaspeot  fa»cine  d'faorreor  tous  les  animaux,  et 
les  jette  sans  défense  sous  ses  crochet»  mortels  1  Des 


(  4o3  ) 
tortues  ÎDnoinbrables  sillonnent  aussi  dans  tous  les 
sens  ces  terres  toujours  humides,  et  deviennent  la 
proie  dé  Taigle  à  tète  blanche  »  qui  quitte  pour  les  sai- 
sir les  cimes  les  plus  élevées  où  il  établit  sa  demeure 
féodale,  et  au^essous  de  laquelle  sa  tient  le  stupide 
▼autour,  attendant  avec  une  lâche  patience  les  restes  que 
veut  bien  lui  abandonner  le  roi  des  régions  éthérées. 

Mais  lorsque  le  soleil  e«t  parvenu  au  milieu  de  son 
cours ,  l'étouffante  chaleur  engage  toute  la  nature  au 
sommeil  et  au  repos,  et  alors  tout  semble  mort  dan» 
le  désert;  le  bruit  et  k  mouvement  du  matin  font 
place  au  calme  et  au  silence ,  et  lorsque  les  ombres  de 
la  nuit  viennent  de  nouveau  étendre  leur  voile  sur 
l'épaisseur  des  bois ,  alors ,  comme  si  ces  contrées  si 
favorisées  avaient  encore  le  privilège  de  conserver  quel- 
que chose  de  la  lumière  qui  s'en  va ,  des  milliards  de 
mouches  à  feu  traversent  l'air  dans  toutes  les  direc^ 
tions,  et  produisent  9  chaque  soir,  une  illumination 
plus  belle  cent  fois  que  n'en  obtiennent  nos  cités  k 
force  d'art  et  de  frais. 

Telle  est  la  Floriiie  d'aujourd'hui;  elle  forme  un 
contraste  bien  grand  avec  cette  région  de  jardins ,  cou- 
verte de  villages  florissants ,  peuplée  de  nations  nom- 
breuses et  déjà  avancées  dans  .les*  aris  que  novt9  pei-- 
gnent  les  pi*emiers  conquérants  espagnols  ;  bientôt  son 
aspect  changera  encore ,  et  le  génie  américain  y  por- 
tera son  cachet  :  ses  chemins  de  fer  et  ses  canaux; 
mais  avant,  le  dernier  fils  de  l'homme  rouge  aura  dis- 
paru l  Faat*il  donc  que  partout  notre  race  commence 
par  détruire  avant  que  de  fonder  ;  et  notre  mîKsation 
eat-eiHe  doi^e  up  arbre  dont  les  branches  ne  peuvent  se 
développer  que  lorsque  ses  racines  sont  baignées  dani» 
te  sang! 

F.  D£  GASTRLNiL^'. 


(  4o4,  ) . 

T 

Letteb  iie  m.  le  colonel  Y^bjs  km  à  M,  Fillemain ,  pair 

itai  au  département 
(le  l  ^Instniciion  publique . 


Monsieur  lk  Président, 

Veuillez  bien  en  mon  nom,  je  iraua.prie  •  laite. b<>m- 
mage  A  la  Société  de  géogi:aphie  de  J^  Irpis^ème  et 
aveat-rderoière.  livraison  de  mon  Atisi»  physique ,  polir 
tique  et  historique  de  la  France. 

Dans  le  texte  joint  à  cette  npuvelle  production  «  je. 
résume  en  peu  de  pages  les  précepl^i^  d*aaalyse  géo- 
graphique qui  fo&t  depuis  loogrtemps  l'objet  de  mes 
études.  Ifon  premier  essai  sur  cette  mutière  date  de 
1897  ;  un  autre  a  paru  en  i853. 

En  revenant  sans  cesse  avec  une  patience  prête  à 
po 'échapper  sur  des  applications  d'où  je  press^^ntAÎs 
que  devait  sortir  une  théorie  complète  ^  je^uàseafia 
parvenu  au  but  que  je  me  proposais. d'atteindre  ;  et 
c'est  le  terrain  que  nous  avons  le  plus  d'intérêt  à  bien 
connaître .  qui  eat  l'objet  final  de  mes  explorations*  Je 
n'ai  rien  négligé ,  ni  pour  en  déterminer  \p$  former 
d'une  manière  absolue  •  ni  pour  établir  ientre  ces  for- 
mes les  liens  et  les  rapports  nécessaires,  pour  que 
chaque  chose  soit  aperçue  de  son.  véfitabl<$  point  de 
vue. 

Je  ne  pouvais  obtenir  ces  résultats  .^ii'en  me  péné- 
trant bien  de  l'ensemble  et  de  la  coxmeKion  des  faits 
dans  lesquels*  se  révèlent  les  lois  hjtdcogéiques ,  qu'ea 
m'assurant  de  la  généralité  de  ces  lois  par  des  études 
faites  en  différents  lieux  et  sur  les  meilleures  cartes 


(  4o5  ) 

connues;  qu'en  donnant  des  dénomtnalions  coinmu'- 
nes  aux  lignes  càracténsliques  qui  se  •  présentent 
toujours  de  la  même  manière  dans  l'ordre  des  con- 
sidérations successivement  amenées  par  l'analyse  géo- 
graphique, continuée  nécessairement  jusqu'aux  moîor- 

'drés  parties  Constituantes. 

Sachant  très  hien  qu'on  est  peu  porté  à  s'engager 
dans  des  foies  nouvelles  lorsque  de  prime  abord  on 
n'efn  saisit  pas  la  nécessité,  j'oserai  direj  avec  la  con- 
fiance que  donnent' des  recherches  ton^iencienses , 
que  dans  ma  géographie  prototype 'de  la  France  Se 
tronvenl  indiquées  tes  voies  à  suivre  pour  procéder 
méthodiquement  à  l'examen  des  configurations  nnlu- 
rellesqui  déterminent  la  structure  géographique  d'un 
pays  ou  d'une  contrée,  et  que  cet  ouvrage-donne  les 

*moyet>s  d'acquérir  en  très  peti  de  temps  des  connais- 
sances plus  positives  et  plus  durables  que  celles  que 
ToTi  se  procure  en  se  traînant  dans  lés  errements  de 
la  routine  ;  errements  bons  seulement  pour  les  exerci- 
ces de  mémoire  pratiqués  dans  Tëlnseignement  élé- 
mentaire, mais  insuffisants  pour  développei' le  juge- 
ment qu*il  serait  utile  de  cultiver  dans  les  classes  su- 
périeures. 
'    De  tels  avantages  nie  permettent  d'espérer  que  dans 

'  peu  d'àtmées  on  possédera  des  géographics  prototypes 
des  divers  États  de  l'Europe  ,  et  qu'ainsi  mes  essais 
auronf  répandu  des  germes  qui  ne  pouvaient  manquer 
de  porter  leu^s  fruits.  '  '        ■ 

•'  Pardonne^ ,  monsieur  le  Président,  un  moment  d'en- 
traînement' de  la  part  d^nn  auteur  surpris  ^quc  les 
analogies  constantes  qùtae  révèlent  dans  la  ct)rréktion 
des 'formes* hyprogéiques  dos  superficies  terrestres 
soient  pour  aihsi  dite  demcat*ées  jusqu'à  présent  ina- 


(  4o6  ) 

perçues.  Une  harmonie  générale  règne  en  eOfel  dans 
les  dépens) ances  réciproques  des  plans  de  configura- 
lion  du  sol,  comme  dans  le  système  organique  des 
êtres.  Nonobstant  les  immenses  différences  de  confor- 
mation qui  subsistent  dans  Téchelle  entière  de  ceux-ci, 
il  y  a  dans  chaque  individu  deux  principes  (  solide  et 
fluide  ) ,  dont  la  pondération  entretient  la  vie  •  et  ces 
deux  principes ,  autrement  r^artis  dans  notre  corps 
planétaire ,  constituent  de  môme  son  existence,  et  les 
forces  fécondantes  par  lesquelles  se  trouvent  liées  entre 
elles  toutes  les  créatures. 

C'est  ainsi  des  rapports  de  même  espèce  entre  les 
parties  de  corps  tout^à-fait  disseniblables  que  pro- 
viennent naturellement  les  noms  nouveaux  introduits 
dans  mes  préceptes  d'analyse  géographique  pour  in- 
diquer implicitement  «  ici  comme  là ,  les  relations  qui 
existent  entre  les  masses  solides  et  liquides. 

Dans  ce  néologisme,  il  n'y  a  donc  de  systématique 
qu'une  application  faite  ùi  extenso ,  puisque  Tordre 
systématique  résulte  bieii  manifestement  de  lois  uni- 
verselles. 

Pour  ce  qui  est  des  planches  dont  se  coo^pose  l'a- 
vant-dernière  livraison  de  l'atlas  de  la  France»  elles 
sont  au  nombre  de  quatre.  L'une,  sous  le  nom  d'a- 
vertissement »  a  pour  sujet  l'exposition  du plansuivant 
lequel  est  conçu  l'ouvrage;  une  autre»  ûomme  carte 
analytique  complémentaire ,  présente  d!une  manière 
tout-à-rait  nouvelle  le  linéaire  d'un^  carte  ^physique 
qui  paraîtra  dans  la  qualri^me  livraison,  et  fera  con- 
naître, par  des  procédés  également  inusités  jusqu'à  ce 
)our,  le  modefé  figuré  de  notre  territoire»  ou  la  con* 
nexion  et  les  hauteurs  relatives  de  $m  formes  caraclé- 
risliques;  la  carte  analytique  a  pour  objet  particulier 


(407^ 

d^iodiquec  eQ..dé4aîl  l«ft.U*iiGéfii0u  la  :pr6jeoiion  Ha-- 
mpnlale  de.iouie^  1q3  ligoës  hjdro|;iiquts»  et  die  ttmdr 
)rer  )e§  ^afpvriê  de  wf%  dMBÎQOf  adininislpaliv^S' a? ôt 
Jea  clîvidÎQna  naturelles»  -  '  .    ,  .  ' 

.SwsjladAPMÛpMioD  dtf  i^ant^/todale,  yeiplréaafU^ 
daoa  *ua  :Daftffie'  <adre  i'eitipUeeiiiaM  féspactif. .  dsa 
grands  fyi[^  ^  dM  priocjfi^lisa  pMiefiaiobsif  «îgoûsuriakp 
q^kf^Q^  9âr  uaMPfi^on  *  a0iirtp%t  ibxaiIjiasiQBaeiit.  aoi^ 
p^r  1  opiMSiMlan  libQ0tnAque  v  l^el  Wei^va* ti^  èi  di(fèi»»t| 
titres,  depuis  Charles-le-Chauve  jusqu'à  Lo^ia^^Vll^ 
liés  aux  vicissitudes  de  notre  anciçnjpe  n^çttf^rpj^î®* 
Cette  page  est  un  mémorandum  géographique  et  histori- 
que où  Ton  retrouve  saos  peine  les  noms  de  lieux  et  de 
personnes  »  dans  lesquels  se  résument  les  illustrations 
de  famille  consacrées  dans  nos  fastes. 

Le  passage  des  anciennes  divisions  administratives 
de  la  France  aux  nouvelles,  marquant  une  époque 
d'un  intérêt  assez  grand  pour  que  le  travail  fait  par 
l'Assemblée  constituante  soit  rappelé  dans  toute  son 
intégrité  primitive,  j'en  fais  l'objet  d'une  carte  spé* 
ciale  où  les  anciens  gouvernements  se  trouvent  com- 
parés aux  départements.  Pour  ce  point  de  départ,  je 
reproduis  dans  des  colonnes  marginales,  et  les  divi- 
sions et  subdivisions  territoriales  qui  existaient  avant 
17899  et  les  déparlements  entre  lesquels  alors  elles 
ont  été  démembrées.  J'indique  réciproquement  pour 
chaque  département  les  anciens  pays  dont  ils  ont  été 
formés.  Là  se  borne  le  contenu  de  ma  troisième  li- 
vraison. 

Dans  ce  que  j'ai  déjà  fait  paraître  et  dans  ce  qui  me 
reste  à  publier  se  trouvent  consignés  l^s  divers  chan- 
gements successivement  apportés  au  premier  ordre  de 
choses. 


(  4o8  ) 

La  série  de  mes  études  offre  ainsi  un  ensemble  et 
des  Hem  que  Ton  chercherait  vainement  dans  les  atlas 
historiques  que  Ton  possède.  Par  les  sacrifices  que  j*ai 
Taits,  par  les  soins  que  j'ai  pris  pour  que  ces  études 
répondant  aux  vues  dans  lesquelles  elles  m'ont  été  de- 
HMindées  »  il  m'est  permis  de  croire  que  les  hautes 
|>#otietiOM  qui  ont  soutenu  mes  efforts  ne  me  feront 
pas  défanl,  quand  je  suis  en*  meaure  de.  garantir 
foirmellement  la  posribilité  d'atteindre  bientôt  au  but 
indiqué. 

Veuillez  agréer,  etc. 


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PROGRAMME 

OJSS    PDIX    PKOPOSés   K!H    1842. 

I.  PRIX  ANNUEL 

PODH    LA    DiCOUYBBTE   LA    PLV8   IMPOATARTK 

Bit    ciOGEAPHIB. 

• 

La  Sodété  oïïtt  sa  grande  médaille  d'or  au  Tdyà- 
geur  qui  aara  fah,  en  géographie ,  pendant  le  cours 
de  Tannée  i84o,  la  découverte  jugée  la  plus  impor- 
tante parmi  celles  dont  la  Société  aura  ei|  connais- 
sance; il  recevra»  en  outre  »  le  titre  de  Correspondant 
.perpétue)»  s'il  esl  Étranget,  ou  ceLui  de  Membre»  sHl 
est  Français,  et  il  jouira  de  tous  les  avantages  guJL  ^ont 
attachés  à  ces  titres. 

A  défaut  de  découvertes  de  ce^e  espèce  »  des  mé- 
dailles d'argent  ou  de  bronze  seront  décernées  aux 
voyageurs  qui  auront  adressé  pendant  le  même  temps 
à  la  Société  les  notions  ou  les  communications  les 
plus  neuves  et  les  plus  utiles  au  progrès  de  la  science. 
Ils  seront  portés  dç  droit,  s'ils  spijit  étrangers ,  sur  la 
liste  des  candidaU  pour  les  places  de  correspondant. 


11.    FttlA  rUINUK 


;    ■•  ;''ffî   ^'f  .-•   .r*  i**." j^rf  "  ^'frî^^^iF".       h   r  ... 


II.  PRIX  FONDÉ 

Médaille  (Cor  lîe  fa   valeur  de  â,ooo  fi'ancs,^ 

S.  A.  R.  le  duc  d'Orléans  offre  un  prix  de  fleux  mille 
francs  au  Navigateur  ou  au  Voyageur  dont  les  travaux 


(  4io  ) 

geograpuiques  auront  procuré  à  la  France  ou  &  ses 
Colonies,  avant  le  i*^  avril  i84Sf  U  découverte  la  plus 
utile  à  l'agriculture,  à  l'industrie  ou  à  l'humanité. 
S.  A.  R.  ayant  bien  voulu  charger  la  Société  de  géo- 
graphie de  décerner  ce  prix ,  la  Société  s'attachera 
de  préférence  aux  voyages  accompagnés  d'itinéraires 
exacts  ou  d'observations  géographiques. 


'  1 1 


/  ' 


Les  Mémoires  contenant  l'exposé  dès  découvertes  doi- 
veqt  être  envoyés  franc  de, port  et  SQO^  le  ppuvept  du 
j^résideinl  de  la  Société»  à  Paris,  rue  de,  l'Univeirsiti,  9.3* 


t  I 


m.  NIVELLEMENTS  BAROMÉTRIQUES. 

Deus  médaillés  dur  de  la  Tfokut 'dé  iùt^  y rancg'4ha^tûi^. 
'  Deux  médaille^  d'eùcôuragémeni  ionC  oÉfërtei  aux 

< 

auteurs  des  nivellements  barométriques  les  plus^ten- 
dus  et  les  plus  exacts  faits  sur  les  lignes  de  partagé  des 
eaux  des  grands  bassins  de  la  France. 

Ces  médaillés ,  dé  la  valeur  de  ceiit  fràtics  chacune  » 
seront  décernées  dans  Ta  première  âs^eihbiéë  générale 
annuelle  de  1 8A3. 

Les  mémoires  et  profils,  accompagnés  des'  cotes  et 
des  éléments  des  calcub ,  devront  être  déposés  au  bu- 
reau de  la  Commisf^oi^  centr^le^auplus  tard,  le  3 1  dé- 
cembre i849. 

Les  fondft  dé  ces  dëut  ihédailies'ont'été  faits  par 
M.  Pbiuiot,  membre  de  la  Société. 


(  4«t  ) 

» 

IIEDXIBMB    SBCTION. 


Acte»  d9  U  flooiétè. 


EXTiU.iT  DES  PaOCES.VERBi.IJX  DES  SÉANCES. 


PBiSIDBUCM    DB   M.    WMABD. 


*  t 


SéaneëdadjtuntBit. 

Le  procès-verbal  dé  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

H.  le  ministre  de  l'Instruction  publique  annonce  à 
la  Société  qu'il  vient  de  mettre  à  sa  disposition  un 
exemplaire  de  la  Monographie  de  la  cattiédrale  de 
Chartres,  publiée  sous,  les  auspices  de  son  départe- 
ment par  IIM*  Lassus«  Amaury-Duval  et  Didron,  ardu- 
tecte. 

M.  Léon  de  Laborde  adresse  à  la  Société  un  exem- 
plaire de  son  Commentaire  géographique  sur  la  Bible. 
M.  d'Avezac  est  prié  d'en  rendre  compte. 

M.  le  vicomte  de  Sanlarem  fait  hommage  de  ses 
Kecherches  historiques  et  bibliographiques  sur  Amé- 
rie  Vespuce  et  ses  voyages.  M.  Berthelot  est  prié  d'en 
rendre  compte. 

M.  Warden  adresse  le  1 7*  volume  de  l'Art  de  vérifier 
les  dates,  contenant  la  suite  de  la  Chronologie  his(6ri- 


I  '     1   ' 


(4««  ) 

que  de  rAmérique  ;  il  joint  à  cet  envoi  diverses  bro- 
chures sur  les  chemins  de  fer,  la  navigation ,  le  sys- 
tème pénitentidif^;  et  rinslroctioo  aux  États-Unis. 

M.  le  secrétaire-général  présente  la  7*  feuille  de  la 
carte  générale  du  grand  archipel  indien  »  dont  l'envoi 
a  été  annoncé  dans  la  dernière  séance  par  M.  le  baron 
de  Derfelden  de  Hibderstein.  Celte  Nouvelle  feuille  est 
renvoyée  à  M.  Daussy,  qui  a  bien  voulu  se  charger  de 
rendre  compte  de  celte  intéressante  publication. 

La  Commission  centrije  vote  des  remerciements  aux 
donateurs ,  et  ordonne  le  dépôt  de  leurs  ouvrages  à  la 
bibliothèque.  ' 

M.  Francis  Lavallée ,  vice-consul  de  France  à  la  Tri- 
nidad  de  Cuba ,  annonce  à  la  Société  qu'il  lui  a  fait  en 
*  1841  plusieurs,  envois,  et  entre  autres  un  exemplaire 
de  la  grande  carte  topographique  de  l'Ile  de  Guba^  La 
Commission  centrale  regrette  vivement  que  ces  envois 
ne  lui  soient  point  encore  parvenus. 

M. X-B.  Tassin  et  M.  Plate,  admis  réceniment'dans 
la  Société,  lui  adressent  des  remerciements, et  prô- 
mettent  de  coopérer  à  ses  utiles  travaux.  M.  Platé 
ajoute  qu'il  se  propose  d'offrir  à  la  Société  un  Mémoire 
sur  la  géographie  de  Constantin  Pôrphyrogédète ,  et 
qu'il  se  fera  un  devoir  de  contribuer  par  sa  sqû^grip- 
tion,à  l'érection  du  monument  de  M.  le  contre-amiral 
d'brvilie:      ■•  •       ■■"■'  •      .    "'""■■  •,.:■'.' 

M.  de  la  Roquette  communique  une  Note  sur  les^tra- 
vaux  de  la  Société  des  antiquaires  de  Drontheim.  nen- 
voi  au  comité  du  Bulletin. 

M.  Jomard  rend  compte ,  au  nom  du  Jbureau  et  de  la 

.  Çpmmission  spéciale,  des  mesuresprises'pourla  soas- 

crmlipn  au.  monument  destiné  au  contre-amiral  d^lk- 

ville.  Le  montant  des  souscriptions  s'élève  jusqu'à  ce 


(  «'3  ) 

jour  à'i5o4  fr.  So  c.  M.  Ramon  de  la  Sagra,  arrivé 
hier  de  Madrid  ,  Tient  de  souscrire  poor  5o  fr.  Une 
circulaire  a  >été  adressée  aux  membres  de  la  Société  ; 
il  en  sera  eiiToyé  des;exen)plaîres  dans  les  ports  de 
France. 

M.  Joinard  présente  leyatf-^f>iWi^  d'une  4rès  ancienne 
carte  y  consente 'dans  la  caUiédral»  d'Jflereford  en  An- 
gleterre, et  faisant  partie  de  la;première  livraison;  de» 
Monument»  de  la  géographie;-  carte  dont  il  a-  été^fait 
mention  dans  Je  Refcutîl  périodique  delà  Société*  Une 
Note  -descriptive  sera  foséiréeJKi^Bunelin.  '        A  '    > 

Le  même  membre  donne  lecture  d'une  lettre  parti* 
culière  de  M.  le  colonel  Yisconti,  renfermant  des  dé- 
tails  sur  le  progrès  de  la  carte  du  royaume  dé'NapIes 
au  80000*  et  de  la  carte  des  environs  de  Naples  au 
sSooo'.  11  annonce  que  le  gouvernement  autrichien  a 
danné  des  ordres  pour  les  opérations  géodésiques  des- 
tinées à  se  relier  avec  la  triangulation  napolitaine  et  la 
vériGcation  du  travail  des  PP.  Maire  et  Boscovidi 
dans  les  États  romains. 

M.  Roux  de  Robhelle  communiqué  une  lettre  de 
M.    Gourlier,    architecte,  qui  offre  ses  services  à  la* 
Société  poùrle  monument  à  élever  h  la  mémoire  de 
M.'le  contre-amiral  d'Urviile. 

La  Commission  centrale  fixe  sa  prochaine  assem* 
blée  générale  au  vendredi  17  juin. 

Sur  la  demande  de  iM.  Roux  de  Rochelle,  fondi^e 
sdr  les  précédents  établis  dans  la  Société  ;  M.  de  la  Ro- 
quette Tend  compte' vei'balement  des  conclusions  du 
rapport*  qu'il  doit  faire  à  la  prochaine  assemblée  gé- 
nérale, au  nom  dé.  là  Gomriiissiéi)  spéciale  du'  concoure 
pour  le  prix  annuel.  . 

M.  Tltomaasy  lit  une  Notice  snr  Didier  Augnon  ^^géù- 


{  4i4  ) 

graphe  de  Léopold  1*%  duc  deLorraîoe,  qu'il  regarde 
oomme  ayaol  été  au  camaiencament  du  xnii*  siècle 
le  Casaioî  de  la  Lorraine  ;  il  dressa  la  carte  de  aoD 
duché  sur  un  échelle  &  peu  près  égale  à  celle  de 
la  grande  carte  de  France.  D'après  les  obserfalions 
qui  lui  sont  faites  par  plusieurs  membres  »  M.  îlio- 
msasy  annonce  qu'il  se  propose  de  compléter  sa  Notiez 
dans  son  prochain  voyage  à  Nanoi. 

M.  Daussy  donne  lecture  de  plusieurs  Notes  qu'il  a 
extraites  des  re?ues  anglaises  sur  les  derniers  voyages 
des  Anglais  en  Afrique.  Renvoyé  au  comité  âm  BuK 
letin. 

Procès*verial  de  la  séance  générale  du  ij  Juin   i84^« 


La  Société  de  géographie  a  tenu  sa  première  assenai 
blée  générale  de  i84s  le  vendredi  17  juin,  dans  l'une 
des  salles  de  l'Hôtel-de-Ville  »  sous  la  présidence  de 
M.  Villemain  ,  ministre  de  l'instruction  publique.  Un 
concours  nombreux  de  membres  nationaux  et  étran- 
gers assistait  à  celte  solennité. 

Dans  un  discours  écputé  avec  le  plus  vif  intérêt» 
M.  le  président  paie  un  juste  tribut  d'éloges  et  de  r9« 
grets  à  la  mémoire  du  contre-amiral  d'UrviUe»  enlevé  à 
la  science  et  à  la  Société  de  géographie  par  l'affreuse 
catastrophe  du  8  mai  ;  il  remplit  le  même  devoir  en- 
vers M.  Nestor  L'hote»  jeune  voyageur  que  la  mort  a 
frappé  k  son  retour  d'Egypte»  où  il  était  allé  compléter 
les  belles  découvertes  de  Ch^onpolUon.  M.  le  ministre 
rappelle  les  noms  de  plusieurs  voyageurs  qui  parcour 
rent  en  ce  moment»  sous  les  auspices  de  la  Société»  les 
diverses  contrées  dn  globe»  et  ilaigQe)»AVft(tw|îoi|de 


(  4»5  ) 

l'assendhlée  les  recherches  de  quelques  safûnto  sur  la' 
géographie  du  moy engage*  M.  le  ministre  invite  la  So- 
ciélé  i  pouriîmre  lé  ooiird  de  ses  utiles  travaux  avec  le 
lèle  dont  elle  a  dé|à donné  tant  de  preuves.  Le  gou-» 
vemement»  dit^il,  quivient  d'obtenir  du  patiiotisme 
des  chambre^  un  crécBt  pour  renoonragenwnt  dés^ 
voyagesde  découvertes  et  des  recherches  scientifiques» 
m  labandonnerapas daos  sa  noble iàobe. 

M,  d'Aveaac  ,  secrétaire  de  la  Société»:  Kt  Ito. procès* 
verbal  de  la  derhière  assemblée  géniale:  ;  la  rédaction, 
en  est  adoptée.  . 

11  donne  ensuite  communicatioh  .de  la  correspon* 
dance  et  de  la  liste  des  cartes  et  des  «mvrage^  déposés 
sur  le  bureau. 

M.  le  comte  de  Las  Cases  écrit  qu'il  regrette  vivement 
que  le  malheur  dont  il  vient  d'être  frappé  l'empèehe 
d'assister  h  la  séance,  et  de  se  retrouver  an  sein  d'une 
assemblée  qui  rend  de  continuels  services  à  la  science 
et  à  l'humanité. 

M.  le  colonel  Denaix  écrit  à  M.  le  président  pour  lé 
prier  de  faire  horomage  à  la  Société  de  la  trœsième 
livraison  de  son  Atlas  physique»  politique  et  historique 
de  la  France ,  à  laquelle  est  joint  un  cahier  de  teste 
résumant  les  préceptes  d'analyse  géographique  qui 
font  depuis  long-temps  l'objet  de  ses  études.  Il  rap< 
pelle  à  cette  occasion  Tenchalnement  mutuel  des  tra^ 
vaux  qu*il  a  scNicessivement  publiés. 

M.  Jomard  présente  cinq  planches*  formasit  la  pre- 
mière livraison  de  son  recueil  dté  Mwmmems  de  itt 
géographie  :  elles  offrent  ]efac*iimile  de  la  grande  ms^- 
pemonde  du  xiii*  siècle  de  Richard  de  fiddinghâm , 
dont  l'original  se  conserve  don»  la  eathédr^e  de  Hti- 
refbrd,  en  Angleterre,  et  celui  d'un  globe  céleste  arab» 


(4i6  ) 
koulique  du  ii'  siècle  «  conservé  au  cabîiiel  géogr.i* 
phique  de  la  Bîbliolhëque  royale. 
'  M.  le  président  fait  ooniialtre  à  la  Société  ks  notns 
desDouYeam  mesobres  qu'telle  a  acqau  depuis  sa'der» 
nîère  assemblée  générale,  et  il  proclamé  ceux  des  can* 
didats  proposés  pour  iètre^adoûs  dans  oetle  séance. 

M.  de  La  Roquette,  au  nom  de 'la  Commission  du 
concours  au  prit  annuel  pour  la  découverte  t  a  plus< 
importante  >en .  géographie ,  passe  en  revue  dans  son 
Rapport  les  divers  jvéyagés  qui ,  aux  termes  du  pro- 
gramme^ ont  été  exécutés  dans  l'année  iSSg.  Après 
avnir  analysé  ceux  de  MM.  Dease  et  Simpsotn  sur  les 
côtes  septentrionales  de  TAmériqùe  du  Nord,  de  M.  de 
Schomburgk  dans  la  Guyane  anglaise,  et  de  M.  Antoine^ 
d'Abbadie  en  Abyssinie ,  la  Commisision  du  concours 
propose  à  la  *  Société  de  décerner  une  médaille  d*ar- 
gent  à  ohacisfu  de  ces: voyageurs;  elle  réserve ^Hiur  l'an- 
née prochaine  lesdroilsd'eM.  JaimeoRoibs»  chef  de  la 
dernière  expédition  anglaise  dans  les  mors  antarc* 
tiques. 

'  IL  d'Aivesiic  annonce. qu*au  moment  même  où  la 
Sociélé  de  géographie  décerne  à  M.  d'Abbadie  un  té- 
moignage pubUodu'prix  qu'elle  attache  à  ses  travaux, 
ce  voyageur  justifie  par  de  nouveaux  services  colle 
macqn'e  d'un  intérêt  si  bien  mérité.  Déjà  privé  d'un 
œil ,  hors  ■  d'état  en  ce  moknent  de  se  tenir  debout  ;  il 
n'en  poursuit  pas  moins  les  explorations  auxquelles  il 
s'est  livré  avec,  un  sicompletdévouement,  et  M.  d'Ave*- 
sac  vient  de  recevoir' de  lui  up  mémoire'  él^ndu  sur  la 
région  située  au  nord*«st  de  TAbyssiiûe. 
.  M.  Roux  de  Roèhelle,  au  .Inom  d'mi^.'S^4)on4e.cpfn* 
mission,  appelle  de  nouv<eau  raltenlMiitidesvpy^g^urB 
sur  le  sujet  du  (prix-  offeirti  par)$.  .A»;R%  If  i|uç;4!Qj^ 


(4*7  ^ 
léans  pour  les  travaux  |çéog.  aphicjucs  qui  auront  pro- 
curé h  la  France  la  découverte  la  plus  utile  à  l'agricul- 
ture» au  comme^eou  à  rtiodianité* 

M.  Jomard,  dans  une  notice  biograpliique,  ra^pellft 
les  travaux  scientifiques  et  la  carrière  aidroiijislrative.Bi 
activement  remplie  de  M.  le  baron  Gostaz,  son  ancien 
compagnon  dk  voyage  dams  l'expéditmi  d'Egypte. 

M.  Francis  de  Casteinau ,  dans  un  Essai  sur  la  Flo- 
ride, présente  un  tableau  varié  des  mœurs  et  des  usages 
de  ae&  babilants»  lat  il  fait  une  deacrîi^kin  attrayante 
du  climat  et  de  ia  belle  végétation  de  eette  contrée^  • 

Conforméaiei|t  à  ses  statuts,  TAssemblée   procède 
au.  renouveU^nieat  des  mâmbces  de  sion-liu#êtfa  pour 
V^n^é^  j84»-43,.,^ellei  noipipe.au  aDrulîn'  panr  eto'. 
faire  partie  ; 
Président.  «^  M.  Cui|io.'Grid«m^  $  niAiétre  daragii**: 
y,  .  ouUuréei^ucotpiBafcâ;  ;      - 

!H.  Bmtf  de  Rocbeli» , ancien  WHinîstf^pié» 
nipotepA.  .de  FMOQeiWS  Ëtli(a*l^pi$;;  • 
M.  Ifi  baroû  Rog%r%  ^anciep  députée  ;    •  , 
M*  Coc)ielet|,  nopien  ^opmilrgéqéral  de 


( 


,     France  an  Egypte  ;. 
Il*  DroD^n   de  Lhoyst  dîrai^teur  «u* 
flainÎAtère  des  affaires  étifasgèr^s» 
Swerèêaift^  '^  M»  Ansart«  prefesseur  de  rUniverailé* 
.  If'AiHiemblée  nomme  égalemept  ap.  sei^OtHi  M.  Gui- 
gpiaMt»  membre  de  Tlttslitut  ek  profestieur  de  géi^ra- 
pim  à  ta  faculté  d^&  letlrea»  à  laifilace  vaeapta  dln«  la 
Commission  centrale  par  le  décès   de  M*  ie  b^ron 

Costaz. 
La  séance  tsi  levée  &  dix  heures  et  demie. 


t 
I 


XVII.  JUIN.  5.  «7 


-(»  ■  I 


.  •    .'  •• 


I  >  Il 


(■•4t»,) 

MEUUnKI»    ADMIS    DANS    LA    SOCIÉTÉ. 

•-.■    '•      '  •  ' 

Séance  géèiémh  du  Xf  juin  i&49«     ■' 

M.  Châtiés  Balahksque. 
W.  Jean  Cliarles  Ducoir. 

T 

OVtR  16<ftOrFeBTS    A   LA    SOCIÉTé.  > 

Séance  du  ij'nùt. 

Par  M.  Léon  de  Labonlê  : 'CommeD  taire  géographi- 
que sur  l'Exode  et  les  Nombres,  i  vol.  m-(^  avec  lo  car- 
les4  '--Pat  M.  Warden  :  L'Art  de  vérifier  lès  dâteh. 
tome  XVil,  «uite  'de  la  chronologie  historique  tl# 
rAmérN;fie'i(Ëlats-Unis),  i  vol.  in^.  *-^  fieporl  artd' 

estimâtes  of  Ibe  Eogineers  of'lhe  Philadelphie, 'B^^'^' 
moQtDWiiand  Norrislovni  Rail  Road/in-S.  ^  Ahi#- 
tory  of  the  Lebigh  coal  awd  ncivigution' company ,  in-8. 
— ^*€io«nmotlio6tSon,  from  the  boferrd»  of  trustées  of  Ihe 
Girard  collège  for  orpkàns;  fi^6.  -^  Elevenlh  aMIinh 
report  of  the  inspeclors  of  Ihe  eastèrh  state  Peniten- 
liary  of  Peniisyltlattià ,  in^S^  —  The  nthih  annual  re- 
port of  the  house  of  reftiigé'  of  PhMadelpliia ,  in  9-  -y 
Par  M:  le\>iJùômteié^Àtarem  i  Rtehercbe» historiques , 
rrilîqoeis  ef  bîhKogr&pbfqtteis  boi^  Améric  Vespuce  et 
ses  voyages  ,•  t  vol:  lu  *;8^  -^  Par  les  auteurs  et  ikti^ 
tears:  Noovelbs  antiAlës  des  voyages,  mai.  -^  Mémo- 
rial ^tioyolopédique  «,  '  ateril.  -*  Sullettn  de  ia  SoeMlé:* 
pour 'nnsboction  éléMefitatre,'   avril.  -^L'Eeho  d<i% 
iuntidc*  savant.  i  -  j    .  i  »  » 

Séance^  généra ff  du   i  j  y/ii/t» 

Par  M,  le  minisire  de  r instruction  publique  :  Collection 
de  documents    inédits  sur  l'histoire  de  France.  — 

^'  K       II  /f 


(  A^9  ) 
i*'  SMm^^  jflùft^ir^ po/Hifiif'  Les  Oiiui^oli  t'«gi9lM6  dés 
Qrrdfa  rendu?  pdr  tet  noui"  da  roi ,  eie.  ^'par  IL  It^oomle 
j^^ugnol.  Tofueil^;  i^')l^-idiS.  -^Papiers  d'État  du 
c^r(tipal4eGcaov«Ik»  par  M.  Cb«  Wms;  UnmeUL-^ 
^,'  S^IB*  Hi$iom  des  $denc9s  et  tks  letBns,  Le»  quaku 
livres  des  Roîs*  irMuihi  no^  Cranç^is  dis  xti'  siècb,  etc/, 
par  M.  Lierouzda  Lûscy,  t  ^oL  iD*4»"^  Mboographtc 
dW  ia  caUb^drale^é'  Cbanlres.  AcchiteeUire ,  stuipture 
«i  fii^ti^iure  sur  verre ,  par  M.  Las^u*.'  8UiUiairp«lpM^ 
tare  .sur  mpr»  par  H«.Aioaury  Dufak  Texie  deseripMf , 
p4r  SI»  DidroQ*  Pabiiè  par>rdre  dû  roi  .e4f>arIés>sowvs 
.de  M*  te  nûmsirede  rios4rujolion.  pobliqiae,  .r^> livrais 
3<Nfr»  îilifV -^  DetfmplîoD  de  l'Ane-Miiieqre:;  Biitf  pshr 
Qrd^e  du  gp^fit-aefll^pl  fraoçaîarjdei&SSià  ift37».ekxi, 
■par. Charles T^^ier»  19*  à  e^'livraîson^^liitf';— Voyage 
àfu^  VAt^^nqae^  méridionale»  par.M4Al  é'Orbitgaj, 
^6Vi;59«Uvr.     .     ,     •  ..      .  ''•'•..''' 

Par  Afi  /^  nftni^ire  tte.h^giiprne  :'Dépaite0iekit  du.Paé- 
deCaWi^^  extrait  4e  Ift'  oarie  .iDpograpbique  de  Iti 
Fraçce  »  •  l^vée  per  le^  oûlcîers  d'élal^Ba^or  el  gr(i^^* 
au  Oépét»  généca]  de  la  (^T6r,rev  aiHb'l«;îdikîedtio«ii  du 
Ueote^aatigéliéeeil  baron  Pelel^  &fe«iUds.'>U^.Déparlb- 
.m09t  <te  S!t»ia#-et-;MaraQv  extrait  dé}  la  -catté.  I6}jagril- 
ifhîquedf^  U  :Fraoca,  etc.,  %  feMlWé^—.  Cartes  dès 
.pffQVrlnc^  4'lQran  »  d* Alger  et.  de  Constântîne  ^  drtesées 
a^uDépôb  général  fie  la  guette  par  ordi«  da  MiJe  uii^- 
r^cblilidiif  4e\D4l«ri«lKu  sous  la  directipn  >de  li«  4je 
Meulfinant-i^Bér^.Pelet,  ^  CauHl^^^»-*  CaT|é  ditt  eh- 
▼irpns  de:3on.er  dressée*  au  Bépèt  f)éiftèral<  d^ilb 
gueirm»  eitc^  L.Céuîile^.r-^  Préfets  dti^rs  (<>)•. pdlirHb 
ÇOflt  d«'Algfir , desditfHéi»  euiDôpolideda  gufeurf  etcla^sâs 
dans  liordrescbroiiolegiqis^  de-leur-iprésentalion-, 
1  feuille.  —  Carte  de  la  régence  de  Tunis,  dressée  au 


('4^0  ) 

DépéL générai  de  la  guerre,  eic,  d'après  ks^ebsTervà- 
lions  et  les  reconnaissances  de  M.  ^Patbe  %  capitaine  de 
.voisseaù  danois,  de  M.  Rricpt  de  Sniote-Marie,  capt- 
(iiine  d'élat-xBa)or,  et  d'après  le^  -  renseignements  fe^ 
cdeiiiîs  par  eux,  ^  feuilles.  '--^  Environs  de  Tletnecen^ 
.Mosciira,  Cberdàell,  Booflitirik,  Medeabj  Milianith, 
'Mflilah*  Ûjid)eli  et Séiif^  9 feuilles.  .  .1    i'  ..  i 

•  PatiM  le  VÊÙùsU^ delà  mariMe;  PilotO' frauda ts  .•cm- 
^uiènae  partie  y -comprettaàl  les  .cfMe»  sepletilK'ensteH 
(l^'Fr«.née,i dépuis  fiurfleor  (uSqu'â  OqnbeNjue,  levées 
eOif&iS;  i%ii^y\\^ih  et  i.8d6>/  [Kir  (es  ingéhieuiis  -  hj- 
drogi'arphi^s  de  Idiiqarînèv  s^us  liesierdreéide  M.  BoBiu 
•AM|nfiSifieaupréviàgé'Biei]r4iy drogrôphe  en  chef  (•  f)u^)fé 
«paviQrdrfe  du  noi  :au  DépAt  générai^ia  m^ibé  ;  if  t(M. 
épi^K  —  Cartes.: hydrographiques   publiées  au  dépAI 
puerai  de  lànîaritie,  de  décembre  i^^\  %  }uin  r84s. 
—  N*'  94^'  Carie  des  Iles  Maldives,  levée' ef^t1^36  parr 
MH..A.  Moresby  et  F.^T.  Poweli:  -^  94S.  Carie  des  lies 
>Cb«lgos,  jkiiép  en  i857ipapHM.  Mnr^sby  et  PbweU. ^ 
944*  -Ckirte  ^  côtes  dePratice  »  pai^ti^  ôniti^pri^e  enti*e 
la  pointe  de  BarfieiM*  et  le  cap  d^  1»  Hève:'-^  ^^S^Carle 
dea  oètesdeFiiatrcetf  partie  compfise -entité  IKtes  et 
Saint^VaUvy  en^Geus* '^ç^^et  947-  CttrCé  rfes^tiôtlîs 
4le  Fmncfe,    partie  eoMprîte  -  entre   Fécdthp    <ft  la 
^loiBte'de  Saint^nentîh,  et>eQire'4a<  pointe  ^de  ^iM- 
-QueotinÈ et  Calnisi  "^  9^81  Carte dlesoMèsdëPràhbe. 
Rallie  bomprîse  ènlne  <le  cap  Grii^Kezèt  }a.'frbrt(t<èfi^ 
-lie  Belgique, —949.  ^G«l*te  |iaHtcul«èfei4ets  cèles '^ 
iffraàce,  cours   de  U   Beine  "dcfjltiisle^'^trciil  )<i.^qii% 
HoaHepr.  -^  96b.  ^Cârtë  paiilèutière    A^i'  odtes  de 
^Framoet,  partie  cbmpris^  '^nlrei^le  de  B^s^  ël  *9ètt- 
anrFrfy.— ^n95iv  Plaà  de^  |ialeeii>>éà  de^^lâ^'i^d^'it^ 


(  /l«»  J 

Horlaiz.   —  gSa.    Plan  de  la  rade  de  Toulon  el  de 
ses  divers  mouillages.  —  953.   Plan  de  la  rade ,  des 
ports  et  passes  de  Port-Cros  (lies  d'Hyères).  —  954* 
Plan  de  la  baie  de  Reikiavik  (Islande)  •  levé  en  i84o 
par  les  oflBciers  et  ingénieurs  de  la  Recherche.  —  95a. 
Carie  d^s  mers  Australes,  partie  comprise  entre  les 
méridiens  du  cap  de    Bonne  -  Espérance  et   du  port 
du  Roi  Georges  »  dressée  par  M.  Daussy.  —  966.  Ciarte 
particulière  des  côtes  de   France ,   partie   comprise 
entre  Beg^an-Fry  et  l'Ile  Tome.  —  957.  Carte  des 
c6tesorieniales.de  Chine,  dressée  d'après  les  maté- 
riaux les  plus  récents.  —  g58.  Carie  de  la  côte  N.-0« 
de  Madagascar  ,   dressée  par  M.  Bèrard ,  capitaine  de 
vaisseau.  —  Instructions  nautiques  sur  les  lies  Maldi- 
ves et  Tarchipel  des  Cliagos ,  par  le  capitaine  R.  Mo- 
resby ,  traduites  par  M.  Daussy,  1  vol.  in-8.  —  Notice 
sur  le  golfe  de  Honduras  et  la  république  du  Ccnti'e- 
Amérique ,  par  M.  Maussion  de  Candé,  capitaine  de 
corvette,  in-8. —  Note  sur  les  Esquerquis(  Méditerra- 
née), par  M.  Darondeau  ,  in-S.  —  Voyage  en  Islande 
et  au  Groenland,  3o«  ,   3i^,  Sa^  et  33^  livraisons  de 
l'Atlas  historique.  — Voyage  autour  du  monde  sur  la 
corvette /a  Bonite.  Zoologie»  par  MM.  Evdoux  et  Sou- 
leyet;   texte  ^  tome  W,  1'*  partie.  Planches,  9«  livrai- 
son. Botanique,  par  M.  Ch.  Gaudichaud.   Planches, 
3e  livraison.  —  Voyage  autour  du  monde  sur  la  frégate 
ia  réfius*  Relation  par  M.  le  capitaine  Du  Petit-Thouars. 
Tome  m.  —  Voyage  au  pôle  sud  et  dans  TOcéanie  sur 
les  conettes  V Astrolabe  et  la  Zélée ,  eiécuté  par  ordre 
du  roi  pendant  les  années  1837  ,  i838,  1839  et  1840  , 
sous  le  commandement  de  M.  J.  Dumont  d'Urviile  , 
capitaine  de  vaisseau,  publié  par  ordonnance  de  S.  M. 
Histoire  du  voyage   par  M.  Dumont  d'Urville;  tejcte  ^ 


(4«  ) 

fome  !••',  i**"  et  a.  parties.  Planches,  i"*»  à  §•  livrai- 
son. Histoire  naturetle.  Zoologie  par  MM.  Horabron 
et  Jacquinof.  Planches  ,  i*"»  et  t^  livraisons. 

Par  M,  le  ministre  des  affaires  étrangères  :  \ayBi^e» 
pittoresques  et  romantiqoes  dans  l'ancienne  France , 
parNM.  Cli.  NocKer,  Tayloret  deCaiUeax.  Languedoc^ 
1 38^  à  1 4G^  et  dernière  livraison.  Picardie ,  67*  h  j%* 
livraisons. 

Par  M.  le  colonel  Denaix  :  Géographie  prot«»type  de 
la  France  ,  contenant  les  éléments  d'analyse  naturelle 
applicables  à  tous  les  États,  1  vol.  in-8.  —Atlas  pliy. 
sique ,  politique  et  historique  de  la  France ,  3^  lU. 

/^ar  TIf.  £e/*/A^o^  .*  Histoire  naturelle  des  lies  Cana- 
ries. Tome  1",  contenant  rethnographie  et  les  annales 
de  la  conquête. 

Par  M,  A.  de  Uetnidoff  :  Voyage  dans  la  Russie 
méridionale  et  la  Crimée ,  oli8ei*vation8  scientifiques.' 
Tome  H  ,  feuilles  99  é  107.  Plancfwes,  i6«  li?.  — Ob- 
servations météorologiques  laites  à  Ni)ne  Taguîlsk  el  à 
Vicimo-Outkinsk  (monts  Ourals) .  année  1 84 1  »  1  v.  in-H. 

Par  M,  Francis  de  Caste^nan  :  Vues  et  Souvenirs  de 
l'Amérique  du  Nord,  1'*  et  s*  liv. 

Par  M.  Ramnn  de  la  Sagra  :  Caria  geografica  de  la 
isia  de  Cuba  para  servir  de  ilustralion  à  la  hiatoria 
fisiea,  politîca  y  naUiral  de  la  mesma  isIa,  i  l'eoille. 

Par  M.  de  Brière:  Méinoire  sur  rinflttence  récipro* 
que  du  symbolisme  religieux  et  des  arts  d'imitation  , 
brochure  in*8. 

Par  U.  le  baron  AL  G,  de  Siune  :  Description  de 
rAfiiqne  ^lar  Ibn-Haucal ,   U*aduit  de  l'arabe»  1   voL 

in-8. 

Par  la  Société  royale  géographique  tie  Londres  :  Jour- 
nal de  cette  Société.  Tome  XI  »  a*  partie. 


(  4a5  ) 

SouscBiPTiolf  ou%ferte  ekuis  le  sein  de  la  Sociêiê  de  géo" 
graphie ,  pour  le  Monument  à  élesfer  a  la  mémoire  du 
contre- amiral  Du  mont  d'Urville. 


Ijate  des  SouM^ripteurs  du  17  juin  jusqu'au  5  juillet. 


,  fr.     c. 

UM.    le  chev.  de  Lbrcis a,  membre  de  la  Soc.  5 

César  Morbau  ,             id,  5 

Jules  Flbutblot,         id.  & 

Auguste  B ABDEL  ^          id.  1 6 

J.-G.  Tassin,               id.  lo 
Alex,   Aguillon»   ancien  député  du 

Var,  membre  de  la  Société.  20 

DUTEHB.                             id.  5 

Abel  de  Mi>L4BTic.        id.  10 

CoBTAIfBBBrî.                      id.  5 

Baron  de  Dbbfbldbh  de  Hindebstbix.  id,  So 

Auguste  G ADY.  10 

Total.  .  .  i4ofr^ 


Montant  de  la  première  liste.  •  .  .         1,719(^.50 

Total  GànliBAL.  .    .  .         i^Sôy^r-âo' 


»  ^.^  %  i»  ^  %»  ^  %**%■%•»%  m*  •  ^^  %.'•■••■%  ^  *'*^  ^"^  ^  «^^  ■*  •^■^  ' 


TABLE  DES  MATIÈRES 


C0llT■^ula 


DANS  LE  XVII' VOLUME  DE  LA  2»  SÉRIE. 

N<»97à  102. 

(Janvier  à  Juin   1849.  ) 

PREMIÈRE  SECTION. 

llàMOlRBS,    EXTRAITS,    ANâLTSBS    BT    RAPPORTS. 

Notice  sur  la  répabliqae  de  Centre-Améi  iqae ,  par  M.  Macssios 
Di  CAHoi,  capitaine  de  corvette 5 

Leif  droits  dtt  Japon  et  de  la  Malaisie  à  la  connaiaaanre  de  la 
reli^Km  chrétienne,  tirés  de  notes  écrites  peodant  dei  voya- 
ges foiti  en  1837 ,  en  partant  de  Canton  sur  U  savûre  ie  Mo- 
riisonet  le  brick  CHimmaleh,  Analyse  par  M.  P.  Daosst.  a3 

Kttrait  d'une  lettre  à  M,  Daussy,  contenant  les  premiers  résul- 
tats des  observations  astronomiqaes  faites  en  Abyssinîe^  par 
M.  Aotoine  d'Abbadib 4^ 

Kensei5iiements  recueillis  par  M.  Delaportb,  consul  de  France 
à  Mâgâdor,  sur  la  mort  du  voyageur  anglais  DaMton.   .     .       5o 

Reconnaissance  de  la  côte  occidentale  d'Afrique  depuis  Sierra- 
Leone  jusqu'au  cap  Lopex,  par  le  capitaine  Fidal^  par 
M.  P.  Daosst 56 

Sur  le  phénomène  diluvien  ou  erratique  du   nord  de    TEu-- 
rope.  (P.  D.) Go 

Positions  dans  le  Kurdistan,  dëterminces  astrODomiqneinect 
par  ^.  O.  G/ascolt.( P.  D.) 64 

Expédition  du  Niger.  (P.  D.) 65 

Détroit    de     Dampier    et    île   nouvelle    dans   les    Caiolines. 

(P   D.) 70 

?)<He  «ur  lllr  Hunier.  (  P.  D.  ) ;i 


rA(rii|jae  ûvifpl^a,  fK^r  |M..  u'AyssAp. 

de  lieui 9i 

»  •  •  •  • 

BADiB.  .......     .     .   ..   ...,,.     ,  .  •  .  .     i      89 

If  p^rfU,  l^ù  4e  cpiif ipiçûo»  (fraplii^ue.d»^  ren^d^ni^r ',...;. 

menti  qui  précèdent  .     ,     ,     , ,     *    ,100 

^cnseignemenu  sur  rAbyMii»e«  -^  Eiii'^îu  4#  dem  le|ii^  de 

M.  T«-C. '.  LftrKpvRB,  iieoieaaol  de  vaiiiâeafi •.,     fl4 

.  Çjitniits   de  deux  leUn-s  de  M.  Antoine  p'AstAOïib  à  M.  €A^ 
vexac. 

I,  ^f^q«çignçpRÇ9lf[ 'fliir  dixei-K  i|li<7i^»4eJ!l&tbi<»fiie.     ..    .  .  lïo 

Traduciion  littérale,  faite  %ur  J«  versidA  i^'abe»  ^  !•' 
leftrfrilniorBia  4'ALba  Bit^'ibo  ifoi  4'*En<ineA>4iiide4j-  -    ' 
asm^icb  Q^i;ha^ »  ^14196  r,^an|^#Mr  094jflte)»>na<-  i. 

II.  Rennei^ements  géographiques  sur  la  côte  iQeKidÎMwUe 

•  j.  ^e  l'Arabf^r    »;    ••      »     ►      ..,,',     ,. .   «     ....     .      ^%6 
^  Noms  di*s  lieux  sur  les  1  ivugf s  ^*  l'iirabie  mériflion  . 

o^^;ilepui:i  Mafk.'^t^jttsqiia  ^fakhil,  iodiqura  par    /  i 
Khaiiiys  ben  Tsabet  de  <^onr.     •     *.,     «..«..:  129 
Ue'pr^oii  d^  U.4i»fMr.J)Aor4{i«-Mr.g|UyrAit)d'iinft  lettre da  M.  In 

Londres.      .,...*.... .  ,»     •.     139 

'fe^tf  fttf'Ulipifl^lie^  ^     ...     1.    ^     .     * 145 

DeGuitlaum^  ^Àl^l^'fî  F<^H^éf^  (|9(R"n4)0f6Di^4pb«Jb  pr«>t>ori  d*(|ii   . 
manii|)p^U  de  jt  .^VQr^l^lïit) /dl  Pmi^m».«.ipHr  M.  HaynKM^d 

y      1 HOMA89T.         •  «■.       »■•      •      *       «       «•'•■•4  •'     144 

Iiote^f^^fpf.J|f..  CJjfpufiffi^ ,  dff  ^mk-i  «B^iibce  «W  JA^caciëtr 
,^  .  de  (géographie ^  et  .^i^i<m  cpf^sv^ ^4>^ri>|  de  Ec^^cn  à  Lima, 

par  M^  ^cx  1)^,  EoGiMP.Li|.    .     .     .     .     .     .     .    «     *  161 

Qes  progrès  de  la  civilfsal^i)  jçl-.iJe  lMi(lu«iri«  «H'AMriche, 

parM^,Ço!«8^A!0i'r.D^si>4Oi7f^ ,;     ► .in. 1^4 

Note  f^^  \^,p^\opÀ^^^^f'^fii/i.(^ii6K^i  C^,.*p.  \.de  la  NoMUffilkv. 

^^\\fV^t)t  rt4-JuHT:*  ..Ml*.  1^.    •.    •     '     «     •  .  •     «.-•♦'    iHi 
ï*«"^«W'W^»^W**Wf»*MWW'#H«-.  r|«J»in^»4e/Faiia«ia  |îi.s«r.  , 
.  ,   les  moyens  de  transport  qui  y  sont  offerts  jgx  vo>m|;«»M)i44  «p^r  ^ 

M.  Lbvoiiib,  consul -(rt^ntTiil  dp  Fi^tnre  en  Bolivie  i8.> 


(4«6) 

Com|fte-r«ndb  du  Tablêttv  de  U'«t«ri«iéii  dw éUMiiaeincoU 

Cmiçaif  dan*  VA\géne  en  1^4^,  par  M.'Amx<  OBllociinjLs. .     i8ti 
Note  de  M.  BB  La  ftoQoem  sur  les-m^nx-de  la  Soelété  d<^ 

aiiciqiiaires  do  Nord soi 

EieuniK>ii  ev Vésuve,  Soaveaift  de  'voj^es,  pto"!!.  le  baroor 

*  D*Hoi»BEi-FlUlâS 

Analyse  de  roavmge  de  M.  WâmtoBS  sar  la  clir«md'ogie  Iiistt>ri-' 

qœ  des  ÉtaU-Unis.  (  R.-R.  ) si« 

Note  sur  l'Atlas  maritinie  prtissieiL  (  P.  D.  ) 117 

Des  rivières  navigables  et  flottaUes  de  Fempire  de' Russie  ,* 

pa^M.  CoCKCET 1Î5 

Notice  sur  M*  Lefèure ,  ing^ëoiear,  correspondant  da  MusHin 
-  >  d'histoire  uaturefle,  moita  Mohammed- AH-Mis,  le  19  oeto-^ 

bre  1839,  par  M.  OociECBf .     .     .     aSS 

Voyage  fed  Settaaar  et  au  Cordofàa.  ^-^  Lettre  de  -Sfl'têfèmre 
àH.  CwMieCf'Consol-^én^ral  de-Rranceen  Égyfrte.  :'    .     .     361 
•  Note   smr  la   hauteur  de    Pari»    au-dessus   éb  X'Otêtn^    par 

M.  JmiARD 370 

Note  sur  les  travana  de  la  Société  des  Antiquaires  '  du  Nord , 

par  M.  ns  La  RoQurns.  373 

Extrait  d'une  leitiH:  Je  M.  ÀRTis-Rst  à  Èf.  fontard^  directeur  de 

la  mission  égyptienne  en  France. '^'jS 

Lettre  de  M.  d'AtB.%c  à  M.  Cmhtht  vat  le  nooi^au  voyage  du 
capifatne  Allen  au  Niger ,  lu  dépression  de  la  mer- Morte,    ' 

.  sur  l'expédition  anglaise  en  A byssinie,  etc '277 

.Traduction  d'une  inscription  cou£k]ue  gravée'sur  tito  maH>re 

rappdrtédeDenia  KUpagkie),  parrM.  OitfrrtEttVAac.'     .     .     3êi 
Obsdqnee  de  M.  le  contre-amiral  Dumont  tTUrviUe^  présidektt  ' 
de  la  Commission  centrale  de  la  Société.    .     •  289 

Dfseéurs  prononcé  par  M.  DDMOctlK',  ingéaleof-bydro- 

grapke  defekpédiiftoftt  au  pMe  Éttd.'    *. 291 

Discours  prononcé  par  M.  8.  Bcrthuot  ,  secrétaire»    '. 
général  de  la  Commission  centrslif.'.     .  •  '  *     193 

.  Notice   sur    les    travaux  hydrographiques  ekécutéVt   dalis  '  IV  ': 
royi^ume  de  N;iples,  par  M.  le  colonel  VtM:»Rrh,  cori^espoh-''  ' 
«  daiit  étranger  de  la  Sortété,  diri>cletir  du 'Bureau  royal  tri- 
pogtaphtque.  (Bxthiit  d'une  comfttuèièati<Wi  mfe'â'M.  ^  Ea"  '  ' 

.    t  il.     Il       «  ,    »/         »     '    I      ï/ 


(  4a7  ) 

Notice  >ur  .\e»  ««ries  byiàroi^Apbi^M***  d*i$  côl««.ile  Norvè{'^«     •  ^ 
par  ^.  de  Là  Roquette,  ancien  consul  de  France  en  Nof  vè^e-     34^8 

Note  de  M.  de  La  Roqdbttk  («ur  la  Société  des  :inli(|i}aire«  du 
Nord 3'i9 

Compte-rendu  de  la  géographie  prototype  de  la  Fiance,  par 
AC  le  colonel  Denatx  (A...  ) 33i 

Expédition  par  terre  de  la  baie  Denon  an  port  du  Roi  Georges 
( Nouvelle-Hollande j,  par  M.  fy IV.  (P.  D.) 337 

Notice  tMMi  k  baron  LQuiiCfiim^^  meqpl»re4erAdadcinia4es 
Kcien««i  Qt  de.b  Q«iiiiwMi«n  «enlMle  de  U  ^ocii^é  de  fj/ê^' 
graphie)  |Kie  M.  JjpsHAi».  «    ^..>. i     386 

Essai  sfMT  l^n  S^miiioL^  de  i«  Floride  par.  M.  Francis  déGAlm    - 

Ufttrede  M.  le  colonelriE(ta4ls>à  M<  VilUmmm^  aaini«ir«iid«i.M  i 
rinstmction  pnbliipie ,  président  de  bi  Société 4*^4 

DEUXIÈME  SECTION. 

iCTES    DE    LA    SOCliT^. 

y^ssetnblée  générale  du  17  juin    i%^a. 

Discours  prononcé  par  M.  Villimair  ,  ministre  de  l'Instruction 

publiqne,  président  de  la  Société 353 

Rapport  sar  1<*  concours  au  prix  annuel  pour  la  découverte  la 

plus  importante   en   géographie,  fait  an   nom  d'une  Com- 

mîisiun  spéciale,  par  M.  de  La  Roqubttk,  rapporteur.   .  36 o 

Rapport  fait  an  nom  d*une  Commission  spéciale  sur  le  prix 

fondé  par  S.  A.  R.  M*'  le  duc  n'OaLéAES ,  par  M.  Roux  de 

RocBBLLB,  rapporteur 377 

Programme  des  prix  proposés  par  la  Société  en  1843.  .     .     .     4^9 
Procès-verbaux    des  séances  de  la  Commission   centrale,  de 

janvier  à  juin  .  .  .  73,  i56,  aai,  3q8,  28a,  34i  et  4i< 
Procès-verbal  de  la  séance  générale  du  17  juin  i84>*  •  •  4^4 
Membres  admis  dans  la  Société.  .  77,  iSq,  387,  349    ^^     4'^ 

Ouvrages  offerts^  la  Société.    .     .     77,   160,    187,  349    et    ibid. 


V  4i8  ) 

Listes  deh  SoiiS4*ri|near«  »u  m^omiieiit  de  M.  le  ronire^^ninl 
Darnoof  ffCrviUe 35i  cf  4^3 


flaucves  xnwm  «r  17*  Toiuiti. 


Esquisse  da  papde  Sçottttlài  à  ï^txrémké  ohentale  de  TAIPi* 
qoe ,  d'apràs  le»  renscigaeniêMs  rectiili»  par  M.  AnCoî^e 
i>*Am4die,  a  Berberah,  eo  i84o  et  18419  pM"  Bl.  wfAtaMAC  .       Si 

Fac-simlle  de  Torigiiiial  ea  bngiw  et  earaetèrei  ilMoHna,  Ift 
de  la  ▼ersion  eo  arabe  Talgaire  de  la  Haate-Edùopie^  d'utfe 
lettre  d»  p»i  d'Enarae  •«  prinêe  de  Oôdjam.  .       .    '.     .     «     i!l4 


na    l»B   LA    TABLB  DU    1 7*  fOUJME. 


BULLETIN 


DE  LA 


*  f 


SOCIETE  DE   GEOGRAPHIE. 


Deuxième  Série. 


TomE  anriii. 


BUREAU   DE  LA  SOCIÉTÉ. 


(SLBGTIONS  DU   17   JUIN   1842.) 


Président, 

Fiee»PrésidêHit. 

Serutateurt, 
Sêeréiaire. 


M.   Cnsur   Geidaisb,   minUtre   de  rA^culture  et    du 
0)mineree. 

Roux  DE  RoauiABy  ancien  ministre  de  Fr.  aux  Ét.-Uois. 

baron  Rooia,  membre  de  la  Chambre  des  Députés. 
Drout*  de  Lhuts,  direct.an  ministère  des  Aff.Étrangères  - 
CooiBUXt  ancien  consol-gcnéral  en  lîsypte- 
V.  ÀHaàAV,  professeur  de  rUniTeraté. 


C  M.Rc 
(m.  le 

(m. 


Liste  des  Présidents  honoraires  de  la  Société  depuis  son 


BfSf* 
Le  marquis  de  Latlacs. 
Le  marquis  de  Pacto&it. 
Le  vicomte  de  CBAimAUBaiàvo. 
Le  comte  Chabbol  db  Toltic. 
Beoqvbt. 

Le  baron  Auu.  db  Humboldt. 
Le  comte  Cbabbol  db  Cbodsou 
Le  baron  Cutibb. 
Le  baron  Htdb  db  NBunLLB. 
Le  doc  de  Doudbautillb. 
J.-B.  ETBiàs. 


angine, 

MM. 

LeoomledeRiAVY. 

DuMOVT  d*Ubvillb. 

Le  duc  Dbcabbs. 

iiexomte  de  MovTALnrsT. 

Le  baron  de  Babastb. 

Le  lieutenant-général  Pblbt. 

GoaoT, 

Db  Saltandt. 

Le  baron  Tupihibb. 

Le  comte  de  Las  Casbs. 

TiLLBMAIV. 


Correspondants  étrangers  dans  Vordre  de  leur  nomination. 


mSAm 
Le  docteur  J.  Mbasb,  à  Philadelphie. 
H.  S.  TAniBB,  i  Philadelphie. 
W.  WooDBBiDOB,  à  Boston. 
Le  major  Edwabd  Sabivb,  à  Umerick. 
Le  colonel  PoiirsBTT,  aux  Etats-Unis. 
Le  col.  d*Abbabaiuov,  i  Copenhague. 
Le  professeur  Scbumacub,  à  Altona. 
De  Nayarbetb,  à  Madrid. 
Le  docteur  Rbivgahom,  à  Berlin. 
Le  capît.  sir  J.  Fbahxliv,  à  Londres. 
Le  docteur  RiciAmosov,  à  Londres. 
Le  professeur  Raph,  à  Copenhague. 
1<e  capitaine  Gbaab,  à  Copenhague. 
A.11ISWOBTB,  à  Edimbourg. 
fiC  conseiller  Adbibh  Balbi,  àVienne. 


MM. 

LecomteOBMiBaoDBHBMSô,à  Florence. 

Le  colonel  Lovo,  aux  Etats-Unis. 

Sir  John  Babbow,  à  Londres. 

Le  capitaine  Maoovocbib  ,  a  Sidney. 

I^  capitaine  sir  Johv  Ross. 

Le  conseiller  de  Macboo,  à  Lisbonne. 

Le  professeur  Rabl  Rittbb,  à  Berlin. 

P.-S.  DU  PovGBAu,  i  Philadelphie. 

Le  capitaine  G.  Bacb. 

F.  DuBOisDB  MosTPSBBuXfà  Neufcbétcl. 

Le  cap.  John  Washvotov,  à  Londres. 

Le  col.  Ferdinand  Tiscoirri,  à  Naples. 

P.  DB  AvosLis ,  i  Boenos-Ayres. 

Le  docteur  Rbibob.  à  Francfort. 

Adolphe  Ebhav,  à  Berlin. 


PARIS.  ^  IMPIllMfcaiB  DB  BOUIGOGIIB  BT  MlBTINBT, 

ru»  laeob,  M. 


BULLETIN 

DE    LA 

SOCIÉTÉ  DE  GÉOGRAPHIE, 

Benxième  Série. 

t4me  9ix~\)uitiéme. 


PARIS, 
CHEZ    ARTHUS-BERTRAND,       * 

LiamAIRB     DB     L«    SOClità    DE    GSOGRAPHIE, 
■na  ■iDTirioiLLi,  ■"  al. 


COMMISSION  CENTRALE. 


COMPOSITION     DU     BUREAU. 

(Éleclion  da  17  décembre  1841.} 

Président,  M.  le  contre-amiral  DuMOirr  d*Uiitii.i.b. 

Piee'Présidenti,     MM.  Jomard,  dk  Lâboquctts. 
Seeréttùre^ffénêraL  M.  BiRTBsidDT. 

Section  de  Correspondance. 

MM.    Bajot.  UM.  Ufond. 

Barbie  do  Bocage.  C.  Moreau. 

Callier.  Nod-Desvergen. 

Gocbelet.  D*Orbigny. 

Dubuc.  Tester. 

Edwardi.  Warden. 
Jaubcrt. 

Section  de  Publication. 

MM.   Albert-MoniénMHit.  MM.   De  Lareoaadière. 

ÀDiart.  De  Montrai. 

D*Avene.  Le  Ticoate  de  Santaron. 

Boblaye.  Ternau-Gompani. 

Denaix.  Vivien. 

Giiigniaut.  Le  baran  Wakkenaer. 
Baron  de  Ladouoette. 

Section  de  Comptabilité. 

MM.  I^  colonel  Gorabœof.  MM.   Xamhvt. 

Dauay.  Le  baron  Boger. 

Eyrièt.  Bonx  da  Bodialle. 

Comité  chargé  de  la  publication  du  Bulletin. 

MM.  Albert-Montémont.  MM.  Cockelet. 
Amart.  Danmy. 

D'Avaac.  Joniard. 

Barbie  du  Bocage.  De  la  Boquette. 

Berthelot  Bonn  da  Bochelle. 

XSalUer.  Tezier. 


v>:. 


M.  GbapeUicr«  notaire  bonoraira,  trésorier  de  la  Société,  me  de  Saine. 
M.  Noirot,  agent-général  et  bibliotbéeaire  de  la  Société,  ma  de  l*UniTar- 
•Hé  ,  •«  a). 


BULLETIN 

SOCIÉTÉ  DE  GÉOGRAPHIE. 

JVILLBT  l849. 

PHEMIÈRE    SECTION» 


MÉMOIRES,  EKTBAITS,  ANALYSES  ET  RAPPORTS. 


PasiiiBa  V0YA6B  à  la  recherche  d$$  sources  du  Nil-Blanc, 
ordonné  par  Hohammbd-Aly  ,  vioe^roi  d*  Egypte. 

Article  commaniqué  par  M.  Johaad» 


L'expédition  envoyée  par  le  vice-roi  d*Égypte  sur  le 
Bahr-el-Abiad  ou  le  Nil-Blanc  a  été  citée  dans  le  Recueil 
périodique  de  lu  Société  (Cahier  de  juillet  i84o). 
Depuis  long -temps  j'attendais  la  relation  officielle 
pour  la  faire  connaître  aux  lecteurs  du  Bulletin  :  je 
crois  faire  une  chose  qui  leur  sera  agréable  en  pu- 
bliant la  traduction  française  de  celte  relation  qui 
vient  de  m'èlre  adressée  par  le  premier  secrétaire  in^ 
terprète  du  vice-roi  ^  Arlin-Bey.  Une  expéditioii  de 
4oo  hommes  sous  la  conduite  d'un  officier  égyptien,  et 
tentée  pour  l'unique  but  des  découvertes»  est  la  pre- 
mière de  celte  espèce  ;  le  journal  d'observations  qui  est 
à  la  suite  de  la  relation  est  dans  la  forpie  des  journaux 


(6) 
tenus  par  les  Européens  ;  enfin  ce  voyage  esl  un  des 
premiers  fruits  de  la  noufêlle  civilisation  introduite  en 
Egypte  depuis  un  quart  de  siècle  ;  il  mérite  donc,  sous  le 
rapport  du  pays  commesoosceloi  des  personnes  qui  lonl 
exploré,  de  fixer  l'attention»  quelque  incomplets  et  im* 
parfaits  d'ailleurs  qu'ra  soient  les  résultats (i).  Il  rap* 
pelle  l'expédition  envoyée  en  i8t4par  le  pacha  de  Tri- 
poli au  pays  de  Bornou,  et  à  laquelle  se  joignirent  le^ 
célèbres  voyageurs  Denham.Oadney  etCIapperton,  à  la 
différence  que  son  chef  Bou-Khaloum  n'avait  qu'un 
but  politique,  et  qu'il  voyageait  tout  autrement  que 
le  capitaine  égyptien.  Au  reste,  le  problème  des  sour- 
ces du  Nil  n'a  jamais  cessé  »  et  peut-être  qe  cessera 
pas  de  sitôt ,  d'être  l'objet  de  la  curiosité  universelle 
chez  tous  les  peuples. 

Le  voyage  du  capitaine  Selim ,  à  partir  de  Khar- 
toum  t  a  duré  i35  jours  ;  il  donne  des  renseignement^^ 
sur  le  cours  du  Babr-eUAbiad ,  sur  ses  aCQuents  »  sur 
les  peuplades  qui  en  habitent  les  bords ,  et  sur  les 
productions  naturelles  qui  s'y  trouvent  ;  il  a  servi  et 
doit  servir  de  point  de  départ  pour  les  découvertes 
pltérieures  :  nous  le  saluons  comme  Taurore  des  nou- 
velles explorations  que  le  génie  entreprenant  de  Mo* 
hammed-Aly  promet  à  la  géographie  et  aux  relations 
commerciales.  i — D. 


[i)  Oa  essaiera  de  ioiiidre  une  esquisse  de  carte  à  ce  document , 
oè  l'on  troave,  en  outre  de  ridnéraire,  huit  obserraiioni  de  latitude 
faites  à  l'aide  d'un  ocunt  et  d'un  seitanc,  mais  auiquelles  on  ne  peut 
accorder  une  grande  confiance.Quant  aux  traits  un  peu  naïfs  un  Mcit 
et  ans  imperftctioof  du  style  de  la  relation  (qui  laisse  à  détâror  toii| 
plus  d'un  rapport) ,  on  a  cn^  devoir  les  laisser  subsister;  elles  récla- 
ment rindulgence  du  lecteur,  ainsi  que  les  obscurités  et  les  foutes  pro- 
venant de  réciitore  do  naduscrit.  Pour  Torthographe  des  noms  d«; 
lieux ,  nous  avons  conféré  le  Journal  avec  les  Tahleaux  de  Titiné- 
raire.  On  annonce  ^ue  leaBcond  voyage  a  prodait  des  résultais  plus 
précis  quant  aux  positions  géographiques. 


(7) 

JOURNAL 

du  voyage  fait  par  Sbiih  Bim  achi,  capitaine  dejrégate^ 
chargé  de  l'expédition  envoyée  par  S.  A.  le  vite-roi 
d'Egypte^  pour  découvrir  la  source  du  fleuve  Blanc. 

INTRODUCTION. 

Il  esl  de  d^vow  el  de  nàcemté  d^adreater  des  re* 
merciements  »  des  actions  de  grftee  et  des  prièfes  sans 
nombre  au  Créateur  des  humains»  à  celui  dont  l'exis* 
tence  est  nécessaire  et  réelle .  à  celui  enfin  dont  la 
main  puissante  et  le  pouvoir  sans  bornes  ont  décoré  les 
pays  du  soudan  avec  cette  végétation  vigoureuse  et  les 
a  peuplés  de  cette  grande  variété  d'hommes  qui  font 
aujourd'hui  l'admiration  el  l'étonnement  de  nous  tous 
humbles  créatures. 

Qu'Allah  soit  satisfait  i  jamais  du  chef-d'œuvre  de  la 
création,  de  la  crème  des  créatures,  de  l'extrait  de 
tout  ce  qui  existe ,  c'est-k-dire  du  père  de  Qftsem ,  du 
bienheureux  Mohammed  ainsi  que  de  son  illustre  et 
généreuse  postérité  ! 

Cette  fois ,  avec  l'aide  de  la  faveur  étemelle  et  di- 
vine, la  volonté  du  conseiller  de  la  gloire,  du  frère  ju*- 
meau  de  la  puissance,  de  noire  bienfaiteur,  de  notre 
auguste  maître  enfin,  s'étant  fixée  à  ce  que  le  cours  du 
Bahar  Abiad  ou  fleuve  Blanc,  qui  serpente  dans  les 
pays  orientaux  du  Soudan ,  fût  exploré ,  ainsi  que  les 
mœurs,  la  religion  et  les  autres  circonstances  et  parti- 
colarités  qui  concernent  les  peuplades  diflérentes  qui 
habitent  les  parties  orientales  et  occidentales  de  ce 
pays ,  et  à  ce  que  k  peu  de  notions  et  de  cartes  que 
des  relations  anciennes  ont  pu  faire  obtenir ,  fussent 


(») 

complétéesy  nous  fûmes»  grâce  soit  rendue  à  Dieu,  dé- 
signés pour  remplir  une  mission  si  glorieuse. 

Persuadés  que  désormais  la  relation  d'un  pareil 
voyage  ne  manquera  pasde  dater  dans  Thistoire^etd'èlre 
ainsi  un  motif  de  gloire  et  d'honneur  pour  les  personnes 
préposées  à  son  exécutioniet  désireux  que  nous  sommes 
de  remplir  les  désirs  et  d'acquérir  l'approbation  de  S.  A. 
notre  auguste  mailre,  nous  résolûmes  de  dépenser 
tous  nos  efforts  et  toute  notre  aptitude  à  sa  réussite. 

Le  g  de  Ramadan»  année  isSS  de  l'hégire,  en 
rertu  d'un  ordre  supérieur,  ^oo  hommes  commandés 
par  un  sagh-qol-aghassé,  et  tirés  des  i*'  et  8*  régi- 
ments d'infanterie  cantonnés  au  Sennaar,  nous  furent 
confiés.  On  nous  accorda  également  cinq  dahabyéh  ye* 
nues  d'Egypte  et  armées  chacune  de  deux  pièces  de  ca- 
non; trois  au  très  nous  furent  données  dnSennaar,  ainsi 
que  deux  qyasèh  et  quinze  canots  munis  de  huit  mois 
de  provisions,  et  suffisamment  de  munitions  de  guerre. 

Après  avoir  ordonné  et  régularisé  le  service,  moi  et 
Suleiman  Kachef,nous  descendîmes  dans  une  dahabiéh, 
le  Français  Ibrahim-Effendi  (i)  dans  une  autre, et  ainsi 
de  suite,  le  poste  de  chacun  ayant  été  désigné. 

Diaprés  un  ordre  de  S.  A.,  du  97  de  Redjeb  iiSS,  et 
que  je  reçus  le  5  de  Gha'bAn  1  s55,  il  m'a  été  enjoint  de 
prendre  avec  moi,  dans  le  cas  où  il  en  témoignerait  le 
désiFt  le  nommé  Abd-el-Kérim-Effendî»  agent  du  gou- 
vernement anglais  (s)  ;  mais  il  me  prévint  deux  jours 
avant  notre  départ  qu'il  était  dans  l'intention  de  faire 
le  voyage  par  terre,  habillé  en  Taqrair  (S),  ce  qui  fui 
consigné  dans  le  journal.  Le  samedi  9  de  RamadAn 
H  g^,  nous  partîmes  de  Khartoum. 

Le  rivage  de  cette  partie  est  garni  de  quelques  aiv 
bres  et  habité  par  les  deux  qabylèh  ou  tribus  Omdour*^ 

(1)  M.Thibnut  JV.  du  H.  (a)  Un  indigèiip.  NMR.  (3)Petit-étre  Faqyr. 


(9) 
màn  et  Fetqâbp  dont  les  habitants  s'occupent  d'agri- 
culture. 

Nous  rencontrâmes  sur  la  route  deux  Ilots. 

Le  soir  nous  nous  arrêtâmes  â  ih  à  l'orient  dans  un 
endroit  nommé  Reikéléh. 

Dimanche^  lo  Ramadan  i»55  (17  novembre  iSSg). 
—  Le  matin,  on  a  passé  Sh  i/s  à  communiquer  les  or- 
dres nécessaires  aux  officiers,  à  leur  apprendre  les  si- 
gnaux dont  on  aurait  besoin  pour  s'entendre  d'une 
barque  à  l'autre ,  après  quoi  on  s'est  mis  en  route.  A 
6^,  on  a  rencontré  du  côté  de  l'orient  la  tribu  de  Fit- 
khab(i)  pet  du  côté  deToccident  celle  de  Djoumahyéb;  â 
8b,  on  vit  à  l'orient  la  tribu  de  Djabélyèb,  et  du  côté  de 
l'occident  celle  de  Mak-Mohammed-Djoumabyéh,  puis 
.celle  de  Mohammed-Ouadréhal-Djoumahyéh;  plus  loin 
du  même  côté»  â  environ  5  milles  de  distance*  on  vit  la 
.montagne  de  Mandbarab;  à  9b,  du  côté  de  l'orient,  sur 
le  bord  du  fleuve,  la  montagne  Adbly  ;  à  lo^,  sur  lie 
bord  occidental  du  fleuve,  on  vit  la  montagne  Bariméh, 
derrière  celle-ci  on  voyait  deux  autres  petites  mour 
lagnes  nommées  Barmil  etBadiléh.  Les  deux  rives  sont 
habitées  par  la  tribu  Moussa-Makbouléh  (s)  ;  ces  lieu^ 
sont  remplis  de  broussailles.  Les  observations  relatives 
à  la  profondeur  et  à  la  largeur  du  fleuve  sont  indiquées 
au  tableau  de  cette  journée.  Nous  rencontrâmes  dans 
.cette  journée  sept  lies;  nous  avons  passé  la  nuit  à 
Cheikh  Moussa-Makbouléh. 

Lundis  11  Ramadan  isâS.  —  Pendant  que  nous 
étions  à  Khartoum,  ayant  été  pressés,  nous  avons  fait 
jcalfater  nos  dahabyéhs  et  nos  barques  à  la  hâte,  et 
quoique  en  ce  moment  elles  ne  fissent  pas  d'eau;  dans 

(i)  Siins^doute  la  même  tribu  que  celle  de  Fetqâb  mentionnée  |>lti> 
^aut. 

(3j  1^9  Ta(f(eaux  donnent  MaqboulFh. 


(  lo) 

la  journée  d'hier  pendaDt  que  nous  étions  en  route,  les 
dahabyéhs  et  les  barques  ayant  fait  un  peu  d'eau,  il  a 
fallu  s'arrêter  pour  les  calfater;  d'un  autre  côté  la  fa- 
rine des  troupes»  dont  l'origine  était  très  ancienne  et 
ayant  un  goût  amer,  ne  pouvait  être  donnée  pour  ali- 
ment :  alors  nous  avons  remis  au  cheik  de  Moussa- 
Hakbouleh  jS  ardebs  de  dourrah  et  5o  ocques  de  fa- 
rine et  nous  en  avons  pris  un  reçu.  Après  avoir  fait 
connaître  cette  circonstance  à  Abdoullah-Effendi,  sous- 
gouverneur  de  Khartoum,  nous  parttmesalors  à  8h,  sur 
les  deux  rives  du  fleuve  nous  vîmes  la  tribu  deMoussa- 
Makboulebet  quelques  arbres  de  santhe  {souni?)\;  etde 
distance  h  autre  quelque  peu  de  broussailles  ;  sur  la 
rive  orientale»  dans  quelques  endroits»  les  rives  sont  es- 
carpées. Les  lies  que  nous  avons  rencontrées  sont  in- 
diquées dans  le  tableau  de  cette  journée.  Vers  le  soir 
Suléiman-Kachef  ayant  envoyé  4  bœufs  »  on  les  a  dis- 
tribués aux  troupes»  et  nous  avons  passé  la  nuit  à  Ro- 
lèh-Mab. 

Mardi,  is  Ramadan  isS5. — Le  matin  à  il>  (  Ala  tur- 
que), nous  nous  mimes  en  marche;  à  4h  un  des  soldats 
se  dirigeant  vers  le  gouvernail  pour  satisfaire  un  besoin, 
tomba  dans  l'eau  et  se  noya.  Sur  la  rive  occidentale  on 
voit  quelques  arbres  de  santhe»  et  les  lies  qui  sont  in- 
diquées dans  le  tableau  de  cette  journée  sont  entière- 
ment couvertes  d'arbres  de  santhe,  à  Tezception  de 
l'Ile  de  Salyah  qui  pendant  les  basses  eaux  du  Nil  est 
cultivée.  A  7^^  nous  arriv&mes  au  petit  chantier  de  bar- 
ques» qui  se  trouve  sur  la  rive  orientale  du  fleuve; 
pendant  que  nous  étions  à  Rhartoum»  nous  avions  pris 
une  centaine  de  fers  de  lances  sans  manches;  noosflmes 
faire  les  manches  dans  cet  arsenal  »  et  pour  cette  rai. 
son  nous  nous  sommes  arrêtés  dans  ce  lieu;  dans  la 
direction  S.>0.  se  trouvait  la  tribu  de  Uassnyèb. 


(  »•  ) 

Mercredi^  i3  Ramadnn  19 55.  —  Le  matin  à  5h  nous 
nous  mimes  en  roule  ;  à  8h  nous  vîmes  la  montagne 
d'Arachqoul  qui  se  trouve  à  une  distance  d'environ 
9  milles  de  la  rive  occidentale  du  fleuve»  les  six  lies  qui 
sont  indiquées  dans  le  lableau  de  cette  journée  ainsi 
que  les  deux  rives  du  fleuve,  sont  couvertes  d'arbres  de 
sanlbe.  La  rive  occidentale  est  escarpée  en  quelques 
endroits  et  cultivée  en  d'autres.  Les  deux  rives  sont  ha-» 
bitées  par  la  tribu  de  Hassnyèh  ;  dans  cette  journée 
Suléiman-Kachef  nous  a]fant  envoyé  4  bœufs,  les  sol- 
dats en  firent  leur  dîner.  Nous  avons  passé  la  nuit  au 
lieu  nommé  Chabbachah  (1)  qui  se  trouve  sur  la  rive 
orientale  du  fleuve. 

Jeudi,  14  Ramadan  1  s55. — Le  matin  à  3b  je  fis  par- 
tir l'expédition.  J'ni  vu  les  lies  indiquées  dans  le  ta- 
bleau, les  deux  rives  du  fleuve  sont  couvertes  de  mimo- 
sas. A  4^  j®  u)^  trouvai  aux  dix  sakyéhs  construites  par 
le  général  Mustapba-Bey,  à  côté  desquels  se  trouvait  sa 
cabane.  Quand  je  me  suisrenda  aux  deux  sakyéhs  et  à  la 
cabane  du  nommé  Uendjazy,  j'ai  rencontré  unSchlouk 
monté  sur  une  barque  conduite  par  dix  marins , 
ledit  Hendjazy  vint  à  notre  rencontre  avec  un  Schlouk, 
Je  lui  demandai  alors  où  était  le  cheikh  des  Schlouks. 
dans  sa  réponse  il  m'apprit  qu'il  se  trouvait  à  l'Ile  Lak* 
daooihyèh  près  la  cabane  du  cheikh  Akhmet;  je  lui  dis  : 
«Nous  ne  sommes  pas  venus  ici  pour  faire  de  mal  à  per- 
sonne ;  nous  voulons  seulement  trouver  la  source  du 
Nil^Blanc  ;  que  l'on  n'ait  aucune  crainte  de  nous  ;  nous 
continuerons  notre  route  vers  le  but  désiré  ;  S.  A.  notre 
mattre  nous  a  ordonné  de  faire  du  bots  et  donner  des 
cadeaux  à  toutes  les  tribus  qui  viendraient  nous  voir.  > 
.J*ai  envoyé  deux  individus  avep  deux  Schlouks  vers  le 

(i)  Cliebpchc  daii$  les  Tableatix. 


(  «a) 

cheikh  des  Schlouks,  et  j'ai  retenu  la  barque  du  Schlouk 
avec  huit  marins  comme  otage.  Dans  ce  jour  les  sol- 
dats ont  lavé  leur  linge  et  nettoyé  leurs  armes,  et  se 
sont  occupés  de  leur  propreté  personnelle. 

Du  côté  de  Toccident  se  trouvait  la  tribu  de  Has* 
snyèb. 

Nous  jetâmes  Tancre  au  milieu  du  fleuve»  où  noua 
passâmes  la  nuit. 

Ferulredi,  i5  Ramadan,  —  Le  matin  de  bonne 
heure  nous  nous  sommes  mis  en  route. 

A  7h,  nous  étions  à  la  cabane  du  cheikh  Elias.  Jusque 
là  les  rives  du  fleuve  ainsi  que  les  Iles  qui  sont  indî- 
quées  dans  le  tableau  sont  couvertes  de  mimosas  ;  mais 
rile  Honbalah  est  beaucoup  plus  longue  que  les  autres. 
A  son  exirémilése  trouvent  quelques  palmiers.  I«à  sont 
revenus  les  deux  individus  envoyés  au  cheikh  des 
Schlouks,  ils  nous  ont  annoncé  que  le  cheikh  Hydriss 
ainsi  que  lous  ses  Schlouks  s'étaient  mis  en  fuite»  et 
comme  nous  devions  prendre  le  cheikh  Elias  pour  guide 
ainsi  que  Suleiman  -  Rachef  l'avait  précédemment 
annoncé  au  Pacha»  gouverneur  du  Soudan.  Mais  ledit 
cheikh  ne  s'étant  pas  trouvé  dans  sa  cabane  »  nous 
envoyâmes  un  exprès  pour  le  chercher  à  Dharyéh  où  il 
!> 'était  transporté.  Dans  celte  journée ,  un  des  marins 
élant  venu  à  décéder»  nous  passâmes  la  nuit  â  l'ancre 
au  milieu  du  fleuve. 

Le  samedi^  16  Ramadan.  —  Nous  passâmes  ce  jour 

dans  la  cabane , 

le  lendemain  ,  dimanche»  à  Sb»  est  arrivé  le  cheikh 
Elias  Akhmet»  et  nous  lui  annonçâmes  qu'il  devait  par- 
tir avec  nous.  Dans  sa  réponse  »  il  nous  a  dit  qu'il  ne 
connaissait  pas  la  langue  des  Schlouks»  maisqu'nnde 
SCS  parents  qui  se  trouve  dans  le  Dharyèh ,  nommé 
llidhoun,  connaissant  la  langue  des  Schlouks»  serait 


(  «3) 
plus  convenable  pour  accompagner  l'expédilion.  Ayant 
approuvé  son  avis  >  nous  envoyâmes  quelqu'un  pour 
chercher  Hidhoun;  le  lendemain,  lundi,  notre  en- 
voyé revint»  et  nous  annonça  qu'il  ne  l'avait  pas  trouvé  ; 
alors  nous  envoyâmes  le  cheikh  avec  deux  soldats  pour 
amener  Hidhoun  ;  le  mardi  »  19»  à  leur  retour  avec 
ce  dernier»  il  était  9^.  La  journée  étant  très  avancée  , 
nous  passâmes  la  nuit  dans  ce  même  lieu. 

Le  mercredi  90.  —  Le  matin ,  à  31^  »  nous  nous 
sommes  mis  en  route.  Les  deux  rives  du  fleuve  ainsi 
que  les  iles  consignées  dans  le  tableau  sont  couvertes 
de  mimosas;  File  de  Habah  est  plus  longue  que  les 
autres.  A  ces  lies  commence  la  patrie  des  Schlouks; 
ils  n'ont  d'autres  occupations  que  la  chasse  aux  hippo- 
potameset  aux  crocodiles.  Cependant^I'été,  la  tribu  des 
Bakharahs  (1)  venant  habiter  le  voisinage  du  fleuve»  les 
Schlouks  leur  font  souvent  la  guerre  »  et  s'emparent  de 
leurs  bestiaux.  Le  caractère  belliqueux  des  Schlouks 
et  les  avantages  qu'ils  remportent  sur  leurs  ennemis 
tient  à  ce  qu'ils  sont  bons  nageurs,  et  qu'ils  possèdent 
une  grande  quantité  de  petites  barques.  Après  le  cou- 
cher du  soleil ,  nous  jetâmes  l'ancre  au  milieu  du  fleuve 
en  face  de  Tlle  de  Chawal. 

Jeudi  91.  —  Le  malin  ,  nous  partîmes  &  \^.  Jusqu'à 
6^»  les  deux  rives  du  fleuve  et  les  lies  qui  sont  marquées 
dans  le  tableau  sont  couvertes  de  mimosas  ;  la  barque 
n*  1 1  ayant  fait  un  peu  d'eau ,  nous  fûmes  obligés  de 
nous  arrêter  pendant  deux  heures  pour  la  réparer. 

A  8h  »  nous  étions  à  la  fin  de  l'ile  Habah.  Les  deux 
rives  du  fleuve  et  les  iles  mentionnées  dans  le  tableau 
contiennent  quelques  mimosas  et  beaucoup  de  brous- 
sailles. 

,  1)  Boukharas  dan»  le»  Tahlcau.\. 


(  »4  ) 
A  loli,  lors  de  noire  passage  à  Moukhai-Abou- 
zèd  y  nous  sommes  dans  le  fleuve  qui  avait  s  brasses 
de  profondeur.  A  l'ouesl  se  trouvait  la  tribu  de  Khal- 
kéyéb ,  qui  fait  partie  du  gouvernement  de  Kordofan» 
On  voyait  beaucoup  de  bœufs. 

Sur  la  rive  orientale,  était  le  gouvernement  AboodU  ; 
nous  jetâmes  Tancre  au  milieu  du  fleuve  pour  j  pas* 
ser  la  nuit. 

Vendredi  ^%.  —  Le  matin,  au  moment  de  notre 
départ,  une  de  nos  dahabyéhs  ayant  eu  une  grande 
voie  d'eau»  une  grande  partie  de  nos  provisions  et 
munitions  était  tout-à-fait  mouillée.  Alors  nous  sor- 
tîmes tous  les  objets  qu'elle  contenait ,  et  nous  passâ- 
mes deux  jours  à  réparer  la  dahabyéh  ,  et  à  dessécher 
et  nettoyer  le  matériel. 

Dimanche  94*  —  Le  matin  »  nons  nous  sommes  mis 
en  route.  Les  îles  indiquées  dans  le  tableau,  ainsi  que 
les  deux  rives  du  fleuve ,  contenaient  quelquesmimosas, 
un  peu  de  tamarin,  et  des  forêts  de  diflérenls  arbres; 
de  distance  en  distance  se  trouvaient  aussi  des  brous- 
Stiilles. 

A  4^,  sur  la  rive  orientale ,  nous  vîmes  à  une  dis- 
tance de  6  milles  la  montagne  nommée  Naufhour  (1),  et 
dans  l'île  de  Hossrbann  (s)  se  trouvaient  quelques  hip- 
popotames a  la  suite  les  uns  des  autres;  sur  la  rive  occi- 
dentale s'est  montrée  la  tribu  de  Bakharah  qui  faisait 
pattre  ses  bœufs. 

A  5fa  nous  vîmes  l'Ile  de  Dzèlath  (3)»  qui  contenait 
une  quantité  considérable  d'hippopotames. 

(t)  Nefmir  (Tabieaux).  (1)  Mousràn  (TMeamx).  {^)Màî(Tm- 
hieaux). 


(  i5  ) 

A  1  oh,  Ters  lafin  de  l'Ile  de  Mossrhann,  nous  vîmes  une 
cabane  déserte,  et  la  nuit  s'approchant,  nous  jetâmes 
l'ancre  au  milieu  du  fleuve»  et  nous  y  passâmes  la  nuit. 

Lundi  25.  — Le  malin,  à  i^,  nous  quittâmes  l'extré- 
mité sud  de  l'tlede  Mossrhann,  et  quoique  cette  lie  se 
trouve  située  sur  la  partie  orientale  du  fleuve,  en  face 
d'elle  nous  vîmes ,  sur  la  rive  occidentale ,  les  tles  men- 
tionnées dans  le  tableau. 

A  3h»  du  côté  de  l'orient,  nous  aperçûmes  la  petite 
montagne  de  Djamathy  :  les  îles  situées  soit  vers  l'est , 
soit  vers  l'ouest ,  et  qui  sont  indiquées  dans  le  tableau, 
contiennent  quelques  mimosas  et  difliérentes  espèces 
de  broussailles.  Sur  la  rive  orientale ,  à  une  distance 
assez  considérable  ,  on  aperçut  la  tribu  de  Bakharah  ; 
sur  la  rive  occidentale  commencent  les  habitations 
de  la  tribu  de  Dinnkhah  (i);  pour  renouveler  notre  pro- 
vision de  bois, nous  approchâmes  de  la  rive  orientale, 
après  quoi,  je  fis  ranger  la  petite  flottille  sur  deux  files; 
je  fis  jeter  Tancre  ;  le  Reiss  de  la  Ddahabyeh  n""  3,  Ben- 
Hassouhan ,  meurt  pendant  la  nuit. 

Mardi  96.  —  Sur  le  matin  ,  nous  fîmes  enterrer  le 
Reiss  en  question;  le  vent  étant  tout-à-fait  calme  , 
nous  nous  sommes  mis  en  route  qu'à  5^.  Jusqu'à  lo^, 
sur  les  deux  rives  se  trouvaient  quelques  mimosas,  peu 
detamarins  et  des  forêts  composées  de  différents  arbres. 
Après  quoi ,  les  rives  du  fleuve ,  ainsi  que  les  Iles  indi- 
quées dans  le  tableau .  sont  couvertes  de  broussailles. 
Sur  la  rive  orientale  nous  aperçûmes  de  distance  à 
antre  quelques  familles  de  la  tribu  de  Dinnkhah  et 
quelques  éléphants.  Pendant  la  nuit,  nous  jetâmes 
Tancre  au  milieu  du  fleuve. 

(1)  C'citl  le  nvm  oonna  soue  le  notn  de  DmiIcr  ou  Denkr. 


(  •'5) 
Mercredi  27.  «^  Sur  le  matin  le  vent  ne  se  faisant  nul- 
lement sentir ,  nous  nousmimes  en  route  en  nous  ser- 
vant de  la  rame. 

A  7^,  ayant  senti  le  besoin  de  faire  du  bois,  nous 
approchâmes  de  la  rive  orientale  «  et  après  avoir  fait 
notre  provision  de  bois ,  nous  nous  mimes  en  route. 
Sur  les  deux  rives  on  voyait  quelques  mimosas  et  peu 
de  tamarins;  lestles  qui  sont  indiquées  dans  le  tableau 
contiennent  aussi  quelques  animaux  ;  sur  une  d'elles 
je  vis.  une  cabane  appartenant  aux  Schlouks,  ainsi  que 
deux  chiens.  Sur  la  rive  orientale  habitait  la  tribu  de 
Dinnkhah»  dont  on  apercevait  quelque  individu  de 
distance  en  distance. 

A  10^,  sur  la  rive  occidentale  du  fleuve,  six  indivi- 
dus de  la  tribu  de  Bakharah  s'approchèrent  de  l'eau  en 
criant:  Grâce,  pour  l'amour  de  Dieu  1  Alors  nous  appro- 
châmes d'eux  et  leur  demandâmes  de  qui  ils  étaient 
les  serviteurs  ;  ils  répondirent  qu'ils  appartenaient  à 
Sélim  Bakharah;  nous  leur  dîmes  qu'il  se  faisait 
tard ,  et  que  s'ils  avaient  quelque  chose  à  nous  dire,  ils 
n'avaient  qu'à  revenir  le  lendemain;  ils  répondirent 
qu'ils  viendraient  sans  faute.  A  cet  endroit  les  rives 
du  fleuve  sont  couvertes  de  broussailles  ;  nous  y  passâ- 
mes la  nuit 

Jeudi  aS.  —  Sur  le  matin  nous  nous  sommes  mis  en 
route ,  et  après  une  marche  d'une  heure ,  nous  vîmes 
sur  la  rive  occidentale  plus  de  3oo  individus  armés  » 
appartenant  à  la  tribu  de  Bakharah,  qui  nous  criaient, 
comme  la  veille  :  Grâce,  pour  l'amour  de  DieuIDansU 
but  de  savoir  ce  qu'ils  nous  voulaient,  nous  leur  en- 
voyâmes un  petit  canot ,  qui  ramena  dans  notre  daha- 
byéh  un  de  leurs  vieux  cheikhs ,  nommé  Hydhar.  Nous 
lui  avons  dit  que  nous  n'avions  pas  l'intention  de  leur 


(  «7  ) 
faire  du  mal,  et  conformément  aux  ordres  de  S.  A.*  nous 
Tavons  couvert  de  vêtements  brillants  et  nous  avons 
enveloppé  sa  tète  d'un  turban  magnifique.  Nous  le  fîmes 
descendre  dans  le  canot  en  lui  disant  que  s'il  y  avait 
d'autres  cheikhs  dans  sa  suite»  il  pouvait  les  amener  vers 
nous.  Alors  il  s*en  alla,  et  ramena  un  autre  cheikh  avec 
lui.  Après  les  politesses  ordinaires,  nous  le  couvrîmes 
également  de  superbes  habillements  ;  ils  paraissaient 
contents  et  heureux .  Les  enfants  et  les  femmes  qui  ac- 
couraient en  foule  les  voyant  ainsi  vêtus  exprimaient 
une  joie  bruyante.  Après  quoi  *  nous  demandâmes  à  ces 
cheikhs  pourquoi  ils  quittaient  leurs  tribus  pour  venir 
habiter  isolément  les  rives  du  fleuve;  dans  leur  réponse, 
ils  nous  apprirent  que  leur  habitation  ordinaire  était 
dans  ce  lieu ,  et  qu'ils  payaient  leurs  contributions  au 
cheikh  Abdourrahmân,  homme  tyranniqpe  et  injuste  ; 
il  tue  les  uns,  direot-ils,  et  sépare  les  autres  de  leur 
famille ,  ainsi  qu'il  a  fait  de  nous  ;  ils  nous  prièrent  de 
leur  donner  une  recommandation  au  gouverneur  Yous- 
souf-Bey,  gouverneur  de  Kordofan.  Alors  Suleiman- 
Rachef,  d'accord  avec  moi ,  écrivit  une  lettre  en  arabe 
que  nous  leur  donnâmes  pour  porter  à  Youssouf-Bey. 
Pour  nous  montrer  leur  reconnaissance,  ils  nous  en- 
voyèrent  six  vaches  et  six  autres  bestiaux,  moutons  et 
chevaux  que  nous  avons  distribués  aux  troupes. 

A  7^  nous  nous  sommes  mis  en  route  ;  sur  les  deux 
.  rives  du  fleuve  on  voit  quelques  mimosas  et  un  peu 
de  tamarin.  Sur  la  rive  occidentale ,  habite  la  tribu 
des  Bakharah  et  se  trouve  le  gouvernement  de  Kor- 
dofan. 

La  rive  orientale  est  habitée  par  la  tribu  des  Dinn- 
khah.  Ces  deux  tribus,  pendant  l'été,  habitent  les  ri- 
ves du  fleuve ,  et  pendant  l'hiver  se  retirent  dans  la  pro- 

XVllI.    JUILLET,    a.  a 


(  >8  ) 
▼ince  de  Dharhah  (i).  Le  fleuve  est  bordé  de  brous-> 
sailles.  Nous  jetâmes  l'ancre  à  une  égale  distance  des 

deux  rives. 

Vendredi  sg.  —  Le  matin,  avant  de  nous  mettre  en 
route,  nous  fîmes  plusieurs  observations  sur  le  fleuve, 
dont  les  résultats  sont  inscrits  au  tableau.  Sur  les 
deux  rives  du  Nil  se  trouvaient  quelques  mimosas  et 
des  forêts  d'autres  arbres;  outre  cela  le  fleuve  était 
bordé  de  broussailles  :  seulement  à  loh  nous  vîmes 
sur  la  ri?6  orientale  un  palmier  et  les  lies  indiquées 
dans  le  tableau  ;  sur  la  même  rive  commençaient  les 
habitations  des  Schlouks  ;  ceux-ci  se  mettaient  enfuile 
dès  qu'ils  nous  apercevaient  de  loin.  Une  grande 
quantité  d'élépbanis»  et,  de  distance  à  autre,  quel- 
ques individus  se  présentaient  à  notre  vue. 

A  iol>,  nous  approchâmes  de  la  rive  orientale  peur 
prendre  du  bois ,  et  nous  jetâmes  l'ancre  au  milieu  du 
fleuve  ,  où  nous  passâmes  la  nuit. 

Samedi  3o.  —  Les  deux  petits  canots  que  nous 
avions,  ainsi  qu'un  dahabyéb  du  soudan ,  étaient  res- 
tés en  arrière  ;  le  matin ,  nous  les  flmes  attacher  aux 
autres  dahabyéh,  et  nous  nous  sommes  mis  en  route. 

A5^  nous  vîmes  sur  la  rive  orientale  quelques  pal- 
miers. 

A  6^,  nous  aperçûmes  la  montagne  appelée  Taffah* 
fam(9),  à  une  distance  de  s  milles  du  fleuve,  et  qui 
est  bordée  de  palmiers.  Sur  la  rive  occidentale  se 
trouvaient  les  cabanes  des  Schlouks ,  et  quelques  fies 
qui  sont  indiquées  dans  le  tableau.  Dès  quelesScblouks 
nous  eurent  aperçus ,  ils  prirent  la  fuite ,  et  furent  se 
cacher  dans  les  forêts  et  les  broussailles  environnantes, 

(i)  Dharyeli,  Voy.  p.  i3. 

{i)  OuTaffafain,  on  litTaça-MaUm  dans  les  Tableaux, 


l  19  ) 

en  laissant  sur  la  place  leurs  volailles  et  leurs  bestiaux. 
Comme  nous  avions  pour  but  de  rassurer  ees  gens,  et 
les  rappeler  à  nous  en  d'autres  occasions,  on  ne  tou- 
cha à  rien  de  ce  qui  leur  appartenait.  D'autres  fois 
nous  voyions  quelques  hommes  et  des  enfanis,  mais 
on  n'apercevait  point  leurs  bestiaux;  il  paraîtrait  qu'ils 
les  transportaient  en  d'autres  lieux.  En  toute  occasion 
ces-gens  n'ont  pas  manqué  de  fuir  notre  présence;  ils 
avaient  pour  habitude  d'allumer  des  feux  de  distance 
à  autre ,  pour  s'avertir  d^un  danger  imminent.  Les  deux 
rives  du  fleuve  et  quelques  îles  contenaient  un  peu  de 
tamarin  et  des  forêts  composées  de  divers  arbres.  Plus 
loin,  les  deux  rives,  ainsi  que  les  lies  mentionnées  dans 
le  tableau,  sont  couvertes  de  broussailles.  Nous  jetâmes 
l'ancre  au  milieo.du  fleuve  pour  y  passer  la  nuit. 

Dimanche^  1*'  chawaL  — Ce  jour  était  la  fête  des 

musulmans ,  on  a  tiré  le  canon  de  tous  les  daha- 

byéhs,  et  hissé  tous  les  pavillons.  Les  deux  bords  de 

la   rivière  sont  garnis  de  broussailles.  Les  barques 

n'ayant  pas   pu  approcher  du  bord,    on   a  fait  la' 

prière  au  milieu  du  fleuve  ;  après  avoir  fait  la  prière , 

nous  nous  mimes  en  route.  Sur  la  rive  occidentale  , 

les  Schlouks  avaient  abandonné  leurs  habitations  ,  et 

comme  ils  venaient   de  les   quitter    nouvellement  » 

sans  emmener  leurs  bestiaux  ,  ils  étaient  cachés  dans 

les  broussailles.  On  voyait  à  un  mille  de  nous ,  sur 

une  même  ligne ,  4o  à  5o  villages  où  demeuraient  ces 

Schlouks ,  la  construction  de  leurs  cabanes  avait  une 

forme  conique ,  la  partie  inférieure  jusqu'à  la  moitié 

était  en  terre ,  et  le  reste  jusqu'en  haut  en  broussailles. 

Quoiqu'on  vit  de  temps  à  autre  quelques  individus, 

nous  n'avons  cependant  aperçu  aucuns  bestiaux  ;  quand 

nous  sommes  arrivés  à  la  hauteur  de   ces  villages, 

nous  avons  vu  près  du  rivage  quatre  Schlouks;  notre 


(80) 

drogman  ,  Hydhoun»  leur  a  adressé  la  parole ,  en  leur 
disant  de  ne  pas  avoir  peur,  el  que  noire  inleolion 
n'était  pas  de  leur  faire  du  mai ,  et  il  leur  a  envojé 
une  petite  embarcation  ;  leur  cheikh ,  nommé  Redjeb 
Abdallah  et  Djourhab-Hiehh  sont  venus  sur  nos  daha* 
byéhs  ,  en  apportant  deux  dents  d'éléphants  pour 
cadeaux.  Nous  les  avons  traités  convenablement,  en 
donnant  à  chacun  un  helistant»  un  chàl ,  et  des  ver* 
roteries  ;  et  au  fils  du  feu  cheikh  Abderrahmân  »  une 
fourrure  avec  des  verroteries. 

La  tribu  des  Dimmab  étant  près  de 'là,  nous  leur 
avons  dit  d'envoyer  un  homme  à  leur  cheikh.  Aussitôt 
ce  cheikh  sorti,  nous  avons  vu  à  Tinstant  même  les 
Schlouks  rentrer  dans  leurs  cabanes,  avec  leurs  fem- 
mes ,  leurs  enfants  et  leurs  bestiaux  ;  comme  ils 
nous  avaient  déclaré  que  les  principaux  chefs  de  ces 
villages  devaient  venir  nous  voir  le  lendemain,  en 
conséquence  nous  nous  sommes  retirés  au  milieu  de 
la  rivière,  et  nou^  avons  jeté  l'ancre  à  ii^»  c'est-A-dire 
une  heure  avant  le  coucher  du  soleil. 

Lundi,  s  chawal.  —  De  bon  malin,  nous  avons  vu  sur 
le  rivage  dix  cheikhs  de  Schlouks ,  qui  sont  venus  sur  no- 
tre dahabyéh,  que  nous  avions  envoyée;  ayant  reconnu 
que  cinqétaient  les  principaux,  nous  leur  avons  donné 
des  habillements,  des  sonnelteset  des  verreries,  etaux 
autres  cioq  seulement  des  verreries.  Voyant  qu'ils 
étaient  enchantés  de  cette  réception,  nous  leur  avons 
assuré  qu'ils  pouvaient  être  parfaitement  tranquilles  , 
et  que  nous  avions  l'ordre  de  S.  A.  de  bien  traiter  tous 
ceux  qui  ne  mettraient  pas  d'obstacle  à  notre  marche, 
et  de  leur  donner  des  cadeaux»  ajoutant  qu'ils  devaient 
avertir  le  plus  tôt  possible  leur  meki  de  l'assurance 
que  nous  venions  de  leur  donner.  Aussitôt  qu'ils  furent 
partis  9  nous  vîmes  paraître  9,000  Schlouks  tout  nus  et 


(  >«  ) 

urniés,  chacun  portant  un  bracelet  en  dent  d'élé- 
phant, ou  en  fer  ou  en  bronze.  Les  femmes  et  les  hom~ 
mes  avaient  quatre  dents  du  devant  de  la  mâchoire 
inférieure  arrachés;  les  femmes  portaient  une  four- 
rure  noire  »  et  aux  pieds  un  bracelet  en  fer  ;  les 
Schlouks  portaient  au  bout  de  leur  lance  une  gerbe  de 
plumes  d'autruche  comme  ornement.  Il  est  d'usage 
que  les  malades  et  les  célibataires  se  couchent  dans 
des  cendres  et  la  fiente  des  animaux ,  par  conséquent 
leur  figure  est  colorée  yar  ces  ingrédients.  Ils  font  la 
prière  devant  un  arbre  entouré  de  roseaux ,  auquel  on 
suspend  des  peaux  avec  des  plumes.  Dans  ces  villages 
se  trouvent  beaucoup  de  vaches»  de  chevaux,  de  mou- 
tons et  de  pouleb;  ils  ont  aussi  des  chiens  ;  leur  cul* 
tui*e  est  dudourrah,  du  sésame,  du  mais,  des  haricots  et 
du  tabac.  Ils  nous  ont  apporté  pour  les  soldats,  à  titre 
d'hospitalité,  quatre  bœufs»  six  moulons.et  deux  dents 
d'éléphant  ;  le  rivage  est  couvert  de  mimosas ,  de 
différents  arbres  et  de  broussailles.  Nous  jetâmes  l'an- 
cre au  milieu  du  fleuve  pour  y  passer  la  nuit. 

Mardis  3  cAhm'a/.— Gomme,  le  soir,  le  vent  du  nord 
était  un  peu  fort ,  et  que  les  vagues  étaient  fortes ,  Teau 
entra  dans  la  troisième  dahabyéh;  le  haut  delà  mâture 
delà  septième  dahabyéh  s'est  cassé.  Et  comme  le  vent 
ne  permettait  pas  de  le  rétablir,  nous  sommes  restés  là 
jusqu'à  9h,  c'est-â-dire  Sh  avant  le  coucher  du  soleil , 
pour  faire  ces  réparations.  Nous  avons  quitté  cet  en- 
droit en  prenant^  avec  nous,  deux  Schlouks  pour  guides. 
Chemin  faisant^  nous  avons  vu  les  habitations  de  ces 
Schlouks  (environ  quarante  habitations).  Nous  avons 
aussi  vu  plusieurs  de  leurs  barques  et  quelques  indivi- 
dus ;  comme  nous  avions  besoin  debois  h  brûler,  2i  1 1  '* 
nous  nous  sommes  approchés  de  la  côte  orientale;  un 


(  Va  ) 

matelot  de  la  sixième  dahabjéh  elaul  moolé  sur  uo 
arbre  pour  couper  du  bois,  esl  tombé  mort  sur  la  place. 
Sur  la  rive  orientale  sont  des  arbres  dispersés»  la  me 
occidentale  est  couverte  de  cabanes  de  Scblooks  »  on 
\  Toit  aussi  quelques  arbres  épara.  Les  flots  indiqués 
dans  le  tableau  et  les  rives  sont  couverls  de  brous- 
sailles nommées  HomsoufiL  Nous  jetâmes  Fancre  au 
milieu  du  fleuf  e  et  nous  y  passâmes  la  noiL 

Mardis  4  chai^aL —  Nous  noussorames  mis  en  route 
le  maûn  à  4^.  Le  vent  ayant  c^ngé,  noua  nous  som- 
mes arrêtés  pendant  sh.  Ensuite  nous  avons  continué 
notre  route.  Après  avoir  fait  une  roule  de  8  milles  vers 
Test  nous  sommes  entrés  dans  un  golfe ,  par  consé- 
quent nous  nous  sommes  trouvés  sous  le  vent ,  et  noua 
n*avon8  pu  sortir  de  cet  endroit  qu'à  1 1^  ;  du  cèle 
de  l'occident  nous  avons  vu  1 1  hameaux  de  Scltlouka- 
Uénayaq;  il  y  avait  là  des  palmiers  qui  donnent  le 
fruit  domm  (dommiers);  sur  les  deux  rives  on  voyail 
des  taouuins  et  parfois  des  mimosas  •  et  sur  le  rivage 
des  broussailles.  Du  côté  de  l'occident,  est  le  ha- 
meau de  cbeikh-Tchak.  Vis-à-vis,  on  voit  une  tren- 
taine dç  hameaux ,  des  tamarins  et  d'autres  arbres 
de  différentes  espèces ,  et  du  côté  de  Tooest  et  loin 
du  rivage ,  on  voyait  les  habitations  des  Dinnkhah. 
Pendant  l'été ,  cette  peuplade  vient  habiter  sur  le  ri- 
vage. Du  côté  de  l'occident,  on  ne  voit  que  des  peupla- 
des de  Schlouks,  Nous  jetâmes  l'ancre  en  cet  endroit 
pour  y  passer  la  nuit. 

Jeudis  5  chawaL  —  Le  matin  nous  nous  sommes 
mis  en  route;  nous  avons  rencontré  sur  la  rive  occi- 
dentale de  nombreux  Schlouks  armés.  Hydhoun,  qui 
se  trouvait  dans  la  dahabyéh,leur  a  demandé  d'où  ils 
gênaient;  k  leur  réponse  qu'ils  venaient  de  Chémek, 


nous  avons  pensé  qu*iU  nous  étaient  envoyés.  Alors 
nous  leur  avons  expédié  une  chaloupe  pour  prendre  le 
cheikh  »  nommé  Hydris-Suleiman-ttedieb.  Lorsqu'ils 
60Dt  venus  dans  notre  dahabyéh,  à  noire  demande 
de  nouvelles  ,  ils  ont  répondu  qu'ils  étaient  envoyés 
par  le  méki  ;  ils  nous  demandèrent  où  nous  allions , 
quel  était  notre  but  en  voyageant  ainsi  ;  si  notre  inten- 
tion était  de  leur  faire  la  guerre  ;  que  dans  ce  cas ,  ils 
ea  informeraient  leur  méki  ;  ou  si  nous  étions  simple- 
ment des  voyageurs;  enfin  que  nous  leur  disions  quel* 
que  chose.  Alors  nous  avons  répondu  que,  conformé* 
ment  à  la  volonté  de  S.  A.,  nous  avions  l'intention  de 
découvrir  la  source  du  fleuve  blanc,  que  notre  in- 
tention était  de  ne  faire  de  mal  à  qui  que  ce  fût ,  et 
qu'ils  ne  devaient  pas  avoir  peur  de  nous.  «  Si  votre 
méki  vient  nous  voir  avec  de  bonnes  dispositions,  nous 
le  traiterons  bien  et  nous  lui  donnerons  des  cadeaux; 
allez,  i  Ensuite  nous  avons  donné  des  vêtements  à  ces 
trois  chefs  dont  nous  avons  gagné  l'amitié»  ils  sont  partis 
très  satisfaits  de  nous,  et  nous  nous  sommes  mis  en 
route  du  côté  de  l'occident.  On  voyait  des  hameaux  des 
Scblouks,  quelques  tamarins  et  d'autres  arbres  ;  et  du 
c6té  de  l'orient  on  voyait  quelques  hameaux  de  Dinn- 
khah  déserts;  sur  les  bords  du  Qeuve  il  y  a  des  endroits 
qui  sont  escarpés.  Nous  jet&mes  l'ancre  au  milieu  du 
fleuve  en  cet  endroit,  et  nous  y  passâmes  la  nuit. 

f^endredi^  6  chawal. —  Nous  nous  sommes  mis  en 
route  le  matin;  nous  sommes  arrivés  au  hameau 
nommé  Diroak  où  réside  le  méki.  Nous  avons  vu  sur  la 
rive  occidentale  du  fleuve ,  Suleiman ,  un  des  cheikhs 
(qui  a  été  habillé  hier),  avec  deux  autres  Schlouks  qui 
nous  attendaient  sur  le  rivage  par  l'ordre  du  méki. 
Lorsqu'ils  nous  aperçurent ,  ils  nous  dirent  de  nous 


(«4; 

arrêter  où  nous  étions ,  qu'ils  allaient  prévenir  leur 
méki.  Après  ces  paroles,  ils  partirent,  et  nous  nous 
ancrâmes  au  milieu  du  fleuve ,  selon  ]*usage  militaire. 
A  6^  les  trois  cheikhs  que  nous  avons  vus  hier,  avec  plu- 
sieurs Schlouks  armés,  sont  venus;  ils  avaient  fait  revê- 
tir l'un  d'eux  d'une'chemise  indienne,  comme  si  c'était 
le  méki.  Lorsque  nous  avons  vu  cela,  nous  avons  en- 
voyé une  embarcation  pour  faire  venir  les  trois  cheikhs 
avec  le  kiaya  du  méki  et  un  autre  grand  cheik,  dans  no- 
tre dahabyéh.  Lorsque  nous  eûmes  demandé  si  le  méki 
était  venu,  ils  ont  répondu  que  celui  ^ui  était  habillé 
d'une  indienne  était  leur  méki.  Notre  guide  nous  a 
fait  un  signe  pour  nous  faire  savoir  que  ce  n*était  pas 
le  méki.  Quoique  nous  ayons  compris,  nous  n*avona 
pas  voulu  avoir  l'air  de  douter  que  ce  fût  réellement  le 
méki.  Outre  quiB  nous  avions  habillé  les  cheikhs  qui 
sont  venus,  nous  avons  mis  dans  une  enveloppe  trois 
couteaux ,  huit  cloches  et  deux  pièces  de  mousseline» 
une  ceinture  en  cachemire  anglais  et  différentes  es- 
pèces de  verreries.  Nous les 

avons  fait  acc«>mpagner  par  le  cheikh-el-Akhmet,  Hy-> 
dhoun  et  le  reiss  Hassan,  et  nous  avons  envoyé 
le  cadeau  au  méki.  Comme  le  méki  se  trouvait  dans 
un  Ilot  vis-à-vis  des  hameaux  éloignésde  nos  dahabyéh. 
ils  8*y  rendirent,  ce  jour-là  ;  ne  les  ayant  pas  revus , 
nous  ne  pûmes  rien  savoir,  mais  nous  vîmes  le 
nommé  Ali-Mohammed  de  la  tribu  de  Djahélinn  , 
qui  faisait  commerce  avec  les  Schlouks.  Le  soir  nous 
avons  jeté  l'ancre,  comme  à  l'ordinaire,  au  milieu 
du  fleuve,  pour  y  passer  la  nuit. 

Samedi,  ychawaL —  Le  matin,  le  vent  soufflant  très 
fortement  du  nord ,  nous  avons  rapproché  nus  daka^ 
)>yéhs  de  la  côte,  et  avons  fait  sortir  nos  troupes  pouf* 


(  aS  ) 

les  nettoyer  et  pour  le  lavage  ,  prenant  les  précautions 
nécessaires.  A  lo**»  c'est-â-dirA  s**  avant  le  coucher  du 
soleil  y  les  trois  personnes  que  nous  avions  envoyées 
pour  accompagner  les  effets  et  pour  aller  chez  le  méki, 
sont  revenues  et  nous  ont  déclaré  que  dans  le  hameau 
où  se  trouve  leméki»  il  n*y  avait  pas  d'hommes  et  qu'il 
n'y  avait  que  des  femmes;  lorsque  nous  avons  vu  cela, 
nous  nous  sommes  adressés  au  kiaya  pour  être  présen- 
tés au  méki  et  comme  ils  nous  ont  dit  que  ce  n'était 
pas  dans  leur  usage  d'être  présenté  au  méki»  nous 
sommes  revenus  »  et  nous  avons  compris  que  le  méki 
ayant  eu  peur  s'était  caché  dans  un  autre  endroit. 
Vers  le  soir  il  nous  est  arrivé  quelques  Scblouks 
qui  nous  apportèrent  cinq  bœufs  maigres.  Après  les 
avoir  distribués  aux  soldats ,  nous  jetâmes  l'ancre  au 
milieu  du  fleuve  »  où  nous  passâmes  la  nuit  comme  à 
l'ordinaire. 

Dimanche  »  8  ckûwaL  —  Nous  nous  sommes  mis  en 
roule;  nous  avons  trouvé  du  côté  de  l'occident  un  Ilot 
qui  était  couvert  de  hameaux  et  de  mimosas  ,  et  du 
cété  de  l'orient  nous  avons  vu  deux  tleï  qui  étaient  cou- 
vertes de  broussailles.  A  5"»  vers  le  rivage  occidental 
du  fleuve,  nous  avons  trouvé  encore  des  hameaux  de 
Scblouks  parsemés  d'arbres  et  de  sycomores»  nous 
avons  vu  beaucoup  de  Scblouks  avec  leurs  lances  ,  et 
vers  la  côte  orientale  nous  avons  rencontré  plusieurs 
Dinnkhahs  qui  nous  regardaient  de  loin.  A  cause  des 
forts  vents»  les  neuvième  et  onzième  dababyéh  ayant  eu 
les  voiles  déchirées,  restèrent  en  arrière.  Par  conséquent 
nous  jetâmes  l'ancre  du  coté  de  la  côte  orientale  devant 
ledit  hameau.  Lorsque  les  barques  sont  venues  nous 
rejoindre»  nous  avons  réparé  leurs  dégâts.  Ensuite  nous 
nous  sommes  mis  en  roule,  et  nous  avons  rencontré» 


(  86  ) 

vers  la  côle  occidentale,  plusieurs  Schlouks  armés  de 
lances,  qui  nous  regardaient;  les  deux  rives  étaient 
élevées  de  deuxpalmes.  Les  tles  qui  sont  indiquées  dans 
le  tableau  sont  couvertes  d'arbres  et  de  broussailles  ; 
comme  nous  n'avons  pas  trouvé  le  nom  de  ces  lies,  nous 
les  avons  indiquées  dans  le  toft/eou  par  numéro.  A 
1 1^9  nous  nous  sommes  approchés  delà  côte  orientale 
pour  faire  du  bois»  après  quoi  nous  nous  sommes  re« 
tirés  pour  nous  ancrer*  comme  à  l'ordinaire,  au  mi- 
lieu du  fleuve. 

Lundis  9  chawal.  —  Nous  nous  sommes  mis  en 
route  ;  le  temps  était  couvert  et  le  vent  à  Test  Nous 
avons  vu  sur  la  câte  occidentale  plusieurs  hameaux  de 
Schlouks  et,. des  deux  côtés,  quelques  palmiers.  Vers 
"h^  nous  sommes  arrivés  à  un  endroit  où  coulait  une 
rivière  dont  l'eau  ne  ressençiblait  pas  &  l'eau  du  fleuve 
Blanc ,  car  elle  avait  la  couleur  rougeàtre.  La  lar- 
geur de  l'embouchure  de  celte  rivière  était  d'un 
quart  de  mille  ;  lorsque  nous  avons  vu  qu'elle  se  je- 
tait dans  le  fleuve  Blanc,  Suleiman  Kachef  nous  a 
dit  qu'elle  se  nommait  Bahr*el*Séboth,  et  qu'elle 
coulait  du  côté  de  Hékyadèh;  dans  l'idiome  des 
Schlouks ,  on  non^me  ce  fleuve  Bahr*Tetkhy.  Mais 
comme  notre  mission  était  de  continuer  le  fleuve 
Blanc,  nous  ne  sommes  pas  entrés  dans  cette  rivière, 
et  nous  avons  continué  notre  route  directement.  Vers 
ie  côté  de  l'occident,  i  l'embouchure  de  la  rivière, 
il  y  avait  un  petit  hameau  de  Schlouks,  mais  les  habi- 
tants s'étaient  sauvés.  Nous  avons  vu  sur  notre  route  » 
à  une  demi-lieue  du  fleuve ,  plusieurs  hameaux  de 
Schlouks  entourés  de  palmiers,  depuis  6k  jusqu'à 8h  , 
nous  n'avons  rencontré  ni  hameaux  ni  individus.  A 
9^,  nous  avons  rencontré ,  sur  la  côte  occidentale  » 


(  «7  ) 
deux  ou  trois  bameaux  et  sur  la  côte  orientale  des  gira- 
fes et  quelques  hippopotames. 

A  peu  près  ait  milles  du  fleuve  ,  nous  avons  vu 
trois  montagnes  couvertes  de  forêts»  et  du  côté  de 
l'occident  loin  du  fleuve  ,  nous  avons  vu  quelques  ha- 
meau?^, avec  quelques  individus  et  quelques  arbres. 
La  rive  du  côté  de  l'orient  était  un  peu  escarpée  ;  les 
deux  côtés  de  la  rive  et  les  lies  indiquées  dans  le  to- 
bteau éiaieni  couvertes  de  Homsouffet  débroussailles; 
ces  broussailles  se  prolongent  depuis  les  rives  du  fleuve 
jusqu'à  3  milles  d'espace  de  chaque  côté  ;  les  habi- 
tants de  ce  hameau,  tout  en  se  sauvant,  nous  regar- 
daient. A  1  ih  (  1^  avanl  le  coucher  du  soleil  )  le  vent 
i»e  calma  »  et  comme  nous  avions  des  barques  derrière 
nous  »  nous  nous  arrêtâmes ,  et  jetftmes  l'ancre  au  mi- 
lieu du  fleuve ,  comme  de  coutume. 

Mardi j  lo  chawaL  —  Le  matin,  à  notre  départ,  le 
vent  était  du  nord ,  et  le  temps  était  couvert  de  broaii* 
lard.  A  s^  nous  avons  trouvé,  vers  le  côté  d'occi* 
dent,  i   a  ou   $    milles   de   distance,   i8  hameaux: 
c'est  là  la  limite  des  Schlouks;   è  peu  près  à   3o  mil- 
•  les  du  côté  du  sud ,  il  y  a  une  montagne  ;  du  côté 
de  la  rive  occidentale  on  ne  voit  rien ,  et  quoique  nous 
ayons  regardé  av(*c  des  lunettes,  nous  n'avons  pas  vu 
autre  cboseque  des  broussailles  et  quelques  éléphants; 
loin    du    fleuve   nous   avons  ¥u  des  hippopotames. 
Depuis  5h  jusqu'au  soir  nous  n'avons  rien  rencontré. 
Pendant  la  ni;iit,  nous  avons  remarqué  dans  le  loin- 
tain, sur  les  deux  rives  orientale  et  occidentale,  des 
feux  allumés.  A  gh  nous  nous  sommes  approchés  vers  la 
rive  orientale  pour  prendre  le  bois  dont  nous  avions 
besoin;  ensuite  nous  avons  continué  notre  route.  Les 
^'ivesdu  fleuve  étaient  couvertes  de  broussailles  quis'é- 


(  «8) 

tcndaîenl  jusqu'à  9,  milles;  l'eau  é(ait  stagnante  dans 
les  broussailles;  il  en  résultait  une  odeur  désagréable 
et  il  y  avait  beaucoup  de  moustiques.  Le  soir  nous  avons 
jeté  Tancre  au  milieu  du  fleuve ,  où  nous  avons  passé 
la  nuit. 

Mercredi,  ii  chacal.  -^  Nous  nous  sommes  mis  en 
route  le  matin.  Vers  41^  du  matin  nous  avons  vu  du 
côté  de  l'orient,  A  un  mille  du  fleuve,  un  petit  lac 
entouré  de  broussailles ,  et  nous  avons  vu  du  côté  de 
l'occident  un  autre  lac  dont  l'eau  était  noirâtre:  la  lar- 
geur de  6e  dernier  lac  est  de  3  milles.  Nous  som- 
mes allés,  avec  Ibrahim-Effendi  etSuleiman-Rachef, 
dans  un'petit  canot  pour  le  sonder.  Après  avoir  cbe- 
miné  pendant  3  milles,  nous  avons  trouvé  une  pro- 
fondeur de  s  palmes  i/a^et  nous  nous  sommes  assurés 
que  le  fond  était  de.  terre  noire  ;  les  eaux  n'avaient 
aucun  courant.  Comme  nous  n'avions  pas  assez  de 
temps,  nous  n'avons  pu  reconnaître  si  c'était  un  golfe; 
seulement  les  eaux  difi%rent  par  la  couleur  des  eaux 
du  fleuve  Blanc,  dont  le  courant  est  de  i  mille  1/3 
par  heure  ;  la  largeur  est  de  100  pas  et  la  pro- 
fondeur de  3  palmes  1/9.  Nous  avons  jeté  Tancre  au 
milieu  du  fleuve,  dans  cet  endroit,  où  nous  avons 
passé  la  nuit. 

Jeudi,  12  chawal.  —  Le  matin,  de  bonne  heure, 
nous  nous  sommes  rendus  au  lac  pour  prendre  des  in- 
formations plus  exactes;  nous  nous  y  sommes  rendus 
par  la  rive  occidentale  ;  après  4*^  de  marche ,  les  bas- 
ses  eaux  nous  forcèrent  k  changer  notre  route  ;  qooi- 
qu'ayant  changé  de  direction  pour  éviter  d'être  engravé, 
le  bateau  n^  10  s'est  engravé.  Nous  n'avons  pu  le 
dégager  qu  a  7k,  quelquefois  par  manque  de  vent  •  et 
d'autres  fois  par  vent  contraire.  Jusqu*à  notre  airivée 


(  *9) 
daDS  le  lac,  à  chaque  heure»  nous  avons  jeté  la  sonde, 
el  nous  avons  trouvé  quelquefois  une  brasse  et  d'autres 
fois  deux  brasses  de  profondeur;  nous  avons  reconnu, 
quoiqu'il  n*y  eût  pas  de  courant  d'après  le  rapport 
du  matelot  monté  dans  le  hunier»  que  ce  lac  commu* 
niquait  avec  plusieurs  autres ,  et  que  des  deux  côtés 
on  voyait  des  îlots  couverts  de  broussailles  noiriltres  ; 
en  avançant  plus»  la  profondeur  est  d'une  brasse ,  et  le 
fond  est  noir  comme  le  fond  des  lacs;  on  ne  voit  au- 
tour de  ce  lac  ni  hommes  ni  bestiaux,  seulement  dans 
le  lointain  on  apercevait  des  feux.  Nous  avons  jeté  l'an- 
cre en  cet  endroit,  où  nous  avons  passé  la  nuil  comme 
à  l'ordinaire. 

Vendredi^  i3  chawfd.  —  Le  matin,  le  temps  était 
couvert;  n'ayant  pas  de  vent  nous  avons  marché  à  la 
rame  jusqu'à  ce  que  le  vent  d'est  soit  venu.  Nous  avons 
vu  trois  palmiers  du  côté  de  l'orient. 

A  4^,  è  2  milles  de  chaque  côté  des  rives ,  il  y  avait 
des  Toukouls  (cabane)  d'une  forme  différente  de 
celles  que  nous  avions  vues  jusqu'à  présent.  Quoi- 
que nous  ayons  4  hommes  sur  la  côte  occidentale  et 
6  sur  la  côte  orientale ,  nous  n'avons  pas  pu  reconnaî- 
tre à  quelle  peuplade  ils  appartenaient. 

A  5^  le  vent  tomba;  jusqu'à  lo^  nous  avons  fait 
route  avec  les  rames. 

A  11^9  nous  nous  sommes  approchés  de  la  rive 
orientale  pour  prendre  du  bois.  En  prenant  ce  bois  , 
nous  avons  vu  qu'il  y  avait  là  des  sangsues  :  nous  en 
avons  pris  pour  nos  besoins  personnels.  Jusqu'à  ce 
moment  la  couleur  de  l'eau  n'est  pas  changée  ;  elle  a 
toujours  mauvais  goût  et  mauvaise  odeur ,  la  profon- 
deur est  toujours  d'une  brasse,  enfin  l'eau  est  toutà-fait 
stagnante ,  nous  étions  donc  dans  les  eaux  d'un  lac. 


(  3o  ) 

A  lo^  i/s  ,  Suleîman  Kachef,  les  adjudants  ma- 
jors Rouslem  el  Ibrahim  Effendis,  le  capitaine  Fez- 
houllah  et  le  capitaine  aide-de*cemp  Abed  Ressoiil 
Effendi,  réunis  pour  décider  quelle  direction  nous  de- 
vions prendre ,  c'est-à-dire  prendre  la  direction  du 
fleuve  Blanc ,  ou  continuer  le  lac.  Après  délibération  , 
comme  notre  mission  est  de  trouver  la  source  du 
fleuve  Blanc ,  nous  avons  décidé  de  continuer  notre 
roule  sur  ce  fleuve  »  et  nous  avons  signé.  Nous  sommes 
retournés  à  force  de  rames. 

Samedi^  i4  chawaL  — «  A  8^,  nous  sommes  arrivés 
près  de  Bahr-el-Abyad.  Quelques  unes  de  nos  barques 
étant  restées  en  arrière  n'ont  pu  nous  rejoindre  qu'à 
i]h,  elles  barques  nous  ayant  atteints,  nous  avons 
couché  vis-à-vis  le  Bahr-el«Abyad. 

(  La  suite  au  prochain  numéro,  ) 


EXTRAIT 

en  ce  qui  concerne  la  géographie  du  Cornpte^rendu  de 
r j4cadémie  des  sciences  de  Saint-Pétersbourg  pour 
i* année  i84i  »  par  M.  Fuss,  secrétaire  perpétuel  \  In 
dans  la  sé/ince  publique  annuelle  du  3 1  décembre  1 84 1  • 

(  CommuniqUG  par  M.  DArsfiY.  ) 

Nous  remarquons  d'abord  que  l'Académie  impériale 
russe  a  été,  par  un  rescrit  impérial  du  16  octobre  der- 
nier ,  réunie  à  l'Académie  des  sciences.  En  vertu  de 
cette  décision»  l'Académie  sera  désormais  composée 
de  trois  classes,  dont  la  première  renfermera  les 
sciences  dites  exactes  et  d'observation ,  c'est-à-dire  les 
sciences  mathématiques-physiques  et  naturelles;  la 


(5i   ) 

seconde  aura  pour  objet  de  ses  recherches  la  langue 
et  la  littérature  nationales;  la  troisième  enfin»  l'his- 
toire» la  philologie  classique  et  orientale ,  et  les  scien- 
ces politiques.  Ces  trois  classes  se  réunissant  une  fois 
par  mois  formeront  rassemblée  générale  ou  la  confé- 
rence de  l'Académie  ;  elles  tiendront  en  outre  chacune 
des  séances  séparées. 

Géographie, 

Une  grande  opération  géographique  a  été  commen- 
cée en  i84i  sous  la  direction  de  M.  Struve»  premier 
astronome  de  l'Académie .  par  M.  Schîveizer  de  Zu* 
rich  ;  elle  a  pour  but  l'évaluation  géoméirique  aussi 
exacte  que  possible  de  la  surface  des  gouvernements 
et  des  districts  de  la  Russie  européenne ,  l'un  des  élé- 
ments Içs  plus  essentiels  de  la  statistique»  et  sur  lequel 
les  meilleurs  ouvrages  s'accordent  si  peu,  que  la  dif- 
férence entre  les  mazima  et  les  minima  des  chiffres 
cités  est  vraiment  désespérante.  Ce  travail  s'exécute 
d'après  la  nouvelle  carte  spéciale  (Podrobnaia-Karta) 
publiée  par  l'état-major,  en  ayant  égard  comme  de 
raison  aux  déterminations  astronomiques  des  lieux. 
On  a  commencé  par  les  huit  gouvernements  visités 
l'année  dernière  par  M.  Koppen,  et  cette  partie  ache- 
vée, le  travail  sera  continué  à  fur  et  à  mesure.  — 
M.  Baer  a  présenté  à  l'Académie  une  carte  du  district 
de  Kola»  levée  par  le  professeur  Iliddendorf  lors  du 
voyage  en  Laponie  qu'il  fit  en  1840  avec  M.  Baer»  et 
dans  laquelle  le  cours  de  la  rivière  de  Kola  est  recti- 
fié, La  direction  de  cette  rivière,  d'après  le  levé  de 
M.  Middendorf,  s'accorde  assez  bien  avec  celle  qui  est 
indiquée  sur  une  ancienne  carte  publiée  par  l'Aca- 


(    02    ) 

demie ,  et  forme  un  angle  presque  droit  avec  la  direc- 
tion que  lui  donne  la  Podrobnâia-Karta. 

Physique  du  globe.  —  Météorologie. 

Nous  devons  à  M.  Baer  un  calcul  du  mouvement 
journalier  de  la  température  de  Boothia  »  endroit  situé 
sous  une  latitude  fort  élevée ,  et  offrant  par  1&  quelques 
points  de  comparaison  avec  Novaîa-Zemlia.  On  se  sou- 
viendra peut-être  de  certaines  anomalies  frappantes 
observées  dans  la  marche  journalière  de  la  tempéra- 
ture sur  différents  points  de  cette  Ile  remarquable.  On 
avait  trouvé  nommément  qu'à  Matocbine-Gliar«  le 
maximum  de  la  température  avait  lieu  en  novembre  à 
6*"  du  soir ,  en  décembre  vers  minuit  »  et  en  janvier  à 
9^  après  minuit.  Les  observations  faites  dans  le  détroit 
de  Karskié-Vorota  avaient  indiqué»  quoique  d'une 
manière  moins  prononcée,  les  traces  d'une  pareille 
source  de  chaleur.  Ce  phénomène  ne  se  retrouve  pas 
à  Boothia,  qui,  généralement,  oflre  quelques  différen- 
ces marquantes  dans  la  température  journalière  ,  ce 
qui  doit  être  attribué  aux  différentes  directions  des 
vents  dominant  dans  les  deux  contrées. 

M.  Borénius  de  Helsingfors,  a  communiqué  à  l'Aca- 
démie un  calcul  comparatif  d'un  grand  nombre  d'ob- 
servations de  la  longueur  du  pendule  constant  par 
rapport  aux  éléments  de  la  force  magnétique  terres- 
tre, travail  d*où  il  parait  suivre  que  les  observations 
faites  dans  le  voisinage  de  l'équateur  magnétique  don- 
nent une  plus  grande  longueur  du  pendule  que  celles 
instituées  sur  des  points  éloignés  de  cet  équateur  : 
ainsi  les  deux  maxima  se  trouvent-ils  à  proximité  des 
points  d'intersection  des  équateurs  magnétique  et  géo- 
graphique. 


(  33  ) 

^  M.  Koppen ,  dans  im  rapport  détaillé  et  accompa- 
gaé  d'une  carie  des  sources  du  Volga  et  de  la  Dvina 
occidentale ,  a  rassemblé  une  foule  de  notices  impor- 
tantes et  de  données  authentiques  sur  la  quantité  d'eau 
fournie  par  le  Volga  supérieur  et  moyen ,  sur  l'abon- 
dance et  l'état  des  forêts  qui  bordent  ce  fleove  et  sur 
la  consommation  du  bois  dans  le  pays  qu'il  arrose. 
L'intérêt  général  que  présentent  ces  notices  a  engagé 
M*  Baer  à  les  publier  dans  son  Recueil. 

M.  le  capitaine  Reinecke  qui  est  chargé  de  la  levée 
des  côtes  de  Finlande  a  rendu  compte ,  dans  un  Mé- 
moire accompagné  d'une  carte ,  de  l'établissement  de 
marques  inaltérables  sur  les  rochers  qui  garnissent  ces 
côtes»  afin  de  pouvoir  mesurer  l'abaissement  successif 
do  niveau  de  la  Baltique.  Cette  pièce»  si  importante 
pour  les  observations  futures,  sera  publiée  avec  la 
carte  dans  le  Recueil  des  mémoires  des  savants  étran- 
gers.  On  sait  que  de  semblables  observations  sur  les 
changements  de  niveau  de  la  mer  Caspienne  s'exéoù* 
tent  dans  certains  intervalles  de  temps  à  Bakou  »  d'a> 
près  des  instructions  dressées  par  M.  Lenz. 

Voyages  scientifiques. 

M.  Fuss  signale  d'abord  le  voyage  de  M.  Kupffer  en 
Sibérie ,  où  il  a  été  visiter  les  observatoires  magnéti- 
ques qui  y  sont  établis»  et  auxquels  il  a  été  porter  des 
baromètres  et  thermomètres  tous  exécutés  à  l'atelier 
mécanique  de  l'Académie,  et  comparés  entre  eux,  en 
sorte  qu'on  peut  espérer  d'obtenir  bientôt  des  données 
exactes  sur  la  climatologie  de  la  Russie  asiatique. 

M.  Helmersten  a  été  chargé  l'été  dernier  d'examiner 
les  gisements  de  houilles  dans  les  gouvernements  de 
Toula  et  de  Kalouga ,  et  d'en  déterminer  au  juste  l'âge 

XVlll.    JUILLET.  3.  3 


(56) 

trouvé  des  ÎDdices  indubitables  que  des  arbres  à  tiges 
épaisses  croissaient  autrefois  tout  près  de  la  mer,  tandis 
que  leur  distance  actuelle  de  la  côte  comporte  3o  vers- 
tes  et  au-delà.  La  partie  occidentale  du  pays  des  Sa- 
moyèdes  ne  parait  point  receler  dans  son  sol  de  restes 
d'animanz  antédiluviens,  aussi  peu  (i)  que  la  Laponie; 
il  est  donc  d'autant  plus  digne  de  remarque  que  nos 
▼oyageurs  aient  trouvé,  en-deçà  de  la  Petchora  et  à 
proximité  du  lac  Ourdiouga  (célèbre  à  cause  du  phé- 
nomène de  la  marée  qu'on  y  remarque  régulièrement), 
la  mâchoire  d'un  jeune  mammouth.  Cette  pièce,  ainsi 
que  toute  la  récolte  du  voyage,  a  été  déposée  au  musée 
de  l'Académie. 

Une  expédition  scientifique  enfin  se  prépare  pour 
Tannée  prochaine.  Une  correspondance  active  que  l'A- 
cadémie a  eue ,  dans  ces  derniers  temps ,  avec  diffé- 
rentes autorités  locales  de  la  Sibérie,  Ta  conduite  à 
considérer  que  le  seul  point  de  l'ancien  monde  qui 
n'ait  jamais  éii  visité  par  aucun  homme  civilisé ,  et 
qui  par  conséquent  doit  être  représenté  inexactement 
sur  toutes  les  cartes,  se  trouve  dans  l'enceinte  de  la 
Russie.  Ce  point ,  à  la  vérité  très  difficilement  accessi- 
ble» est  le  pays  situé  au-delà  de  Touroukhansk,  entre 
les  rivières  Piassida  et  Khatanga,  et  jusqu'aux  bords  de 
la  mer  Glaciale.  Une  telle  lacune  une  fois  remarquée, 
l'Académie  dut  employer  tous  ses  eiTorts  pour  la  faire 
disparaître ,  à  moins  de  s'exposer  au  reproche  mérité 
d'une  indiiFérence  blâmable  dans  une  question  im- 
portante relative  à  la  géographie  du  pays.  Or,  une  pa- 
reille expédition,  pour  être  mobile  avant  tout  dans  un 

(i)  Celte  phrase  est  un  peu  ambiguë,  maU  elle  .eti  4«sluelle  ;  on 
dojl  l'interpréter,  je  pente,  de  mémeifue  la  Laponie,  P.  D. 


(37) 
pays  où  les  moyens  île  transport  sonl  des  plus  (TiiTiciles, 
ne  doit  être  ni  trop  compliquée  dans  son  but,  ni  trop 
nombreuse  dans  son  personnel»  ni  trop  restreinte  dans 
sa  durée;  elle  doit  être  conduite  par  un  savant  jeune 
et  vigoureux,  plein  de  zèle  et  d'ardeur»  familiarisé  d*a-* 
vance»  s'il  se  peut,  avec  les  difficultés  qu'opposent  à 
l'exploration  les  intempéries  d'un  climat  rigoureux  et 
la  nature  âpre  et  sauvage  des  régions  polaires,  et  par- 
dessus tout  il  doit  posséder  les  connaissances  variées 
requises  pour  la  mission  difficile  dont  il  se  charge. 
L'Académie  peut  se  féliciter  d'avoir  trouvé  toutes  ces 
qualités  réunies  dans  la  personne  du  jeune  docteur 
Middendorf  dont  on  a  plusieurs  fois  cité  le  nom  dans 
ce  rapport,  et  qui,  à  cet  effet,  quitte  l!uoiversi(é  de  Kiev 
où  il  occupait  la  chaire  de  zoologie.  Dès  que  les  prépa* 
ratifs  seront  achevés,  il  se  mettra  en  route  d'ici»  m^^i 
d'instructions  détaillées  de  la  part  de  nos  phyûciens 
et  naturalistes.  Une  branche  de  cette  expédition  s'oc- 
cupera à  étudier  les  mœurs  et  les  usages  des  différents 
peuples  qui  habitent  le  nord  de  la  Sibérie.  Notre  pro<» 
cbain  compte-rendu  donnera,  nous  l'espérons,  les 
détails  ultérieurs  de  cette  entreprise  intéressante. 


Notice  sur  les  noui^eaux  établissements  agricoles  fondés 

au  Venezuela, 

(Ëitrail  du  Liceo  Fenetolano^  par  M.  Berthblot,  ««crçiaire-généraii 

dr  la  Société  de  géographie  ). 


Si  les  nouvelles  républiques  américaines  se  voient 
dans  la  nécessité  d*appeler  chez  elles  des  colons  étran- 


(  58  ) 

gers  pour  peupler  el  mettre  en  culture  de  vastes  es- 
paces encore  déserts  ,  et  hâter  les  progrès  de  la  civiii- 
satioû,  il  est  aussi  des  nations  dans  la  vieille  Europe» 
qui  ont  besoin  de  se  débarrasser  d'une  population  sur- 
abondante qui  commence  à  compliquer  les  problèmes 
deTéconomie  sociale,  et  ne  cesse  d'inspirer  des  craintes 
pour  son  avenir.  Dans  l'état  actuel  des  relations  interna- 
tionales entre  le  nouveau  monde  et  l'ancien  »  les  États 
placés  sous  Tempire  de  ces  deux  nécessités  opposées 
peuvent  aujourd'hui  trouver  le  moyen  d'y  remédier 
mutuellement  :  l'Amérique ,  en  offrant  ses  terres  in- 
cultes et  délaissées  à  des  familles  actives  et  laborieuses 
qui  vont  chercher  sous  un  autre  ciel  un  meilleur  bien- 
être;  l'Europe  ,  en  acceptant  une  ressource  providen- 
tielle pour  cette  portion  de  ses  enfants  qui  doit  ren- 
contrer sur  un  sol  vierge  une  vie  plus  facile  et  un 
avenir  plus  rassurant. 

Quinze  siècles  avaient  fait  oublier  aui  races  du  Nord 
l'habitude  des  migrations  lointaines.  Aujourd'hui  les 
descendants  de  ces  hordes  guerrières  qui  poussèrenl 
leurs  conquêtes  et  établirent  leur  domination  dans  les 
contrées  occidentales  de  l'ancien  monde ,  ont  besoin 
comme  leurs  ancêtres  d'aller  peupler  d'autres  pays. 
Hais  quel  contraste  présentent  ces  migrations  paciGques 
avec  les  barbares  invasions  des  temps  passés  1  Jadis  c'é- 
taient des  hordes  sauvages  se  jetant  à  main  armée  sur 
des  nations  à  demi  expirantes  sous  l'excès  des  prospé  - 
rites  qui  avaient  lassé  leur  fortune.  Aujourd'hui ,  au 
contraire,  ce  sont  des  entreprises  civilisatrices  formées 
d'hommes  simples  »  laborieux ,  aux  mœurs  douces  el 
rassurantes.  Les  premiers  n'eurent  pour  but  que  lo 
ravage  et  la  rapine  ;  les  seconds  viennent  pour  fécon* 


(  39  ) 

der  el  prodaîre  par  leui*  indualiie ,  leur  économie  cl 
l'emploî  ÎQielligent  de  leurs  bras. 

Il  appartenait  au  Vene&ttela  d'anlîeîper  sor  les  autres 
républiqMes  amériosioes  pour  mettre  à  profit  ce  mou* 
vement  civilisateur  qui  porte  les  Jiahilants  de  Faneien 
inonde  vers  le  nouveau.  Les  hommes  placés  à  la  tète 
du  gouvernement  ont  compris  tout  oe  qu'il  y  avait  à  es- 
pérer pour  l'avenir  du  pays  d<vns  cet  échange  de  be«p 
soins  réciproques ,  et  c'est  pour  réaUser  leur  espoir 
qu'ils  ont  chargé  le  colonel  Codfoii  d'un  plan  de  co<^ 
Ionisation  qui  nous  semble  devoir  conduire  aux  plus 
heureux  résultats. 

Le  colonel  Codazzi  veut  ohoiûr  ses  colcms  parmi  les 
populations  industrieuses  de  rAllemagoe.  Il  associe  i 
son  entreprise  des  hommes  sobres,  a^ccoutaJOEiés  an  tra- 
vail ,  ei  portés  volontairenaeni  vers  l'émigration.  C'est 
9ksec  ces  élémeots  qu'il  fonde  des  villages  agricoles 
dans  de  petites  vallées  rapprochées  les  unes  des  au- 
tres» et  situées  de  manière  à  s'entr'aider  motoellesncnt 
Les  terres  dont  iJ  feit  choix  sont  des  monlagmes  vieiiges 
dans  la  cbsloe  côtière  eolre  la  Guayra  et  le  petit  port 
de  Maya.  Cette  région ,  qui  avoisine  la  partie  la  plus 
peuplée  de  la  province  de  Caracas ,  jouit  «f  «ne  bonne 
température  ;  le  clioist  en  est  saîu^  et  la  proximité  de 
la  mer  ouvre  un  facile  débouché  aux  produits  du  sol*  La 
colonie  modèle,  dont  le  eoiooeJ  Codacai  va  .diriger  les 
premiers  travaux,  deviendra  un  cancre  d'attrastm 
pour  les  migrations  successives^  Les  preoûers  travaux 
oonsistent  dans  le  déboisement,  O0  br^le  ensuite  les 
arbres  abattus  •  et»  le  sol  que  couvraient  les  anciennes 
forêts  une  fois  déblayé»  00  prépiwfe  la  terre  pour  les  Iat 
boursetles  nouvelles  plantations,  afin  que  les  colons 
Irouveftt  toul  disposé  &  leur  activée  et  n'aient  plus  rien 


(4o  ) 

à  craindre  des  mauvaises  influences  des  défriehements. 
Nuus  avons  foi  dans  le  bon  succès  de  l'entreprise  du 
colonel  Codazzi,  car  nous  connaissons' ses  moyens  d'ac- 
tion. Dans  un  rapport  présenté  à  son  gouvernement  et 
imprimé  à  Caracas,  il  s'exprnpe  lui-même  en  ces 
termes  : 

t  J*ai  attaché  une  grande  importance  au  ckoii  des 
localités  qui  m'ont  paru  les  plus  propices  aux  nou- 
veaux établissements  agricoles.  J*ai  exploré  moi-même 
une  partie  de  la  Cordillère  qui  borde  la  côte,  en  faisant 
ouvrir  des  sentiers  dans  les  épaisses  forêts  qui  cou- 
vrent lès  coteaux  et  les  vallées  que  je  veux  mettre  en 
culture.  Celle  région  montagneuse  me  parait  réunir 
toutes  les  conditions  désirable^  à  la  réussite  de  mon 
plan  de  colonisation.  Le  succès  de  l'e ntrepriêe  dépend 
entièrement  de  celui  du  premier  établissement.  J'&i 
donc  recherdié  pour  lui  tous  les  avantages  de  position, 
en  le  situant  dans  le  voisinage  de  la  mer  pour  faciliter 
l'exportation  des  produits.  L'excessive  fertilité  du  8ol« 
l'abondance  des  eaux  et  la  douceur  d*un  climat  analo- 
gue à  celui  de  l'Europe  lempérée,  ont  en  outre  déter- 
miné mon  choix. 

■  La  haute  région  de  la  Cordillère  de  la  c6te»  A  par- 
tir du  cap  Cadera  jusqu'aux  montagnes  d-Aguacaliante, 
offre  les  mêmes  avantages  sur  toute  son  étendue  »  soit 
vers  les  sommets  de  la  chaîne,  soit  sur  les  plateaux  qui 
dépendent  de  ce  système  orographique.  Ces  terrains  se 
trouvent  compris  entre  l'altitude  de  y,«oo  et  de  i»5oo 
mètres.  Leur  température  moyenne  est  de  t6à  18**  cen- 
tig.  Ils  forment  divers  plateaux  inclinés  et  une  suite  de 
collines  que  l'industrie  des  colons  rendra  facilement 
productives.  Le  blé,  l'orge,  la  pomme  de  terre,  les  lé- 
guminepses  uliles^Ies  plantes  potagères  et  presque  tous 


(4i  ) 

les  fruits  d'Europe  peuvent  croître  et  prospérer  dans 
ces  terrains  à  côté  du  cafier  et  de  plusieurs  autres 
produits  du  sol  américaiD. 

sLe  but  que  je  me  propose  est  de  fonder  une  colonie 
qui  serve  de  modèle  à  toutes  celles  qu'on  voudra  éta-» 
btir  sur  le  même  pian ,  qui  soit  la  source  de  la  future 
prospérité  de  la  région  circonvoisine»  et  devienne  un 
centre  de  richesse  et  de  civilisation.  Plus  d'une  fois»  du^ 
rant  mon  séjour  en  Europe,  j'ai  eu  de  longs  entretiens 
avec  deux  savants  recommandables ,  qui,  par  leur 
connaissance  do  climat  et  de  la  nature  du  sol  du  Ve- 
nezuela» pouvaient  fixer  mes  idées  sur  le  meilleur  sys^ 
tème  de  colonisation  et  le  choix  de  l'emplacement  le 
plus  convenable.  Je  veux  parler  de  MM.  de  Bumboldt 
et  Boussingault,  dont  les  travaux  ont  tant  contribué  à 
illustrer  l'histoire  physique  et  naturelle  de  ma  patrie 
adoptîve.  Leur  savante  approbation  doit  servir  de  gar 
rantie  pour  le  succès  des  établissements  agricoles  que 
j'ai  en  vue. 

»En  tirant  presque  exclusivement  de  l'Allemagne  les  ' 
éléments  de  cette  colonisation,  à  laquelle  les  États-Unis 
de  l'Amérique  du  nord  doivent  le  rapide  accroisse- 
ment de  leur  population  et  les  progrès  de  leur  agri^ 
culture,  on  m'objectera  peut-être  que  les  colons  alle- 
mands ne  rencontreront  pas  au  Venezuela ,  comme 
dans  les  États  de  l'Union ,  un  climat  analogue  à  celui 
de  leur  pays,  et  des  conditions  d'existence  qui  les  ha- 
bituent aussi  promptement  au  changement  de  Keu. 
Mais  à  cet  égard  je  répondrai  que  le  Venezuela  peut 
leur  offrir  les  mêmes  avantages  et  les  mêmes  ressour-* 
ces.  $i  dans  ce  pays  les  saisons  diffèrent  de  celles  de 
l'Europe,  on  y  trouve  des  climats  pareils,  et  au  lieu  do 
neige  et  tle  gelée,  une  végétation  continue,  des  pluies 


(  4u  "^ 

siboDdanteft,qui  rcproduiseol  ilons  lu  ré^çiuii  muBla- 
gneuae  le  prinlemps  et  Taulomne  des  pays  tempérés. 
1  II  ne  s'ogit  pas  ici  d'une  de  ces  spéoulatioDS 
dans  lesquelles  on  engage  des  oentaines  de  mal- 
heureux ramassés  sans  choix,  et  dirigea  vers  «ii 
Eldorado  imaginaire.  Qu'importe  à  ces  spéoulateors 
sans  conscience  la  moralité  des  hommes  séduits 
par  des  promesses  illusoires?  Ils  no  s* en  inquiètent 
pas  plus  que  de  leur  bien-êlre.  Accumalcr  à  bord 
d'un  vaisseau  des  aventuriers  sans  aveu,  auxquels 
la  misère  peut  seule  faire  supporter  looles  sor- 
tes de  privations;  les  transporter  en  Amérique  pour 
les  distribuer  ensuite  rbez  les  planteurs,  A  un  prix 
quatre  fois  plus  fort  que  celui  Ae  leur  engagement, 
telle  est  respèce  de  traite  des  blancs  qui  est  venue  rem-^ 
placer  celle  des  noirs  en  désespoir  de  cause.  Mats  l'en- 
treprise que  je  suis  appelé  à  diriger,  formée  d'autres 
éléments,  présente  aussi  d'autres  garanties.  Le  gou- 
vernement vénézuélien  ,  qui  en  fait  les  premières  avan^ 
ces ,  la  prend  sous  son  patronage.  L'inWrét  direct  du 
chef  de  la  colonie  nouvelle  se  trouve  intimement  Ké 
avec  celui  des  individus  qui  doivent  la  fermer,  el  la 
prospérité  des  colons  sera  la  source  do  sa  fortune^ 
Pour  arriver  é  ce  but,  je  obcfisis  des  gens  de  bonnes 
mœurs,  qui  rettreroni  les  premiers  avantages  de  leurs 
laèeiirs ,  et  doot  les  serviceii  pourront  répondre  aus 
besmns  de  l'entreprise.  Je  prends  toutes  les  mesures 
ponr  assurer  leur  commodité  pendant  le  voyage,  afln 
qu'ils  arrivent  sur  les  lieux  dans  an  i>on  état  sani» 
taire  ;  je  leur  procure  ,  dans  leurs  nouveaux  foyers , 
une  position  qui  les  dédommage  amplement  du  sacri* 
fioe  qu'ils  auront  fait  en  quittant  lewr  padrie.  Si»  au 
bout  d'une  année ,  ces  familles  européennes  peuvent 


(45) 

écrire  à  leurs  parenlA  ou  à  leurs  amis  :  «  Nous  sommes 
contents  de  notre  sort;  le  pays  nous  convient  smis 
tous  les  rapports  ;  notre  colonie  est  bien  afoîsinée  ; 
nous  avons  toutes  les  facilités  désirables  pour  le  trans- 
port et  la  rente  de  nos  produits  ;  nous  sommes  pro- 
priétaires d'une  portion  de  terrain  plus  que  suffisante 
pour  nos  besoins;  nous  jouissons  de  toute  la  plénitude 
de  nos  droits  sous  l'organisation  administrative  que 
noos  avons  établie  nous-mêmes  pour  le  bon  ordre  de  la 
colonie.  Libres  pendant  seise  ans  de  toutes  cbarges , 
redevances  ou  contributions,  de  tout  service  civil  ou 
militaire»  nous  payons  facilement  par  notre  travail  les 
avances  qu'on  nous  a  faites,  et  noua  avons  encore 
cinq  ans  pour  nous  acquitter  sans  intérêts.  Notre  situa- 
tion  est  prospère,  et  un  avenir  beureux  nous  sourit 
déjà.  1  Si  le  colon  peut  écrire  en  ces  termes ,  le  succès 
de  l'entreprise  est  assuré ,  et  une  voie  large  et  pro- 
gressive reste  ouverte  sans  obstacles  à  l'émigration  eii'^ 
ropéenne.  Chaque  année  de  nouveaux  colons  vien- 
dront augmenter  la  population  des  vallées  où  le  sys«> 
tème  agricole  aura  réussi  ;  les  premiers  fondateurs 
chercheront  des  aides  pour  de  nouvelles  exploitations; 
ils  tenteront  de  nouveaux  essais ,  agrandiront  leur  do* 
maine  ,  et  les  cultures  prendront  sous  leur  direction 
un  développement  progressif.  Alors  s'établira  une  ro- 
tation qui,  sans  de  grandes  avances,  imprimera  un 
grand  mouvement  agricole ,  et  donnera  la  vie  à  la  con* 
Irée,  en  y  répandant  tous  les  germes  de  la  civilisation. 
Alors  aussi  les  anciens  propriétaires  des  terres,  du  lit-* 
toral,que  domine  encore  un  vieux  préjugé,  cesseront  de 
conserver  comme  un  trésor  ces  immenses  forêts  vior-* 
ges  dont  ils  n'ont  su  tirer  aucun  porti  ;  ils  okerciie- 
ront  \fiB  moyens  de  les  utiliser  ^n  les  laissant  défricher 


(M  ) 

par  les  enfanls  d'une  race  laborieuse  »  qui  descendrânt 
des  montagnes  voisines  pour  venir  cultiver  ce»  terres 
d'une  température  plus  chaude ,  mais  qui  les  paie« 
ront  de  leurs  sueurs  par  une  excessive  fertilité. 

■  Dans  la  portion  de  territoire  que  j'ai  pu  parcou-< 
rir,  depuis  la  vallée  d'Uricaro  jusqu'au  port  de  Maya, 
on  peut  élablii*  facilement  3o,ooo  colons  distribués 
dans  onze  villttges  agricoles,  dans  différentes  voilées 
ou  sur  des  plateaux,  à  une  ou  deux  lieues  de  distance 
les  uns  des  autres.  L'établissement  principal  pourra 
contenir  8»ooo  âmes.  11  sera  situé  au  centre  de 
cette  région,  à  cinq  lieues  du  port  de  Maya,  et  à  six 
du  grand  bourg  de  la  Victoria.  (  ybjr.  la  carte.)  Bien 
que  je  me  sois  restreint,  dansledéveloppemeot  de  mon 
système  de  colonisation,  à  l'espace  compris  entre  les 
deux  points  indiqués ,  c'est-à*dire  aux  deux  versants 
des  montagnes  comprises  entre  Uricaro  et  Maya,  ce 
système  est  sùlceptible  de  s'étendre  beaucoup  plus 
loin  i  car  il  peut  s'appliquer  avec  les  mêmes  avantages 
dans  les  montagnes  d'Aguacaliente ,  de  Patanemo ,  Vi* 
girima,  Turiamo,  Ocumare,  Choroni,  Cuyagua  et 
Ghuaoi  où  plus  de  60,000  habitants  pourraient  trou- 
ver à  s'établir.  Les  terres  situées  dans  la  Cordillère 
qui  se  ditige  vers  le  cap  Gadera  »  l'exploitation  des  fo- 
rêts vierges  de  Hontalval  et  de  Nergua,  et  celles  de  l'in* 
térieur  qui  appartiennent  au  Cerro  del  Pao  et  se  ra« 
mifient  vers  le  cap  Unare ,  fourniraient  des  moyens 
d'existence  à  plus  de  900,000  colons.  Ainsi  les  deux 
seules  provinces  de  Caracas  et  de  Carabobo,  dont  le 
climat  réunit  toutes  les  conditions  désirables  pour  les 
Européens,  pourraient  recevoir  une  augmentation  de 
population  d'environ  400,000  âmes.  Celles  de  Gumana, 
Ba'rquisimeto ,  Trujillo ,  Merida  et  Bàrinas»  qui  possè« 


(  45  ) 
dent  d'excellents  terrains  pour  la  culture,  alimente- 
raient facilement  un  demi-million  d'habitants  sous  un 
climat  salutaire ,  et  tout  fait  espérer  de  voir  en  peu 
d'années  le  Venezuela  doubler  sa  population ,  si  Tad* 
ministration  du  pays  sait  mettre  à  profit  les  pre- 
miers succès  de  la  colonisation ,  et  lui  imprimer  une 
impulsion  puissante  et  eflicace. 

•  Deux  opérations  fondamentales  sont  nécessaires 
pour  commencer  l'exécution  delà  première  entreprise» 
les  chemins  et  les  déboisements  ;  les  chemins  pour  fa- 
ciliter les  abords  delà  colonie,  et  les  déboisements 
pour  préparer  l'espace  qui  doit  être  mis  en  culture. 
Mais  ce  déboisement  serait  fatal  à  l'Européen  ;  il  tom- 
berait lui-même  avant  l'arbre  qu'il  voudrait  abattre , 
car  il  se  forme,  dans  les  lieux  nouvellement  défrichés, 
une  atmosphère  produite  par  la  ferment^ition  des  sub- 
stances végétales  et  les  évaporalions  d'une  terre  hu< 
mide  qu'échauffe  un  soleil  ardent,  almosp^hére  délé- 
tère dans  laquelle  celui  qui  n'eiit  pas  ncdim:até  ne  peut 
vivre  sans  danger  de  mort.  Il  est  donc  indispensable 
de  laisser  au  créole  le  soin  de  préparer  ce  sol  vierge  , 
que  le  colon  cultivei^  ensuite,  lorsqued'autres  influen- 
ces atmosphériques  auront  changé  sa  constitution. 

»  Après  le  défrichement ,  on  commencera  la  plan- 
tation du  mais ,  des  légumineuses  et  des  autres  végé- 
taaxnécessairesàralimentationdesnouteaux  habitants; 
on  tracerale  village  qu'ils  doivent  occuper,  et  l'on  pro- 
cédera à  la  construction  des  édifices  qui  leur  seront  des- 
tinés.  Je  m'embarquerai  alors  moi-même  pour  l'Eu- 
rope, afin  d'aller  chercher  les  60  ou  80  familles  que 
je  dois  transporter  sur  les  lieux.  Un  de  mes  agents  ou 
associés  sera  chargé ,  pendant  mon  absence ,  de  faire 
les  travaux,  d'ouvrir  le  chemin  qui  doit  conduire  à  la 


(  46) 

coia  »  el  de  lenir  prêls  pour  mon  retour  les  animaux 
domestiques  qu'on  distribuera  aux  colons.  Ceux  qui 
arriveront  au  moisde  novembre  de  cette  année  (1849), 
efieciueront  leur  débarquement  au  port  de  Maya.  On 
pourvoira  immédiatement  au  transport  de  leurs  per- 
sonnes et  de  leurs  effets.  UnefoUrendoeè  sa  destination, 
chaque  famille  prendra  possession  de  sa  nouvelle  de- 
meure, des  animaux  domestiquesi  des  uAensiles  de  la- 
bour et  des  approvisionnementsqui  lui  seront  cédés.  Dix 
00  douze  joursderepos,  et  Tusage  de  vivres  frabauffiroot 
pour  rétablir  les  colons  des  fatigues  du  voyage.  On  pro- 
cédera dans  cet  intervalle  h  la  répartition  et  à  la  con* 
cession  en  toute  propriété  des  terrains  déboisés  el 
préparés  pour  les  cultures»  puis  un  mois  sera  accordé  à 
chaque  propriétaire  pour  palissader  ses  terres ,  et  y 
faire  les  dispositions  qu*il  jugera  convenables.  G'esl 
ainsi  que  sans  grande  fatigue  et  au  moyeu  d'.une  nour- 
riture saine  et  confortable  ^  ils  pourront  attendra  • 
en  s'acclimatent,  la  fin  de  la  saison  des  pluies,  pour 
prendre  ensuite  une  part  active  aux  travaux  dés  que  coai- 
menceral'été  de  ces  contrées. Ce  seradonodans  le  couv- 
rant de  décembre,  quand  l'humidité  et  la  fraîcheur 
régnent  encore  dans  la  région  montagneuse*  que  s'exé- 
cuteront les  premiers  labours.  Trots |ours  de  la  semaine 
seront  réservés  à  la  culture  des  terres  du  chef  de  la  co^ 
lonie  (1  )  »  et  trois  autres  à  celles  des  colons;  de  manière 
que  les  premières  seront  pour  eux  une  école  d'eoaei- 
gnement ,  une  sorte  d'apprentissage  du  système  agri* 
colc  à  suivre ,  et  dont  ils  répéteront  la  pratique  sar 
leur  propre  terrain.  Ils  pourront  introduire  en  oulre 


(1)  Les  journées  de  CraTsil  sur  les  terres  du  chef  de  la  coIoDie 
roiit  pay^  au  prix  rourant  ed  usage  chei  les  tiillivatetirs  de  la  vallée 
d'Aranaa. 


(47) 
dans  leurs  propriétés  les  cultares  qu'ils  jugeroni^plus 
convenables,  cl  y  faire  Tapplication  des  méthodes  qui 
lear  pamtlrunt  plus  avantageuses,  i 

Le  projet  du  colonel  Codaczî  ne  ponvait  manquer 
d*oblenir  l'assenliment  général  au  Venezuela  au  mo* 
ment  où  l'administration  du  pays  dirige  toutes  ses 
vues  vers  les  intérêts  matériels.  Cette  république  nu-* 
jourd'bui  ne  peut  plus  rétrogader  dans  la  voie  progrès^ 
sive  qu'elle  s'est  ouverte.  La  stabilité  du  gouvernement 
esi  à  jamais  assurée  ;  tous  les  motifs  de  dissensions  in*» 
testinès  qu'avaient  fait  naître  la  guerre  de  l'indépen- 
dance et  les  désirs  intéressés  de  quelques  chefs  ambi- 
tieux onl  disparu.  Après  le  licenciement  de  l'armée  » 
l'esprit  militaire  a  élé  i*emplacé  par  l'amour  de  Tordre 
et  delà  paix,  et  le  bon  sons  des  masses  a  fail  justice 
des  utopies  de  ces  prétendus  pjeilriotes,  toujours  dîs^ 
posés  à  exploiter  à  leur  profit  l'etaltation  popu^ 
larire. 

Le  gouvernement  vénétuelien  a  tenu  compte  au  co^ 
lonel  Codazzi  de  son  bon  vouloir,  et  par  son  décret 
tto  3i6  novembre  i84t  #  le  pouvoir  exécutif,  plein  de 
confiance  dans  les  heureux  résultats  que  l'on  doit 
espérer  du  système  de  colonisation  proposé ,  a  auto- 
risé en  faveur  du  colonel  Codaai  un  jprèl  de  i5,ooo 
piastres  sur  les  fonds  d'émigration,  avee  faculté  de 
porter  cet  emprunt  jusqu'à  60,000  piastres  au  fur 
et  à  mesure  que  le  réclameront  les  besoins  de  l'entre- 
prise et  son  plus  grand  développement  Un  dès  plus 
riches  capitalistes  de  Caracas ,  M»  Martin  Tovar ,  dont 
la  répulalion  de  probité  et  le  désintéressement  patrio- 
tique étaient  déjà  bien  accrédités ,  s'est  constitué 
caution  pour  le  mcmiant  des  sommes  qui  ont  été  li- 
vrées au  colonel.  Une  ordonnance  du  président  de  la 


nisçnâitiofis  »MaiÂkes  ; 

Li(  «tkt'f  'f*^  la  aoixv«iiie  cuumie.  et  ceux  qui  meammt 
cbâcjBe»  et*»  ia  dîreclMa  fie  ceii<^  qii'«€i  «rzaniaera  9ur 
l«  m«nn«i  piao,  fimt  tenus  ; 

:*  De  a'aâm^Ure  que  des  famitUys  hamiéi>!S^  laiii»- 
rieuses  et  recr>aau*is  dans  un  état  sutitairs-  satiaiafr* 
sont; 

«r  lia  iVroAt  choix  cle  pcetisrefice  cie  meflops  diiaà 
les  fi»f?^*^  ievMU  en  â^  d'étie  utilisés  p«MV  iss  tan- 
?aax  agricoles; 

3^  lis  devrotti  instalt^r  dans  la  cslofliîe  «a  prête*  et 


4^  Ds  recherelk^rsiUr  aobMkà  que  powble 
les  im^ggatiis  européess»  no  certain  nombre  d' 
lel§  queSMfons,cikarp<xUiers,  Cor^roos, 
taUleur»  de  pierres  ,  ci>rdoQnîers  et  Uilieuis; 

5*  Ils  procéderimi  inmiêdîa lèvent  à  la  coaafenKÛm 
des  édifices  ponr  te  logeaient  des  colons  ci  les 
do  coite; 

6i*  Le  plan  des  fiilages  et  bamcaox  ptofelcs 


'f  Enfin ,  Us  <le«ront  r^ncttre 
radminialfation  dés^née  on  éUI  des  pcopio  de  lo 
loDiCt  et  me ftalistiqne do  OMmcaenl  de  la 
tioa« 

Le  pian  qoi  ai  euipe^pf  celle  Kotice  àommm  la 
lion  ci  le  fieové  do  terrain  de  k  nouvelle  colonie»  et 
des  diOfaenis  points  de  la  chaîne  cAlîève 

)i  occnpfa  par  des  élabl 


Le  Toj  p  cette  rificre  ffoi  féomt  ooîoofd'hni  aoa 
borda  les  principales  cnllnres,  amse  nne  des  volièos 


(49) 
qu'on  peut  considérer  comme  le  cenlre  de  la  richesse 
agricole  de  la  province  de  Caracas.  Celle  rivière  cir- 
cule au  milieu  de  deux  rameaux  de  monlagnes  de  la 
cèle  et  de  Tinlérieur.  Suivant  un  cours  de  55  lieues 
depuis  sa  source  jusqu'à  la  mer  »  elle  est  grossie  par 
Ireale-neuf  grands  torrents  et  une  multitude  de  ruis- 
seaux qui  traversent  des  gorges  et  des  vallons  de  l'as- 
pect le  plus  pittoresque,  et  dont  les  terres  vierges 
réaliseront  les  espérances  du  cultivateur.  Le  Tuy  est 
facilement  navigable  à  partir  d'Araguîta  sur  un  espace 
de  a4  lieues,  il  prend  naissance  dans  un  vallon  circu- 
laire d'environ  une  lieue  et  demie  de  diamètre,  entouré 
d 'une  Cordillère  dont  les  cimes  ont  presque  en  général 
une  altitude  de  ii»3oo  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la 
mer.  Un  col  ou  défilé  donne  accès  dans  ce  vallon  du 
c6té  do  l'orient.  La  base  des  monlagnes  est  formée  par 
des  coteaux  en  assises  qui  descendent  graduellement 
jusque  dans  le  fond  du  vallon  ,  dont  le  sol  est  à  5oo 
mètres  au-dessous  des  crêtes  environnantes.  Plusieurs 
torreniss'échappent  de  trois  diflEérentes  gorges  qui  acci- 
dentent les  flancs  des  montagnes  adjacentes,  et  forment 
par  leur  réunion  le  premier  cours  du  Tuy,  dont  les 
eaux,  sauvages  roulent  alors  au  pied  des  escarpements 
de  la  Cordillère  »  et  se  précipitent  entre  les  rochers  à 
travers  une  sombre  forêt  pour  recevoir  plus  loin  le  Rîo> 
Maya  »  dernier  terme  des  cultures  et  des  habitations 
qui  bordent  jusqu'à  ce  jour  les  rives  du  Tuy. 

Vers  le  vallon  supérieur,  et  au  point  de  jonction  des 
trois  gorges  indiquées ,  s'étendent  plusieurs  petits  pla- 
teaux admirablement  placés  pour  asseoir  le  village  cen- 
tral de  la  colonie  Tovar,  à  laquelle  le  colonel  Codaui  a 
voulu,  par  un  juste  sentiment  de  reconnaissance,  impo- 
ser le  nom  de  ses  généreux  protecteurs ,  Martin  Tovar, 

XVIII.  JUILLET.  4*  4 


{  5o  ) 

ce  ciloyen  si  recommandablepar  ses  vertus  miques,  et 
80Q  neveu  Manuèl-Philîppe  Tovar^  qui  a  suivi  eon  noble 
exemple  I  et  a  doté  rétabUstemenl  agricole  de  s  lieoes 
carrées  de  terres  cultivables  rju'il  possédait  dans  cette 
région  montagneuse, 

•  La  présence  de  l'homme,  éoril  le  colonel  CodazKi* 
est  venue  donner  une  nouvelle  vie  h  cette  oontrée  silen^ 
cieose  où  régnait  naguère  la  plus  triste  solitude.  On 
entend  aujourd'hui  retentir  de  toutes  parts  les  coups 
redoublés  de  la  hache  qui  abat  les  arbres  gigantesques 
que  les  siècles  avaient  respectés.  CesanUques  repaires 
de  la  végétation  primitive  où  Thomme  n'avait  jamais 
pénétré ,  sont  traversés  maintenant  par  des  travailleurs 
qui  dirigent  des  bêtes  de  charge  avec  les  vivres  et  uitenai* 
les  dont  ils  ont  besoin  pour  l'exploitation^  Quelques 
cabanes  commencent  à  s'élever  sur  ce  même  emplace- 
ment où  l'on  construira  ensuite  des  habitations  ploa 
commodes.  Les  plantes  utiles  viendront  bientôt  rem- 
placer lo  végétation  vigtmreuae  qui  couvre /le  sol  où 
doivent  se  développer  plus  tard  toutes  les  ressources 
die  l'industrie  européenne. 

iDéjà  un  chemin  de  6  lieues  d'étenduc^à  rexéeotioo 
duquel  ']\i  présidé  avec  l'aide  de  aoo  hommes  ^qiie  le 
gouvernement  avait  mis  sous  mes  ordres,  conduit  de 
la  colonie  au  bourg  de  la  Victoria,  et  ouvre  une  com^ 
muoicatioo  prompte  et  fiacile  aveo  la  vallée  d'Aragua 
et  les  parties  tes  plus  peuplées  de  la  province.  Une  autre 
voie  de  communication  ne  tardera  pas  à  s'ouvrir  vers  la 
côte  dans  la  direction  dit  port  de  Ma^a  ,  et  plus  tard 
une  autre  route  sera  conduite  par  la  crête  des  plateaux 
jusqu'il  la  capitale  de  la  république.  Un  chemin  de  fer 
est  en  projet  pour  le  service  de  cette  dernière  route  , 
qu'on  considère  comme  la  plus  importante  ;  oar  les 


(5.  ) 

denrées  de  la  colonie  qui  pourront  être  Iransportées 
en  quelques  heure»  et  sans  de  grands  frais  h  Caracas . 
s'y  vendront  h  un  prix  des  plus  avantageux.  Sx  ce 
projet  s^exécote;  si  par  un  embranchement  on  peut 
lier  des  communications  rapides  avec  la  vallée  d*Ara- 
gua  et  le  district  de  Turmero,  les  produits  agricoles  de 
cette  contrée,  si  éminemment  fertile,  doubleraieiit  de 
valeur»  et  le  développement  de  Tinduslrie  s'étendrait 
tout  le  long  de  la  Cordillère ,  qu'on  regardait  aupa- 
ravant comme  un  obstacle  aux  entreprises  dirigées 
dans  un  bat  de  colonisation . 

iLa  qualité  de  ces  terres  vierges,  ajoute  le  colonel , 
ne  saurait  être  plus  propre  aux  cultures  qu'on  veut  in- 
troduire. Une  immense  couche  d'humus  accuse  sa 
fécondité.  De  grands  arbres  aux  dimensions  colossales 
et  de  l'aspect  le  plus  imposant,  semblent  défier  la  ha- 
che du  budberon.  Le  palmier  à  cire  déploie  avec  or- 
gueil son  élégant  feuillage,  et  s'élève  à  plus  de  60  pieds; 
les  bois  les  plus  précieux  pour  la  marqueterie  et  la 
teinture  peuplent  les  forêts  des  alentours;  les  quin- 
quina abondent  sur  les  crêtes  quecouronnent  une  foule 
de  v^étaux  toujours  verts  et  sans  cesse  baignés  par 
les  nuages  qui  versent  leur  rosée  sur  celle  végétation 
luxuriante.  » 

Le  vallon  dont  on  a  fait  choix  pour  le  premier  essai 
de  colonisation  est  abrité  des  vents  du  midi  et  do  nord, 
tandis  que  les  brises  de  Test  qui  y  pénètrent  par  le  col 
du  Tuy ,  viennent  le  rafraîchir.  Un  fait  remarquable 
est  consigné  dans  le  rapport  dont  nous  ne  donnons  ici 
qu'un  extrait  Durant  le  premier  mois  employé  au  dé- 
boisement, les  soixante  travailleurs  que  dirigeait  le 
colonel  Codazzi  n'ont  pas  rencontré  dans  les  halliers 
une  seule  couleuvre  ;   ce  qui  viendrait  à  l'appui   de 


(5.  ) 

l'opinion  de  plusieurs  naturalistes  -  voyagears  qui  pen- 
sent que  la  propagation  des  reptiles  ne  peut  s'effectuer 
dans  plusieurs  localités  »  et  mèine  sur  de  vastes  espa- 
ces» que  sous  certaines  influences  de  température. 

Voici  les  renseignements  que.  nous  fournit  encore,  le 
colonel  Codazzi  sur  l'état  climatéri(|ue  de  la  ûouTelle  co- 
lonie» et  sur  les  cultures  qu'on  peut  introduire  avec  le 
plus  d'avantage^  Les  pluies  commencent  en  avril  ;  elles 
deviennent  très  fréquentes  en  mai ,  et  durent  presque 
sans  interruption  jusqu'à  la'  fin  d'octobre.  En  novem- 
bre ,  décembre  et  janvier  régnent  les  vents  dn  nord  » 
accompagnés  de  grains  passagers  et  de  quelques  ora* 
gcs.  Les  brumes  sont  assez  fréquentes .  surtout  dans  la 
haute  région  »  pendant  la  saison  d'hiver  ;  mais  elles  se 
montrent  plus  rarement  avec  les  vents  du  nord  et  pen- 
dant les  mois  d'été.  La  température  du  vallon  ou  colonie 
Tovar  est  ordinairement  de  16''  à   17**  cent  à  1  oh  do 
matin,  de  90  à  si*  A  midi.  Le  thermomètre  placé  aa 
soleil  marquait  ^o^  56  à  la  même  heure,  et  43*^8  h 
ih  3/4-  Entres  et  6^  du  soir  il  descendait  à  16,  même 
à  14^ ,  tandis  qu'aux  mêmes  heures  du  matin ,  il  ne  se 
soutenait  qu'entre  8  et  10*.  Selon  ces  observations  ,  la 
température  du  lieu  serait  d'environ  i5«;  mais  pro- 
bablement qu'elle  montera  &  18^  après  les  défriche* 
ments. 

Si  l'on  juge»  d'après  l'altitude  comparative  et  la 
température  des  endroits  analogues  qui' ont  été  mis  en 
rapport  »  on  pourra  récolter  en  décembre ,  janvier  et 
février  le  café  qu'on  aura  semé  en  mai  et  en  juin  deux 
années  auparavant.  Le  cambure  brun  et  celui  de  lu 
Dominique,  ces  deux  bananiers  si  utiles  (1  ),  produiront 

(i)  ^tu$a  rosacea  tt  Musa  regia. 


(  55  ) 

au  plus  lard  au  bout  de  quatorze  ou  quinze  mois. 
L'arracach*  cette  espèce  d'ombellirère  à  la  racine  fa- 
rineuse ,  planlèe  au  mois  de  juin  »  donoera  sa  récolte 
huit  mois  après,  et  'durera  trois  ou  quatre  ans.  L'i- 
goame  ne  mûrira  qu'après  quatorze  mois.  Les  pommes 
de  terre  de  la  qualité  de  celles  qu'on  cultive  dans  le 
canton  de  Tocuyo,  et  qu'on  sèmera  en  mars,  seront 
bonnes  à  recueillir  en  septembre ,  tandis  qu'on  récol- 
tera en  janvier  les  autres  variétés  que  l'on  peut  semer 
en  septembre*  Le  tabac  planté  à  la  même  époque  mu* 
rira  en  février;  il  en  sera  ainsi  des  pois  chiches. 
L'oi^e  ensemencé  au  commencement  de  la  saison  des 
pluies,  acquiert  bientôt  sur  ces  hauteurs  la  plus  belle 
apparence,  et  donne  un  excellent  grain.  Le  blé  n'a 
besoin  que  de  rester  cinq  mois  en  terre  pour  pouvoir 
être  moissonné  ;  semé  en  juin ,  on  le  coupera  en  no- 
vembre ou  en  décembre.  Les  légumineuses»  les  plan- 
tes potagères  et  la  plupart  des  arbres  fruitiers  de  l'Eu- 
rope tempérée  trouveront  sur  ces  terrains  le  climat  le 
plus  convenable  à  leur  développement  Le  mais,  la 
plus  utile  des  céréales  de  l'Amérique,  produira  au  bout 
de  six  mois  de  plantation.  Mais  la  culture  de  la  yuca, 
de  la  canne  à  sucre,  dej'indigo,  du  coton  et  du  cacao, 
obtiendra  peu  de  succès  dans  cette  région  monta- 
gneuse ,  tandis  qu'on  pourra  y  tenter  celle  de  la  vigne 
avec  l'espérance  d'en  retirer  de  bons  produits^ 

D'après  les  dernières  nouvelle^  qui  nous  sont  par- 
venues du  Venezuela,  le  colonel  Codazzi  sera  de 
retour  à  Paris  très  incossammenl^  et  passera  aussitôt 
en  Allemagne  pour  y  réunir  les  soixante  ou  quatre- 
vingts  familles  qui  doivent  Tormer  le  noyau  de  la  co- 
lonie. 

Les  encouragements  du  gouvernement  vénézuélien, 


(S4  ) 

l'appui  du  chef  de  TÉtal ,  d'Aatooio  Paez ,  présîden 
actuel  de  la  république  »  de  cel  illuslre  ciloyen  qoe  la 
reeoofiaisftafice  de  ses  comp  airioles  a  élevé  au  pouvoir, 
et  gui  répond  si  dignement  à  la  confiance  publique  ; 
rapprobalioQ  des  hommes  les  plus  distingués  par  le 
rang  qu'ils  occupent  et  les  services  qu'ils  ont  rendus 
au  pays»  tout  semble  concourir  dans  cette  entre- 
prise pour  en  garantir  le  succès;  car  le  but  spécula- 
tif, l'intérêt  du  colonisateur  s'effacent  ici  devant  l'im*- 
portance  des  résultats.  Il  s'agit  d'implanter  la  civilisa^ 
tion,  et  avec  elle  tous  les  bienfaits  de  Tindustrie»  dans 
des  contrées  que  les  anciens  possesseurs  avaient  laissées 
en  friche ,  abandonnées  à  une  nature  sauvage  ;  il  s'a* 
git  de  réparer  l'oubli  de  plusieurs  siècles,  de  profiter 
de  l'heureux  cosmopolitisme  qui  gagne  peu  à  peu  tous 
les  peuples  dji;i  monde  civilisé;  de  tirer  parti  de  ces 
relations  inlernalionales^  de  cet  échange  réciproque 
de  besoins  qui  s'établit  chaque  jour  d'une  manière 
plus  iqlime  entre  les  habitants  des  deux  hémisphères. 
Peut-être  que  la  colonie  Tovar  et  le  vallon  pittores- 
que où  elle  a  pris  naissance  deviendront  un  jour  un 
grand  centre  de  population*  Une  ville  du  premier  ordre 
commandera  alors  les  vallées  voisines  «  l'activité  et  l'in- 
dustrie ^  répandront  ^uf  toute  la  région  adjacente  • 
et  cQtte  carte  où  ^e  J(^gurent  maintenant  qu'eç  projet 
les  établissements  agricoles  qui  appellent  en  ai4e  les 
émi^ranls  européens,  nous  signalera  des  bourgs  popu- 
leux ,  des  cijlé^  ncUes  et  Qoriss£intes*  Il  m'a  donc  paru 
curieux  de  consigner  dans  le  Bulletin  de  la  Société  de 
géographie  ces  premières  tentaslivesi  a^o  qupn  puisse 
retrouver  un  joMr,  dans  ce  Recueil  de  documents,  This- 
toire  de  la  colonie  naissante ,  la  description  du  lieu 
de  son  berceau ,  le  nom  de  son  fondateur  »  celui  des 


(55  ) 

honlnies qui  oDiconcoura  à  sa  créatîoû  •  ol  les  moyens 
nûs  en  csovre  pour  arriver  ^ux  résultais  que  nous  es* 
pépoM. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES  GÉoaRAPHIQUES. 

Notice  sur  la  Nom^eUe  Zélande,  suiifie  de  remarque»  sur 
la  hauteur  des  lames  près  du  cap  Horn, 

Parmi  les  groupes  d*lles  appartenant  à  TOcéanie  ,  il 
y  en  a  peu  d'aussi  remarquables  que  celles  de  la  Nou- 
velle-Zélande.. Sa  grande  étendue ,  ses  magnifiques 
productions  végétales ,  Tinnocuilé  de  ses  animaux  ,  la 
bonté  de  son  climat,  la  belle  conformation  de  ses  ha- 
bitants» quoique  encore  anthropophages,  ont  attiré  de- 
puis la  découverte  de  cette  terre  promise  Tatlention  des 
navigateurs.  Quelques  uns  des  plus  célèbres  en  y  sé- 
journant assez  long-temps  ont  étudié  les  mœurs  des 
indigènes  et  les  ressources  qu'offrait  leur  patrie.  Des 
Anglais  venus  de  Botany-Bay  ne  tardèrent  pas  à  s*éla- 
blîr  au  milieu  d'eux. 

La  France  ne  voulant  pas  rester  en  arrière  et  per- 
dre une  si  belle  échelle  au  Tond  des  mers  du  Sud , 
encouragea  ses  enfants  à  s'y  rendre.  Aussi  suivons- 
nous  aujourd'hui  avec  le  plus  vif  intérêt  les  efforts 
qu'ils  font  à  la  presqu'^tle  de  Banks,  où  déjà  leur  petite 
colonie  est  en  pleine  prospérité. 

Nos  pêcheurs  de  baleine  qui  fréquentent  très  sou- 
vent les  parages  de  la  Nouvelle-Zélande,  y  trouveront 
désormais  une  relâche  sûre,  et  jouiront  à  terre ^  au 
milieu  de  leurs  compatriotes,  de  toutes  les  douceurs 
du  repos. 


(  56  ) 

Bien  qu'on  ait  déjà  fait  un  grand  nombre  de  des- 
criptions de  cette  contrée ,  on  voudra  peut-être  bien 
accueillir  les  détails  suivants  qui  m'ont  été  adressés  par 
un  simple  matelot  »  Edouard  Vardou ,  revenu  Tannée 
dernière  des  mers  du  Sud  sur  le  baleinier  la  Meuse  du 
Havre.  S'ils  n'ont  pas  le  mérile  de  la  nouveauté,  ils  au- 
ront au  moins  Tavantage  de  faire  connaître  l'état  dans 
lequel  se  trouve  aujourd'hui  une  partie  de  la  Nouvelle- 
Zélande ,  destinée  sans  doute  à  subir  une  grande  ré- 
volution sociale. 

«  Lorsque  nous  entrâmes  dans  la  baie  des  Iles,  un 
pilote  nommé  Salomon  vint  au-devant  de  nous,  et 
nous  fil  mouiller  dans  l'anse  de  Williams  Coroccol . 
principal  chef  de  cette  baie.  Un  de  nos  matelots  en 
carguantia  balancine  du  grand  perroquet,  larguée  mal 
à  propos  ,  tomba  dans  la  mer;  il  en  fut  retiré  aussitôt 
par  une  des  femmes  qui  ramaient  dans  une  embarca- 
tion gouvernée  par  un  officier  anglais. 

•  A  peine  eûmes-nous  jeté  l'ancre,  que  notre  navire 
fut  environné  tribord  et  bâbord  d'un  grand  nombre  de 
pirogues  remplies  d'indigènes  (Maourys).  Ils  monlè- 
tèrent  à  bord,  poitant  tous  des  oignons,  des  aulx  et 
des  poissons  qu'ils  échangèrent  avec  plaisir  pour  du 
tabac.  Il  nous  restait  une  assez  grande  quantité  de 
cretons,  résidu  provenant  de  la  fonte  du  lard  de  ba- 
leine, et  nous  fûmes  très  étonnés  de  voir  ces  indigènes^ 
hommes ,  femmes  et  enfants ,  se  jeter  sur  ce  grossier 
aliment ,  et  le  dévorer  avec  une  extrême  avidité. 

■  Les  Zélandais  nous  engagèrent  ensuite  par  signes 
h  accepter  en  échange  de  chemises  de  laine  ou  de  tout 
autre  vêlement  de  celle  nature,  leurs  femmes  pour 
notre  plaisir  et  leurs  enfants  pour  nous  aider  dans  nos 
divers  travaux.  Ils  cherchèrent  aussi  à  nous  faire  corn-- 


•   (  57  ) 

prendre  que  noua  pouvions  garder  les  premières  à 
bord  jusqu'au  moment  où  nous  remettrions  à  la  voile, 
en  ayant  soin ,  bien  entendu  ,  de  les  déposer  à  terre  le 
jour  de  partance.  Cet  usage  immoral  se  pratique  jour* 
nellement  plutôt  avec  les  Anglais  et  les  Américains 
qu'avec  les  Français. 

t  Dans  une  course  à  Korora-Reka  »  j'ai  été  frappé  du 
nombre  des  chemins  frayés  dans  les  montagnes  voisi- 
nes du  village  de  ce  nom.  De  leur  sommet  on  découvre 
à  84  milles  de  distance  en  mer ,  et  il  est  facile  à  la  vigie 
qui  existe  à  Korora-Beka  même  de  signaler  un  navire 
venant  du  large.  Je  remarquai  aussi  que  les  environs 
de  la  baie  des  Iles  étaient  couverts  de  bruyères  et  de 
bois  de  haute  futaie» 

«  Au  fond  de  cette  baie  se  trouve  celle  de  Pomare  ; 
les  montagnes  qui  l'entourent  offrent  un  aspect  ravis- 
sant; les  belles  forêts  qui  les  garnissent  sont  générale- 
ment, composées  d'arbres  dont  le  bois  agréablement 
nuancé  ressemble  à  l'acajou.  Les  rivières  sont  ornées 
de  bambous  qui  forment  au-dessus,  dé  leur  cours  de 
gracieux  berceaux  de  verdure..  On  trouve  dans  cette 
partie  de  la  Zélande  un  fruit  qu'on  nomme  cerise  »  de 
la  grosseur  d'une  noix,  mais  ayant  le  goût  de  la 
pomme.  La  terre  prodoit,  comme  en  France  «  toute 
sorte  de  légumes  et  de  (leurs  d'Europe. 

•  L'eau  des  rivières  est  assez  bonne  à  buire;  mais 
elle  renferme  une  foule  de  petits  vers  rouges ,  ce  qui 
fait  qu'on  est  exposé  à  la  \oir  se  gâter  plus  rapidement 
que  toute  autre  dans  les  pièces  à  eau. 

»0n  pèche  dans  la  même  localilé  aussi  bien  que  sur 
les  côtes  de  France  un  grand  nombre  d'espèces  de 
poissons.  Les  coquillages»  notamment  les  moules  et  les 
huîtres,  sont  aussi  très  abondants. 


(  58  ) 

»  Les  bœufs  que  Ton  se  procure  aujourd'hui  à  l'a  Nou- 
velIe-Zélanâô  tirent  leur  ongtne  de  Sidney  ;  ils  se  sont 
propagés  dans  Pile,  mais  ils  ne  sont  pas  ^os,  pèsent 
environ  trois  cents  livres  ,  et  se  vendent  sur  le  pied 
de  1  a  à  i  ,4oo  fr. 

■  Dans  le  voisinage  de  la  baie  de  Pomare ,  les^  indigè-* 
nés  sont  encore  à  moitié  anthropophages  ;  leor  regard 
est  dur  et  farouche;  leur  chef»  qui  porte  le  nom  de  la 
tribu,  est  le  plus  odieux  de  tous  ceux  qui  se  parta- 
gent la  côte;  mais  heureusement  il  n*est  pas  le  plas 
puissant.  Au  reste,  toutes  ces  Iribus  se  ressemblent 
sous  le  rapport  du  caractère,  et  je  ne  sais,  en  vérité,  à 
laquelle  les  Européens  pourraient  donner  la  préfé- 
rence. En  attendant^  M.  de  Pompalier,  à  la  tète  des 
mbsionnaires  établis  au  milieu  de  ces  sauvages»  a 
beaucoup  d*inilnence  sur  eux.  Ce  digne  pasteur  est 
déjà  parvenu  à  faire  respecter  les  Français. 

»Les  Zélandais  ^ont  d'une  adresse  extrême ,  surtout 
dans  la  confection  des  tissus  en  crin  végétal  {phormium 
tenax).  Les  haches  en  pierre  (jade  axinien)  sont  ce- 
pendant  ce  que  les  hommes  font  de  plus  remarquable 
en  instruments  ;  elles  coupent  aussi  bien  que  celles 
dont  on  se  sert  dans  nos  ports.  Ils  font  aùesidee  anpes 
qui  imitent  par  leur  forme  la  fleor-de-lys-. 

»  Ces  sauvages ,  si  habiles  dans  le  maniement  des 
zagaies,  des  massues,  etc. ,  le  sont  jusqu'à  présent 
fort  peu  dans  celui  des  armes  k  feu.  Ile  redoutent  tel- 
lement la  détonation  qui  suit  la  déllagration  de  la 
poudre ,  qu'ils  déchargent  le  fusil  en  le  tenant  der- 
rière la  tête  et  en  Tair,  ce  qui  fait  que  leurs  coups  por- 
tent rarement. 

iTous  les  ans,  à  une  époque  fixe,  les  tribus  se  dé** 
clarent  la  guerre  :  leur  arme  favorite  est  la  sagaie;  ib 


(59) 
se  senreni  aussi  de  la  hache  à  main;  ils  emporicnt 
pour  leurs  campagnes  une  partie  des  vivres  recueillis 
dans  le  cours  de  raunée,  U  mettent  eti  magasin  à 
chacun  de  leurs  campements,  et  ce  sont  les  Femmes  qui 
flODl  chaînées  de  les  distribuer  ;  on  épargne  la  vie  d*un 
homme  qui  tombe  blessé.  Le  vainquent  ne  rend  les 
prisonniers  que  moyennant  un  certain  nombre  de  co- 
chons et  de  sacs  de  pommes  de  terre.  Ces  guerres  an* 
nuelies  et  cruelles  paraissent  avoir  principalement 
pour  but  de  se  procurer  des  vivres. 

>Les  hommes  ne  savent  guère  que  se  battre,  et  8*a- 
bandonnent  ensuite  à  la  plus  grande  paresse;  ce  sont  les 
femmes  qui  travaillent  le  plus.  Elles  pourvoient  à  l'exis- 
tence commune ,  en  allant  elles-mêmes  sur  le  bord  de 
la  mer  chercher  des  coquillages»  pécher  du  poisson»  et, 
dans  l'intérieur  de  l'Ile ,  arracher  des  pommes  de  terre 
ou  toute  autre  racine.  • 

J'ai  extrait  de  la  même  relation  maritime  du  matelot 
Vardou  le  passage  suivant  qui  est  relatif  à  la  hauteur 
des  vagues  : 

i  On  est  encore  bien  loin  de  s'accorder  sur  la  plus 
grande  hauteur  que  les  lames  ou  vagues  sont  suscepti- 
bles d'atteindre  dans  les  plus  fortes  tempêtes  ;  on  les 
a  tour  à  tour  portées  jusqu'à  loo  pieds,  et  réduites  à5o 
seulement* 

•  Le  ig  mars  i84o,  étant  par  le  travers  des  Iles  Gha- 
tam ,  nous  essuyâmes  un  coup  de  mer  affreux  :  heureu- 
sement pour  nous,  le  navire  gouvernait  comme  un 
poisson.  Lorsque  nous  eûmes  dépassé  de  quelques  de- 
grés ces  ties ,  le  plus  beau  temps  du  monde  nous  ac- 
compagna jusque  par  le  travers  de  la  Terre  d^  Feu. 
Là ,  nous  fûmes  de  nouveau  assaillis  par  la  tempête  ; 
nous  étions  à  sec  de  toile,  fuyant  devant  le  temps.  Les 


(6o) 

vagoes  s'élevaient  sans  exagéralioD  ao  moins  à  i  oo  pietis 
de  haaleor;  ce  qui  noos  le  fit  croire  •  c'est  qu'il  ;  avait 
des  ukstanls  où  nous  ne  Tojions  nallement  la  mâtme 
d'an  navire  français  qoe  noos  ne  pûmes  hèlcr»  el  qui 
pouvait  être  ik  un  quart  de  mille  de  distance  de 
par  le  bossoir  de  tribord.  Celte  mer  affreose  noos 
doisit  josqoe  par  le  travers  des  Iles  Halooines  où  nous 
reçûmes  une  lame  qoi,  en  «liCeriant  par «desaos  notre 
couronnement  •  m'arracha  de  la  barre  du  gouvernail  » 
ainsi  qoe  mes  camarades  situés  près  de  mot ,  el  noos 
eniraloa  k  l'aulre  esirémilé  du  navire,  » 

Dr  Eugène  Robebt  ,  membre  des  Cotnmissions 
sdefiti/iqties  du    Nord, 


Navigatioh  du  capitaine  Btcroftdans  ta  rivière  Formasa, 
le  Quorra  ou  Niger ^  et  le  Vieux^Calebar, 

Le  capitaine  Becrofl  »  commandant  le  navire  à  va- 
peur TÈthiope^  remonta»  en  avril  i84o.  la  Formosa  , 
grande  el  belle  rivière  qui  se  divise  en  deux  brandies  ; 
il  remonta  Tune  pendant  5o  milles,  el  l'autre  pendant 
70.  Il  Tut  arrêté  par  des  productions  v^étales  qui  crois- 
sent en  si  grande  quantité,  qu'elles  rendaient  impossi- 
ble d'y  pénétrer.  Comparant  la  pureté  de  l'eau  avec 
celle  qu'il  avait  vue  quelques  années  auparavant  dans 
le  Niger,  M.  Becrofl  conclut  que  la  Formosa  était  tout- 
i-fait  différente  de  ce  Qeuve.  Obligé  donc  de  renoncer 
à  IVspoir  d'atteindre  le  Niger  par  celle  route ,  M.  Be* 


(6.  ) 

crofi  vint  reprendre  la  branche  de  ce  fleuve  Dommée 
Warrie  «  et  il  rejoignit  le  cours  principal  un  peu  au-^ 
dessous  d*Eboe.  Parli  d'Eboe  le  s6  mai ,  il  fut  retardé 
par  le  peu  d'eau  qu'il  y  avait  alors ,  et  ne  put  atteindre 
Rabbah  que  le  s5  août  II  en  repartit  le  7  septembre* 
et  parvint  le  1 1  un  peu  au-dessus  d'une  ville  nommée 
Noui^elle^Bajibo ,  par  environ  g®  l^o  de  latitude  nord  et 
à  moins  de  s  heures  de  Lever.  Ne  pouvant  pas  aller 
plus  loin,  il  revint  à  Bajibo»  où  il  fit  un  peu  de  com- 
merce. M.Becrofl  pense  qu'il  n'aurait  pas  pu  atteindre 
Boossu  et  y  arriver  en  moins  d'un  mois»  à  cause  de  la 
rapidité  du  courant.  UÉthiope  revint  ensuite  à  Rabbah, 
où  il  resta  jusqu'au  90  septembre  et  regagna  enfin  la 
côte  par  le  'Warrie  le  3o  octobre. 

Pendant  les  six  mois  de  séjour  dans  le  Niger  ,  on 
n'éprouva  partout  que  des  marques  d'amitié  de  la 
part  des  chefs  et  des  peuples.  Le  pays  au-dessus  d'Idah, 
à  900  milles  de  la  c6te,  parut  très  beau;  le  sol  était 
fertile ,  le  climat  agréable,  et  les  habitants  paisibles  et 
désirant  faire  le  commerce.  Le  colon  et  l'indigo  sont 
indigènes,  ce  dernier  surtout  est  de  bonne  qualité, 
filais  les  exhalaisons  pestilentielles  de  la  rivière  s'op- 
posent à  ce  que  le  commerce  puisse  s'établir  autrement 
que  par  un  bateau  à  vapeur  monté  entièrement  par  des 
nègres,  sous  la  direction  d'officiers  et  d'ingénieurs 
européens  bien  acclimatés;  encore  ce  moyen  présen- 
terait-il de  grandes  difficultés. 

Après  avoir  été  ensuite  au  secours  du  bateau  à  vapeur 
V Albert^  et  l'avoir  reconduit  à  Fernando-Po,  M.  Be- 
croft  remonta  la  rivière  du  Vieux-Calebar  jusqu'au- 
dessus  d'une  ville  qu'il  nomme  Dukestown,  et  des  vil- 
lages de  la  compagnie  de  Guinée;  il  trouva  que  cette 
rivière,  au-delà  du  point  où  la  marée  se  faisait  sentir  , 


(69     ) 

étuit  très  peu  considérable,  et  comme  il  eût  été  impru- 
dent de  la  remonter  avec  le  bâtiment ,  M.  Becroft  loua 
un  canot  des  naturels  avec  âo  rameurs,  et,  accompagné 
de  son  chirurgien  et  de  deux  matelots  ,  il  remonta  la 
rivière  jusqu'à  une  ville  très  peuplée  nommée  Ommannj 
qui  était  à  environ  70  milles  au  N.-O.i/a-N.  Ommann 
estsitoée  sur  une  lie  qui  fournit  aux  habitants  du  Vieux- 
Calebar  beaucoup  d'huile  de  palme  et  des  provtsîoiis. 
M.  Becroft  et  son  chirurgien  furent  reçus  dans  la  ville 
avec  beaucoup  d'amitié  :  c'étaient  les  premiers  blancs 
qui  y  étaient  venus.* Le  peuple  du  village  d'Etone  refusa 
de  les  laisser  venir  à  terre ,  d'après  l'opinion  (  à  ce  que 
Ton  dit  )  que  le  chirurgien  portait  avec  lui  la  petite^ 
vérole. 


I/e  Putuna.   ' 

Les  missionnaires  catholiques  dans  le  grand  Océan 
sont  établis  depuis  quelque  temps  sur  l'Ile  Futuna  » 
nommée  aussi  Allou-Fatou ,  et  qui  est  vraisemblable- 
ment celle  que  Schonlen  visita  en  16161  et  à  laquelle 
il  donna  le  nom  de  Horn.  Rrusenslern  la  place  pari4'' 
18'  de  latitudes.,  et  179*  30'  de  longitude  E,  de  Paris. 

Voici  quelques  détails  extraits  d'une  lettre  d'un  mis- 
sionnaire •  en  date  du  mois  de  mai  i84o. 

Futuna  (c'est  le  nom  que  les  naturels  donnent  à  cette 
ile,  que  les  géographes  nomment  Horn  ouAUou-Fatou) 
peut  avoir  de  neuf  à  dix  lieues  de  tour;  elle  est  d'une 
grande  fertilité,  et,  vue  de  la  mer,  elle  semble  en  sortir 
comme  un  bouquet  de  fleurs  et  de  verdure.  Les  eaux  y 
sont  bonnes  >  abondantes  et  très  limpides.  Je  ne  crois 
pas  que  la  population  atteigne  tout-à-fait  1,000  âmes 


(65) 

Autrefois,  elle  çomplait  un  pluA  grdsd  nombre  d'habi- 
tants; mais  les  guerres  fré^pjenkes  donl  elle  a  été  le 
tbé&tre  Font  tellement  dépeuplée  •  qu'aujourd'hui  on 
trouve  beaucoup  de  ses  vallées  entièrement  désertes. 
Il  y  arrive  de^ands  tremblements  de  terre.  Une  nuit 
)e  fus  éveillé  par  une  secousse  si  violente»  qu'il  me 
sembla  que  toute  l'île  allait  s'engloutir.  Dans  l'espaise 
de  24**»  i'en  comptai  dix-neuf  autres,  puis  elles  devinrent 
plus  faibles  et  plus  rares.  Gel  événement  me  fit  conjec- 
turer que  Futuna  était  assise  sur  un  volcan  ,  et  que 
c'était  peut-être  le  volcan  même  qui  l'avait  formée.  Le 
peuple  de  Futuna  est  très  hospitalier.  Il  n*est  pas  enclin 
au  vol  9  comme  le  sont  la  plupart  des  autres  naturels 
deTOcéanie.  A  notre  arrivée,  on  nous  fit  l'accueil  le 
plus  cordial,  et  on  n'a  cessé  depuis  de  nous  témoigner 
une  sincère  bienveillance. 


MONUMENT  A  LA  MÉMOIRE  DE  RENÉ  CAILLIÉ. 

Vers  la  fin  de  l'année  dernière  a  été  inauguré  le 
monument  voté  par  souscription  en  l'honneur  de 
René  Gaillié.  Presque  tous  ceux  qui  ont  pris  part  é  la 
souscription  étant  membres  de  la  SociâTÉ,  et  leurs 
noms  ayant  été  mentionnés  dans  le  Bulletin,  on  doit 
naturellement  trouver  dans  ce  Recueil  la  description 
du  modeste  mausolée,  et  le  récit  de  la  cérémonie  (i). 
Le  célèbre  voyageur  est  mort  à  Labadère,  près  de 
Pont-l'Abbé,  département  de  la  Charente-Inférieure, 
arrondissement  de  Saintes;  c'est  là,  au  cimetière  de 
cette  comjOQune,  que  le  monument  a  été  érigé.  Sur  un 
socle  de  O"*,  7a  de  haut  et  de  2"^,  \  7  de  côté ,  en  belle 

(1)  L'impression  de  celte  note  a  rti'  retarilre  à   cause  de  raboii' 
dance  des  matières. 


164  ] 

pierre  Urée  de  Grazanne ,  ft*élève  un  bloc  carré  en 
forme  de  pyramide  tronquée,  haut  de  i"*,  63  sur  i*,  5a 
de  largeur  en  bas  et  de  i",  o8  en  haut;  ce  bloc  »  d*un 
poids  considérable ,  el  de  la  même  pi<?rre ,  est  un  mo- 
nolithe. Il  est  surmonté  par  une  troisième  pièce,  aussi 
monolithe  ;  c'est  un  couronnement  en  forme  de  cor- 
niche égyptienne,  haut  de  4i  centimètres  avec  tore  et 
liste;  aux  quatre  angles  sont  des  palmetles,  et  au 
centre ,  l'urne  funéraire. 

Voici  les  inscriptions  qui  ont  été  gravées  sur  les  dif- 
rentes  faces  : 

Facb  du  Nord.  Facb  no  Son. 


A  la  mémoire  de 

Rénë  GaiUié , 

né     A     Maozë 

le  m  novembre  nnocxcix, 

mort  à  Labadère 

le  XVII  mai  Mnoccxxxviii , 

le  seul  Européen 

qui  ait  tu  et  décrit 

'   Tembocton. 


Le  XX  avril 

HDOOCXXXVIII, 

par 

une  découverte 

mémorable 

au  centre  de  l'Afrique , 

il 

a  illustré 

sa    patrie. 


Face  db  l'Ookst. 


Face  de  l'Est. 


Son  nom 
sera  placé  par 
la  postérité 
'  non  loin  de  ceux 
de 
Browne ,  Homemann , 
Mungo  Park , 
Denham  ^        et 
Clapperton. 


Au  voyageur  infatigable, 

patient  et  intrépide, 
à  Tobsenratenr  attentif 

et  ingénieux , . 

à  rhomme  persévérant, 

ferme  et  stoîque 

au  milieu  des  périls  : 

les  admirateurs 

de   son    courage! 


Sur  le  socle  on  a  gravé  les  noms  des  souscripteurs 


(66) 

(douze  noiassoFichaque  face),  l^r  6a  formé  et  par  sa 
iBaasd^tetké c,oiia|i/ucti<Mi«8t  de4aplu9'grande  solidité, 
et  pour  aiàfli  dire  iodestrâotible  (  i  )  » 
.  Dès  k  màkîa  du  dimaiiohO)  7  novembre,  les  habi- 
taat9  des  campagnes  des  eûnrons  de  Poot-rA^bbé  s'é^ 
taieDt  )6nils  h  ceux  de  cette  commune  pour  célébrer 
rînaugtiratioD.  Ni  les  mauvais  cbemins  ni  le  mauvais 
temps  n'avaient  détourné  personne;  l'affluence  était 
immense.  Elle  ne  s'explique  pas  seulement  parle  dé- 
sir de  Tendre  hommage  à  un  compatriote  qui  s'est 
illustré»  encore  moins  par  une  curiosité  frivole;  un 
autre  motif  animait  les  *  assistants,  t  Caillié,  disaient- 
»ilsy  est  un  enfant  du  peuple»  un  enfant  de  la  cam- 
»pagné ,  un  des  nôtres  en  on  mot  :  il  nous  est  permis 
»  d'être  fiers  de  son  nom ,  dé  sa  vie  ,  de  ses  décodver- 

•  tes.  Il  a  prouvé  que' le  toit  de  Vartisan  et  le  chaume 

•  dcrlabonreuf  pouvaient  aussi' abriter  un  noble  cœur, 
i  une  âme  capable  de'grandës  choses.  » 

-  Le  cortège,  conduit  par  M,  le  cérame  de  Tanlay ,  sous 
préfet  de  Saintes,  s'est  mis  èfn  àiarche  vers  midiv  II 
était  ainsi  composé  ;  les^  membres  'dû  conseil  munici(5al 
de  ^nt-l'Abbé  ^  la  gatdé  nationale  en  grande  tenue  , 
les  maires  des  communes  du  canton,  les  notables  de 
l'arrondisbement, lès  èksdésias tiques  des  paroisses  envi- 
ronnantés,  Madame  veuve  Caillié,  arccoaipagnée  de  ses 
quatre  énfents.'.«.  A  > heures,  au  son  des  cloches,  le  coif- 
té^  éijt  entré  dans  l'église  ;  ela  pris  place  autour  d'un 
catafalque"  élevé  dans  le  chœur.  Quatre  ^èunés  filles 
vètuesde  blanc  occù^ient  les  angles,  et  j>or(a[ient  cha- 

Guhe  à  la  maiii'  une  couroïtne  d'itiamortelles.  Le  clergé 

i 

(1)  Le  projet  a'^té  creeé  par  M.  J.  et  exécuté '|iar  M.  Prevot ,  ar- 
«biiecle  de  3ainteé« 

XVni.  JUILLET.    6.  5 


(  66) 

edt  venu  ensuUe  prendre  plaoe  ,  et  les  prières  j  ks 
champs  funàbres  ont  oanuieAcé^  Apvès  la  eArémo» 
nie  religieuse,  M.  Berodat»  le  oUi4  de  Ponit l'Abbé, 
a  prononcé  un  discours  ^  la  fois  graf e  et  leuébaiit , 
qui  a  été  suivi  d'un  chant  li  trois  Voix,  composé  exptès 
pour  la  fête  f  et  exécuté  aveo  on  parfait  eûsêii^d  par 
les  jeunes  élèves  de  la  nouvelle  école  de  chaAl,  Piiié 
le  corlége  s'est  rendu  au  cimetière  t  et  s'est  rangé  aa^ 
tour  du  monument. 

M.  le  sous  préfet  a  prononcé  alors  au  dîaeoors  plein 
de  nobles  paroles  j  où  la  Société  de  giographùs  a  étd 
rappelée  honorablementé  Après  avoir  montré  k  ses 
auditeurs  le  point  de  départ  de  Rékié  GâiiUé^  ella  mfr- 
rite ,  relativement  plus  grande  qu'il  a  eu  de  s'élavcr 
de  Tobscurilé  à  une  renominée  g)orieus6 ,  en  magis- 
trat a  pris  de  Ih  un  texte  pour  donner  A  la  |e{|neafls 
de  généreux  conseils,  c  JL'exepiple  do  CaiUîé  »  a-è^il 
tdit,  est  un  grand  enseigjnemeat,  puisqu'il  s'est.  éLsTé 
•  par  le  Iravail  et  par  le  courage  au  niveau  des  hom- 
»  mes  qui  ont  le  plus  honoré  le  nom  français.  * 

Le  Dr  Clémot,  premier  chirurgien  en  chef  de  l'hôpW 
f  al  de  la  marine  à  Rochefort  »  qbei^  de  l'oralsoD  fttaèbrst 
a  pris  ensuite  la  parole.  Inspiré  pav  \^  su)et»  il  a  abordé 
des  considérationa  d'un  ordre  auf^érièuri  et  U  à  captivé 
tout  l'auditoira  au  plus  haut  degipè  par  son  diaceim, 
que  nous  regrçltops  de  ne  pm^oir  raprodoirSé  Le  der* 
nier  discours  a  été  ç^lpi  de  M».Bl^nohdtoo^  ea^itûne 
de  corvette  en  retraite,  dont  les  paroles  pleines  4'inté* 
rét  ont  excité  aussi  l'c^t^ntion  générale.  Lea  feOMs 
fiUes  ont  ensuite  çouTonpé  la  tocnbe^^  le  d^smier 
adieu  a  été  prononcé ,  et  l'assemblée  s'est  dissoute 
sous  l'impression  d'une  vive  émotion»  Le  seUTonir 
de   cette   fête  funèbre ,  de  ce  triste  et  pteux   detoir 


(«7) 
aocompU  par  k  famâHe ,  les  amis ,  les  compatriotes 
du  foyageur  »  avec  Tintert ention  de  la  religion  et  celle 
de  l'aotorité  pabliqae ,  a  laissé  et  laissera  long-temps 
encore  dans  les  âmes  l'impression  la  plus  toadiafnte 
et  la  plus  salutaire. 

iV.  B.  Dès  a¥ant  rachètement  de  la  tombe  de  Pont* 
l'Abbé ,  la  Société  de  statistique  de  Niort  et  le  conseil- 
général  des  Deux-^SéTros  ont  Yoté  une  colonne  airec 
buste  k  ériger  dans  la  TiUe  natale  de  René  Gaillié , 
c'estnà-^ire  à  Mauzé.  La  Société  a  décidé  en  outre  que 
le  portrait  serait  placé  dans  la  salle  de  ses  séances.  La 
souscription  a  été  promptement  remplie ,  et  le  gou- 
yemements'y  est  généreusement  associé.  Nous  ren- 
drons compte  de  la  cérémonie  qui  a  eu  lieu  le  96  juin 
dernier.  J— D. 


NovaiiistfMOie  sur  ta  Mappemofkde  de  Herefùrd^  publiée 
en  six  grandes  ptanehes  eolonees,  /ac-similê. 

(  Première  livraison  des  Monuments  de  la  géographie , 

ptr  M.  JOMARO.  ) 


La  carte  conaenrée  dans  la  cathédrale  de  Hereford 
depuis  longues  années  est  restée  long-temps  peu  con- 
clue :  il  eA  était  ainsi  lùème  en  Angleterre ,  lorsqu'on 
jSSo  je  m'adressai  à  sir  John  Barrow  pour  avoir  la  no- 
tice desancinmefi  èartes  qiJi  pourraient  exister  dans  éi^ 
venses  bibliotbkpies  de  i'An^eterre.  Ce  docte  voyageur 
voalut  bienme  procurer  d'abord  U  fac-similé èe  la  petite 
oas^  de  k  biMiotbèqm  oottonienne  citée  par  PlayfaSr , 
4t  il  me  fil  otmaeltcé  en  même  temps  l'existence  d'tjHDte. 
grande  mappesùonde  qu'il  pensait  exister  iflereford. 


(68) 

mais  sans  y  joindre  aucune  descriplion ,  at(en<|u  qu'il 
en  a?ait  seulement  entendu  parler^  Depuis  lors,  je  fis 
des  démarcdies  répétées  pour  en  obtenir  mfac-nmile; 
la  négociation  dura  pluaieura  aonéeè.  C'est  alors  que 
la  Société  royale  géographique  de  Londres  s'occupa 
de  cette  carte  et  en  fit  faire  une  copie  très  exacte  pour 
sa  collection. 

Je  ne  puis  en  donner  ici  qu'une  idée  1res  générale. 
Cette  carte  a  été  exécutée  sur  étoffe  ei  coloriée  ;  sa  di- 
mension est  d^environ  ■'"«GS  sur  i*,56.  Le  dessin  ne 
remonte  pas  au-delà  du  commëncemenlduxiii^  siècle, 
s'il  n  est  poMérieur.  Cependant,  la  coniposîii^h-pn- 
milive  de, ('ouvrage  doitélre  antérieure  de  besuceup. 
L'était  des  connaissances  géographiques  y  f  si  au-^de^- 
sous  de  celui  que  suppose  la  géographie  d'Edrii^;  et 
même  la  description  du  globe  par  Dicuil ,  sans  parler 
d'autres  traités  non  moins  connus.  Il  est  vrai  que  dans 
ces  temps  reculés ,  les  notions  scientifiques  se  répan- 
daient lentement,  et  que  dans  tel  ou.  tel  pays.»  elles 
étaient  plus  ou  moins  avancées ,  selon  les  circonstances 
fortuites  qu'aujourd'hui  il  est  difficile  d'apprécier.  On 
ne  peut ,  en  effet ,  déterminer  le  degré  des  con- 
nabsances  pour  une  époque  donnée  que  d'une  ma- 
nière relative.,  c'estrà-dire  poiir  chaque  pays,  et  pour 
i|in^i,dire  pour  chaque  autbnr  diffirent  C'est  ce  qui 
A'és^lte  de  la  comparaison 'attentive  des  monuments 
géographîgiies  existants;.  Quoiqu'il  en  soit,  la  mappe- 
monde ^e  Hereford  paraît' présenter  ides  notions  A^ 
deux  époques  trési  .différentes ,  à  savoir,  celles  qui  ae 
rapportent  &  la  descriplion  de  Paul  Qrose,  et  eelles 
qui  ont  été  procuré^^i  par>oetiaÂai  voyages  do  moyen^ 
Age;  et  il  me  sençiltte  qu'Uy.a  loin  éa  rédactear  pri- 
mitif dé  Jb,c^r  te  à.celui:qui  a  desnoèla  cqpie  d'Here<* 


ford.  Malgré  ce  mélange,  elle  n'est  pas  moins  tr^ 
digne  d'attention  comme  un  des  plus  anciens  et  des 
plus  curieux  monuments  de  la  géographie  :  c'est  pour 
ce  motif  que  j'ai  cru  devoir  conunencer  la  publication 
des  cartes  inédites  du  moyen-^e  par  la  mappemonde 
de  Hcreford.  Une  des  circonstances  qui  la  caractéri- 
sent est  la  présence  simultanée  des  légendes  latines  et 
des  légendes  en  anglo-normand  (ou  franco-normand). 
Les  lignes  rimées  en  ce  dernier  idiome  peuvent  être 
considérées  comme  une  des  plus  anciennes  formes  du 
vers  français,  et  peut-être  est-ce  un  motif  pour  ne  pas 
faire  remonter  cette  copie  au  delà  du  xui*  siècle.  Cette 
détermination  expliquerait  pourquoi  les  notions  tirées 
des  voyages  de  la  deuxième  moitié  du  xiii*  siècle  n'au- 
raient pu  trouver  place  sur  la  carte,  et  en  même  temps, 
comtnentd'autres  notions  un  peu  plus  anciennes  parais- 
sent n'avoir  pas  été  étrangères  au  dt>ssinateur  de  la  carte'. 
Outre  les  légendes  françaises  qui  sont  au  haut  de  la 
carie,  on  trouve,  à  4a  partie  inférieure,  plusieurs  in- 
scriptions tant  en  latin  qu'en  frainçâis,  lesquelles  se- 

•  •  • 

ront  rapportées  avec  toutes  les  autres  dans  le  texte 
joint  aux  planches*  Une  de  celles-ci  porte  le  nom  de 
Richard  de  Haldinghani  e  tlêLafford^  comme  ayant 
fait  et  composé  [compassé)  cette  pièce.  TI  est  repré- 
senté lui-même  à  cheval  dans  un  des  angles  de  là 
carte. 

On  peut  regarder  cette  carte  comme  entièrement 
'inédite.  Il  était  temps  de  la  conserver  poui'  le  monde 
savant  par  une  reproduction- fidèle ,  parce  que  l'origi- 
nal est  aujourd'hui  en  mauvais  état  (i). 

(i)  Voy.  BuUftin  de  juin  1843,  /7aye4i3. 


C  lo  ) 


DEUXIEME    SECTION^ 


Actes  de  la  Société. 

EXTRAIT  DES  PROGÈS-TERBAUX   DES  SÉANCES. 


PRiSfOBlICB    DB.M.    JOHABD. 


Séance  du  \*^  juillet  i849. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

M.  le  secrétaire  de  la  Socîéiâ  donne  ensuite  eoouBu*- 
nication  du  procès-verbal  de  la  séance  générale  do 
1 7  juin. 

H.  Cunin-Gridaine  »  minislre  de  l'agriculture  et  du 
commerce ,  nommé  président  de  la  Société  dans  la 
séance  générale  du  17  juin»  écrit  à  la  Commission 
centrale  qu'il  accepte  avec  le  plus  grand  plaisir  cette 
marque  éclatante  de  sa  bienveillance,  et  qu'il  espère  y 
répondre  en  secondant  de  teus  ses  eGCorls  les  travaux 
et  les  progrès  de  la  Société. 

M.  Jomard  annonce  qUe  les  membres  du  bureau  ont 
été  admia  à  l'audience  de  H.  le  ministre,  qui  a  bien 
voulu  s'entretenir  «vec  eux  des  travaux  de  la  Société  et 
des  moyens  de  leur  donner  une  plus  grande  extension. 
M.  le  ministre  a  fait  au  bureau  l'accueil  le*  pli»  bien- 
veillant^  et  a  paru  animé  des  dispositions  les  plos  fa- 
vorables pour  les  intérêts  de  le  Société. 

MM.  Roux  de  Rochelle,  Gochelet,  Ansart  et  Gui- 


(7«  ) 
KQÎAul*  noiDinéft  dsos  U  séanoe  générale  »  le  prcmieiv 
vîce-|^réMdflnt ;  la  deuxième,  acrutaleur;  le  Iroiiîème, 
ai^réiaire  i  el  le  quatrième  »  membre  de  la  Commis*» 
aîpo  cwMraJe  »  adne^^eol  leurs  remerciemepla  à  le  So^ 
ciété,  et  Imi  pra«l«4i^at  44  GAOtribuer  ewee  iio  nouveau 
sèle  à  ses  utiles  travaux. 

M«  Pm^^îo  f  récemoient  admis  dans  la  Soûiété  «  lui 
adr^ai)  1##  mêmes  r^oiereiemQnU.  et  lt»i  ançonce  le 
mèpic  concours. 

M*  I0  baron  de  Perfeiden  de  liioderslein  et  H,  Alex. 
Agnillon»  aocieq  député  du  Var,  membres  de  la  So-* 
ciélé»  lui  écrivent  qu'ils  souscrivent,  le  premier  pour 
iq  fr.  •  et  le  second  pour  so  fr.  au  monuménè  de  II.  le 
contre-amiral  d'Urville. 

M*  MeidingcF»  da  la  Société  géographique  de  Franc- 
(^\.  y  réclame  plusieurs  publications  de  la  Soeiélé  qui 
PC  Ipii  tout  pas  parvenues.  On  fait  observer  que  ces 
pijibjyycatioiie  sont  épuisées. 

U,  Eugène  Robert,  mambre  des  Commissions  «cil}n^ 
tifiques  du  Nord,  adresse  à  la  Société  deui  Notices 
ci9PçerPAnt«  Tune  le  GroeaaUnd  at  la  pècbe  des  cétacés 
ijiips  Ms  m^rs  iiJM  Mgrd;  l'autre  la  Nouvelle-^iéiande. 
fl  la  bapteur  qu'atteignent  U$  lames  prés  du  oap 
Dora-  Co9  deu^L  Notices  sppt  repypyé^s  au  oemilé  du 
Bulletin. 

If.  Flury ,  Qi^nsul  4e  Fi>ince  à  ^al^nce  ei  meoabre  de 
la  Société ,  lui  éorU  pour  luî  pi^oposer  l'échange  de 
son  Bulletin  avec  le  RecMcil  des  Amis  du  pays  de  Va- 
lence. 

Al«  Vieliot,  présidfnt  de  1a  Société  d'pgrioulture , 
sciences  et  arts  de  Meaux,  adr^^e  le  d/çmiçr  VoJmIP?  du 
Recueil  publié  par  cette  Çoc^éié*  et  il  en  propose  éga* 
leineot  rechange  avec  le  Boflptin* 


(  7«  ) 
M.  Daily,  professeur  de  géographie  el  d'histoire 
à  Bruxelles,  écrit  à  la  Société  pour  lui  offrir  an 
exemplaire  de  ses  Eléfnents  de  Cki^oire  du  genre  km^ 
main.  D'après  le  désir  de  l'auleur,  la  ComiiiisBioii  in- 
vite M.  Guigûiaut  à  vouloir  bien  rendre  compte  de  cet 
oufrage. 

M.  Jomard  présente,  de  la  part  dé  l'auteur,  M.  Vi- 
quesnel ,  on  exemplaire  colorié  géotogiquement  de  ht 
carte  d'une  partie  de  la  Servie  et  de  l'Albanie,  faite 
d'après  le^  renseignements  qu'il  a  recueillis  en  i836 
et  i83H  pendant  son  voyage  dans  la  Turquie  euro- 
péenne. 

M.  Ramnn  de  la  Sagra  offre  à  1»  Société  une  carie 
<]e  l'Ile  de  Cuba  et  des  terres  circonvoisînes ,  dontiant 
la  division  des  habitants  en  tribus  au  moment  de  la 
décooverle  et  les  routes  suivies  par  Christophe  Colomb. 
Cette  carte  y  dressée  par  D.  José  Maria  de  la  Torre  en 
1841  f  est  destinée  à  servir  d'éclaircissement  à  son  his- 
toire ancienne  de  l'Ile  de  Cuba.  M.  Berlbelot  est  prié 
d'en  rendre  compte. 

M.  Tassin,  arrivé  récemment  de  l'Inde,  où  il  a  fait 
un  long  séjour,  est  présent  à  la  séance  ;  il  offre  à  la 
Société  une  collection  des  cartes  qu'il  a  publiées  sur 
les  diverses  contrées  de  TAsie.  Ces  cartes ,  au  nombre 
de  six,  sont  composées  de  3o  feuilles. 

M.  Garcin  de  Tassy,  de  la  part  de  M.  Constant  de 
Sicé,  professeur  à  Pondichéry,  adresse  à  la  Société 
l'Annuaire  statistique  des  établissements  français  dans 
l'Inde  pour  les  années  i858,  1 85g  et  i84o. 

M.  Daussy  offre,  au  nom  du  bureau  des  longitudes, 
son  Annuaire  pour  l'année  1849. 

M.  Jomard  communique  k  la  Société  un  volume  de 
Récherches  sur  la  géographie  de  l'Arabie  d'après  les 
auteurs  arabes,  qu'il  a  reçu  de  H.  le  baron  de  Hammer. 


(75  ; 

L'auteur  parait  désirer  qu*U  en  aoil  rendu  conpie  dams 
le  Bulletin.  M.  Deaîardios  est  prié  de  prendre  copûaia^ 
sance  de  Touvrage. 

Le  même  membre  lit  une  lettre  d'Alelandrie  ,  ren- 
dant compte  de  plusieurs  engagements  qui  oni  eu  lieu 
sur  les  frontières  de  la  Nubie,  entre  l'armée: égyp- 
tienne et  les  troupes  des  Abyssins ,  et  à  la  suite,  des- 
quels le  vice-roi  a  réclamé  la  mise  en  liberté  du  consul 
de  Belgique,  M«  fiJondeel. . 

Le  même  membre  fait  connaître  que  la  Société  du 
Caire  s'est  constituée  sous  le  nouf eau  titre  d^Assçcia- 
tion  littéraire  éffrptiemie,  avec  le  projet  de  publier 
un  Recueil  périodique  d'obsei^ations  et  de  recberohes. 
Enfin,  M*  Jomard  annonce  que  M.  Dantan  alûé»  sculp- 
teur» l'a  prié  d'offrir  ses  services  à  la  Société  pour 
l'exécution  du  monument  de  M.  4e  contre^amiral  d'Ur- 
viUe* 

M.  Berlbelot  dépose  sur  le  bureau  de.  nouvelles  s4a- 
tîslâques  publiées  par  les  divers  ministères  du  Vene- 
zuela ,  et  il  lit  une  Notice  sur  les  nouveaux  établisse- 
ments agricoles  fondés  au  VénésuelaparM.  lé  colonel 
Codam;  Cette  Notice ,  aisisi  que  la  carte  qui  l'aceom  - 
pagne ,  sont  r  envoyées  au  comité  du  Bulletin. 

Le  même  membre  présente  à  l'assemblée  le  fils  du 
général  Paez,  président  de  la  république  du  Venezuela. 

M.  d'Avezac  présente  également  M.  Ayrton^  voya- 
geur anglais,  arrivé  récemment  de  l'Abyssinie ,  où  il 
s'était  lié  avec  M.  Antoine  d'Abbadie. 

Le  même  membre  communique  une  lettre  étendue 
de  M.  d'Abbadie  t  contenant  la  suite  des  explorations 
de  ce  zélé  voyageur.  Renvoi  de  cette*  communication 
au  comité  du  Bnlletin. 

M.  le  Président  rend  compte  de  l'état  de  la  sooscrip- 


(  74  ) 

tion  pour  le  monameot  d'Unrille  ;  elle  s'élève  au  pré- 
sent )oar  h  la  somme  de  i  ,849  fr.  So  e. 

Séance  du  1  ijui/iei  1 8i4t- 

Le  ppooAs-^erbai  de  le  dernière  sèanee  est  la  et 
adopté. 

M.  le  Préûdent  entretient  TasseinUée  de  la  perte 
croelle  qoi  vient  de  frapper  si  subitement  le  Roi  et  la 
France.  Monseigneur  le  due  d*Orléans  apprèciail  les 
IravaoK  de  la  Société ,  et  dans  plusieurs  ooeamns ,  il 
avait  eiprimé  au  Bureau  le  vif  intérêt  qu'il  prenait  aux 
progrès  de  la  géographie.  S.  A.  R.  avait  donné  à  la  So^ 
ciélé  un  haut  témoignage  de  confiance  en  la  chargeant 
de  distribuer  un  prii  de  9,000  Ir.  è  Tautenr  de  la 
découverte  géographique  la  plus  utile  a  ragncultore,  à 
rindoatrie  ou  à  l'hum^inité.  La  Commission  oeniralo  dé- 
cide que  l'expresàon  de  ses  vifs  regrets  sera  consignée 
au  procèa^-verbal ,  et  que  le  président  de  la  Sodété, 
M.  Cumn-Gridaine,  ministre  du  commerce,  sera  prié 
de  porter  au  Roi  TespreeRoo  de  la  profonde  douleur 
do»t  elle  est  pénétrée. 

IL  le  sacrélaiye  de  l'Académie  royale  des  scieneesde 
Turin  adresse  à  la  Société  le  Y  volume  ^  la  seeondc 
série  des  Mémoires  pdbfiés  par  celle  mvanle  eompa- 


M.  Warden  adressa  le  tableau  de  la  population  des 
États-Unis  d'Amérique  en  1  S^o  •  d'après  io  dénom  - 
brement  oiEciel  fait  en  vertu  d'un  ade  du  congrès. 
Renvoi  au  comité  du  Bulletin. 

M.  le  baron  Tupiaier  éorit  qu'il  s'miocie  9^  projet 
de  la  Soeiélé  d'élever  mi  monument  è  b  mémoire  du 
contre-amiral  d'Drville  y  et  il  adveese  le  aaontanl  de  sa 
souscription. 


(75) 

M,  Doolaa  aloé,  sculpteur»  écrit  h  la  Société 
qu'uyant  eu  d&9  relakî<m8  iotimes  airec  M*  le  coolre-* 
amiral  d'Urville,  il  serait  heureuKde  pouvoir  concourir 
au  témoignage  pivblic  de  gratitude  qu'on  se  propose 
d?  rendre  à  sa  mémoire;  il  renouvelle  ji  la  Société  ses 
offres  do  service  pour  l'exécution  du  monument* 

H.  Rous  de  Rochelle  lit  un  exlrs^it  du  Mémorial  de 
VOue$u  où  il  est  rendu  compte  de  la  cérémouie  qui  e 
en  lieu  à  llauzé  ponr  l'inauguration  du  monument  de 
René  Caillié»  né  dans  cette  ville.  U.  Jomçird  riond  compte 
de  sa  correspondance  à  cette  occasion  avec  le  préfet 
des  Deux-^Sévres  et  la  Société  de  Niort»  et  il  coo^muni- 
que  une  série  de  journaux  du  pays  sur  le  même  sujet  ; 
il  donne  ensuite  des  explications  sur  la  première 
pension  accordée  psr  un  ancien  ministre»  M^  de 
Salvandy,  à  la  veuve  de  cet  intrépide  voyegfepN 

Le  même  membre  communique  les  statuts  de  i'as- 
sociation  littéraire  égyptienne,  dont  il  avait  déjà  en-« 
tretenu  l'assemblée  dans  la  séance  précédente* 

14,  Cocbelety  qui  a  été  président  de  celte  Société 
pendant  son  séjour  en  Egypte ,  pense  qu'il  serait  utile 
d'o«vrir  arec  elle  des  rj^pports  scientifiques.  Des  rela* 
tions  ont  déjà  été  établies  »  elles  seront  continuées. 

M.  Barbie  du  Rocage  annonce  le  prochain  départ 
pour  Valdivia  de  M.  Bardel ,  membre  de  la  Société  »  où 
il  va  se  rendre  en  qualité  de  consul ,  et  il  prie  la  Com- 
mission centrale  de  lui  adresser  une  série  de  questions. 

M.  Eyriès  rend  compte  de  divers  documents  qui  ont 
été  renvoyés  à  son  examen ,  et  il  présente  l'analyse  de 
l'un  de  ces  documents  qui  est  relatif  aux  négociations 
ouvertes  entre  les  Étals-Unis,  le  Mexique  et  le^  Éiats 
voisins  au  sujet  de  leurs  limites  respectives.  Renvoi  au 
comité  du  Bulletin. 

H.  Duflot  de  Mofras,  chargé  par  le  gouvernement 


(7«  ) 
d'une  mission  eh  Califorme ,  présente  dé  ti^efoix  un 
rêsamé  des  renseignements  qo*il  a  reeueiUis  p^eodant 
son  séjour  sur  la  situation  actuelle  de  ce  pays. 

M.  Noël  Deâvcrgers,  qui  arrive  de  l'Italie  ;  oàil  avait 
été  chargé  d'une  mission  scientifique  par  le  ministre 
de  l'Instruction  publique  ,  offre  à  la  Société  plosieurs 
ouvrages  sur  les  mathématiques  et  la  géograpliie  /de 
la  part  de  M.  Ferdinand  de  Lucas,  membre  de  l'Aca- 
démie royale  des  sciences  de  NaptesJ  M.  de  Lucas 
est  déjà  (^orté  comme -candidat  pour  utoé  des  pretnîé- 
res  places  vacantes  de  (^orrespondànt'étranger. 

Le  même  membre  communique  le  calque  d'une 
carte  ancienne  qui  parait  remonter  au  xv*  siècle, -et 
il  donne,  quelques  détaila  qu'il  a  extraits  d'un  diplôme 
sur  la  longueur  du  pied  notmand  et  de  la  perche,  en 
1  loi  et  11  i5. 

M.  Jomard  présente  la  4*  et  1^  5®  parties  de  la  map- 
pemonde de  Hereford,  qu'il  doit  publier  dans  ses 
Monuments  de  ta  géographie.  '      • 

MH.  d'Avezac  et  Thomassy  commùmquént  de  nou- 
velles lettres  qu'ils  ont  reçues  de 'M;  Art'toine  d'Ab- 
badie.  — Ges  lettres  sont  renvoyées 'au  côinité  du' Bul- 
letin. 

M.  lé  Président  rend  cdmpta  de  l'état  de  la  s)Dus« 
cription  d'Urvillë;  elle  s*élève  aujourd'hui  à  là  soûima 
dp  1,944  fr.  5ô  c.  • 

MKMnRK    ADMIS    DiNS    LA    SUiGlélÂ* 

Séance  du  1 5  Juillet  i848. 
M.  Philippe*Auguste  delMoaiNEAV. 


n      f    ■• 


•    'I 


(  77  ) 

SotscmPTiON  oui*erte  dafts  le  sein  de  la  Société  de  géo- 
graphie^ pour  le^  Monument  à  életfer  à  la  mémoire  du 
contre-amiral  Dumosit  b'Uavil&b.  • 


f  ii 


Liste  des  SouMTiptMnn  da  6  juillet  jusqu'au  S  août  1649*  ■ 

MM.  Bebriat  Saint  Paix,  membre  do  Tin- 

slitut.  I  o  ^^^ 

M£is5AS,  membre  de  la  Société.  S 

Marbrau,  trésorier  général  des  Invalides  de 

la  marine.  25 

Baron  TupiRLBR,  président  bon.  de  la  Société.       so 
A.  Noël  DfisvRBâBRS,   membre  de  la  Com- 
mission centrale.  20 
Flurï-Hérard  ,  membre  de  la  Société.  '  10 
Hîppoly te  Flijby  ,    id. ,  consul  de  France  ' 

à  Valence.  10 

• 

De  Mobivbau  ,  membre  de  la  Société.  10 
E.  Robbbt,  membre  des  Commissions  scion- 

tifiques  du  Nord.  5 

Baron  de  BouGAiifVj'^M^.t  coal;i*ie-amiral.  .  .20 

Le  chevalier  Adrien  de  Bai^bi^  conseiller  au- 

lique»  correspoodaat  dé  laSooiéèéé'  10  > 

Souscriptions  recueillies  dans  les  ports  par  MM,  les 
trésoriers  dei  Mï^àlides  de  la  marine ,  ettran^ 
mises  à  la  Société  par  ML*  IIabbbau,  trésorier^ 
giaéraldes  l$^yufÀdes  de  la  marine*       .  .  ,  ,1   ,  ' 

•   .cb^bmiuro. 

Lavabchb»  capiiaitte  de  vaisseau,  major  de 
la  marine.  •    .    '      ]5 

Le  Cardinal  »  àdus-commissaire  de  marine.         5 


Total.   ...     i6&fr. 


(78) 

Report.   ...  i65fr. 

Le  chev.  de  Coubsoii  iConlre-aoïir.  en  reiraile.  i  o 

DuBus  »  professeur  de  navigation.  & 

T.  Sbbbet  »  armatear.  5 

Le  Pbllbtjbb  »  trésorier  des  Int.  de  la  marine.  S 

Hbskabd,  armateur.  5 

J.   Le  Pbllbtieb  ,  enseigne  de  vaisseau.  5 

L.  Vjllbfbbon  jeune,  armateur.  5 

F.  ViLLEFBRON  alnéy      id,  5 

L.  Sebert  jeune           id.  5 

L.  Denis.                       id.  5 

De  la  ViLLÈoii,  lieut.  de  vaisseau  en  retraite.  5 

H.  Besnieb  ,  armateur.  5 

GuiLLBMABT  9  lieuL  de  vaisseau,  5 

Lahdbgbbk  9  capitaine  de  VEifeil.  3 

CHâBNBBi  capitaine  de  vaisseau.  lo 

QUIMPRR. 

Le  Bastard  de  Rergciffinbc  ,  capitaine  de 

frégate  en  retraite.  aS 

NANTBB. 

DuGHBsiiB  »  officier  de  marine  en  retraite.  5 

■arbbillb. 
Jacques  ,  commissaire-général ,  chef  du  ser* 

vice  de  la  marine.  aâ 

Abbaud,  trésorier  des  Invalides  de  la  marine*  5 

TODLQBI. 

Ch.  Baudib  »  vicè-amiral,  préfet  maritime.  5o 

Gaotibb,  contre-amiral,  majorfénéral.  lo 

Mattbbbb,  capitaine  de  vaisseau,  major.  lo 

Babual,  capit*  de  corvette ,  aide-major.  &  . 

Jacquihot  ,  capitaine  de  vaisseau.  ao 

Coulomb,  capil.  de  corvette ,  aide-major.  & 

Total.  .  ,  .  4o8fr. 


^  79  ) 

Report  .  .  .     4o8f*"' 

PAQUBTt  capitaine  deconrelte.  i^o 

De  Gasqubt  ,     id.  i 

LbJBUIIB,                «/•  10 

CuifÉo  d'Obn ANO)  capitaine  de  faisseau.  so 

Hèbail  y  capitaine  de  corvette.  6 
La  Rcgqub  db  Ghanfbay  ,  capit«  de  vaisseau.       lo 

E.  Ollivibb,                                   «/•  io 

Rbgnibb  t  capitaine  de  corvette.  & 

De  Sandfobt  ,         id.  6 

Dbscbavps  ,             id.  5 

Gabibout  ,  capitaine  de  vaisseau.  \o 

Jose{^  Gbabb  ,       id.  lo 

H^I  BBLLAlfGBBy        id.  10 

Davib  DB  Saint-Gborgbs,  lieut.  de  vaisseau..  •      5 

Ph.  Hbnbi  ,                                  id.  5 

De  MsBGON  f                              id,  5 

GiBiBO,                                       id,  '     3' 

C.deLAGOUB,                            ic/fr  5 

A.  Allibz,                                   id.  5 

L.  Rit  »                                       id.  5 

De  Lajabd  ,                                   id,  5 

Govpvbnt-Dbsbois  ,                    id.  5o 

Dblassaux.  lO 
De  RiGAUDT.capît  de  vaîMeaUtdîreol.du  port.       ao 

Th.  Pbltibb,  lieu  t.  de  vaisseau.  5 

HuGON  I  écrivain  de  la  marine.  5 

Sbin.  5 

RftTllÂlU2^  commissaire  de  la  marine.  i  o 

GhbiuuMt,  sous-commmair^.  '  5 

Bublb  ,                  id.  5 

GoiNGAN  ,                  id.  5 


Total.. 


677  fr- 


S'^cort.   .    .   .     6-^fr- 


B«i<rix9(»  cnmin.s  pnn*np'\L 

3 

1-  J^nuEf, 

'/il 

i 

Js9!4i&n .  cncninis  1**  nanne  ie  «^  cijoM*. 

«: 

V.  ^2cas»  so«i5- 

<mnmàam»in. 

^ 

BosMEB»  commxsBair?. 

xo 

Cabtibi  »  coauBis  prîacipaL 

5 

A.  de  SoTE  ,  sotis-coaunisBair**. 

d 

Sn^YV ,  commiâsaire 

lO 

IvBavr            tt/. 

r« 

CJluvibs  ,  commis  principaL 

3 

LmTjkDD ,  imii  1  iimmiiMiîip 

& 

4.  C  %BKmT  ,. 

id. 

5 

RflUfiami,  dîrectear  des  snhtMtamcefc^ 

lO 

Fuoc0««T  ,  amm 

frfclLOtlgl 

% 

Ladcaudih,  garde-magmin. 

S 

■axcihi» 

1^. 

â. 

La  Pdaitt  , 

<>£ 

â 

GsAJNMBAji,  eoa 

mus  principal  des  anbaiat. 

5 

ffbuvn» 

/<£ 

â 

PumieT. 

â 

Abdiu. 

S 

BoMPâA. 

i 

p.  Ba^AAcm. 

3 

A  aÎDoler  pai 

ir  efiie—  d'iAKlion  <kns 

la  i^Gste. 

5 

Moolani  des  premières  listes.   .  .  .  i»A39^-5u 


ToTAi>  etotoàri    •   .  •         sjiS«.^âo 


BULLETIN 


LK   LA 


SOCIETE  DE  GEOGRAPHIE. 


**« 


AOUT  l84s. 


PREMIERE    SECTION. 


MÉMOIRES.  EXTRAITS,  ANALTSES  ET  RAPPORTS. 


Prbmibb  toyage  à  la  recherche  des  sources  du  Nil-Blanc^ 
ortlonné  par  Mohaiimbd-Aly  ,  vice-roi  d* Egypte. 

Article  communique  par  M.  JoM ARn. 
(  Suite.  )  (i) 


Dimanche^  i5  chawal.  —  A  notre  départ»  le  matin , 
le  temps  était  un  peu  brumeux.  Cependant  nous  aper- 
çûmes sur  les  gb ,  vers  la  rive  orientale  du  fleuve ,  quel- 
ques cabanes  ainsi  que  plusieurs  individus  que  Téloi- 
gnement  où  ils  se  trouvaient  nous  empêcha  de  bien 
distinguer. 

Les  deux  rives  de  cette  partie  du  fleuve  sont  bordées 
de  joncs  et  de  roseaux. 

A  1  |b,  soit  à  cause  du  calme  qui  régnait,  soit  encore 
pour  donner  le  temps  à  quelques  barques  qui  étaient 
restées  en  arrière  de  nous  rejoindre,  nous  pliâmes 

(i)  Voy.  le  BulletiD  de  juillet  1842,  p.  5. 

XVllI.    AOUT.     1.  6 


les  voiles  et  nous  jelàmes  l'ancre  au  milieu  du  (leuve. 

Lundi ,  iG  chawaL  —  Ouoîque  nous  soyons  partis  de 
bon  malin,  cependant  la  violence  du  ¥ent  el  surtout  un 
kourdii  (i)(}tti  fi€  trouvait  sur  noise  routa,  nous  empè^ 
cli^^rent  d'avancer  et  furent  la  cause  que  plusieurs  de 
nos  barques  restèrent  en  arrière* 

A  1  mille  et  demi  de  la  rive  orientale  du  fleuve  nous 
aperçûmes  quelques  cabanes  ainsi  que  des  hommes  el 
des  aninvaux 

Étant  parvenus  à  l'extrémité  du  kourda  et  à  la  hau- 
teur des  cabanes,  nous  nous  arrêtâmes. 

Aussitôt  dix  imcUvidu^  sortiireiit  des  caj^aw^s  et  vin- 
rent droit  à  nous,  menant  un  veau  qu'ils  tuèrent  sur 
le  rivage  à  coups  de  lance;  après  cela  ils  s'enfuirent  à 
toutes  ïambes.  Ces  démonstrations  nx'itjent  suggévè 
quelques  soupçons,  je£us.appelerle  nemmé  Itèhéxned, 
un  de  nos  soldats  nous  du  Dinnkhah„  et  je  lui  demai>- 
dai  ce  qu'il  pensait  de  l'action  de  ces  gens;  il  me  ré- 
pondit que  leur  intention  était  tout  hostile  et  qu'ils  dé- 
siraient nous  montrer  ainsi  de  quelle  manière  ils 
avaient  le  dessein  de  nous  traiter. 

A  81^,  quarante  individus  a^^ntla  chevelure  longue 
et  rouge,  etne  ressemblant  nullement  à  celle  des  autres 
noirs,  les  bras,  ornés  de  boucles  en  dent  d'éléphant, 
en  fer  et  en  cuivre,  et  en  forme  de  braqelet ,  les  mains 
armées  de  tances  el  même  de  flèches ,  le  corps  bigarré 
comme  celui  des  Schlouks  et  parlant  un  langage  con- 
forme â  celui  de  Dinnkhah,  vinrent  jusq[u,'au  rivage, 
accompagnés  de  quatre  vaches  que  cependant  ils  lais- 
sèrent en  arrière. 

^   Hs  nous  échangèrent  du  dourab,  du  Semsem  coQtre 
de  la  verroterie  ce  qui  se  fit  à  l'insu  de  leur  cheikh  » 

(i)  Le  manuscrit  porte  quelquefois  Fourda  et  Khourdah. 


(8S  ) 

car  Dom  ne  fûmes  paa  long-teoipsâ  sou|ikço0ner  xfoe  ce 
dernier  s'en  était  formalisé,  et  surtout  qu'il  avait 
g^foudé  ses  subordonnés;  c'est  pourquoi  l'ordonnai 
au  susdit  Uéfaén>ed  d'tdleor  le  quéfûr.  CependanA  €»- 
lui- ci  ne  ^int  point  en  personne,  nuôs  il  noua  Vf 
vaya,  par  un  autre,  un  cheweau  et  un  peu  de  tidsaB  en 
présent.  Nous  eûmes  beau  questionner  ce  derqîei!, 
nous  ne  pûmes  rien  aavoîc  de  lui.  sînoa  que  lui  el  les 
siens  él^i^nt  desNuvUs  (i). 

Nous  le  congédiâmes  en  lui  doiusant  quelque  peu 
de  verroterie»  et  en  lui  disant  qu'il  eûJ.  à  amener  9on 
cheikh ,  à  qui  nous  avions  l'intentieade  faife  4?^  f/fth, 
seiïts;  nous,  lui  finies,  oompreodre  »  à.  Vaide  d«i  8K>1- 
datNU})4<ned»qMi'iil  n'asait  rien  à  ctwidïï^  «^ptrè^^^oi 
«eufr  le  renvoyàwes  aecompag^^  de  ce  deo^f  0*  Cei 
pfindsMEi4  le  ctieikb  me  iioalut  en  aucune  manlèse  aei 
rendre  &  no&  inatanoeft  ansici^.  Mais  la  segeese  àir 
nine  voukbt  qu'uft  des  leurs  s'approchent  du  drogman 
Mékimed  vint  lui  déelarev  les  pro)eis  perfides  qjue  se» 
coo»{iag^oos  nourrisaaient  à  notre  égard  ;  il  Lui  réx^éU. 
<|ue  la  chÂvre  avait  été  empoisonnée  »  el  que  lenr  des- 
sein ékaàX  d'entretenir  notre  confiance  pour  ensuite 
en  abuser  phis  s^emeot^  après  quoi  il  s'enfuit. 

Véhémed  s'éiant  empreasé^  de  me  raconter  ces  civ- 
constances  »  )  ordonnai  aussitôt  que  la  chèvre  fût  eia- 
mi^ée,  et  le  gonflement  de  toates  les  parties  de  son 
corpsr  MMfr  ^e  l'écume  q/m  lui  sortait  de  la  bouche, 
nous,  furent  des  preuf es  ivvéfragables  de  lu  neauvaise 
foi  de  ces  gens. 

Je  donnai  l'ordre  à  quelques  soldats  de  la  f*  daka- 
b)éb  de  faire  feu,  ce  (^'il&  firent  ;  un  individu  qui  se 
tenait  anpvés  di»  chttUi  tomba,  plusîeuvs  autres  bt«ei* 

(i)  Oti  J^auvirs;  on  prononce  aussi  JVoueir$  et  JfPouem, 


(84  ) 

ses  86  sauvèrent»   abandonnant  leurs  flèches  et  leurs 
lances. 

Nous  étant  mis  en  mouvement  »  nous  aperçûmes  le 
hillé  du  susdit  cheikh,  situé  à  un  demi-mille  à  Torient, 
entouré  de  gros  arbres  et  séparé  du  fleuve  par' un 
lac  dont  les  rives  sont  bordées  de  broussailles  et  d'ar- 
bres. 

Le  fleuve,  dans  cet  endroit,  a  ses  rives  parsemées 
de  joncs  et  de  roseaux ,  et  il  s'y  trouve  deux  tlots  men- 
tionnés dans  le  tableau. 

A  1  it>,  les  barques  restées  en  arrière  nous  ayant  re* 
joint ,  nous  jetâmes  l'ancre. 

Mardis  1 7  eha$¥aL — Ce  jour  nous  ne  vîmes  rien  d'im- 
portant: seulement  9  sur  les  â^»  nous  aperçûmes  h 
l'orient  quelques  girafes,  et  à  environ  6  à  7  milles  du 
fleuve  la  fumée  de  divers  feux.  Deux  tlols  près  des- 
quels nous  passâmes  ont  été  mentionnés  dans  le  ta- 
bleau.  Les  bords  du  fleuve,  dans  cet  endroit,  sont 
parsemés  de  roseaux  et  de  joncs  qui  s'avancent  dans  le 
fleuve  jusqu'à  la  distance  de  1  mille  à  1  raille  et  demi. 

Mercredi ,  1 8  chatvaL  —  Un  officier  m'apprit  qu'un 
des  soldats  noirs  étant  tombé  à  l'eau  par  accident,  s'é- 
tait noyé.  A  4^ ,  nous  vtmes  du  c6té  de  l'orient  plu- 
sieurs cabanes  ombragées  d'arbres  et  entourées  dlion»- 
mes  et  d'animaux;  plusieurs  même  se  trouvant  auprès 
du  fleuve  se  sauvèrent  A  notre  approche.  A  7h  «  la  vio- 
lence du  vent  ayant  jeté  une  de  nos  dahabyéhs  sur  un 
bas-fond  9  ce  ne  fut  qu'à  10^  que  nous  parvînmes  à  la 
dégager. 

Quelques  barques  restées  en  arrière  nous  forcèrent 
à  nous  arrêter.  Les  rives  du  fleuve  dans  cet  endroit 
sont  clair-semées  de  joncs  et  de  roseaux»  Nous  aper- 
çûmes aussi  quelques  petites  cabanes  desquelles  les 


(  85  ) 

habilanls  s'enfuîreuL  La    plupart  de   ces  houunea 
habitent  les  bords  du  fleuve  et  ment  de  la  pèches 

Jeudi,  19  cAaws/.  — Sur  les  5b»  nous  vîmes  un  petit 
hilléh,  et  quoique  plusieurs  de  ses  habitants  se  fussent 
approchés  des  bords  du  fleuve ,  cependant  ils  n'atien- 
dirent  pas  notre  arrivée.  A  5^,  nous  rencontrAmes  un 
tlot,  et  è  9h  un  autre;    quoique  ces  Ilots  ne  soient 
que  de  3  et 4  milles»  la  grande  quantité  de  joncs  et  de 
roseaux  empêchant  de  haler,  et  le  courant  du  fleuve 
devenant  un  obstacle  à  l'emploi  de  la  mme,  les  bar- 
ques ne  faisaient  que  dériver.  Bien  que  nous  n'aper* 
çussîons  aucune  habitation  »  cependant  de  la  fuméi» 
que  noi]|S  voyions»  à  de  courts  intervalles,  nous  donnait 
à  penser  qu'il  devait  s'en  trouver. 

La  rive  occidentale  du  fleuve  est  tant  soit  peu  par* 
semée  d'arbres. 

Quant  aqx  deux  bords,  ils  sont  assexfournb  de  foskc$k 
et  de  roseaux. 
Nous  jetftmes  l'ancre  à  1  ib... 
Fendre^i^  .so  cAanvaL — A  5^  nous  rencontrâmes  quel-* 
qoes  arbres  délit  { 1  )  sur  la  rive  oociden  laie.  La  rencontre 
d'un  kaurda  fut  cause  ^qoe  plusieurs  barques  restèrent 
en  arrière.  Nous  fîmes  peu  de  chemin.  Nous  aperçu^ 
mes  un  grand  nombre  d'éléphants  sur  les  deox  rives.  •• 
Les  deux  rives  du  fleuve  sont  fournies  d'arbres 
clair-semés  et  bordées  d'une  grande  quantité  de  joncs 
et  de  roseaux  variés. 

Samedi^  si  chûivaL  —  Nous  partîmes  de  bon  matin, 
et  nous  aperçûmes  à  ^f*  VQ  groupe  d'arbres  un  peu 
éloigné  do  fleuve;  du.cété  occidental  nous  vâmes. 
quelques  cabanes;  à  5k,  du  côté  oriental,  nous 
découvrîmes  quelques  cabanes  dont  les  habitants  nous 

(1)  Piîb  on  dylh  ;  quetquefeis  le  mannscrit  port«  (1*A»Y6.  Voir  plu  à 
bas. 


(86) 

regardaient  de  loin;  à  8^ ,  on  vit ,  des  deui  eéfés,*  un 
grand  nombre  d^élépfaanla. 

A  9I1,  ûouB  d^biouvriinea  sar  le  rivage  du  Aeuvê  qivel- 
que»  oabaiies  entourées  d'arbret  épers»  et  à  enviton 
n  millei  du  fleuve  nous  vîmes  un  grand  kiiàk  dont  Ub 
habitanls  s'enfuirent  à  notre  arrivée;  et  oomtne  ka  bar« 
qoes  étaient  dépourvues  de  bois  A  brûler ,  nous  priâ- 
mes terre  pour  nous  en  procurer.  Dans  ce  moment , 
un  soldat  noir  de  la  deuiâèttie  dahabyéà ,  qaî  éiail 
inalede ,  expira.    Avani  de  paiiir ,  une  femme  s*é« 
tant  trop  approcbée  de  noire  dalnbjéh ,  nous  la  pri- 
mes» et  nous  la  filmes  interroger  par  notre  drègman 
Hébémed.  Après  lui  «voir  demandé  la  rmson  pour  in^ 
quelle  les  habitants  de  <e  hillâh  se  «amaiont  é  noire 
aspect  9  elle  noue  répondît  que  ceux  qui  bafcitent  Toc- 
cident  étaient  de  la  tribu  des  Nuvirs>  que  ceux  qui 
habitent  Torient  étaient  de  celte  des  Kylts  et  qu'elle 
était  une  Nuvir»   que  les  cabanes  qui  se  trouvaient 
près  du  rivage  appartenaient  &  des  babsÉauts  qui  se 
noutrisaent  d'animaux  qui  vont  dans  l'eau  ,  comme 
l'hippuyotame  et  le  crocudile ,  et  que  ce  n'était  que  la 
orainle  qui  lea  portait  à  se  sauver.  Nous  la  renvoyâmes 
après  lui  avuîr  donné  un  peu  de  viande  et  de  doutah  , 
en  lui  recoÉsmandant  de  <Hre  à  tous  oeux  ide  sa  tiilH% 
que  eeux   qui  viendroiest  ne   devaient  rien  craiii- 
diu  »  qu'iteiSemientiovt  bien  reçus  ék  qu'lm  lenr«lon«- 
nerait  des  présents. 

Lee  bords  tin  fleuira  Bpnt  pleins  de  humaonff^  de  to- 
seunx  ut  de  fones.  Motre  position  le  permekant»  nouu 
pilaaiij  la  haatèorriu  soleil  tm  jour-là ,  et  nous  jelAaauu 

OiaMmAe,,  aa  cybtffW.*-* Mous  noua  mhnea  eu  rotsla 
de  grand  malin;  qom  aperçûmes  i  l'ocoident* un  peu 


(  «7   ^ 
loin  du  fleuve  I  plusieurs  cabaacs  de  Nouvii-s»  cnlou- 
rées  de  quelques  arbres,  à  l'orient,  ua  grand  aombr^ 
d'arbres  deDjlb,  très  variés,  et  sur  Les  bords  du  flewa 
quelques  cabanes  de  Kyks. 

A  3h  nous  aperçûmes  une  espèce  de  lac ,  qui ,  après 
avoir  élé  sondé,  nous  donna  lys  brasse  et  m6me 
une  brasse  d'eau  :  Teau  en  est  stagnante. 

Du  côté  de  l'orient,  toujours  au  bord  du  fleuve,  nous 
vîmes  quelques  cabanes  de  Kyks ,  dont  les  individus 
s'enfuirent^  et  se  cachèrent  dans  les  joncs  et  lesrosseaux 
qui  sont  auprès.  Ayant  envoyé  notre  drogiaan  Héhémed 
pour  leur  assurer  qu'ils  ne  devaient  rien  craindre  de 
notre  part,  et  que  nos  inteations  étaient  toutes  con- 
ciliantes à  leur  égard,  trois  d'entre  eux  sortirent  de 
l'endroit  où  ils  s'étaient  cachés^etneuf  enfanb,  sortant 
de  leur  cabane,  vinrent  auprès  de  nous»  Après  leur  avoir 
demandé  de  quelle  tribu  ils  faisaient  partie,  ils  nous 
répondirent  qu'ils  étaient  Kyks,  et  nous  dirent  que  leur 
moyen  d'existence  était  la  pèche,  et  lâchasse  qu*ils  fair 
saient  aux  hippopotames  et  aux  crocodiles.  Après  leur 
avoir  demandé  quelques  nouvelles,  ils  nous  répondirent 
qu'un  peu  plus  loin  le  fleuve  Blanc  était  bordé  d'une 
montagne  dont  le  plateau  était  très  fertile»  qu'au-* 
delà  se  trouvait  la  tribu  des  Kalkloursqui  sont  anthro- 
pophages ,  et  qu'encore  plus  loin  on  trouvait  les  tribus 
des  Nouvhouns,  de  Batlyèh  et  de  Bhourr.  Nous  les 
congédiâmes  en  leur  donnant  quelques  cadeaux  de  ver- 
roterie^ et  en  leur  disant  qu'ils  n'avaient  rien  à  crain- 
dre, ainsi  que  ceux  des  autres  tribus  qui  auraient 
rîntentioB  de  venir  nous  voir;  enfin  que  nous  leu^* 
donnerions  de  pareils  oadeacix. 

Nous  découvrîmes  plusieurs  cabanes  dont  los  habi- 
tants se  nourrissent  pour  la  plupart  du  dourah  propre- 


(  88  ) 

ment  dit  et  du  dourab  de  Syrie  qui  abonde  dan?  cet 
endroit,  ainsi  que  le  poisson. 

La  rnpidHé  du  courant  est  de  s  milles  ,  Temploi 
des  rames  et  du  halage  est  impossible.  Dans  cet  endroit, 
le  fleuve  a  beaucoup  de  sinuosités. 

A  tih  nous  jetâmes  l'ancre. 

Lundi ^  «3  chawaL  —  Nous  nous  mtmes  en  route  de 
bon  matin.  Nous  fûmes  obligés  de  haler  ii  cause  du 
kourda,et  de  nous  servir  des  rameurs  pour  le  franchir; 
deux  de  nos  barques  restèrent  en  arrière. 

A  6^  (midi),  Zawal  (i),  nous  aperçûmes  quatre  peti- 
tesbarquesde  la  tribu  des  Kyks  qui  coururent  sur  noua 
en  lançant  des  flèches.  Nous  ordonnâmes  à  quelques 
soldats  de  faire  feu  :  deux  des  bateliers  furent  tués, 
les  autres  plongèrent  dans  l'eau  et  s'enfuirent.  Cepen- 
dant nous  ne  pûmes  nous  empêcher  d'être  étonnés  de 
la  hardiesse  de  ces  individus  qui ,  au  milieu  du  four, 
avec  de  si  frêles  moyens  de  résistance^  avaient  eu  Tau- 
dace  de  nous  attaquer. 

Le  côté  oriental  est  un  peu  boisé  ;  les  deux  rives  du 
fleuve  sont  assez  fournis  de  homaouif ,  de  joncs  et  de 
roseaux.  Nous  jetâmes  Tancre  pour  passer  la  nuit. 

Mardis  24  c/i/ZK'a/.  —  Quoiqu'étant  partis  de  bon  ma- 
tin, nous  marchâmes  peu;  car  pendant  la  nuit  notre 
cinquième  dahabyéh  ayant  fak  une  voie  d^eau ,  des  par*» 
tiesde  dourahelcinq  caisses  de  munitions  forentfnouit- 
lées;  mais  comme  les  bords  du  fleuve  étaient  un  peu 
escarpés  et  surtout  garnis  de  homsouff",  de  joncs  et 
de  roseaux,  il  nous  fut  impossible  de  débarquer  les 
caisses  pour  les  faire  sécher.  Cependant  on  s'occupa  le 
lendemain  de  faire  boucher  la  voie  d*éau,  ouvrage 
auqueinous  réussîmes  complètement.  Jusqu'à  lo^nous 

(i)  Ce  mot  %i{^ïï\ïie  point  culminant —  N.  du  R. 


(  89) 
fîmes  très  peu  de  chemin  à  cause  du  Kourda  et  de  la 
violence  du  vent 

A  cette  heure  nous  aperçûmes  un  peu  loin  du  rivage 
quelquescabanesdeKyks,  et  nous  jetâmes  1-ancre  pour 
passer  la  nuit. 

Mercredi,  %b  chawaL  — Le  matin,  à  notre  départ,  le 
temps  était  un  peu  brumeux,  et  le  vent  contraire.  A  5^, 
nous  vîmes  vers  Torient ,  un  peu  loin  du  rivage  ,  quel- 
ques cabanes,  un  grand  nombre  d'arbres  dylb ,  et 
une  grande  quantité  d'autres  arbres;  à  4^»  le  tent 
étant  iout-A-fait  contraire  ,  plusieurs  de  nos  barques 
restèrent  en  arrière. 

.  A  6h,  nous  aperçûmes  plusieurs  individus  delà  tribu 
des  Ryks  qui  y  nous  faisant  des  signes  hostiles  et  mena- 
çants 9  jetèrent  à  Teau  un  veau  et  un  bœuf.  Ayant  or- 
donné de  faire  feu  sur  ces  individus,  ils  abandonnè- 
rent aussitôt  leurs  lances  et  leurs  flèches»  et  s'enfuirent 
à  toutes  jambes. 

Jusqu'à  ^  nous  avançâmes  è  l'aide  du  halage  »  des 
rames»  et  quelquefois  des  voiles. 

A  1 1^,  nous  distinguâmes  un  grand  nombre  d'élé- 
phantsdttcèlé  de  l'orient;  et,  àqueique  distance  du  côté 
oriental  du  fleuve»  quelques  arbres  et  surtout  beau* 
coup  de  fumée.  Les  deux  rives  du  fleuve  sont  bordées 
de  homsoufF»  de  roseaux  et  de  joncs. 

Nous  jetâmes  l'ancre  pour  passer  la  nuit. 

Jeudi.  aG  chawcd.  -^  Le  matin  »  à  notre  départ»  le 
temps  était  un  peu  brumeux;  nous  aperçûmes  &  l'orient 
beaucoup  d'éléphants  et  quelques  arbres  »  et  à  ^occî^ 
dent  quelques  cabanes  entourées  d'arbres. 

A  4^»  en  nous  dirigeant  du  côté  de  l'orient  »  où  se 
trouvaient  plusieurs  cabanes  »  nous  rencontrâmes  sur 
le  rivage  un  homme  et  une  femme  desquels  nous  ne 


(90) 
pûmes  rien  savoir,  malgré  les  nombreuses   questions 
dont  nous  les  accablâmes. 

A  9^,  du  côté  de  l'occkkiit,  nous  wirnes  plusieurs 
cabanes  ;  nous  nous  emparâmes  de  trois  femmes  que 
nous  interrogeâmes  convenablement.  Tout  ce  qu'elles 
purent  dire  fut  qu'elles  étaient  les  femmes  d'indivi- 
dus qu'uo  parti  de  Nuvirs  atait  assassinés. 

A  l'occident,  nous  aperçûmes  un  étang,  et  après  aviotr 
fait  on  peu  de  chemin,  nous  en  reoconiràmes  uo  se* 
cond  de  peu  d'étendue. 

Le  soir,  noua  vloaes  à  l'orienl  ploaieiini  cdiMtiiea .,  et 
nous  nous  approchâmes,  sans  être  aperçus»  de  m  vieil- 
les femmes  qui  étaient  «ar  le  Qeuve  et  qui  se  latnen- 
Ittaenft  dans  leur  laa(^ ,  en  tmimant  leur  visage  vers 
le  ciel;  ùotis  les  foignkses;  ce  que  nous  cmnprlmea 
de  leuis  réponses»  c'est  qu'elles  étaient  des  fesmies 
ILykB.  £lles  nous  firent  compreadre  qise  hdbs  trou* 
verions  devant  nous  une  montagne  dont  le  plateau 
est  très  fertile;  af»>ès  cela  nous  les  relèchAmes.  Nous 
ne  pûmes  savoir  si  les  étangs  que  nous  avions  renoon* 
très  sur  «slreroote  proYenaient  du  fleav«  ou  bien  de 
Teou  de  pluie  ;  quand  bien  même  noos  aunons  cbcrairé 
è  en  connaître  l'origine  »  cela  nous  eût  été  impossible  « 
car  les  {onos ,  les  toMsax  et  fat  tbsc  s'avançaient  ëoiis 
le  fleuve  d'environ  im  mille.  Les  habitants  des  cabomes 
construites  sur  les  bords  do  fleuve  vivient  de  la  «bosse 
qn'ilslont  sut  aoimaiii  amphibies  $  c'est  pourcfuoi  on 
lienoontre  beafoeonp  de  ieuio  dépouilles  ëatis  les  bnbî 
toliooSi  Auxoste,pendairiitJe  <tours  do  notre  aati|galion 
de  la  journée  ^  Inoifes  ne  fîmes  qne  vtâr  de  la  fspiéi,  A 
l'fii  et  &  rOi.  tin  grand  nombre  d'faabikitiosis  smt  situées 
à  onmoâtfnsîllesdn  mage.  Goosme  nmis  afvotis  îndîtfQé 
dons  letabio^ii  à  queUe^hèoro  nbus  avons  rencontré  cos 


(  9'  ) 
fillag^B,  ces  cabanes ,  ces  étangs,  il  est  inulile  de  le  re- 
fléter ici. 

Les  mes  du  fleuve  sunt  bordées  de  fûtves,  de  ro- 
utant «t  de  broussaillea.  Nous  fêlâmes  Ta&cre. 

P^endredi^^j  eÂAmz/.^-NousiKHiBiiitmesen  roote»  et 
noua  aperçûoMsàl'ciieWt  deai  petits  lacs,  etë  Vocci- 
léeÉl^  «fveiqaes  cabanea. 

A  5k,  Dous  vîmes  également  du  côté  <}e  Votietit  quel- 
ques cabanes;  un  grand  nombre  d'hèmmes  et  de 
ftttkmes  norent  «  levant  leurs  matuiï  au  ciel ,  «t  tious 
dâreol  opte  bom  étiona  des  envoyés  de  Dieu  :  ils  oen^ 
dttfsaîsnt  un  tewo.  D'après  tout  ce  que  nous  pûmes 
compi^eiidre  de  leurs  crîs  et  de  leurs  signes,  ils 
OMIS  în<vifaieni  à  Tenir  le  prendre;  nous  étant  appre*- 
chésclekurt  habitationa,  tiotre  dragman  Méhémed 
leur  dit  -de  ne  rien  craindre ,  et  qu'ils  detate»!  nous 
envoyer  leur  cbeikh  ;  celui-ci  se  rendit  à  notre  invitation. 
Nous  apprîmes  de  lui  qu^ls  étaîMt  de  la  tribu  des 
Kyks(  noua  lui  donoâmes  eneadeou  quelques  verro- 
teôca,  ee  que  croyant  les  individus  de  sa  suite, 
ils  se  réunirckiipleiiiide  confiance ,  plus  de  Soo,  sans 
afiBts^  ot  viimeiit  noua  oiltefurer  uur  le  fleuve.  Le  cbeiUi 
ocoDomanda  à  ses  gé«is  d'^ametièr  boit  vaches.  Après 
lui  avoir  demandé  quelques  explications ,  il  nous  dit 
qu'il  tse  •  (punvttît  $m  nrilieai  -du  fleure  une  montagne 
très  fertile ,  et  qu'il  ne  pouvait  nous  donner  aucu^ 
wttueiguemeat  sur  les  hiubitanls*  H  «luus  dit  égale- 
ment 'qu'et-deçà  de  oeMè  «nutit«gne  se  troutait  aussi 
une  tribu  :  M  uyatift  ^emaudé  s'il  ^  tnvaift  iqfu^lqa'oti 
deu  leurs  qui  eût  été  A  oMIè  moutagne ,  ou  Intft  s'ila 
A^  utuiëut  cotinakèaïice  que  par  ouf 'Are,  ^1  nous 
dît' qb^  la  vérité  personne  des  leurs  tf  y  avait  Été,  parce 
qtté  iMôtes  les  fribus  xfA  habitent  xîes  endroits  étaient 


(92    ) 

ennemies  les  unes  des  autres.  Il  nous  dil  que  lui^ 
même  se  trouvant  ennemi  de  ces  tribus-là,  il  n'avait 
aucune  grâce  k  espérer  s'il  tombait  en  leurs  mains; 
qu'ainsi  donc  il  ne  connaissait  ce  lieu  que  parles  ren* 
seignemenls  qui  lui  avaient  été  donnés  du  dehors.  Lai 
ayant  demandé  quelle  religion  il  suivait,  il  me  répon* 
dit  qu'entre  eux  ils  avaient  un  jour  fixe ,  auquel  tous 
se  rendaient  sous  un  arbre  pour  suivre  des  pratiques 
de  dévotion.  Enfin,  on  fit  apporter  huit  génisses  qui 
furent  tuées  et  partagées  entre  les  soldats.  Les  5oo  per- 
sonnes, hommes,  femmes  et  enfants  qui  s'étaient  réu^ 
nia  sur  le  fleuve,  nous  imploraient  dans  leur  langage , 
comme  des  envoyés  de  Dieu  ;  ce  qu'ayant  vu«  nous  en- 
voyâmes le  drogman  Méhémed,  qui  IcUr  dit  que  noua 
venions  avec  la  permission  du  Trés^Haut  pour  punir 
les  tribus  rebelles  et  pour  protéger  les  tribus  obéis* 
santés. 

A  7^  nous  nous  mimes  en  mouvement. 

A 1 1^  nous  aperçûmes  un  étang,  du  côté  de  l'orient. 
Au  reste,  les  bords  du  fleuve,  dans  cet  endroit,  aont; 
comme  dans  les  autres  «  très  fournis  de  homsoofl',  de 
roseaux  et  de  joncs.  Quelques  barques  étant  restées  en 
arrière,  nous  jet&mes  l'ancre  pour  les  attendre  et  pour 
passer  la  nuit. 

Samedi  2%  chaw^L  —  Nous  nous  mime»  en  rouie  de 
grand  matin. 

A  »(>  nous  aperçûmes,  du  côté  de  l'oriest ,  quelffuear 
arbres.  A  S**,  la  rencontre  d'un  Roùrda  et  la  violence 
du  vent  nous  empêchèrent  de  faire  autant  de  chemin 
que  noos  le  désirions;  nous  rencontr&mes  trois  va* 
ches  qui  n^eaient  sur  la  surface  de  l'eau  $  et  qui  sanSi 
doute  avaient  été  jetées  par  des  Kyks.  Nous  les  primes 
et  nous  les  partageâmes  entr^  les  soldats.  Nous  appro- 


(93) 
cbàmes  du  rivage  pour  haler  les  barques  à  cause  des 
Kourdas ,  et  noua  irimes  plusieurs  individus  qui  nous 
regardaient  de  loin.  En  ayant  fait  venir  un  auprès  de 
nous»  pour  lui  faire  quelques  questions  sur  le  cours  et 
la  position  du  fleuve ,  nous  ne  pûmes  parvenir  à  nous 
faire  comprendre.  Cependant,  quand  nous  l'interrogea* 
mes  sur  les  raisons  qui  les  avaient  portés  à  jeter 
trois  vaches  dans  Teau ,  il  nous  dit  que ,  nous  prenant 
pour  des  envoyés  de  Dieu ,  ils  nous  craignaient.  En- 
suite il  nous  fit  amener  une  autre  vache  »  après  quoi 
nous  le  congédiâmes  en  lui  donnant  quelques  verrote- 
ries. Bien  que  nous  ayons  fhit  descendre  à  terre  un 
peloton  de  soldats  pour  protéger  les  haleurs ,  cepen- 
dant sur  les  5S  â  Textrémité  du  Rourda.  plus  de  4  & 
5oo  individus,  de  la  tribu  des  Ryks,  armés  de  lances  et 
de  flèches ,  s'opposèrent  au  passage  de  nos  hommes  , 
en  disant  qu'il  leur  était  défendu  d'aller  plus  loin. 
Cela  dit ,  malgré  les  représentations  de  notre  dro'gman 
Méhémed»  ils  se  mirent  en  position  de  nous  résister. 
Ayant  tout  considéré ,  j'ordonnai  à  Sulelman-Rachef 
et  à  l'adjudani-major  Rustem  efFendi  de  descendre  à 
terre  ,  accompagnés  d'un  nombre  suffisant  de  soldats  ; 
mais  après  avoir  marché  sur  eux ,  et  en  avoir  tué  quel- 
ques uns,  sans  que  nous  ayons  eu  aucune  perte  à 
déplorer,  nous  vîmes  la  plupart  se  sauver ,  et  nous  les 
poursuivîmes  jusqu'à  leurs  cabanes,  où  nous  primes 
environ  huit  de  leurs  femmes  ou  filles,  avec,  un  grand 
nombre  de  bestiaux.  Mais  sachant  que  faire  des  es- 
claves était  une  chose  contraire  aux  intentions  de  S.  A., 
notre  auguste  maître ,  après  avoir  donné  quelques 
minces  présents  à  ces  femmes ,  et  leur  avoir  fait  com- 
prendre que  c'était  ainsi  que  nous  voulions  en  agir 
avec  nos  ennenftis.,  nous  les  congédiâmes.  Ces  individus 


(94  ) 
oui  à  peu  près  le$  mêmes  tiaJ>itudea  que  les  Schkniks, 
c'esL-Â-dire  que»  comme  wx»  ils pa49eiit  leurs  nuîU 
dans  les  lacs,  et  qu'ils  orneot  leurs  bras  dq  bracelels 
ea  dente  d'éléphant»  en  cuivre  et  mftme  en  fer.  Lewr 
idiome  a  beaucoup  de  ressemblance  avec  cetiû  des 
Dinnkhah  ;  cbez^  eux»  la  circoncision  est  remplacée  par 
Texteaction  de  trois  dents,  et  ils  vivent  de  doi^rah»de 
sésam<e  et  de  courges  qu  ila  cal ti vent  en  asses  grande 
quantité  ;  Ua  nourrissent  un  grand  noanbre  do  bœufa^ 
de  vaches,  de  aaoutoas  et  de  chèvres.  Les  individus 
qui  avaient  )eté  dans  le  Nil  les  troi^  vaches  recueil* 
lies  le  matin;,»  vmreot  auprès  de  nous  «  novMS  appoc» 
tant  trois  petites  giinissas^  Leur  ayant  demandé  qu^U 
était  la  raison  qui  avait  porté  lea  indigènes  inow  aUa-» 
quer»  ils  nous  répondiiBot  qu'à  la  vérité  ils  faisaient 
partie  de  leur  tribu,  nu^is  que  c'étaient  de  n^échantes 
gens  dont  on  atait  toujours  à  redouter  qqelqves  mau* 
vaises  aelions.  parce  que  leurs  habikationa  sont  situées 
loia  4a  fleu«e« 

Noua  ietftmes  Tancre  e»  cet  endroit.  eA  nous  paisi- 
mes  la  nuit. 

DinumcAe^ ^9  cbam^oL  *-  L9  matin»  ^ notre  départ,  le 
temps  était  leiOEnié  à  la  pluio  et  de  plua  tisèSfbfum^oiSt  A. 
notre  passage*,  noua  vîmes  sur  les  deux  rives  du  fleui^ 
beauMiuf)  d'individus .  don4  les  uns  semasent  le  tetre , 
les.ai»tres  levaieikt leurs  miûns  vers  le  oial  ot  et iaîenld  wsi 
leur  langage»  que  nous  étioM  las  envoyés  de  Dâen  ;.  la. 
plopatt  nouas  offrirent  du  bétail  eè  nnua  fieeni  sigM» 
avac  loua  mains»  de  venir  le  p«en4re»;  ils  jetère«ii 
pluMWS  petàlsohevBeaua  dans  la  Qeuse.. 

A.  5b,  nous  apertames«  du  côté  de  l'ooeident,.  dam 
grandes  cabane»  entourées  d'uAgrattd  nombre  do  be^^* 
lîaniL.  Jk  T^  cniis  vknesà  daoUe  et  à  gaaioha  deuslaca^ 


(  !^  ) 
celui  sîlué  à  droite  était  «tomrè  d€  beaucoup  d'arbres  ; 
nous  operçûmefl  sur  le  bord  de  celiui  de  gaucho  beou- 
coup  docaoardset  dokéroas.  Ce  deraiev  lac  étant  adja- 
cent au  fle«^9  Suteiman  Racbef  et  Ibrahim  *Effendi  allè- 
rent l'examiner.  IIb  trouvèrent  que  »a  profondeur  n*étaït 
pas  de  plus  de  i ,  de  «  et  de  S  palmes  :  à^leur  retour, 
nous  continuâmes  notre  roule,  el  à  1 1**,  nousvlme?,  du 
c6të  de  l'orient,  on  autre  lae  auasr  couvert  de  canards. 
Le  fleuve,  dans  cet  endroit,  eet  bordé  de  homsouff ,  de 
roeeaux  et  de  joncs.  Le  tempa  el  la  journée  étant  favo- 
rables, nous  prîmes  h  hauteur  do  soleil  el  nous  jetâmes 
I  ancre* 

Lundi,  x^lzilkcalé. — Nous  partîmes  de  bon  matin  et 
nous  aperçâmes  du  côté  de  Tocddent  trois  grandes  hil- 
léh^  (cabanes  fi))  entourées  d'un  grandnombredeva- 
ches.Quelques  personnes  se  détachèrent,  et,  après  aroir 
jeté  deux  vaches  à  l'eau,  se  sauvèrent  à  toutes  jambes. 
A  i^  le  vent  changea  &rorient ,  el  la  rencontre  que  nous 
Ames  d*ttn  kourda  ayant  fait  rester  quelques  barques 
en  arrière,  nous  résolûmes,  pour  vaincre  la  résistance 
qu'il  nou9oppo5ail,  de  passer  à  la  rive  orientale  pour 
faire  haler  nos  barques,  et  nous  fîmes  sortir,  pour 
protéger  nos  haleurs ,  un  peloton  de  soldats  armés  ; 
mais  un  groupe  de  4  &  5oo  hommes  de  fa  tribu  des  Kyks 
s'étant  présenté  à  environ  vingt  pas  de  nos  haleurs, 
nous  comprimes,  d'après  leur  manière  d'agir,  qu'ils 
étaient  dans  Kînlention  de  nous  attaquer  ;  alors  nous 
les  fîmes  prévenir  par  noire  drogman  Méhémedqu*its 
eussent  à  nous  laisser  passer  notre  chemin ,  sans  quoi 
il  leur  arriverait  malheur.  Cependant  ils  n'en  conti- 
nuèrent pas  moins  à  persister  dans  leurs  projets  hos- 
tiles. Après  toute  considération,  j'ordonnai  à  SuTeiman 

(i)  Hilléh  si(piifie  cabane  ou  habitation. 


(  96  1 

Kacbef  et  à  l'adjudant- major  Rusteoi-Ëfiendi ,  de 
prendre  avec  cax  sou  grenadiers  et  de  descendre  à 
terre.  Après  les  premières  décharges,  un  grand  nombre 
ayantété  tnésou  blessés,  le  restant  se  sauva  à  toutes  jam- 
bes. Sur  ces  entrefaites  nous  prîmes  (juelques  bestiaux 
que  nous  partageâmes  entre  les  troupes  victorieuses. 

La  nuit  précédente  une  voie  d'eau  s'étant  déclarée 
dans  une  barque ,  les  provisions  des  soldats  se  trouvè- 
rent avariées  et  mouillées;  vu  l'urgence  de  les  faire  sé- 
cher et  le  manque  total  de  vent ,  nous  nous  décidâmes 
h  nous  arrêter  dans  cet  endroit  sur  les  SK 

Le  cheikh  du  village  avec  lequel  nous  venions  de  nous 
battre  vint  nous  joindre,  accompagné  de  plusieurs 
individus  des  deux  sexes,  désarmés;  il  nous  apporta 
cinq  génisses ,  en  nous  disant  dans  sa  langue  que 
nous  étions  des  envoyés  de  Dieu,  et  nous  adressa 
des  prières  comme  à  des  èlres  surnaturels.  Après 
avoir  accordé  quartier  à  ces  individus  »  et  leur  avoir 
fait  qu.elques  cadeaux,  nous  leur  dîmes  qu'étant  venus 
avec  l'ordre  et  la  permission  de  Dieu,  comme  ils 
avaient  été  rebelles,  ils  avaient  trouvé  le  malheur î 
nous  lui  dîmes  qu'il  eût  à  prévenir  les  tribus  qui  se 
trouvaient  devant  nous  qu'elles  n'eussent  pas  à  agir 
comme  lui,  en  envoyant  des  individus  armés  pour  s'op- 
poser à  noire  passage,  car  nous  étions  disposés  i  les 
traiter  de  même.  Ce  après  quoi  (il  s'engagea)  sur  sa  tète 
et  sur  son  œil,  et  il  partit  pour  sa  cabane.  Outre  cela 
quelques  personnes  de  la  rive  occidentale  vinrent  sur 
le  fleuve  auprès  de  nous  avec  trois  génisses,  et  nous  ne 
fûmes  pas  peu  surpris  d'apprendre  que  nous  devions 
Ces  offrandes  aux  avis  donnés  par  le  susdit  cheikh  &  ces 
individus.  Du  côté  de  l'occident  nous  vîmes  deux  étangs, 
et  un  troisième  étang  entouré  de  plusieurs  cabanes. 


^97) 
Les  rives  da  fleuve,  dans  cet  endroit»  sont  bordées  de 
joncs»  de  roseaux  et  de  homsouff.  Nous  jetâmes  l'ancre. 
Mardis  %  zilkadê. -^îions  partîmes  de  bonne  heure, 
et  nous  rencontrâmes  sur  les  5^^,  du  côté  de  Torient , 
quelques  cabanes  dont  les  habitants ,  sans  armes,  vin- 
rent nous  offrir  plusieurs  animaux  qui  furent  partagés 
entre  les  soldats.  Le  gouvernail  de  la  troisième  daba« 
byéh  j  ainsi  que  celui  de  la  chaloupe ,  s'étant  un  peu 
avariés  à  cause  de  la  violence  du  vent,  nons  nous 
arrêtâmes  dans  cet  endroit  pour  les  faire  réparer. 
Les  mêmes  individus,  accompagnés  d'un  grand  nom- 
bre de  femmes,  tous  également  sans  armes,  vinrent 
nous  offrir  des  génisses»  des  chèvres  et  des  jattes  de 
laitf  ainsi  que  deux  dents  d'éléphant.  Dans  leur  langue 
ils  nous  appelaient  les  envoyés  de  Dieu  ;  ils  firent  des 
sîmulaores  d'adoration  en  embrassant  la  terre.  Leur 
ayant  donné  de  la  verroterie,  nous  entourâmes  la  tète  de 
quelques  uns  d'entre  eux  de  morceaux  de  camelot 
d'angoura  (  chalis).  Ils  se  passaient  cette  étoffe  les  uns 
aux  autres,  s'en  frottaient  la  figure  et  les  yeux,  et  en- 
suite ils  la  baisaient  avec  de  grands  signes  de  joie. 
Nous  primes  d'eux  une  quantité  suffisante  d'animaux 
pour  la  nourriture  des  soldats;  seulement  nous  nous 
abstînmes  de  prendre  de  leur  beurre,  qui,  étant  gâté, 
avait  une  odeur  insupportable.  Après  cela  nous  nous 
mimes  en  route. 

Après  avoir  un  peu  navigué ,  un  hippopotame  ayant 
frappé  contre  un  côté  de  la  troisième  dahabyéh,  elle  fit 
eau  •  et  nous  fûmes  obligés  de  nous  arrêter  pour  ré- 
parer l'endroit  avarié.  Il  nous  vint  de  la  rive  occiden- 
tale douze  génisses  que  nous  refusâmes  d'accepter, 
n'en  .ayant  pas  besoin,  ce  qui  attrista  vivement  les' in  - 
dividus  qui  nous  les  offraient. 

XVIII.    AOUT.   2.  7 


(9») 

Tout  l*espace  que  nous  parcourûmes  pendant  ce 
jour  paraissait  extrêmement  fertile  jusqu'à  a  et5milles 
du  fleuve  ;  mais  notre  navigation  fut  contrariée  à 
cause  de$  kourdas  :  le  fond  du  fleuve  est  de  sable,  et 
ses  bords  sont  couverts  de  joncs»  de  roseaux  et  de 
homsouffl 

Au  coucher  du  soleil  (à  is^) ,  nous  jetâmes  l'ancre 
au  milieu  du  fleuve. 

Mercredi^  3  zUkadé.  —  Nous  partîmes  de  bon  matin. 
A  3h,  nous  rencontrâmes  un  étang  à  l'occident» 

A  5^,  la  rencontre  d'unkourda  nous  ayant  forcés  de 
410US  arrêter  une  heure ,  un  grand  nombre  d'habitants 
de  la  rive  orientale  et  occidentale  vinrent,  sans  armes, 
nous  offrir  trente  vaches  que  nous  refusâmes,  leur 
ayant  fait  comprendre ,  par  l'entremise  de  notre  drog- 
man  Hébémed ,  que  présentement  nous  n'avions  pas 
besoin  de  bétail  ;  ils  ne  se  rendaient  pas  à  nos  raisons 
et  voulaient  nous  forcer  à  les  accepter.  Nous  les  priâ- 
mes de  les  garder  en  dépôt  jusqu'à  notre  retour, 
mais  ils  nous  répondirent  qu'ils  nous  en  réservaient 
d'autres  pour  cette  époque.  Enfin  ils  s'en  retournèrent 
très  chagrins  de  notre  refus. 

A  7I1,  du  côté  de  l'occident,  nous  vimes  un  étang. 
Le  vent  étant  trop  faible ,  nous  ftmes  haler  enviroo 
une  heure.  Le  temps  et  la  position  étaient  très  favora- 
bles, nous  primes  la  hauteur  du  soleil ,  que  nous  ob- 
servâmes également  à  midi. 

Les  bords  du  fleuve  sont  en  cet  endroit  couverts 
de  broussailles,  de  cannes  et  de  joncs;  i  4  milles  â 
l'occident,  nous  aperçûmes  une  grande  quantité 
d'arbres. 

Nous  jetâmes  l'ancre  en  cet  endroit  pour  y  passer  la 
nuit. 


(99) 
Jeudi  ^  4  zUkadé.  —  De  bon  matin  nous  nous  mimes 
en  route.  Le  bois  manquant  dans  les  barques»  nous 
nous  en  pourvûmes  sur  la  rive  occidentale.  Beaucoup 
d'habitants  des  cabanes  situées  sur  cette  rive  vinrent 
à  nous  sans  armes,  et  nous  offrirent  quelques  bestiaux 
que  nous  acceptâmes. 

Comme  il  a  été  indiqué  au  commencement  de  ce 
mois,  le  cheikh  que  nous  avions  puni  avait  fait  pré- 
venir de  notre  arrivée  la  plupart  des  babitanls  de  ces 
parages  »  qui  vinrent  sur  le  fleuve  en  grand  nombre  et 
sans  armes  nous  offrir  du  bétail.  Hommes»  femmes 
et  enfants  arrivèrent  en  élevant  leurs  mains  au  ciel  «  et 
nous  suppliant  d'acceptef  les  bestiaux  qui  se  trouvaient 
en  grande  quantité  dans  leurs  cabanes ,  tels  que  mou- 
tons ,  chèvres ,  et  même  des  chien!(. 

A  8^9  la  neuvième  barque  ayant  fait  une  voie  d'eau, 
et  le  vent  étant  très  faible,  nous  avançâmes  par  le  ha- 
lage.  A  Toccident,  nous  aperçûmes  quelques  bois,  ainsi 
que  deux  grands  étangs;  à  l'orient,  nous  vîmes  encore 
un  autre  étang.  En  cet  endroit  le  fond  du  fleuve  est  sa- 
blonneux ,  et  ses  rives  sont  bordées  de  broussailles  et 
de  joncs. 

Nous  jetâmes  Tancre  au  milieu  du  fleuve. 

Vendredi^  5  zilkadé,  —  Au  moment  où  nous  partîmes 
le  temps  était  brumeux  et  le  vent  très  faible;  nous 
n'avançâmes  guère. 

Sûr  la  rive  orientale  nous  aperçûmes  une  grande 
hiltéh  :  plusieurs  habitants  en  sortirent  sans  armes,  avec 
dix  vadhes  et  plusieurs  moutons  qu'ils  nousoffrirent,  et 
que  iious  partageunies  entré  lés  officiers  et  les  soldats. 

A  l'orient,  nous  aperçûmes  un  étang ,  et  en  face 
nèos  rencontrâmes  un  kourda. 

A  lo^,  notrs  vîmes  une  grande  hilléh  dont  les  habi- 


(    ïoo   ) 

tants  sortirent  sans  armes,  avec  des  animaux  qu'ils 
vinrent  nous  offrir  et  que  nous  n'acceptâmes  pas.  Plu- 
sieurs barques  étant  restées  en  arrière  à  cause  des 
kourdas,  nous  nous  arrêtâmes  à  1 1^  dans  cet  endroit. 
Nous  aperçûmes  à  une  distance  assez  éloignée  à  Tocci- 
dent ,  des  bois  et  un  étang.  Les  bords  dû  fleuve  sont 
couverb  de  joncs  et  de  broussailles. 

A  la  nuit  nous  jetâmes  l'ancre  en  cet  endroit. 

Samedi^  6  zUkadé. — Le  matin,  le  vent  étant  toui*é«- 
fait  contraire ,  et  la  rencontre  deskourdas  ayant  rendu 
la  navigation  à  voile  très  dangereuse  .  nous  halâmes 
pendant  environ  4  heures. 

A  l'orient ,  sur  les  6^  ^  nous  aperçûmes  un  désert 
avec  plusieurs  habitations  environnées  d'animaux.  La 
rapidité  du  courant  dans  cet  endroit ,  ainsi  que  la 
découverte  d'une  branche  du  fleuve  nous  ayant  donné 
des  doutes  »  nous  eûmes  recours  aux  informations.  On 
nous  dit  que  le  grand  fleuve  était  à  l'occident  (i),  et  que 
ce  bras  d'eau  était  une  branche  qui  se  séparait  du 
fleuve  principal ,  et  qui  se  portait  à  l'occident. 

A  9^,  nous  vîmes  à  droite  et  à  gauche  deux  habita- 
tions. L'habitation  qui  se  trouvait  à  gauche  était  en 
ruines.  Quelques  barques  étant  restées  en  arrière»  nous 
nous  arrêtâmes  dans  cet  endroit. 

Un  soldat  de  la  sixième  dahabyèh  étant  mort»  nous 
lui  rendîmes  les  derniers  devoirs. 

Les  individus  de  ces  habitations  nous  apportèrent 

du  bétail  qu'ils  nous  pressèrent 

d'accepter.  Les  ayant  interrogés  sur  la  montagne  dont 
on  nous  avait  parlé  précédemment,  nous  ne  pûmes 
en  obtenir  aucun  renseignement  satisfaisant* Le  fond 
du  fleuve  dans  cet  endroit  est  de  sable ,  et  t^^  rives 
sont  bordées  de  broussailles ,  de  jojacs  ^  eic» 

(i)  Le  sens  Toudrait  à  forienU 


(   'o«   ) 

Sur  la  me  occidentalô,  à  environ  5  milles  du  fleuve, 
il  y  d  beaucoup  de  bois. 

Nous  jetâmes  Tancre  au  milieu  du  fleuve. 

Dimanche^  7  zilkadé, — Depuis  quelque  temps,  ayant 
appris  que  les  troisième  et  septième  dahabyéhs ,  ainsi 
que  deux  barques  •  faisaient  eau ,  et  que  des  odeurs 
nuisibles  à  la  santé  des  troupes  s'en  exhalaient,  nous 
jugeâmes  convenable  de  nous  arrêter  dans  cet  endroit, 
très  favorable  pour  raccommoder  les  dahabyéhs  et  les 
barques.  Nous  fîmes  arranger  et  nettoyer  les  autres , 
et  on  passa  la  journée  à  veiller  aux  soins  de  propreté . 
en  faisant  laver  le  linge  de  la  troupe.  Après' quoi  nous 
leur  fîmes  faire  une  heure  d'exercice. 

Lundiy  8  zHkadé. — Noos  restâmes  jusqu'à  9^  pour  rac- 
commoder la  neuvième  et  la  dixième  barque.  Pendant 
ce  temps»  plusieurs  individus,  du  coté  occidental,  vin- 
rent nous  offrir  des  bestiaux,  dont  on  commençait 
à  manquer,  pour  la  nourriture  des  soldats;  nous  leur 
donnâmes  en  retour  plusieurs  morceaux  de  came- 
lote, et  nous  flmes  faire  l'exercice  à  feu  aux  soldais. 
Après  avoir  examiné  les  barques,  nous  vîmes  qu'il 
s'était  gâté  environ  cinq  ou  six  ardebs  de  dourah  et  un 
peu  de  blé. 

Mardis  9  zilkadé.  — A  notre  départ,  le  temps  était 
brumeux,  et  le  vent  du  sud  soufflait  avec  quelque  force. 

A  3^,  nous  vîmes,  du  c6té  de  l'occident,  un  étang 
ainsi  que  troi»  habitations.  Dti  côté  de  l'orient ,  il  y 
avait  également  quelques  habitations ,  mais  nous  ne 
vîmes  aucun  être  humain. 

A  4^,  à  environ  i  mille  à  l'occident,  nous  vîmes  un 
grand  nombre^  d'habitations  environnées  de  beaucoup 
de  monde.  Les  hommes  vinrent  en  grand  nombre  et 
sans  armes,  sur  les  bords  du  fleuve,  pour  nous  voir. 


(   loa  ) 

Npuft  aperçûmes  un  étang;  et  quoique  le  veut  £Ùt  fa?o- 
rable  jusqu'à  6^,  nous  fûmes  obligés  de  haler  jusqu'à 

10^ 

La  branche  du  fleuve  que  nous  avons  indiquée  dans 
la  journée  du  6  Cnit  dans  cet  endroit,  d'où  un  autre  bras 
se  sépare ,  et  dont  le  courant  est  tant  soit  peu  rapide. 

Lçs  bommes  des  habitations  que  nous  vîmes  le  ma- 
tin vinrent  en  nous  suppliant  d'accepter  leur  bétail 

Le  fleuve  dans  cet  endroit  est  bqrdé  de  joncs,  de 
broussailles  et  de  cannes. 

A  io]|,  nous  jeUmes  l'iancre  au  milieu  du  fleuve. 

Mercredi^  lo  zUkadé. — Le  matin  ^  le  temps  étant  bru- 
meux et  le  vent  rare»  nous  ftmes  sortir  des  soldats  pour 
haler  et  un  peloton  armé  pour  les  protéger.  Le  vent 
acquit  un  peu  de  force  ;  après  %  heures  de  marche  il 
cessa  tout-à-fait 

Nous  aperçûmes  à  l'occident  plusieurs  habitations^ 
mais  pendant  toute  cette  journée  nous  ne  vîmes  aucune 
trace  de  végétation;  le  calme,  ainsi  que  le3  courants, 
nous  forcèrent  à  haler  jusqu'au  soir.  Nous  atteignîmes 
à  ]  oh  la  fin  du  bras  du  fleuve  que  nous  avions  aperçu 
à  cette  heure  (i).  Nous  vîmes  plusieurs  hiUébs  dont 
les  habitants  vinrent  nous  off'rir  des  bestiaux ,  que  nous 
refusâmes  à  cause  de  la  nuit. 

Nous  reconnûmes  des  bois,  àepviron  5  milles*  à  l'oc* 
cident  flu  fleuve ,  lequel,  dans  cet  jeoidroit,  »  ses  rfres 
bordées  de  roseaux  s  de  joncs  et  de  brouasailleSb 

A  l'entrée  de  la  nuit,  nous  jetftmes  l'ancre  au  mi- 
lieu du  fleuve. 

Jeudi  \  i  zilkadé.—X  notre  départ,  le  temps  était bru- 
meu3(^  le  vent  soufflait  avec  force  du  septentrion.  Nouft 
rencoiUràmes  à  l'occident  et  à  l'orient  plusieurs  habi* 

(i)  Peut-éire  sept  liearM. 


(  «oS  ) 
tfftîons  et  plusieurs  lacs.  Lés  bestiaux  des  habitants  de 
ces  endroits  consistent  eh  une  quantité  de  bœufs  et  de 
iFaches  ;  ils  possèdent  également  une  petite  quantité  de 
montons  et  de  chèvres.  Ces  habitants  vinrent  à  nous, 
sans  armes  I  portant  sur  leurs  épaules  des  chèvres  et 
<tes  moulons  ;  d'autres ,  portant  sur  leur  tète  des  ca- 
lebasses ou  jattes  pleines  de  lait  et  de  beurre,  vinrent 
au  bord  du  fleuve ,  conduisant  plusieurs  vaches.  Ils 
suivirent  nos  barques  pendant  environ  3  heuresen  nous 
faisant  signe  avec  les  mains  et  en  nous  priant  d'accep- 
ter leurs  présents.  Nous  nous  contentâmes  de  prendre 
un  peu  de  lait  et  quelques  uns  des  animaux  qu'ils  nous 
offraient,  sans  vouloir  toucher  au  beurre,  qui  avait  une 
très  mauvaise  odeur. 

A  yh,  le  temps  s'étant  éclairci  et  le  vent  étant  favo- 
rable ainsi  que  la  posilioD ,  on  discontinua  le  halage  , 
et  nous  nous  arrêtâmes  dans  cet  endroit. 

Fendrediy  \  a  zilkadé.  —  Nous  partîmes  le  matin .  A 
l'orient  nous  vîmes  deux  hilléhs,  et  à  l'oceident  un 
hilléh  qui  était  environné  d'un  grand  nombre  de 
bestiaux.  Les  habitants  du  lieu  vinrent  comme  les 
autres  nous  oîffrir  des  animaux  et  des  jattes  de  lait 
qu'ils  portaient  sur  leur  tète ,  et  Us  nous  suivirent  a  ou 
3  heures  en  nous  pressant  d'accepter  leurs  présents.  11 
y  avait  également  devant  ces  hilléhs ,  sur  le  rivage , 
quelques  petites  barques.  N'ayant  aperçu  aucun  enfant 
dans  ces  habitations,  nous  en  demandâmes  la  raison  ; 
ces  gens  nous  répondirent  que,  comme  nous  étions  des 
envoyés  de  Dieu,  qu'étant  tout  craintifs  pour  leurs 
enfants ,  ils  les  avaient  envoyés  à  d'autres  habitations 
qui  se  trouvent  à  l'ori^rt,  et  qu'ils  avaient  enterré  leurs 
armes.  Nous  vîmes  à  l'orient  deux  étangs ,  et  à  l'occis 
dent  deux  autres. 


{  >o4  ) 

A  8^»  nous  vîmes  i  roccident»  à  environ  deux  pas  du 
fleuve,  un  éléphant  dans  un  bourbier.  Nous  le  tuâmes 
à  coups  de  fusil  ;  nous  sortîmes  pour  lui  enlever  les 
dents,  et  nous  les  laissâmes  en  dépôt  dans  une  habita- 
tion voisine  pour  les  prendre  à  notre  retour. 

A  9h,  le  vent  ayant  cessé ,  nous  nous  arrêtâmes  h 
Torient  Le  fleuve  dans  cet  endroit  est  bordé  de  roseaux, 
de  joncs  et  de  broussailles. 

A  l'entrée  de  la  nuit»  nous  jetâmes  Tancre  au  milieu 
du  fleuve. 

Samedi,  i3  zilkadé.  —  Nous  parlâmes  le  matin  par 
un  grand  calme»  et  nous  avançâmes  la  plupart  du 
temps â  l'aide  duhalage.  A  l'occident,  nous  vîmes  quel- 
ques éléphants  et  un  lac  sur  les  bords  duquel  se  pro- 
menaient des  hérons.  A  6li,  le  vent  soufflait  da  ôôté  du 
lever  du  soleil.  Nous  aperçûmes  à  rocoident  un  lec 
près  duquel  se  trouvait  beaucoup  de  bétail. 

A  1  iby  nous  découvrîmes  du  côté  de  Test  et  du  côté 
de  l'ouest  plusieurs  hilléhs.  Les  habitations  situées 
du  côté  de  l'orient  paraissaient  avoir  été  incendiées , 
nous  y  vîmes  même  plusieurs  cadavres.  Nous  étant  ap- 
prochés près  des  habitations  situées  à  l'occident,  nous 
primes  des  informations  ;  nous  apprîmes  que,  la  nuit 
précédente  «  plusieurs  individus  delà  tribu  desTbou- 
thouyeh  étaient  venus  s'emparer  des  bestiaux  et  avaient 
tué  dix  hommes;  on  nous  dit  que ,  comme  ils  étaient 
ennemis ,  ils  étaient  continuellement  en  guerre.  Les 
rives  du  fleuve  dans  cet  endroit  sont  bordées  de  ro- 
seaux »  de  joncs  et  de  broussailles. 

Nous  nous  arrêtâmes  à  l'occident  pour  attendre  des 
barques  restées  en  arrière  et  qui  n'arrivèrent  qu'à  i  il^. 

A  l'entrée  de  la  nuit ,  nous  jetâmes  l'ancre  au  rai- 
lieu  du  fleuve. 


(  ig5  ) 

Dimanche^  ïi^zûkadé»  — ^A&otre  départ,  le  temps  étutt 
brumeux,  et  comme  un.  kourda  se  trouvait  devaat 
nous»  nous  fûines  obligés  de  haler  la  plupart  du  temps. 
Mous  reaconirâmes  on  lac  et  six  grandes  hîDéhs» 
€omme  il  est  indiqué  au  tableau. 

A  fiheures  nous  rencontrâmes,  du  côtéde  l'occident, 
rbôbitationdugrand  cheikh  de  la  tribu  deBouDderlé^ 
byat,  nommé  Beubyour,  qui  îintà  notare  dahabjéli» 
et  nous  lui  demandâmes  des  nouvelles  de  la  montagne 
dont  nous  avons  déjà  parlé,  et  d'autres  renseignements. 
Il  nous  répondit  que  du  côté  de  roccidènt  se  tromvait 
effectiveoient  une  montagne  habitée  par  tme  tribu  avci; 
laquelle  il  était  presque  toujours  en  guerre  pour.les 
pàtorages.  Noua  lui  demand&mes  si  la. montagne  dont 
il  nous  parlait,  et  qui  se  nommait  Bouniiçrléfayei  (i) 
était  éloignée  du  fleuve  et  s'il  s'y  trouvait  des  mines'; 
il  nous  répondit  qu'elle  était  éloignée  '•  tout  au  phis 
d'une  journée  du  rivage,  que  la  partie  occidentale 
était  couverte  de  bois  qui  l'empôehaient  d'être  connue 
parfaitement,  et  que  quant  à  ce  que  l'on  appétit  mine, 
il  n'en  connaissait  aucune.  Le  cheikh,  lesibommes  et 
les  femmes  avaient  pour  la  phhpart-  les  oreilles  et  les 
jambes  ornées  d'anneaux  de  fer  et  de  cUivre.  A  notre 
demande  d'où  ils  se  procuraient- oes  métaux*,  le  cheikh 
nous  répondit  qu'en  un  lieu  sis  à  trois  journées  de 
leurs  habitations,  ils  commerçaient  et  échangeaient 
leurs  bestiaux  contre  les  anneaux  de  fer  et  de  cuivre  qui 
s'y  fabriquent  ;  ils  nous  dirent  aussi  que  les  habitants 
du  lieu  les  tiraient  d'autres  endroits  situés  à  l'occident. 
Lui  ayant  demandé  où  le  fleuve  prenait  sa  source ,  et 
s'il  était  vrai  que  nous  devions  rencontrer  sur  notre 

..I        •  '     ' 


(  io6  ) 

route  une  monlagne  au  milieu  du  fleuve ,  il  répondit 
que  ni  lui  ni  personne  de  sa  tribu  n'étaient  capables 
de  résoudre  un  tel  problème.  Nous  lui  demandàsies 
également  de  quelle  manière  ik  vi?aîont  ;  il  nous  dit 
que  leur  nourriture  se  composait  de  doorab ,  de  flé«> 
same  et  de  citrouilles  »  et  ifii'ilscttlitîvaient  aussi  un  peu 
de  tabac*  Nous  le  renvoyâmes  lui  et  ses  frèros  très  sa- 
tisfaits en  leur  donnant  un  peu  de  Terroteries*  Au  reste, 
les  habitants  de  ces  lieux  agirent  comme  les  autres , 
c'est-à-dire  qu'ils  vinrent  sur  le  bord  du  fleuve  en 
grande  quantité  pour  nous  ofirir  des  animaux  do- 
mesliqués^  aînai  que  des  jattes  de  lait  qu'il  nous  priè- 
rent d'uccepter  ;  et  même  plusieurs  »  s'approchantdea 
haleiMB,  saisirent  les  cordes  «  et  se  mirent  à  les  tirer 
de  eompagnie  avec  nos  soldats.  Leurs  animaux ,  se 
trouvant  là  en  grande  quantité»  se  mirent  à  brouter  les 
}oncs  et  les  broussûUes  qui  se  trouvaient  au  bord  du 
fleuve. 

Le  fond  du  fleuve  est  de  sable.  Nous  aperçûmes 
beaucoup  d'arbres  dn  côté  de  l'occident,  à  environ 
4  nulles  du  fleuve. 

A  1  ih,  du  cdté  oriental ,  nous  vtmes  le  cadavre  d'un 
éléphant  dont  nous  retirâmes  les  dents. 

A  l'entrée  de  la  nuit,  nous  jetâmes  Fanore  au 
du  fleuve. 

(  La  Jim  au  praeham  numéro.  ) 

BRBATA  PU  GAHISB  PBicàDSST. 


Pâg«  10  et  aiUears.  Doarrah ,        Umcx  Dourah. 
iS, Ji^iNi  19.  Ddalubyeb,     -*   OaUbyëh. 
thid.  à  la  note.  Cest  le  nom ,    — -   (Test  le  pays, 
ao ,  ligne  S.    liélistant ,        —   babillenwni. 
aa,  ligne  9.    Mardi,  ^  norcredi. 


(  '07  ) 
NOTICE  DE  DIVERS  DOCUMENTS 

ERVOVis  k  Là  SOCIÉTÉ  DE  GÉOGRAPHIB  PAB  11.  LE  COLONEL 
POINSETT»  MINISTRE  DE  LA  GUBBRE ,  ET  PAR  LA  SOCIÉTÉ 
PHILOSOPHIQUE  DE  PHILADELPHIE. 


La  Société  a  reçu  de  M.  le  coiioiiel  Poioaett ,  ministre 
de  la  guerre,  et  de  la  Société  philosophique  de  Phila-^ 
delpbie  plusieurs  cahiers  imprimés  par  wtàre  du  con- 
grès d«s  l&tatckUms  de  1* Amérique.  Qndqttes^  mis  n'cmt 
qa'un  rapport  indirect  avec  l'obfet  des  travaux  de  cette 
Compi^ie;  d'antres  kii  sont  à  peu  prés  étrangers. 
Ceuz*ci  doivent  être  entièrement  passés  sons  rïenee; 
il  convient  au  contraire  de  donner  eoiinaissanc«  des 
premiers.  Enfin»  le  ra^^port  relatif  au  terrileire  de  TO- 
règon  «stre  complètement  dans  le  cercle  des  attribu- 
tions de  la  fieciété.  11  doîi  donc  faire  robfet  â*un  exa<- 
men  spécial.  CocÉmençons  par  mi  sujet  qui,  très 
intéressant  pour  l'Union  américàinet  ne  peut  fixer 
noire  attention  que  parce  qu'il  présente  des  particula- 
rités qui  ont  des  peints  de  cotitact  avec  la  géogra- 
fbie  $  BOUS  passerons  ensùhe  au  rapport  sur  le  terri- 
toire de  rorégon. 


(   '«8  ) 

Négogiation  entre  les  États-Unis  de  V Amérique  septen- 
trionale et  le  Mexique  sur  leurs  limites  respectii^es. 


En  iSsS  »  le  Président  des  États-Unis  chargea 
M.  Poinsett»  son  ministre  à  Mexico,  de  demander  au 
gouvernement  de  cette  république  que  les  frontières 
entre  les  deux  pays  fussent  tracées  et  déterminées  con- 
formément à  l'article  3  du  traité  conclu  à  Washing- 
ton, le  sa  février  18  ig,  entre  lesdîts  États  et  le  roi 
d'Espagne. 

<  La  frontière  est  ainsi  fixée  dans  eet  article  S  :  A 
l'auest  du  Mississipi ,  elle  part  de  l'embouchure  du 
Rio-Sabina  dans  la  mer ,  court  au  noid ,  le  long  de 
la  rive  gauche  de  cette  rivière  jusqu'au  5se  degré  de 
latitude;  de  là«  par  une  ligne  tirée  droit  au  nord,  elle 
rencontre  le  Rio-Roxo  de  Natchitoohe  »  dont  «lie  re- 
monte le  cours  à  l'ouest  jusqu'au  1000  degré  de  Ion* 
gitude  à  l'ouest  de  Londres  ou  xS*  degré  à  l'ouesi  de 
Washington;  alors  elle  coupe  ledit  Uo^Roxo ,  et  se 
prolonge  droit  au  nord  jusqu'à  l'Arkansàs;  elle  suit  la 
rive  orientale  ou  gauche  de  cette  rivière  jfosqa'à  sa 
source  sous  les  4^°  -  ^  latitude  ,  puis  elle  •  se  dirige 
sous  .ce  parallèle  jusqu'au  ^rand  Océan.  Si  r«xaai0ii. 
des  lieux  fait  connaître  que  la  souroe.'de  l'^rkaasis  est 
au  nord  ou  au  sud  du  43«  parallèle,  alons  ht  ligne  ir«.aa 
nord  ou  au  sud  de  ladite  source  joindre  le  susdit  paral- 
lèle qu'elle  suivra  jusqu'au  grand  Océan.  Toutes  les  îles 
du  Rio-Sabina,  de  Rio-Roxo  et  de  l'Arkansàs  appartien* 
dront  aux  États-Unis;  mais  l'usage  des  eaux  et  de  la  nari- 
gation  du  Rio-Sabina  jusqu'au  golfe  du  Mexique»  ainsi 
que  du  Rio-Roxo  et  de  l'Arkansàs  dans  toute  l'étendue 


(  »o9  ) 

(le  lafronlièrei  sur  leur  rives  respectives,  sera  commun 
aux  IiabitaTits  des  deux  nations.  » 

L'article  4  du  traité  stipule  que  chacune  des  parties 
contractantes  nonimera  un  commissaire  et  un  ingé- 
nieur qui  fixeroni  avec  précision  la  ligne  décrite  dans 
le  troisième»  et  placeront  des  bornes  indiquant  avec 
exactitude  la  limite  du  territoire  de  chaque  nation. 
Cet  article  n'était  pas  encore  exécuté  en  iSSy. 

On  voit  parla  date  du  traité  que  lorsqu'il  fut  signé, 
le  Mexique  faisait  encore  partie  des  possessions  espa- 
gnoles en  Amérique.  Comme  il  était  également  obli- 
gatoire pour  les  États-Unis  et  pour  le  Mexique  , 
M.  Torrens,  chargé  d'affaires  près  de  l'Union  améri- 
caine, remit  au  département  des  affaires  étrangères  de 
cette  puissance  »  le  i3  février  iBa4)  une  note  exprimant 
la  volonté  du  gouvernement  supérieur  du  Mexique,  d'a- 
dopter les  limite^  marquées  par  ledit  traité,  et  de  coo- 
pérer avec  les  États-Unis  à  l'exécution  des  deux  articles 
précités. 

Le  président;  dit  ensuite- à  M.  Poinsett  :t  Des  diffi- 
cultés peuvent  s'élever  par  la  suite  entre  les  deux  pays 
au  sujet  de  la  frontière  dont  on  est  convenu  ;  il  serait 
désirable  de  s'en  garantil:  à  l'avance  »  si  o'est  possible* 
Comme  (m  peut  supposer  que  le  gouvernement  da 
Mexique  n'a  pas  de  répugnance  à  fixer  une  nouvelle 
limite  qui  préviendrait  ces  difficultés»  le  président 
souhaite  que  voua  sondiez  ce  gouvernement  sur  ce  su«^ 
)ék.  et  que  vous,  profities  d'une  disposition  favorable 
que  vous  découvririezl  La.  frontière  du  Rio-Sàbinfi  est 
trop  rapprochée  de  notre  grand  marché  de  l'ouest. 
Peut-être  le  Mexique  n'aurait  pas  d'objection  à  preii<* 
dre  celle  du  Bio^-Brassos-de-Dios ,  ou  celle  du  Rio*Co- 


(  »io) 

lorado ,  ou  les  Montagnes  Neigeuses ,  on  k  Rio*de]« 
Norte. 

9  Le  changemeDl  proposé  doit  prévenir  tonte  eq>èce 
de  collision  qui  de? iendra  inéTÎtable ,  quand  les  pays 
traversés  par  la  frontière  actuelle  auront  une  popu- 
lation plus  considérable.  Un  motif  doit  porter  le 
gouvemOTDient  du  Mexique  à  souscrire  au  changement 
proposé  :  la  capitale  serait  plus  près  du  centre  du 
territoire ,  et  de  plus,  la  plus  grande  partie ,  peut-être 
même  la  totalité  du  pays  habité  par  les  Camanches , 
peuple  puissant,  belliqueux  ett^irbulent^seraitle  lot  «ks 
États-Unis.  Ceux-ci  sl4>uleraient  comme  on  équivalent 
de  la  cession  d'une  contrée  si  vaste,  d'empèdher,  au- 
tant qu'il  serait  en  leur  pouvoir  «  ces  Indiens  de  com-* 
mettre  des  hostilités  et  des  déprédations  sur  les  teires 
du  Mexique. 

»  Si  le  gouvernement  de  ce  pays  est  sourd  àt  ouïe  es- 
pèce d'arrangement,  M.  Poinsett  est  autorisé  à  se  oon<> 
former  aux  clauses  des  articles  5  et  4  du  traité  ;  mais , 
dans  ce  cas»  it  doit  insister  silr  un  article  additionnel  : 
Ghacane  des  parties  contractantes  s'engage  à  s'opposer 
à;  ce  que  les  Indiens  établis  sur  son  territoire  com«- 
metfemt  dea  hostilités  sur  les  tenrea  de  Tavlre.  Toute- 
fais ,  le  refàB>  d'insérer  cet  arliele  ne  sera  pas  un  motif 
do  rompre  les  négociations.  • 

Les  États-Unis  proposaient  au  Mexique  do  oaneliive 
un  traité  dooommeroe  en  même  temps  qu'a»  trailé  de 
Hmttes.  Le  Mexique  ne  consentit  pae  à  ee  qu'une  routes 
fM  ouvnrte  du  lUssoiiri  à  Santa^Fé;  il  craignait  que  oe 
ne  fèi  un  acbeminemeni  à  «oe  extension  de  terri** 


Bn  ii8a7»  une  dépéolte   d»    %i  mars  entrelieni 
M.  Poinsett  des  concessions  de  terrains  considérables 


(   m   ) 

failes  par  le  Mexique  à  des  citoyens  des  États-Unis 
du  Texas.  On  en  peut  inférer  que  le  Mexique  n'attache 
pas  un  grand  prix  à  la  possession  de  ce  pays.  Ces  con^ 
cessions  semblent  avoir  été  faites  sans  aucune  espèce 
d'équivalent,  si  on  en  juge  d'après  l'opinion  que  l'on 
a- de  la  valeur  de  la  terre  dans  les  Élats*Uûis.  Elles  pa- 
raissent avoir  été  dictées  par  l'espérance  de  les  voir 
occupées  par  des  citoyens  des  États -» Unis.  Ceux-ci 
apporteront  «vee  eux  leurs  principes  de  légalité  »  de  li«- 
berté  et  de  religion.  Quoique  l'on  puisse  espérer  qu'ils 
s'accorderont  avec  les  Mexicains  pour  ce  qui  con** 
cerne  la  liberté  politique ,  ce  serait  se  faire  illusion 
que  supposer  l'absence  de  toute  collision  sur  d'autres 
sujets  ;  déjà  quelques  uns  se  sont  manifestés  »  et  pro- 
bablement d'antres  éclateront  par  la  suite. 

Une  nouvelle  tentative  est  recommandée  pour  pro- 
poser une  des  deux  limites  dont  il  a  été  questi<on  pré- 
cédemment, et  des  indemnités  en  argent  seront 
offertes. 

Deux  ans  après,  le  i5  mars  1899,  les  États^Uftis 
demandent  qu'on  leur  cède  la  partie  orientale  du 
Texas  :  ils  la  paieront.  Ce  terrain  est  inutile  aux  Mexi- 
cains. 

Ceux«ci  ne  voulurent  pas  écouter  ces  projets.  Les 
troubles  qui  agitaient  leur  pays  et  les  changements  bt'us- 
ques  et  fréquents  des  hommes  chargés  du  gouverne* 
mentretardèrent longtemps  la  nomination  do  cbmmis- 
sa^e  et  de  l'ingénieur  qui  devaient  eoncotrrir  aivee  ceux 
des  États-Unis  à  fixer  et  poser  les  limites. 

En  1 855 ,  il  est  question  de  la  cession  atfx  États*' 
Uflis  de  la  baie  San  Francisco  sur  la  céte  de  Califot- 
nie.  Alors  la  frontière  suivrait  le  parallèle  du  37e  de- 
gré de  latitude.  Montery  resterait  au  Mexique. 


i  *»«  )     . 

Dans  le  cours  des  négociations ,  le  Mexique  avait 
demandé  que  sa  limite  à  Test  fût  le  Misaisaipi.  De 
leur  côté ,  les  États-Unis  prétendaient  que  le  Mexique 
retenait  de  vastes  terrains  qui  leur  appartenaient  légi- 
timement. 

Enfin»  le  1 8  a?ril  i83S ,  le  chargé  d'affaires  du  Mexi- 
que à  Washington  signa ,  conîointemenl  avec  le  secré- 
taire d'État  des  États-Unis»  une  déclaration  portant  que 
réchange  des  ratifications  de  la  convention  conclue,  le 
3  avril  1 835,  par  nn  second  article  additionnel  an 
traité  des  limites  entre  les  deux  pays,  a  eu  lieu.  Ce  se- 
cond article  stipule  que  les  gouvernements  des  deux.' 
pays  nommeront  chacun  un  commissaire  et  un  ingé- 
nieur pour  marquer  les  limites  et  poser  les  bornes. 

Territoire  de  VOt^gon. 

En  conséquence  du  traité  conclu  en  i8o3  avec  le 
gouvernement  français,  les  États-Unis  de  T Amérique 
septentrionale  étant  devenus  possesseurs  de  la  Loui- 
ûaoe  et  de  tout  le  territoire  qui  en  dép^ad,  voulurent 
connaître  l'étendue  de  cette  acquisition*  Il  Cutdédidé 
qu'une  expédition  se  dirigerait    à    l'oueal  jusqa'au 
grand  Océan.  Lewis  et  Glarke ,  officiers  d'infanterte, 
exécutèrent  cetl£  enti^prise.  Ils  remontèrent  le  Mis- 
souri jusqu'à  ses  sources  da|)$  les  monts  Rooky,  fran- 
chirent cette  chaîne  neigeuae»  descendireol.  dans  le 
bassin  de  la  Golombia  jusqu'à  la  mer;  eoauite  Us  re- 
vinrent par  une  route  un  peu  différente  de  la  pre- 
mière ,  et  terminèrent,  le  aS  septembre  1 8o6»  A  Sàdntr 
Louis  sur  le  Mississipi ,  leur  immense  pérégrination  , 
que  M.  A*  de.Humboldt  appelle  avec  raison  ao  voya^ 
admirable. 

Leur  relaitÎQn»  publi^ée  exii8i4  en  9  vol.  in-B ,  avec 
une  belle  carte,  n'a  pas  été  traduite  en  français  :  on  doit 


(  i»3  ) 

le  regretter.  Nous  ne  possédoas  dans  notre  langue  qu*Qn 
▼olume  in-8,  traduit  sous  le  titre  de  Voyage  des  capi- 
taines Lewis  et  Clarke  depuis  C embouchure  du  Missouri 
jusqu*à  l'entrée  de  la  Colombia  dans  V océan  Pac^que  , 
fait  dans  les  années  i8o4  >  i8o5  et  1806,  etc.  Paris  » 
1810,  a?ecune  petite  carte.  Ce  livre  est  de  N.  Cass ,  qui 
avait  fait  partie  de  l'expédition. 

Le  pays  situé  h  Touest  des  monts  Rocky  est  très 
vaste  ,  et  oIFre  de  nombreux  avantages  aux  colons  qui 
voudraient  s'y  établir;  maïs  il  est  si  éloigné  du  Missis- 
sipi,  qui  coupe  à  peu  près  par  le  milieu  la  prodigieuse 
surface  de  l'Union  ,  et  celle-ci  contient  encore  tant  de 
terrains  à  dét^richer  et  à  mettre  en  valeur»  que  très 
probablement  bien  des  années  se  passeront  avant  que 
Tardeur  des  Nord-Américains  à  se  transporter  sur  des 
terres  nouvelles  les  pousse  à  se  fixer  entre  les  monts 
Rocky  et  le  grand  Océan. 

Ce  pays  est  aujourd'hui  désigné  dans  la  langue  ad- 
ministrative de  rUnion  par  le  nom  de  Territoire  de 
rOrégon.  Quelques  citoyens  des  États  du  Nord  n'ont 
pas  été  effrayés  par  les  obstacles  qu'ils  auraient  ïi 
vaincre  pour  vivre  danscetl^  contrée  lointaine  ,  habi- 
tée par  les  tndiens»  et  fréquentée  seulement  par  des 
chasseurs. 

Le  gouvernement  de  l'Union,  informé  de  ces  cir- 
constances ,  s'occupa  de  recueillir  des  renseignemenb 
authentiques.  Le  rapport  qui  les  contient  fut  imprimé 
au  nombre  de  dix  mille  exemplaires  par  ordre  du 
congrès  ;  on  vous  en  a  envoyé  un.  Comme  il  s'y  trouve 
des  détails  très  intéressants  pour  la  géographie  ,  vous 
avez  pensé  qu'il  serait  bon  d'en  faire  un  extrait ,  et 
vous  m'avez  chargé  de  ce  travail;  je  vous  le'pré* 
sente.  ' 

XVIII.    AOVT.  5.  8 


'  m4  ) 

Bapport  du  Comité  de*  affaira  étrangères  auquel  a  été 
rem^oyé  un  meâsage  du  PrésùIaU  des  EtaU-Lftù  avec 
une  résolut  ion,  île  la  Chambre  des  représeniants  ^relative 
au  lenritoire  au'-delà  dm  monts  Rocfy. 


Les  instructions  de  la  Chambre  étaient  ainsi  con- 
çues :  Rechercher  s'il  est  nécessaire  d^établir  un 
poste  sur  les  rives  de  la  Colombia  pour  défendre  et 
occuper  le  territoire  des  États-Unis,  arrosé  par  ce 
fleuve. 

Slnfonner  aussi  de  l'étendue  du  pays  réclamé  par 
les  États-Unis  à  Fouest  des  monts  Rockj  sur  la  côte 
nord-ouest,  baignée  par  le  grand  Océan  ;  chercher  le 
litre  en  vertu  duquel  on  le  réclame  «  son  évidence  , 
sa  validité;  connaître  l'étendue  de  la  côte,  le  nombre 
et  la  position  de  ses  ports,  la  nature  du  climat ,  du 
terrain I  des  productions  et  du  commerce;  savoir  s'il 
convient  d'établir  un  gouvernement  territorial ,  un  ou 
plusieurs  postes   militaires  pour  assurer    la  posses> 
aionde  ce  territoire  ou  d'une  partie.;  quelle  dépense 
annuelle  exif^eront  cesiétablissements  et  leur  entretien; 
quelles  fortifications .  et  quel  nombre  de  vaisseaux  se- 
ront nécessaires  pour  ledit  territoire ,  et  quel  nombre 
de  a^oldats  et  de  matelots  il  faudra  pour  le  protéger 
tai^t  en  p«ix  qu'en  guerre. 

I^e  cpmijté  soumet  à  la  Chambre  deux  Mémoires  qui 
tr^ilontde  la  géographie ,  du  climat ,  du  sol ,  des  pro- 
du<;tiops,,du  commerce  et  des  ressources  du  pays  en 
général  ;  il  y  ajoute  d'autres  documents  importants. 

Ce  rapport  est  daté  du  1 6  février  i85g;,ii  est  ac- 
compagné d'une  carte  du  pays  à  l'ouest  des  monts 


(   1.5  ) 

Rocky,  dresisée  par  le  bureau  to[>ographique  du  dé- 
partement de  la  guerre.  Le  comité  pense  qu'il  n'est 
pas'  à  ptopos  d'établir  dans  TOrégon  un  gouvernement 
terrlloriaf,  et  it  né  propose  pas  non  plus  d'y  former 
uû  poste  milibiré ,  comme  signe  de  là  possession  ex- 
cfûisite  du  pays,  parce  qu'il  désire  observer  à  la 
fétlte^  ainsi  qti'en  esprit,  l6  texte  des  traités  entre  les 
États-Unis  et  In  6raùdé  -  Bretagne.  Toutefois  ,  pour 
obéir  aux  ordres  de  la  Ohstdibre,  il  lui  soumet  une 
liâttré  du  siecrétairô  de  la  guerfë  ,  et  une  autre  du  se- 
crétaire de  là  marine,  ôontônant  l'évaluation  de  la 
déf^én^e  qdf'exïgôratt  la  défense  par  terre  et  par  mer  de 
rOrégon  dans  certaines  circonstances  supposées,  et 
ptinés  eti  ^ônsrdération  pàt  Tordre  d'e  la  Cnàmbre. 

Ittdépehdati^tKieiïl!  Aé  céfs  dôcumehfe,  ^ùi  contien- 
hetitTès'  renseignements  demandés  par  la  Cfïiâmbre, 
lé  côTùité  lui  en  soumet  d'autres ,  qui  lai  ôlût  été  coùi^ 
ïtiùtAtfaéà  p6\it  ptbmet  la  nécessité  de  jidû'rvoir  par 
uAe'lbi  i  la  ptotectionf  dlôs  citoyens  des  ËUfs-l/ài^  déjà 
établis  dans  TOrégon,  ou  ayant  le  désseiiî  d'y  aller 
paixt  j  fonUer  onë  colbnie. 

Uùe  lettre  de  H.  Lee,  dat^e  de  RtiddlefoM^ù  (Cohnec- 
ticûï)  re't7  jamrier  iS5{),  élf  adressée  au  secrétaire 
d'ÉI^,  ëppretïd'  dîVerS  fâîïs  curieux!  Lee  s'exprime 
ainsi  : 

«  Nous  avons  présentement  dans  notre  misiiion  de 
r^règon,  • 

PKr«biAi«tf  dënniit'A^'et^defdiit  sete 45 

Noa»  penton»  à  la  renforcer  àt» »5 

Piersonnev  attachées  à  radministraiion  de  l'Union 16 

Colons  Tenu»  des  Était  de  TOuest,  au  printemps,  musionnaires 

cf  autres 30 

ibdlvidtni  déjà  établis  dans  I^'  pays  comme  fermiers ,  et  mtL- 
rie»  popr  ia  pluf  fii|l  à  def.  femmefl'  itelmiies;  qiidtfiMs* 
mu' ont  des  enfants  déj^  grands 45 

Total i5i 


(  n6) 

La  plus  grande  parlie  de  ceux  qui  se  trouvent  atta- 
chés à  ia  mission  niéthodiste  sont  des  laboureurs ,  de» 
artisans,  des  instituteurs,  des  médecins.  L*uQique 
objet  de  la  n^ission  est  l'utilité  des  tribus  indiennes  h 
Touest  des  monts  Rocky.  Pour  atteindre  ce  but,  il  eat 
nécessaire  de  cultiver  la  terre  ,  de  construire  des  mai- 
sons et  des  écoles  ainsi  que  des  moulins  ;  enfin ,  d'io- 
troduire  dans  le  pays  tout  ^e  qui  esl  utile  et  convena- 
ble à  une  colonie  d'hommes  civilisés  ;  car  un  des 
meilleurs  moyens  à  employer  pour  améliorer  le  sort 
des  indigènes  est  d'établir  de  grandes  écoles  »  oui  les 
enfants  et  les  jeunes  gens  apprennent  les  travaux  ma- 
nuels. 

On  croit  que  si  le  gouvernement  de  l'Union  garantit 
aux  colons  la  possession  de  la  terre  qu'ils  occupent , 
ceux  qui  sont  attachés  à  la  mission  resteront  pour  la 
plupart  dans  le  pays,  même  quand  elle  n'aura  plus  be- 
soin d'eux  ;  ce  sera  un  encouragement  pour  d'autres 
de  venir  les  joindre  »  et  le  commencement  d'établisse- 
ments permanents. 

La  colonie  demande  la  protection  du  gouverne- 
ment» sous  l'autorité  des  lois,  pour  régler  les  rapports 
mutuels  des  particuliers»  et  les  défendre  contre  les  at- 
taques des  Indiens»  et  mettre  ceux-ci  à  couvert  des 
violences  des  blancs. 

Pour  y  parvenir»  on  ne  pense  pas  qu'une  forte 
troupe  militaire  soit  nécessaire.  Une  personne  apie  à 
remplir  les  fonctions  de  magistrat  civil  exercera.aasai 
celle  de  gouverneur.  Les  colons  soutiendront  son  au- 
torité. 

Il  est  très  désirable  que  l'introduction  des  liqueur» 
spiritueuses  soit  prohibée  ;  on  Sait  que  leur  usage  est 
aussi  (îmeste  au  blanc  qu'à  l'Indien. 


(   117  ) 

L^Orégoa  est  encore  peu  important,  mais  certaine- 
ment il  contient  les  germes  d'un  ^rand  État. 

Celte  lettre  fait  mention  d'une  pétition  signée 
par  36  colons  établis  dans  la  ?allée  de  l'Ouallametté  ; 
elle  est  datée  du  aS  janvier  iSSg,  et  adressée  au 
congrès. 

Les  colons  exposent  que  leur  établissement  remonte 
à  l'année  i83a  ,  et  que  ses  progrès  ont  dépassé  les 
espérances  les  plus  vives  de  ses  fondateurs.  Le  pays 
est  très  fertile  et  bien  arrosé  ;  il  est  propre  à  l'agricul- 
teur ainsi  qu'à  Félève  des  bestiaux  ;  il  abonde  en  bois 
de  charpente;  il  est  bien  situé  pour  le  commerce  avec 
les  autres  contrées  de  l'Amérique  baignées  par  le 
grand  Océan  »  et  avec  la  Chine ,  les  Indes  orientales  et 
les  lies  du  grand  Océan  »  qui  déjà  consomment  beau- 
coup de  productions  des  régions  septentrionales. 

Les  pétitionnaires  demandent  que  le  gouvernement 
de  IXnion  se  hâte  de  prendre  formellement  posses- 
sion du  pays»^  Les  agents  de  la  Compagnie  anglaise  de 
la  baie  d*Hudson  ontsur  la  rive  droite  ou  septentrionale 
de  la  Colombia  un  fort  entouré  dévastes  dépendances, 
et  exercent  autour  d^eux  une  grande  influence,  t  Cet 
établissement  nous  a  été  utile  »  ajoutent  les  colons  ; 
mais  comme  nous  commençons  à  tirer  nos  ressources 
d'ailleurs,  il  convient  que  nous  soyons  sous  la  protec- 
tion directe  de  notre  patrie ,  et  que  nous  ne  restions 
pas  exposés  à  voir  arriver  parmi  nous  le  rebut  des  au- 
tres nations;  il  faut  que  la  loi  des  États-Unis  soit  notre 
sauve-garde.  • 

On  remarque  parmi  les  signatures  des  colons  sept 
noms  qui  annoncent  une  origine  française. 

Des  questions  sur  l'Orégon ,  adressées  par  le  secré- 
taire d'État  à  M.  Wyeth,  de  Cambridge  près  Boston.». 


(  >'8  ) 
ont  donné  lieu  à  un  mémoire  très  détaillé  ,  et  daié  du 
4  février  i83g:  c'est  une  description  cpmplète  du  ter- 
ritoire en  question.  Il  se  termine  par^etteplirase  rela- 
tive aux  employés  delà  Compa^niedelabaie  d*Hu(Jftop  : 

i  Dans  leurs  rapports  personnels  avec  les  Améri- 
cains qui  arrivent  dans  le  pays ,  ils  sont  constanifQcnt 
hospitaliers  et  bienveillants.  Mais  les  circonstances 
qui  nous  rapprochent  d'eux  sont  eiirêmeipent  morti* 
fiantes .  j)uisque  irop  souvent  elles  nous  forcent  si  re- 
cevoir ie9  bienfaits  des  autres,  tandis  que  ce  serait  à 
nous  •  comme  ^)aftres  dy  pays ,  à  lefi  distribuer.  Qui- 
conque a  visité  les  postes  de  la  Cqifipaçpiene  peyt,  je  le 
présume,  se  plaindre  de  la  Réception  q^*on  lui  a  faite  : 
quant  4  moi,  mettant  de  colé  tout  ce  qui  concerne  le 
commerce,  je  reconnais  les  attenl,H>ns  et  le%  é|^rds 
que  l'on  a  eus  popr  moi. 

•  Je  dois  dire  en  finissant  que  les  projet  de  ceite 
Compaj^nie  ont  été  conçus  avec  sagesse  ,  pouraiMvi^ 
avec  constance ,  bien  secondés  par  le  gouvernenient 
britannique ,  et  qu^  l^  succès  a  été  co^p^t-  Sai^a 
qu'on  puisse  accuser  çel.tç  .^^pj^ipp  d'i^ucune  vip** 
lation  manifeste  des  traités  e}^i8taQt9 ,  eljle  a\ir^  fait  Iç 
pays  Â  l'ou/est  c}es  monts  Roçkj  au^^si  cpjcpplétement 
anglais  qu'elle  le  pei^l  désirex".  Péjà  Jes  A^)éric;|^ip3  9P0t 
inconnus  comme  nation;  et  çpi^i^p  p,^r|i,c^lier;$ ,  leur 
pouvoir  est  méprisé  par  les  in^igène^.  .Ui^  PPPV^A^JP!^ 
provenant  d,e  la  race  qui  pçcuoQ  ),e  p^¥s  s'.açpfp|t«  se^ 
préventions  ne  sonjt  pay  vquv  nouf  ;  ^y^nt  qp  peti). 
nombre  d'années,  elle  décidera  qui  sera  le  potaltrç  çlu 
pays,  à  ipoins  que  dans  l'intervalle  le  gp)|verneqiADl 
ne  manifeste  son  autorité  par  des  actes  plus  Q^'il  ne 
l'a  fait  jusqu'à  présept.  > 

Uife  lettré  du  secrétaire  de  la  j^erre   jf^djquç  la 


(   «'9  ) 
quaakîlè  d<l  aaldats  qik  il   5«!ratt  à   propos   d'envoyer 
dans  rOré^ao*  ei  doone  l*éUi  de  la  dépensa  qui  en  ré- 
suiterait;  elle  se  monte  à  749360  dollars. 

Une  lettre  du  seefétaîre  de  la  marine  entretient  le 
comité  des  allAÎres  étraogères  de  ce  qoe  son  départe- 
inenit  doit  faire  pour  la  sûreté  de  TOrégoo»  U  faut 
d'abord  faire  reconnaliiie  la  côte  voisine  de  l'embou- 
cbure  du  ileuve  par  des  officiers  de  terre  et  de  mer 
expérimentés, puis  remouler  et  sonder  la  Colombia  jus* 
qu'au  confluent  de  l'Ouc^Uametté*  Une  troupe  d'au 
moins  cinq  ceota  à  six  cents  tiommes  doit  être  postée 
dans  une  position  susceptible  de  défense.  Aucun  av<* 
moment  naval  que  lea  État^Unis  pourraient  entrelu- 
nir,  maintenant  ou  à  une  époque  quelconque  dans 
cette  région,  n'équivaudrait  à  l'a^cle  fourni  pur  los 
colonflv  soit  sur  lea  rives  do  la  Golondbia  ,  qui  n'est  pas 
asses  profonde  pour  des  vaisseaux  d^  guerre,  $oit  dans 
rintérieur ,  aoit  sur  la  côte  maritime.  De  plus*  pour 
maintenir  toiqours  une  telle  station,  il  serait  néces* 
saire  »  scaI  d'avoir  un  établissement  naval  permajEient  » 
d'un  accès  facile  et  bien  défendu  »  afin  de  pouvoir 
radpuber  les  vsiaseaux  •  soit  d'envoyer  régulièremeut 
des  «soadres  comme  aux  autres  stations  étrangères. 
Danà  l'un  ou  l'autre  cas»  le  dépense  serait  très  consi- 
dérable. U  est  impossible  de  l'évaluer  exactement 
avant  qu'un  système  d'opérations  ait  été  adopté. 

«  Vancouver  dit  qu'il  a  découvert  en  dedans  do  dé- 
troit de  Jean  de  Fuca  un  port  large  et  sûr,  protégé  par 
une  lie  •  et  susceptible  d'être  défendo.  Je  pense  qu'il 
importe  de  Tocnuper.  J'ai  dpnc  chargé  le  commandant 
de  l'escadre  du  grand  Océan  d'employer  une  corvette 
à  la  reconnaissance  exacte  de  cette  partie  du  détroit  • 
afin  de  constater  ses  avantages  comme  station  ou  port 


(  ï^^>  ) 

pour  les  vaisseaux  de  guerre  au-dessus  delà  Colombia, 
qui,  l'on  sait,  esl  d'un  accès  difRcilepour  les  bfttimcnls 
de  toute  espèce. 

•  J'ai  aussi  mandé  à  un*  autre  officier  de  la  marine 
de  consacrer  autant  de  temps  qu'il  lui  serait  possible 
à  un  examen  détaillé  de  ce  fleuve,  de  la  côte  comprise 
entre  son  embouchure  et  la  Californie,  et  notamment 
de  la  baie  San  Francisco,  qui  passe  pour  lune  des 
meilleures  du  monde. 

«Pendant  que  les  Ëtats-Lnis  sont  en  paix  avec  lesna- 
tions  dont  les  prétentions  ou  les  empiétements  gra- 
duels ont  appelé  l'attention  du  Congrès,  le  ministre 
pense,  et  le  conseil  des  commissaires  de  la  marine  par- 
tage à  cet  égard  son  opinion ,  qu'une  visite  d*un  ou  de 
plusieurs  vaisseaux  de  la  station  du  grand  Océan  ,  faite 
à  des  époques  régulières  dans  les  parages  doni  îl  a'a* 
gît,  convaincrai!  les  sauvages,  ainsi  que  les  envaihts* 
scurs  civilisés,  que  l'Union  surveille  et  protégera  ses 
droits  et  ses  intérêts ,  et  que  cette  démarche  sufliratt 
maintenant  ou  jusqu'à  l'époque ,  probablement  |)eu 
éloignée,  qui  dévoilera  la  politique  de  la  Grande- 
Bretagne  relativement  à  cette  question  importante ,  et 
fera  connaître  si,  entre  les  prétentions  des  trois  gran* 
des  nations  venues  I&  des  extrémités  opposées  de  la 
terre  ,  il  n'est  pas  possible  de  statuer  sur  une  limite 
qui  les  satisfasse  chacune. 

*  Les  visites  fréquentes  et  régulières,  faîtes  par  des 
vaisseaux  de  la  station  du  grand  Océan,  suffiraient 
aussi  pour  procurer  aux  premiers  colons  l'aide  néces- 
saire d'une  armée  navale.  Il  convient  d'y  ajouter  quel- 
que»  vaisseaux  de  plus,  à  cause  de  l'énorme  distance 
de  cette  région  aux  points  qui  réclament  la  protection 
de  la  marine  américaine.  » 


(  IVI  ) 

Le  ministre  est  d'avis  que  l'emploi  de  deux  corvettes 
lie  plus  rempllratt  L'objet  qu'oD  se  propose.  La  dé- 
pense serait  de  i5o,ooo  dollars. 

Le  règlement  de  la  Société  provisoire  des  émigrants  do 
rOrégon, envoyé  de  Lynn  en  Massachussets*  le  6  janvier 
1 839.  par  M.  F.-P.  Tracy,  apprend  qu'elle  a  été  formée 
en  août  1 835.  Son  but  est  de  civiliser  les  Indiens  de  cette 
contrée  par  le  moyen  du  chrislinnisme»et  de  profiter 
des  ayantages  qu*elle  offre  pour  l'agriculture,  les  manu- 
factures et  le  commerce.  L'éducation  des  jeunes  enfants 
occopera  surtout  la  Société  ;  elle  leur  enseignera  des 
professions  et  des  métiers  qui  leur  donnent  les  moyens 
de  vivre  ;  par-là  ils  seront  préparés  à  exercer  une  heu-» 
rêuse  influence  sur  leurs  compatriotes  pour  les  civili- 
ser. On  n'oubliera  pas  les  adultes ,  et  si  on  ne  parvient 
pas  à  opérer  en  eux  un  changement  radical,  on  espère 
qu'au  moins  on  conservera  la  paix  entre  eux.    . 

En  i835,  le  président  de  l'Union  avait  chargé  le  se« 
crétaire  de  la  marine  de  recommander  à  M.  W  Sla- 
cum ,  capitaine  du  vaisseau  le  Loriot ,  .partant  pour  le 
grand  Océan»  de  recueillir  des  renseignements  au- 
thentiques sur  le  pays  voisin  de  la  Colombie  ou  le  ter- 
ritoire d'Orégon.  La  lettre  de  cet  officier,  datée  de  San 
Blas  i  le  s6  mars  1 857  ,  conflrme  les  détails  que  l'on 
connaît  déjé  sur  le  territoire  de  l'Orégon ,  notamment 
sur  l'influence  excessive  qu'y  exercent  les  agents  de  la 
Compagnie  de  la  baie  d'Undson.  Il  trace  l'histoire  de 
cette  association ,  et  donne  un  aperçu  très  instructif 
de  ses  opérations  actuelles.  Aucune  entreprise  parti- 
culière ne  pourrait  soutenir  sa  concurrence  ;  des  exem« 
pies  en  sont  cités. 

Les  principaux  facteurs  étaient  )e  docteur  Maclaug* 
klin  et  M.  Finlayson.  M.  Slacum  avait  connu  ce  dev^ 


nier  aux  lies  Uavui.  Quand  M.  Slacam  fat  entré  dansia 
Colombia,  le  aSdé  ^embi^  1 836,  deschefs  iodiens  moo- 
tèrenl  à  bord  de  soo  bâtiment»  et  lui  apportèrent  en  pré* 
sent  des  canards  et  des  oies  sauTages,  eo  lai  demandant 
si  son  navire  appartenait  an  roi  George  oo  à  Boston,  ils 
lui  dirent  que  deux  bâtiments  étaient  mouinéa  devant 
le  fort  George  à  la  rive  gaache  du  fleove;  ils  étaient 
prêts  à  faire  voile  ,  chargés  de  osaixAiaiidises  pour  le 
compte  de  la  Compagnie  ,  et  destinés ,  Fun  pour  les 
comptoirs  sur  la  c6le  au  nord ,  Tautre  pour  le  port  San 
Francisco  en  Californie;  un  troieièrae  était  parti  pour 
Londres ,  le  tS  novembre  précédent»  avec  ime  eai^i- 
son  de  pelteterie. 

lie  fort  George  mai  à  peu  de  distance  du  fMsint  s«r 
lequel  s*élevatt  autrerrâ  le  fort  Astonia  «  nommé  ^insi 
d'après  M.  Astor ,  négoeiant  de  New-York  •  qui  »  le 
premier,  oonçat  te  projet  de  former  an  établiasemeul 
dans  ces  cantons.  En  1818  ,  1q  fort  Astoria  fut  reâlis 
à  des  commissaires  américains  par  on  capilaîoe  de 
vaisseau  de  la  marme  britanoîque*  Les  premiers  liix- 
dièrent  en  différents  endroits  des  prodamntàoos  oon- 
tenant  le  récit  de  ce  qui  venait  de  se  passer.  Aiors.mi- 
cuA  AngtMs  n*auraîl  mis  en  question  la  aaltdilé  du 
titre  de  possession  des  AmérioainB.  Pfeu  de  tetapi  aprèa 
le  déj)àrt  des  cottymissairest  le  foct  George  fut  détruit 
par  tin  incendie.  On  rsfcoote  qu'il  avait  été  allom&par 
les  sËiovages  *  qui  aiTachèrentègalMnentet  déobirènmt 
les  affichés  dcÎDl  il  vient  d'être  purlé. 

La  Compagiii<d  auglaise  du  nord^oural  établie  an  fort 
Gëoége  {}ut  ftvait  étàteté  (a  pttH  de  Mi  Astor  dans  Téa- 
treprise  de  commerce  fondée  par  hii^  oofiEtinua  d« 
trafiquer  av«c  les  Indtens,  et  ooriatruisit  une  loge  près 
dbi'émphtjément'du  Midttc  ïditï.  Depuis,  quei cette  ai- 


(      !23     ) 

««cialion.a  été  fundui!  xlana  celle  de  lu  haie  d'Hudson, 
celle-pi  e^imaUrease^a  Cbri» 

Le  facteur  qui  y  résidait  h^  kâta  d'expédier  un  canol 
ail  fort  Vaocoaver  pour  anqi>np«r  à  a^s  ^h^fs  larrivéQ 
du  £ioy-(c>i.  M«  Slaçaoi  profijUi  de  Tocc^ipi^  pour  de- 
U)and^r  à  M*  Fîulay^om  uq  piloter  il  ^o.  reçut  un  qui 
]v(^ia]pf>arla  une  répoase  coaUnaot  l'iAvit^liqude  venir 
^u  Furt;  il  sut  auasi  qu'un  aûlinnnaire4o  laCoo^pagnie 
cw^it  ^  dépêché  au  iml  Gûorg<i:>  afin  de  s'ipLoriuer 
du  sit^elà^  ia  vepue  d»  Lonio/f  pui^ue  l'çn  «avaH -qu'il 
n'avait  pas  de  cargaison.  Cet  actioi|inaire»  i  3op  retour, 
vipM  bord  dMj^orioi,  et  réitéra  rinvltakioa  de  M.  Fin- 
lay^on.J^  cooséqpç^nce ,  je  i*'jaavÎQi(*  if$7»  M-  Slai-^. 
cuipi  3>inbiarqua  dj»p»  la  pirogue  ^  VAmW^$  ^  lo 
le0dMaaiQ  fut  acoœilli  aqiif alemept  a^i  fprt.  U  est  bAtî 
aur  un  çQteau  ea  pente  douce  à  jpeu  prés  .à  loo  milles 
de  l'e^boucbure  de  U  Colombia. 

1(1.  Slaoum,  apr^s  atpir  pA«3é  4i^  JQ^*^  ^P  fort,  ci 
visUé  1^  fÇabanep»  d^  lA4ie9|s  4u  voisin?g^y  recwnul 
qu'il  était  impp^aibU»  A  ceUe  époque  4^  i'fianée.,  d^ 
réunir  «Ufae  M'oppe  pour  £r^pchir  les  mo^^gae^.  Use 
déci(}9i  do^  4  visiter  le  s^ul  jâtaJbji^s^ment  de  blancs  ; 
c'était  çaUki  de  ML  |F*  X^ee ,  sur  leA  bords  de  rOualla-- 
mette  ,  le  Mi^Unnmab  de  J^ewis  et  Clarke^  Alora  i|  i,*e- 
moptl^c^tte.riviéfe  dapa  une  pirpgue:,  et fu^ reçu  parle 
9bef  4^  h  missiop  qui  vint  À  a^  fepcoqtre^ 

•  J'essaierais  vainemeatj  (lit  I^.SUçuip »  de^  djécrire* 
cooviWablemppttJle  l^ienfait  mv^f^^J^  q^e  cf^^  ^«aocia^ 
Uop  deiffiiwonnaxr^  a  r^x)|du  é  çje  ç^nit^w ,  ppn  par 
s^  p^récep^s ,  mais  par  son  exe^p]^  ;  et  je  pop^  q^e 
\^  l*^ultat  dont  je  vais  parler  le  prouvera. 

j^Poij^x  nie  86frvir  desjpyropres  expre^sipnf  de  JM.  Lo<9» 
ce  fut  après  avoir  entendu  dire  qu'un  lA^dieioP&llottè-^ 


(    124    ) 

por  avait  traversé  les  moDts  Rocky^pour  apprendre  de 
M.  Glatke»  gouverneur  de  Saint-Louis,  quel  était  le 
Dieu  adoré  par  les  hommes  à  visage  pftie,  que  l'idée 
me  vint  d'établir  une  mission  à  l'ouest  des  montagnes. 
Il  y  a  deux  ans»  qu'à  la  fin  d'octobre,  M.  Lee  et  ses 
compagnons  campèrent  sur  le  terrain  où  ils  ont  au- 
jourd'hui leur  maison  sur  les  bords  de  rOuallamellè. 
Ils  commencèrent  par  abattre  des  arbres;  à  Noël,  ils 
élevèrent  la  charpente  de  leur  habitation ,  et  en  cou- 
vrirent la  moitié  ;  en  même  temps  ils  entourèrent  de 
palis  «4  acres  de  terre.  » 

M.  Slacum  donne  le  détail  de  ce  qu'ils  ont  fait;  on  le 
lit  avec  un  vif  intérêt.  Tout ,  à  peu  d'exceptions  près , 
est  l'ouvrage  des  maitis  de  ces  hommes  pieux  et  indus- 
trieux, aidés  par  les  enfants  indiens  de  l'école.  Ces  en- 
fants apprennent  la  langue  anglaise  ;  plusieurs  la  lisent 
très  couramment;  ils  sont  bien  vêtus  et  bien  nourris,  et 
déjà  très  propres  dans  leurs  habitudes.  Les  plus  grands 
garçons  travaillent  à  la  ferme  quand  le  temps  est 
beau  ;  ils  savent  labourer,  récolter  et  faire  tous  les  tra- 
vaux oi-dinaires  d'une  ferme.  Quelques  uns  montrent 
des  dispositions  remarquables  pbur  les  arts  méca- 
ques.  M.  Lee  assure  que  la  plupart  des  garçons ,  en 
estimant  leur  peine  au  taux  le  plus  bas  des  gages 
payés  par  la  Compagnie ,  gagnaient  leur  nôùrtiture  . 
leur  logement ,  leurs  vêtements .  leur  instruction ,  et 
le  soin  que  Ton  prenait  d^eux. 

Les  commissaires  se  Ibuaienl  beaucoup  de  l'assistance 
qu'ils  avaient  reçue  des  facteurs  du  fort  Vancouver.  Ils 
ont  réussi  à  fonder  une  sofciété  de  tempérance  parmi 
les  chasseurs  blancs.  Un  blatic  nortiiné  Young  ttvait 
établi  une  distillerie ,  parce  que  c'était  sa  deule  res- 
source  pour  vivre. 


(  «ss  ) 

M.  Slacum  »  informé  de  celle  circoosUnce  «  jugea 
que  si  l'on  pouvail  Tempècher  de  mellre  en  activilé  sa 
funeste  industrie  ,  on  préserverait  la  colonie  naissante 
du  plus  terrible  des  fléaux.  Il  dit  donc  à  Youog  :  t  Je 
suis  en  étal  de  vous  procurer  les  oioyens  de  subsister  ; 
IVI.  Finlayson  vous  accordera  les  mêmes  rations  qu'aux 
autres  hommes,  si  vous  renoncez  à  Tenlreprise  de  distil- 
ler du  whiskey.  •  Il  y  consentit  Je  lui  proposai  déplus 
de  lui  prêter  i5o  dollars  pour  obtenir  du  fort  des  vête- 
ments en  mon  nom,  et  de  lui  donner  passage  sur  mon 
navire  pour  aller  en  Californie  avec  son  associé  pour 
une  aCfaire  personnelle.  Young  fut  très  sensible  à  mfis 
offres. 

Dans  le  coursde  ma  conversation  avec  M.  Lee  et  les  au- 
Ires  colons,  je  reconnus  que  rien  ne  pouvait  mieux  assu- 
rer leur,  bien-être  que  de  posséder  du  gros  bétail  ^  tout 
celuiqui  est  dans  les  pays  appartenant  à  la  Compagnie  : 
elle  refuse  d'en  vendre  dans  quelque  circonstance  que 
ce  puisse  être.  J'offris  donc  de  conduire  gratuitement  au 
port  de  la  Bodéga,  en  Californie,  les  personnes  qui  vou- 
draient s'embarquer  sur  mon  navire.  Mon  offre  fut  accep- 
tée. Dix  hommes  m'accompagnèrent  ;  je  lesdébarquai  le 
&o  février.  J'avançai  à  M.  Lee  5oo  dollars.  Cette  somme, 
jointe  à  la  contribution  des  colons ,  produisit  celle  de 
iy6od  piastres,  suffisante  pour  acheter  5oo  têtes  de 
bétail  en  Californie.  Le  %  mars ,  lorsque  je  quiltaî 
le  pays ,  les  colons  pouvaient  se  flatter  que  leur  affaire 
réussirait  Des  Américains  élablls  en  Californie  leur 
avaient  même  promis  de  les  accompagner  à  TOualla- 
mette  avec  leurs  bestiaux  ^  ce  qui  sera  un  double  ren- 
fort pour  la  colonie  ;  tous  sont  des  honpimes  accoutu- 
més à  travailler  dans  les  forêts.  Us  arriveront  sans 
doute  au  pois  de  jij|n,^ns  accidents;  la  dis^y^cç  en 


126    ) 

suivant  la  côte  est  de  600  milles.  Ce  seul  résultai  de 
mon  voyage  à  la  Golombia  sera  de  la  {>lus'  haute  im- 
portance pour  les  progrès  et  la  proapérîté  fotare  de  la 
nouvelle  colonie.  » 

M.  Slaeom  présente  ensuiCer  ées^  côntidéfrations  très 
imtéresBflntes  sur  les  produHs  qae  l'Orégoû  pourra  four- 
nir au  commerce  extérieur,  sur  son  état  physique  et 
géc^grapfaique,  sur  les  navigateurs  qui  Font  vfsHé»  svr 
lès  Indiens  qui  habitent  cette  contrée. 

LaBodéga  est  occupée  depuis  rStSpar  les  Russes; 
cet  étabRssement  leur  est  très  utile  pour  IVpprovisron- 
nement  de  Srtka  ou  Novo-Arkhangcbk»  sitoé  beaucoup 
plus  au  nord.  Le  commandant,  M.  Rostrométfnoff , 
fit  un  bon  accueil-  à  M.  Slacum ,  permit  aux  Anïéri- 
cains  de  débarquer ,  et  leur  céda  Tusage  d*une^  maison 
en  attendant  qu'ils  eussent  réuni  leur  bétail.  Il  fournit 
deâ  chevaux  et  un  guide  k  M.  Slacum*  pour  aller  par 
Vevre  k  la  baie  San  Franéisco.  Plàst^rd,  ce  marin 
gagna  par  met  Montc^ey,  d^ofù  if  fit  voilé  j^urtéiEfllet 
Havai. 

tJn  Mémoire  de  M.  H:  Kelléy,  de  Boston,  dàféf  du 
Si  fànvier  r839,  et  adreteé'â'  un  méifibré'dGr  comité 
âës  affaires  étràngëtes ,  appelle  l'attention  du  Congrès 
sur  le  territoire  de  FGrégoft. 

t  La  lecture  du  journal  def  Lewis  et-  deGlai^k;  d'k- 
if ,  des  entretiens  avec  des  navîgafeur^  et  d^  cfUas- 
setrrs  inteHîgents  qui  avait^t  viéité:cè  pays;  et  exploré 
le  terriVoitre  au-delâf  des  monts  Rbbky  ;  enfin  '  deâ  faits 
dërifé^  d^autres  suûrces,  et  ég^lèrment*  dignes-  de 
crédit;  iti'OAt  preuve:  depuis  plusieut*^  annéesT  ifiM 
ei^lte  régiètf  deUV  âPune  époffué'peu'eldiftnée;  ât^éiàh 
d*ùM  haute  importsMfce  poiit  nûM  gouvenleitoenr ,  et 
d'ufX^îMéret  durable  et  géâeMl.  Le  cUtxIAt  en  est  5Klû- 


(  »«7) 
bre,  la  Usri?e  £orUjiQ«  Usitualioo  excellente  pour  touk* 
eipètù  d»  cOnimclrQe  ;  la  configuraLLoa  de  secs  côtes  et 
la  ««rlété  de  se$  productions  nafcuBel|ps«  la  destinent  à 
èirewi  paya^^i  serai  le  centra  elTeatrepôt  d'un  tra- 
fic iaiinafise'fl  un  f  asAa  cbamp  pour  des  entreprises . 
et  vskAojm  de  cîvUjwmliqQ.  ' 

«Ua  grand  abjet  de  mes  travaux  a  été  d'engager.  le 
Gcmgrèspar  Taffet  d'uoesage  prAvoyance  et  d'une  cou- 
boite  prudente»  et  confornae  aux  lois  da  la  bonne 
foi  eavera  la  Grande  Bretagne,  attendre  la  juridiction 
active  et  la  protection  du  gouveroeqaent  général  sur  ce 
tttritoire»  de  Iell4  sorte  quil  soife  placé  soua l'action 
etlB.aaa«e*garde  da  l'oif  aiMaatioo  politique  et  des  lois 
du  pajr3.4Uqi#al  il  ap|>artieat  légitimevaenL  • 

L'iaAaAilod  de  U-  l^eUey  a  aussi  étë^de  dpn^er  à  ses 
Goociloyens  des  retnseîgnaoïents  exacts,  qui  puissent 
lias  p««aaer  à  éaaigr^r  daAs.cistlc  conl^rée  faite  pour 
des  heunnes  teiïif^lii^l^^iP^sijbled.eLijaduslrieux.  Ils 
y  Vanapoirteroot  c^rUânement  tous  les  avantages  de  la 
oiviliflatioA*  et  y  poseront  Iqs  fondements  d'une  co^n- 
muoaut^  yertu^jusa  »  dont  l^exetppLe  agira  puisaamn^ent 
sur  les  Indiens-'  ^agabo^ds. 

ContiiHielleifn^al  occupé  de  son  idée,.  ML  Ke(]ey 
éprouva  de  ooiaabreux  o|>stacles  pour  la  réaliser  ;.il  les 
aurm^nlja  pourtant,  et  an  i823  partit  de  la  Nouvellcr 
QcléfiM^  pour  la.  V9ra*Crux  et  le  Mexique.  Après,  avoir 
séjoiifin  quelque  tamps  à  Mexico»  il  traversa  la  haute 
C^l^rnie^M^ir^v^  <^^^^  TOrégon»  o(|  il  séjourna  cinq 
mqiai  II  est  d'accord  avec  les  autrea  voyageurs  sur  la 
OI^(ure  de  ce  territoires»  sur  l'autorité  illimitée  que  la 

■ 

Gopupagoie  delà  baie  de  Hudson  j^exeroe.  Quand  H 
arriva  près  du  fort  Vancouver  il  était  souffrant.  M.  Mac- 
langhlin  l«i  dpno^  une  généreuse  hospitalité ,  mai^ 


(  "3  ) 

dans  une  maison  séparée  du  fort;  il  lui  prodigua  ses 
soins  et  lui  rendit  la  santé  ;  cependant  il  lui  interdit 
d'entrer  dans  le  fort^  M.  Kelley  ne  tarda  pas  i  s'aper- 
cevoir que  ce  facteur  principal  et  ses  agents  se  prépa- 
raient d*une  manière  très  adroite  k  rendre  son  séjour 
dans  ce  canton  incommode  et  même  peu  sûr.  Les  ca« 
lomnies  et  les  suppositions  les  plus  absurdes  avaient 
été  répandues  sur  son  caractère ,  sa  conduite  et  ses 
desseins.  Tous  ses  mouvements  étaient  surveillés  »  et 
quelquefois  il  fut  menacé  de  violences  de  la  part  de 
personnes  qu*il  eut  des  motifs  de  soupçonner  excitées 
par  la  Compagnie.  S'il  eût  eu  la  volonté  de  se  placer 
sous  l'autorité  et  le  contrAle  de  cette  association ,  tout 
eût  été  au  mieux  ;  mais  comme  il  était  résolu  à  se  con- 
duire en  Américain  jouissant  de  son  ind^endance 
sur  le  sol  américain  ,•  cherchant  à  se  procurer  des  ren- 
seignements exacts  pour  les  publier,  et  poorsinvaDt 
franchement  son  objet  d'ouvrir  le  commerce  dn  pays 
&  la  concurrence  de  tous ,  il  fut  constamment  en  batte 
aux  craintes  et  à  l'aversion  des  agents  du  m<mopole.  11 
était  traité  à  peu  près  comme  un  prisonnier,  quoiqu'il 
ne  fût  pas  privé  de  sa  liberté  personnelle. 

Il  ne  resta  donc  dans  l'Orégon  que  le  temps  suflQsant 
pour  recueilKr  les  malériaux  qu'il  cherchait.  D'ail- 
leurs, il  avait  perdu  dans  le  cours  de  son  voyage 
presque  tout  ce  qu'il  possédait  Ces  circonstances  réu- 
nies le  forcèrent  de  changer  considérablement  son 
premier  plan.  Il  s'embarqua  sur  un  navire  destiné 
pour  les  lies  Havai ,  et  revint  dans  sa  patrie ,  infirme  , 
presque  aveugle  et  pauvre.  Néanmoins  ii  s'empressa  de 
rédiger  son  Mémoire ,  persuadé  qu'il  servirait  à  corro- 
borer les  faits  exposés  dans  la  pétition  des  colons  de 
l'Orégon.  On  le  lit  avec  intérêt ,  à  cause  des  notions 


(  ï«9  ) 
hnporlantes  qu'il  renferme  sur  U  haute  Californie  el 
sur  le  territoire  de  l'Orégon.  L'auteur  se  montre  ami 
sincère  de  l'humanité.  Il  déplore  d'une  manière  tou- 
chante le  sort  des  tribus  indiennes ,  dont  le  non^bre 
dimione  avec  une  rapidité  déplorable. 


Nous  avons  dû  nous  abstenir  de  toute  remarque  sur 
le  sujet  traité  dans  le  rapport  adressé  au  congrès  sur  le 
territoire  de  TOrégon.  Une  discussion  des  faits  nous 
était  interdite  ;  elle  eût  exigé  des  développements  qui 
auraient  donné  à  notre  travail  une  étendue  démesurées 
d'ailleurs  la  Société  ne  nous  l'avait  pas  demandé»  Nous 
répétons  que  les  divers  morceaux  contenus  dans  le 
rapport  sont  précieux  pour  la  géographie.  La  descrip- 
tion du  pays  est  faite  avec  soin,  et  ne  peut  être  consul* 
tée  qu'avec  fruit;  elle  nous  a  paru  exacte ,  car  elle 
s'accorde  parfaitement  avec  les  notions  acquises  jus- 
qu'à ce  jour.  EvBiàs. 


TRAVAUX  GÉOGRAPHIQUES  SUR  L'OURAL. 

Notice  adressée  à  M.  Jomahd  ,  président  de  la  Commis^* 
sion  centrale  de  la  Société  de  géographie ,  par  M.  J«  db 
Khaniroff»  conseiller  {ie  s.  M,  F  empereur  de  Russie* 


La  Société  géographique ,  dans  sa  dernière  séance  » 
m'a  fait  l'honneur  d'exprimer,  par  votre  voix,  le  désir 
qu'elle  a  que  je  lui  communique ,  par  écrit ,  les  expli- 
cations verbales  que  je  lui  ai  données  en  présentant 
mes  deux  cartes  de  l'Oural  et  de  l'Asie  centrale. 

XVill.    AOUT.  4*  9 


(  i5o  ) 
Si  »  d'une  part ,  moDsieur,  ce  désir  de  Tiliustre  So- 
ciété est  de  nature  à  flattermoo  amour-propre  ,  d'autre 
part»  ma  situation  pour  répondre  à  ce  vœu  est  difficile 
et  embarrassante*  En  effet,  je  vous  écris  dans  une 
langue  qui  ne  m'est  pas  assez  familière  pour  préten- 
dre à  un  style  suffisamment  correct,  et  ma  mémoire  ne 
peut  s'aider  de  documents  à  peu  près  indispensables, 
et  qui  me  manquent  complètement 

Ce  qui  peut  m'enhardir  à  travers  ces  difficultés, 
c*est  l'indulgence  de  la  Société  géographique  et  votre 
bienveillance  particulière,  monsieur.  Je  sollicite  la  fa- 
veur de  la  première ,  et  j*ose  compter  sur  la  générosité 
de  la  seconde, 

11  n'y  a  pas  de  doute  que,  dans  le  courant  de  ce  siè- 
cle ,  la  géographie  de  TAsie  centrale  a  fait  d'immenses 
progrès.  Tandis  que  les  recherches  des  Anglais  et  des 
/lasses  rendaient  de  plus  en  plus  précisés  et  détaillées 
les  notions  que  nous  possédons  sur  le  Caucase  et  sur 
les  contrées  situées  entre  l'Eupbrate  et  Tlndus,  les 
travaux  des  orientalistes  et  sinologues  européens  je- 
taient une  nouvelle  clarté  sur  les  parties  à  i  est  des 
sources  de  TAmou  et  du  Sir.  Mais  les  données  sur 
l'espace  qui  comprend  les  vallées  de  ces  deux  fleuves 
sont  restées  dans  l'état  que  nous  a  légué  le  siècle  pré- 
cédent; il  en  est  de  même  du  lac  d'Aral,  du  littoral 
oriental  de  la  mer  Caspienne ,  des  steppes  Khirgises 
et  de  l'Oural  méridional.  Les  notions  détachées  que 
fournissaient  là-dessus  les  auteurs  arabes  et  tartares  « 
ainsi  que  les  voyageurs  européens  du  moyen-ftge, 
étaient  très  pauvres,  confuses»  etpour  la  plupart  incom- 
pr^ensibles.  En  revanche ,  les  travaux  des  savants  et 
voysgenrs  russes  du  xvifi«  siècle,  tels  que  de  Iftimo* 
ncff,  Ritchkoff,  Gmelin,,Pallas,  Lepechin,  Géorgie 


(  iSi   ) 

Falck,  répandaieni  de  plu3  grandes  lumières.  Mais  il 
est  à  obserrer  que  sous  le  rapport  orographique»  ils  ne 
donnaient  que  la  descriplion  de  quelques  routes ,  sans 
préciser,  en  général»  le  caractère  et  la  physionomie  du 
pays.  Sons  Je  rapport  météorologique  et  géologique  • 
ces  travaux  étaient  loin  de  satisfaire  aux  exigences  de 
ces  deux  sciences ,  considérées  dans  leur  état  actuel  ; 
enfin»  pour  la  partie  ethnographique  et  topographi- 
que »  ils  ne  renfermaient  que  des  documents  incom- 
plète et  vieillis* 

Cependant  ce  sont  ces  documents-là  qui  devaient 
nécessairement  servir  de  base  à  tous  les  travaux  scien- 
tifiques des  savants  de  l'Europe  ;  car,  à  l'erceplion  des 
voyages  de  MM.  Mouravief  et  Nasaroff»  je  ne  sache  rien 
de  remarquable  qui  aitparu»  dans  le  premier  quart  du 
xix^  siècle,  sur  la  géographie  de  l'Oural  ou  du  Touran. 

Il  était  juste  d'espérer»  en  Russie  »  des  notions  plus 
détaillées  et  plus  en  harmonie  avec  les  exigences  du 
siècle  ,  et  précisément  à  cette  époque  où ,  sous  le  gou  - 
vernement  glorieux  de  S*  H.  l'empereur  Nicolas»  toutes 
les  forces  de  l'empire  ont  reçu  uae  impulsion  nouvelle» 
et  toutes  les  parties  de  l'immense  territoire  ont  été 
soigneusement  étudiées.  Celte  attente  a  été  justifiée. 

Dès  le  commencement  du  règne ,  plusieurs  ouvra- 
ges remarquables,  tels  que  le  voyage  de  MM.  Meyen- 
dorff  à  Bukhara»  d'Eversman  Pander,  et  les  des- 
criptions des  steppes  Khirgises  par  Levschin  »  ouvri- 
rent une  ère  nouvelle  à  la  géographie  de  cette  partie 
de  l'Asie ,  et  furent  bientôt  suivis  d'autres  ouvrages 
non  moins  importants.  Les  voyages  de  MM.  Helmersen, 
Hoffman  »  Humboldt ,  Rose  i  Kupfer,  et,  tout  récem- 
ment» d'un  professeur  de  l'Université  de  Moscou,  four- 
nirent des  documents  précis  sur  rOural  méridional.  Les 


(i5«) 

trataui  de  M.  Eichvald  ont  éclairci  pluûeurs  que»- 
lions  concernant  la  mer  Caspienne.  Le  voyage  de 
M.  Gebel  contient  une  description  détaillée  de»  steppe» 
entre  TOural  et  le  Volga.  M.  Nessedief  donne  dans  son 
travail,  des  renseignements  du  plus  haut  intérêt  sur  les 
habitants  de  ces  contrées,  les  Kalmouks.  Enfin,  l'ou- 
vrage de  madame  Fouss  traite  des  mœurs  et  usages 
de  deux  peuples  de  race  finoise,  les  Tchouvaishes  et  le» 
Tcheremisses. 

S'il  est  vrai  que  ces  travaux  firent  faire  à  la  géogra- 
phie du  pays  des  progrès  immenses,  il  n'est  pas  moins 
vrai  que  ces  descriptions  partielles  laissaient  encore 
de  grands  vides  à  combler,  et  surtout  beaucoup  de 
contradictions  à  concilier.  Le  funeste  effet  de  ces  con* 
tradictionssefit  sentir  même  dans  les  ouvrages  renom- 
més à  juste  titre ,  et  qui  pouvaient  être  regardés 
comme  l'expression  des  connaissances  géographiques 
actuelles  sur  la  partie  nord^ouest  de  l'Asie  centrale  :  je 
veux  parler  des  cartes  de  l'Oural  de  MM.  Humboldt  et 
Berghauss;  de  celles  de  l'Asie  centrale  de  MM.  Grimm 
etZimmerman,  et  du  travail  sur  les  peuplades  de  la  race 
hongroise  de  M.  MuUer.  Ce  vide  à  combler  et  la  con» 
ciliation  de  ces  nombreuses  contradictions ,  tel  a  été 
l'objet  d'un  travail  entrepris  dans  l'intervalle  de  1 833 

à  1 843- 
Les  nombreuses  observations  de  MM.    Federoff, 

Lemm,  Vassilier,  augmentèrent  le  nombre  des  points 

astronomiques  qui  devaient  servir  de  base  au  travail 

des  levés  topographiques.  Ce  travail  fut  exécuté  avec 

toute  la  précision,  avec  tous  les  détails  possibles ,  dans 

tout  l'espace   compris  entre    le  Volga ,  la  Belaya  , 

rOufa ,  Mias  ,  Tobol ,  Irtisch  et  les  lacs  Balkasch  , 


(  i5S  ) 

Ahsakal  Bai4)i ,  l'eiRbouchure  du  Sir»  le  plateau  de 
rOusUOurt  et  la  mer  Caspienne. 

Le  littoral  oriental  de  la  mer  Caspienne  fut  étudié 
séparément,  à  deux  époques  »  en  x853  eti8S€.  Le  ni- 
vellement opéré  entre  cette  dernière  et  la  mer  Noire , 
déjà  très  important  par  lui-même ,  servit  encore  de 
base  à  l'estimation  de  la  hauteur  absolue  des  steppes 
Khirgises  et  de  l'Oural  méridional  »  car  c'est  des  bords 
<le  la  mer  Caspienne  que  le  nivellement  fut  conduit»  en 
1895,  jusqu'à  la  mer  d'Aral  ;  eteni  8s8;  ce  nivellement 
fut  continué  jusqu'à  Orembourg»  auquel  se  rapportent, 
pour  la  plupart,  les  observations  barométriques  faites 
dans  l'Oural  méridional. 

En  même  temps  la  météorologie  fut  étudiée  sur  dif- 
férents points  entre  le  Volga  et  TOural.  Des  observa- 
tions barométriques  et  thermométriques  furent  éta- 
blies à  Zlatoust ,  Oufa ,  Kasan ,  Astrakan ,  OuraldL  et 
Orembourg,  et  leur  résultat,  joint  aux  observations 
sur  les  débâcles  de  la  Belaya  pour  cinquante  années  ; 
de  la  partie  méridionale  du  Volga  pour  dix  années,  et 
de  rOural  pour  quarante  années,  sur  la  température 
des  sources  dans  TOuraU  et  du  sol  dans  l'ouverture  du 
puits  artésien  commencé  à  Orembourg,  de  même  que 
plusieurs  observations  faites  à  diverses  époques  dans  les 
steppes  Khirgises,  donnent  le  moyen  de  former  des 
conclusions  sur  le  climat  de  ce  pays ,  si  intéressant 
par  les  énormes  variations  de  la  température. 

Le  professeur  Eversman,  qui  a  fait  le  voyage  de  Bu- 
khara  ,  et  a  séjourné  plusieurs  mois  dans  l'Oural ,  a 
reçu  la  mission  de  faire  la  description  géognoslique , 
zoologique  et  botanique  du  pays  ;  déjà  la  première 
partie  de  son  travail  a  paru.  En  même  temps  un  jeune 
savant   (Lehman) ,  qui  a  accompagné  l'académiciea 


(  i34) 

Béer  à  la  Novaya-Zembla  ,  a  été  envoyé  pour  des  re- 
cherches plus  détaillées  encore.  Le  voyage  qu'il  vient 
de  faire  recommande  d'autant  plusses  travaux  au  plus 
vif  intérêt ,  qu'il  lui  procurera  les  moyens  de  lier  les 
observations  faites  dans  l'Oural,  avec  les  travauxqu'il  a 
pu  effectuer  dans  les  steppes  Khirpses,  et  les  derniers 
échelons  des  monts  Bolor ,  ainsi  qu'avec  les  recher- 
ches que  deux  de  ses  confrères  font  maintenant  sur  le 
bord  de  l'Amou  près  de  l'Aral,  et  dans  les  plaines 
entre  le  Tobol  et  l'Irtisch. 

Enfin ,  l'ethnograptûe  et  la  topographie  des  différen- 
tes peuplades  soumises  dans  ces  contrées  à  la  Russie  , 
telles  que  les  Bachkiris,  les  Khirgisea^'les  Tartares, 
les  Hescheriaks»  lesTcheremias,  lesKalmouks,  etc.  » 
ont  été  aussi  rob)et  des  plus  sérieuses  études.  Les  re- 
cherches dans  les  archives  fournissent  des  documeals 
historiques  sur  leur  passé ,  et  sur  les  progrès  immen- 
ses qu'a  faits  la  civilisation  dans  ces  contrées,  dans 
l'espace  d'un  siècle  ,  avec  la  propagation  de  la  popula- 
tion russe.  Les  voyages  que  )'ai  faits  pendant  cinq  ans 
dans  les  habitations  de  tes  peuplades ,  avec  les  docu- 
ments officiels  que  )e  possède  «  me  donnent  le  moyen 
d'apprécier  leur  nombre  actuellement,  et  de  commu- 
niquer des  détails  topographiques  sur  leur  habitation, 
leur  genre  de  vie,  leur  richesse  et  leur  civilisation.  Les 
cartes  que  j'ai  eu  l'honneur  de  soumeibtre  à  la  Société 
géograpliiqoe  doivent  servir  de  base  i  deux  ouvrages 
différente   Le  premier  sera  consacré  |à  la  géogra- 
phie détaillée  des  paya  attinés  entre  le  Volga  »  I'Ovn 
rai,  rOufia  et  le  ToboK  La   description  orographi- 
que  de  ces  coolrées  paraîtra  prochainement  dans  le 
journal  de  ia  Société  géographiq:ae  de  Londres.  Elle 
sera  suivie  de  l'hydrographie ,  la  climatologie ,  l'eth- 


(  135  ) 

Dographîe  et  la  topographie  4^8  mêmes  conlrécs  »  et 
si  mes  moyens  me  le  permettent,  de  la  statistique.  Le 
second  ouvrage  sera  consacré  à  la  description  de  TA* 
sie  centrale ,  concernant  tous  les  pays  entre  l'Oural ,  le 
Tobol  «  rirtîsch  ,  les  sources  de  TEnissey  »  la  Chine 
proprement  dite ,  le  Tibet ,  rAfganistan ,  et  la  route 
de  Méchid  à  Tabretz  ;  le  tout  basé  sur  les  derniers 
renseignements  que  Ton  possède  en  Russie. 


PAYS  D^ATECH,  EN  NUBIE. 

Extrait  £ime  UUre  adressée  dH Alexandrie  le  3o  mai  184^1 
à  M.  JoMABD ,  pa/*  M.  AetiN'Bbv,  premier  secrétaire- 
itUerprète  du  vice-roi  d^ Egypte  et  dépendances. 


Un  des  chefs  noirs  de  la  province  d'Atecb ,  appar- 
tenant à  Son  Altesse,  avait,  il  y  a  quelque  temps,  émi- 
gré en  Abyssinie,  dont  le  roi,  disent  les  rapports 
(  Oubi ,  probablement  ) ,  l'avait  fort  bien  accueilli.  Le 
prince  abyssinien  avait  été  même  jusqu'à  concéder  a 
titre  de  fief  au  chef  atecb,  la  partie  du  Soudan  qui  s'é- 
tend des  confins  de  TAbyssinie  à  la  ville  de  Sennar.  Or, 
vous  savez  que  cette  ville ,  et  la  province  à  laquelle  elle 
donne  son  nom,  ont  été  conquises,  et  sont  gouvernées 
depuisprès  de  30  anspar  Son  Altesse.  Avec  l'investiture 
de  ce  vaste  territoire ,  le  roi  d'Abyssinie  donna  au  chef 
réfugié  auprès  de  lui ,  une  armée  qui  ne  tarda  pas  &  pé- 
nétrer dans  les  provinces  de  Galabat  et  d'Atech ,  à  en 
soulever  les  peuplades  contre  les  autorités  égyptiennes, 
et  à  y  former  un  rassemblement  considérable  d'A- 
byssins   et   de  noirs  émigrés  des  possessions  égyp» 


(  «56) 
tiennes.  G^est  contre  ces  forces  rénnies  qu'Achmel- 
Pacha ,  gouverneur-général  du  Soudan  .  avait  à  agir,  ei 
ses  rapports  du  mois  de  moharrem  font  connaître 
l'heureux  résultat  de  ses  opérations  militaires. 

A  la  première  nouvelle  du  rassemblement  qui  me- 
naçait nos  frontières,  Achmet-Pacba  s'était  dirigé  de 
Rasserès,  où  il  se  trouvait  alors,  vers  le  territoire  envahi. 
Mais  à  six  journées  du  point  occupé  parles  troupes  en- 
nemies» dans  la  province  de  Galabat,  il  avait  reçu  l'avis 
que  le  colonel  commandant  les  troupes,  du  vice-roi, 
chargéesde  défendre  la  frontière,  avait  déjà  attaqué  et 
dispersé  l'ennemi.  A  la  suite  de  ce  fait  d'armes,  lea  chefs 
des  tribus  révoltées  ayant  reçu  d'Achmet- Pacha  des 
assurances  de  pardon,  sont  revenus  d'Abyssinie,  où  ib 
s'étaient  réfugiés ,  et  ont  reçu  du  gouverneur-général 
les  vêtements  d'honneur.  Acbmet- Pacha,  pour  mettre 
fin  aux  tentatives  des  Abvssins,  se  décida  à  les 
poursuivre  dans  l'intérieur  même  des  montagnes  qui 
séparent  l'Abyssinie  des  possessions  du  vice. roi.  Il  y 
atteignit  leurs  troupes,  et  les  ayant  complètement 
battues,  il  leur  fit  beaucoup  de  prisonniers»  et  leur 
enleva  i  ,5oo  tètes  de  bétail.  Découragés  par  une  aussi 
prompte  défaite,  les  Abyssins  ont  demandé  la  paix, 
et  Achmet-Pacha  la  leur  a  accordée  à  la  condition 
qu'ils  renverraient  dans  le' Sennar  les  émigrés»  qui,  au 
nombre  de  huit  mille  familles  environ ,  étaient  passés 
sur  leur  territoire»  antérieurement  aux  derniers  événe- 
ments. 

La  tranquillité  se  trouve  ainsi  rétablie  sur  les  fron- 
tières ;  Achmet-Pacha  annonce  que  poujr  en  assurer  le 
maintien,  il  va  faire  construire  un  fort  à  Koutbi,  posi- 
tion élevée  qui  domine  comme  point  central  les'pro- 
viuces  de  Galabat  »  Ayaibi  et  Atech.  Cette  place  aurai 


(  '37  ) 

Tavantage  de  contenir  les  populations  turbulentes  de 
ces  contrées ,  d'opposer  une  barrière  aux  invasions  des 
tribus  abyssiniennes  »  et  de  protéger  contre  leurs  bri- 
gandages le  commerce»  auquel  elle  ouvrira  une  route 
sûre  entre  TAbyssinie  et  les  possessions  égyptiennes. 

Le  succès  d'Achmet-Pacha  aura  d'ailleurs  des  con- 
séquences dont  nous  n'aurons  pas  moins  à  nous  féli- 
citer soiis  d'autres  rapports  ;  je  veux  parler  de  la  dé- 
livrance de  M.  Blondeel,  consul-général  de  Belgique  en 
Egypte ,  retenu  captif  par  ces  mêmes  tribus  abyssi- 
niennes dans  un  voyage  qu'il  vient  d'entreprendre  par 
ordre  de  son  gouvernement.  Le  vice-roi,  informé  de 
la  triste  situation  dans  laquelle  se  trouvait  M.  BlondeeK 
a  déjà  adressé  à  Achmet-Pacha  l'ordre  de  réclamer  sa 
remise,  et  il  est  probable  qu'elle  eût  été  la  première 
condition  de  la  paix  accordée  aux  Abyssins ,  si  les 
ordres  de  Son  Altesse  étaient  parvenus  à  temps  au 
gouverneur-général.  Mais  il  est  hors  de  doute  que  les 
relations  étant  maintenant  d'une  nature  pacifique  , 
les  Abyssins  s'empresseront  d'accorder  la  mise  en 
liberté  de  M.  Blondeel  ^  qu'Achmet-Pacha  a,  du  reste, 
l'ordre  d'obtenir  4  tout  prix. 

Le  vice-roi  attache  le  plus  grand  intérêt  à  la  déli- 
vrance de  cet  agent  d'une  puissance  européenne»  qu  e 
les  vicissitudes  d'une  excursion  fort  aventureuse  ont 
rendu  captif  d'une  population  barbare ,  et  Son  Altesse 
la  considérera  comme  le  plus  beau  résultat  des  suc- 
cès obtenus  par  son  armée  du  Soudan  (i). 

Abtin-Bby. 

(i)  Depuis,  on  a  appris  l'arrivée  en  Egypte  <l«  M.  BlondetL 


(.38) 

NOTICE  SOR  LE  GROENLAND , 

Suiuie  de  réflexions  sur  la  pêche  de  la  baieine  et  les  jets 
d'eau  que  Con  voit  au  milieu  des  c/iamps  de  glace /lot' 
tante. 

Ayant  eu  ocôasion  de  m'entretenir,  à  Hambourg, 
avec  trois  capitaînes  qui  sont  allés  fréquemment  pêcher 
dans  les  mers  du  Nord,  j'ai  recueilli  de  leur  bouche 
les  détails  suivants,  qui  m'ont  paru  offrir  quelque 
intérêt. 

Au  mois  de  juin  de  l'année  iSsS,  le  capitaine 
Voss,  natif  du  Holstein,  aujourd'hui  bourgeois  de 
Hambourg,  commandait  r Harmonie  avec  4?  hommes 
d'équipage.  Parvenu  dans  les  mers  du  Spitzbérg  et 
du  Groenland  y  il  espéra  faire  une  pêche  plus  avan- 
tageuse en  se  dirigeant  vers  le  pôle;  il  quitta  les  quinze 
navires  au  milieu  desquels  il  se  trouvait,  et  s'avança 
seul  jusque  par  Si"*  3o'  environ  de  latitude.  (Je  n'ai  pu 
savoir  la  longitude.)  Là,  se  trouvant  enveloppé  par  les 
glaces  flottantes  «  et  obéissant  à  un  fort  courant  qui  se 
dirige  du  nord-est  au  sud-ouest,  il  fut  emmené  par 
elles  jusque  par  jS^  Zo';  il  en  sortit  cependant  sain  et 
sauf  après  y  être  resté  six  semaines,  ayant  parcouru 
ainsi  la  banquise  dans  l'espace  de  940  milles  an- 
glais. 

En  iS38 ,  à  l'époque  où  nous  étions  au  Spitzbergi  le 
même  navigateur  étant  par  79  degrés  de  latitude  , 
aperçut  la  côte  orientale  du  Groenland  appelée  Ham- 
kes  dans  les  anciennes  cartes;  tout  l'équipage  l'a  vue 
comme  itii  du  haut  de  la  mMurt,  ainm  que  son 
image  réfléchie  dans  le  ciel  ;  il  en  était  alors  à  1  s  ou 
i5  milles  anglais. 


(  i39  ) 

Les  montagnes  qui  la  bocdenl  lui  oni  paru  aussi 
élevées  que  celles  du  Spitsberg  ;  elles  soal  pointues 
comme  elles ,  et  de  même  teinte  oo  jaunAfanes.  C'est 
en  effet  ce  qui  nous  a? ait  frappés  en  nous  i^rochant 
de  celle  dernière  terre. 

Les  capitaines  liehlen  et  Buter»  l'an  par  71  degrés  * 
et  Tautre  par  74  »  reconnurent  également  les  côtes  du 
Groenland  à  la  même  époque  ;  mais  •  k  ces  latitudes 
diverses ,  quoiqu'elles  n'eussent  pas  changé  de  teinte , 
elles  étaient  cependant  moins  élevées  ou  moins  mon- 
tagneuses qu'à  la  latitude  par  où  le  capitaine  Voss  les 
avait  observées. 

Malheureusement  cet  trois  capitaines  ne  purent  pé- 
nétrer dans  le  canal  qui  règne  tout  le  long  de  la  cote 
orientale,  les  glaces  et  les  courants  les  en  ayant  con- 
stamment empêchés. 

U  estA  remarquer  que  les  degrés  de  latitude  suivant 
lesquels  les  capitaines  Hehlen  et  Buter  ont  va  la  côie 
orientale  do  Groenland ,  correspondent  précisément  à 
ceux  où  la  même  partie  de  cette  terre  a  été  signalée  la 
première  fois,  en  i655,  par  Edam  el  Broêr  Roys  »  et 
quinse  ans  plus  tard  par  Lambert  et  Gale  Hamkes , 
qui  lai  a  donné  son  nom  ;  d'où  l'on  pourrait  inférer, 
chose  intéressante  pour  la  physique  du  globe»  que 
l'état  de  la  mer  ,  relativement  aui  glaces  et  aux  cou- 
rants, n'a  pas  changé  depuis  cette  époque  dans  les  mê- 
mes parages. 

On  n'apprendra  pas  sanss  intérêt  que  le  capitaine 
Voss  a  déjA  fait  une  vingtaine  de  voyages  dans  les 
mers  du  Nord»  et  que  le  ^raîer  bêtimesrt,  VMida^  sor 
lequel  il  ee  trouve  »  est  employé  depuis  quatre-vingts 
ans  &  la  pêche  des  animaux  marins.  A  l'heure  qu'il  esl» 
c'est  encore  un  des  navires  les  plus  estimés  de  Ham- 


(  i4o  ) 

bourg;  il  serait  à  souhaiter  qu'on  en  eût  de  pareils 
pour  explorer  les  régions  du  Nord  ! 

En  i83i,  ce  même  capitaine,  qui  a  déjà  affronté 
tant  de  dangers  inhérents  aux  parages  qu'il  a  fréquen  • 
lés  si  souvent,  a  eu  le  bonheur,  étant  par  jb  d^rés  de 
latitude ,  de  recueillir,  sur  une  glace  flottante ,  seize 
hommes  échappés  au  naufrage  du  navire  norvégien 
Cari  Johann  (  Charles-Jean  )  de  Ilammerfest.  Le  capi- 
taine Voss  prodiga  tous  les  soins  possibles  à  ces  mal- 
heureux ,  qui  y  étaient  depuis  trois  jours  •  et  eut  la 
satisfaction  de  les  ramener  à  Hambourg.  Il  faut  que 
Tamour  de  la  mer  soit  bien  grand;  car,  h  l'exception  de 
trois,  l'un  Danois,  le  second  Russe  et  le  dernier  Sué- 
dois* qui  demandèrent  à  retourner  dans  leurs  pays  res- 
pectifs ,  les  autres  Norvégiens  coururent  de  nouveau  se 
livrer  à  la  pêche  sur  les  côtes  du  Groenland. 

J'ai  vu  à  bord  de  l'Harmonie  une  de  ces  grosses  clo- 
ches dont  on  se  sert  dans  les  mers  du  Nord  pour 
s'appeler  dans  la  brume ,  et  que  le  capitaine  avait 
trouvée  sur  une  glace  flottante.  On  la  croit  d'origine 
hollandaise  ;  quant  à  moi,  elle  m'a  paru  très  ancienne , 
ce  qui  semblerait  annoncer  que  les  glaces  une  fois 
formées ,  ou  d'une  certaine  dimension ,  peuvent  se 
conserver  indéfiniment  au«delà  du  cercle  polaire. 

La  pèche  de  la  baleine ,  qui  avait  été  autrefois  si 
brillante  dans  les  mers  du  Spitsberg  et  du  Groenland  , 
semble  aujourd'hui  tout-à*fait  abandonnée.  L*opinion 
commune  est  que  les  grands  cétacés  se  sont  totale- 
ment retirés  de  ces  parages  ou  qu'ils  y  sont  devenus 
assez  rares  pour  ne  plus  mériter  l'attention  des  pé- 
cheurs et  faire  l'objet  d'une  seule  spéculation.  Cette  opL 
nion  est-elle  bien  fondée  ?  A  en  juger  d*aprés  ce  que 
nous  avons  été  à  môme  de  voir  dans  no4  différents 


('4i) 

voyages  en  Islande,  au  Groenland,  et  sarloiitau  Spitz- 
berg,  les  eaux  qui  baignent  ces  terres  nous  ont  paru 
très  fréquentées  par  les  baleines;  on  les  voit  souffler 
de  tous  côtés. 

J^aime  mieux  trouver  la  raison  de  cet  abandon 
dans  les  faits  suivants  :  au  danger  qu*offre  l'appro- 
che des  glaces,  à  l'incertitude  de  saisir  une  proie 
qui ,  souvent  blessée  à  mort,  disparaît  pour  toujours 
sous  leurs  grandes  masses  ^  h  la  cruelle  perspec- 
tive d'hiverner  dans  des  lieux  affreux  au  milieu  des 
ours  blancs,  la  plupart  de  nos  pêcheurs  «  pour  ne  pas 
dire  tous,  ont  préféré  se  livrer  annuellement  à  la  pêche 
certaine  de  la  morue  sur  les  côtes  hospitalières  de  lis- 
lande  et  de  Terre-Neuve.  Depuis  que  l'on  a  reconnu 
que  les  mammifères  marins  d'un  ordre  inférieur,  tels 
que  les  morses ,  les  phoques,  se  tiennent  de  préférence 
et  en  grand  nombre  dans  le  voisinage  des  champs  de 
glace  y  là  où  ces  animaux  espéraient  rencontrer  à  la 
fois  nourriture  .""repos  et  sécurité,  les  Hambourgeois, 
les  Danois,  les  Norvégiens  et  les  Russes  ont  disposé 
des  navires  pour  mieux  résister  aux  glaces ,  et  trouvent 
aujourd'hui  un  avantage  immense  à  faire  la  chasse  aux 
vaches  et'aux  chiens  marins,  que  Ton  dédaignait  autre- 
fois. A  cet  effet,  il  suffit  de  s^approcher  en  canot  des 
glaces  flottantes,  et  aussitôt  que  l'un  d'eux,  pourchassé 
et  épuisé  de  fatigue,  cherche  à  s'y  réfugier,  on  lui  as- 
sène sur  la  tête  un  violent  coup  de  crochet,  instrument 
que  je  ne  saurais  mieux  comparer  qu'à  une  pioche  à 
long  manche;  l'animal  étourdi  se  laisse  tuer  sans  résis- 
tance. C'est  ainsi  que  le  capitaine  Voss,  dont  j'ai  déjà 
parlé,  a  pris,  à  ma  connaissance,  dans  une  seule  cam- 
pagne de  quelques  semaines  au  milieu  des  glaces  , 
i4oo  phoques,  ce  qui  doit  certainement  équivaloir  à 
plusieurs  baleines. 


(  >4»  ) 

Toutefois  «  si  jamais  on  reprend  activement  la  pèche 
de  la  baleine  dans  les  mers  du  Nord ,  je  crois  pouvoir 
donner  le  conseil  de  ne  pas  s'en  rapporter  toujours 
a  la  vue  des  jets  d'eau  qui  s'élèrent  au-dessus  de  la 
surface  des  champs  de  glace  »  et  semblent  annoncer  la 
présence  des  cétacés.  Avant  de  courir  après  une  pré* 
tendue  proie ,  et  de  s'engager  imprudemment  dans 
les  glaces  9  il  sera  facile,  je  crois»  de  savoir  à  quoi  s'en 
tenir  en  portant  son  attention  durant  quelques  in- 
stants sur  le  même  point  :  si  l'on  voit  un  phénomène 
semblable  s'y  reproduire  »  on  peut  être  assuré  que 
c'est  l'eau  de  la  mer  qui»  refoulée  au-dessous  des  glaces, 
et  venant  à  rencontrer  une  ouvertuf'e  circulaire  comme 
elles  en  offrent  tant»  jaillit  avec  plus  ou  moins  de  force» 
et  donne  tout-à-fait  Timage  du  souffle  de  la  baleine. 
J'insiste  sur  ce  fait,  car  j'ai  eu  occasion  de  Tobserver 
devant  des  marins  qui  eurent  d'autant  plus  de  peine  à 
adopter  mon  opinion  »  que  dans  le  moment  la  mer 
était  à  peine  agitée.  Ils  ne  concevaient  pas  comment 
le  refoulement  des  eaux  pût  avoir  lieu ,  de  manière  à 
donner  lieu  à  des  jets  d'eau.  Mais  j'avais  devers  moi 
l'exemple  frappant  des  lacs  du  Nord,  où,  à  l'époque  du 
dégel  »  l'on  voit  la  gltce  des  bords  se  cribler  de  trous 
par  lesquels»  lorsqu'il  règne  une  petite  brise  à  la  surface 
des  parties  opposées  et  entièrement  dégagées,  l'eau 
jaillit  à  5  ou  6  pouces  de  hauteur.  Les  effets  étant 
toujours  proportionnés  aux  causes  dans  la  nature ,  les 
champs  de  glace  des  mers  polaires  doivent  donc  offrir 
le  même  phénomène  sur  une  plus  grande  échelle. 

D'  Eugène  Robbbt  ,  membre  dos  Commisuofu 
sciaUifiquBs  du  Nord. 

Paris ,  3o'inai  i843* 


(  i4î) 

STATISTIQUE. 

Population  des  États-Unis  en  1840,  ^ après  le  dénom- 
brement  officiel  fait  en  vertu  d*un  acte  du  Congrès, 
[Note  communiquée  par  M.  Wardbn.) 


éial»,  irrfilMiM  «I^wUmU* 

Rabimt*. 

* 

Maine, 

501,793 

New-Hampshire , 

«84.574 

Massachufletb» 

787^699 

Rhode*-Island  » 

io8,85o 

Conoeciicut, 

309,978 

VcrmoDt, 

S9if948 

Ncw-York , 

2,428,921 

N^w-Jerléy , 

375,506 

PeDsylvania  » 

i,724«o33 

Delaware , 

78,08s 

Maryland , 

469,259 

Virginia, 

»  •«39,797 

North-Carotina , 

753,419 

Soutb-Carolina , 

594*398 

Ceoi^a , 

691,592 

Alabama, 

590,756 

Hisnsftipi  » 

575,651 

Louiaiana, 

552,411 

Tenessee  1 

829,2 10 

Rentucky  » 

779,828 

Ohio, 

1,519,467 

Indiana , 

685,866 

Illinois, 

476,185 

NiBBouri, 

585,702 

A  reporter.  .  •  . 

16,580,479 

(  »44  ) 


Report.  .  .  . 

i6,58o,479 

Arkiinsas , 

97»574 

Hichigan , 

2is»t67 

Florida-Territory . 

54i,477 

WisCODSÎD  9 

30,945 

Jowa, 

43,119 

District  de  Colombia  » 

45,71» 

Marins  des  forces  navales , 


i7,o&2,566 
6,100 


Total.  .  .  .       17,068,666 


Population  des  blancSt  gens  de  couleur  et  esclai^es  compris 
dans  le  tableau  ci^-dessus ,  savoir  : 


Blancs  libres,    j Hommes. 

I  Femmes, 

Gens  de  couleur  j  Hommes, 

libres.  (  Femmes , 


Esclaves. 


Î  Hommes , 
Femmes , 


.9o9»94«) 


7,249,976 
6„ 

"186.457! 

»  99*778  1 


S86,a5S 


1,340,700) 


17*069,566 

6,100 


Total  oiifiRAL.  .  .  .       17,068,666 


(  >45  ) 
EGYPTE. 


Travaux  dUrrigation  dansleSaïd.  — Eslrait  d* une  lettre 
de  M.  Lin  A  HT  ,  ingénieur  en  chef  des  canaux ,  ponts 
et  chaussées  d^Égypte ,  adressée  à  M.  Jomabd. 


BiHse-K|!^pte,  s 8  ^Trier  1843. 

Monsieur, 

Depuis  près  de  six  mois  je  suis  en  voyage  dans  les 
provinces  pour  les  travaux  de  canalisation.  Je  fais  tout 
mon  possible  pour  seconder  l'activité  infatigable  de 
S.  A.  »  qui  »  maintenant  que .  ni  la  guerre  ,  ni  la  pos- 
session de  la  Syrie  et  de  l'Arabie,  ne  lui  donnent 
plus  d'occupation  comme  par  le  passé ,  a  mis  toute 
cette  activité  à  améliorer  ses  affaires  intérieures.  Le 
vice^roi  parcourt  les  provinces  pour  faire  travailler  aux 
digues  et  aux  canaux.  Cette  année  il  a  fait  terminer 
dans  la  Haute-Egypte  tous  les  projets  de  canalÎ4fiti9n  ; 
il  a  fallu  oi^aniser  quatre  cent  mille  ouvriers  à. peu 
prës«  leur  donner  de  l'ouvrage»  et  cela  n'est  pas, peu 
de  chose  ;  on  a  fait  en  quatre  mois  plus  do  qt^ç^xax^ijt 
millions  de  mètres  cubes- en  terrassements  de  digpes 
et  canaux;  aussi  la  Haute^Égypte  est  maintenant  pour 
ainsi  dire  à  l'abri  des  événements  fâchaux  causés  par 
une  mauvaise  inoudation  ;  on  a  commencé  aussi  tous 
les  ponts ,  barrages»  déversoirs  nécessaires»  et  l'année 
prochaine  tout  sera  terminé.  Il  ne  manquera  plus 
pour  <K>n)plé(er  tout  le  sytème  de  canalisation  et  4*ir.« 
rigatlpn,  et  pour  ta  prospérité  de  l'I^gypte  1  '  qm;  \^ 
grand  canal  de  Gebel-Selséléh  pour  la  I^aute-Égypto  » 
les  grands  barrages  du  Nil  et  la  pointe  di|  Delta  puur 

XVllI.    AOVT.     5.  10 


(  ■4'*»  ) 

la  Basse-Egypte ,  et  enfin  la  communication  des  deux 
mers. 

Dans  ce  moment  j'arrive  à  El-Atfet ,  à  la  prise  d'eau 
du  canal  le  Mahmoudiéh,  où  je  dois  rencontrer 
MM.  Mougel  et  Gallice  pour  m'entendre  avec  euiE  sur.  la 
construction  et  l'exécution  de  l'écluse  que  l'on  va  dé- 
cidément bâtir  pour  permettre  la  navigation  libre  du 
Nil  à  Alexandrie.  C^eAtun  travail  que  j'ai  projeté  de- 
puis bien  long-temps»  et  qui  était  indispepsabU;  j'es- 
père bien  que  l'année  prochaine  il  sera  terminé.  .  .   . 

Sifflé  Liif  4Nt. 

NoTB  au  wujet  des  tra^HXÙx  de  ^ianalisation  dans 

la  Haute^Égjrpte, 

La  fiaote-Égypte  se  divise  en  deux  parties  ;  le  Said 
proprement  dit ,  entre  la  dernière  cataracte  et  lionfo- 
lout  V  et  rÉgypte  moyenne ,  de  ce  dernier  point  au 
Caire.  La  seconde  partie  possède  dé  temps  immémo- 
rial k  canai  Joseph,  qui  baigne  la  chaîne  Hbyque  , 
et  pénètre  à  l'ouest  dans  le  Fayoom,  par  une  gorge 
qoila  été  credséû  artificiellement  pour  arroser  cette 
fertile  province.  Ce  canal  a  été  rob)et  particulier  de 
l'attention  du  prince.  Les  ouvrages  d^art'  qui  existaient 
autrefois  à  Centrée  de  la  province  Arsmolte,  à  présent 
leFayoum,  avaient  pour  objet  de  contenir  les  eaux  de 
Fifiofidfttion  dans  le  lac  Maeris  et  sen  affluents ,  et  de 
léttrlivrer  passage  pour  arroser  les  partie»  inférieures  dti 
pays,  quand  l'exhaussement  du  Nil  avait  été  insuffisant. 
Cette  condition  ne  pouvait  être  remplie  aujourd'hui  ; 
niais  il  n^en  est  pas  de  même  des  provinces  de  Hiniéh 
et  de  Beny^ueyf  (  partie  du  haut}»  qui  pouvaient 
reécnroir  par  un  bon  aménagement  des  eaux  des  ca- 
naux tenatil  directement  du  Nil ,  et  de  belles  duBahr- 


(  «47  ) 
Yoasef ,  une  irrigation  beaucoup  plus  abondante  que 

par  le  paseé.  A  Tégard  du  payfl  supérieur  au  canal  Jo- 

Mpbi  joéqo'ioi  V(m  n'aurait  jamais  fait  un  traTail  général 

d'irrigation  ;  quelques  portions  de  canaux  baignaient  le 

pied  de  la  cbaine  Hbyque,  étaient  sans  profondeur  » 

sans  pente  suivie,  sans  continuité,  sans -ouvrages  d'art. 

Us  «fiujf,  AW»  çQuirwl*  n'éMMQDl  guère  fii^le.r^Mdu 

4e  cellq^  qui  pro^î^ni^^Pi  fies  di^g^dqimmU  i9Pll«e)4,  «rt 

pprtéof^  ^Hmceakxçi^Ulésp^rreiret  4f  M  p^9^  troMT^rt 

$1^]^  Qa  ^aii  m  elbt  que  la  vallée  d«  Nit  est  plus 
9bai«^e  ^'un  9u  pl<,»i^Mrs  in&ta'Q^  au  p«e4  d^sjnonlar 
goe^  qa>i|^  berger  dp  fleuvQ,  l^s  tiav^tfi  de  oftoplisam 
tion  entrepris  en  dernier  lieu  remédieront  à  col  étal 
dQ  qUoif^,  ^ui  Vfl|)(im^«  peqMIl!»  iv«iii'l9^  TadoiiDistra- 
tiqp  pQwpiin^,  Mahap^Y0Qd-4U  Papba  est  U  pmmUat  %fÊi 
ait  port^  ceUe  atte^t^oi^  aMx.pm*4ios.  sp{>éneucèa;db 
I*ÊByP^^  t  ^  l'^iQultlIf^f  «  f^utq  4'kTW»^là0m  to^s«9É»i 
laissait  à  désirer.  Il   re^ie  ^  tçviatoer»  à  rettrénoité 
mj^o^t^  4^  hwl^^f.me  ^pér^ti^^  qf«î  n^«  î«aHiiB^té 
t^^t^Qi  Oi^n^Qo^tQ  région  »1q  NI)  ^ft.^Of^iAfti  en'  bban** 
cpup  fi'^pdtoilçi^ntre  4^f  r^cMî»  dprgfèib4'ottiéUva- 
tif^n  ip^dÎQWe.  U  n^  |i9i)9it  PA9  împpwb)^  dolnoer  un 
can^l  CQqlfnvi  qui  auraM  sa  pri^^  d'^^l^r  ^  iteb^elrStHé^ 
léb»  «t  qqipropgir^aU  aav^mn^»  d'fiaii  suffiiMtdans 
les  mauvaises  a^p^ed  ji^^qu'i  Syout  eA  Modfaloul.  La 
rive  droit?  n'a  pas  l>e#oiA  de    tritAraui  senfalablea , 
élaiit  général^meat  plqf  f^ppvQcH^  du  MU ,  d'au  l'an 
tîr^  aÎAéinent  d^s  c(^napic  dir^ots  pour  l'inngaliott. 

J.-l>.     ' 


(  «48) 

NouvBLLfis  d'Jbystinie  et  de  V Egypte ,  (VAlexarulne , 
les  ^T  juillet  et  17  août  ^  transmises  par  II.  Gadtij» 
d'ABCt  consul'généraL 


'''  MM.  Petit  t  Vigneau  et  Lefebtre  ont  quitté  Adoua 
dans  les  premiers  jours  de  tnars.  M«  Beel,  voyageur 
anglais,  rentre  en  Egypte  avec  M.  Blondeel,  consul-géné- 
rai  de  Belgique.  Ces  messieurs  ont  quitté  Gondar  le 
10  février.  L*abbé  Zapetta,  atteint  par  les  fièvres  du 
pays,  est  obligé  de  quitter  TAbyssinie,  et  rentre  au 
Cake. 

Le  docteur  Reik ,  attaché  à  la  mission  anglaise  dans 
leyoiyaiKDe.de  Choa,  vient  de  déterminer  la  latitude 
d'Ankober  (  qui  Jusqu'à  ce  jour  n'avait  point  été  ob- 
tenue )  )  ainsi  qu'il  suit  :  Latitude  N. ,  9°  34'  44'  »  lon- 
gitude E. ,  Greenwich ,  3$<>  54'  o'^. 
•  Le  iMib  d*Arkeeko  et  stës  subordonnés  sont  dispo« 
séf  de  la  manière  la  plus  favorable  pour  nos  voyageurs. 

L^àbbé  Guérin,  missionnaire  français,  arrive  de 
riode  oè  il  a  passé  treize  ans  ;  il  rapporte  une  fort  belte 
coUeetion  de  manuscrits  sanscrits  sur  l'astronomie. 

En  faisant  des  fouilles  près  des  jardins  de  M.  Gi- 
barrâ  sur  la  route  d'Alexandrie  à  Rosette ,  on  a  mis  à 
nu  les  fondations  d'une  construction*  gigantesque.  Le 
fût  des  colonnes  est  en  granit  rouge ,  la  base,  et  le 
chapiteau  en  granit  gris  ;  le  chapiteau  se  rapproche 
du  style  corynthien  ;  les  colonnes  sont  monolithes  : 
la  hauteur  du  fût  est  de  lo'^âo.  Autour,  sont  un  grand 
nombre  de  colonnettes  en  granit  et  des  fragments  de 
mosaïque.  Les  fondations  sont  d'un  travail  soigné  ;  le 
sol  s*élève  à  4*  au-dessus  de  l'édifice.  Le  même  pro* 


(  i49  ) 

priétaire  a  recueilli  deux  statues  près  d*un  village  voi- 
sin; l'une  d'elles  est  une  copie  réduite  de  la  f^éaus  de 
Milo,  On  continue  les  fouilles  dans  ce  dernier  endroit 
situé  entre  l'Atréh  et  Aboukir. 


Nouvelles  transmises  par  le  D""  Clot-Bey. 


Caire ,  4  juillet  et  4  août. 

M.  l'ingénieur  français  Mougel  vient  de  présenter  un 
nouveau  projet  pour  le  barrage  ;  il  serait  établi  préci- 
sément au  Ventre  delà  Vache»  c'est-à-dire  au  point  de 
séparation  des  deux  branches  du  Nil.  Les  travaux  se 
feraient  dans  le  lit  do  fleuve  »  ce  qui  éviterait  de  creu- 
ser un  canaL  M.  Mougel  se  propose  d'employer  le  bé- 
ton ;  il  remplace  la  pouzzolane  par  des  briques  faites, 
avec  de  l'argile  et  ^r-.  de  chaux.  L.e  devis  de  la  dépense^ 
est  de  moitié  moindre  que  dans  les  précédents  projets. 
On  s'occqpe  aussi  du  canal  des  Deux-Mers.  Selon 
MM.  Linant  et  Mougel ,  il  suffirait  de  3  k  4  millions 
de  francs  pour  l'exécution. 

Commimùiué  par  M.  Jovabd. 


(  «io  ) 


DEtlXlEME   SECTION^ 


Actes  dd  la  Sociétés 


EXTEAIT  DES  PkOCES-TERbAUX  DES  SKA2«CZS. 


PhiSlDEnCE   DE    M.    lOliAAP. 


Séance  du  5  août  t84** 
iJt  plrocè§«T^rbàl  tfe  la  tfenoiète  séance  est  lu  et 

il.  Cîihto4rriddià6  féttiërete  ia  CûttiDàissioti  ceùlrâk 
déÉ  tfeftèiéighi^iiiètits  qui  lûl  ont  étA  batisiiii^  Btir  le  bot 
él  te»  h^taol  d^  la  Sôclélé.  M.  le  ininistre  âûbotiée 
qtill  Ml'a  ivetir^i  d6  pôutôir,  diaùis  le  tt)Utt;  de  fta  pr 6- 
iiâèflce ,  cotttriba«r  à  soù  ëxteùàioh,  et  il  H^^s&oCie 
dM  à  pi^ae^Hi  se^  ttut&ui,  tomme  ftùuscriptettt',  pôtir 
une  somme  annuelle  de  loo  (Vàtlts. 

Il*  le  comte  de  Moatalivet,  intendant-général  de  la 
Mate  civile ,  annonce  à  la  Société  que  le  Roi  a  bien 
voulu  lui  accorder  un  encouragement  de  i»ooo  francs 
pour  l'année  1 849  »  comme  un  nouveau  témoignage 
de  li'ntérèt  que  prend  S.  M.  à  ses  utiles  travaux. 

M.  Drouyn  de  Lhuys  ,  nommé  Tun  des  scrutateurs 
de  la  Société  h  lu  dernière  assemblée  générale  »  lui 
adresse  ses  remerciements ,  et  lui  annonce  qu'il  s'ef- 
forcera de  seconder  ses  travaux. 


(  »5i  ) 

M.  Charles  Baltresque  »  admis  réceiftment  dans  la 
Société  9  lui  adresse  aussi  ses  remerciemcats,  et  lui 
promcit  sa  coopérattoo. 

H.  l'amiral  Baudhi ,  préfet  marilitiie  à  Toulon  «  écrit 
qu'il  s'est  empressé,  comme  tous  lea  corps  de  k  ma- 
rine placés  aou»  soa  autorité  »  de  e'assooier  au  toni  de 
la  Société  pour  rénectîon  d'usmonumeiiià  la  mémoire 
do  M«  le  cootre-amiral  dTlIri^ille*  Le  produit  de  eette 
aoaacripiûm  a  été  en? oyi  4  Airis. 

Mk  Marbeau,  trésorier-général  des  Invalides  de  hi 
marine,  adresse  è  la  Société  une  somme  de  66^  fv.  qui 
lui  a  été  tmnsmisepar  divers  trésoriers  dans  les  ports, 
comme  provenant  de  socKCriptions  recueillies  par 
eut  pour  le  monument  de  H.  le  eontre^amiral  d'Ur- 
ville. 

M.  le  baron  Walckenaer,  secrétaire  perpétuel  de 
TAcadémie  des  inscriptions  et  belles-lettres ,  adresse 
à  la  Société  des  billets  pour  ceui  de  Ses  membres  qui 
désireraient  assister  à  la  prochaine  séance  publique  de 
cette  Académie. 

M.  Eyriès,  du  Havre,  donne  des  renseignements  sur 
on  envoi  de  M.  Lavallèe»  vice-consul  de  France  à  là 
Trinidad  de  Cuba.  Cet  envoi»  qui  n*est  point  parvenu  à 
la  Société»  Consistait  dans  une  grande  carte  en  6  feuilles 
de  l'Ile  de  Cuba.  La  Commission  décide  qu'il  sera  Fait 
des  recherches  au  bureau  des  diligences  pour  retrou- 
ver cette  carte. 

M.  Atbert-Montémont  fait  hommage  de  vingt  exem- 
plaires d'une  ode  qu'il  a  consacrée  à  la  mémoire  de 
M«'  le  duc  d'Orléans. 

M.  le  secrétaire  communique  la  liste  des  ouvrges  of- 
ferts à  la  Société.  La  Commission  vote  des  remercie- 


i  »5«  ) 
menls  aux  auUura,  et  ordonne  le  dépôt  de  ces  ouvra- 
ges à  la  bibliothèque. 

M.  de  Rhanikoff,  conseiller  aulique  de  S.  M.  Vem- 
pereur  de  Russie,  met  sous  les  yeux  de  rassemblée,  en 
y  igootant  des  explications  verbales ,  plusieurs  cartes 
manuscrites  de  diverse^  contrées  de  TAsie  centrale 
qu'il  se  propose  de  publier,  entre  autres  une  grande 
c^rte  (opograpbique  de  la  chaîne  de  l'Oural ,  fondée 
sur  des  observations  astronomiques  et  un  grand  nom- 
bre de  levés  spéciaux.  M*  de  Khanikpff  a  résidé  long- 
temps sur  les  lieu:(|  ainsi  que  soo  frère  »  coiiseiller  4e 
Russie  à  BoMidra.  M.  le  Président»  sur  la  proposition 
de  M.  de  Laroqiiette  ,  invite  M.  4^  Khanikoff  à  vovloir 
bien  communiquer  au  pomité  du  QuUetin  une  Note 
sur  ces  intéressants  travaux. 

.  M.  Pyriès  r^end  compte  de  Toufrage  de  M.  Bore 
ayant  pour  titre  :  Correspondance  et  Mémoires d*mi  voya- 
geur en  Orient.  Rcovpi  de  ce  rapport  pu  concile  du  bul- 
letin. 

Le  môme  membre  annonce  qu'il  a  reçu  une  lettre  de 
M.  de  Angélis,  correspondant  étranger  de  le  Société  à 
Buenos-Ayres.  Ce  savant,  dit-il,  continue  de  prendre 
un  vif  intérêt  aux  travaux  de  la  Société ,  mais  l'étpt 
politiqi^e  du  pays  ne  lui  permet  pas  d'y  coopérer  ac- 
tivement. 

M.  Jomard  aonopce  ^u'il  a  reçu  de  M.  Antoine 
d'Abbadie  une  lettre  contenant  d'intéressantes  coip- 
muniçations  sur  l'ancienpe  Adulis  \  l'heure  avancée  ne 
lui  permet  pas  d'en  donner  lecture. 

Le  même  membre  fait  hommage  du  Recueil  de  do- 
cuments sur  l'Arabie  par  M.  le  baron  de  Hammer , 
dont  il  avait  donné  communication  daqs  une  des 
séances  précédentes. 


(.53)    ■ 

M.  le  Président  aDoonce  enaoite  que  la  Commission 
du  monument  à  élef er  à  la  mémoire  de  H.  le  contre^ 
amiral  d'Unille  s'est  réunie  avant  la  séance,  et  il  rend 
compte  des  mesures  qu'elle  vient  de  prendre.  Sur  sa 
proposition ,  la  Commission  décide  i  *  que  le  monu- 
ment sera  élevé  à  Paris ,  sur  l'emplacement  concédé 
par  la  ville  dans  le  cimetière  du  Sud  ;  s^  que  des  dé  - 
marches  seront  faites  dans  ce  but  auprès  de  l'admi- 
nîstraiioo  ;  3*"  que  M.  Vincendon-Dumoulin ,  ingé- 
nieur -  hydrograpj^ie  de  la  marine,  sera  adjoint  à  la 
Commission  du  monument  comme  représentant  des 
cempagtions  de  vo]^ âge  de  l'amiral  d'Urville,  et  comme 
intermédiaire  de  la  famille.  M,  le  {^résident  ajoute  que  la 
souscriptiop  s'élève  aujourd'hui  k  la  somme  de  a,66i  fr. 
So  c. ,  y  compris  celle  de  6d9  fr.  versée  par  M;  Mar- 
j^eaii ,  trésorier^général  des  Invalides  de  la  marine. 

Séance  dut- 1 9  août  1 649. 

Le  procèfr-verbal  de  W  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

H.  de  Morioe^u  /admis  récemment  dasa  la  Société, 
lui  adresse  ses  remerciements,  et  promet  de  concou- 
rir à  ses  tiavaux* 

M.  le  Présîdeni  annoilce  la  présence  de  M.'  Martius, 
de  l'Académie  roysie  des  scieûces  de  Mu&icb;  de 
M.  Trisiani ,  astronome  de  l'observatoire  de  Milao»  et 
de  Mf  P^c^I  Cosjle,  voy^ageur  on.P«rse. 

y,fait.cfonnaltre  ensi^ite  la  perle  douloureuse  que  ki 

Soo^é  vient  de  faire  dans  la  personne  de  M.  le  D*^ 

Edwfirds ,  membre  de  la  Commission  centrale. 

»  (I  annonce  .enfin  qu'il  a  été  écrite  H.  le  préfet  4^ 

l^  «Sieine.iagu  9ujet  4«i  nis^Qument  .dn   cohlfe.-^aratval 


(  1^4  ) 

cl*LIrvilIe,  ainsi  quà  M.  Dumoulio,  récemtDcnt  ad- 
joint à  la  Commission  du  moliumeni. 

M.  Jomacd  communique  une  kUre  qull  a  raçuç 
de  M.  Gautier  d'Arc,  consul -général  de  France  on 
Egypte  »  et  qui  contient  dee  offres  de  sèrvîoe  pour  la 
Société  9  avec  des  reMeignements  sur  plUéietHS  voya- 
geurs qui  reviennent  de  l'Abyaainie  4>u  dea  oonlrécs 
voisines. 

Le  même  men^bre  fait  connaître  que  VJs$oeiatmn 
Uuéraire  d'Égjple^  d<Mit  il  a  communiqué  lai  slatuto 
dans  une  précédente  aéance,  es4diAtincte«i  indépen- 
dante de  la  Société  égyptienne  qui  ctaipin  déjà  aix 
années  d'existence*  U  communique  eosnile  lei  obser- 
vations météorologiques  faites  au  QAw  par  M»  De*- 
touches  pendant  les  aimées  i84o  et  1 84 1,  et  il  donne 
lecture  d'une  lettre  que  lui  a  écfite  M.  de  Khanikoff  • 
conseiller  aulique  de  l'empereur  de  Russie.  Cette  lettre 
est  relative  au  rapport  verbal  laitpar  ce  voyageur  dans 
la  dernière  séance  au  sujet  de  l'Oural  et  de  l'Asie 'cen-. 
traie ,  et  renferme  dos  notions  ptéàise»  sm*  réUt  actuel 
des  connaissances  géographiques  et  ethnographiques 
dans  ces  vastes  contrées.  Renvoi  et  cette  letlre  au 
comité  d«  Bulletin. 

M.  Jomard  termine  ses  commuâitQkfiods  eti  pré- 
sentant la  dernière  partie  de  lamiipp^nSi^Mde  de  Here- 
Aord^  faâsaiit  partie  et  «on  travail  sût  les  Mdfwyteatr  de 
la  giùgrafhio. 

H.  Berthelot  aimonee  qu'il  est  ohat^' par  H.  le  che- 
valier de  Balbt  d'offrir  à  la  Société ,  de  k  i>art  de 
l'auteur,  M.  Salari,  employé  à  la  comptabilité  centrale 
lombarde  ^  une  statistique  générale  de  la  ville  et  ite  ta 
province  die  Silan.  Il  lit  une  Note  eucdnete  sur  ce 
travail,  qui»  préeenli  tous  ia  foime  d'un  «abieau  mo- 


(  «65) 

Dumenlal,  contient  tous  les  renseignements  histori- 
ques, topographi<|Qes  et  statistiques,  et  donne  le  ré- 
sumé le  plus  complet  qui  ait  été  publié  jusqu'à  ce  jour 
sut  là  Vill<3  âe  Milan. 

M.  le  vicomte  de  Sanlarem  offire  à  la  Société  un  N* 
de  la  Revue  trimestriel  le»  publiée  par  l'Institut  his- 
torique et  géographique  du  Brésil,  et  il  appelle  son 
attention  sur  les  importants  documents  contenus  dans 
ce  cahier.  M.  de  Santarem  est  prié  de  remettre  au 
comité  du  Bulletin  une  analyse  de  cette  intéressante 
publteàtiôtt. 

M.  Ûoste  met  sous  les  yeux  de  l'assemblée  les  cartes 
itinéraires  de  son  voyage  en  Pef se.  La  Commission  }e$ 
examine  avec  intérêt ,  et  elle  invite  ce  voyageur  à  lui 
communiquer  une  Note  à  ce  sujet. 

Bi  Eyriès  rend  conxpte.  de  l'ouvrage  poblié  réceili- 
a^eni  par  M.  F^rdinapd  Perrier,  aide-d6-ca9i{>  de  Sentir 
man-Pacha  sous  le  titra  de  :  LaSyrieimuiegoupememma 
de  Méhdmet'AU.  Renvoi  de  ce  rapport  ^u  comité  du 
Bulle  tin* 

.  VL  dé  Gaatekntt  lit  ime  Notièe  sot  dtux.  itibéMras 
deXhatlftsIoli  à  Salahasaée  dabs  la  Florido.  H  çst  pri« 
^  commuit^ikiuér  un  l'ésumè  de  oss  itinéralrsb  att  co^^ 
mité  du  ButtcUn; 

llBIUHMl»  ilMllB   VAMS   &&   SOCIÉTÉ. 

Séance  du  S  ûûût  184^. 

M.  Prtdériè  ÂYâHoii»  lieutenant  d'artillerie  au  ser^ 
tice  de  la  Compagnie  anglaise  des  Indes  oritsntales. 


(  «56) 

Séance  du  ig  août  i843* 

M.  Adolphe  Babrot,  consul-général  de  France  dans 
rindo-Chine. 

M.  Lavaux,  avocat  à  la  cour  royale. 

OUVRAGES    OFFERTS    A  LA    SOCIÉTÉ. 

Séance  du  x*'  juillet  1849. 

Par  le  Bureau  des  longitudes:  Annuaire  poi^r  16^%^  — 
Par  M.  Constant  Sicé  :  Almanach  de  Pondichéry  pour 
les  années  i85.8  et  iSSg,  a  voL  in-8.  — Annuaire  sta- 
tistique des  établissements  français  dans  l'Inde  pour 
1840 9  1  vol.  in-8.  — Par  M,  Berth^lot  :  JX^pporis  pré-' 
sentes  au  congrès  de  Venezuela  par  les  ministres  de 
l'intérieur,  de  l'agriculture  et  de  la  guerre  et  de  lama- 
rine  sûr  les  divers  services  de  ces  départements»  3  vol. 
io-8.  —  Par  M.  Daily  :  Éléments  de  l'histoire  do  gefnre 
humain  «  2«  eatrier,  géographie.  —  Parles  Académies 
et  Sociétés  des  sciences  et  d'agriculture  de  Dijon ,  d'É- 
vreux  »  de  .Versailles ,  de  Troyes ,  de  Booeii  «  d'Angers , 
dé  Lons-le-JSàulniér  et  de  Meauz  :  suite  des  Mémoires 
de  ces  Sociétés  pour  i82g»  1840,  et.|84t<=  -^Par 
M.  Tassin  :  This  new  and  improved  liap  of  variooi 
routes  between  Europe  and  India,  comprehendiog 
Western  and  Northern  Asia  s  legetfaer  wîth  Asia  Mi- 
nor  and  Egypt.  Calcutta,  i834  »  4  feuilles.  —  Map  of 
tho  NortU  Western  frofUi^r.pf  $r}tîsh  India  »  inclu* 
ding  the  protected  Sikh  States ,  Lahore ,  Cashmeer , 
Çil^ul  •  llerat ,  GandaUar»  Shikarpare  et  Bb^ivulpDre; 
togetbcr  wiâb  Sip4ci  ^^^  Bajpootana  »  Ihe.  loduMi  rîvj^ 
und-pait  of  Beloocbistan.  Calcutta,   i838,  4  feuilles. 


(  i57  ) 

—  Map  of  Upper  Assam,  comprising  the  districts  of 
Joorhaft  Luckimpore  and  Sudiya ,  shevving  the  thea 
tracts  dîscovered  by.  G.  A.  Bruce ,  also  tbe  roads  pro* 
posed  to  be  opeoisd  from  Sudiya  to  the  Booree  Di« 
hing.  Calcutta»  iSSg,  5  feuilles.  • — Map  of  Eastérn 
Asia  comprising,  China,  parts  of  Tibet  lœdMobgotia  ^ 
BootaOy  Assam,  Butina  and  Eàstem  Bengai;  toge** 
ther  with  Anam,  Gambodia,  Siam,-  Laos,  the  Malay 
Penînsiila  and  tbe  Indîan  archipelago.  Calcutta»  i84o« 
8  feuilles.  — Hind  bà  Hindusthan ka* Nakska'  (carte  de 
rinde  en  indostani  }•  Calcutta ,  6  feuillesb  ^*- A  new 
and  improfed  Map  of  the  provinces  of  Bengai  and 
Behar,  mth  Benares  and  adjoinii^  terri  tories,  ézhibi- 
ting  the  district  divistiônst  tbe  civil  and  military  sta- 
tions and  police  thamas,  and  likewise  Ihe  principal 
Indigo,  Silk  and  Sugar  Works.  Calcutta ,  19  feuilles. 

—  Par  M.  Ramon  de  la  Sagra  :  Mapa  de  la  isla  de 
Cuba  ,  y  tierras  circunvecinas  segun  la  division  de  los 
naturales,  cph  las  derrotas  que  siguiô  el  Almirante 
Don  Crisiobal  Colon  en  sus  descubrimientos  por  eslos 
mares»  y  los  primeros  establecimientos  de  los  Espa* 
gnôles^  para  servir  de  iluslracion  à  «u  Historia  Anti- 
goa ,  por  D.  José  de  la  Torre  y  de  la  Torre,  1  feuille. 
^Par  M.  f^iquesnei:  Carte  géologique  d'une  partie  de 
la  Servie  et  de  TAIbanie  »  dressée  par  le  colonel  Lapie, 
d'après  les  renseignements  recueillis  en  i836  et  i.83â 
par  M.  Visquesnel,  1  feuille. 

Séance  du  \h juiflet  \t^%. 

Par  la  Société  géologique  de  France  :  Mémoires , 
tome  V^  1"  partie.  —  Par  M.  fer4ilnaHd.de  iMca  : 
Nqovi  eli^inenl^..di  geografia  ccc.  .^uinto  peri^<^Â: rtti 


(  l58  ) 
geografia  secoodo  Tor^ine  deglt  siuctt  g^ograflei  che 
contiene  lo  stodlo  elefnentape  délia  geôgrafia  anliea  ; 
1  foi.  in*«8.  -^  IttatituiioDÎ  eltmentavi  di  geografia  na* 
torale  iopegrafica  aatronottiîea  ,  fisica'e  morak  ordî* 
pâte  con  auoto  melodo  io  otto  ptiriodi»  i  vol;  in-ft.  — 
GeoDMtria  pâaoa  ^  i  vol.*  iii*<(S.  -^  GeooiélrlÉi  analitioa 
aaaKai  a  due  a  ooordiDate^  i  to).  in^.  — «Gedmelm 
analiiica  a  due  côordinale  «  i  ?ôl.  ln-8;  ---*  Trigonome* 
tiiapiana  analitica»  i  fol.  iii«S.  *^  Insllfutione  pra*^ 
tiea  di  agrÎDaeDaora  da  seirira  por  rialparione  popo* 
lare»  i  yoL  in«8.  -^  Pap  Us  édUeurs  :  Nbof elles  annales 
des  voyages.  »*- Annales  marillmes,  juin.  *- Annales 
deaseienceagéolo^qoes»  mai.  — Reeneil  de  la  Société 
polytechnique^  mai.  —  L^Écho  du  Monde  savant 

Séance  du  h  (Moûi  i84s« 

Par  Mp  le  baron  ff^alckenaer  :  Mémoire  sqr  la  chro- 
nologie de  l'histoire  des  Jayanais  9  et  sur  Tépoque  de 
la  fondation  de  Madjapahit,  1  broch*  io-4*  ~~  ^^ 
M.  Marcel:  Annuaire  algérien  pour  1 84a  (  is58  de 
l'hégire)  ,  impartie,  1  vol.  in-8.  -^  Par  M. , de  La-: 
roquette  :  Notices  historiques  ^ur  MM.  d/D  Lesseps 
(  extraites  de  la  Biographie  universelle  )  ,  in^.  —  Par 
la  Société  royale  géographique  de  Londres  :  Address  to 
the  anniversary  Meeting  (aS^may  i84a). —  Par  M.  Al- 
hert^Montémont  :  Ode  sur  la  mort  du  duc  d'Orléans  , 
Prince  Royal.  —  Par^  M.  Browring  :  History  of  the  Hu- 
guenots from  i5^8  to  i838,  1  vol.  in*8. 

Séance  du  19  eu}ût  1849. 

Par  P Académie  royale  des  sciences  de  Tunn  :  Mé- 
moiraf  de  celte  Académie ,  a*  série ,  tome  III.  —  Par 


(  1%  ) 

la  Société  philosophique  américaine  de  Philadelphie  : 
Transactions  de  celle  Sociélé,  ?ol.  VIII,  ir«  partie.  — 
Par  M.  G,  Salari  :  Slalislica  générale  délia  Regia 
Cilla  e  Profincia  di  Milano,  compilala  da  G.  Salari , 
1  vol.  in-f*.  —  Par  M.  Stanislas  Julien  :  Exercices  pra- 
iques  d'analyse,  d*  syntaxe  et  de  lexigraphie  chinoise» 
1  Tol.  »  in-8.  -—  Par  les  auteurs  et  éditeurs  :  Revue  tri- 
meslrielle  de  Tlnstilat  historique  el géographique  du 
Brésil,  n®  i2i.-*  Nouvelles  Annales  des  voyages»  juiltet. 

—  Annales  maritimes ,  juillet.  —  Bulletin  de  la  Société 
de  géologie»  tome  XIII,  feuilles  17  à  ^9.  —  Revue 
scientifique»  juin.  < —  Recueil  delà  Société  polytechni^ 
que,  juin.  —  Journal  de  Tlnstitut  historique  ,  juillet. 

—  Journal  des  missions  évangéliques ,  août.  —  Mé^ 
morial  encyclopédique,  juin.  —  L'Écho  du  monde 
savant. 


i6o 


S<^r5CMrTJO!ç  OL^T^  â.stu  .V  w:m  Àt   /j  -Sot  fU  de  gfo- 


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1^ 


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BULLETIN 


DB    LA 


SOCIETE  DE  GEOGRAPHIE. 


«BPTfiHBBB   l849« 


PREMIERE    SECTION» 


MÉMOIRES.  EXTRAITS,  ANALYSES  ET  RAPPORTS. 


PREMIER  VOYAGE 

à  la  recherche  des  sources  du   Nil-Blanc ,   ordonné 
par  Mohamhed-Aly  ,  vice-roi  d^ Egypte. 

Article  communiqué  par  M.  Jomard. 
(  Fin.  )  (0 

Lundi,  i5  zilkadé. — Le  matin,  à  notre  départ,  le  vent 
soufflai!  du  septentrion. 

A  s^  1/2  le  gouvernail  de  la  troisième  dahabéyh  ne 
fonctionnant  pas  convenablement,  nous  fûmes  obligés 
de  le  raccommoder  un  peu  ;  dans  ce  moment  trois  sacs 
de  soldats  tombèrent  dans  Teau  et  se  perdirent ,  par 
Ja  faute  de  plusieurs  individus,  qui  furent  punis  d'après 
les  règlements»  et  on  porta  la  perte  sur  leur  compte. 

(g)  Voy.  les  BoUecios  de  juillet,  p.  5  ,  et  août,  p.  81. 
XVIII.    SEPTEMBRE.     1.  11 


(     169    ) 

A  7h  nous  nous  mimes  en  route.  Le  vent  était  con- 
traire» et  In  renconirede  plusieurs  kourdas  nous  força  à 
baler  jusqu*à  1 1''.  Quelques  uns  des  habitants  de  ces 
parages  Tinrent,  et  embrassant  les  cordages  du  haïsse, 
se  mirent  à  les  tirer  en  compagnie  des  soldats  ;  et 
comme  il  est  indiqué  dans  le  tableau  ,  les  habitants 
de  neuf  hilléhs  que  nous  rencontrâmes  se  présen- 
tèrent sur  le  bord  du  fleuve  en  nous  priant  d'ac- 
cepter le  bétail  qu'ils  amenaient  avec  eux;  ils  nous 
suivirent  pendant  s  ou  5  heures;  mais  ayant  refusé 
leurs  présents,  ils  s'en  retournèrent  tout  contrits. 

A  l'occident  nous  reconnûmes  un  étang  couvert  de 
hérons;  nous  vîmes  aussi  beaucoup  de  bois  dana  cet 
endroit.  A  n^  nous  aperçûmes  un  hilléh;  l'un  de» 
habitants  nous  apporta  une  dent  d'éléphant. 

Le  fleuve,  dans  cet  endroit,  estcouvert,  jusqu'à  9  ou 
3  milles  du  rivage,  de  roseaui  et  de  joncs  que  les  bes- 
tiaux broutent;  dans  d'autres  endroits  il  y  a  des  tra- 
ces d'incendie. 

* 

Le  fond  du  fleuve  est  de  sable ,  et  les  bords  sont 
garnis  de  joncs  et  de  broussailles  ,  mais  en  très  petite 
quantité. 

Nous  jetâmes  l'ancre  au  milieu  du  fleuve  à  Tentroe 
de  la  nuit. 

Mardi,  16  zilkadè,  —  Le  matin,  à  notre  départ,  le 
temps  étant  calme  .  nous  fûmes  obligés  d'avancer  tan- 
tôt à  l'aide  du  halage,  tantôt  avec  le  peu  de  vent  qui 
3jc>uniait. 

Du  côté  de  Toccident  et  de  l'orient  nous  aperçûmes 
une  dizaine  d*habitntions ,  ainsi  qu'un  étang  à  l'occi- 
dent. 

* 

Les  habitants  de  cet  endroit  vinrent,  comme  le5v 
autres ,  nous  (iffrir  leurs  présents  en  nous  suivant 


(  »6î) 
Dans  les  habita  lions  que  nous  vîmes  il  se  trouvait  du 
tabac  ,  du  dourah  et  du  sésame  en  quelque  quantité. 
Nous  y  trouvâmes  également  deux  dents  d'éléphant  9 
ils  les  emploient  comme -des  piquets  et  les  enfoncent 
dai\s  la  terre.  Ce  jour  ils  nous  en  apportèrent  quatre  , 
mais  toutes  petites.  A  1 1^  nous  nous  arrêtâmes  du  côté 
de  l'occident  un  jeune  homme  d'environ  90  à  91  ans 
vint  se  présentera  notre  drogman Méhéemed,  et  lui  dit 
que,  se  trouvantmalheureux  et  sansmoyens  d'existence, 
son  dessein  était  de  nous  suivre.  Tout  examen  fait, 
nous  consentîmes  à  le  prendre  avec  nous,  et  nous  le 
fîmes  babiller. 

Les  bords  du  fleuve  sont  couverts  de  restes  de  joncs 
et  de  broussailles  qui ,  pour  la  plupart ,  ont  été  ou 
broutés  par  le  bétail  ou  dévorés  par  l'incendie. 

Le  fleuve  est  plein  de  crocodiles  et  donne  asile  à 
quelques  hippopotames  ;  sa  vase  est  de  sable;  il  a  en* 
viron  i  milles  de  large.  Sur  la  rive  occidentale  se 
trouve  du  bois  en  asset  grande  quantité. 

A  l'entrée  de  la  nuit  nous  jetâmes  l'ancre. 

Mercredi^  17  zilkadé.  —  Le  matin,  à  notre  départ, 
plusieurs  petits  animaux  de  menu  bétail  ayant  été  ap- 
portés des  rives  orientale  et  occidentale,  ils  furent  dis- 
tribués aux  soldais  >  qui  en  avaient  grand  besoin.  Les 
habitants,  voyant  leurs  présents  acceptés,   retournè- 
rent pour  prendre  leurs  meilleures  bêtes  ;  et  h  leur  ar- 
rivée,  ils  nous  suivirent  en  nous  priant  de  ne  pas  re- 
fuser leurs  présents,  et  ils  se  mirent  àhaler  comme 
les  soldats.  La  tribu  d'El-Hyabb  (1)  habite  la  rive  oc* 
cidentale,  et  la  rive  orientale  est  habitée  par  celle  de 
Bhourr  (s).  Ces  deux  tribus  sont  presque  toujours  en 
guerre  pour  les  pâturages. 

(i)  Les  tableaux  portent  la  tribu  d'Elyab,  On  dit  jHissi  le  pnjn  des 
Heliabs.  —  N.  du  R. 

(2)  On  trouve  aussi  B/iour  dans  le  manuscrit. 


(  »64  ) 

Quoique  nous  ayons  avancé  pendant  plus  de  deux 
heures  à  l'aide  du  vent,  cependant  la  plupart  du  temps 
nous  avons  été  obligés  de  nous  en  tenir  au  halage. 

A  5^  nous  aperçûmes  une  branche  du  Qeuve.  Dans 
cet  endrcHt  le  fond  du  fleuve  est  du  sable  ,  et  les  bords 
en  sont  garnis  de  roseaui  et  de  joncs  ;  nous  aperçû- 
mes également»  au  côté  oriental  et  près  du  fleuve,  plo* 
sieurs  arbres  d'Europe  ainsi  que  d'autres  espèces  d'ar- 
bres. 

Les  insirumenb  do  halage  nous  manquant  pour  les 
barques ,  nous  coupâmes  plusieurs  de  cea  arbres  ,  et 
nous  jetâmes  l'ancre  au  milieu  du  fleuve. 

Jeudi j  iS  zilkadé.  — Le  matin  le  temps  était  calofie  ; 
après  avoir  un  peu  halé,  le  vent  faisant  sentir  son 
influence  favorable»  nous  naviguâmes  jusqu'à  5^.  Mais 
quelques  kourdas  s'étant  rencontrés  devant  nous  y 
nous  fûmes  obligés  de  recourir  au  halage.  Les  habi- 
tants aidèrent  les  soldats  à  haler  jusqu'à  9^  ;  ils  vin- 
rent des  deux  rives  en  grand  iK>mbre,  sans  armes, 
accompagnés  de  bétail  :  ce  qu'ayant  vu  »  nous  abor- 
dâmes la  rive  occidentale.  Le  grand  cheikh  Ryann  (1) 
Kandjack  vint  se  présenter  à  notre  dahabyéfa  ;  et 
l'ayant  interrogé  sur  le  pays«  il  nous  répondit  que 
devant  nous  se  trouvait  la  tribu  des  Schii*s,  qui  parlait 
une  autre  langue  et  qui  était  leur  ennemie.  Ils  s'occu- 
pent de  la  culture  du  dourah»  du  sésame»  du  tabac 
et  des  citrouilles.  Il  parait  que  cet  individu  est  égale- 
ment le  cheikh  de  la  tribu  des  El-Hyabb  ;  il  avait  amené 
avec  lui  plus  de  1,000  personnes  sans  armes.  Ils  ont 
l'habitude  d'attacher  à  leur  corps  la  queue  et  les  cornes 
des  vaches,  animal  qui  est  le  plus  honoré  parmi  eux. 

(1)  HyAn  (  ra6/MtuK  ). 


(  «65) 

Enti€  les  animaux  qu'ils  amenèrent»  nous  ne  primes 
que  ceux  dont  nous  avions  absolument  besoin.  Nous 
donnâmes  en  retour  au  cheikh  quelques  verroteries  et 
jilusieurs  paquets  de  toile  de  coton  pour  se  faire  un 
habillement,  en  lui  disant  que  nous  étions  très  satis- 
faite de  ses  présente.  Il  resta  jusqu'au  soir  à  haler  avec 
les  soldate. 

Ag^,  en  approchant  delà  rive  orientale,  trois  grands 
cheikhs  des  Bhourrs  vinrent  à  notre  dahabyéh.  Pour 
ies  satisfaire  nous  leur  donnâmes  un  peu  de  verroterie 
et  un  peu  de  camelot  blanc.  Les  ayant  interrogés,  ils 
nous  répondirent  que  leurs  habitations  se  trouvaient 
un  peu  loin  du  fleuve ,  et'que  leur  agriculture  se  com- 
posait de  la  culture  du  sésame,  du  tabac  et  des  citrouil- 
les; ils  nous  dirent  également  qu'ils  étaient  presque 
toujours  en  hostilité  avec  la  tribu  d'El-IIyabb  et  une 
autre  tribu. 

La  tribu  de  Bhourr  ayant  amené  cinquante  tètes  de 
vaches,  nous  choisîmes  les  plus  convenables,  et  nous 
renvoyâmes  le  restant. 

Le  fleuve  dans  cet  endroit  est  peuplé  d'une  grande 
quantité  de  crocodiles  et  de  quelques  hippopotames  ; 
les  bords  sont  garnis  de  joncs  et  de  roseaux. 

Sur  la  côte  occidentale  se  trouve  une  grande  quan- 
tité d'arbres  ;  du  côté  de  l'occident  se  trouvent  sept 
habitations,  et  du  côté  de  l'orient,  une  habitation  et 
5ix  llets. 

A  l'entrée  de  la  nuit  nous  jetâmes  l'ancre  au  mi- 
lieu du  fleuve. 

F'endredit  19  zilkadé.  —Le  secrétaire  de  Suleiman- 
Kachef  et  un  efFendji  constantinopolitain ,  qui  depuis 
deux  mois  souffrait  de  la  dysenterie,  trépassèrent  dans 


(  «66) 
le  milieu  de  la  nuit.  Nous  nous  arrèlàmes  le  matin 
pour  leur  rendre  les  honneurs  funèbres  ;  à  la  reprise  de 
notre  route ,  comme  il  a  été  indiqué  daùs  le  tableau 
ci-joint  y  un  grand  nombre  d'habitants»  sortant  de 
leurs  cabanes ,  sacns  armes  comme  hier,  nous  amenée 
rent  beaucoup  d'animaux  d'espèces  différi^ntes. 

A  Toccident»  plusieurs  individus  de  la  tribu  d'Ei- 
Hyabb  Tinrent  nous  offrir  des  bêtes  choisies;  les  gens  de 
la  tribu  de  Bhourr,  située  sur  la  rive  orientale,  too* 
lant  s'obstiner  à  surpasser  les  autres,  nous  choisirent 
ce  qu'ils  avaient  de  mieux  parmi  leiira  bestiaux.  Ebfin, 
il  nous  fut  offert  ce  jour-là  plus  de  cinquante  bètes, 
et  nous  donnâmes  en  conséquence  aux  chetkhs  quel- 
ques morceaux  de  chftte  blanc,  ce  qui  les  contenla  au 
plus  haut  degré;  Us  s  en  retournèrent  tout  joyeux  à 
leurs  habitations. 

A  g^  nous  aperçûmes  du  côté  de  l'orient  quelques 
éléphants,  ainsi  qu*un  grand  nombre  de-crocodiles  et 
plusieurs  hippopotames. 

A  l'occident  nous  aperçûmes  des  bois  éloignés  d'en* 
viron  4  milles  du  fleuve ,  et,  près  du  fleuve  dans  quel- 
ques endroits ,  des  arbres  épars.  Ces  arbres  sont  de 
sept  espèces,  savoir  :  arbre  d'Europe,  nabak  ,  debker, 
endlrâab,  ekklid),  thalihh ,  e^sim.  Les  bords  du  fleuve, 
du  côté  de  l'occident,  dont  életésenvirond'unecoudéé» 

Nous  jetâmes  l'ancre  au  milieu  du  fleuve. 

Samedi^  so  zUkadé,  —A  notre  dépari,  le  matiù ,  le 
temps  était  catmn  et  un  peu  brumeux.  Nous  avançâ- 
mes quelque  temps  à  l'aide  du  halage.  A  4^  nous  arri^ 
Vâmes  â  un  endroit  où  le  fleuve  se  bifurquait;  les  eaux 
étaient  toujours  de  la  même  couleur  ;  nde  bnmclie 
allait  à  l'occident  et  l'autre  â  l'orient.  Nous  recon- 
nûmes que  le  territoire  de  la  tribu  d'El-Hyabb  finissait 


(  '67  ) 
là.  Nous  ingorioDB  si  ces  deux  bronches  Hq  fleuve  res-^ 
lent  toujours  séparées»  ou  si  elles  se  rejoignent  plus 
loin.  L'observation  de  cette  circonstance  devenant  né^ 
cessaire ,  nous  nous  arrêtâaoïes  en  cet  endroit  pour 
prendre  des  informations.  Nous  fîmes  venir  plusieurs 
individus  de  la  tribu  d'Ël-Hyabb  qui  se  trouve  à  l'oc* 
cident,  et  nous  leur  demandâmes  si  ces  deux  bran- 
ches restaient  toujours  séparées»  quelle  pouvait 
être  leur  étendue  s  et  s'il  était  vrai  que  nous  devions 
rencontrer  sur  notre  route  une  montagne.  Us  nous 
dirent  que  ces  deux  bras  étaient  des  rivières  séparées  ; 
quechûcane  d'elles  avait  son  lit  à  part:  seulement  que 
celle  qui  se  trouve  du  côté  de  Toccident  est  très  peu 
fournie  d*eau;  qu'au  contraire  celle  qui  se  trouve  à 
i*orient  est  plus  considérable  que  l'autre  et  en  tout 
temps  pourvue  d'eau.  Mais  ils  nous  assurèrent  aussi 
qu'ils  ne  connaissaient  pas  leur  étendue»  et  qu'en 
outre  ils  ignoraient  qu'il  y  eût  une  montagne  plus  en 
avant»  et  que  même  ils  n'en  avaient  jamais  entendu 
parler:  seulement,  dirent-ils,  il  se  trouve  en  haut  plu« 
sieurs  tiibus  qui  parlent  un  langage  différent  du  nôtre 
et  avec  lesquelles  nous  sommes  presque  toujours  en 
guerre ,  ce  qui  nous  empêche  d'avoir  des  relations  avec 
elles  el  d'être  instruits  des  circonstances  qui  peuvent  les 
regarder.  Dans  l'intention  de  constater  la  véracité  des 
déclarations  de  ces  individus,  nous  flmes  venir  de  la 
rive  orientale  deux  cheikhs  do  la  tribu  de  Bhourr.  Leur 
ayant  adressé  tes  mêmes  questions,  ils  nous  firent,  k 
peu  de  clu)se  près,  les  mêmes  réponses,  ce  qui  nous 
confirma  que  les  individus  de  la  tribu  d'EUHyabb 
avaient  été  vrais. 

L'exploration  de  ces  deux  branches  fiiisntit  partie  de 
la  mission  dont  nous  sommes  chargés,  Sulehnan-Ka- 


{  «68  ) 

cbef,accompagDé  de  l'adjudani-majorRuftlem-Effendi, 
du  Français  Ibrahim-Effendi ,  et  du  capitaine  Fei- 
houUah,  furent  envoyés  pour  explorer  la  branche 
occidentale  ;  on  envoya  par  terre  un  petit  nombre  de 
soldats  9  et  par  eau  une  chaloupe  avec  trois  marins 
pourvus  de  sonde  ;  après  avoir  marché  en  longueur 
environ  s  milles  »  on  trouva  que  la  largeur  de  ce  bras 
était  d'environ  8  à  lo  kouladjis,  et  sa  profondeur 
de  I  1/9  et  de  s  kouladjis;  la  vitesse  de  Teau  était  de 
]  mille  i/s  par  heure. 

Pour  explorer  également  la  branche  orientale  ,  les 
mêmes  personnes  montèrent  dans  un  canot  et  se  diri* 
gèrent  sur  ce  bras.  Après  avoir  navigué  la  distance  de 
3  milles ,  ils  remarquèrent  que  la  largeur  était  dans 
certains  endroits  d'un   mille   i/s  ,   et  dans  d'autres 
d'un  i/4  de  mille  ;  la  profondeur»  à  son  embouchure, 
de  I  i/a,  de  a  et  même  de  près  de  a  kouladjis  i/a ,  et 
sa  vitesse  d'un  i/s  mille  par  heure;  comparativement 
à  la  branche  occidentale  l'eau  y  est  bien  plus  consi- 
dérable, et  la  rivière  plus  large.  Nous  jugeâmes  donc 
convenable  de  naviguer  sur  celte  branche;  mais  le 
temps  n  étant  pas  favorable,  nous  jugeâmes  convenable 
de  passer  la  nuit  dans  l'endroit  où  aous  nous  trou- 
vions. 

Dimanche,  a  i  zilkadé, —  Nous  nous  mimes  en  route  ; 
le  temps  n'étant  pas  très  favorable,  nous  halàmes  )iis^ 
qu'î\  midi.  Après  avoir  gagné  l'espace  d'environ  5  milles, 
l'endroit  où  nous  étions  arrivés  n'offrait  plus  qu'un 
1/2  kouladj ,  et  même  moins.  Nous  ordonnâmes  de 
maintenir  toujours  les  barques  au  milieu  de  la  ri- 
vière, et  après  avoir  examiné  de  côté  et  d'autre,  nous 
remarquâmes  que  l'eau  gardait  à  peu  près  la  même 
profondeur.  On  réunit  tous  les  officiers  ,  et  on  leur 


(  »69  ) 
exposa  l*état  des  choses  ;  dans  leur  réponse  ils  dirent 
que  tout  ce  qui  s'était  passé  la  veille  et  aujourd'hui 
devait  être  ioscritet  noté  dans  le  journal;  que»  d'après 
ce  que  Ton  avait  vu,  la  branche  occidentale  n'offrait 
pas  assex  d'eau  pour  naviguer,  et  qu'en  tout  cas  la 
branche  orientale  était  beaucoup  plus  large  et  était 
pourvue  plus  abondamment  d'eau ,  qu'on  avait  résolu 
de  l'explorer,  et  même  qu'on  était  en  disposition  de 
le  faire  jusqu'à  midi  ;  mab  que  la  profondeur  de  l'eau 
allant  toujours  en  diminuant,  et  que  n'ayant  plus  trouvé 
qu'un  i/i  kouladj  et  même  moins,  il  devenait  impos- 
sible de  continuer  le  voyage,  et  qu'enfin  les  barques 
étaient  restées  au  milieu  de  la  rivière  sans  pouvoir 
avancer;  toutes  ces  circonstances  étaient  connues  des 
oflGcîers.  Les  capitaines  des  dahabyéhs  et  des  barques 
ayant  été  également  appelés  en  conseil ,  on  leur  dit 
que  s'ils  avaient  quelque  chose  à  dire ,  ils  eussent  à 
s'expliquer.  Ces  capitaines  étaient  les  nommés  Harron, 
Ferradji,  Akhmed,  Méhémed,  Achry,  Hellaly,  Hussein, 
Chabénil  •  Osman,  Mohammed  et  Hassan -Taouil. 
Us  dirent  que  depuis  quelques  jours  il  était  à  la 
connaissance  de  tout  le  monde  que  l'eau  diminuait , 
mais  qu'ils  n'avaient  pas  osé  en  parler  au  chef;  qu'a- 
vant-hier  ils  avaient  vu  deux  branches  se  réunir;  qu'a- 
près l'exploration  on  avait  conclu  à  l'unanimité  pour 
naviguer  «ur  la  branche  orientale  ;  que ,  quoique  l'on 
se  fût  avancé  sur  cette  branche  jusqu'à  midi ,  et  que 
cette  branche ,  à  son  embouchure ,  eût  s  et  même 
s  kouladjis  i/a  de  profondeur,  cependant,  qu'en  réa- 
lité ,  à  l'endroit  où  l'on  était  parvenu ,  elle  n'offrait 
plus  qu'un  i/a  kouladj  ,  et  qu'il  devenait  impossible 
désormais  d'avancer  davantage  ;  qu'au  reste  la  déci- 
sion appartenait  aux  membres  du  conseil. 


(  «70  ) 

Les  membres  du  conseil  récapitulèrent  ce  qui  pi*é* 
cède  ainsi  qu'il  suit  :  Considérant  qu'après  avoir  par- 
couru la  branche  orientale  jusqu'à  midi»  nous  n'avons 
pu  trouver  qu'un  i/s  kouUdj  de  profondeur»  etqa'il 
devient  cerlain,  par  l'immobilité  de  nos  barques,  qu'il 
est  impossible  d'aller  plus  en  avant;  après  avoir  discuté 
les  diverses  circonstances  dans  un  conseil  composé  des 
officiers  et  des  capitaines  des  barques ,  et  après  avoir 
inséré  dans  le  procès-verbal  les  demandes  et  les  ré- 
ponses sus-  mentionnées  ,  il  a  été  reconnu  qu'il  n'y 
avait  aucun  moyen  de  continuer  notre  navigation; 
qu'ainsi  donc  on  résolvait  à  l'unanimité  de  retourner 
sur  ses  pas  et  de  recommencer  le  voyage  en  sens  inverse 
le  jour  suivant. 

Lundi,  22  zilkadé. — Le  malin,  comme  c'était  la  pre- 
mière fois  que  les  sujets  de  S.  A.  paraissaient  dans  ces 
parages  écartés,  nous  déployâmes  les  drapeaux  en  son 
honneur,  et  nous  fîmes  tirer  vingt  et  un  coups  de  ca- 
non; ensuite  nous  partîmes  de  cet  endroit. 

OBSERVATIONS   QUI    GOIfCBaNBlIT    NOTRB    RBTOUB. 

Le  samedi  %*]  du  mois  de  zilkadé,  —  Le  matin ,  une 
femme  de  la  tribu  des  Kyks  vint  sur  le  rivage»  sans 
mari  ni  parents,  et  très  malheureuse;  elle  témoigna 
le  désir  de  nous  suivre ,  ce  à  quoi  nous  consentîmes. 
Mous  lui  donnâmes  quelques  verroteries.  Le  vent  se 
trouvant  très  fort,  nous  altendimes  environ  5  heures, 
après  quoi  nous  nous  mhnes  en  mouvemenU  Outre 
cela  ,  le  mercredi  i*''  de  itihadjé  ,  le  besoin  de  bois  se 
faisant  sentir  â  bord  des  embarcations,  nous  nous  ap- 
prochâmes de  la  côte  orientale  pour  nous  en  pourvoir. 
Une  habitation  de  la  tribu  des  Dourrhahs  se  trouvait 


(  '7«  ) 
par  hasard  sitaée  de  ce  côté,  leB  habitants  s'enfuirent 
là  ;  l'un  d'eux  montrant  l'intention  de  se  précipiter  snr 
ruo  de  nos  soldats  noirs ,  celui-ci,  qui  avait  remarqué 
le  dessein  de  son  adversaire ,  le  frappa  avec  son  fusil , 
et  il  prit  deux  petits  enfants  qu'il  emmena  avec  lui. 
Après  délibération,  nous  nous  décidâmes  h  gaixler  ces 
enfants  auprès  de  nous. 

Le  mercredi  B  du  même  mois,  le  vent  étant  contraire 
et  le  temps  brumeux,  et  ce  jour  se  trouvant  être  le  jour 
d'arafah  ,  nous  nous  approchâmes  du  bord  oriental 
pour  veiller  aux  soins  de  propreté  ;  là  un  soldat  qui 
se  trouvait  indisposé  depuis  quelques  jours  mourut  à 
notre  arrivée^   - 

Nous  passâmes  la  nuit  dans  cet  endroit. 
Le jeudi^  c*est«*à-dire  le  lendemain,  étant  le  jour 
du  bairam  ,  au  lever  du  soleil  on  tira  vingt  et  un  coups 
de  canon ,  et  après  que  les  officiers  et  les  soldats  eujrent 
aooompli  leurs  devoirs  religieux,  nous  partîmes. 

Dimanche^  \%  ziihadjé,  —  A  5^  nous  arrivâmes  à 
l'endroit  où»  le  lundis  g  chawal,  nous  avions  trouvé, 
du  côté  de  l'orient^  une  rivière  dont  l'eaa  est  rougeâtre, 
et  que  Ton  nomme  en  arabe  Bahr-Sébalh ,  et  dims  la 
langue  des  SeblouksBabar-Chelfjh  (i)  ;  nous  avions 
jugé  coavenable  de  Téxplorer  à  notre  retour. 

Ltmdi,  i5  zilhadjé,  «— ^  De  bon  matin  nous  nous  en- 
gageâmes dans  cette  rivière.  La  couleur  de  son  eau  est 
pett  différente  de  cdle  du  fleuve  Blanc.  Sa  profondeur 
est  de  3  à  6  konladjis;  la  saveur  de  son  eau  est  très 
botUoe;  les  bords  sont  escarpés  de  !i  à  Skouladjis,  b  la 
largeur  d'un  demi-mille.  La  vitesso  de  l'eau  est  d'un 
quart  de  mille  par  heure. 

(I)  On  lit  pHi*  hnm  Baïir-et-Seboth ,  «^t  aussi  Bahr  Teikhy,  .selon 
.  Ia<  Scfaloukâ  (  voy.  p.  at>)  ;  le»  t«ibi«:iux  poiiant  Telffv.  —  N.  dti  K. 


(   >7«  ) 

A  5^  le  vent  d'ouest  soufflait  avec  quelque  force  ; 
la  rencontre  des  kourdas  nous  empêchant  de  haler  ou . 
de  ramer»  nous  passâmes  environ  3  heures  dans  cet 
endroit;  après  quoi  le  vent  s'étant  un  peu  calmé»  nous 
continuâmes  notre  route. 

A  iih  nous  rencontrâmes  six  arbres  dilb  à  Tocci- 
dent,  et  un  hilléh  composé  de  plusieurs  toukouls; 
mais  nous  ne  pûmes  pas  savoir  à  quelle  tribu  apparte- 
naient les  habitants ,  et  ils  s'enfuirent  dès  qu'ils  nous 
aperçurent. 

Les  deux  rives  du  fleuve  sont  escarpées  et  semées 
de  quelques  arbrisseaux  rares  et  d*un  peu  de  brous- 
sailles :  du  reste  la  terre  en  est  fort  belle. 

A  l'occident»  â  3  ou  4  milles  du  fleuve,  nous  aper- 
çûmes quelques  feux. 

A  l'entrée  de  la  nuit  nous  jetâmes  l'ancre  au  milieu 
du  fleuve. 

Mardi  j  i4  zilhadjé.  —  De  bon  matin  nous  nous 
mîmes  en  route;  à  3^,  à  l'occident»  sur  le  fleuve, 
nous  vîmes  un  grand  hilléh.  A  l'occident  de  ce  hil- 
léh se  trouvait  une  petite  branche,  et  nous  remar- 
quâmes parmi  les  roseaux  et  les  broussailles  qui  bor- 
daient le  fleuve  plusieurs  petites  barques.  Dans  les 
parties  élevées  on  cultive  du  tabac.  Les  hommes  s'en- 
fuirent à  notre  approche;  nous  trouvâmes  dans  l'in- 
térieur du  hilléh  quatre  femmes  et  un  individu  mâle 
qui  s'étaient  cachés.  Nous  les  fîmes  venir  auprès  de 
nous;  nous  leur  demandâmes  de  quelle  tribu  ils  fai- 
saient partie  et  quelle  était  la  raison  qui  avait  porté  les 
habitants  à  fuir  ;  ils  nous  répondirent  qu'ils  étaient  des 
Dinnkhahs,  et  que  les  individus  s'étaient  enfuis  par 
crainte;  mais  qu'eux,  se  trouvantmalades,  ils  n'avaient 
|>i^  eu  la  force  de  suivre  leurs  camarades.  Il  y  avait  un 


1 173  ) 

grand  nombre  de  provisions  dans  les  liillébs  ,  et  entre 
autres  des  poules  et  du  dourah.  Nous  les  engageâmes  à 
rester  dans  leur  billéh  sans  crainte  de  nous,  et  à  en- 
gager  les  habitants  à  leur  retour  à  devenir  plus  con- 
fiants, ce  que  nous  leur  flmes  comprendre  à  Taide  de 
notre  drogman  Héhémed. 

Nous  continuâmes  notre  route.  Mais  le  fleuve  » 
plein  de  sinuosités  dans  cet  endroit ,  et  les  courants  de 
beaucoup  de  kourdas,  nous  forcèrent  de  recourir  au 
balage  ;  c'est  pourquoi  nous  envoyâmes  un  peloton  de 
soldats  armés  pour  protéger  les  haleurs,  et  nous 
continuâmes  ainsi  jusqu'à  1 1^^. 

A  un  mille  environ  du  fleuve ,  du  côté  de  l'orient» 
nous  aperçûmes  un  hilléh  ;  le  fleuve  dans  cet  en- 
droit a  une  profondeur  quelquefois  de  3  et  quelque- 
fois de  4  kouladjis.  L'escarpement  des  bords  est  de  9  i*i 
5  kouladjis.  La  terre  en  est  excellente  et  garnie  de  ro- 
seaux et  de  broussailles  :  il  s'y  trouve  également  quel- 
ques crocodiles  et  des  hîppppotames. 

A  Tenlrée  de  la  nuit  nous  jetâmes  l'ancre  au  milieu 
du  fleuve. 

Mercredi^  i5  zilhadjé.  —  A  notre  départ  du  matin  , 
ie  vent  n'étant  pas  favorable ,  nous  organisâmes  le  ba- 
lage. 

A  5^*  nous  aperçûmes  à  l'orient  et  à  l'occident  un 
hilléb.  Les  habitants  de  celui  de  l'orient  s'enfuirent  à 
notre  approche;  ceux  du  hilléh  de  l'occident,  au 
contraire,  sortirent  de  leur  hilléh  et  vinrent  sans  armes 
au  bord  du  fleuve.  Après  en  avoir  fait  venir  quelques 
uns  d'entre  eux  dans  nos  barques,  nous  les  interro- 
geâmes sur  leur  tribu  et  surtout  sur  le  motif  pour  lequel 
les  autres  avaient  pris  la  fuite.  Ils  nous  dirent  qu'ils 
étaient  des Dinnkhahs,  et  que  les  autres  s'étaient  enfuis 


(  >74  )  " 
sculemcni  par  crainte.  Après  les  avoir  raiturés nous  les 
eugageames  à  inviter  leurs  autres  compatriotes  à  venir 
nous  voir.  Nous  leur  donnâmes  de  la  verroterie  et  quel- 
ques pièces  de  camelot  blanc  >  et  ils  nous  apportèrent 
irois  bœufs  que  nous  partageâmes  entre  les  soldais. 
Leur  ayant  fait  d'autres  questions ,  ils  nous  répondirent 
qu'à  cinq  ou  six  journées  devant  noua  se  trouvait  la 
Iribu  des  Nouvirs,  avec  lesquels  'ûs  ne  cessaient  d'être 
en  guerre,  et  qu'ils  avaient  toujours  à  redouter.  Après 
quoi  nous  les  relâchâmes  en  les  assurant  de  notre 
amitié. 

A  iih  nous  aperçûmes  à  l'orient  sur  le  fleute  un 
hilléh,  et  à  l'occident  un  autre  petit  billéh;  un  troisième 
en  était  éloigné  d^environ  i  mille.  Le  vent  n'étant  pas 
favorable  >  nous  marchâmes  très  peu  et  à  l'aide  da  ha- 
lage.  A  l'est  et  à  l'ouest  nous   aperçûmes  quelques 
constructions  et  quelques  animaux  sauvages.  La  terre 
de  celte  partie  du  pays  est  généralement  brune;  les 
rives  du  fleuve  sont  élevées  d'un  kouladj  et  d'un  koa- 
ladj  et  demi.  Les  bords  sont  parsemés  de  quelques 
arbrisseaux  rares;  on  aperçut  parfois  des  hippopotames 
et  des  crocodiles.  On  trouve  là  en  grande  quantité  des 
canards  «  des  cygnes  »  des  cigognes  et  une  graiule  va- 
riété d'autres  oiseaux. 

A  l'entrée  de  la  nuit  nous  jetàiaes  l'ancre  au  milieu 
du  fleuve, . 

JeiAfJi,  16  zilhadjé.  -—  La  quatrième  daliabyéh  ,  les 
neuvième  et  dixième  barques  faisant  eau  depuis  quel» 
(]ues  jours»  et  la  réparation  devenant  plus  nécessaire 
(le  jour  en  jour,  on  les  tira  de  l'eau  et  on  les  fit  rac» 
commoder.  Les  troupes  s'occupèrent  de  propreté,  à 
Tasr  00  fit  environ  une  heure  d'exercice.  Nous  passA<> 
me^  la  nuit  dans  cet  endroit. 


(  '75  ) 

Vendredi^  17  zilkadjè.  —  Le  raccommodage  de  la 
dixième  barque  n'étant  pas  achevé ,  ei  le  temps  surtout 
étant  peu  favorable,  nous  séjournâmes]  dans  cet  en* 
droit  jusqu'à  7^»  et  ensuite  nous  halâmes  jusqu'à  1  ih. 

Nous  aperçûmes ,  à  1  mille  du  fleuve  à  l'ouest,  deux 
billéhs ,  mais  nous  ne  vîmes  pas  dliabitants.  Les  rives 
du  fleuve  sont  escarpées*,  et  leur  hauteur  est  de  9  à  d 
kouladj'is;  la  tçrre  est  très  brune,  et  on  y  voit  des 
minimaux  sauvages  en  très  grande  quantité.  A  l'entrée  de 
la  nuit  nous  jetâmes  l'ancre  au  milieu  du  fleuve. 

Samedi^  iS^i/Aac^V.— Pendant  la  nuit,  le  canot  ayant 
fait  une  voie  d'eau,  était  sur  le  point  d'être  submergé  ; 
la  sentinelle  qui  se  trouvait  dedans  s'en  étant  aperçue , 
donna  l'éveil  ;  on  fit  approcher  le  canot  de  la  rive  occi- 
dentale, après  en  avoir  sorti  tous  les  effets  des  soldats 
qui  étaient  mouillés.  On  fit  appeler  le  rois  Hassan 
Taouil,  qui  nous  dit  que  c'était  une  chose  due  à  In 
malveillance;  après  quoi,  on  assembla  le  conseil  pour 
juger  les  ix^idividus  coupables  ,  on  appela  aussi  la 
sentinelle ,  on  dressa  procès-verbal ,  et  ils  furent  pu- 
nis d'aprè$  les  règlements.  Le  dessèchement  des  objets 
i>l  le  raccommodage  du  canot  nous  avant  conduits  jus- 
qu'au &oir,nous  restâmes  à  l'ancre  au  milieu  du  fleuve. 

Dimanche  s  19  zilhadjé,  —  A  noire  départ,  le  temps 
étant  calme,  nous  fîmes  sortir  tous  les  haleurs  accom- 
pagnés d'un  peloton  de  soldalsarmés  pour  les  protéger; 
on  continua  ainsi  de  halcr  jusqu'à  midi. 

A  3b,  nous  aperçûmes  à  l'occident  quelques  arbres 
sur  le  bord  du  fleuve  ;  du  même  côlé,  à  environ  «  milles, 
nous  vîmes  un  hilléh  dépourvu  d'habitants.  A  cette 
heure,  lo  soleil  était  extrêmement  cbaud  ;  c'est  pour- 
quoi nous  nous  arrêtâmes  jusqu'à  9^,  après  quoi  nous 
conUnuômes  de  haler  jusqu'au  soir. 


(  .76  ) 

Du  côté  de  l'orient»  à  i  mille  i/a  du  fleuve  ,  nous 
vîmes  un  hilléh  dépourvu  d'habitants  ;  à  notre  droite 
et  à  notre  gauche  nous  vîmes  un  grand  nombre  d'ani- 
maux sauvages.  Les  bords  du  fleuve  sont  fournis  de 
broussailles  et  de  roseaux,  et  escarpés  de  3  à  4  kou- 
ladjis.  La  terre  est  très  belle  et  partout  uniforme.  Le 
fleuve  est  habité  par  quelques  hippopotames  et  croco- 
diles ;  les  bords  sont  fréquentés  par  les  oiseaux  aqaa- 
tiques. 

A  l'entrée  de  la  nuit  nous  jetâmes  l'ancre  au  milieu 
du  fleuve. 

Lundi,  20  zilhadjé,  —  A  notre  départ,  le  temps  étant 
très  calme ,  nous  halfimes  jusqu'à  4h  ;  le  vent  d'ouest 
étant  très  fort  et  contraire  »  nous  fûmes  obligés  de  nous 
arrêter  sur  la  rive  orientale. 

A  7^,  le  vent  ayant  un  peu  perdu  de  sa  force,  nous 
passâmes  à  l'occident  pour  haler,  et  nous  vîmes  quel- 
ques arbres  dilb;  nous  naviguâmes  à  la  voile  jusqu'au 
soir.  A  5  ou  6  milles  de  la  rive  orientale ,  nous  aperçû- 
mes la  fumée  de  plusieurs  feiix»  et,  comme  il  est  indi- 
qué au  tableau ,  nous  vtmes  un  grand  hilléh  dépourvu 
d'habitants.  A  droite  et  à  gauche  il  y  avait  beaucoup 
d'animaux  sauvages,  ainsi  que  dans  l'intérienr  do 
fleuve,  dans  lequel  se  trouvent  quelques  hippopotames 
et  des  crocodiles.  Les  bords  sont  peuplés  d'oiseaux 
aquatiques;  ils  sont  garnis  de  quelques  arbrisseaux 
rares ,  et  leur  escarpement  est  de  3  ou  4  kouladjis. 

Nous  jetâmes  l'ancre  au  milieu  du  fleuve. 

Mardi, %  i  zilhadjé.  — Le  temps  étant  très  calme  le  ma* 
tin,  nous  Ames  sortir  comme  d'habitude  quelques  ha- 
leurs  protégés  par  un  peloton  de  soldats  annés,etnous 
continuâmes  notre  route  jusqu'à  environ  5^ ,  heure  à 
laquelle  l'ardeur  du  soleil  nous  força  de  cesser  tout  mou- 


C  »77  ) 
vemenL  Après  nous  être  reposés  environ  a  heures ,  nous 
continufimes  notre  route ,  toujours  à  l'aide  du  balage. 
A  roccidcnt,  nous  rencontrâmes  un  hilléh;  deui  hom- 
mes et  une  femme  s'en  détachèrent  et  vinrent  auprès 
de  nous.  Nous  demandâmes  pourquoi  les  autres  habi- 
tants s'étaient  enfuis ,  car  nous  avions  remarqué  qu'iliï 
avaient  pris  1^  fuite;  ils  nous  répondirent  que  c'était  à 
cause  de  la  crainte  que  nous  leur  inspirions.  Nous  les 
contentâmes  en  leur  donnant  quelques  verroteries  et 
en  les  invitant  i  aller  vers  leurs  compatriotes ,  pour  leur 
faire  comprendre  qu'ils  n'avaient  rien  à  craindre  de 
nous. 

A 1  o^ycinqindividus  arrivèrent  accompagnés  de  deux 
vaches  et  d'un  mouton  qu'ils  nous  offrirent»  et  que 
nous  acceptâmes  pour  partager  entre  les  soldats.  Nous 
leur  donnâmes  en  retour  quelques  verroteries.  Nous 
les  engageâmes  a  dire  à  leurs  amis  qu'ils  n'avaient 
qu'à  venir  pour  être  traités  avec  honneur  et  munis  de 
présents. 

A  l'occident»  h  d  milles  environ  du  fleuve ,  nous 
aperçûmes  un  hilléh  avec  des  êtres  humains. 

A  l'orient,  nous  vîmes  beaucoup  de  bêtes  sauvages  et 
des  oiseaux  de  diverses  espèces. 

La  hauteur  des  rives  est  d'environ  a  et  S  kouladjis. 
Dans  cet  endroit  du  fleuve,  elles  sont  fournies  de 
broussailles  ;  il  est  habité  par  quelques  hippopotames 
et  crocodiles. 

A  l'entrée  de  la  nuit  nous  jetâmes  l'ancre. 

Mercredi,  it%  zilhadjé.  —  Le  matin,  le  vent  étant  favo- 
rable, nous  fîmes  asseï  de  chemin  pendant  environ 
9  heures  ;  après  quoi  le  vent  devenant  contraire  ,  nous 
fûmes  obligés  de  haler  jusqu'à  5^. 

A  environ  un  demi-mille  de  la  rive  orientale  »  nous 

XVIII.    SEPTEMBRE.    9.  121 


(  17»  ) 

aperçûmes  un  hiU^  ;  comme  les  barques  étaieDi  dé* 
pourvues  de  bois ,  nous  jugeâmes  oonveDable  de  nous 
approcher  du  rivage  pour  nous  en  pourvoir.  Plu- 
sieurs habitants  vinrent  nous  apporter  un  bœuf  que 
nous  acceptâmes  en  échange  de  quelques  verroteries; 
ils  ne  témoignaient  aucune  crainte  de  nous. 

La  grande  chaleur  du  soleil  nous  força  à  rester  dans 
cet  endroit  jusqu'à  8h,  après  quoi  nous  continuâmes 
notre  route  à  l'aide  du  halage ,  et  â  1 1^^  nous  renoon- 
trames  un  petit  lloi  de  sable.  L'eau  qui  baignait  la  par- 
tie occidentale  de  cette  rive  n'avait  pas  plus  d'un 
kouladj  et  d'un  demi-kouladj  de  profondeur,  ce  qui 
BOUS  empèeba  de  passer  de  ce  côté;  cependant  le  cAté 
occidental  ayant  été  exploré,  il  nous  fut  permia  de 
passer,  car  l'eau  y  était  d'^n  koulad) ,  et  sa  vitesse  de 
9  milles  par  heure. 

A  gauehe  et  à  droite  nous  aperçûmes  un  grand  nom- 
bre de  bêtes  sauvages ,  ainsi  que  plusieurs  oiseaux  ,  et 
même  une  girafe. 

L'intérieur  du  fleuve  est  habité  par  quelques  hipj^o- 
potames  et  un  nombre  assez  considérable  de  croco-^ 
diles. 

La  nuit  étant  venue ,  nous  jetâmes  l'ancre  au  milieu 
du  fleuve. 

JeiuU ,  a3  zUhadjé.  —  Le  matin  «  le  temps  étont  bru- 
meux et  le  vent  on  peu  en  travers ,  et  ayant  vu  des 
Lourdes  pendant  environ  a  heures,  nous  halâmes 
jusqu'au  milieu  du  jour.  L'ardeur  du  soleil  nous  força 
de  nous  arrêter  5  heures,  après  quoi  nous  continuâ- 
mes notre  route  ,  toujours  en  halant. 

I>'eprès  ce  qui  a  (té  dit  dans  le  tableau ,  nous 
rencontrâmes  à  l'orient  quatre  hilléhs  dont  les  habi-^ 
tants  s'enfuirent  à  droite  et  à  gauche.  Nous  Ttaies  beau- 


(  «79  ) 

0 

coup  d'animaux  sainrages ,  ainAÎ  que  plusieurs  espèces 
d'oîseani.  Il  se  trouve  également  dans  le  ûeuVe  des 
faippopotames  et  des  crocodiles.  La  hauteur  des  bords 
est  de  3  ou  4  kouladjis. 

Nous  jetâmes  l'ancre  au  milieu  de  la  nuit. 

Fendredi,  84  zilhadjé.  -  Le  matin ,  à  cause  du  calme, 
nous  fûmes  obliges  de  haler  jusqu'à  4^^»  beure  à  la- 
<|uelle  la  grande  chaleur  du  jour  nous  força  d'aborder 
à  Torient.  On  ordonna  aux  soldais  de  s'occuper  des 
soins  de  propreté.  A  8^  nous  nous  mimes  en  route,  et 
*  jusqu'au  soir,  nous  avançâmes  à  l'aide  du  halage.  A 
l'occident ,  à  %  milles  du  fleuve ,  nous  aperçûmes  un 
hilléh,  mais  sans  individu  humain.  Les  bords  du  fleuve 
sont  fournis  de  broussailles.  L'escarpement  des  bords 
du  fleuve  est  de  3  et  4  kouladjis. 

Nous  jetâmes  l'ancre  à  l'entrée  de  la  nuit. 

Samedi^  ^5  zilhadjé*  —  Le  temps  étant  très  calme  le 
matin»  nous  luilâmes  jusqu'à  %^  environ.  Le  vent  du 
sud  ayant  commencé  à  souffler»  nous  avançâmes  jus- 
qo*aa  soir  tantôt  à  l'aide  du  halage ,  et  tantôt  à  l'aide 
des  voiles.  Comme  il  est  inscrit  dans  le  tableau  ci-joint» 
nous  aperçûmes  à  i  et  «  milles  du  fleuve  plusieurs  hil- 
léhs  dont  nous  ne  vîmes  pas  les  habitants  »  et  d'heure 
en  heure  nous  jetâmes  des  sondes  pour  connaître  la 
profondeur,  que  nous  inscrivîmes  au  tableau  ;  elle  était 
dans  certains  endroits  d'un  kouladj  »  et  dans  d'autres 
de  moins  d'un  kouladj.  A  droite  et  à  gauche  nous  aper- 
çûmes un  grand  nombre  de  bêtes  sauvages,  ainsi  que 
plusieurs  espèces  d'oiseaux.  L'escarpement  des  rives 
est  comme  toujours  de  s  ou  3  kouladjis;  elles  sont 
bordées  de  broussailles  »  et  on  voit  au  fond  du  fleuve 
quelques  rares  crocodiles  et  hippopotames. 

La  nuit  étant  arrivée  »  nous  jetâmes  l'ancre. 


(  >8o  ) 

Dimanche t  s6  zUhadjé,  —  Le  matin ,  à  notre  départ , 
le  vent  du  kébléh  étant  fa?orable,  et  le  calme  se  faisant 
un  peu  sentir,  nous  marchâmes  jusqu'à  bK  A  cette 
heure  la  chaleur  du  soleil  devenant  très  ardente»  nous 
nous  arrêtâmes  environ  5  heures  dans  cet  endroit.  Le 
vent  de  Fouesl  ayant  soufDé  pendant  environ  i  heure, 
nous  en  profitâmes  pour  avancer  un  peu  ,  puis  nous 
fûmes  obligés  de  nous  servir  du  halage  jusqu'au 
soir.  A  l'occident  »  nous  aperçûmes  un  Ilot  de  sable  ; 
duns  cet  endroit,  l'eau  a  une  profondeur  d'un  demi- 
koulad) ,  et  même  d'un  kouladj  »  ce  qui  est  indiqué  au 
tableau. 

A  l'orient  et  à  l'occident  nous  rencontrâmes  un  hil- 
léh;  le  rivage  est  quelque  peu  fourni  de  homsouffs; 
l'escarpement  est  de  )i  et  même  de  5  kuuladjis. 

Nous  jetâmes  l'ancre  dans  cet  endroit  pour  y  passer 
la  nuit. 

Lundi,  97  zilkadjé,  —  Ce  jour»  nous  nous  arrêtâmes 
dans  l'endroit  où  nous  avions  jeté  l'ancre. 

Ayant  considéré  que  l'eau  allait  tous  les  jours  en 
s'amoiudrissunt;  que  deux  ou  trois  jours  avant  que 
d'arriver  à  cet  endroit  nous  avions  eu  toutes  les  peines 
du  monde  à  naviguer;  qu'enfin  la  profondeur  de  l'eau 
n'était  plus  que  d'un  demi-kouladj  ;  que  depuis  notre 
navigation  sur  ce  fleuve»  nous  n'avions  presque  jamais 
eu  de  vent  favorable  ;  que  nous  devions  le  peu  d'espace 
que  nous  avions  parcouru  seulement  au  halage  :  toutes 
ces  considérations  nous  décidèrent  à  opérer  notre  re- 
tour. Le  temps  et  la  position  étant  favorables»  nous  pri- 
mes la  hauteur  du  soleil  ;  il  fut  ordonné  aux  troupes 
de  donner  des  soins  h  la  propreté  »  et  nous  passâmes 
la  nuit  dans  cet  endroit.  • 

Mardi,  %8  zilhadjé.  -Ce  jour»  nous  nous  occupâmes 


(  '8«  ) 
de  mettre  à  exécution  la  décision  que  nous  avions 
prise  la  veille  ,  ce  qui  ne  put  s'effectuer  sans  obstacle, 
car  la  profondeur  de  Veau  n'était  pas  égale, et  ne  faisait 
que  varier»  ainsi  qu'il  est  constaté  par  le  tableau  ; 
les  sinuosités  du  fleuve  nous  contrariaient  surtout 
beaucoup  dans  notre  navigation.  La  terré  en  cet  en- 
droit n'est  pas  très  fertile  ;  nous  reconnûmes  &  certains 
indices  qu'il  devait  exister  quelques  hilléhs  à  i  mille 
environ  du  fleuve.  Cependant  les  habitants  ne  nous 
muniraient  pas  plus  de  confiance  que  ceux  que  nous 
avions  rencontrés  précédemment,  et  malgré  les  assu- 
rances de  paix  et  de  protection  que  nous  leur  don- 
nions» cela  ne  les  empêchait  pas  de  nous  fuir. 

L'escarpement  des  rives  est  de  3  et  4  kouladjis. 

Le  terrain  est  assez  bon  ,  mais  presque  uniforme  , 
peuplé  de  beaucoup  d'animaux  sauvages  et  d'une 
grande  variété  d'oiseaux. 

Le  fleuve  est  habité  par  des  crocodiles  et  par  un  petit 
nombre  d'hippopotames»  et  l'eau  a  une  excellente  sa- 
veur. 

Enfin,après  le  29  zilhadjé»  ayant  fini  l'exploration  du 
Bahar  Séboth,  et  l'impossibilité  de  pousser  notre  navi- 
gation plus  loin  nous  forçant  à  retourner  sur  nos  pas» 
nous  repartîmes»  et  nous  arrivâmes  le  g  de  mo/tarrem, 
au  hilléh  habité  par  le  grand  cheikh  des  Schlouks;  nous 
attendîmes  environ  a  heures»  personne  ne  se  présenta 
de  sa  part;  après  avoir  observé  le  soleil  au  méridien» 
nous  continuâmes  notre  route. 

Le  il^de  mokarrem,  nous  rencontrâmes  les  cheikhs 
de  Boukharah»  avec  lesquels,  le  98  ramadan»  au  com- 
mencement de  notre  voyage  sur  le  Bahar-el-Abiad  » 
nous  avions  eu  quelques  relotions;  ils  continuèrent 
de  nous  manifester  les  sentiments  d'amitié  qu'ils  nous 


(  >8.  ) 
ataienl  témoignés  auparavant;  car  ils  nous  apportèrent 
quelques  vaches,  plusieurs  moulonfl,  ainsi  que  des 
chèvres  ,  qui  furent  partagés  entre  les  officiers  et  les 
soldats.  Un  de  leurs  cheikhs,  nommé  Adhar»  descendit 
avec  nous  dans  les  dahakyéhs  poor  se  rendre  à  Iihar- 
toum,  où  des  affaires  l'appelaient. 

Notre  navigation  devint  très  pénible  à  cause  de  Teau 
qui  allait  toujours  en  diminuant.  La  profondeur,  dans 
certains  endroits»  était  d'un  demi  -  koulad).  Nos  barques 
refusaient  d'avancer. 

Les  peuplades  de  Dinnkhah  se  trouvent  situées  à 
l'occident,  et  mènent  paître  leurs  troupeaui  au  pâtu- 
rage de  Yacoubéh,  qui  est  dans  la  partie  de  Toccident. 
Ayant  été  effrayés  par  les  avis  de  quelques  cavaliers 
Boukharahs  qui  les  avertirent  de  l'arrivée  des  Turks , 
ils  commencèrent  par  fuir,  et  les  cavaliers  Boukharahs 
profilèrent  du  désordre  pour  s'emparer  de  quelques 
bestiaux  ;  ils  finirent  même  par  s'emparer  do  restant 
des  bestiaux,  et  s'enfuirent  à  roccideot. 

Quelques  unes  de  nos  barques  s'élant  arrêtées  à  cause 
du  peu  d'eau,  on  vint  nous  avertir  qu'à  l'orient  il  se 
trouvait  beaucoup  plus  d'eau.  Nous  profilâmes  de  cet 
avis  pournous  tirer  d'embarras. 

Les  habitants  de  ces  tribus  sont  presque  toujours  en 
guerre  les  uns  contre  les  autres  ;  lorsqu'ils  se  sont  em- 
parés de  plusieuis  prisonniers,  ils  s'abstiennent  de  les 
mettre  à  mort ,  et  ils  les  échangent  chacun  contre 
trente  vaches  ou  dix  génisses.  Naos  passâmes  ces  pa- 
rages ,  sains  et  saufs. 

Nous  étant  approchés  de  la  rive  orientale ,  le  grand 
cheikh  desDinnkbahs»  nommé  Edrys  (i ) ,  vint  à  notre 

(i)  Hydriss,  voy.  p.  la  ci«deMi». 


(  «83  ) 

dababyéh;  nous  lui  donnâmes  un  habillemeniet  de  la 
verroterie  de  différentes  couleurs.  Nous  en  donnâmes 
également  à  ceux  qui  l'accompagnaient ,  ce  qui  les 
rendit  très  joyeux. 

L'espace  qui  s'étend  depuis  le  fleuve  de  Seboth  jus- 
qu'à la  montagne  de  Djémathy  est  habité  par  desDinn- 
khahs,  qui  possèdent  une  grande  quantité  do  bestiaux. 

La  rive  occidentale  est  habitée  par  des  Schlouks  et 
des  Boukharahs ,  qui  sont  riches  en  bestiaux  et  en 
moutons. 

Le  19  de  ce  mois,  un  vent  du  sud  ayant  soufl9é,nous 
arrivâmes  à  Maassah  de  Zélach  (i),  où  le  peu  d'eau 
fit  engraver  nos  barques  à  l'exception  de  deux  ;  à  force 
de  bras  nous  parvînmes  à  les  désengraver. 

A  7^  nous  arrivâmes  à  un  endroit  où  il  y  avait  moins 
d'une  demi-coudée  d'eau;  nous  parvtnibes  cependant 
)i  nous  tirer  de  ce  heu. 

Le  jeudi  as  mofiarrem  ,  le  capitaine  Hafiz-Agha,  qui 
était  malade  depuis  quelques  jours ,  mourut  ;  après 
l'avoir  enterré ,  nous  continuâmes  notre  route. 

Le  lundi  s6  moharrem  ,  à  9^,  nous  arrivâmes  k 
Khartoum ,  où  nous  tirâmes ,  en  réjouissance  de  notre 
arrivée»  vingt  et  un  coups  de  canon. 

A  notre  arrivée  à  Khartoum  ,  nous  expédiâmes  au 
gouverneur-général  du  Sennar  une  lettre  signée  de 
tous  les  officiers  de  l'expédition,  pour  porter  à  sa  con- 
naissance notre  heureux  retour,  et  lui  notifier  que  , 
conformément  aux  ordres  de  S.  A. ,  nous  avions 
exploré  par  terre  et  par  eau  le  cours  du  fleuve  Blanc. 
—  Signe:  Sàuu .  capitaine;  SulbIman-Kacbbf  »  Rustem 
Sacolasst,  UnABiM-EFFENDi ,  Fbx-Houllah;  Hivss-Ba- 
cHi ,  Abooum-Raçoul  ,  AssAD- Allah. 

(i)  Peut-être  Zélath  on  Dzélath,  voir  p.  i4'  ^  ^-  ^^  ^- 


l    184  ) 

ExiràU  du  TMtaux  de  Vitméraire  du  c^nlotiM  Sélim 

iur  le  Bahr-el-Abiad  (1). 


TITISSB 

AS 

AH 

■OUTf. 

LAICIUI 

raOPOHDtlil 

DU 

couiAirr 

TnfPKBATTJKB. 

12S&. 

1839. 

DO  FLIUTI. 

DU  FLIUTK. 

PAI 

■BFAK. 

» 
1 
p 

Kmauà»m. 

ffovcaWc 

■il.bfW. 

Mira. 

knriad^ 

matm. 

■4pSB« 

9 

8.  16 

4^ 

1  1/2 

m 

9 

• 

10 

D.  17 

25.34 

1  1^  i  3 

3  4  4  1/2 

1/4 

19«4  26*       ! 

11 

L.  18 

17.15 

1   1/2 

3 

» 

27 

12 

M.  19 

1!)  17 

1  i  1/2 

4  4  4  1/2 

1/4 

18  4  27 

13 

11.20 

26.6 

1  i  1/2 

3  1/2  4  4  1/2 

1/4 

20  4  27 

14 

J.  21 

10.8 

1  à  1/2 

4 

• 

18  4  27  1/2 

15 

V.  22 

18.14 

1  1/2 

4  45 

1/4 

18  4  80 

16419 

23  à  26 

SUUoo 

•  .  .  • 

.•.••*••■ 

20 

M.  27 

25.25 

l'  i/2  i  Vl/4 

*     3  iV  ' 

m 

18  4  31 

21 

J.  38 

31.24 

14  11/4 

2  1/4  4  4  1/2 

1/2 

204  29 

2t,!tZ 

29,30 

Dércoibrt. 

Station 

1 

•  •                       1 

24 

D.     1 

81.33 

1/2  4  1 

3  1/2  4  4 

1/2 

17  4  27  tft 

25 

h      2 

26.48 

1/2  4  1   1/4 

3  1/2  4  4 

1/2»  1 1/4 

20  4  26  1/2 

26 

M.    3 

12.20 

2/3  4  11/2 

3 

1/2 

17  â  32 

27 

M.    4 

26.14 

1/4  4  1 

2  1/2  4  4 

1/2 

20  »  32          , 

28 

J.     5 

17.28 

1/2  4  1 

2  1/2  4  4 

1/2 

204  29         > 

29 

V.    6 

27.46 

1/4  à  1  1/2 

244 

1/2 

19  4  28 

30 

S.     7 

41.26 

1/7  4 

3  4  0 

1/2 

19  4  28 

OiMwal. 

- 

1 

1 

D.    8 

31.20 

1/4  a  1/2 

346 

1/2 

33  4  39 

9 

I.      9 

SUtion 

3 

V.  10 

4.e 

.  .  .^^  .  . 

31/2"  " 

•     •     •      • 

» 

*  'lié  26 

4 

M.  11 

24.12 

1/2 

2  4  3  1/2 

2/3 

18  4  29 

5 

J.   12 

41.3f) 

J/4  4  1/2 

2  4  6 

2/3 

17  4  27         ! 

6 

V.  13 

17.12 

1/2 

3  4  5 

1 

n»  4  25        ; 

1 

7 

S.   14 
D.  15 

SUtion 
33.29 

•      *      c      • 

8 

'  i/4  4  2/3  ' 

•  •  2  i  V  ' 

1 

*   17  4*27  *  ' 

9 

h.  16 

50.31 

1/5  4  1/2 

2  4  3  1/2 

1 

20  4  26 

10 

M.  17 

39.46 

1/7  4  1/4 

2  1/3  4  4  1/2 

1 

17  4  27 

11 

M.  18 

18.15 

1/6  4  1/4 

2  4  3 

1 

17  4  29         , 

12 

J.    19 

22.13 

i/d  à  2  tn 

14  3  1/2 

• 

20  4  29 

17  4  20         1 

13 

V.  20 

17.19 

1/0  4  1/3 

1  A  1   1/2 

» 

14 

S.  21 

U.  22 

SUtion 
34.26 

•     #     *     #     *     *     * 

•      •     *     * 

■  T 

15 

'  1/6  4  \à  ' 

2  4  5 

1   1/5 

'  18  4*29"  "  : 

16 

L.  23 

13.11 

1/5  4  1;4 

3  4  3  1/4 

1   1/5 

18  4  30 

17 

M.  24 

39  20 

1/4 

2  4  3 

1   1^4 

17  4  29 

18 

M.  25 
J.  26 

ciaiion 

■ 

19 

0«0  ^1  vil 

19.23 

'  '  '1/3'  ■  ' 

'2  i/2 '4*3* 

1    1/5  ' 

'    16  i'28'  '    1 

20 

V.  27 

10.34 

1/S  4  1/4 

2  1/2  4  3 

1   1/5 

16  4  29 

21 

S.  28 

30.30 

1/4  4  1/2 

2  43 

1   1/5 

15  4  27 

22 

1).  20 

8.15 

1/5  4  1/4 

2  1/2  4  3 

1  1/4 

15  4  26 

23 

L.  30 

G.10 

1/5 

3 

2 

16  4  27 

24 

M.  31 

10.19 

1/6 

3  4  3 

1  1/4 

10  4  .10 

(1)  L'iiiiM 

^rair»  eosaitl 

r>  «nStlablf 

'aiii  in  Tolio  r^nferi 

iBint  IJI  rftlnnn^» .  i 

-onipof^ii  ce 

»mm«>  H  mil  :  b^nre».  ' 

,  r««(« .  eottt 

raoï.  thtrmo 

ai«<rr,  l«»fi| 

lurur.  prorendrur, 

nam^rop  d'ordrr  «i 

«•  ilf» ,  noni 

»  dei  U*» .  «tir^dion 

ér*  «rnU| 

olM«rT«iion*. 

II 

(   »85  ) 

Extrait  dtê  Tableaux  de  l'itinéraire  du  ca^taine  Séiim 
sur  le  Bahr-^el-Ahiad  (suite). 


VITESSE 

ÂS 

AH 

lOUTB. 

LAiciua 

FaoFOHDBUl 

OU 
COUIAHT 

TBMPÉEATUIB. 

1255. 

1840. 

ou  rLBOVt. 

OU  FLIUYE. 

FAI 
HIUIB. 

CLawaL 

Jaovicr. 

mil.  bnn 

Billn. 

kouladj*. 

miUn. 

dcfré*. 

25 

M.    1 

19.15 

1/5  k  1/6 

2  1/3  A  3 

1   1/4 

17» A  28» 

26 

J.     2 

36.26 

1/8  à  1/4 

2  A  3 

1   1/4 

19  A  29 

27 

V.    3 

19.18 

1/5 

2  1/9  A  6 

1  1/4 

15  A  29 

28 

S.     4 

11.17 

1/5 

2  A  2  1/2 

1  1/4 

17  A  28 

29 

D.    5 

32.47 

1/5  i  1/4 

2  A8 

1  1/2 

18  A  29 

Zilkadé. 

1 

L.     6 

10.13 

1/5 

3 

1   1/5 

18  A  30 

2 

M.    7 

1621 

m  à  1/5 

2  1/2  A  3  1/2 

1   1/4 

18  A  28 

3 

H.    8 

22.26 

t/5  k  1/2 

2  A  3 

1   1/2 

17  A  31 

4 

J.     0 

21.53 

1/4 

2  A  3 

1  1/2 

17  A  30 

5 

V.  10 

19.29 

1/5 

3 

1  1/2 

18  A  29 

6 

s.  11 

17.41 

1/6  k  1/5 

2  A3 

1  1/2 

19  A  30 

7.8 
9 

12.13 
M.  14 

Station 
20.25 

... 

'  '    1/6   '  ' 

2  A  3  X/i 

•     •     •     • 

1   1/2 

*r9*A'3Ô'l/2* 

10 

M.  15 

15.31 

1/5  à  li6 

2  1/2  A  3  1/4 

t  1/2 

18  A  30 

11 

J.    16 

23.28 

1/5  k  1/2 

2  A  3  1/2 

1  1/2 

18  A  30 

12 

V.  17 

25.38 

J/2 

2  A  2  1/2 

I   1/2 

19  A  30 

13 

S.   18 

25.48 

1/3  A  1/2 

2  A  3 

1  1/2 

20  A  31 

14 

D.  10 

20.44 

1/3 

2  A  2  1/2 

1  1/2 

19  A  30 

15 

L.  20 

16.21 

1/3  à  1/2 

2  A  4 

1  1/2 

19  A  29 

16 

M.  21 

26.55 

1/3  à  1/2 

2  A  3 

1   1/2 

19  A  30 

17 

M.  i2 

17.38 

1/4  à  1/3 

1/2  A  2  1/4 

1   1/2 

18  A  30  1/2 

18 

J.  23 

22.32 

m 

1  1/2  A  2  1/2 

1  1/2 

18  A  30 

19 

V.  24 

18.20 

1/4  à  1/3 

1   1/2  A  2 

1  1/2 

18  A  31 

20 

S.  25 

4.10 

1/4 

1  1/2 

1  1/2 

19  A  30 

21 

D.  26 

5.15 

1/4 

1/2  A  2  1/2 

1/2 

18  A  29 

22 

L.  27 

Descend 

»dn  fleuve,  po 

intd'observat. 

Février. 

■  Bfl  V  ^fl     ^#^MWv^^V     V  W«  W 

•     •     •     • 

23â30 

28à4 

Id. 

id. 

id 

■  ^fl  •         •          •          •          ■ 

•     •     •     • 

lél? 
13 

5âf6 
L.  17 

Id. 
13.33 

id. 
1^  à  1/4 

id 

3  1/2  A  5 

•     •     •     ■ 

1/4 

'  *19  A  "39  *  * 

14 

M.  18 

11.29 

1/5  à  1/4 

2  1/2  A  4  1/2 

1/4 

20  A  31  1/2 

1& 

M.  10 

9.25 

1/6 

2  A  3 

1/3 

19  A  29 

16 

J.  20 

• 

1/5 

2  1/2 

» 

2J  A  32  1/2 

17 

V.  21 

4.15 

1/5 

1  1/2  A  2 

1/3 

31  A  33 

18 

S.  22 

» 

1/5 

1  1/2 

• 

22  A  33  1/2 

10 

D.  23 

9  25 

1/5  à  1/4 

1  1/2  A  2  1/4 

1/2 

22  1/4  A  33 

20 

!..  24 

12.27 

1/4 

1  1/2  A  3 

21  A  33 

21 

M.  25 

9  22 

1/5 

2  A  2  1/2 

21  A  33 

22 

11.26 

12  27 

1/4  À  1/3 

1  1/5  A  3 

1/2 

23  A  33 

23 

J.   27 

18.30 

1/4  à  1/2 

1  A  3 

î/2 

26  A  33 

24 

V.  28 

7.5 

1/3 

1  A  1   1/2 

1/î 

25  A  34 

2& 

S.  29 

8.28 

1/3 

2/3  A  1 

1/2 

25  A  35 

26 

Har». 

D.    1 

12.37 

1/5  à  1/3 

1/2  A  1 

1/2 

^4  A  34  1/2 

27  au! 

^9.  et  JoDi 

-8  suivant 

l8,  du  f  *'  moha 

rrem  1250  (5  m 

lars)  au  f' 

Uafar  (13  avril), 

point  d' 

ol)servati 

ons  notée 

ss. 

1 

(  '«6  ) 
LETTRES 

DE  M.  ANTOINE  D'ABBAOIE  A  M.   O'AVEZAC 

SDR   01 V  EBt  rOIRTS 
DE    càOGBAPHIB    ÉTBIOPIBNHB. 

I. 

N«  7.  OmokouUou  près  Mouszawwa' ,  ce  ao  décembre  i84i> 

Mon  cher  Honsieub  , 

Vous  avez  sans  doule  partagé  depuis  longtemps  les 
regrets  des  géographes  qui  laissaient  presque  en  blanc 
sur  nos  cartes  tout  le  pays  compris  entre  l'Atbara  •  la 
mer  Rouge»  et  les  frontières  septentrionales  du  plateau 
abyssin.  Un  de  nos  plus  savants  orientalistes,  qui  a 
reconstruit  à  force  d'érudition  l'histoire  des  fameux 
Blemmyes ,  n'a  pu  trouver  dans  aucun  voyagenr  mo* 
deme  des  données  sur  le  pays  qu*a  dû  occuper  cette 
nation.  M.  Rœdiger,  qui ,  dans  un  recueil  littéraire  de 
Halle ,  a  traduit  en  partie  des  inscriptions  en  vieux  élhio- 
pien  conservées  à  Axum  et  rapportées  par  M.  Rûppell , 
n'a  pu  se  rendre  compte  d'un  des  titres  des  empereurs 
élhiopiens  qui  se  disent  rois  de  Kfts  :•  il  ignorait^  et 
des  voyageurs  seuls  pouvaient  le  lui  apprendre,  qu'une 
grande  partie  des  tribus  (Ha'dendwa,  Melhitkena,  elc« ) 
qui  parlent  la  langue  bôdja ,  appellent  leur  pays  Kh&s, 
mot  identique  avec  celui  de  l'inscription  si  l'on  se 
rappelle  que  le  kha  arabe  n'existe  pas  dans  le  ¥ieux 
alphabet  éthiopien. 

Il  est  une  autre  considération  qui  attache  un  profond 
intérêt  aux  recherches  sur  les  frontières  septentrionales 


(  «87  ) 
deTAbyssmie  :c'6sl  par  là  que  s'écoulaient  versHéroé  et 
vers  rÉgjptedesPtolémées  les  marchandises  apportées 
de  riode  à  Adulis«  etquieDrichissaicnUousles  peuples 
sur  leur  passage ,  comme  le  prouvent  les  ruîaes  de  mo« 
oumeots  religieux  à  Adulis»àK'ftbhaylo  età  Axum.  C'est 
encore  sur  les  frontières  du  nord  que  vinrent  se  briser 
les  aigles  romaines*  qui^  triomphantes  jusqu'alors,  et 
les  derrières  appuyés   sur  le  riche  pays  de  Gach,  ne 
réussirent  cependant  point  à  envahir  les  royaumes 
du  sud.  Dans  le   reste  de  l'Abyssinie  ,    sauf   quel- 
ques détails  qui  se  rattachent  h  l'histoire  des  missions 
portugaises,  un  fait  géograplûque  est  presque  stérile 
et  ne  fait  vibrer  Tàme  que  du  petit  nombre  d*hommes 
supérieurs  qui  savent  que  toute  vérité  nouvelle  devien- 
dra tôt  ou  tard  le  point  central  d'un  réseau  de  lumière. 
Au  nord,  au  contraire,dès  qu'on  a  quitté  le  Daga  éthio- 
pien pour  descendre  vers  Méroé  ou  Sawakin  ou  TAt* 
bara,  ce  n'est  plus  le  géographe  seulement,  c'est  aussi 
Tantiquaire  qui  vient  écouter  et  critiquer.  On  reprend 
les  vieux  auteurs,  ces  {lambeaux  des  siècles  passés»  on 
veut  retrouver  le  site  de  Napata,  on  veut  identifier  le 
mystérieux  Astusaspes  avec  quelque  rivière ,  on  veut 
rechercher  si  ces  pasteurs  si  terribles  devant  les  lé- 
gions romaines  ont  conservé  dans  leur  langage  ou  leurs 
coutumes  quelques  traits  de  la  mystérieuse  puissance 
des  Cophtes. 

J'émets  ici  ces  réflexions  »  non  pour  appeler  l'inté- 
rêt sur  le  petit  travail  que  je  vous  envoie ,  mais  pour 
vous  montrer  quelle  suite  d'idées  m'avait  fait  attacher 
une  grande  importance  à  l'étude  de  ces  frontières* 
Malheureusement,  il  est  très  difficile  de  les  visiter ,  et 
.les  donneurs  de  renseignements ,  quoique  en  assez 
bon  nombre  ici  et  à  Hharckicko ,  ne  sont  pas  faciles  & 


(   188  ) 
rencontrer:  on  peut  même  dire  qu'il  faut  autant  de 
bonheur  que  d'habileté  pour  les  déterrer  et  les  faire 
parler.  D'ailleurs  il  faut  que  le  voyageur  s'entende  di- 
rectement avec  celui  qui  lui  parle  de  pays  nouveaaz  ; 
car,  selon  l'expression  pittoresque  d'Ibrahim-Pacha  à 
un  consul  de  France  qui  lui  parlait  en  turc ,  les  drog- 
mans  sont  la  deuxième  pesle  de  l'Orient  :  ils  infectent 
tout  ce  qu'ils  touchent.  S'entend-on  directement  avec 
le  voyageur  éthiopien ,  on  a  vaincu  la  moindre  des 
dijfficultés  :  il  faut  bien  se  garder  de  le  questionner 
comme  on  ferait  en  parlant  à  un  Européen  ;  encore 
bien  moins  faut-il  laisser  percer  sur  son  visage  l'intérêt 
qu'on  éprouve  :  alors ,  si  le  voyageur  éthiopien  ne  s'at- 
tend pas  à  une  récompense,  il  a  peur  et  ment  :  si  pour 
appuyer  ses  importunités  on  a  le  malheur  de  pronon- 
cer le  mot  ^a^cA^cA^  l'Éthiopien  grossit  son  budget  d'une 
foule  de  noms  que  le  malheureux  Européen  reçoit  par 
force ,  puisqu'il  n'a  pas  de  moyens  de  critique.  En  gé- 
néral, comme  le  disait  plaisamment  H.  Fresnel,  il 
faut  prendre  ces  hommes  rudes  par  les  sentiments , 
il  faut  les  faire  manger  et  boire;  puis  on  cause  de  ce 
qui  les  intéresse ,  de  leurs  terres,  de  leurs  troupeaux , 
des  contributions ,  de  la  guerre  ,  et  des  prétentions 
exorbitantes    des  peuplades  voisines;  et  si  l'on  est 
adroit,  on  fait  dire  tout  ce  que  l'on  veut  sans  avoir  fait 
une  seule  question.  Cette  méthode  a  bien  des  avanta- 
ges, car  il  est  rare  qu'une  déclaration  spontanée  soit 
fausse,  tandis  qu'une  réponse  à   une  question  l'est 
presque  toujours.  Il  est  bien  d'autres  observations  que 
je  pourrais  faire  à  cet  égard  ;  mais  je  crains  qu'en  fai- 
sant l'exposé  complet  de  ma  méthode  d'investigation  , 
je  n'encoure  le  reproche  de  vouloir  critiquer  les  voya» 
geurs  qui  suivent  une  voie  plus  expéditive.  Bien  loin  de 


(   '89  ) 
moi  cependant  la  pensée  de  m 'exalter  aux  dépens  des 
autres  I  fe  reconnais  que  le  plus  humble  maçon  d'un 
temple  a  aussi  sa  part  de  gloire. 

Le  19  mars  i84o,  je  vis  à  Mouszawwa'  un  vieillard 
halanga  nommé  'Aly  fils  de  H&mmâd ,  qui  me  donna , 
sur  les  environs  de  sa  patrie  »  des  renseignements 
précieux,  mais  un  peu  confus,  et  que  je  transmis  à 
M.  Jomard.  Au  mois  de  septembre  dernier,  mon  frère 
ayant  acheté  des  cornes  de  rhinocéros  à  Mouszawwa'  » 
demanda  d'où  elles  venaient  ;'on  lui  répondit  :  «  de 
Barka,  par  A'ylal  •  ;  sans  qu'il  fût  possible  d'avoir  d'au- 
tres explications.  Quelques  jours  après,  un  vieillard  du 
llnmasen»  à  qui  je  fis  la  même  question»  me  répondit  : 
edeA'nsttbai  .J'allai  séjournera 'AylUt pour éclaircirces 
faibles  renseignements.  —  Ce  village  est  situé  dans  la 
vallée  de  Moutha't .  vallée  longitudinale  de  formation 
alluviale,  et  dont  la  direction  coïncide  avec  celle  de 
l'axe  des  montagnes  orientales  d'Abyssinie.  La  hauteur 
de  ' A vl&t au-dessus  de  la  mer  est  d'environ  980  mètres; 
sa  latitude,  conclue  de  douze  hauteurs  circumméri- 
diennes  de  Fomalhaut,  prises  au  sextant  tabatière,  est 
lâ*"  34'  5".  Par  malheur  les  plaies  de  l'Yémen,  dont  je 
souffre  beaucoup ,  et  qui  ne  me  permettent  pas  de 
rester  debout  auprès  du  théodolite  ,  ne  m'ont  pas  per- 
mis d'avoir  une  latitude  plus  exacte.  Avec  celle-ci,  j'ai 
calculé  l'immersion  d'i»  duTaureau,  que  j'ai  observée  le 
7n  octobre  dernier,  et  qui  m'a  donné  9I»  37"  35'  (  56" 
53'  45"  )  pour  longitude  d'Aylât  à  TE.  de  Paris. 

'Aylât  est  peuplé  do  pasteurs,  en  général  fort  oisifs, 
et  qui  tous  font  de  temps  en  temps  des  voyages  à 
Barka  et  chez  les  Bilen,  pour  échanger  le  beurre  fondu 
de  ces  peuples  contre  du  drap  rouge  et  quelques  au- 
rcs  objets  manufacturés  qu'ils  vont  acheter  à  Mou- 


(  '90  ) 
szawwa*.  Je  parvins  h  réunir  trois  de  ces  négociants 
pasteurs,  et  ce  qui  sait  est  le  résultat  de  plus  d'un 
mois  de  causeries  avec  eux. 

fl  Les  gens  de  Rttbttsa  (  mot  par  lequel  les  gens 
de  'Ayl&t  désignent  le  Daga  ou  haut  plateau  d'Abyssinie) 
ont  la  tète  singulièrement  faite.  Ils  disent  que  toutes 
leurs  eaux  sont  des  affluents  de  Mftrttb ,  tandis  qu*il  y  a 
deux  rivières  distinctes  dont  la  ligne  de  partage  des 
bassins  est  près  Dôbarwa.  L'une  de  ces  rivières» 
qui  est  le  vrai  MSlr&b,  passe  par  Gwôndât  et  Rwôhhayn  » 
puis  entre  chez  les  Barea ,  reçoit  le  Hawachayt,  gros 
torrent  de  Barka  inférieur,  et  s'en  va  quelque  part 
joindre  le  Nil.  Nous  avons  là  dessus  le  témoignage  de 
Daoud ,  pasteur  à  Dokhono ,  qui  parle  bodja  et  barea  , 
et  a  long- temps  voyagé  dans  ces  contrées.  Nous  ne 
connaissons  le  vrai  Hârâb  que  par  oui-dire.  Quant  à 
l'autre  rivière  qui  reçoit  toutes  les  eaux  du  Hamasen  , 
du  Karchoum,  du  Dimbijân,  de  Beyt-lflmftn,  deBeyt- 
Tawkey  ,  du  Sânheyt  et  de  Halhal ,  les  gens  du  Kâb&sa 
peuvent  bien  l'appeler  Mftr&b  ,  mais  ses  riverains  le 
nomment  'Ansâba  à  partir  de  Beyt-Hftmftn,  et  nous  ne 
voulons  pas  lui  reconnaître  d'autre  nom,  quoique  cer- 
taines gens  disent  que  le  haut  de  son  cours  se  nomme 
Hftrâb.  et  la  partie  inférieure  seulement  'Ansaba. 
Pour  nous ,  nous  donnons  ce  nom  non  seulement  h  la 
rivière,  mais  aussi  à  tout  son  bassin  jusqu'au  Dimbijftn , 
et  'AnsSiba  est  un  nom  collectif  de  pays ,  aussi  bien 
que  Ràbàsa«  L'un  des  affluents  les  plus  remarquables 
de  l'A'nsAba  est  le  Dftmba',  qui  reçoit  le  Soulat,  ainsi 
que  tous  les  ruisseaux  de  Berka  supérieur,  de  même 
que  les  torrents  qui  s'échappent  du  versant  oriental  des 
montagnes  de  Barea.  Dans  la  saison  sèche,  leDamba' 
est  un  ruisseau  des  plus  chétifs.  Pendant  les  pluies 


(  »9«  ) 
seulement  il  grossit  l'A'Dsttba,  el  leurs  eaui  réunies 
vont  jusque  tout  prés  de  Sawakin  (  selon  Daoud  )  ou 
d'A'ckyck  (selon  les  autres  pasteurs).  Il  me  semble 
qu'on  peut  mettre  ces  gens  d  accord  en  s'en  référant 
aux  renseignements  d*Aly  le  Halanga ,  qui  dit  que  le 
iMftrab  meurt  à  Tôkhar  à  une  journée  de  Sawakin , 
c'estfh^dire  entre  ce  dernier  lieu  et  A'ckyck.  Si  Ton  ad- 
met Tauthenlicité  de  la  route  de  Molihammed-Beg  , 
marquée  dans  la  carte  d'Arrowsmitb,  et  qui  aurait  tra- 
versé le  Mitrâb  tout  auprès  de  TAtbara  ;  si  l'on  songe 
au  grand  détour  que  devrait  faire  le  vrai  MftrSLb  pour 
traverser  les  monta  Langay  vus  par  Burckhardt;  si  l'on 
joint  à  tout  cela  le  témoignage  des  habitants  de  la  fron- 
tière du  Ghôré  qui  font  couler  le  vrai  Mttrâb  -vers  le 
Takase  ou  Atbara;  que  l'on  y  joigne  enfin  le  témoi- 
gnage positif  des  pasteurs  d'A'ylat»  qui  affirment  que 
l'A'ns&ba  est  souvent  confondu  avec  leMdr&b,  on  sera 
du  moins  1res  porté  à  croire  que  la  rivière  qui  dépense 
see^  dernières  eaux  dans  le  fVadey  de  Tôkhar  n'est 
autre  que  TA'nsftba.  La  découverte  de  l'existence  de 
cette  rivière  m'a  suggéré  un  rapprochement  que  je  vous 
prierai  de  vérifier  par  la  comparaison  des  textes  an- 
ciens, car  je  n'ai  pas  un  seul  auteur  près  de  moi. 
L'A'nsâba  ne  serait-il  pas  l'Astusaspes  des  auteurs? 
On  a  voulu  Tidenlifier»  soit  avec  le  -Moghren,  soit 
avec  le  Mâr&b,  deux  cours  d'eau  dont  les  riverains 
n'ont  jamais  atteint  aucune  importance  politique. 
D'ailleurs  le  Hoghren  ne  sera  jamais  la  route  d'un 
conquérant,  et  les  rives  notoirement  malsaines  du 
Mttrttb  n'appelleront  jamais  une  armée.  Il  en  est  tout 
autrement  de  TA'nsftba.  Ses  eaux  abreuvent  d'im- 
menses troupeaux,  dont  les  nudtres  sont,  les  unsmon- 
tés  Sur   de    beaux  chevaux   et  bardés  de  cottes  de 


(  >92  ) 
mailles,  ce  sont  les  Na-Tab  ;  les  autres,  qu'on  appelle 
Bilen ,  dernier  boulevard  de  la  chrétienté  éthiopienne , 
sont  de  fameux  guerriers  qui  ne  se  rendent  jamais,  et 
ont  déjà  repoussé  deux  invasions  de  llohammed-Aly. 
D'ailleurs  en  suivant  le  bassin  de  l'A'nsâba,  on  entre, 
presque  sans  montée  brusque  ,  jusque  sur  le  haut  pla- 
teau abyssin.  Il  me  semble  que  toutes  ces  considéra- 
tions réunies  doivent  avoir  appelé  l'attention  des  Ro- 
mains sur  l'A'nsaba  plutôt  que  sur  le  Mttrâb  ou  le 
Moghren.  D'ailleurs,  si  l'on  a  trouvé  une  certaine  res- 
semblance entre  l'orthographe  de  l'Astaboras  et  de 
l'Albara,  on  en  trouvera  aussi  entre  l'AsIusaspes  et 
l'A'nsâba.  Je  serais  bien  heureux  que  vous  voulassîez 
commenter  mes  idées  à  cet  égard. 

(  Le  pasteur  Chttogftb  prit  un  jour  mon  crayon ,  et 
me  donna  ce  qu'il  appelait  son  idée  do  Barka  sopé- 
rieur  :  il  se  bornait  h  faire  de  gros  points,  en  disant  : 
Ceci  est  Change reyn  ,  ceci  est  El-Gadeyn  ,  etc.  ) 

[  Comme  j'objectais  à  Chângttb  que  si  Beyt*Mftm&n 
est  à  3  jours  d'El-Gadeyn,  cederoier  n'est  pas  à  6  jour- 
nées de  Tchftiftma ,  il  répondit  obstinément  que  le  pa- 
pier  n'est  pas  le  terrain ,  et  ne  voulut  jamais  convenir 
que  les  proportions  pouvaient  exister.  Du  reste,  il  con- 
vint qu'il  n'y  a  que  6  journées  de  Dabra  Salah  au 
Dambala ,  ce  qui  donne  la  largeur  de  Barka,  )  Tous 
les  pays  qui  entourent  Barka  sont  beaucoup  plus  éle- 
vés :  Barka  esl  un  kwalla ,  et  comprend  seulement  le 
bassin  de  Dâmba' ,  lequel  reçoit  tons  les  petits  ruis- 
seaux de  Barka ,  et  coule  au  milieu   de   palmiers  à 
nattes.  Les  villages  bilen  qui  forment  les  frontières  de 
Barka  au  N.-E.  sont  :  Tsftlale,  Djoufa,  Rttrttn ,  li&gareh, 
Beyt-Gabftrou ,  Dftkke-Râfana,  Djttngftreyn,  Harawya , 
Dabrft-Salahh  {hill/ort.  comme  on  dit  dans  l'Inde  an- 


(  »93) 
glaise),  enfin Dôgola  sur  les  confins  de  Barea.  Deux 
routes  mènent  de  Barka  chez  les  Bilen  :  Tune  qui  va 
de  T&nkàl&has  à  Hagareh  dans  le  Sftnheyt;  l'autre  qui 
va  de  B&ggou  à  Tsciladi-Intch&nak',  pays  de  pâturage. 
Voici  les  noms  de  quelques  lieux  dans  Barka  : 

I.  Asma*t-Mttnftdouk. 

9.  K&rayay. 

3.  Dftban&-Tsawra. 

4.  Ebn-Wagftr. 

5.  Chàgftlg&l»  plaine  sans  pierre  ni  arbres,  cou- 
verte d'herbe  et  ayant  de  l'eao. 

6.  D&b&dttb ,  qui  confine  au  Damb&las. 

7.  Kalam. 

8.  Thâmàrftd ,  où  il  y  a  beaucoup  de  gros  arbres, 
g.  Gttrgftr  »  près  du  Hamasen* 

10.  M&gawda. 

II.  Gftrawit. 

is.  Barbarou,  qui  a  une  eau  courante. 

1 3.  Roch ,  qui  a  aussi  une  eau  courante. 

1 4*  A'chôra ,  près  des  montagnes»  et  sans  eau  cou- 
rante. 

i5.  Hâmith,  sans  ruisseau. 

i6.  Bttggou,  vallée  et  ruisseau  qui  coule  par  Mtt- 
gawa  9  et  va  ensuite  à  Mftn&douk. 

17.  Scli. 

]&  Ôngârsa. 

19.  Ôrovalateg,  a^ec  un  ruisseau  qui  va  au  Dftmba'. 

so.  W&saka ,  ruisseau. 

ai.  Thahflm ,  sans  ruisseau. 

aa.  Tftkftlet,  sans  ruisseau. 

'93.  Hotsît  sur  le  D&mba*. 

94-  Sftbftr. 

95.  Chelab. 

XVUI.    SBPTBHBBB.    3.  l3 


(  »94  ) 

96.  Rahea ,  avec  ruisseau. 

37.   Mttsk&fïlahiL 

a8.  Sonibouriouk*. 

ag.  Gâldttmit»  où  Ton  reste  (rois  mois  à  faire  paître; 
ce  lieu  est  toot  prés  des  cbrétiens  de  Beyt-MttmXD. 

(  Comme  tout  ce  qui  se  rapporte  à  un  pays  nouveau 
est  en  général  intéressant,  je  n'ai  pas  cru  devoir  omet- 
tre les  détails  suivants  ;  ils  donnent  d'ailleurs  une  base 
pour  le  calcul  approximatif  de  la  population  du  Bafka 
supérieur.  ) 

Barka  est  plein  de  troupeaux»  surtout  de  chamelles. 
Les  eaux  y  abondeùt^  ainsi  que  lea  girafes,  rhinocéros, 
éléphants,  et  je  crois  aussi Thippopotame.  Lepoysn'a 
pas  de  villages  fixes  :  00  change  de  place  avec  les  trou- 
peaux. En  conséquence ,  dans  l'énumération  suivante^ 
on  donne  seulement  le  nom  du  chef  de  chaque  cam- 
pement Digftlal  commande  à  tout  Barka.  Zttmat  »  qui 
lui  est  subordonnèi  gouverne  sa  camps ,  comprenant 
3,940  lances  ainsi  réparties  : 

I.  A'dftrey«  aoo  guerriers  poiiant  lances* 
a.  A*ly-Bftkit,  fils  du  N""  1,  i5o  lances. 

5.  Ôkoud,fils  du  N°  1,  et  riche -en  chamelles,  100 
lances» 

4.  Nftsour  »  fils  du  N'  6 ,  a&o  lances. 

5.  IdrisDar,  fils  du  N<»  6,  100  lances. 

6.  Mousa  Cbangftb  (Moisè  le  Gaucher),  ;o  lances. 
En  devenant  vieux  1  celui-ci  a  perdu  l'autorité  de  per- 
suasion ,  que  ses  fils  lui  ont  enlevée. 

7.  Camp  de  Zàmttt  lui-mèma  »  Soo  lances» 
8  et  g.  Ses  deux  fils ,  Soo  lances. 

10.  Bttyd,  fils  de  Okoud,  5oo  lances. 

I I.  Okoud  ,  fils  de  HhâmmSd ,  60  lances. 


(  «95) 

19  à  i4*  Qkoud  Kftlftch »  3  camps:  loo,  5o  et  5o 
lances. 

i5«  Hammeda ,  fils  d'Ôkoud  »  i&o  lances. 

i6  à  ig.  Omar,  fils  d*A'ly*Bakil«  4  camps  et  l^oo 
lances. 

90  et  s  I .  Hhâmmftd  ,  s  camps  et  aoo  lances. 

9 s.  Okoud,  fils  d'Omar»  i6olances« 

Tous  ces  chefs  sont  issusd'un  même  père.  Le  dernier 
a  en  outre  5o  cheYaux  et  loo  chameaux»  Les  chef  aux  et 
les  cavaliers  sont  entièrement  couverts  de  cottes  de 
mailles»  et  par  conséquent  très  redoutés  dans  un  pays  où 
l'usage  du  fusil  est  encore  fort  peu  connu.  Quant  aux 
autres  campa  du  Barka  supérieur»  nous  connaissons  : 

i3à97.  Asala»  qui  commande  à  5  camps  de  3oo  lances 
chacun.  Il  a  aussi  3o  chevaux ,  n*a  pas  de  frères»  et  ne 
craint  personne  au  monde  fors  son  snaerain  Digttl&l. 
Il  fait  de  fréquentes  incursions  chex  les  Barea ,  et  leur 
enlève  de  jeunes  enfants  pour  les  vendre. 

«8.  Goula't  Roukouy,  700  lances  et  point  de  che- 
vaux; mais  beaucoup ,  beaucoup  de  chameaux. 

99.  Beyt-Bijal ,  5oo  lances  dans  un  seul  camp. 

3o-3i.  Was  gouverne  9  camps  :  l'un  sous  A'Iy-^Min* 
talib,  fils  de  Mansour,  900  lances;  l'autre  sous  Adttrttt 
frère  du  précédent»  i5o  lances. 

59.  Mohhammed»  Mb  d'Abrahim,  170  lances. 

33.  A'ray»  fils  d'Ibrahim  »  95o  lances. 

34.  AntiUrtty  »  nom  de  lieu  »  a  le  plus  souvent  un 
camp  de  95o  lances. 

La  moitié  de  Barka  est  plus  grande  que  tout  le  Ha« 

masen.  Faisant  le  tour  de  Barka  par  les  frontières  » 

il  y  a  : 
De  Dirabijftn  à  TsSlIale  une  journée; 


(  Ï96  ) 

De  TsAlale  à  Dâbrft*Salah,  il  faut  toujours  marcher 
tant  que  le  soleil  est  à  l'horizon  ; 

De  Dâbrâ'Salah  au  Dâmb&las  •  lo  journées  (  rédui- 
tes ensuite  à  8,  enfin  à  6).  Nous  ne  connaissons  pas 
les  noms  des  villages  de  la  frontière  du  Dftmbftias. 

D'EI-Gâdej^n  (  Barea)  àDftmbâlas,  5  journées; 

D*ElGâdeyn  à  Tchàlttma ,  8  journées  ; 

De  Dftmbftlas  au  Hhàmàsen,  a  journées; 

.  De  Tcbttlâma  au  Dimbijan,  a  journées  ;  d'autres  di- 
sent I  i/a  ; 

De  Hhamasen  à  Beyt-Mâmân»  i  journée. 

Tcbttiftma  est  un  pays  chrétien  plus  grand  que  Beyl* 
Mârottny  qui  est  aussi  plus  petit  que  Dimbijan. 

Dôgôlal,  sur  les  frontières  de  Barea  et  de  Sttnheyt,  est 
un  camp  nomade,  et  n'y  reste  pas  toute  Tannée. 

De  Beyt-Mttmân  à  El-Gâdeyn ,  4  journées; 

D'EI-G&deyn  à  Dttbrâ-Salah,  3  journées. 

A'di-Baro  (marqué  dans  la  carte  de  Sait  (i)  et  dans 
celle  de  Berghaus)  est  dans  Tchâlftma.  La  rivière  qui 

l'arrose  s'appelle (le  nom  m'a  échappé, 

mais  no  ressemblait  en  rien  à  celui  de  Lidda  )  :  nous  ne 
connaissons  pas  dans  toutes  ces  contrées  de  rivière  qui 
s'appelle  Lidda.  Nous  ne  connaissons  pas  de  peuple 
qui  se  nomme  Bidel. 

(Ce  dernier  nom  est  donné  par  les  chrétiens  du 
Dftmbâla  et  du  Sttrawe  aux  habitants  musulmans  du 
kawalla  voisin;  je  crois  les  avoir  identifiés  avec 
les  Hhadarebe  du  Barka.  Un  habitant  du  Sttrawe»  . 
qui  m'a  confirmé  les  renseignements  relatifs  au 
Lidda ,  m'a  dit  Tsttittma ,  et  non  Tchttlttma  :  on  conçoit 
que  les  pasteurs  d'A'ylttt  étant  étrangers  au  pays  dont  ils 

(i)  i5»  ao' N.  36*  4o' E.  P. 


(  >97  ; 

me  rendaienl  compte  ,  leur  manière  de  prononcer  les 
noms  propres  est  fort  sujette  à  caution.  Le  même  chré- 
tien du  Sftrawe  qui  me  dit  avoir  visité  le  Tsâiftma  , 
affirme  que  ce  pays  est  séparé  par  le  Dâmbftias  du 
kwalla  des  Bidel  ;  et  sur  l'observation  que  j'en  fis  à  mes 
pasteurs,  ils  répondirent  qu'ils  ne  connaissaient  que 
par  oui-dire  les  frontières  méridionales  du  Barka.  ) 

Les  villages  du  Hhamasen  qui  forment  la  frontière 
du  côté  de  Barka^  sont,  en  allant  du  sud  au  nord  : 

1.  Hazâga. 

9.  Tsa'daZâga  :  c'est  le  plus  grand  de  ces  villages 
et  le  plus  guerrier;  il  fournit  3oo  lances. 

3.  B&Iâzanay. 

4.  Ghaha. 

Puis  viennent  Dacbôm  et  Beyt-Hftmftn. 

(  J'avais  un  tel  désir  d'esquisser  au  moins  la  carte 
de  Barka,  que  je  voulus  avoir  des  distances  prises  d'a- 
près une  méthode  analogue  à  celle  qu'on  emploie  dans 
les  levés  à  la  planchette.  Je  pris  pour  base  la  distance 
qui  sépare  Bey  t  -  HâmSln  d'El-Gâdeyn.  On  verra  que  je 
n'ai  pas  réussi ,  soit  à  cause  du  vague  de  la  journée  de 
marche,  seule  mesure  que  je  pusse  employer,  soit 
plutôt  à  raison  de  l'horreur  qu'a  tout  Africain  de  ré*- 
pondre  directement  à  une  question  géographique. 
Comme  néanmoins  il  peut  y  avoir  quelque  vérité 
dans  les  nombres  qui  suivent,  je  n'ai  pas  cru  devoir 
les  supprimer.  ) 

De  Beyt-M&m&R 

à  Tch&l&ma,  3  journées, 

à  Dmkbtias,  3 

à  EI-GkdejD ,  3 

à  D&brS-SaUb,  i  i/a 

à  DjKng&reyn,  i  1/2 

à  Bey t-G&b&rou ,  1 


(  >98) 

a  Mliga*refa  ,  i  1/3  juor. 

à  Tsflale,  3  heares. 

D'ËkG&deya 

i  Tcbll&na,  6  journées, 

à  D&mb&las,  3 

à  Dlibr^-Salah ,  3 

à  IMKDeIreyn ,  Zth 


Les  Hhadarebé  de  Barka  vienneot  du  Hadramol  en 
Arabie ,  et  parlent  la  même  langue  (  le  bôdja  )  que  la 
tribu  du  même  nom  qui  demeure  près  de  Sawakin.  Les 
principaux  du  pays  s'appellent  Nàtâb(qu*on  proDonce 
souvent  Nâfitâb  avec  un  fort  hamza  médian  )  ,  et  sont 
dans  Barka  comme  les  Bîlaw  (  espèce  de  noblcâse  hé- 
réditaire )  dans  les  États  du  Nayb»  qui  .est  lui-même  » 
par  ses  ancêtres,  issu  des  Nàtftb  de  Barka.   (Gomme 
les  grands  camps  ou  villages  des  peuples  de  langue 
bôdja  n^ont  en  général  d'autre  nom  que  celui  de  la 
tribu  elle-même,  il  n*est  peut-être  pas  présomptueux 
de  placer  chez  les  Nàtftb  la  ville  de  Napala,  dont  parle 
Pline  à  propos  d'une  expédition  romaine  :  diripuerunè 
et  Napata  ;  mais  le  passage  est  trop  bref  pour  fournir 
des  preuves  à  celte  hypothèse»)  Les  Nâtftb ,  même  en- 
fants, ne  voni  jamais  à  pied,  et  se  servent  de  chevaux 
ou  de  chameaux.  L'un  d'entre  eux,  nonuné  Was» 
chef  dans  le  haut  Barka ,  avait  contracté  des  alliances 
par  ses  fils  avec  Beyt-Mftmftn ,  D&mbftlas  et  Barea*;  il 
eut  une  querelle  avec  un  autre,  chef  comme  lui  de 
cinq  camps,  et  ne  se  trouvant  pas  en  force ,  il  appela 
ses  alliés  :  Beyt-M&mftn  envoya  so  fusiliers,  D&mbftlas 
en  envoya  iso»  et  Barea  fournit  200  cavaliers  armés 
de  lances.  Le  chef  rival  n'attendit  pas  des  forces  aussi 
imposantes ,  mais  s'enfuit  dans  Barka  inférieur,  qui  est 
à  3  îournées  de  distance  du  haut  Barka   lorsqu'aa 


(  »99  ) 
deflcend  vers  la  mer,  et  à  5  ou  6  jouroées  si  l'on  re* 
monte. 

Les  saisons  et  la  température  de  Barka  soni  l^smè* 
mes  que  celles  de  Mouta't,  (On  peut  donc  provisoire- 
ment estimer  la  hauteur  de  Barka  à  3  ou  4oo  mètres.) 

(  Quelque  intérêt  qui  puisse  s'attacher  à  Barka ,  j'en 
ai  éprouvé  bien  moins  que  pour  la  terre  des  Biien. 
Cette  peuplade,  presque  entourée  de  musulmans* 
presque  isolée  de  TAbyssinie,  qai  n*a  souci  d'elle  et 
ignore  son  existence,  a  néanmoins  conservé  sa  foi  chré- 
tienne &  la  pointe  de  sa  lance  ;  et  dans  le  combat»  où 
un  Bilen  préfère  toujours  mourir  que  de  se  rendre  « 
elle  a  si  bien  établi  sa  réputation  de  valeur ,  que  les 
tribus  limitrophes  les  plus  guerrières  tremblent  devant 
les  i,5oo  lances  du  S&nheyt,  D'ailleurs  une  certaine 
ressemblance  entre  le  nom  de  Bilen  et  celui  desBlem- 
myes  m'avait  fait  espérer  de  trouver  plus  tard  des  preu- 
ves qui  pussent  justifier  ce  rapprochement  ;  mais  ayant 
appris  que  les  Saho  donnent  le  nom  de  Bâiân  à  tous  les 
habitants  du  haut  plateau  éthiopien,  j'ai  été  amené  à 
craindre  que  le  nom  Bilen  ou  B&lftn  ne  soit  un  terme 
générique  chez  les  habitants  des  kvvalla  ,  et  qui  indi- 
que seulement  une  nationalité  de  position.  Quoi  qu'il 
en  soit»  une  nouvelle  découverte  est  verrue  raviver 
l'intérêt  que  m'avaient  inspiré  ces  fiers  chrétiens  :  j'eus 
la  bonne  fortune  do  découvrir  à  A'ylat  une  jeune  es- 
clave bilen,  et  dès  les  premiers  .mots  qu'elle  me  dit,  je 
reconnus  dans  1^  la,ngue  des  Bilen  un  dialecte  ^ham- 
thënga  ou  agaw.  Cela  était  tellement  vrai ,  que  prenant 
mon  petit  vocabulaire  bbamthônga  fait  Tan  dernier  à 
Adwa  ,  je  dis  à  l'esclave  étonnée  un  grand  noipbre  de 
mots  qoi  étaient  identiques  avec  son  di^lQcie«  Malheu- 
reusement je  ne  parle  pas  tôgré ,  et  je  dus  bie^ôt  re- 


(    «00    ) 

noncerft  continuer  mon  vocabulaire  bilen  à  Taide  d'un 
interpète.  Je  vais  transcrire  mes  renseignements  rela- 
tifs aux  Bilen  ). 

Les  pays  qui  entourent  Sftnheyt  sont  : 

I.  Dimbijan.  5.  Halhal  [id.  ). 

Si.  Hansah.  6.  Gàbeyiâbo  (  id. }. 

3.* Bedjibebrou   (  langue  7.  D&brâ-Salah  {id.  ). 

bilen  ).  8.  Barka  et  Bey t-Màman. 

4.  Beyt-Tankey  {id.). 

Les  Bilen  sont  chrétiens,  mais  leurs  chefs  seulement 
portent  le  maiab  (  cordon  de  soie  bleue  qui  dans  toute 
TAbyssinie  est  le  symbole  et  même  la  preuve  de 
la  profession  du  christianisme  :  on  porte  le  maiab  au- 
tour du  cou).  Ils  ont  des  prêtres,  et  des  livres  qu'on 
garde  dans  la  Maison  de  Marie,  à  laquelle  on  offre 
Idus  les  ans,  vers  le  1*'  novembre,  tout  le -lait  des 
vaches,  rassemblé  dans  un  vase  énorme;  ce  vase  est 
déposé  dans  la  Maison  de  Marie,  puis  tous  les  trou- 
peaux font  trois  fois  le  tour  de  Téglise.  Ces  gens  ré- 
vèrent la  croix.  Ils  aiment  beaucoup  le  drap  rouge, 
et  les  tapis ,  qu'ils  gardent  chez  eux  comme  valeurs , 
car  ils  n'en  font  aucun  usage.  Ils  sont  très  hospitaliers, 
n*épousent  qu'une  femme,  et  ont -de  grands  jeûnes. 
Leur  pays  abonde  en  éléphants;  m^is  les  girafes  et  les 
rhinocéros,  si    abondants  dans  Barka,  y  sont  fort 

rares. 

Les  noms  des  villages  de  Sanheyt  sont  : 

1 .  Azafa.  7.  R&rân. 

t.  A'd  Brôhhanou.  8.  Djoufa. 

3.  Una.  9.  Tsftiali. 

4^  Thantharwa.  10.  Dôgi. 

5.  Beyt-Gabrou.  1 1.  Hhachala. 

6.  Mftgarâh.  19.  Ghichôrama. 


i5.  Romfou. 
i4*  Hbftdadoack. 
i5.  Hhabib-Hftntttl. 

16.  Gftweyiftbou. 

17.  Az&mat. 

1 8.  A*di  Zaz. 

19.  Hâaddey. 


(  «o*  ) 

so.  Salâdarôb. 
91.  Farhheyn. 
S9.  KoDné\ 
95.  Orner. 
34*  K'analkheylay. 

95.  Gadjîla. 

96.  Rouraba. 


Les  noms  des  villages  de  Beyt-Tankey,  pays  bilen  » 
soni: 


6.  Orkoûna. 

7.  Waleko. 

8.  K'oûch. 
g.  Nawd. 

10.  Douarba. 

1 1 .  Djângâreyn. 
19.  Tsada-Hhoga. 

i3.  0'ro8,montagne-fort 


1.  Henboub. 

9.  Sânk'ak. 

3.  Mârâdjen. 

4*  Ckarwat. 

5.  Bedjftbebrou,  colonie 
de  Saho-Toroua'y  qui  ne 
sailplus  d'autre  langue  que 
le  tôgré. 

Halhal,  au  milieu  des  montagnes,  comprend  les  vil- 
lages suivants  : 

i.A'dRttlb. 
9.  A'd  Ts&fay. 

3.  A'dGftbcha;  ce  village  a 
700  lances ,  et  a  dernière- 
ment enlevé  i,5oo  bœufs  à 
Barka. 

4.  A'd  Hbôzbay. 

5.  A'd  Tsafa*. 

Dabrft*Sàlah  est  bilen ,  mais  ne  fait  pas  partie  du 
Sânbeyt  Gttbeyttlftbo  ,  patrie  de  la  jeune  esclave  d'A'y- 
hi^  est  tout  près  de  Halbal.  Un  de  ses  ruisseaux  va  à 
Marianoir  et  l'autre  à  Dâbr&-Salah.  En  descendant 
de  Halhal ,  on  arrive  à  Mttnab&r  dans  Barka. 


6.  A'd  Ts&mfay. 

7.  Mehel  Anbalâ. 

8.  Tadjba. 

9.  Zàroun. 

10.  Mftmb&r  -  Ondjuna, 
ayant  trois  ruisseaux  avec 
de  l'eau  jusqu'à  mi*corps. 


(    SOS    ) 

Sànhey  t  est  plus  élevé  que  UoulhaH,  mais  pas  beau- 
coup; Halhal  est  très  éle?é  et  froid. 

La  tribu  des  A*ddklés  vit  à  ennr<>D  3  }oamâe9  N.E. 
du  S&nheyt  sur  l'A'psftba,  qui,  là ,  n'a  de  l'eau  en  été 
que  lorsqu'on  a  creusé  k  environ  une  coudée  de  pro- 
fondeur. Cependant  il  y  a  encore  de  Teaq  k  Ts&bab  » 
lieu  du  désert  où  les  A'dôkiés  «  les  A'domariam  f  les 
Ha*dendwa  •  et  parfois  même  les  Rileo  »  s'établissent 
pour  détrousser  les  voyageurs. 

Hakin  gouverne  la  partie  du  Sânheyt  la  plus  voisine 
de  nous.  Il  a  douze  usa  de  vaches  (  c'est-à-dire  i  »8oo 
tètes);  lui  et  Tedros  se  partagent  le  commandement 
de  tous  les  Bilen.  Je  ne  sais  rien  de  la  contrée  qui  sé- 
pare les  deux  Barka.  On  la  dit  déserte. 

Hansah  se  compose  de  deux  petits  pays  dont  le  site 
est  très  élevé ,  et  où  il  fait  froid.  Beyt-Ghakbân  est  le 
plus  au  sud  :  Bey t-Ebrehe ,  nommé  aussi  G&lftb  ,  est  à 
une  journée  plus  au  nord.  Les  eaux  de  Mansah  vont 
au  Wackayrou,  qui  se  jette  dans  la  mer.  Les  gens  de 
Mansab  sont  chrétiens  et  parlent  tôgré. 

Bazen»  Tdrbidda  ,  Ghilko»  Bichkoul,  et  les  trois  La- 
godo,  ainsi  que  Hachburé,  El-Gadeyn  et  Amadda 
(  tout  près  du  précédent)  son4  des  noms  de  lieux  dans 
Barea.  Les  habitants  de  Barea  se  disent  musulmans, 
mais  ont  l'infamie  de  manger  tout  ce  que  Dieu  a  créé  ; 
même  les  serpents.  Us  no  sont  pas  Ghank'ôla ,  mais 
leur  peau  est  noire. 

(  Plusieurs  gens  d'A'yIat  m'ont  affirmé  à  plusieurs 
reprises  que  les  Barea  n^  eoni  pas  titres  ou  Ghan- 
k'ôla. Cependant  leur  habitude  de  dormir  entre  trois 
feux  et  de  manger  des  serpents  ne  f)ieraiet  pas  de 
les  séparer  des  Ghank'ôla,  que  les  Abyssins  placent 
autour  duHArtlb  ,  et  sur  ivs  frontières  eu  Chdré  et  4u 


(  ao5  ) 

Walk'ay L  Les  Barea  me  paraissent  être ,  comme  disait 
Bacon ,  dans  une  posiUon  enwiale^  et  tenir  autant  à  la 
race  caucasienne  qu'à  la  race  nègre  :  c'est  1&  qu'on  de-* 
Yra  étudier  comment  l'une  de  ces  races  passe  par 
degrés  insensibles  dans  Fautre. 

Me  voilà  parvenu  au  terme  de  mes  renseignements. 
Je  ne  parlerai  pas  en  ce  moment  de  tribus ,  enfants  de 
Naoudy  qui  occupent  l'espace  compris  entre  A'ylât« 
Ras-Harob ,  le  Sftnheyt .  et  A'ckyck  ou  Badour»  parce 
que  j'espère  compléter  mes  données  k  leur  égard.  J'ai 
bian  du  regret  de  vous  envoyer  tant  de  noms  de  lieux 
s^ns  distances  ni  directions  ;  mais  c'est  là  ce  qu'il  est 
à  peu  près  impossible  de  tirer  d'un  Éthiopien.  Mon 
orthographe  des  noms  de  lieux  subira  sans  doute  de 
grandes  variations  si  je  parviens  à  trouver  des  Bilen 
ou  des  Hhadarebé  du  Barka.  Faire  plus  et  mieux  n'a 
certainement  pas  été  en  mon  pouvoir. 

Votre  bien  dévoué  confrère , 

Antoine  d'Abbadib. 

P.  6.  16  décembre  1841. 

Un  homme  de  la  Iribu  bôdja  d'El-Gldeyo,  qui  va  en 
pèlerinage  à  la  Mecque ,  et  à  qui  je  demandais  hier 
s'il  parlait  la  langue  de  ses  voisins  les  Barea,  m'a  ré- 
pondu :  i  Je  ne  parle  que  trois  langues  :  un  peu  d'a- 
rabe >  le  bâdja  »  qui  est  ma  Ikngue  •  et  le  kbasy,  que 
les  g^îfis  d'ici  qui  le  parlent  appellent  idgray ,  mais 
les  AL*abes  l'appellent  khasy.  b  J'ai  ensuite  passé  une 
grande  pariîe  de  la  journée  avec  cet  hoounei  qui  a  corn* 
mfincé  â  me  donner  une  idée  de  la  grammaire  bôdja. 
lia  ipis  tant  de  simplicité  et  de  précision  dans  ses  ré« 
penses  ,  il  avait  tant  peur  de  m  avoir  trompé  sur  le 


(  «o4  ) 

genre  d'un  substantif  ou  d'un  adjectif,  que  je  n'hésite 
pas  à  placer  sa  valeur  morale  comme  informateur  bien 
au-dessus  de  celle  des  deux  chajrkh  qui ,  à  une  année 
d'intervalle,  m'ont  tous  deux  dit  que  Rhasy  et  Bodja 
étaient  synonymes.  J'ai  cru  mieux  faire  en  vous  racon- 
tant comment  la  chose  s'est  passée  qu'en  effaçani  ce 
que  j'ai  écrit  plus  haut,  afin  de  vous  montrer  combien 
il  est  difficile  d'arriver  à  la  vérité ,  et  pour  avoir  une 
nouvelle  occasion  de  vous  prier  de  n'être  pas  trop  se-- 
vère  sur  mes  renseignements  de  géographie  africaine. 
Le  pays  de  Rhas  serait  donc  identique  avec  le  S&mh&r. 

• 

II. 

N*  8.  Adwa,  37  mari  i843* 

Mon  cher  Monsibur, 

Dans  mon  n"*  7,  daté  d'OmokoulIou»  20  décembre» 
je  vous  parlai  de  Barka  et  de  Sftnheyt  avec  plus  de  dé- 
tails qu'à  l'ordinaire,  dans  la  pensée  que  ces  contrées 
avaient  été  jusqu'ici  négligées  par  les  voyageurs.  Je 
vous  fis  part  en  même  temps  de  mon  opinion  sur  le 
cours  de  TA'ns&ba ,  qui  a  été  souvent  confondu  avec  le 
Mttrftb.  Depuis,  j'ai  eu  le  plaisir  de  voir  changer  mes 
conjectures  en  certitude. 

Étant  k  Hharckicko  le  t^*^  janvier  de  cette  année ,  je 
rencontrai  un  homme  de  la  tribu  d'El-Gadeyn  dont  la 
langue  est  le  tôgrtty  ou  khasy ,  à  peu  près  la  même 
qu'on  parle  à  Mouszâwwa'.  Il  se  rendait  au  pèlerinage 
de  la  Mecque ,  et  était  venu  par  le  pays  des  Hhftbab,  au 
lieu  de  suivre  la  route  directe  qui  passait  par  le  SKn-* 
hey t.  Près  de  lui  était  un  autre  pèlerin ,  natif  de  Don- 
gola»  et  qui  se  nommait  EUEmin.  Il  était  venu  par  le 


(  ao5  ) 

paya  de  Gach  .  et  parlait  bien  arabe.  Selon  lui ,  le 
liârttb  se  jelte  dans  le  Gach,  ou»  pour  mieux  dire»  la 
partie  inférieure  du  Mftr&b  se  nomme  Gach.  Le  pays 
de  Gach  doit  son  nom  à  cette  rivière»  qui  inonde  pen- 
dant quatre  mois  un  vaste  pays  plat.  Le  Gach  se  joint 
à  TAtbara  (Takazé)  au-dessus  de  Goz-Radjeb.  Près  de 
la  le  Gach  a  »  mètres  de  profondeur.  Je  demandai  à 
cet  homme  si  une  barque  légère  flottant  sur  le  Gach 
atteindrait  l'Albara  et  le  Caire  :  il  me  réj)ondit  que 
non  »  à  cause  des  arbres  qui  sont  grands  et  nombreux. 
On  doit  conclure  de  là  que  la  jonction  des  deux  riviè- 
res n'a  lieu  que  pendant  la  saison  des  plaies. 

Mes  questions  sur  le  Mttràb  excitèrent  une  vive  discus- 
sion entre  l'homme  de  Dongola  et  celui  d'EI-G&deyn  » 
qui  prétendait  »  comme  je  l'avais  entendu  .dire  à  d'au- 
tres ,  que  le  MAr&b  se  jette  dans  la  mer  Rouge  à  To- 
khar  ^mentionné  par  Burckhardt)près  de  Sawakin.  Il  y 
avait  plusieurs  pèlerins  d'El-G&deyn  présents»  et  ils  fi- 
nirent tous  par  convenir  qu'il  y  avait  deux  Mftràb , 
l'un  qui  prend  le  nom  de  Gach  »  l'autre  que  les  rive- 
rains de  la  partie  inférieure  de  son  cours  appellent 
A'nsftba.  C'est  ce  dernier  seulement,  selon  le  pèlerin 
de  Dongola»  qui  atteint  Tokâr(ou  Tokhftr)  au  sud  de 
Sawakin ,  et  qui  pendant  le  pluie  mêle  ses  eaux  aux 
eaux  salées  (mer  Rouge).  Le  pays  de  Tokttr»bien  arrosé 
au  milieu  des  contrées  stériles  qui  l'avoisinent»  a  été 
nommé  Bâr&kâ ,  et  c'est  là  sans  doute  le  Bnrka  infé- 
rieur des  pasteurs  d'A'ylât. 

Le  même  pèlerin  me  dit  avoir  voyagé  dans  le  Fa  Zo- 
glo,  le  Fa«Dosi,  et  dans  la  plupart  des  99  Fa  ou  régions 
de  ce  pays-là»  que  leurs  voisins  galla  appellent  Gouba. 
Les  Galla  nommés  Rebich  (  ou  un  nom  très  appro- 
chant ,  car  il  faisait  nuit  et  je  ne  pouvais  pas  écrire } 


(  ao6  ) 

viennent  vendre  dans  Gouba  des  chevaux,  plus  esUmés 
que  eeux  du  Dongola  ,  parce  qu'ils  courent  autant  et 
supportent  mieux  la  fatigue. 

Si  maintenant  vous  voulez  me  suivre  par  la  pensée 
jusqu'au  sommet  du  mont  Bôrk'ak'o,  qui  estaux  envi- 
rons de  Halay,  un  peu  plus  élevé  que  la  côle  des  mon- 
tagnes orientales  d'Abyssinie ,  vous  verres  cette  crête 
s'abaisser  au  col  deR'aydhhk'orpour  se  relever  dans  le 
Hamasen ,  s'abaisser  par  le  DômbOjUn  et  le  pays  bilan 
jusqu'à  ce  qu'elle  atteigne  l'Astusaspes.  Vers  le  S.B. , 
les  montagnes  vont  dans  le  pays  inconnu  qui  sépare 
les  Galla  As&bo  de  leurs  voisins  A'fiir.  A  Test,  de 
nombreuses  vallées  presque  longitudinales  &  la  crête 
relient  le  Kâbftsa  (  haut  plateau  abyssin  )  au  Samhar. 
Vers  l'ouest,  ces  montagnes ,  hautes  de  plus  de  a  600 
mètres  ,  descendent  par  des  pentes  moins  brusques 
jusqu'au  kwftlla  (  pays  bas  )  de  Lftgo  ,  qui  n*a  plus  que 
1  600  mètres  de  hauteur.  Au  sud ,  le  kvrttlla  s'arrête 
an  pied  du  mont  Rocha't  ;  au  nord  »  il  devient  de  plos 
en  plus  large  jusqu'au  mont  Tahwilft ,  reçoit  le  llftrllb 
avant  d'aller  dessiner  les  hauteurs  de  Gwftndttt,  et  va 
enfin  par  K'wfthhayn  se  mêler  aux  basses  plaines  des 
Barea.  Ce  kwâlla ,  qui  se  nomme  Tsama' ,  sépare  du 
Tôgray  proprement  dit  une  contrée  fort  distincte  par 
ses  mœurs  et  ses  coutumes  ,  et  qu'on  nomme  dans  le 
langage  officiel  Akftitt-Gouzay  d'après  ses  deux  pro- 
vinces  principales.  Des  circonstances  particulières  m'ont 
permis  d'arriver  à  un  devis  approximatif  do  sa  popula- 
tion, d'après  une  méthode  très  scientiGque  en  théorie, 
qu'il  serait  trop  long  d'expliquer  ici  •  et  dont  les  don* 
nées  seront  au  moins  un  bon  travail  pour  apprécier 
les  forces  et  les  richesses  du  pays,  bien  qu'il  soit  tou- 
jours difficile  de  la  bien  metire  en  pratique. 


( 

207   ) 

56  villages  i 

le  la  province 

de  Sârawe  (1) 

19300  àmei. 

73 

— 

GoQzay 

17  800 

au 

— 

AkXU 

Il  880 

•4 

— 

••             • 
Og&l&-Haniou8 

i3  63o 

ai 

— 

Ô6&1&-Hathôn 

3970 

18 

— 

TsXlllma  (3) 

9780 

5 

-— 

Oof^ana' 

a  370 

8 

— 

Dilge>  ) 
T&dSriir  S 

II  380 

>9 

— 

18 

MUratha 

5  900 

2153  vîllii^es 

95  83o  Ames. 

C^  Dotiôfis  sur  la  population  de  la  pente  occiden- 
tale de  la  première  terrasse  abyssine  s'arrêtent  au  sud 
à  TAgumé  et  au  Lftgo.  Du  côté  du  nord,  les  noms  de 
28  villages  du  Hamasen  et  de  la  tillages  ou  bourgs  du 
DOmbi)ftn  m'ont  été  donnés  par  des  étrangers  qui  ne 
pouvaient  me  fournir  aucun  renseignement  sur  leur 
population.  Quant  au  Dambâlas  et  au  Sefa' ,  provin- 
ccsqoii  selon  les  Abyssins»  confinent  aux  Bidel(Na-Tab 
de  Barka  ) ,  je  n'ai  pas  la  m<Hndre  donnée  sur  leur 
étendue*  Il  en  est  de  même  de  Gwttndftt  et  de  ^R'wtt- 
libayn. 

Poor  établir  ce  devis ,  fai  relevé  un  à  un  et  nomina- 
tivement tous  les  villages  de  chacune  des  provinces 
Gouzay .  Akâiâ  ^  ÙgjAlà  -  Hamous ,  Ôgâl&-Hhatb5n  »  On- 
gana'»  Dege'yn,  Tâdàrftret  Maratha.  Quant  au  S&rawé 
et  ou  Tsltlâma;  il  manque  peut*èlre  6  à  8  villages  dans 
ma  liste. 

Celle  dernière  province  contient  deux  bourgs  qui 
méritent  un   mot  en  passamt  :  le  premier  est  A'di- 

(1)  N«n  compié  d^ins  AMU^-GAtixay. 

(3)  Souvent  compris  sous  la  même  dénomination  que  le  Hamasen. 


(  «o8  ) 

Baro»  mentionné  sur  la  carte  de  Sali,  et  près  duquel 
il  fait  couler  une  rivière  à  laquelle  d'autres  cartes  don- 
nent le  nom  de  Lidda.  Le  ruisseau  d'A*di-Baro,  qui  se 
joint  au  Mârâb  du  Hamasen  (  A*nsftba  )  se  nomme 
Tsa'da-Kâlay  ,  et  les  gens  du  pays  que  j'ai  interrogés 
ne  connaissaient  pas  de  rivière  qui  se  nommât  Lidda. 

Près  de  A'di-Baro  est  Dôbarwa»  bien  connu  des  voya- 
geurs portugais  «  et  qui  se  ressent  encore  des  ravages 
d'Oubi  ;  la  source  du  vrai  Mftr&b  est  tout  près  de  là* 
Bruce^qui  écrit  Dobarwa,  attribue  la  fondation  de  cette 
ville  aux  Dobas.  J'ignore  de  mon  côté  si  lesDobas ,  qui 
n'ont  pas  aujourd'hui  de  langue  à. eux»  ont  eu  origi- 
nairement des  rapports  avec  les  Agaw  ;  mais  ce  qui  eat 
certain»  c'est  que  le  mot  Dôbarwa»  qui  ne  signifie  rien  en 
tôgray,  se  laisse  très  bien  traduire  dans  la  langue  bham- 
(bonga  :  il  signifierait  alors  lieu  bas  et  qu'on  voit  de  loin. 
Le  otiot  arwa  »  qui  correspond  à  aguerre  des  Basques , 
s'applique  à  tout  lieu  que  sa  position  rend  visible  de 
plusieurs  c6tés ,  et  se  retrouve  comme  terminaison  dana 
Tantarwa,  village  bilen  du  Sttnbhey  t,  comme  aussi  dana 
R'ftrtcharwa  »  R'atsônrwa ,  Ararwa  »  et  Figiarwa ,  qui 
sont  des  villages  du  Lasta.  Il  n'est  donc  pas  hors  de 
propos  d'attribuer  la  fondation  de  Dôbarwa  aux  colons 
Hhanittt  qui»  partis  du  Lasta»  allaient  s'établir  dans  le 
Sttnhheyt ,  et  qui  auraient  possédé  jadis  la  terre  da 
TsAlttma. 

Dans  le  S&rawé,  province  limitrophe  duTsXUmayel 
située  au  nord  du  Mttrab.on  affectionne  encore  aujour* 
d'hui  le  nom  Arwa  comme  nom  de  femme.  On  peut 
voir  dans  ce  fait-  une  preuve  additionnelle  du  séjour 
d'une  population  bhamthônga  pendant  les  temps  anti* 
ques  »  car  il  est  dans  les  affections  de  la  nature  hu- 


(  «<?9  ) 
maine  de  iraosmeUre  un  même  nom  de  géoéralion  en 
géDëration  comme  uoe  tradition  de  famille.  C'est 
ainsi  que  le  nom  de  Sophia  est  encore  usité  dans 
Zoulla ,  village  voisin  des  raines  d'Adulis ,  tandis  que 
ce  nom  est  inconnu  dans  toutes  les  autres  parties 
du  pap  Saho.  Les  traditions  de  ces  tribus  n^offrent 
pas  d'autre  vestige  du  souvenir  d'une  antique  colonie 
grecque. 

Il  suffit  de  )eier  un  coup  d'œil  sur  la  carte  de  M»  Rûp- 
pell,  qui  est  jusqu'ici  la  meilleure  qu'on  ait  publiée  . 
pour  se  convaincre  que  la  chatpe  orientale  des  monts 
abyssins  »  composée  de  pentes  roides  et  de  profondes 
vallées  du  côté  du  pays  Saho ,  forme  dans  Akâlâ  - 
Gouzay  une  haute  terrasse  inclinée  vers  le  sud  «  et  sur- 
tout vers  l'ouest  La  terrasse  d' Axum ,  et  celle  du  Tô- 
gray  qui  la  soutient,  sont  aussi  inclinées  dans  le  même 
sens.  Pour  bien  voir  le  revers  nord-est  de  celle  der- 
nière terrasse,  il  faut  s'établir  au  soleil  levant  sur  les 
collines  de  Gwândttt  :  on  comprend  alors  les  détails  du 
reirersde  ce  pâté  de  montagnes,  qui  s' élevant  du  kwâlUa 
de  Tsama*,  forme  de  hautes  collines  dans  les  provinces 
d'Ahsa  et  d'Ogala-Walestipourse  couronner  plus  loin 
par  les  sommités  du  Hôtha  et  du  Samayata^  cette  der- 
nière étant  à  i  600  mètres  au-dessus  des  plaines  ferti- 
les mais  incuUes'do  Tsama'.  Adwa,  situé  là  où  cont<* 
menceot  les  plaines  qui  s'étendait  jusqu'au  Takazé ,  a 
une  hauteur  d'environ  1  gSo  mètr^  au**dessus  de  la 
mer  Rouge.  Asium  serait  plus  éievé  de  200  mètres  ; 
mais  n'ayant  pas  encore  l'observation  correspondante 
dont  M.  de  Goutin ,  agent  consulaire  de  France  à 
Mouszâvwva',  a  bien  voulu  se  charger  ,  je  ne  puis  pas 
indiquer  encore  ce  chiffre  d'une  manière  bien  po- 
sitive. 

XVlIf.   SBPTBMBBB.   4-  '4 


(  a«o  ) 
Les   données   suif  antes  comprennent  tout  ccr  que 
nous  avons  pu  réunir  jusqu'à  présent  sur  la  popnla- 
tion  du  Tôgray. 

45  villages  delà  province  d'Od&-  Maryam,  y  com- 
pris Axum  dont  elle  est  le  iief  3o  5uo  âmes . 
19  yîDages  de  la  province  de  Cîind^ta  a  4*^ 
10                       —                    Môzbôr,  fief  dnnayb 

de  Hharckiko  3  i33 

38  -^  MSgUa-Tfkmri  6  8i3 

41  ^  Y&hha  4  147 

85  —  A*di-Aboun,  fief  de  Té- 

véque  d'Abyssinie    ao  680 
Chahagni ,  district  de 

A'di-Abo«o  3  60e 

■  4  —  ÔdkAboanaPeiithdeon  35oo 


a5o  villages.  Environ ,  73  800  âme*^ 

Des  données  moins  poaHîres  que  celles  qui  font  la 
base  des  chiffres  ci^dessus  permettent  d'assigner  une 
population  de  5o  à  60,000  ftmes  aux  i43  TtUages  du 
Lasta,  dont  je  possède  la  nomenclature.  J'ai  aussi  uao 
liste  de  i49village8  du  Gojam,  mais  sans  aucune  donnée 
sur  leur  population.  Il  eneside  même  de  100  villages 
de  rÔtidlrta. 

Quant  à  la  carte  de  cette  partie  du  pays  abyssia 
dont  j'ai  esquissé  la  populaâiNO,  j'ai  fait  dernièrement» 
pendant  les  troubles  qui  me  tiennent  encore  eoferai^ 
à  Adwa  y  une  série  de  calcula  dont  je  vous  transnieta 
les  résidtats  pour  servir  de  canevas  approiinoiatif  de  la 
carie  du  Tôgray. 


(  an  ) 


Licos. 


U 


Adwa. 


Mont  SKloda.  . 
Moni  Sama jata . 
Mont   Hôtcha  . 

DoQsa 

May-Oiiray. .  .  . 


BttisêaaQ  dé  Bl&llUa. 

Rokma  dans  Y&ha. 
MontDamogKlila.  . 
MontRÔcha't.     .  . 

OwSnâttt 

Axuin 


iladM. 

4*  9'  5o" 

[4    IX    22 
4    II      7 

4  i5  45 
4  58  3o 
4  4i  55 
4  38  13 

3  3i  45 

4  '7  >7 
4     3  5a 

4  35  30 

4  33  56 


Gmrt  d'obt. 

étoiles 

anglea 
iV. 
id. 

soleil 

étoiles 
id. 

soleil 

étoiles 
angles 

angles 


Longiiud.  Qwire  &oVfrf. 

36^  3o' 38"  imm.de  s  des 
Génwavs. 


36  3o  35 
36  36  i4 
36  36  i3 
36  5o    3 


angles. 
id, 
id. 
id. 


36  54  36  angles  au  a»t 
Rôcha't 


36  38  46 
36  39  a3 
36  58 
36  35     1 


4    7  44  (  Ruppell  )  36  19  10 


angles 
id, 

angles 
asimoth  du 

mt  Eaoaoftlila. 


Quant  aax  observations  dont  ce$  résultats  sont  dé* 
doits  9  il  est  bon  de  remarquer  que  les  latitudes  con- 
clues des  hauteurs  circumcnéridiennes  du  soleil  sont 
probablement  les  plus  incertaines,  à  cause  du  grand 
éclat  de  cet  astre ,  qui  rend  les  obsen ations  du  midi 
fort    pénibles  en  Abyssinie.  Bien    qu'il  soit  possi- 
ble d'observer  des  longitudes  indépendantes  ailleurs 
qu'à  Adwa,  j'ai  préféré   toujours  les  longitudes  dé- 
duites de  triangles  ou  d'azimuths  combinés  avec  les 
latitudes  observées,  parce  que  cette  méthode  lie  en- 
tre   eux  tous  les  points   de  la  carta,  qu'oii  portera 
alors  tout  entière,  et  sans  découpure»  dans  ses  dé- 
tails» à  l'est  ou  à  Fouest,  selon  le  résultat  tiré  de 
mes  occultations  observées  à  Adwa ,  dont  je  n'ai  pu  , 
faute    de  tables,    calculer  qu'une  seule.    Le   mont 
KôcbaH  ne  se  voit  pas  du  mont  S&loda  ,  et  j'ai  dû 
provisoirement  en  conclure  les  coordonnées  par  con- 
stnwlion  d'apdràs  les  asimuibs  calculés  de  Dôgsa  et  de 
May-Kanôi ,  ce  dernier  lieu  étant  (oui  près  (un  mille) 


(     212    ) 

de  Kpkma.  La  positioD  de  Gwândftt  a  été  calculée, 
1^  diaprés  l'angle  sous  lequel  j*ai  tu  de  ce  lieu  la  dis- 
tance du  mont  Hôtcba  au  mont  Samayata  ,  s**  d'a- 
près le  triangle  ayant  pour  base  la  ligne  qui  joint 
les  monts  Ilôtcha  et  Damogàlila;  j'ai  préféré  le  résul- 
tat tiré  de  la  plus  grande  base  :  la  difl'érence  entre 
les  deux  résultats  est  de  1 7"  sur  la  latitude ,  ce  qui 
montre  approximativement  jusqu'à  quel  point  on  peut 
se  fier  à  un  réseau  trigonométrique  observé  sans  si- 
gnaux ,  et  à  une  base  mesurée,  selon  M.  Cbazallon,  par 
la  vitesse  du  son.  Pour  la  position  d'Axum  ,  j'ai  dû 
prendre  la  latitude  de  M.  Rùppell ,  qui  s'accorde  fort 
bien  avec  moi  pour  celle  d'Adwa;  mais  le  mont  Da- 
mogftlila  n'étant  pas  visible  de  la  maison  de  l'bôte  du 
zélé  voyageur  allemand  (  où  je  suppose  qu'il  a  dû  ob- 
server) ,  j'ai  mesuré  au  pas  une  distance  jusqu'au  pre- 
mier lieu  d'où  le  mont  Damog&lila  est  visible  ,  et  j'ai 
eu  ainsi  une  réduction  de  S"  dans  la  latitude  ,  ce  qui 
explique  la  petite  différence  entre  ma  latitude  d'Axum 
et  celle  de  M.  Rûppell. 

Si  maintenant  vous  voulez  excuser  le  pèle- mêle  de 
cette  lettre ,  écrite  au  milieu  de  bavardages  sur  la  guerre 
entre  Oubié  et  son  frère ,  nous  allons  transcrire  les  sta- 
tions de  la  grande  caravane  depuis  Houszâwwa'  jus- 
qu*à  Limmou  ou  Onarya ,  d  après  un  jeune  homme 
fort  intelligent  qui  demeure  avec  moi  depuis  plus  d'un 
mois,  et  que  j'ai  interrogé,  selon  mon  habitude,  peu  à 
peu,  è  diverses  reprises,  et  sans  laisser  percer  le  grand 
intérêt  que  j'attachais  à  ses  réponses.  Bien  que  le  pays 
entre  la  mer  Rouge  et  Adwa  soit  un  terrain  rebattu  , 
j'ai  cru  devoir  ne  pas  omettre  les  stations  des  caravanes, 
soit  pour  montrer  comment  elles  voyagent,  soit  pour 
établir  deà  points  de  comparaison  pour  des  contrées 
plus  lointaines  et  moins  accessibles. 


(»3) 


i"  A  Âdwa  pur  le  Hniasen. 

Stations.  Lieux. 


9.  Ts&laint-Oman. 

10.  Chaha. 

1 1 .  Roud&nilasc  (  Sarawé  ]. 

12.  Â*di-Ahhwé. 


Stations.  Lieux. 

o«  Moosz&wwa*. 

1.  Omokoullou. 

2.  WayDÔgous. 

3.  Ma-Achena. 
4*  AF-Araza  des  Saho,  nommé  Mo-  i3.  A'di-Ohhwâla. 

dômar  par  les  .chrétiens.  Ce» (   i4*  Gw&ndkC 

la  limite  des  courses  fies  cha-   i5.  M&rSb,  composé  ici   eu  été 

meaos.  d'une  suite  d'élaogs. 

5.  Bamba.  16.  M&h&tsabalabo. 

6.  AdUrUso.  17.  DaVo-Tftkblé. 

7.  K'ayôhhkor,  i*' village  chrét.    18.  Adwa  (  longue  journée  pour 

8.  Goura' :Ôg3l**Hamoos).  une  caravane  ). 

Celte  route  est  plus  longue  que  la  suivante  ;  mais  les 
péages  étant  plus  fréquents  sur  la  route  d'Ogor  -  ZAbo 
(il  y  en  a  plus  de  douze  ] ,  les  stations  sont  bien  plus 
nombreuses. 

9*  A  Adwa  par  Ak2&l&-Gonzay. 
Stations.  Lieux.  Stations.  Lieux. 


0.  Mousz&wwa*. 

i3. 

Ôrret. 

1.  Hharckicko. 

14. 

Agam&ton. 

2.  ThSrathôr. 

i5. 

■           ■          ■          • 

3.  Wia*  (Oha  de  M. 

Riippell). 

16. 

Ogor-Z&bo,  commencement 

4.  Tombeau  de  Hot. 

du  Tsama*. 

5.  Hhambhamo. 

>7- 

Sarana ,  lit  de  ruisseau. 

6.  Af-Olile. 

18 

BlillUa ,  ruisseau. 

7.  Eb)&r31ri(;a. 

«9- 

Nouçwot ,  I  ^  station  du  Tô- 

8.  Tahhtay-T&bo. 

çray  (  Ogala-Walesti). 

'  9.  Lalay-Tabo. 

20. 

May-MSmSn  (id.) . 

10.  Choumfayto. 

21. 

Wababit  (  M%&la-Ts2(mn  ) 

1 1 .  Hbalay,  terre  de  Bour, 

tribu 

22. 

BSbi-ar-OSni. 

de  Gouzay. 

23. 

Adwa. 

12.  Maarda. 

(».6) 

pas  qu'il  soit  possible  d'employer  Doe  mcîlleore 
thode  lorsqu'on  interroge  un  Abyssin.  La  4*  HKt?i?fy 
était  d'Adwa  à  Haj-Gogwa,  ou  i  mille. 

Cependant  en  prenant  la  position  de  Gwândilr  d'a- 
près M.  Rûppell,  et  celle  d'Adwa  d'après  mes  observa- 
lions,  on  aurait,  en  suivant  les  sinuosités  de  la  route 
sur  la  carie  du  voyageur  allemand  .  i35  milles  seule- 
ment» au  lieu  de  igS  que  donne  l'itinéraire  de  mon 
marchand.  Il  est  plus  que  probable  qae  ce  demio* 
aura  eiagéré  les  distances ,  parce  que  les  caravanes 
marchant  avec  des  charges  pesantes,  on  se  fatigue  beau- 
coup. Si  l'on  réduisait  les  roules  dans  la  proportion 
de  195  à  1 35  y  on  aurait  106  milles  pour  la  distance 
horiiontale  parcourue  de  GAwndftr  à  Baso,  et  110 
seulement  pour  la  distance  de  ce  dernier  lieu  à  Sak'a. 
Mais  il  est  difficile  de  prouver  que  Texagération  suit  la 
même  proportion  dans  tous  les  cas. 

Dans  la  transcription  des  noms  propres,  j*ai  suivi  un 
.système  uniforme  d'après  les  signes  de  convention  que 
j'ai  adoptés  pour  exprimer  les  lettres  abyssines. 
Pour  ce  qui  est  delà  principale  ville  d'Abyssinie,  je  Tai 
écrite  Gwâudâr ,  d'après  la  chronique  d*Axum,  et  après 
avoir  vérifié  celte  orthographe  auprès  de  deux  savants 
ici.  Pour  éviter  les  erreurs  résultant,  dans  toutes  les 
écritures,  de  la  ressemblance  entre  des  caractères. sem* 
blables ,  j*ai  toujours  écrit  mes  noms  de  lieux  (  dont 
j'ai  déjà  plus  de  mille)  d'abord  en  caractères  éthio- 
piens ,  ensuite  en  caractères  européens.  Malheureuse- 
ment pour  les  personnes  étrangères  aux  langues  orien- 
tales, on  ne  s'est  pas  encore  accordé  sur  le  système  à 
suivre  pour  transcrire  les  noms  arabes,  et  bien  moins 
pour  ceux  de  rËlhiopie,  qui  possède  plusieurs  sons 


(    2«7   ) 

étrangers  à  l'Europe  il  est  vrai ,  mais  <lont  la  confusion 
choque  toute  personne  instruite  et  consciencieuse. 
Votre  bien  dévoué  confrère , 

Antoine  d'Abbadib. 


Noms  de  lieux  sur  la  côte  orientait  iV Afrique  depuis 
A^sab  {mer  Rouge)  jusquà  Mozambique.  —  Recueillis 
par  Antoine  o'Abbaoib. 


Sàna'bour»  lie;  au  N.  du  suivant. 
B&ndttr-A'sâb  (  dit  jadb  Saba,  selon  les  A'fâr  ). 
Gboubb&h  (  dit  Me^dgeb'da  par  les  gens  du  pays]. 
Koul&ymfth,  ancrage;  puits  et  village. 
R&hbftytâ,  bftndftr,  è  6  heures  de  marche  delà  mer; 

bonne  eau  dans  Wadi-Melouk. 
Djebelah,  cap  élevé. 
Sountyad ,  écueil. 
Détroit  de  Mandeb. 
Sftvrabe'y  sept  lies. 

E'ndjar,  port  où  l'on  va  prendre  du  bois  rouge. 
DjisySrfth»  port;  bois;  l'eau  est  loin. 
D)&yn  j  port  et  mont.  (Selon  la  tradition ,  c'est  ici  que 

les  Ambara  émigrés  d'Arabie   débarquèrent  pour 

entrer  en  Afrique.  Les  Abyssins  disent  Gïên  )  • 
Ras  el  Bir»  long  cap;  port  au  N.  (  Les  Szpmal  disent 

Obokh.  ) 
Toudjourrâb,  village  de  i6o  à  180  maisons;  possession 

anglaise. 
Golfe  de  Toudjourrah.  Le  golfe  intérieur  se  nomme 

Ghoubbah-  el-Khârab. 


(  ^i8) 

lleshha«  lie  déserte  oè  les  Anglais  ont  planté  leur  dra- 
peau. 

Sa'd  ed  dyn,  lie, 

E'bad ,  Ile. 

Zëla\Zeilah  des  Portugais. 

Filfil ,  nom  de  Técueil  de  Zéla'. 

Meskân  »  écueii. 

Medhodji ,  écueii  ;  pas  d'ancrage. 

RouangSlrëd ,  trois  rocbers  ;  terre  voisine  boisée. 

Kêwerfa  »  ancrage  ;  bois. 

Donkal,  cap;  bonne  eau. 

Weryr,  puits;  point  de  port. 

Dymis  ,  puits  près  du  rivage. 

Boulâhar ,  eau ,  et  port  médiocre. 

G'eyry ,  port  médiocre,  et  station  de  caravanes  ;  eau. 

Matâgyso ,  puits ,  et  station  de  caravanes. 

Goudh&difty ,  id.  id, 

Gerylleh,  puits. 

D&bâs&lys ,  petit  port  ;  bois  épais. 

Awliyfth  Rombo ,  cap. 

Nesyfthy  station  de  caravanes  ;  point  d'eau. 

Adda*  Koudoudd&h. 

Boulâb  Frândjy  ,  eau  saumàtre. 

Goudedkah.  Les  Arabes  disent  £1-Djeraf. 

Bsirberah ,  dit  Sahhel  par  les  Ssomai  •  et  Bttndttr  ech 
Ch&ykh  par  le  Portulan  arabe. 

Ellanty,  cap  et  petit  port 

El-Gerdy,  mont  formant  cap;  port  et  eau. 

Siârfth,  bonne  eau  ;  une  maison  en  pierre.  Ce  village 
a  grandi  considérablement  par  le  commerce  des 
bestiaux  depuis  que  les  Anglais  ont  pris  A'den. 

Cap  RStyb ,  port. 


(  «"9  ) 

Labâ  Goumbftr  Bedâw ,  c'est-à-dire  les  deux  mon- 
tagnes noires. 

Wâifthhoun,  port. 

Râbiddfth*  port  bien  fermé,  mais  sans  eau. 

A'yn  'Drâ^d,  b&nd&r  ;  une  maison  en  pierre. 

Soudfth  ,  port ,  bon  par  les  vents  d'B. 

Yos ,  eau. 

Mont  Ahhmftr  ,  dit  HKamm^da  par  lesSzomal. 

Gibaw  »  écueil  séparé  du  continent 

Bànd&r  Kâr&m;  une  maison  en  pierre. 

Mont  et  cap  Rhftnzyrfth,  bon  port  parles  vents  du  N.  et 
de  rO«  ;  fond  de  roc  à  7  brasses. 

Tikhay ,  port  ;  point  d'eau  ;  beaucoup  de  bois. 

0*ngor ,  maison  en  pierre  ;  bSndâr  plus  grand  que 
SySir&j  sans  port. 

Las  lloosa ,  port  ;  eau. 

Mâgour,  mont  élevé  près  la  mer. 

Châlâw ,  port  médiocre  ;  eau  ,  beaucoup  de  boiis  ; 
pas  de  maisons. 

Roukoud&l)-Wady ,  plein  d'eau  et  de  bois. 

Doubglih ,  mont  sans  eau  ni  mouillage. 

Mounbilâhb  Bâylê,  eau  et  bois  sans  port. 

Fra  Hou'delê ,  port  1res  petit. 

Bour  Hedâw  (  c'est-à-dire  montagne  noire  )  ;port  sans 
eau. 

H&yss  une  maison;  port;  dedans,  un  écueil  quidécou-* 
vre  à  basse  mer. 

MaMjalftyn,  lie,  et  port  entre  elle  et  le  continent. 

Gylbo,  port;  eau. 

Mttyd,  maison  en  pierre;  port  »  bon  par  les  vents  d'E. 

KSilal&ho ,  port. 

Sànâkhat,  port  excellent;  eau. 


(    'i90    ) 

R&bch,  lie  élevée»  blanchie  par  la  fienle  des  oi$eaux , 

à  3  milles  de  terre. 
Uboumbâys ,  eau  et  un  grand  arbre. 
Ou'gouby,  eau,  sans  bois  ni  port 
Ar&mady   (  les   Arabes  disent  b&ndUr  Djedid }  ;  une 

maison;   petit  port  comme  Kftr&m»  entièrement 

détruit  par  Farâh  Hôrsi  en  mars  i84i. 
Helam-Bâbâylfth ,  écueil. 
Sôreh,  cap;  eau  et  port. 
B&ghdâryâh,  rivage. 
Gelwêtâh,  port 
Lobh;  grands  arbres  dans  un  watfylom  du  dvage  ;  il 

n'y  a  point  d'eau  près  de  la  nàen 
Gouribftr;  arbres  ;  ni  eau  ni  mouillage. 
BstùdSir  Gora'd,  4^5  maisons. 
Las  Ghorây ,  5  maisons  de  pierre  ;  port ,  mauvais  par 

les  vents  d'O. 
Dor-Layeh,  port  médiocre. 
Las  Ma'n.  (  Las  veut  dire  un  puits  creusé  à  volonté  à 

l'aide  des  mains  seulement.  ) 
Ga'n,  une  maison  de  pierre  ;  grand  coamie  R&râm; 

port. 
Lofloulê. 

Dourdouri,  maison. en  pierre  ;  gros  comme. KârSim. 
EKA'do  ,  cap,  sans  port. 

E'iayo  ,  une  maison  de  pierre;  port  et  bonne  eau. 
Ckaw  id,  id.  id. 

Gap  Gya'da,  cap  blanc  et  bas. 
Gasim ,  nommé  Bosaso  par  les  Szomal  ;  I^kh  maisons 

en  pierres  port  en  dedans  du  récif;  4  canons  de 

bronze ,  il  y  a  peu  d'années.   Ce  bftndâr  .est  très 

grand,  moins  pourtant  que  Bftrberfth,  qui  a  parfois 

13,000  habitants. 


(  ««1  ) 

Ba*d ,  5  ou  6  maisons,  dont  une  en  pierre;  port. 

Hha'ntara  ,  mont;  bonne  eau. 

Bouré' ,  port  ;  une  maison  en  pierre. 

Ghândâlo. 

B&nd&r  Rhor  ;  les  Szomal   disent  Boutyalo.  La  baie 

s'avance  à  une  journée  ou  ao  milles,  arec  la  mer, 

jusqu'au  village. 
'Dourbo  ;  a  maisons  de  pierre  ;  bonne  eau. 
Moura'yo ,  port. 

TSyath  »  nom  du  puits  de  Moura'yo. 
Gersfth ,  maison  en  pierre  ;  bonne  eau.;  grand  eomme 

R&r&m. 
G&ysilây ,  huttes  et  bonne  eau. 
Eau  entre  ces  deux ,  sans  nom. 
Hhabo,  maison  en  pierre;  grand  comme  Ga'aim. 
Boulimouk,  mont. 

Alôlê,  huttes  et  beaucoup  d'arbrisseaux. 
A'syr,  cap. 

Yârdftf,  mont  au-dessus  du  cap  A'syr. 
Bânnâh ,  grand  golfe. 
Cap  Kena'deh. 
Golfe  Herdyy&h. 
Cap  Bbafoun. 
Golfe  HhafouD. 
*  Cap  Ma'aber.  Ici  est  un  joli  ruisseau  qui  se  jette  dans 

la  mer. 
Le  petit  Ma'aber ,  port  et  ruisseau^ 
El-Rhâzayn ,  ruisseau  sans  port. 
Dhârahh-Salehh,  port  et  ruisseau. 
Gap  El-Kheyl,  id. 

Gâra'd,  village  szomali;  une  maison  en  pierre. 
Cap  A'wftdh  ;  mauvais  port  ;  eau  loin  de  la  mer. 
Seify  rivage  uni,  de  sable,  sans  port  ni  villages. 


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At- 


(    395    ) 

Baie  et  bând&r  Lamou  (  on  dit  aussi  Lama  ). 

Thenâytitth»  petit  port  où  Ton  charge  du  blé. 

Ile  TheD&ynâh. 

Sept  lies. 

Golfe  et  bând&r  Ouzy. 

Gomeny ,  port  et  petit  bàndâr. 

Faâg  de  Gomeny  :  Fang  est  un  mot  sâwahily  qui  veut 

dire  haut-fond  de  sable.  Celui-ci  a  an  bon  mouil* 

lage. 
B&ndftr  et  baie  de  Kelify. 
Baie  d'Enthaf^h. 
Mombasah. 
Baie  Kelendini;  bon  mouillage  pour  de  gros  bftti- 

ments. 

Ile  Wasyn^ 

Baie  Wasyn. 

Bàndftr-Tbanga. 

Ile  Yamby  ;  ancrage. 

Ëeiieils  Yamby ,  au  loin  dans  la  mer. 

Mâzywahy  lie  ddserle;  anerage. 

Ile  de  verdure  9  dite  Penbapar  les  gens  du  pays. 

Baie  Hhâssen ,  \ 

B&ndâr  Touwagah  ;  grande  ville  ,  f ,       „.,    ^     , 
„    ^,   ,   ,    ,    ^  >dansllle  Penba. 

Ile  Cbekchek ,  i 

Ville  et  Baie  Cbekchek ,  / 

De  là  au  S.-E.  à  l'Ile  Dyay. 

Lingwi ,  cap  septentrional  de  Tile  Zinchebar. 

Sur  le  continent ,  B&ndâr  Makdcotoni. 

De  là ,  6b  à  la  voile,  à  Yinzibar  ;  (  j'ai  entendu  aussi 

Djindjibar  et  Jinjibar). 
Tournant  dans  le  golfe  de  Zinjebar,  et  allant  vers  le 

sud  •  lie  Mathony. 
Ile  Bawâh. 


(  "4  ) 

Ile  Wad-Nady. 

II  y  a  encore  deui  lies  dont  i*ai  oublié  les  noiDS. 

Ile  Kwalâh. 

Dans  l'île  Zinjibar,  cap  KiLzm&kaz  :  c'est  rextrémilè 

méridionale. 
Golfe  et  b&nd&r  Kotini. 
Ile  Send&h. 

B&ndâr  Bourmay  ;  56  brasses  dans  le  port 
Bândâr  Dêgàh. 
Cap  Dêgâh. 
Deux  écueils  Dëgfth. 

Ëcueil  M&mbamkou ,  nommé  par  les  Arabes  Skouty. 
Ile  Skouty, 
Cap  Nazy  ou  Mnazy. 
Ile  Rwaleh. 
Ile  Roum&b. 
Terre  Rwaleh. 
Terre  Roumâh. 

Golfe  et  ville  de  Resoungo;  nous  y  achetons  du  bois. 
Trois  lies  :  Ghoungou ,  NAndjcroro  »  et ...  • 
Écoeil  et  Fang  Mafi. 
Ile  Mafi. 
Baie  Choulâh. 
Ile  (SunayaP). 
Ile  Ibondô. 

Ëcueil  Ibondô,  au  S.  de  Tlle. 
Ile  Thoutyfth. 

Ile  de  l'Oiseau  (  en  sawahily,  Riswa-nouni  ). 
Ile  Sëngasèng. 
Baie  Fiji. 

Ile  Rouztth  ;  bon  mouillage  entre  celte  Ile  et  la  lerre. 
Fouûg  el-Banian,  tie  de  sable. 
Bândftr  Semanga. 


(   S25    ) 

Bândftr  Mîngera  (  le  plus  septentrional  ]. 

B&ndftr  Kelou&b  (le  plus  méridional  ).  Ces  deux  bân- 

dâr  se  touchent. 
Écoeil  de  ](.iloufth ,  très  long. 
Rilouâh,  rile  ;  bândAr  avec  château  dans  une  baie. 
Chamb&tt  es  Solthan ,  baie  (les  naturels  disent  Sêûga- 

Mïnara). 
Bând&r»  baie  et  rivière  de  Kiswêrah  (hippopotames). 
Bttndftr  Môchinga. 
B&ndâr  Lindi. 

Baie  et  bândAr  Ngawmoûan. 
Bând&r  Mikindany. 
Penbâ  Hnazy  (Penbe  signifie  corne  ;  Mnazy  est  le  nom 

du  cocotier). 
Baie  et  bftnd&r  Môsimbaty. 
Baie  du  Foumàh  (  grande  rivière  ). 
Ici  sont  trois  caps  (  sans  doute  cap  Delgado  ). 
Bftndftr  Thin  (le  son  du  n  est  demi«nasa],  demi-ng). 
Ile  Thêkamay,  jadis  occupée  parles  Espagnols. 
Ile  Wamizy. 
(  J'ai   oublié   ici   les   noms   de    deux   lies    et   d'un 

écueil  ). 
Bttndttr  Wybou ,  première  possession  portugaise. 
Baie  et  bândâr  Rerimbâh. 
Ile.  ....   (j'ai  oublié  le  nom). 
Bifidllr  Giwah  eUAngimilâh  (Giwah  veut,  dire  pierre). 
Gepet  bftndttr-Thary. 

Bue  Mambi,  lai|;e  d'une  portée  de  canon  ;  60  brasses. 
Bttndilr  Hambi  :  Mambi  du  sud  appartient  aux  Portu* 

gais,  celui  du  nord  aux  musulmans.  Il  s'y  vend 

beaucemp  d'Woire. 
Cap  Souryzy* 
Baie  Semoukfth  ;  ville  au  fond  de  la  baie. 

XVIII.    SEPTEMBRE.    5.  l5 


(    926    ) 

Ville  Semoukah.  Il  y  a  une  petite  lie  au  N.  On  range 
la  côte  de  ce  c6té-là ,  et  on  ancre  par  9  brasses. 

Golfe.  .  .  .  dont  j*ai  oublié  le  nom. 

Màmbâmko  (  Mambâm  veut  dire  éettei/;  ko  signiCe 
grand). 

Baie.  .  .  .  entre  l'écueil  et  le  cap.  (l'ai  ou bKé  le  nom). 

BftndSirMînâmkou;  19  brasses  dans  le  fond  de  l'anse. 

Cap  Mousimbâh. 

Bânciâr  Mousimbftb. 

Baie  et  bândâr  Sawa-Sawâ. 

Ile  Sawa-Saivà  qui  forme  cap,  et  sépare  le  précédent  du 

suivant. 
B&ndâr  Cabaceîra. 
Bandâr  Mosambique. 
Baie  et  bândftr  Môkan^o, 
Petit  port  et  bânddr  Myâkwaleh. 
Bandar  Ûngoy. 
Bândâr  Yôfigu. 


Commentaire  du  pilote  arabe  sur  les  noms  de  lieux  de  la 

côte  orientale  d* Afrique, 

Bayoun  est  le  nom  qu'on- donne  qux  habitants  d<fi 
porta  entre  Bravfa,  dernier  poti  sfeomal^,  et  Laneu , 
qui  est  le  premier  lieu  sttwahily.  Je  croîs  que  c'est  aqssi 
lé  nom  du  piiys.  Le  langage. des  Bayou  fait  Immitioii 
de  la  langue  szomaly  au  sttwahily. 

Le  Doara  (  marqué  comme  rivière  sur  la  carte  d'Ar- 
rowsmith  )  n'entre  dans  la  mer  qoe  lors  i)^  la  eaifon 
des  pluies  :  ordioairement  son  embouchure  oa-Bk  tiar« 
minaison  est  ft  3  milles  de  la  plege^  *  '' 


(  2»7  ) 

La  mîère  Koutini,  \i3-àovi&  Yinzibar,  renaonle  à 
detU  mois  de  distanoe  dbas  les  terres  :  j'y  suis  eniré,  et 
y  ai  nafîgoé  deux  youts,  La  tôtede  la  baie  (là  barre)  tt'a 
que  1.7&  brasses  à  la  haule  mer;  mais  en*dedi|iis»  il 
y  a  6  et  7  brasses.  J*y  ai  chargé  du  bois,  et  personne  à 
Yiozibar  ne  pouvait  me  dire  d'où  f  eoait  cette  belle  eau 
douce.  L'embouchure  m'a  paru  afoir4$o  pas,{3oo  mè* 
très)  de  large. 

J*ai'  oublié  de  irons  nommer  Faôgany,  belle  rivière 
droit  à  l'ouest  de  l'Ile  MftziwAb.  Les  gens  du  pays  la 
nomment  P&ngany;  à  son  ambouokure,  cette  rivière 
est  large  d'un  mille  et  profonde  de  S  à  6  brasses.  Il  s'y 
trouva  l>ea«cottp  de  crocodiles. 

Le  fleuve  Foumlh  me  parait  plos  grand  que- le  Jeb 
et'pips  petit  que  l'eau  de  Bassorah.  Les  Arabes  disent 
que  la  meilleure. eau  du  monde  se  compose  de  sopl' 
éléments:  1.  eau  du  Nil;  a.  eau  de  TEuphrale;  3»  eau  du 
Jèb;  4«  ^u  'an  FoumsA^  J'ai  oublié  les  trois  antres.  . 

De  File  Wanizy  jusqu'à  Mouma  (  un  peu  au-delà' 
d'Ongdy  )  on  parle  la  langue  mikwft.  De  Kismitth  à 
Tbm ,  c'est  la  tribu  Makonde;  de  Thin>  Ôfigôy  vît  la' 
tribu  mâkwâ;  de  Wasin  à  KeliB,  lesbabitantssonrWà-* 
nika.  Les  Galla  sont  immédiatement  h  l'ouest.  (Kclifi* 
parait  ^tre  le  Mélinda  de  nos  cartes.  ) 

De  Ras-Ma'aber  à  Ras^^el-Kfaeyl  »  le  rivage  s'appelle 
Bl*Khllcayn  :  pnis  vient  Bar^-eanSeyf  (  terre  du  Sabre')  , 
terrain  bas  et  sabloninouz  qui  finit  ara  mont  iilhefynd)^ 
On  sait  que  Uhayrab  est  passé  qiiiand  on  arrive  ^  m^  er-»' 
bre  grand  comme  un  homme,  et  qui  est  tout  isolé  sur' 
la  plage  ;  puis  vient  là  terre  de  Mtooty . 

WftnehAyUi  estdana  debx  lies  au  sud  d'ope  autre. 
L'Ile  la  plus  méridioDale  est  k  plus  graride  ;  il  7  a 
4  brasses d'ëau'dans le  port.  De  là  jusqu'à  Sbtgadoaeli»^ 


(  t%S  ) 

le  rivage  est  de  sable  blanc  ;  de  Httgàdouchty  i  Brawa 
la  plage  est  rouge,  ainsi  que  les  montagnes;  de  làan  Jeb 
tou  t  est  sable  blanc.  De  Mttgàdoucho  au  Jeb,  on  nomme 
le  rivage  Bftr-ol-Bânadftr  ;  du  Jeb  à  Bfttha  on  dit  Bftr- 
eUDjesayr;  de  Lamou  à  Kilwa,  c'est  proprement  la 
terre  des  Sftwahil;  deSenga-Moara  à  Tbin,  c'est  la 
terre  Ngaw  ;  de  Tbin  &  Wibou  ,  terre  de  Wibou  ;  puis 
terre  de  Mosambeg. 

Les  tles  Gomoro  se  nomment  tlesGàmâr.  Allant  du 
nord  an  sud,  on  y  trouve  i.  l'tle  Môualy  ;  »•  l'Ile  Ônga- 
zyàb;  3.  Tile  Hhinzouan  ;  4*  MoutSih. 

L'Ile  Juan  de  Nova  grandit  tous  les  jours;  il  s'y 
trouve  des  cocotiers,  et  sous  l'un  d'eux  de  l'eau  de 
pluie.  Il  y  a  un  haut-fond  attenant  à  l'Ile  du  cdté  du 
nord,  et  un  autre  du  côté  du  sud;  ce  dernier  est  le  plus 
long. 

Au  sud  de  Fang^Gomeny ,  il  n'y  a  pas  de  hauts- 
fonds  gênant  la  navigation  jusqu'à  Wasyn,  qui  a  un 
éeueil  (  cba'b  )|  mais  contre  terre. 

Entre  les  lies  (  Wasyn  et  ses  voisines  )  et  la  terre  •  il 
y  a  plusieurs  criques  ayant  6  à  7  brasses»  et  cela  jus- 
qu'à Ras-Thanga  »  oùil  y  a  9  brasses  sur  un  bàùl^ond. 
EEcepté  du  côté  de louest,  M&sywftb  est  entouré  d*àn 
éeueil  attenant  à  la  terce.  H  y  è  plus  de  trois  écueila 
ou  liaots-fonds  entre  llàEywtth  et  MâriiM. 
.  Au  nord  du  cap  liâgwi ,  il  y  a  un  éoueil  de  rochers 
jong  d*environ  doni-mille.  M&kokotoni  est  sépat^  par 
une  crique  de  Toombatou,  Ile  qui  est  entre  Djrfl^y  et  M)lr- 
kokotoni.  Cette  Ile  et  le  cap  Lingwi  dessinent  lea  limi- 
tes de  la  crique,  dont  le  centre  a  4  ou  6  braasea  d*eau. 
Cette  crique  est  rétréoie  par  deux  hauts-fonds  de  aable, 
oouraiit  est  et  ouest  »  et  joignant  chacun  sa  terre  :  pour 
eatjw»  on  range  la  terre  du  loèté  de  l'est»  Près  du  cf^p 


(  '^«9  ) 

Lifigwi  est  un  rocher-Ilot  situé  daas  la  crique.  Un 
haut*fond  ayant  une  brasse  d*eau  court  parallèlement 
à  Taxe  de l'tle  Yiniibar  et  divise  le  khoryah  (  anse?  ) 
en  deux  antres,  dont  le  plus  oriental  est  le  plus  grand 
«t  baigne  Màkokotoni  de  5  brasses  d'eau. 

Le  copZilz&lah  est  immédiatement  au  nord  de  Zinzi* 
bar  et  au  nord  de  UMthouny,  endroit  où  réside  le  sou- 
verain de  Mftsk&t  quand  il  vÎMte  ces  pays.  Les  habitants 
de  Zinzibar  appellent  leur  lie  Oungouya.  Le  nom  lo* 
cal  de  Mombastt  est  Iflilta  :  celui  de  Lama  ou  Lamou 
est  Amou. 

On  fait  route  entre  M&thony  et  la  petite  lie  à  Touest. 
Au  sud  de  Zinsibar  est  le  cap  SttLwau*  à  deux  lètes  sépa  - 
réespar  un  haut- (bnd  de  sable:  ausud  de  celui-ci»  s'en 
trouve  un  autre  ayant  h.  brasses  d'eau.  Au  sud  du  cap 
Sikwan,il  y  a  trois  lies  toutes  petites,etde  là  à  l'ouest, est 
un  brisant  jusqu'à  Ras->Kwalâh.  Près  du  cap  Kâzm&kaz 
est  une  lie  assez  grande  et  un  khoryah  entre  elle  et  la 
terre  de  Zinzibar;  vis-à-vis  du  cap  Kotini ,  est  un  bri- 
sant à  moins  d'un  mille  de  terre.  Send&h  comprend 
deux  lies  et  un  bon  ancrage  à  6  ou  7  brasses  »  fond  de 
vase  et  sable,  sur  le  cap.  Il  n'y  a  pas  de  passage  pour 
les  bâtiments  entre  les  deux  lies  :  entre  Sendâh  et 
Bourmay  estun  khoryfth  :  la  roule  passe  entre  Seadâh 
et  un  rocher  à  brisants;  entre  le  brisant  et  le  hauU 
fond  »  il  y  a  un  khoryah.  Ensuite  vient  Oêg&h  :  le  port- 
khotyah  de  Dëgfth  est  entre  deux  brisants  lenant 
à  la  terre  :  on  trouve  bonne  eau  à  Dêgfth. 

Après  les  deux  écueiis  Dëgâh  est  le  cap  Rembigi  • 
port  à  1  s  brasses .  fond  de  vase.  Pouna  est  un  cap 
au  sud  du  précédent;  puis  vient  Ras-Mambamkou  qui 
est  un  écueil.  Vient  ensuite  une  baie,  avec  un  mouil- 
lage par  4  brasses  ;  puis  le  cap  Mnazy.  Un  arbre  indi- 


(  «3»  ) 

que  les  brisants  de  Skouiy.  Entre  le  cap  llnaxy  el  Kwa* 
ieh  ou  Skonty  se  trouvent  deux  hauts^fonda  de  roches 
n'ayant  que  i.aS  brasse  d'eau  ,  et  parallèles  à  la  côte. 
De  Hwaleh,  vers  l'ouest»  il  y  a  un  haut*fofid  de  sabla 
et  une  baie  entre  les  brisants  et  la  terre*ferme  :  ces 
brisants  ont  beaucoup  d'algues.  Kwaleh  tire  son  eau 
du  continent  Entre  Kwaleh  et  Koumâh»  tl  7  a  deux 
petits  Ilots  ou  rochers  ayant  4  ou  &  métrés  au-dessus  de 
l'eau. 

A  Koamfth  est  un  brisant  (  ûha*i  )  de  sable  du  cMé 
nord  et  un  de  rochers  au  sud  :  entre  ces  deux  brisants 
est  le  port»  avec  fond  de  vase ,  et  reconnaissable  à  ses 
cocotiers  ;  les  deux  puits  donnent  de  la  bonne  eau. 
Entre  Roumah  et  Kesouôgo  est  un  gol£e  où  l'on  mouille 
par  a. 5  brasses  »  fond  de  vase.  Le  port  de  Cboungou 
est  dans  Vile  septentrionale  du  oôlé  de  l'ouest  :  entre 
cette  lie  et  le  continent  est  un  grand  brisant  de  ro^ 
ches.  Pour  aller  à  Zinzibar»  on  se  dirige  au  nord  jus- 
qu'à ce  <)u'on  ait  dépassé  l'écueil  ;  puis  on  met  le  cap 
sur  l'ouest 

Entre  Séngasëng  et  Rousah»  dans  le  kharyah^  sont 
deux  brisants  avec  passage  entre  les  deux.  Kiswa-nouni 
a  un  mouillage  entre  l'Ile  et  le  brisant  oriental  ;  il  y  a 
aussi  un  haut-fond  de  roches  du  côté  de  terre  :  da 
mouillage  on  relève  l'Ile  par  le  sud ,  6  brasses  »  fond 
de  vase.  De  lé  i  SëngâsëAg,  il  y  a  4  è  5  brasses  sur  un 
fond  couvert  d'algues  :  au  cap  Séngâséng  il  y  a  un  bri* 
sant  du  côté  du  nord  :  à  côté  du  mouillage  est  une 
tout  petite  lie  de  sable;  fond  de  sable ,  6*5  brasses. 

A  Riloafth  •  il  y  a  trois  hauts^fonds  de  sable,  un  près 
de  terrS)'  deux  dans  la  mer  ;  et  au  sud-est  une  tout  pe* 
tile  Ile  avant  le  brisant  Kiloufth;  fond  d'algues  jusqu'à 
ce  brisant  Entre  le  cap  du  côté  de  terre  et  le  cap 


(    201    ) 

de  Kësvirer&l]  »  il  y  a  au-devant  du  kboryah  un  haut- 
fond  de  rocbes  avec  3  brasses  d*eau.  On  connaît  Ho- 
cbiôga  par  ua  rocher  de  5  à  6  mètres  du  côlé  du 
nord« 

I^a  balise,  de  Ngawmwan  consiste  en  deux  rochers- 
llotç.^  du  côté  du  nord  :  on  ne  passe  pas  entre ,  mais 
on-  le»  laisse  tous  deux  à  droite.  La  balise  de  Mikin* 
dany  e&t  un  rocber-Uot  au  nord  :  au  devant  de  la  baie 
est  un  haut  fond  de  roches  avec  une  brasse  d'eau  ;  il  y 
a  trois  tout  petits  banadar.  Il  y  ev  deux  Ilots  au  nord  de 
Mosimbaty  et  une  baie  entre  deux  brisants  :  les  Ilots 
sont  près  du  brisant  septentrional.  Un  petit  brisant  si- 
gnale du  côté  di^  nord  l'embouchure  du  Foumâh,  où  il 
y  a  très  peu  de  huttes. 

Au  premier  cap  Delgado  est  un  potit  brisant;  le 
quatrième  cap  a  un  brisant  sur  la  terre  :  c'est  Thin,  et  le 
port  est  à  une  heure  à  l'ouest  de  deux  écueils  qui  for- 
ment passage  :  qb  reconnaît  Thiû  à  ses  cocotiers.  Il  y  a 
deux  brisants  de  sable  qui  joignent  presque  Tekamay 
à  la  terre  :  on  passe  entre  eux.  Puis  vient  une  Ile  dont 
i'at  oublié  le  nom»  petite,  près  terre ,  avec  un  passage 
tortueux  parmi  les  rochers;  puis  un  deuxième  Ilot,  et 
toujours  par  une  brasse  seulement  jusqu'à  ce  qu'une 
sonde  de  s  brasses  ait  annqncé  lafm  du  passage;  on 
atteint  ensuiie  un  fond  d'alguespar  4  brasses  ;  puis  Wn- 
mizy  après  un  cap  de  brisants.  Du  côlé  du  sud  est  en- 
core ua  brisant  formant  cap  :  il  y  a  un  petit  passage 
entre  l'Ile  et  la  terre*ferme  ;  le  port  est  à  l'ouest  de 
rile  par  a.  5  et  3  brasses»  fond  de  sable. 

Pois  viennept  trois  lies  dont  je  ne  sais  pas  les  noms  : 
la  plus  méridionale ,  qui  est  aussi  la  plus  grande  »  a 
un  mouillage  au  nord,  par  7  et  8  brasses;  ensuite  est 
une  quatrième  petite  lie ,  et  une  cinquième  à  l'ouest, 


(  ^^"^  ) 
près  (Je  la  terre  ;  il  y  a  ua  brisant  entre  la  quatriième 
et  la  cinquième  lie  :  cet  écueil  laisse  deux  passages , 
un  à  côté  de  chaque  lie.  Plus  au  sud  »  et  du  cAté  de  U 
mer,  est  encore  une  lie  avec  mouillage  à  l'ouest  par 

3  brasses.  Delà  àTouest^près  de  la  terre,  il  y  a  deux  lies 
plus  grandes  et  sans  ancrage ,  car  elles  ont  un  écueti  à 
l'est.  Après  vient  un  brisant  de  sable  contre  la  terre 
mais  laissant  un  passage  dont  on  peut  profiter  ;  ensuite 
dans  la  mer,  il  y  a  un  gros  écueil  de  rochers  et  sable 
qui  laisse  une  passe  entre  lui  et  l'écueil  contre  la  terre* 
L*écueil  oriental  a  un  ilot-rocher  avec  arbres ,  et  qui 
forme  le  cap  méridional  de  l'écueil  :  entre  cette  lie  et 
un  îlot  de  sable  k  l'ouest ,  il  n'y  a  pas  de  passage  ;  mais 
seulement  plus  loin ,  entre  Tllot  de  sable  et  le  conti- 
nent. L'écueil  contre  la  terre  a  un  ilot-rocher,  et  court 
vers  Test  :  il  y  a  au  sud  une  anse  nommée  FaSgany  avec 
mouillage  par  6  à  7  brasses ,  fond  de  vase. 

L'Ile  Sânab  ,  au  sud  de  Fftngany ,  a  appartenu  aux 
Portugais,  qui  l'ont  abandonnée  :  c'est  une  grande  Ile. 
Entre  le  cap  Fftngany  et  Sânâb  »  il  7  a  on  khoryak 
(  baie  ou  anse  )  où  l'on  entre  par  9  1  /4  brasses.  De 
Sânab,  vers  l'ouest,  s'étend  nn  écueil  sec.  Le  port  est 
au  sud  de  l'écueil  et  en  dedans  ;  mouillage  par  3  ,  6  et 

4  brasses.  Au-delà  est  encore  un  écueil  contre  terre , 
s'avançant  dans  la  mer  un  peu  vers  le  sud.  De  là  vers  une 
autre  Ile  «  à  mi-chemin,  est  un  danger  avec  9  i/4 
brasses  d'eau  dessus»  et  le  passage  est  entre  ce  danger 
et  l'Ile  méridionale,  laissant  ce  danger  à  l'est,  et  à  gau^ 
che.  Au  sud  de  celte  tie  en  est  une  autre,  et  un  kkor 
(  anse  )  qui  est  entre  les  deux  ties ,  et  qui  grandit  a 
la  haute  mer. 

Au  nord^est  de  Wybou  est  l'Ile  Mâthêmo.  Au  Donl" 
oucst  de  Wybou  est  son  khor  (anse)  oè  Ton  mouille  par 


(  ass  ) 

6  brasses  entre  deux  écuetls,  Tun  contre  Wybou  et 
l'autre  contre  le  continent.  Pais  vient  la  baie  qui  s'é- 
tend àRerimbâh ,  et  qui  a  de  i  à  9.5  brasses.  Bandar 
kerimbab,  et  dans  une  lie  au  sud  une  deuxième  baie 
s'ouvre  jusqu'à  Giwah  et  Ang&miittb  ;  une  troisième 
va  de  là  à  Pomba.  Je  ne  suis  pas  entré  duns  les  deux 
dernières. 

Au  sud  de  Mambi,  et  au  sud  d'un  petit  écueii  contre 
terre,  est  un  petit  boadârsivec  1 5  et  to  brasses ,  fond  de 
vase  devant  lui,  bien  qu'on  soit  contre  terre  :  ce  ho^ndar 
se  nomme  Château  de  Makoufth  (et  dans  lé  pays  Ôngd- 
ma-ya^Hâkoufth).  De  là  à  Sourizy,  on  peut  ancrer  par- 
tout Il  en  est  de  même  jusqu'à  Semoukâh ,  car  on 
trouve  toujours  de  5  à  5o  brasses. 

Ensuite  il  n'y  a  plus  d'écueil  jusqu'à  Catapouta. 

Noie  sur  les  ratseignemenU  qui  précèdent. 

La  première  partie  du  travail  ci*desau8  reproduit  • 
mais  avec  plus  de  détails,  et,  nous  devons  le  croire,  avec 
plus  d'exactitude,  l'ébauche  que  nous  eûmes  l'honaeur 
de  présenter  à  la  Société  de  géographie  en  1 85g.  Nous 
croyons  surtout  avoir  amélioré  l'orthographe  des  noms 
propres;  et  les  noms  des  principaux  ports  szomal  ontété 
écritspour  nous  par  un  négociant  arabe.  Quant  aux  au- 
tres^il  y  a  deux  remarques  à  faire  :  i°  lesS»>mal  confon* 
dent  le  tha  et  le  <a ,  et  ne  distinguent  pas  un  s  d'un  z  ^ 
du  moins  dans  la  plupart  des  cas;  a*"  malgré  tous  nos 
scrupules  et  le  soin  constant  que  nous  avons  pris  de  cor- 
riger le  défaut  de  sensibilité  de  nos  oreilles,  nous  n'a- 
vons pu  encore  nous  façonner  à  bien  entendre  toutes 
les  lettres  arabes  :  nous  entendons  mal  le  lie  final , 
\e^znd t  le  i^a  Qu  dh  emphatique,  et  lorsqu'on  pro- 


(  «34  1 

nonce  un  aV/i,  il  nous  est  souvent  difficile  de  «a?oir 
de  quel  point- voyelle  cette  lettre  est  aCTectée;  caria 
plupart  des  Axabes  la  pronoaceot  très  sourdemeat. 
Quant  atxn  voyelles ,  si  brèves ,  et  comparrativemenft  si 
peu  importantes  en  arabe  »  il  eat  bon  de  remarquer 
que  les  habitants  de  ITemen  »  du  moins  selon  le  té- 
moignage de  nos  oreilles ,  emploient  habitueUemeal 
les  sept  voyelles  éthiopiennes,  c'est-à-dire  :  u  bref,  a 
long,  iy  e,  ou  }  o  ,  et  à\  son  inconnu  en  Europe  peut- 
être,  et  qui  approche  beaucoup  plus  d'un  i  bref  que 
d'un  €  muet.  Il  s'ensuit  de  lA  que  nous  avons  écrit 
en  caractères  arabes  comme  noua  avons  pu  •  vu  leur 
insuffisance,  et  en  caractères  français  comme  nous 
avons  entendu.  Nous  avons  inventé  le  *d  pour  expri« 
mer  le  d  cérébral  des  anciens  idiomes  indiens;  ce 
son  ,  également  étranger  à  l'Européen  et  à  l'Arabe  , 
abonde  chez  les  nations  Bôdja,  Seomal ,  A'far  et  Galla. 
Malgré  tous  nos  soins,  il  n'est  pas  du  tout  impossible 
qu'on  découvre  plus  tard  des  fautes  d'orthographe 
dans  nos  noms  de  lieux ,  soit  à  cause  de  la  mauvaise 
prononciation  des  pilotes  qui  noos  donnaient  des 
renseignements,  soit  par  un  peu  d'inattention  de  notre 
part.  Il  est  bien  à  regretter  qu'on  n'ait  pu  encore  adop* 
ter  un  système  uniforme  pour  la  transcription  des  noms 
arabes  et  éthiopiens ,  et  ia  diversité  des  métliodes  en 
usage  excuse  jusqu'à  un  certain  point  la  néj^igence 
qu'on  met  è  rendre  l'orthographe  locale.  Un  capitaine 
européen ,  forcé  de  consulter  son  pilote  par  Tintermé- 
fliairç  d'un  mauvais  interprète,  sera  peut-être  le  seul 
à  sentir  tout  le  prix  de  nos  scrapules  à  cet  égard. 

En  faisant  le  travail  ci«-dessus,  nous  avions  sous  les 
yeux  une  récente  carte  anglaise  de  l'Afrique  qui,  entre 
autres  disparates,  fait  couler  le  Webi  par  Mâgttdoucho, 


(  355  ) 

et  ne  fait  aucune  mention ,  soit  de  Gftra'd ,  soit  des 
lies  de  Wàrchâykb.  Nous  avons  cru  cependant  pouvoir 
nous  fier  à  noa  renseigaeiaeDlf ,  puisque  les  détails  de 
la  côte  szomaly,  c'est-à-dire  deZëla'  à  l'équaleur,  nous 
ont  été  donnés  par  trois  personnes»  savoir  :  un  pilote  de 
Szour  près  de  Mftsk&t ,  un  négociant  de  Mttkâllfth ,  et 
un  pilote  szomaly  né  ifena  OugSideyn  sur  les  rives  du 
Webi.  D'un  autre  côté ,  il  nous  est  impossible  de  croire 
que  H.  Arrowsmith  ,  que  nous  avons  eu  le  plaisir  de 
connaître  à  Londres ,  et  qui  nous  a  toujours  paru  très 
zélé  pour  le  progrès  de  la  géograpbie ,  eût  pu  oublier 
des  détails  aussi  aaillanis  sur  une  cole  nue  d'ailleurs  , 
s'ils  n'avaient  éàé  omis  pak*  les  derniers  voyageurs  qui 
ont  visité  la  côte  orientale  d'Afrique.  *  La  reconnais» 
sance  la  plus  récente  a  été  faite  »  nous  le  croyons ,  par 
H.  Je  capilaine  Ov<ren;  mais,  soit  qu'il  ait  été  trop 
pressé  pour  mettre  la  dernière  ffl»în  à  son  travail , 
soit  qu'il  ait  été  mal  renseigné  par  ses  pilotes  ,  nous 
émettrons  ici  le  vœu  qu'un  hydrogaphe  instruit  et  zélé 
aille  refaire  ce  travail  de  fond  en  comble  depuis  Toi>- 
djourrah  jusqu'aux  possessions  portugaises.  Des  capitai- 
nes européens  que  )*ai  vus  dans  la  mer  Bouge  se  plai*^ 
gnaient  vivement  do  manque  de  bons  renseignements 
sur  les  attérages  des  ports  szomaL  et  les  recherches  que 
nous  avons  faites  oralement  sur  toute  cette  c6le  au- 
raient été  bien  plus  nombreuses  et  plqs  fertiles  si  nous 
avions  pu  les  appuyer  sur  de  bons  levés  hydrogra- 
phiques. 

Antojmî  d*Abbadi£. 

A'yl&t,  5  décembre  184^' 


(  «5>  ) 
PUBLICATION 

DES  Rir^VLrÂTS  DE  l'bXPLOBITION  JllfftBIC4IlVB 
DAM  LB8  MBBS  AU8T1IALE8. 


Lettre  de  M,  fFilliam  Brotvn  Hoogson  à  H.  d*Atbeac. 

Paris,  ai  septembre  184a' 
MONSIEUB , 

Je  prends  la  liberté  de  coonmaniquer  par  Yotre  in- 
termédiaire ,  à  la  Société  de  géographie  de  Paria  •  la 
teneur  d'une  loi  rendue  le  s6  août  dernier»  par  le  Con- 
grès des  États-Unis,  pour  la  publication  prochaiDe 
d'une  relation  des  découvertes  faites  par  la  dernière 
expédition  d'exploration  dans  tes  mers  australes  soos 
les  ordres  du  lieutenant  Wilkea. 

La  nouvelle  que  l'histoire  d'un  aussi  important 
voyage  de  découvertes  va  être  préparée  et  pubUée 
sous  les  aupicesdu  gouvernement  des  Ëiats^Unia,  sera 
reçue  avec  satisfaction  par  tous  .les  amis  de  la  science 
en  général  »  mais  par  aucun  avec  plus  d'intérèl  que 
par  In  Société  de  géographie  de  Paris.  Et  il  ne  sera 
pas,  )e  J'espère»  indifférent  à  votre  Société  de  savoir 
que  la  haute  supériorité  de  la  France ,  sous  le  rapport 
de  la  science  et  de  l'art ,  a  été  proclamée  par  le  gou- 
vernement des  États-Unis ,  qui  a  désigné  le  Voyage  de 
r  Astrolabe  comme  le  modèle  d'après  lequel  la  Relation 
do  Texpédilion  d'exploration  doit  être  oflTerte  au  pu- 
blic. 

Je  suis  avec  une  haute  considération,  etc. 

W.  B«   HODGSON. 


i.-i 


A* 


S.' 


(  «37) 

Teneur  de  la  loi^ 

t  Soit  arrêté  par  le  Sénat  et  par  la  Gbainbre  des 
représentants  des  Étab-Unis  d'Amérique,  assemblés 
en  congrès  : 

•  I.  Qu'il  sera  publié,  sous  la  surveillance  et  Ja  di- 
rection du  Comité  de  la  Biblîothèqire ,  une  Relation 
des  découvertes  faites  par  Texpédition  d'exploration 
commandée  par  le  lieutenant  Wilkes ,  de  la  marine 
des  Ëtab-Unis;  laquelle  Relation  sera  préparée  avec 
des  figures,  et  publiée  dans  une  forme  semblable  au 
Voyage  de  F  Astrolabe  publié  dernièrement  par  lo 
gouvernement  français. 

»  9.  (  Disposition  relative  à  la  livraison  de  cent  exem- 
plaires pour  l'usage  du  gouTernement.) 

»  3.  Que ,  en  attendant  qu'il  soit  pourvu  par  une  loi 
à  la  conservation  et  au  classement  des  objets  d'his- 
toire naturelle  qui  seront  en  la  possession  du  gouverne* 
ment». ils  seront  déposés  et  arrangés  dans  la  galerie 
supérieure  (1)  de  l'Hôtel  des  Postes .  sous  la  garde  de» 
personnes  qui  seront  désignées  par  le  Comité  de  la 
BibUolhèque.  • 

(i)  Cest  un  local  spacieux ,  maintenant  occupé  par  Vlnstitution 
natUmaie ,  à  Washington.  ' 


r  «58  ) 


DEUXIEME    SECTION. 


AotBJi  de  la  8oeiétè. 


UTRAIT  DES  PEOCâS-VERIVAUK  OES  SÉANCES. 


PRtolDKNCB    DE    U-    iOMAAD. 


Séance  du  9  septembre  1849. 

Le  procès-Terbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

M.  Berlhelot,  secrétaire-général  de  la  Commission 
centrale,  annonce  qu'étant  chargé  d'nne  mission  par 
M.  le  ministre  de  Tagriculture  et  du  commerce  ,  il  re* 
grette  vivement  de  ne  pouvoir  remplir  jusqu'à  la  fin  de 
l'année  les  fonctions  dont  ses  collègues  avaient  bien 
voulu  Thonorer. 

M.  le  Président  fait  connaître  que  M»  Neël  Desver- 
gers ,  qui  a  été  le  prédécesseur  de  M.  Berthelot ,  veut 
bien  se  charger  de  le  suppléer  pendant  son  absence. 
M.  Desvergers  assure  la  Commission  centrale  de  son 
zèle  à  remplir  cette  fonction  temporaire. 

M.  le  baron  Walckenaer  adresse  à  la  Société  plu- 
sieurs exemplaires  de  la  Notice  sur  la  vie  et  les  ouvra- 
ges du  major  Rennell ,  qu'il  a  lue  à  la  séance  publique 
de  l'Académie  des  incriptions  et  belles-lettres. 

M.  le  baron  de  Derfelden  de  Hinderstein  écrit  à  la 


(  »59  ) 

Société  pour  lui  orrrir  un  ouvrage  que  yietïi  du  publier 
son  compalriote  H.  Van  der  Monde.  Gel  ouvragp,  dont 
l'auteur  est  très  versé  dans  la  connaissance  de  l'his- 
toire ,  de  la  topographie  et  de  la  statistique  de  la  Hol- 
lande ,  contient  une  description  exacte  de  la  ville  d'U- 
trechl. 

MM.  de  Laroquelte  et  Thomassy  offrent ,  le  premier» 
une  Notice  sur  Duval  de  Lejrit.  ancien  gouverneur  de 
Pondicfaéry,  et  le  second,  une  Notice  sur  les  anciennes 
relations  de  la  France  avec  le  Maroc. 

M.  le  comte  de  Rambuteau ,  préfet  de  la  Seine,  écrit 
à  la  Société  qu'en  attendant  l'accomplissement  de  quel- 
ques formalités  administratives  ,  la  Commission  spé- 
ciale du  monument  d'Urville  peut  dès  à  présent  pren- 
dre les  mesures  préliminaires  pour  l'érection  de  ce 
monument. 

M.  Chevalier,  d'Amiens,  membre  de  la  Société, 
écrit  qu'il  s'associe  avec  empressement  au  projet  d'é- 
lever un  monument  à  la  mémoire  du  savant  naviga* 
teur,  et  il  adresse  sa  souscription  au  trésorier  de  la 
Société. 

La  Commission  spéciale  du  monument  d*UrvilIe 
annonce  qu'elle  s'est  réunie  pour  prendre  connais-^ 
sanco  des  propositions  de  plusieurs  artistes,  relatives 
à  l'eiécution  du  monument.  Parmi  les  artistes  qui  s'é- 
taient empressés  d'offrir  leurs  services  à  la  Société ,  la 
Commission  a  cjislingaé  M.  Gau  »  l'un  des  architectes 
de  la  ville  de  Paris ,  connu  par  son  voyage  en  Nubie , 
et  M.  Dantan  aîné,  statuaire,  artiste  non  moins  esti- 
mable. Elle  a  jugé  nécessaire  de  faire  un  double  choix 
dans  Tintérèt  de  l'ouvrage ,  et  elle  le  soumet  à  l'ap- 
prubation  de  la  Commission  centrale.  Plusieurs  mem- 
bres prennent  la  parole,  et  appuient  cette  proposition. 


(240   ) 

La  Commission  centrale  décide  que  MM.  Gau  et  Dan- 
tan  aîné  seront  chargés  de  Teiécntion ,  l'un  comme 
architecte ,  Tauti^e  comme  sculpteur,  et  qu'ils  seront 
priés  de  se  concerter  pour  présenter  un  projet  en  com- 
mun à  la  Société. 

H.  le  Président  annonce  la  mort  de  M.  le  capitaine 
de  vaisseau  Louis  de  Freycinet»  membre  TAcadémie 
des  sciences  et  du  bureau  des  longitudesi  ancien  mem- 
bre de  la  Commission  centrale  »  et  l'un  des  premiers 
fondateurs  de  la  Société.  Il  rappelle  les  travaux  de  ce 
savant  navigateur,  et  paie  un  tribut  de  regrets  à  sa 
mémoire. 

M.  d'Avezac  commence  la  lecture  d'un  Mémoire  sur 
la  géographie  ancienne  de  l'Afrique. 

(  La  mite  éet  sé«nee$  et  la  liste  des  cuvrmges  cfferis 
au  numéro  prochain  ). 

Souscription  ouiferte  dans  le  sein  de  la  Société  de  géo- 
graphie^ pour  le  Monument  à  éteifer  à  la  mémoire  du  ' 
contre-amiral  Dcmont  d'Ubvili^^. 


JÀste  des  Sousrripteurs  du  i6  septembre  au  i5  octobre  1843- 

MM.  LoTTiN,  capitaine  de  corvette.  a5  fr. 
Chassant,  graveur.  S 
DocoBPS,  commis  de  marine  de  i**  dasae.  5o 
YiHCBiiDOii  DviiouLiif .  ingénieur  hydrogra- 
phe de  l'expédition  au  pôle  Sud.  5o 
Lbs  hébitibes  d'Uiivillb.  i  ,800 
Lbbbbton  ,  chirurgien  de  5*  classe  de  l'ex- 
pédition au  pÂle  Sud.  3o 
Db  Bovis,  enseigne  de  vaisseau,  membre 

de  la  Société.  90 

Total.  .  .  1,940  fr- 

Montant  des  premières  listes.  •  .  .  si,8iofr-5o 

Total  gAnàbal.  .   ,  .  4«75o^>'-5o 


BULLETIN 


DE    LA 


SOCIETE  DE  GEOGRAPHIE 


OCTOBRE   l84s« 


PREMIERE    SE€TION. 


MlftMOIRES,  BXTR41TS,  ANALYSES  ET  BAFPORTS. 


Note  sur  deux  Itinéraires  de  Churleston  à  TaUahjJissée 
(Floride) . par  le  comte  Francis  de  CâSTBLirAV. 


Il  existe  deux  routes  pour  se  rendre  par  terre  de 
Gharleston  en  Floride  :  les  ayant  parcourues  toutes  les 
deux,  et  n*en  trouvant  de  description  dans  aucun  ou- 
vrage ,  )e  pense  que  la  Société  me  permettra  de  lui 
soumettre  quelques  observations  à  cet  égard. 

Le  7  novembre  i8?7»  à  6  heures  du  matin ,  je  quittai 
Gharleston  parle  chemin  de  fer  d^'iàogusta,  qui, malgré 
ses  imperCfe|ft<)oa^  peut  être  considéré  comme  un  ma- 
gnifique ^lAraige;  il  a  i«o  milles  de  long,  et  traverse 
presque. continuellement  sur  pilotis  des  marais  et  des 
terres  .inondées.  Il  est  du  reste  très  fatigant  pour  les 
voyageurs,  car  ceux-ci  doivent  s'attendre  à  éprouver  une 

VIII.    OCTOBBE.     I.  i6 


(  *4»  ) 

loDgae  succession  de  secousses  et  de  sauts.  Cet  état  de 
choses  a  été  pourtant  je  crois ,  bien  modifié  depuis  celte 
époque,  car  partout  où  il  était  suspendu  sur  pilotis , 
on  a  dû<:on8truire  des  terrassements;  et  d'ailleurs,  sans 
s'élendre  sur  les  défauts  d'un  tel  ouvrage ,  ne  doit-on 
pas  admirer  le  génie  et  Tesprit  d'entreprise  qui  le  fit 
accomplir  au  milieu  de  savanes  noyées ,  surtout  lors- 
qu'on réfléchit  aux  immenses  avantages  qu'il  a  rendus 
à  l'humanité  et  au  commerce  ? 

Le  pays  qu'il  parcourt ,  lorsqu'il  est  inondé ,  est 
dos  plus  pauvres,  et  couvert  de  pinacées ,  de  lauriers 
et  de  magnolias.  Dans  les  marais,  on  voit  le  cyprès 
si  remarquable  par  sa  base  démesurément  renflée  « 
et,  à  celte  saison  de  l'année,  par  son  feuillage,  de  cou- 
leur orange. 

Vers  midi ,  nous  côtoyâmes  la  rivière  d'Edisto  qui  est 
très  sinueuse,  et  prés  de  laquelle  nous  vîmes  d'assez 
beau  coton ,  et  une  heure  après ,  nous  traversâmes  le 
village  de  Midway  ;  à  4  heures  i/s,  nous  arrivâmes  à 
Eakin ,  qui  a  environ  i  ,000  habitants  et  prend  chaque 
jour  de  l'accroissement.  Ce  village  est  à  16  milles  de 
Hambourg.  A  aa  sortie ,  l'on  rencontre  une  descente 
très  rapide  et  d'un  i/s  mille.  Les  chariots  sont  retenus 
par  un  cAble  sans  fin  qui  a  1  mille  de  long,  et  qui  a  été 
fait  en  Angleterre  ;  il  a  coûté  environ  6, 000  fr.  S'il  venait 
à  se  rompre ,  les  chariots  seraient  lancés  avec  une 
force  irrésistible  et  brisés  en  mille  mdreeaox ,  ainû 
qu'on  en  fit  l'expérience  sur  one  voiture  hors  de  ser* 
vice.  Un  peu  plus  loin,  surla  gauche  du  voyageur,  coule 
une  jolie  rivière  au  milieu  des  bois.  A  6  heures  du 
soir  nous  étions  à  Hambourg ,  village  fort  pau  oonsî- 
dérable.  Là  »  des  espèces  d'onmibus  nous  attendaient 
pour  nous^ conduire  i  Augusta,  de  l'autre  côté  d'un 


(  «45) 

tnagnifique  pool  sar  la  rhière  de  Savannah.  Ce  pont  est 
droit,  il  ja  seize  arches,  et  sépare  les  Étatd  de  la  Caro- 
line du  Sud  et  de  la  Géorgie.  La  ri? ière  est  très  large  ; 
son  nom  indien  est  Isnndiga. 

Aogusia  est  one  charmante  petite  fille  d'ennron 
^,000  habitants)  elle  renferme  beaucoup  de  jolies 
maisons;  les  rues  sont  droites  et  très  larges  a?ec  des 
arbres  de  chaque  côté.  Sous  le  rapport  des  affaires, 
c'est  une  place  fort  importante  ;  mais  son  climat  est 
peu  salubre. 

Je  fis  ici  mes  arrangements  pour  le  voyage  que  )*&!- 
lais  entreprendre  à  Tallahassée.  Je  devais  parcourir 
une  région  fort  peu  habitée ,  et  dont  une  partie  avait 
été  quelque  temps  auparavant  dévastée  dorant  la  guerre 
contre  les  Creeks  ou  Muscogis ,  k  laquelle  on  venait 
seulement  de  mettre  un  terme.  Comme  il  n'existait  pas 
encore  de  diligence  régulière,  je  fis  ce  trajet,  tantôt 
en  voiture  et  tantôt  à  cheval.  Je  quittai  k  ville  le  to  , 
â  8  heures  du  soir,  par  un  orage  épouvantable  ;  nous 
voyageâmes  toute  la  nuit  sur  one  route  très  étroite  et 
détestable ,  dans  une  contrée  très  sablonneuse  et  Cou- 
verte de  pins.  A  7  heures  du  mralin ,  nous  arrivâmes  à 
Louiseville ,  village  très  malsain  ,  situé  ft  4^  milles 
d'Augusta  ,  à  un  tiers  d<e  lieue  de  la  rit  ière  Ogoechée , 
«t  qui  contient  de  9^0  k  Soo  habitants.  En  sortant , 
nous  eûmes  à  descendre  une  colline  assez  rapide;  puis 
nous  traversâmes  sur  un  pùtA  de  bois  la  rivière  qui  est 
très  étroite.  Le  sol  est  généralement  d'un  brun  rouge; 
la  végétiAion  consiste  en  pins.  Le  soir,  nous  arrivâmes 
i  Faisbridge,  qui  est  sur  la  noème  rivière.  Il  n*y  a  que 
quelques  maisons,  toutes  habitées  par  les  membres 
d'une  même  famille;  à  Tentour  s'étendent  quelques 
plantations* 


(  «44  ) 

Dans  l'après-midi ,  nous  alleigolmesle  petit  éUblîs- 
sement  de  Sandervilie,  Le  lendemaio,  nous  passâmes 
en  bac  les  rivières  Oconée  etOcmulgée ,  et  nous  atteignî- 
mes vers  le  soir  le  village  de  Hawkensville ,  situé  sur  la 
dernière  de  ces  rivières.  11  est  assez  considérable»  ei  gé- 
néralement formé  de  longues  maisons  de  bois  peintes 
en  jaune  avec  des  volets  verts  y  et  n'ayant  qu'un  rez-*de- 
choussée;  elles  sont  pour  la  plupart  recouvertes  en 
tuiles.  L'OcmuIgée  est  une  branche  de  TAlatamaha 
qui  se  jette  dans  l'Atlantique  :  c'est  le  dernier  cours 
d'eau  que  Ton  rencontre  qui  ait  cette  direction , 
les  autres  se  déchargeant  dans  le  golfe  du  Mexique.  Le 
is  »  nous  partîmes  au  point  du  jour»  et  traversâmes 
sur  un  pont  en  bois  le  Big-Indian-Creek»  dont  les  bords 
sont  charmants ,  bien  ombragés ,  et  remplis  de  petits 
palmiars.  Plusieurs  serpents  noirs  traversèrent  la 
route»  presque  sous  les  pieds  de  nos  chevaux.  Nous 
étant  égarés»  nous  fûmes  obligés  de  camper  cette 
nuit*lë.  En  cherchant  vers  le  soir  à  retrouver  le  che- 
min ,  je  fus  témoin  d'un  fait  qui  m'a  semblé  digne  d'in-* 
térèt. 

Je  venais  de  pénétrer  dans  un  bois  très  épais ,  lors* 
que  le  caque tage  d'un  grand  nombre  d'oiseaux  attira 
mon  attention  ;  j'en  distinguai  bientôt  un  groupe  nom- 
breux et  composé  d'espèces  différentes  qui  entourait 
un  écureuil  alors  perché  sur  une  branche  à  environ 
so* pieds  de  terre*  Ce  dernier  semblait  immobile,  ïe^ 
nant  sa  queue  élevée  au-dessus  de  sa  tète;  bientôt  )e 
le  vis  sauter,  ou  plutôt  se  laisser  tomber  sur  une  bran- 
che inférieure  »  et  il  fut  suivi  de  son  escorte  ailée  »  qui 
continuait  à  l'accompagner  de  ses  cris  variés.  Un  autre 
saut  le  conduisit  encore  plus  près  de  terre.  Étonné  de 
cette  singulière  manœuvre ,  je  m'approchai  sans  bruit» 


(  «45  ) 

eldiskinguai  bientôt  un  gros  serpent  noir  {cohibercon- 
siricior) ,  arrondi  en  spirale,  et  tenant  sa  tèle  élevée 
dans  la  direction  de  sa  pauvre  victime,  qui  bientôt,  par 
un  dernier  bond ,  se  laissa  tomber  à  terre  à  environ 
un  pied  du  reptile ,  sur  lequel ,  mû  par  un  senti- 
ment de  pitié,  je  déchargeai  mon  fusil  chargé  à 
plomb.  Les  oiseaux  s'envolèrent,  et  je  ramassai  le 
pauvre  écureuil ,  qui ,  immobile  et  roide  •  me  parut 
mort ,  mais  qui  revint  bientôt  à  lui ,  et  que  je  vis 
avec  plaisir  s* élancer  dans  les  branches.  Je  sais  que 
des  faits  de  ce  genre  ont  été  souvent  observés  ;  mais 
comme  beaucoup  de  personnes  les  révoquent  en  doute, 
et  que  j'étais  moi-même  de  ce  nombre ,  j'ai  cru  qu'il 
était  bon  de  consigner  ici  celui  dont  j'ai  été  témoin.  le 
ne  chercherai  pas  à  expliquer  par  quelle  force  bizarre 
la  victime  se  trouve  entraînée  vers  le  serpent;  si  c'est, 
comme  on  Ta  souvent  répété ,  que ,  glacée  d'effroi , 
elle  n'ait  pas  la  force  de  s'enfuir  I  mais  pourquoi  dans  ce 
cas  ne  reste-t-elle  pas  immobile  ?  pourquoi  vient-elle 
d'elle-même  au-devant  de  sa  destruction  P 

Quel  peut  être  aussi  l'effet  produit  sur  les  oiseaux  . 
dont  l'agitation  était  extrême?  Comprenaient-ils  le 
danger  que  courait  l'anijoial ,  et  s'étonnaient-ils  qu'il 
ne  cherchât  pas  à  s'y  soustraire?  Je  soumets  seulement 
ces  questions  aux  naturalistes ,  et  je  recommande  ce 
sujet  aux  investigations  futures  des  voyageurs. 

Mais  revenons  à  notre  récit.  Au  point  du  jour,  ayant 
retrouvé  notre  chemin ,  nous  parvînmes  bientôt  à  un 
groupe  de  maisons  désertes  et  dont  les  habitants  avaient 
été  tous,  peu  de  temps  auparavant  pendant  la  guerre  des 
Creeks,  massacrés  par  les  Indiens. 

J'ai  souvent  parlé  des  routes  :  ce  terme  a  peut- 
être  besoin  de  quelques  explications.  Ces  routes  ont 


(  946  ) 

d'ordinaire  de  ti  k  8  pieds  de  large  ei  40Qi  loufour» 
percées  dans  les  bois  de  pins.  Les  arbres  sont  fimple- 
raent  coupés  à  envirçm  on  pied  de  terre.  Le  ch<Hxde  ce»^ 
arbres  est  motivé  par  la  grande  facilité  qu'of&reni  cet 
régions  pour  cet  objet,  comparativement  aux  massif» 
d'autres  orbres  qui  sont  presque  impénétrables»  et  que 
Ton  nomme  hammocs.  Pour  éviter  ces  hammocs,  on  faii 
souventfaire  aux  routesdesdétoursconsidérables.Beau- 
Goup  de  ces  routes  avaient  été  ouvertes  par  les  Indiens» 
et  ont  seulement  été  élargies  par  les  blancs»  de  ma- 
nière à  ce  qu'une  charrette  pût  y  passer. 

Le  vovageur  s'arrête  dans  toutes  les  maisons  qu'il 
est  assez  heureux  de  rencontrer  >  ce  qui  n'a  générale- 
ment lieu  qu'à  de  très  grandes  distance^.  Là  on  lui 
donne  du  pain»  du  mais»  des  patates»  et  ordinaire-^ 
ment  du  porc  et  des  choux.  En  Géorgie  et  en  Floride, 
le  maître  de  la  maison  s'attend  généralement  à  une 
rémunération  en  argent  »  tandis  que  dans  la  Caroline 
do  Sud  une  simple  offre  de  ce  genre  serais  considérée 
comme  une  insulte.  Le  prix  ordinaire  d'un  dîner  de 
ce  genre  est  de  7^1  sous  »  et  celui  du  déjeuner  et  du  sou- 
per  (  ou  thé  )  de  5o. 

Un  des  traits  les  plus  remarquables  de  la  partie  du 
pays  que  nous  traversions  alors  est  l'absenee  com- 
plète de  broussailles ,  ce  qui  a  presque  toujeurs  lieu 
dans  les  parties  où  règne  le  grand  pin  euatral  ;  car 
nous  commencions  ici  à  rencontrer  la  disposition  vé- 
gétale qui  s'étend  sur  loute  la  Floride;  je  veux  parler 
des  espaces  immenses  de  sables  recouverts  seulement 
d'arbres  verts  »  et  aq  milieu  desquels  existent  les  ham» 
mocs  que  nous  avons  déjà  mentionnés ,  et  qui  »  par  la 
fertilité  de  leur  sol»  la  beauté  et  la  variété  de  leur  vé- ' 
gétatien ,  sent  de  véritables  oasis  dans  le  désert  Ces 


(•47) 
espaces  fertUea  varient  singulîèremeat  en  élendoe  » 
poisqu'ila  ooafrenl  depais  une  fraction  d'arpeni  jus* 
qu'à  plasieura  lieues  carrées.  Les  bords  immôdials  des 
cours  d*eau  sont  aussi  le  plus  souvent  couverts  d*une 
semblable  végétation.  Bien  que  la  journée  fût  très 
très  cbaudCf  nous  avions,  la  nuit,  à  souffrir  du  froid  ;  ce 
qui  est,  du  reste  «  un  caractère  particulier  du  climat 
de  tout  le  continent  de  TAmérique  du  Nord  jusqu'au 
cap  des  Florides  »  et  surtout  de  la  partie  orientale  dq 
continent;  car,  de  l'autre  c6té  du  Uisabsipi  »  ces  chan- 
gements se  font  beaucoup  moins  sentir«  Je  pense  que 
le  voisinage  de  la  baie  d*HudsoD,  et  surtout  dea  grands 
lacs  du  Canada,  est  la  cause  principale  de  ce  phéno* 
mène.  Il  est  cependant  à  remarquer  que  la  partie 
orientale  des  grands  continents  est  généralement  plus 
froide  que  le  coté  opposé.  Le  1 4  •  nous  atteignîmes 
la  Flînt*River  (  rivière  du  Silex  )  que  nous  longeâmes 
jusqu'au  village  de  Bainbridge  ;  les  bois  de  pins  s'é<- 
tendent  jusqu'au!  bords  de  la  rivière,  mais,  à  quelques 
milles  dans  rinlérieur,  les  terres  sont  fertiles  et  pro- 
pres à  la  culture  du  coton.  Le  village  n*est  formé  que 
de  dix  à  douse  maisons,  dont  une  seule  est  en  briques  ; 
le  nombre  des  habitants  est  d'environ  eoo,  y  comprb 
les  nègres  »  qui  en  composent  la  grande  majorité.  Ici 
je  pus  me  former  une  idée  du  caractère  des  peuples 
de  cette  région  eo  voyant  l'état  délabré  de  la  maison 
commune ,  dodot  toutes  les  fettôtres  étaient  brisées  et 
les  portesdéfonoéea.  J'en  demandai  la  cause,  et  j'appris 
que  peu  de  jours  auparavant  les  kabîtsiits  s'étant 
tous  enivrés  avaient  eommis  ces  dégâts.  La  rivière  est. 
étroite,  très  sinueuse,  avec  des  bancs  élevés  et  es- 
carpés. 

Pendant  que  j'étais  dans  le  village ,  environ  cent 


(  «48  ) 

Indiens  Chattahoutchis,  qui  sonlles  alliés  des  bladcs , 
arrivèrent,  amenant  a?ec  eux  près  de  soixante  Creeks  ou 
Huscogis  hostiles,  qu'ils  avaient  faits  prisonniers  dans 
les  bois  y  et  qu'ils  étaient  depuis  long-temps  occupés 
à  poursuivre.  Ces  malheureux  furent  attachés  à  des 
arbres,  et  leurs  capteurs  semblaient  disposés  à  les 
soumettre  à  toute  la  rigueur  de  la  loi  indienne ,  lors- 
que quelques  habitants  influents  obtinrent  leur^râce 
par  leur  intercession. 

Les  Chatlaoutchis  passèrent  la  nuit  entière  à  danser» 
à  boire  et  à  hurler,  et  au  point  du  jour  ils  partirent  avec 
leurs.prisonniers  pour  leur  village ,  sur  la  rivière  d'A- 
palachicola.  J'appris  par  la  suite  que  l'acte  d'huma- 
nité que  je  viens  de  mentionner  fut  mal  récompensé  ; 
car  peu  de  temps  après  les  prisonniers  Creeks  parvin- 
rent à  s'échapper,  se  réfugièrent  dans  les  forêts  et  les 
marais  inaccessibles  qui  couvrent  une  partie  de  cette 
région  ,  et  n'ont  cessé  jusqu'à  ce  jour  de  sortir  de  leur 
retraite  pour  porter  le  feu  et  la  mort  au  milieu  des  mal- 
heureux habitants  blancs,  qui  sont  dispersés  à  de  gran- 
des distances  (es  uns  des  autres.  Les  deux  tribus  d'In* 
diens  que  je  viens  de  mentionner,  bien  qu'en  état 
d'hostilité  l'une  contre  l'autre,  appartiennent  cepen-* 
dant  à  la  même  nation  ,  ou  plutôt  à  la  même  confé- 
dération,  celle  des  Muscogis,  dont  les  Séminoles  ne 
sont  ausû  qu'un  démembrement.  Ils  portent  généra- 
lement la  partie  postérieure  de  la  tête  rasée  avec  des 
cheveux  très  longs  en  avant  ;  quelques  uns  ne  con- 
servent que  le  simple  scalpe  ou  mèche  sur  le  sommet 
de  la  tète.  Leur  habillement  consiste  en  uu  mouchoir 
rouge  roulé  autour  de  la  tète  en  forme  de  turban,  en  une 
sorte  de  chemise  de  chasse  en  peau  de  daim ,  ordioai-» 
rement  bordée  et  galonnée  un  peu  dans  le  goût  espa- 


(«49) 

gnol ,  et  en  de  longues  guêtres  de  cuir.  Ils  ?ont  sans  pan- 
talon p  mais  avec  un  mouchoir  roulé  entre  les  jambes»  et 
qu'ils  rattachent  par  les  deux  bouts  à  une  ceinture.  Aux 
pieds» ils  ont  comme  tous  les  Indiens  des  mocassins»  our 
souliers  en  peau  »  plus  ou  moins  couverts  de  perles  et 
d'ornements.  Us  se  servent  du  fusil  assez  adroitement , 
mais  bien  moins  cependant  que  les  blancs  de  la  fron- 
tière »  chez  qui  frapper  un  écureuil  ailleurs  qu'entre 
les  deux  yeux,  est  considéré  comme  une  preuve  hon- 
teuse de  maladresse.  Ces  derniers  se  servent  du  rifle 
ou  longue  carabine. 

Le  i5,  à  5  heures  du  matin,  je  quittai  ce  petit  éta- 
blissement pour  suivre  ma  route  vers  Tallahassée, 
la  capitale  des  Florides.  Nous  eûmes  d'abord  à  traver- 
ser des  forêts  de  pins  »  au  milieu  desquels  nous  vîmes 
beaucoup  de  gros  écureuils  («&•  capistratus)  et  plusieurs 
bandes  de  dindons  sauvages.  Ceux-ci  sont  remarqua- 
bles par  la  beauté  de  leur  plumage ,  qui  est  d'un  vert 
de  bronze  très  éclatant;  ils  se  tiennent  ordinairement 
en  petites  familles  de  quatre  à  sept  individus;  ils  volent 
lourdement ,  se  laissent  approcher  d'assez  prés ,  puis 
s'envolent  de  nouveau  pour  se  percher  à  peu  de  dis- 
tance. 

Je  remarquai  aussi  combien,  en  avançant  vers  le  Sud, 
les  jeunes  pins  semblaient  prendre  la  forme  des  pal- 
miers y  ce  qui  est  surtout  remarquable  dans  les  très 
jeunes  individus  du  pinus  australis.  Noos  vîmes  ensuite 
de  belles  plantations  de  coton,  et  dans  l'après-midi 
nous  atteignîmes  Quincy  ,  qui  est  un  assez  misérable 
village,  dont  les  maisons  sont  très  écartées  les  unes  des 
autres.  En  étant  reparti  le  lendemain  matin,  je  par- 
vins bientôt  à  un  point  de  la  route  d'où  je  jouis  d'un 
spectacle  délicieux.  Du  haut  d'une  colline ,  je  vis  tout- 


(.5o) 

à  coup  que  j'étais  panrenu  à  la  limile  des  arbre»  YerISt 
el  que  des  forêts  d'une  apparence  tropicale  étendaient 
partout  devant  mes  yeui  leur  majeetueux  feuillage  ;  le 
colossal  magnoUer  semblait  étaler  avec  orgueil  ses 
feuilles  »  semblables  à  d'immenses  spatules.  Le  quenms 
viretu  ou  chêne  vert  se  faisait  remarquer  dans  le  voisi* 
nage,  et  plusieurs  espèces  de  la  famille  des  palmiers 
ne  contribuaient  pas  peu  A  l'éclat  de  la  végétation. 
Noua  passâmes  la  rivière  d'Oclockoné  et  la  Little*River, 
dont  les  bords  sont  ravissants;  puis  retrouvant  les 
bois  de  pins ,  nous  atteignîmes  le  soir  Tallahassée ,  le 
but  de  notre  voyage. 

L'auberge  dans  laquelle  je  descendis ,  et  qui  passait 
pour  la  meilleure  des  deux  qui  seules  existaient  dans 
la  ville»  n'avait  cependant  rien  de  remarquble  soos  le 
rapport  du  luxe  y  car  le  déjeuner  se  composait  de  café 
sans  lait ,  de  venaison  et  de  pain  de  mais  ;  le  dtner, 
de  porc  •  de  choux  et  de  patates  ;  et  le  souper  »  de  thé 
sans  lait ,  et  de  l'éterael  pain  de  mais»  Le  prin  de  ces 
conforts  est  de  3  dollars  i/s  par  jour  (un  peu  plus 
que  18  fr.  ) ,  et  les  autres  dépenses  sont  toutes  sur  le 
même  pied.  Quelquefois  pour  changer,  nous  avions  an 
racoon  (ralton  ),  bouilli  ou  rôti;  mais  j'avoue  que 
cela  a  joui  ait  fort  peu  à  mes  jouissances. 

Tallahasaée.  la  capitale  des  Florides,  est  une  petite 
ville  d'environ  i,5oo  habitants»  située  sur  des  collines» 
mais  dans  une  région  très  malsaine.  Il  s*y  publie 
deux  journaux  ;  il  y  a  une  banque  et  plusieurs  églises. 
Prés  de  la  ville  est  une  petite  cascade  située  dans  les 
bois,  et  d'un  très  joli  effet  A  l'est  de  cette  ville,  s'é* 
«tendent  les  terres  oGfertei  par  le  gpovernement  des 
États-Unis  au  général  Lafayetle ,  et  qui  contiennent 
un  joli  lac  qui  porte  son  nom. 


(  «Ai  ) 

Le  moi  de  Tallahastée  sigoifie  en  langue  indienne 
vieui  champs.  Celle  ville  fui  fondée  en  1S2S  par  le 
gouverneur  Duval,  qui,  dans  l'intention  de  diriger  Té- 
migration  des  blancs  ver0  celle  région ,  quitta  Saint- 
Augustin  ,  ranciepne  capitale ,  et  vint  s'établir  au 
milieu  des  sauvsges. 

Saint-Marc»petite  ville  sur  le  golfe  du  tiexique^sert  de 
port  i  Tallahassée  ;  un  fort  mauvais  chemin  de  fer  s'é-^ 
tend  de  Tune  à  l'aulret  Je  fis  de  nombreuses  excur- 
sions dans  les  environs  ;  l'une  d'entre  elles  me  con-^ 
duisit  à  Uonticello  près  du  lac  lliLaaouki  »  et  célèbre 
par  le  caractère  querelleur  de  ses  habitants  et  le 
grand  nombre  d'assassinats  qui  y  ont  lieu  chaque 
année. 

Le  95  février,  je  quittai  Tallahassée  vers  le  soir. 
Toutes  les  rivières  étaient  débordées,  et  plusieurs  nous 
opposèrent  des  difficultés  assez  sérieuses.  Le  lendemain, 
à  6  heures  du  matin  »  nous  atteignîmes  Quincy.  Je 
m'empressai  d'aller  voir  M.  Chapmann,  jeune  méde* 
cin  qui  s'occupe  de  l'étude  des  sciences  naturelles  ; 
son  accueil  fut  des  plus  fraternels.  11  venait  de  décou- 
vrir dans  les  bois  des  environs  un  bel  arbre  forestier, 
non  encore  décrit ,  et  en  avait  envoyé  les  détaiU  au 
D'  Toney.  A  8  heures»  je  repartis  dans  une  détesta- 
ble diligence  pour  Mont-VernoD.  Nous  traversâmes 
comme  de  coutume  d'immenses  forêts  de  pins ,  entre- 
mêlés d'hammoca»  Nous  vîmes  plusieurs  groupes 
d'enfants  à  cheval  allant  à  l'école  ;  les  plantations  sont 
souvent,  dans  ces  régions,  situées  à  de  grandes  dis- 
tances les  unes  des  autres,  et  les  écoles  étant  placées 
au  milieu  des  bois,  les  enfants  onl  quelquefois  h  parcou- 
rir plusieurs  lieues  pour  s'y  rendre.  Avant  d'arriver  a 
Blont-Vemon,  nous  vîmes  l'arsenal.  Je  visitai  ensuite 


les  villes  d* Apalachicola  et  de  Saint-Joseph;  mais  ayant 
déjà  décrit  dans  mon  travail  sur  la  Floride  tonte  cette 
région,  je  dirai  seulement  ici  que ,  de  retour  à  Mont- 
Vernon  le  1 5  mars,  j'en  repartis  le  lendemain  en  bateau 
à  vapeur  pour  retourner  à  New  York  en  remontant  la 
rivière  d'ApalachicoIa.    Nous  atteignîmes  bientôt   le 
lieu  où  celle-ci  reçoit  le  Flint-River,  et  prend  dès 
lors  le  nom  de  rivière  de  Ghatahoutchie.  A  sa  milles 
plus  haut»  nous  passâmes  la  limite  de  la  Floride  »  el 
nous  eûmes  alors  à  noire  gauche  l'État  de  l'Alabama  . 
et  à  notre  droite  celui  de  Géorgie.  Dans  l'après-midi , 
il  y  eutbeaucoup  de  brouillard»  et  le  bateau  donna  deux 
fois  contre  ces  immenses  souches  d'arbres  qui  rendent 
si  dangereuse  la  navigation  desgrands  Qeuves  d'Améri- 
que. Le  1 7  au  matin ,  je  trouvai  les  rives  très  élevées  des 
deux  côtés  »  et  vers  les  9  heures  ,  nous  atteignîmes  le 
fort  Gaines  »  construit  pendant  la  guerre  indienne  »  el 
aujourd'hui  métamorphosé  en  un  village  assez  consi- 
dérable ;  il  est  situé  sur  la  rive  géorgienne.  A  côté  est 
une  jolie  cascade  sur  laquelle  on  a  construit  un  mou- 
lin ;  plus  loin  une  autre  cascade ,  puis  le  magasin  de 
la  ville  :  le  tout  est  construit  sur  un  monticule  (bluff) 
de  iSo  pieds  au-dessus  de  la  rivière,  et  devant,  on 
voit  un  banc  d'un  sable  très  blanc  ;  en  face ,  du  côté 
de  l'Alabama  »  est  Franklin  ,  petit  village  d'une  cen- 
taine d'habitants.  Au-dessus ,  la  rivière  est  encaissée 
dans  des  baocs  calcaires   très  élevés ,  recouverts  de 
bonnes  terres,  et  couronnés  d'une  belle  végétation; 
elle  est  partout  tortueuse,  mais  très  profonde,  et  les 
bateaux  à  vapeur  se  tiennent  sans,  danger  à  8  ou  10 
pieds  de  la  rive. 

Plus  nous  remontions  vers  le  nord .  et  moins  nous 
voyions  de  parasites  (  tillandsia  )  sur  les  branches  des 


(  >&3  ) 

arbres;  ce  qui»  selon  les. habitants  du  pays,  est  un 
signe  certain  que  nous  gagnions  des  régions  moins  in- 
salubres. Plusieurs  fois  nous  passâmes  devant  de  jolies 
cascades ,  dont  l'une  particulièrement ,  bien  qu'elle  ne 
tombât  que  d'une  douzaine  de  pieds,  était  remarquable 
par  sa  laideur.  Du  côté  de  l'Alabama,  la  rive  a  près 
de  i5o  pieds  de  haut,  et  est  tellement  coupée  à  pic , 
que  l'on  ne  peut  en  descendre  qu'au  moyen  d'échelles. 
Dans  quelques  endroits  on  a  établi  des  dépôts  de  bois 
pour  les  bateaux  à  vapeur,  et  l'on  jette  les  bûches  du 
haut  des  collines.  La  végétation  perdait  à  chaque  in- 
stant de  son  apparence  tropicale,  et  en  tout  me  parais* 
sait  bien  moins  belle  que  celle  de  la  Floride. 

Au  pied  d'un  escarpement,  nous  vîmes  le  corps  d'un 
daim  qui  s'était  tué  en.  tombant  du  haut  de  la  falaise  , 
et  de  nombreux  vautours  s'en  partageaient  les  restes. 
Nous  restâmes  une  heure  è  Irwington  en  Alabama» 
.  village  situé  sur  une  colline  d'environ  200  pieds.  On 
aborde  à  quelque  distance  au*dessus  sur  un  banc  de 
sable;  le  nombre  des  habitants  est  d'environ  i,aoo. 
Nous  passâmes  ensuite  au  milieu  d'immenses  forêts  de 
cannes  ou  de  joncs  que  l'on  nomme  dans  le  pays  cane- 
brakes;  du  côté  de  l'Alabama,  nous  vîmes  les  chutes 
de  la  Cowadgee-Creek.  Vers  le  soir,  nous  nous  arrê- 
tâmes à  Roanoke  en  Géorgie  :  c'est  un  village  au- 
jourd'hui abandonné,  mais  qui  était  considérable  il 
y  a  peu  d'années.  Pendant  la  guerre  des  Greeks ,  les 
Indiens  s'en  emparèrent,  massacrèrent  tous  les  Irabi- 
tanls  qu'ils  purent  saisir,  et  en  se  retirant  y  mirent  le 
feu.  A  bord  était  un  homme  qui  s'y  trouvait  pendant 
celte  affreuse  nuit;  autour  de  lui,  il  avait  vu  tomber 
son  père,  sa  femme  et  ses  dix  enfants;  enfin ,  affaibli 
pnr  plusieurs  blessures,  il  résolut  d'en  finir  avec  la 


(  s56  ) 

de  pleuvoir  ;  et  il  faisait  tellement  froid  »  que  le  cocher 
arrêta  la  voiture  vers  les  deux  heures  du  matin,  et 
me  déclara  qu'il  lui  était  impossible  de  continuer. 
Comme  ^'étais  moi-même  en  proie  à  de  vives  souffran- 
ces, je  descendis  de  voiture;  nous  flmes  un  grand  feu , 
et  malgré  une  pluie  battante  »  nous  passâmes  le  reste 
de  la  nuit  couchés  à  la  belle  étoile. 

Je  n*avais  pas  à  ma  disposition  de  thermomètre  ; 
mais  bien  qu'il  est  probable  qu*il  ne  gelait  pas  »  jamais 
je  n'ai  autant  souffert  du  froid  ;  la  grande  chaleur  de  la 
journée,  et  les  extrêmes  variations  qu'éprouve  dans 
ces  régions  la  température  dans  l'espace  de  quelques 
heures,  motivèrent  l'impression  que  je  ressentis  alors 
si  vivement. 

Je  me  réveillai  au  point  du  jour ,  et  je  fus  très  surpris 
de  voir  auprès  de  moi  deux  nègres  tenant  des  couteaux 
à  la  main  ;  je  tirai  mon  poignard,  et  m'élançai  sur  eux  ; 
ils  s'enfuirent  en  paraissant  plus  épouvantés  que  je  ne 
l'avais  été  moi-même.  Le  cocher  avait  été  voir  ses 
chevaux,  et  pendant  ce  temps  deux  nègres,  proba- 
blement marrons ,  s'étaient  approchés  du  feu  pour  se 
réchauffer,  et  avaient  tiré  leurs  couteaux,  soit  pour 
couper  du  bois,  soit  pour  m'assassiner. 

Nous  repartîmes  à  5  heures  du  matin,  et  traversâmes 
successivement  le  Sandy>Greek,  la  North-White-Water- 
Creeky  la  Patscliga,  qui  sont  tous  des  branches  de  la 
Flint;  puis  enfin,  nous  passâmes  cette  dernière  elle- 
même  dans  un  bac,  el  à  lo  heures  nous  arrivâmes  à 
Rnox-ville,  qui  est  un  pauvre  petit  village.  Nous  parcou- 
rûmes ensuite  d'immenses  forêts  d'arbres  verts,  dont  le 
sol  était  d'une  argile  jaune  ;  puis  nous  passâmes  l'Ech- 
conna  et  le  Tobaxantkée,  qui  sont  des  branches  de 


(  «57) 
rOcmulgée  ,  et  à  3  heures  nous  arrivâmes  à  Maçon  , 
jolie  ville  de  3  à  4>ooo  âmes  qui  fait  un  commerce 
considérable,  ainsi  qu'on  peut  en  juger  par  ses  im- 
menses magasins;  elle  est  sur  TOcmulgée ,  que  l'on 
passe  sur  un  pont  couvert  A  1 1  heures  du  soir,  nous 
arrivâmes  à  Hilledg,  ville  qui  «stâ  3o  milles  de  Maçon. 
Je  me  sentais  affreusement  fatigué,  et  j'y  restai  deux 
jours.  • 

La  ville  a  enwon  i  ,5oo  habitants.  La  Stale-House 
(maison  de  ville)  est  un  assez  beau  bâtiment  imitant 
le  style  gothique.  Les  maisons  sont  généralement  jo- 
lies. Le  sol  est  formé  d'argile  rouge.  La  ville  est  à 
un  mille  de  l'Oconée ,  qui  est  l'un  des  bras  de  la  ri- 
vière d'Alalamaha.  Le  typhus  y  faisait  en  ce  moment 
de  grands  ravages ,  et  le  climat  passe  pour  assez  mal* 
sain.  Le  pays»  aux  environs,  est  très  rocailleux,  et  au 
milieu  même  de  la  ville ,  l'on  voit  d'énormes  roches. 
La  pluie  tomba  sans  dbcontinuer  pendant  tout  le  temps 

que  j*y  restaL 

Le  93,  je  partis  à uneheure  d  u  matin  dans  une  sorle 
de  diligence  dans  laquelle  se  trouvaient  deux  autres  pcr* 
sonnes.  La  route  était  affreuse  ;  et  bien  que  Sparte  ne 
fût  qu'à  i8  milles.nous  n'y  arrivâmes  que  le  lendemain  à 
une  heure  du  matin  :  c'est  un  misérable  village  de  8oo 
habitants.  J'y  pris  une  tasse  de  café  que  l'on  me  fil 
payer  un  dollar  (  5  fr.  3o  c.  ).  Le  pays  est  très  mon- 
tueux,  et  le  sol  de  couleur  rouge;  les  arbres  sont  des 
pins  à  courtes  feuilles.  Nous  passâmes  devant  d'im- 
menses blocs  erratiques  qui  ont  dû  être  amenés  du 
nord  ,  puis  nous  traversâmes  en  bac  la  rivière  d'Oge- 
chée;  nous  vîmes  beaucoup  de  cailloux  de  quartz 
blanc  ,  qui ,  dans  quelques  endroits  ,  sont  tellement 
nombreux  ,  que   des  espaces  considérables  de  terres 

XVIII.    OCTOBBB.    2.  I7 


(  «58  ) 
sont  entièi  emeni  perdus  pour  ragriculiure.  A  midi , 
nous  alleignlines  Warrengton»  asset  pauvre  petite 
ville,  et  le  lendemaiq  s4,  je  pria  le  chemin  de  fer 
d'Augusta,  eije  parlisâ  midiel  demi.  Nous  traversâmes 
un  joli  pays  très  inégal  et  montueux:  tantôt  nous  pas* 
sions  dans  des  vallées,  tantôt  sur  des  chaussées  éle- 
vées au-dessMs  de  la  lèle  des  pins*. Le  sol  est  partout 
argileux  et  rouge.  Au-dessous  l'on  voit  des  couche» 
stratifiées  quarizeuaes  et  à  couleurs  tr^s  variées.  Nous 
Taisions  95  milles  à  l'heure  ;  nous  arrivâmes  à  3  heures 
à  Augusla.  De^  oipi^ihua  attendaient  au  dép6t  pour  con- 
duire les  voyageurs  dans  les  hôtels. 

Le  s4  »  j'allai  me  promener  sur  la  rivière  de  Savan- 
nah ,  et  fis  un  dessin  du  magnifique  pont  qui  lie 
Augucta  à  Hambourg,  ou  plutôt  la  Géorgie  à  la  Caro- 
line du  Sud;  et  le  lendemain  je  repartis  pour  Char- 
leston.  Cette  malheureuse  ville  avait  été  visitée  par  un 
affreux  fléau  !  l'incendie  venait  d'en  détruire  une 
grande  portion ,  et  tout  était  dans  la  consternation. 

Je  revins  h  New-York  par  mer,  et  j'eus  occasion  de 
faire  quelques  observations  sur  le  phénomène  si  im- 
portant appelé  gof/o  stream^  ou  courant  du  golfe,  qui 
se  forme  vers  le  sud  ,  fait  le  tour  du  golfe  du  Mexique, 
en  ressort  en  doublant  le  cap  des  Plorides,  se  prolonge 
vers  le  nord  de  la  côte  de  l'Amérique  en  rasant  le  cap 
Hatteras,  s'étend  au  sud  de  Terre-Neuve;  puis,  sui- 
vant l'opinion  généralement  reçue,  se  dirige  vers  la 
côte  d'Afrique.  Cependant  je  crois  qu'une  portion  au 
moins  de  ces  eaux  doit  s'échapper  vers  le  nord  ;  car  le 
canot  de  sauvetage  du  paquebot  la  FUte  de  Lyon ,  qui 
fut  emporté  par  une  lame  dans  la  traversée  d'Améri- 
que ,  fut  retrouvé  sur  hi  côte  d'Irlande. 


(  «59) 

Ce  courant  est  remarquable  par  la  température  éle- 
vée de  ses  eaux  ,  61  les  tempêtes  presque  continuelles 
qaî  les  agitent.  A  sa  sortie  du  golfe  du  Mexique,  sa  ra- 
pidité est  de  près  de  5  milles  à  l'heure ,  de  i  mille  5/4 
au  cap  Hatterasy  et  de  i  au  sud  du  bahc  de  Terre- 
Neuve. 

Noos  arrivâmes  à  New-York  après  une  très  rapide 
navigation  de  trois  jours  et  demi. 


Notice  sut  r Europe  antique;  chapitre  extrait  d'un  ou- 
vrage inédit  de  M.  Darttby,  ayant  pour  litre  :  Re- 
cherches sut  Vorigine  des  pei^les  du  nord  et  de  Voc^ 
cident  de  P Europe. 

(  Ce  chapitie  a  élé  la  à  la  SocUlë  de  çéo^jrapkîe  dans  sa  Avance 
du  yendredi  16  sqiteinbre  184a. } 


Le  plan  de  1  auteur,  qui  a  déjà  publié  comme  essai 
deux  chapitres  de  ses  Recherches  :  le  Résumé  de  This-* 
toire  de  la  Linguistique  et  la  monographie  des  lié- 
res,  est  fort  simple.  Son  travail  se  divilse  eè  deuxparties  : 
l'histoire  de  la  science ,  qui  n'est  souvent  qu'un  long 
récit  des  erreurs  de  l'humanité ,  et  l'exposé  de  l'état 
actuel  de  cette  science  nHe-mème. 

Dans  le  chapitre  de  V Europe  antique ,  dont  il  est  ici 
question  ,  M.  Darttey  applique  les  découvertes  les  plus 
récentes  de  la  géologie  et  de  la  géographie  physique 
aux  traditions  des  anciens ,  qui  regardaient  l'Europe 
comme  en  tièremen t  ou  presque  eotièremenît  environnée 
d'eau.   La  démonstration  de  ce  fait  concourra ,  avec 


(  s6o  ) 

une  foule  de  preuves  développées  dans  d'autres  cfaa' 
pllres ,  à  constater  que  Tespèce  aux  cheveux  blonds , 
aux  yeux  bleus ^  à  la  peau  blanche  et  colorée,  au 
tempérament  lymphatique  -  sanguin  »  est  autocthone 
de  l'Europe  moyenne. 

En  effet,  l'Europe,  à  une  antiquité  qui  peut  être  ap» 
préciée,  n'offrait  aux  bordes  blondes  venues  de  l'Asie , 
s'il  en  est  jamais  venu ,  aucun  passage  pour  aborder 
la  Germanie  ,  encore  noyée  sous  les  eaux.  Par  consé* 
quent ,  les  races  blondes  dont  on  retrouve  des  tra- 
ces en  Europe  dès  S,ooo  ans  avant  J. -G. ,  et  qui  y  ont 
encore  leur  foyer,  ne  sont  point  venues  d'Asie ,  commie 
Josèphe  et  Isidore  de  SéviUe  l'ont  dît  le»  premiers» 

Forcés  constamment,  si  nous  voulons  obtenir  quel- 
ques résultats ,  à  passer  du  connu  à  l'tnconna,  l'au- 
teur •  pour  arriver  à  prouver  que  les  confins  de  l'Eu- 
rope décrits  par  les  historiens  et  les  géographes 
anciens  avaient  existé  tels  qu'ils  les  retraçaient  au 
moyen  de  la  tradition ,  quoique  cette  forme ,  ces  limi- 
tes n'existassent  plus  au  moment  où  ils  écrivaient; 
l'auteur,  disons-nous,  constate  l'état  présent  de  cette 
partie  du  monde  et  ses  limites  positives ,  non  celles 
arbitrairement  imposées  par  la  politique ,  mais  ses 
i imites  normales ,  telles  que  la  nature  elle-même  sem- 
ble les  avoir  tracées. 

Suit  la  description  de  l'Europe  antique.  L'observa- 
teur, placé  sur  les  côtes  de  la  Lybie  (  l'Afrique  des  an- 
ciens )  »  avait  en  face  de  lui  la  Sicile  séparée  de 
l'antique  Ausooie  ;  à  sa  gauche»  le  détroit  de  Galpé  et 
d'Abyla ,  ouvert  par  Alcide  triomphant  En  r^ard  de 
ce  détroit ,  avait  e  xisté  l'Ile  ou  le  continent  de  l'Atlan- 
tide, englouti ,  dit  Platon i  en  un  seul  jour  et  en  une 
nuit  fatale.  En  remontant  l'océan  Atlantique  au  nord» 


(  «6»  ) 
on  eôloyail  l'Ibérie  ;  la  Gaule  et  la  Germanie  ,  el  Ton 
entrait  dans  l'océan  Septentrional,  mer  Jmalchienne  , 
ce  qui  signifie  glaciale  dans  la  langue  du  pays ,  selon 
Hécatée.  Lé  ^  on  rencontrait  une  île  nommée  Baïtie 
(  racine  de  Baltique  )  ou*  Scandinavie.  La  Germanie 
était  Fermée  par  un  océan  scythique  ou  sarmatique  qui 
aurait  été  un  prolongement  en  ligne  droite  vers  Vest , 
de  la  mer  de  Germanie  »  aujourd'hui  la  Baltique,  ce 
qui  supposait  que  la  Russie  septentrionale  était  ou  in- 
connue, ou  n'était  point  encore  sortie  du  sein  des 
ondes; 

Un  golfe  de  cet  océan  Sarmatique  rentrait  dans  les 
terres  et  venait  former  la  mer  Caspienne,  appelée 
aussi  mer  Hyrcanienne,  Cette  mer,  qui  comprenait  le 
lao  Aral  actuel,  mêlait  ses  eaux  à  celles  du  Pont- 
Euxin,  qui  n'avait  point  encore  d'issue  du  côté  de 
Byzance ,  issue  qu*il  se  créa  cependant  en  séparant 
violemment  les  roches  cyanées.  On  pouvait,  en  traver- 
sant le  détroit  du  golfe  Caspien ,  et  entrant  dans  l'o- 
céan Sarmatique,  contoorner  à  droite  le  continent,  et 
arriver  dansl'lnde^c'est-dire  en  Asie  par  mer,  de  même 
qu'en  contournant  à  gauche  on  revenait  au  détroit  de 
Calpé.  «  L'Asie,  dit  Pomponius  Héla,  est  baignée  de 
f  trois  côtés  par  l'Océan,  qui,  changeant  de  nom  suivant 
t  la  différence  des  lieux,  se  nomme  Oriental  à  Test,  In- 
idien  an  midi,  Scythiqueau  septentrion.  » 

Long-temps  on  avait  jugé  qu'il  était  impossible  de 
traverser  les  Palus  méotides.  Ce  furent  des  chasseurs 
asiatiques  montés  sur  des  chevaux  qui  les  passè- 
rent d'abord.  <  La  mer,  dit  Aristote ,  sous  le  nom 
«d'Atlantique  ou  d'Océan,  environne  l'Europe  ,  sauf 
«l'étroit  e^ace  ou  isthme  qui  sépare  la  merHyrca- 
i  nienne  dn  Pont-Euxin.  • 


(  26s  ) 

MainteDant^  voici  commeot  la  géographie  pt^yaique 
confirme  ces  tradition?  de3  anciens. 

La  direction  des  courants  qui  ont  jadis  heurté  et 
séparé  des  terres  réunies  ^e  irouye  ipdiquée  pa^  la 
forme  évasée  de  l'excavation  don^  Véti^^anglement  ré- 
pond toujours»  non  à  l'entrée»  mais  à  la  sortie  du 
cpuranL  Ainsi»  Tévasement  du  détroit  4^  M^Si^Qe 
vers  le  sud  indique  que  ce  sont  \fis  eaux  venai^t  dsk 
midi  qui  ont  séparé  la  Sicile  de  la  péninsule  italique» 
L'évasement  du  détroit  de  Gibraltar  démontre  ^pAe 
c'est  rOcéan  qui  s'est  frayé  un  passage  dans  la  Médi- 
terranée» et  non  la  Méditerranée  vers  l'Océan.  Ce  fra- 
cassement  fut  sans  doute  dû  à  la  catastrophe  de  l'^i-* 
lantide. 

L'Ibérie,  avant  l'ouverture  du  détroit,  devait  ètre« 
par  risibme»  une  dépendance  de  l'Afrique.  U  estévi-* 
dent  qu'à  cette  époque  un.  large  passage  e^^stait  ^nire 
la  chaîne  des  Pyrénées  etcçUe  de  la  &fontagne-N4>irey 
là  où  se  trouve  aujourd'hui  le  cans^l  du  Languedoc. 
Le  point  le  plus  élevé  de  ce  passage  est  le  bassip  de 
Nourousse»  où  se  fait  le  partage  des  eaux  »  et  qui  ne 
surpasse  que  peu  1(9  niveau  des  deu^  mexsr  C'estidana 
cette  région  que  aç  remarquenjt  les^  coursopppses.de 
l'Hérault  et  de  la  Garonne.  Le  sol.  calcaire  de  la  coih 
trée  »  les  landes»  immenses  dépôts  de  sabl^»  con- 
courent à  prouver  cçl.le  issue  d^  la  Méditerranée* 

Les  côtes  delà  Bretagne  portent  d/es  tracee^de  submer* 
sion.  Si  l'on  remonte  ver^  le.Qordpax.l^Miinçbe»  oe^ 
trouve  des  vestiges  de  la  séparation  de  l'Ile  de  Bre- 
tagne de  la  Gaule  »  et,  Top  pei^t  considérer  les.régîeM 
riveraines  depuis  Calais jusqji^ 'au  golfe  de  Finlande, 
dans.  la  Baltique  »  coipoae  un  seu^  ^l  va^fce  mamis»  La 
mer  du  Nord  couvrait  encore  plus  récen^meol;  qu'oo  ne 


(  a65  ) 

croU,  ce  qu*on  nomme  les  Pays  Bas,  TOldenbourg , 
le  Hanovre ,  le  Danemark ,  le  liecklenbourg ,  etc. ,  et 
l'on  peut  reconnaître  aisément  la  série  non  interrom- 
pue des  dones  qui  bordaient  le  rivage  d'alors.  Les  lacs 
de  Ladoga  »  d'Onega  »  de  Paypas  en  Rassie ,  sont  lès 
plus  grands  de  l'Earope  ;  ils  se  touchent  presque  tous 
les  uns  les  aotres,  et^  se  liant  par  de  petits  cours  d'eau 
de  la  Baltique  h  la  mer  Blanche  ,  dèfnèntrent  que  ces 
mers  furent  jadis  réoBÎes. 

La  Gaule  elle-méitte  renferolanft  des  ûiarais ,  selon 
César  ;  et  Ton  peut  dire  que  les  marais  et  les  forêts , 
telles  que  celles  des  Ardennes  et  d'Hercynie ,  se  dis« 
putaient  la  Germanie  antique. 

De  la  mer  Baltique  à  la  mer  Noire  et  à  la  mer  Gas- 
pienne,  le  sol  est  fort  bas.  On  ne  sort  pas  d'un  marais 
qu'on,  est  obligé  de  couvrir  de  gros  troncs  d'arbres  , 
pour  fermer  une  sorte  de  route  pontée.  A  Foccident 
de  ces  plaines  noyées ,  îi  y  a  un  amas  dé  marais  dans 
laPolésie«à  Smolensk,  qui  forme  la  séparation  des  eaux 
entre  la  Baltique  et  la  mer  Noire.  Il  y  a  entre  le  Nié- 
men et  la  Duna,  d'un  côté,  et  le  Dnieper  et  le  Dnies- 
ter de  l'autre ,  un  point  de  partage  qui  n'offre  aucune 
élévaUon  sensible.  C'est  sur  une  grande  échelle  le 
même  fait  que  présente  le  bassiii'  de  l'Hérault  et  de  la 
Garonne* 

Que  si  nous  consultons  la  géologie  sur  les  mêmes 
lleuK  que  nous  venons  de  considérer  sous  le  point  de 
vue  géographique»  elle  nous  rendra  raison  de  cette  opi- 
nioUy  que  la  péninsule  ibérienne  était'  jadis  unie  à  l'A- 
frique, en  nous  montrant  les  traces  évidentes  de  la  vio- 
lenoe  qui  dut  les  désunir.  Elle  nous  fait  connaître  que 
dans  le  bassin  de  l'Hérault  et  de  la  Garonne,  on  trouve 
un  mélange  de  coquilles  marines  et  fluviales  ,  qui  in- 


(  a64) 

dique  que  les  eaux  des  torrents  durent  se  confondra 
avec  les  flots  dans  les  invasions  de  la  mer. 

Sur  toutes  les  côtes  de  la  Bretagne,  même  auprès 
de  Kennes ,  au  fond .  du  golfe  qui  s'avançait  dans  le 
continent  que  le  promontoire  de  Paris  limitait»  on  trouve 
des  an>as  de  coquilles  marines*  Il  y  a  dans  les  fonds , 
en  Belgique  ,  des  os  de  cétacés  ;  à  Bruxelles ,  le  parc  » 
point  si  élevé»  renferme  des  osselets  d'étoiles  de  mer. 
Sur  le  côté  nord  du  bassin  du  Rhin  jusqu'à  Bàle  dans 
les  vallées  de  Veinbeim  et  de  Flacheim  ,  on  trouve  des 
coquilles  d'hullres  »  des  glossopètres ,  et  des  côtes  d'un 
grand  cétacé. 

Il  y  a  plus  :  le  terrain  marin  s'étend  d'un  côté  dans 
la  Bavière  e^t  dans  la  haute  et  basse  Autriche ,  la  Hon- 
grie ,  les  plaines  de  la  Volhynie  et  de  la  Podolie.  Ce 
terrain  semble  se  relier  avec  les  marais  scythiques. 

Enfin»  une  foule  d'observations  géologiques  de  Pal- 
las  et  d  autres  savants  Inodemes^font  penser  quels 
mer  Noire  s'est  autrefois  étendue  beaucoup  plus  vers  le 
nord  et  le  nord-ouest,  jusqu'à  avoir  eu  communica- 
tion avec  l'océan  Septentrional  et  la  mer  Caspienne. 

Telles  sont  les  preuves  qu'apportent  la  géologie  et 
la  géographie  physique  à  l'opinion  des  anciens  qui 
formait  de  l'Europe  une  grande  presqu'île.  A  la  vé- 
rité •  les  faits  produits  par  la  géologie  se  rattachent 
à  un  ùge  bien  antérieur  à  celui  indiqué  par  la  géogra- 
phie physique.  Hais  si  les  flots  de  la  mer  h  une  époque 
tellement  éloignée  qu'on  ne  peut  l'assigner ,  époque 
peut-être  antérieure  à  la  présence  do  l'homme  sur  la 
terre  «  ont  pu  baigner  les  côtes  de  l'Autriche  »  de  la 
Volhynie  et  de  la  Podohe  »  n'est»il  pas  évident  qu'ils 
ont  pu  plus  tard  côtoyer  les  lieux  mentionnés  par  les 
anciens  ? 


(  s65  ) 

CoiRESPOifDAiiGB  et  Mémoire  d*un  voyageur  en  Orient  ^ 
/^ar  Eugène  Boai.  —  Paria,  i84o.  a  vol.  in-S  avec 
uoe  carte. 


Le  but  principal  de  M.  Bore  en  allant  visiter  les  pay^ 
de  l'Orient  était  de  travailler  à  y  ranimer  la  lumière 
de  l'Évangile,  et  par  ce  moyen  puissant,  d'y  rappeler 
les  peuples  aux  bienfaits  d'une  civilisation  qu'ils  ont^ 
perdue.  Ce  noble  objet  n'a  pas  empêché  le  voyageur 
de  s'occuper  de  la  géographie  des  contrées  qu'il  a  par- 
courues.  C'est  principalement  sous  ce  rapport  que 
nous  examinerons  son  livre. 

M.  Bore  quitte  Paris  en  iSSj ,  passe  par  Vienne  »  et 
s'embarque  à  Venise  pour  Gonstantinople.  La  première 
lettre  qu'il  écrit  de  celte  capitale  de  l'empire  ottoman 
est  datée  du  6  décembre.   Le  9  mai  de  l'année  sui-. 
vante,  il  gagne  la  côte  de  F  Asie- Mineure  »  et  avec  sa 
petite  caravane  marche  au  nord.  Le  3  ,  il  était  sur  les 
bords  de  la  mer  Noire.  Le  triste  aspect  de  mâts  rompus» 
de  carènes  brisées ,  et  d'autres  débris  de  navires  nau- 
fragés annonçait  que  l'épitbète  d'inhospitalière  peut 
encore  être  appliquée  avec  raison  i  cette  mer  inté- 
rieure. A  peu  de  distance  de  cette  scène  de  désola- 
tion ,  la  petite  ville  de  Chilé  est  gracieusement  assise 
sur  un  promontoire  dont  les  flancs  offrent  des  jardins 
plantés  de  vignes.  Le  côté  le  plus  gai  et  le  mieux  aéré 
est  habité  par  les  Turcs  ;  ils  ont  relégué  près  du  port 
la  centaine  de    familles  grecques  échappées  à  leur 
glaive.  Ce  n'est  guère  que  sur  les  côtes  que  l'on  trouve 
çà  et  là  cfes  restes  de  ces  premiers  possesseurs  du  sol  ; 


(  a66  ) 

ils  y  vivent  opprimés  et  misérables  ;  ils  ont  été  exter- 
minés systématiquement  dans  l'intérieur  du  pays. 

En  deacendant  au  port^  on  observe  la  tour  qui  en 
défendait  l'entrée  du  temps  des  Génois.  M.  Bore  pense 
qu'elle  occupe  l'emplacement  du  temple  de  Vénus , 
remarqué  par  AmmienMarcellin  devant  Gbilé  ,  et 
dont  on  découvre  les  ruines  au  fond  des  eaux  quand 
la  mer  est  calme.  Une  chaloupe  conduisit  le  voyageur 
eCses  compagnons  au  promontoire  de  Galpé;  on  aborda 
près  de  Taneienne  PsylKs;  on  avait  cru  distinguer  ses 
restes;  on  reconnut  que  Ton  avait  été  déçu  par  Taspecl 
de  couches  de  rochers  qui  imitaient  parfaite  ment  Tar- 
chitêcture  des  hommes. 

Quand  on  eut  débarqué  à  Galpé*  on  chercHa  l'an* 
cienne  ville  de  ce  nom.  Trois  cabanes  en  bois  occu- 
pent remplacement  de  ce  lieu ,  où  Xénophon  venant 
d'HéracIée  attérit  avec  une  partie  de  sa  troupe.  Les 
collines  ne  sont  plus  comme  de  son  temps  tapissées  de 
vignes  ,  donnant  un  vin  délicieux  ;  les  figuiers  n'om- 
bragent plus  la  maison  des  laboureurs ,  et  la  source 
perpétuellement  jaillissante  coule  inutilement  k  la 
mer.  Ge  cap  ,  qui  protège  la  baie  contre  la  force  des 
yents  du  nord  ,  n'ofTre  à  son  extrémité  que  les  fonda- 
tions d'une  tour.  Ni  sa  forme  ni  son  élévation  ne  sont 
comparables  à  celles  du  rocher  de  Gibraltar,  auquel  il 
a  été  faussement  assimilé  »  comme  portant  l'ancien 
nom  de  Colonnes  ^Hercule. 

A  l'embouchure  du  Sakariah  [Sangarius),  chanté  par 
Homère,  et  dont  la  largeur  dans  cet  endroit  égale 
celle  de  la  Seine  à  Paris,  quelques  petits  navires 
misses  chargeaient,  en  échange  des  blés  de  la  Grimée, 
les  bois  de  construction  abattus  dans  les  montagnes  , 
et  charriés  par  le  Oeuve  en  longs  radeaux.  On  mar- 


(  »ft7  ) 
cl^fiit  dan»  uq  pays  qui  n'est  qu'oo  vaste  bocage  •  et  tire 
sa  pnpcipale  ressource  des  troupeaux  de  fâches  et  de 
brebis  pfvrqués  dans  des  étables ,  construites  comme 
les  chalets  de  la  Suisse.  L*  année  précédente  »  la  peste 
ayait  epipo^té  la  moitié  de  la  population  humaine. 

Ak^é-Tobarchou ,  ûtué  sur  le  rivage  de  la  mer 
^(oire  9  a.  de  vastes  ateliers  où  se  fabriquent  les  agrès 
des  vaisseaux  de  la  marine  ottomane.  Une  multitude 
d*QUvriers  y  travaillaient  sous  la  surveillance  d*un  aga* 
IffiB  rense^çm^ents  que  cet  officier  donna  aux  voya- 
geurs sur  Uskoub  ».  lieu  éloigné  de  six  heures  die  la 
côte ,  les  conva^aquireAt  que  là  sa,  trouvaient  les  rui* 
nés  de  Prusiasad  Hypium^  appelée  auparavanl  Cicraa* 
On  y  arriva  en  traveirsant  de  vastes  solitudes  bien  boÂn 
sées  y  que  les  Turcs  nomment  la  mer  des  Arbres.  Les 
restes  de  la  ville  antique  montrent  qu'elle  devait  être 
Ufès  peuplée.j  et  que  les  arts  y  florissaieni  Une  visite 
exacte  et  détaillée  d'Uskoub  est  réservée  aux  voyageurs 
futurs  qui  viendront  dans  ces  cantons  peu  fréquentés  ; 
leurs  recherches  doivent  produire  des  résultats  im* 
portants. 

On  appi^oche  d'ÉnékU  {Uemdea  Poniica  ou  ad  Lj* 
cwn)  par  une  contrée  délicieuse»  bien  boisée,  fertile 
et  bien  cultivé^.  Le  Lyois  se  jette  dans  la  mer  un  peu 
au-dessoMs  de  la  ville,  après  avoir  serpenté  à  travers 
une  campagijie  où  le  froment,  l'avoine  et  le  lin  pros- 
péraient dajas  une  terre  légèrement  remuée  et  vide 
d'engrais.  Les  ruines  d'Érékli  méritent  l'attention. 
Son  industrie  consiste  entièrement  dans  des  tanneries  ; 
on  y  prépare  d.es  maroquins  rouges  et  jaunes.  La  mer 
voisine  al^^nde  eU;  poissons  exoellento  ç  les  Turcs  »  qui 
en  mangent  {ort  peu»  ne  tirent  aucun  parti  des  res** 
sources  de  la  pèche. 


(  >68  ) 

On  suivit  au  sud-est,  6n  remontant  la  vallée  du  Lvcus, 
une  ancienne  route  indiquée  par  des  pavéa  épars  el 
Tégalité  du  terrain,  et  on  atteignit  au  point  où  ce  fleuve 
n'est  plus  qu'un  fai)3le  ruisseau.  Ses  sources  sortent 
d'un  plateau  qui  est  le  point  culminant  du  territoire 
d'Héraclée.  Une  suite  de  vallées  graduellement  des- 
cendantes et  ombragées  de  forêts  aboutit  à  Tchar- 
bembé.  Les  ruines  d'un  chftteau  éloigné  d'une  lieue 
ont  fourni  aux  habitants  d'un  village  totsin  des  maté- 
riaux pour  bâtir  leurs  maisons;  ils  n'ont  épargné 
qu'une  tombe ,  dont  la  façade,  large  de  14  pieds,  est 
tournée  vers  la  citadelle  comme  pour  lui  présenter 
exprès  le  nom  inscrit  dans  son  épitaphe  grecque.  Ce 
monument  était  environné  de  plusieurs  autres ,  dont  il 
ne  subsiste  que  les  fondements.  Le  château  ou  fort 
était  autrefois  un  poste  militaire ,  et  la  clef  des  défilés 
menant  â  Héracléè ,  à  Tium ,  ou  dans  l'intérieur  de  la 
Paphlagonie. 

M.  Bore  pense  que  ces  indications  sont  utiles  ponr  fixer 
dans  cet  endroit  la  position  de  Claudiopolis ,  que  divers 
écrivains  ont  placée  plus  loin  à  Bertan.  Le  nom  de 
Castromœna  que  les  auteurs  ajoutent  à  celui  de  Clau- 
diopolis 9  conviendrait  à  ce  campement  romain.  Toute 
cette  contrée  est  peu  connue  des  géographes;  elle  est, 
non  pas  au  sud ,  mats  à  six  lieues  au  nord  de  Tchar- 
bembé ,  et  ce  même  village ,  marqué  sur  les  cartes  à 
l'ouest  du  Falios  {Billœus) ,  en  est  é  plus  de  deux 
heures  à  l'est. 

Le  Falios  est  la  plus  large  et  la  plus  rapide  des  ri- 
vières de  la  Bithynie;  on  le  passa  au  moyen  d'un  gros 
tronc  de  pin ,  creusé  comme  les  pirogues"  des  sauva- 
ges >  mais  avec  moins  d'art  que  chez  eux. 

Après  avoir  reconnu  la  position  de  Tùmt ,  dont  les 


(»69) 
environs,  quoique  très  fertiles,  sont  sipeu  et  si  mal  cul- 
tivés que  les  voyageurs  y  manquèrent  de  pain,  on  gagna 
Bartan,  qui  tire  son  nom  de  Parthénîus ,  rivière  qui  sé- 
parait autrefois  la  Bilbynie  de  la  Papblagonie.  Les 
Turcs  l'appellent  Batine  ;  elle  est  navigable  seulement 
de  la  mer  à.  Bartan ,  c'est-à-dire  jusqu'à  six  heures 
d,e  son  embouchure. 

Cette  petite  cité  turque  »  la  plus  considérable  que 
l'on  eût  rencontrée  depuis  Constantinople ,  a  un  air 
d'aisance,  et  surtout  de  propreté  fort  rare  en  Orient  ; 
elle  est  l'entrepôt  de  quelques  marchandises  qui  y  sont 
apportées  de  la  capitale ,  où  elle  envoie  en  échange 
des  chanvres»  des  fruits,  et  d6s  bois  de  construction. 
Amessérab  (  AmestAus  )  offre  des  ruines  intéressan- 
tes. L'inscription  d'un  temple  apprend  qu'il  avait  été 
élevé  à  l'honneur  de  Septime  Sévère  par  la  quatrième 
légion  gauloise,  c  Un  Français  •  s'écrie  AL  Bore ,  ne 
contemple  pas  sans  émotion,  aussi  loin  de  sa  patrie  , 
un  s^ne  inattendu  de  la  valeur  de  ses  barbares  ancé« 
très,  valeur  héréditaire  et  comme  inamissible  qu'ils 
ont  si  bien  transmise  à  leurs  enfants,  » 

On  gagne  par  la  mer  le  port  de  l'ancienne  Cjrtore. 
Les  Turcs  appellent  Kidros  les  ruines  qui  marquent 
l'emplacement  de  cette  ville.  La  bourgade  moderne 
est  à  une.lieue  de  la  mer  :  une  ou  deux  barques  à  l'ancre 
représentaient  l'état  d'abaissement  où  est  tombé  le 
commerce  de  ce  lieu.  Autrefois  les  montagnes  voi*' 
sines  étaient  couvertes  de  forêts  de  beaux  arbres  »  d'où 
la  marine  ottomane  tirait  les  bois  de  construction  du 
ses  escadres  :  ces  forêts  ont  été  abattues  ;  on  ne  les  a 
pas  replantées  ;  aucune  route  n'a  été  ouverte ,  ce  qui 
rend  inutiles  les  autres  forêts  plus  éloignées  dans  l'in* 
térieure  des  terres. 


(  «70  ) 

Retournés  par  terre  à  Bartaû ,  \bé  voyageurs  chemi-^ 
naient  au  sud-est  vers  Gastémom ,  lorsque  s'étant  arrê- 
tés à  Olos ,  ils  furent  à  leur  exlrème  surprise  salués  de 
loin  en  français  par  un  Turc  coiffé  d*un  turban  tert, 
et  qui  accourut  avec  empressement  au-devant  de  la 
petite  caravane  :  il  s'appelait  Osman  Ibrahim.  Incor- 
poré à  vingt  ans  dans  les  troupes  que  le  gratid  sultan 
envoyait  à  Alger»  depuis  huit  ans  il  y  était ,  quand  les 
Français  s'emparèrent  de  cette  ville.  Alors  il  roulât 
quitter  T Afrique;  mais  voyant  qu'au  lieu  de  tuer  toQs 
les  musulmans  et  de  saocager  les  maisons ,  les  Fran- 
çais relevaient  les  murailles,  et  appelaient  dans  leurs 
rangs  tous  les  soldats  algériens  qui  vouiaieat  loyalement 
servir  la  France ,  il  resta  ,  et  devint  volontaire  dans  le 
corps  des  Zouaves.  Ayant  rempli  son  engagement  de 
sept  ans»  il  revint  à  sa  maisonnette  pou^revoirsonvieui 
père.  Ce  dernier  était  morl.  En  montrant  son  tom- 
beau ,  Osman  Ibréhim  essuya  ses  latmes ,  puis  il  re- 
prit :  «  J'étais  heureux  en  Afrique  »  bte»  vêtu ,  bien 
nourri  »  payé  régulièrement;  ici  je  manque  de  toat, 
même  de  pain  quelquefois;  mais  comment  oublier 
Olos  où  j'ai  vu  le  jour?  Arrivé  depuis  quelques  mois, 
je  n'ai  pu  encore  mettre  en  pratique  ce  que  j'ai  appris 
sur  le  labourage  et  la  culture  des  terres  ;  mfais  à  l'an- 
tomne  »  je  commencerai,  etf'espère  qu'on  travail  plus 
indastrieâx  améliorera  mon  sort  et  celui  des  miens. 
Mes  épargnes,  je  les  destine  &  la  dot  de  ta  femme  que 
je  dbis  épouser  dans  deox  semaines.  Combien  je  vou- 
drais-qu'alors  votre  présence  oomplélftt  la  joie  de  la  fa- 
mille 1  • 

Questionné  sur  sa  conduite  avec  sa  feinme,il  répon- 
dit qu'il  n'en  aurait  qu'une  ;  qu'il  l'aimerait,  la  respec- 
terait; qu'elle  serait  son  amie,  sa  compagne;  enfin, 


(  «7»  ) 
a?ec  lui ,  la  maltredse  de  la  maison ,  et  non  une  eê 
clave,  • 

Quoiqu'il  ne  fût  âgé  que  de  trente -six  ans  au  plus , 
Osman  Ibrahim  i  malgré  sa  constitution  robuste  »  por- 
tait les  traces  des  fatigues  de  la  guerre.  Il  avait  montré 
a?ec  on  air  de  satisfaction  sa  feuille  de  congé,  qu'il 
conserrait  respectueusement  dans  un  étui  de  fer- 
blanc. 

M.  Bore  obserte  avec  raison  que  ce  Turc  obéissait 
à  son  insu  à  l'influence  de  la  civilisation  transplantée 
parles  Français  sur  le  sol  de  TAfrique  septentrionale , 
et  il  pense  que  notre  nalion  est  visiblement  appelée  à 
y  opérer  un  grand  et  salutaire  changement. 

Au-delà  d'Olos  il  fallut  cheminer  dans  le  lit  d'un 
torrent  fougueux.  De  même  que  dans  quelques  par-* 
lies  des  Alpes,  le  sentier  que  Ton  gravit  ensuite  sur 
la  penle  d'une  montagne  était  pavé  de  troncs  de  sa- 
pin couché»  transversalement»  mais  tellement  usés  par 
le  temps ,  l'humidité  et  le  fer  des  chevaux ,  que  des 
ouvertures  les  séparaient  les  uns  des  autres,  et  que, 
percés  de  trous,  le  moindre  faux  pas  eût  été  fatal  aux 
hommes  et  aux  animaux.  Enfin,  on  parvint  au  village 
de  Dourodani ,  suspendu  au  flanc  d'une  haute  mon- 
tagne . 

Le  lendemain ,  on  remonta  pendant  cioq  heures  la 
raètae  vallée,  coupée  de  bois  et  de  prairies;  on  fit 
halte  à  un  caravansérai ,  qui  est  une  fondation  pieuse 
du  sultan  Mahmoud  II  dans  celte  solitude.  Bientôt  on 
fût  dans  la  Paphlagonie  ,  terre  sur  laquelle  les  histo- 
riens et  les  géographes  anciens  nous  laissent  sans  ren- 
seignements complets.  On  se  trouvait  sur  un  plateau 
très  élevé,  immense  ,  uniforme,  parsemé  çà  et  là  de 
quelques  massifs  de  pins,  balayé  par  une  bise  froide; 


(  «7^  ) 
il  s'étend  entre  les  pics  encore  neigeux  du  bord  de  la 
mer  Noire  au  nord,  et  la  chaîne  lointaine  du  Taurus, 
qui  se  déroule  parallèlement  au  sud.  A  cette  hauteur, 
les  blés  sortaient  à  peine  des  sillons ^  et  l'herbe  des 
prairies  ressemblait  à  un  gazon  naissant 

On  apprit  à  Kiras  que  de  ce  lieu  à  Rîdros  »  éloigné 
seulement  de  trois  journées ,  les  difficultés  du  trajet 
dans  un   pays  marécageux  et  fourré  rendent  les  com- 
munications rares  et  très  difficiles.  Les  bois  de  construc- 
tion qui  abondent  dans  les  forêts  ne  peuvent  être 
transportés  à  la  côte  faute  de  routes ,  et  comme  le  bey 
de  Kiras  n'en  tire  aucun  revenu  •  il  en  allait  brûler  une 
partie  pour  semer  de  l'orge^  Ce  que  les  voyageurs  lui 
disaient  à  ce  sujet  de  l'état  des  chemins  en  France ,  lui 
semblait  fabuleux.  Il  était  surtout  émerveillé  de  l'idée 
d'un  village  s'ouvrant  lui-même  des  routes  qui  don- 
nent la  vie  à  son  commerce ,  accroissent  la  prospérité 
publique^  et  dédommagent  bientôt  les  habitaats  des 
sacrifices  qu'ils  se  sont  imposés. 

Jadis ,  Castèmouni  (  Germanicopolù  )  situé  au  cœur 
de  la  Paphlagonie ,  était  à  la  fois  la  cité  et  la  place 
forte  de  la  province.  Tasch-Kapri  a  succédé  à  Pompeio^ 
polis;  les  débris  de  monuments  antiques  y  sont  nom- 
breux; le  canton  où  est  bâti  Samsoun  présente  ub 
coup  d'œil  enchanteur.  A  l'est  du  petit  fleuve  côtier» 
qui  a  là  son  embouchure  dans  la  mer  Noire  ,  s'étend 
le  Djanik,  pays  que  les  Turcs  appellent  le  jardin  de 
Constantinople,  parce  qu'il  lui  envoie  en  abondance 
ses  fruits.  M.  Amédée  Jaubert  l'a  très  bien  décrit  (i). 
M.  Bore  ne  le  traversa  pas;  il  marcha  au  sud  vers 
Ladik,  petite    ville  située    au  pied  d'une  montagne 

CO   Voyage  en  Arménie  et  en  Perse  f  p.  loo. 


(  «75  ; 

dont  la  neige  biaûcbissàit  encore  la  crèle.  Son  nom  et 
les  nimes=  qiïe  Ton  y  voit  annoncent  qoe  l'on  est  là 
sur  remplacement  d'une  Laodioaea  ,  dont  il  parait  que 
les  géographes  modernes  ne  se  sont  pas  oc<»pés  de  dé- 
terminer le  surnom  qui  la  distinguait  d'avec  ses  nom- 
breux homonymes  en  Asîe<-llineure» 
>  Après  trois  heures  de  marche  dans  la  montagne  » 
M.  Bore  entre  sur  le  territoire  d'Amasiéh  (  Amcuia  ) , 
patrie  de  Strabon«  Ce  grand  géographe  a  tracé  un  ta- 
bleau fidèle  de  sa  ville  natale*  que  la  nature  et  l'aït 
ont,  dit-il  à  fortifiée >merveilieusemen t.  Ije  temps  n*a 
changé  ni  la  forme  ni  l'aspect  des  montagnes»  et  la 
main  de  l'homme  a  été  impuissante  d  détruire  plu  • 
sieurs  restes  de  ses  antiques  monuments»  tels  que  ses 
cavernes  sépulcrales,  ws  deux  ports  et  sa  citadelle 
colossale. 

Le  ai  juin  ,  M.  Bore  partit  à  la  recherche  de  l'an- 
cienne MagnopoUs,  dont  îl  est  surpris  que  la  position 
ait  embarrassé  les  géographes,  puisque. Strabon  l'a  îa- 
diquée  avec  une  pi^écision  extrême.  Notre  voyageur  la 
découvrit  dans  le  voisinage  de  plusieurs  villages  tares 
et  daxÀ  oBé plaine  incuito que  l'Iris  arrose. de  ses  eaux 
qui  ne  sont,  plus  contenue^  par  des  digues*  Le  nom  de 
Mni  cAtfA^r-ifca^wi  (Forteresse  de  la  vtUe  neuve)  traduit 
ie  nom  de  la  ville  vnâstaurée  et  agrandie  par  Pompée* 
Quant  à  la  forteresse,  ses  constructions  sont  byxaptt; 
nés  et  turquesb'Le  temps  n'a  èpargmé  ni  l'ouvrage,  ni 
les  inscriptions  dfes.Rpmains.  L'emplacc^ment  de  c^tte 
oôie  ,  îeté.  au  hasard  Btm  les  cartes ,  n'est  qu'à  douze 
Ueaâs  d'Amasîéh. 

|j[n  peu  au-delà  de  Bnnbama,  petit,viUage;  les  voyar 
goorsffut^entarvètésipar.k  renoocitre  de  pierrciai  souIt 
ptées  d'un  travail  modeniie»  l^e  village  a  pour  noa^ 

XVIII.    OCTOBRE.    3.  18 


(  *74) 
Ladik ,  de  noièaie  que  la  petite'  ville  qui  aifài  élé  la 
dernière  station  avant  Axnaûâi»  Cette  cblndd^çe  de 
nome  dans  dea  lieux  aussi  rapprochés  l'un  de  Tautre 
est  remarquable. 

De  là  jusqu'à  Eslin»  autre  village,  la  route  se  pro» 
longe  par-dessus  la  cAle  dWe  montagne  couverte  de 
forêts.  Elle  est  la  limite  des  paya  boisas .  quand  on 
se  dirige  vers  le  centre  de  l'Arie  occidentale.  Le  voya* 
geur  doit  ensuite  s'avancer  à  plus  de  deux  cents 
lieues  ,  c'est-à-dire  jusqu'au  revers  des  moatl^ea  do 
Curdîetan,  pour  retrouver  le  silence  et  la  fraîcheur  dae 
bois. 

Au  village  de  Ziveret ,  on  voU  le  UMsabeau  de  saiol 
Jean  ChrysostAme.  Plus  loin ,  des  fragitientade.pieffres 
sculptées,  qui  rappellent  le  beau  tempft  de  Tari  gcec« 
indiquent  la  position  de  Comana  ^  qu'il  ne  faut  pas 
confondre  avec  la  ville  du  même  ûom  située  en  Cap- 
padeoe.  Les  collines  environnantes,  où  l'on  recueiUaU 
autrefois  un  vin  renommé»  sont  nues  et  arides*  Ce  n'eat 
«[u'aux  portes  de  Tokat  que  l'œil  est  ré)oui  par  le  retotir 
de  la  fertilité  et  de  labondaoce.  Cette  ville  a  été  visitée 
par  un  grand  nombre  de  voyageurs  eoropéena.  La  vue 
desainée  par  Aubriet,  dans  le  livre  de  Tdumefort,  èet» 
suivant  le  témoignage  de  ceux  qui  sont  allés  à  Tokal» 
bien  plus  exacte  que  celle  qui  se  trouve  dans  l'onvrage 
de  Rer  Porter. 

En  sortant  de  cette  cité ,  doqt  le  commeipe  à  singu* 
liérement  diminué  de  nos  jours  »  11.  Bore  se  érigea  an 
sud  en  gravissant  une  haute  ooHine.  Q«and  il-fu|  àaoo 
sommet,  il  aperçut  une  contrée  complètement  diffft* 
rente  dû  Pont  et  de  la  Paphtagonie  t  elle  a  un  aepect 
rude  et  sauvage.  Leb  rangs* dab  montagnes  sontconmie 
déiiordonnés  {  ils  courent  et    s'entrediôqaent  dans 


(  a?^  ) 

toutes  les  directionr;^eurs  sommets  dépouillés  sont 
ou  des  rocs  bizarrement  fendus  ou  des  terres  brûlées 
par  le  soleil  et  lavées  par  la  fonte  'des  neiges;  les  val- 
lons sont  étroits  comme  des  ravins  peu  cultivés  ,  mais 
rafraîchis  par  des  eaux  limpides  et  murmurantes.  Oa 
est  dans  le  voisinage  de  l'Arménie.  Le  voyageur  n*y 
U*ouve  plus  la  même  sécurité  que  dans  les  provinces 
où  il  vient  de  passer  ;  il  doit  être  circonspect  et  dé*. 
fiante  veiller  sur  ses  bagages  le  jour  et  la  nuit.  Autre- 
fois des  tribus  nomades  de  Turcomans  et  de  Gurdes 
poussaient  leurs  incursions  en  été  jusque  dans  ee  can- 
ton ;  aujourd'hui  des  corps  de  troupes  placés  dans  le. 
Diarbékiret  sur  les  frontières  du  Curdistan,  où  l'on 
voit  encore  des  traces  de  leurs  campements  «  s'oppo- 
sent aux  invasions  de  ces  brigands;  mais  on  est  ex- 
posé à  d'autres  rencontres  plus  redoutables  :  ce  sont 
celles  de  cavaliers  qui ,  sans  être  accompagnés  de  leurs, 
feqimes  ni  de  leurs  troupes,  courent  le  pays  en  cher-^ 
chant  aventure. 

Le  2 1  juillet ,  M.  Bore  était  à  Sivas  (  Sébaste) ,  où  le 
commerce  et  l'industrie  sont  complètement  nuls. 
Cette  ville  a  perdu  son  importance  politique  depuis 
que  le  pacha  réside  à  Karpousch. 

En  se  dirigeant  au  nord-est,  on  reconnaît»  après 
avoir  parcouru  une  lieue  depuis  Sivas»  que  là  finit  la 
Cappadoce,  et  qu'une  nouvelle  contrée  commence  : 
c'est  la  petite  Arménie,  qui»  de  ce  côté,  est  comprise 
entre  le  RizU-Irmak  et  TEuphrate*  Des  villages  entiers 
sont  arméniens  sans  qu'il  s'y  trouve  de  Turcs.  Le  sol« 
nu  comme  celui  du  désert»  est  coupé  par  des  chaînes 
de  collines  ou  de  hautes  ipontagnes  blanchies  par  les 
neiges  qui  se  croisent  dans  toutes  les  directions»  pré- 
sentant sur  leurs 'flancs  d'exellenls  pâturages  où  s'en^ 


(  >/ïi) 
graissent  ces  beaux  troapeaux.de  moutons  qui  serrent 
à  Tapprovisionnement  tie  €onstantinople ,  et  font  la 
principale  richesse  du  pays.  A  4eurs  pieds  s'étendent 
des  vallées  qui  sont  plutôt  des  plaines,  et  où  le  froment, 
Torge  et  le  seigle  croissent  avec  une  abondance  égale» 
mais  à  des  époques  bien  différentes ,  selon  que  le  ter- 
rain est  plus  ou  moins  élevé.  De  toutes  parts  a^échap- 
pent  du  sein  des  rochers  et  des  entrailles  de  la  terre 
des  sources  d'une  eàu  si  fraîche  et  si  limpide  ,  et  d'un 
goût  si  délicieqx ,  que  véritablement  elle  fait  perdre  le 
souvenir  et  le  regret  des  boissons  européennes.  Un 
grand  tiombre  de  sources  thermales  de  toutes  les  tem- 
pératures et  de  toutes  les  qualités  révèlent  un  autre 
genre  de  richesses  que  la  terre  recèle ,  et  garde  inuti- 
lement enfouies  à  cause  de  l'ignorance  ou  de  l'apathie 
de  ceux  qui  la  possèdent  L'année  se  divise  en  deux 
saisons,  et  l'hiver  dure  huit  mois.  L'aspect  du  pays»  où 
nul  ombrage  ne  repose  la  vue ,  inspire  la  tristesse  ;  et 
Ton  n'est  pas  tenté  d'envier  le  sort  des  habitants,  dont 
les  maisons  sous  terre  se  confondent  de  loin  avec  les 
aspérités  d^un  sol  complètement  nu. 

A  six  lieues  de  Sivas ,  celte  perspective  déplaisante 
change  brusquement.  Les  montagnes  '  qui  partent 
comme  autant  de  rameaux  du  tronc  gigantesque  du 
QuouzéDagh,  sont  ombragées  de  pins  et  de  hêtres,  et 
forment  comme  une  oasis  de  deux  lieues  jusqu'au  vil- 
lage deKurdatchi,  près  duquel  coule  un  large  torrent/ 
que  M.  Bore  reconnut  pour  la  source  de  l'Iri^;  qui  ar- 
rose Comana ,  Tokat  et  Amasiéh.  Il  descend  des  som- 
mets tteigeux  dû  Quouzé-Dagh. 

Iléîbesché,  où  M.  Bore  coucha  ce  jour-là  sous  sa 
tente,  h  une  altitude  de  5,5s5  pieds»  est  une  espèce 
de  iaîla  bu  d'habitation  d'été  qui  offrait  l'étrange  as- 


(  ?77  ) 
semblage  de  ÇurdeB  et  de  Grecs  vivant  en  bonne  in- 
telligence. 

Impatient  de  trouver  les  so^irces  du  Lycus  que  Stra- 
bon  fait  venir  de  TArméniQ  occidentale ,  sans  ajouter 
d'autre  renseignement,  et  les  ruines  de  Nicopolis,  ville 
bâtie  par  Pompée  à  6  milles  de  cette  rivière,  M.  Bore 
n'y  parvint  qu'après  beaucoup  de  recherches  et  de  fati-* 
gués.  Enfin,  le  lo  juillet ,  il  fut  arrêté  au  pied  d'énor- 
mes montagnes  par  un  cours  d'eau  considérable  qui  • 
selon  l'indication  de  ses  guides ^. descendait  droit  à 
Nikissar  {Neo-C€esarea).K\ov%  noire  voyageur  se  souvint 
que  cette  rivière  était  la  même  qu'il  avait  vue  se  mêler 
à  l'Iris  près  des  ruines  de  Magnopalis^  et  que  par  con- 
séquent elle  devait  être  le  Lycus.  M  devenait  donc 
évident  qu'au  lieu  d'avoir  perdu  la  route  de  I^icopolis^ 
il  s'en  rapprochait  au  contraire ,  d'après  la  Notice  de 
Hiéroclès.  Il  poursuivit  donc  son  chemin  en  longeant 
cette  chaîne,  qui  sans  doute  formait  autrefois  le  rempart 
de  la  contrée  connue  anciennement  sous  le  nom  de 
Paryadres ,  et  que  les  Turcs  désignent  vaguement  au- 
jourd'hui sous  celui  de  Djanik»  en  comprenant  sous  la 
même  désignation  toutes  les  autres  montagnes  qui 
coupent  le  Pont,  et  vont  aboutir  à  la  plaine  de  The^ 
miscyre. 

Dès  le  lendemain,  M.  Bore  était  au  village  de  Pirec , 
qu'on  lui  avait  désigné  comme  renfermant  quelques 
antiquités.  Les  Arméniens  qui  l'habitent  exclusivement 
l'accueillirent  avec  une  curiosité  mêlée  d'intérêt  en 
l'entendant  parler  leur  langue,  et  lui  direât  que  ce  lieu 
avait  été  une  ville  considérable.  Il  s'en  convainquit  en 
parcourant  l'empUcement  qu'elle  occupait;  il  lit  le 
tour  des  remparts,  qui  ne  sont  plus  que  des  monceaux 
de  pierres  écronlées»  où  apparaissent,  parinlervalles. 


(  ^78  ) 
des  vestiges  de  toars.  Ses  guides  lui  indiquèrent  dans 
la  maison  du  chef  du  village  une  pierre  écrite  en  ca- 
ractères inconnus.  Il  y  courut,  et  réussit  à  déchiffrer 
un  fragment  d*inscription  où  il  lut  distinctement  le 
nom  de  NicopoUs.  Après  quatre  jours  de  marche  de 
plus  dans  la  même  direction  »  il  reconnut  le  point  de  la 
naissance  du  Lycus. 

Le  grand  chemin  de  Constantinople  à  Eneroum 
par  Rara-Hîssar  et  Mamakhatour  était  resté  à  environ 
douxe  lieues  plus  au  nord  à  la  gauche  cle  M.  Bore. 
C'est  celui  que  les  voyageurs  avaient  suivi  ordinaire» 
ment,  parce  qu'auparavant  il  n'y  avait  pas  de  sûreté  à 
pénétrer  dans  l'intérieur  du  pays,  et  que  les  Curdes  fai- 
saient continuellement  des  incursions  dans  les  villages; 
mais  depuis  que  Hafiz-Pacha  commande  dans  le  Diar* 
békir,  on  jouit  de  la  tranquillité. 

Toutefois,  les  Curdes  ne  sont  pas  entièrement  sou- 
mis comme  l'annoncent  les  bulletins  officiels  de  la  Porte 
Ottomane.  Il  faut,  ainsi  que  l'observe  M.  Bore, distin- 
guer les  bandes  de  malfaiteurs  connus  sous  ce  nom  , 
qui ,  quelques  années  auparavant ,  parcouraient  avec 
impunité  toutes  les  parties  méridionales  de  l'Asie  tur- 
que, d'avec  ces  autres  tribus  ayant  une  constitution 
semblable  à  celle  des  anciens  clans  d'Ecosse ,  et  ton- 
jours  en  élat  derévofte  flagrante  contre  la  Porte  ,  doni 
elles  ont  constamment  repoussé  les  visîrs  avec  leurs 
armées. 

Erzingham ,  ville  du  pachalik  d'Erzeroum ,  et  la  plus 
importante  après  celle-ci,  est  souvent  mentionnée  par 
les  anciens  auteurs  arméniens  sous  les  noms  iïEriza 
el  d*Èrez.  M.  Bore,  qui  se  trouvait  là  près  des  solitudes 
qui  attirent  les  pèlerins  d'Arménie,  partit  avec  ses 
compognons  pour  les  visiter.  Le  so  juillet,  il  atteignit  le 


If 


^  «79  ) 
lit  i^ierreox  et  desséché  du  Kaîl  (  Loup  )  qui  court  du 
Dord-oaest  au  sud  fers  TEuphrale)  et  dont  les  sources 
avoisinent  celles  de  l'autre  Lycus  (  Loup  )  qui  court 
dans  une  direction  opposée.  A  quelque  distance  sur  la 
riire  méridionale  du  Kaîl»  s'élèvent  des  ruines  de  cha- 
pelles, que  l'on  croit  bâties  sur  remplacement  de 
Tiln,  lieu  choisi  pour  la  sépulture  de  quelques  pa- 
triarches successeurs  de  saint  Grégoire  riiluminateur, 
apâtre  de  L'Arménie.  M.  Bore  pense  que  Tiln  était  un 
peu  plus  éloigné  vers  l'ouest 

On  marcha  de  ce  côté ,  et  on  descendit  dans  un  val- 
Ion  resserré  où  il  n'existait  pas  de  traces  du  moindre 
sentier.  Il  fallut  mettre  pied  à  terre  »  et  au  bout  d'une 
heure,  on  atteignit  un  plateau  d'où  l'œil  embrassait 
la  vallée  ovale  d'Erzingham.  L'Euphrale  se  dérobait  à 
travers  les  dbiamps  couverts  de  moissons  jaunissantes. 
Tous  les  sommets  des  monts  de  la  Haute-Arménie 
dressaient  au  nord  leurs  tètes  blanches,  brunes  ou 
rougeàtres  comme  celle  d'un  volcan.  Enfin,  derrière  les 
voyageurs  s'élevaient  en  amphithéâtre  les  gradins  ver* 
doyants  du  Sèbouh,  dont  la  cime  était  couverte  de 
neigç. 

On  continua  de  monter  vers  l'ouest  par  une  large  es* 
planade  d*où  l'on  découvrît  dans  les  vallées  voisines 
plusieurs  tentes  noires  des  Curdes.  Quelques  uns  de 
ces  nomades ,  effrayés  de  l'approche  des  étrangers  , 
chassaient  devant  eux  vers  leur)  camp  une  troupe  d'é- 
talons et  de  génisses. 

On  descendit  ensuite  par  une  vallée  plantée  de  pins 
chétifs ,  et  après  avoir  franchi  plusieurs  inégalités  de 
terrain  •  on  pénétra  dans  les  profondeurs  d'un  vallon 
solitaire  où  s'élevait  le  monastère  d'Avak-Vank  »  en- 
touré d'un  bosquet  de  mûriers  •  de  saules  et  de  bou- 


(  «8o) 

leaux.  Des  sources  jaillissantes  de  tous  les  cAlés  entre<- 
tenaient  dans  sa  fraîcheur  le  champ  de  blé  tardif  qm 
servait  d'avenue  au  couYcnt. 

Tout  ce  que  M.  Bore  y  observait  réveillait  plùtfttdes 
idées  d'exploitation  rurale  que  de  science  monasti- 
que. Il  avait  quitté  la  route  de  Torlan  ;  il  la  reprit  par 
un  défilé  sombre,  où  Ton  aurait  pu  craindre  une  em- 
buscade de  Curdes.  Les  habitants  d'un  petit  village 
que  Ton  traversa  s'étaient  enfuis  à  la  vue  des  voya* 
geurs  ;  un  peu  plus  loin ,  des  hommes  et  des  femmes 
moissonnaient  un  champ  de  blé,  et  on  ne  larda  pas  à 
rencontrer  des  maisons  de  Curdes  et  d'Arméniens  li- 
vrés à  la  culture  agricole.  Enfin,  on  s*engageadans  des 
ravins  ,  et  l'on  entra  dans  Tortan ,  lieu  célèbre  chez  les 
Arméniens  par  son  église  où  reposent  les  corps  de 
saint  Grégoire  l'Illuminateur,  et  ceux  de  plusieurs  per- 
sonnages éminents  par  leur  sainteté  et  par  leur  rang. 
Une  visite  au  couvent  deLousavoritch,  que  les  moines 
avaientabandonné  la  veille  pour  échapper  aux  vexations 
sans  cesse  croissantes  des  Curdes ,  mit  les  voyageurs 
en  rapport  direct  avec  un  bcy  de  ces  nomades.  Il  se 
montra  très  courtois  envers  les  Francs,  dont  il  vanta 
la  bravoure  et  l'industrie,  c  Nous  ne  sommes  pas  vos 
f  ennemis,  ajouta-l-il ,  et  vous  verres  combien  est  gé- 
•  néreuse  rbospilalité  des  Curdes  envers  des  hôtes 
È  qu'ils  estiment.  » 

Le  temps  et  le  plan  de  l'itinéraire  des  voyageurs  ne 
leur  permirent  pas  d'accepter  cette  aimable  invitation  ; 
et  M.  Bore  remarque  que  la  parole  d*un  Cùfde  n*est 
pas  sûre ,  car  l'amour  de  Targent  éteint  en  lui  tout 
sentiment  d'honneur.  On  passa  ensuite  le  long  du  Se- 
buuh,  qu'un  Arménien  montre  avec  orgueil,  comme 


(  «8i  ) 

le  véritable  Masis  ou  Ararat  sm  lequel  s'arrèh^  l'arche 
de  Noé. 

Les  voyageurs ,  revenus  à  Erzingham  »  coniinuèrenl 
leur  roule  vers  Erzeicoum»  qui  maintienUoarai^;  parmi 
les  villes  les  plus  importantes  de  l'empire  ottoman.  Ar- 
rivés le  8  septembre  aux  (ronlières  de  Russie  »  ils  firent 
vingt  jours  de  quarantaine  dans  le  lazaret  d'Alexaa- 
dropoU  ville  qui.  a  reçu  son  nom  de  l'empereur  Nicolas 
lui-même,  lorsqu'il  vint  visiter  cette  partie  orientiile  de 
son  empire.  Cette  ville  est  la  même .  que  Gumru  • 
situé  sur  les  confins  de  la  Géorgie.  On  y  construit  une 
forteresse  énorme ,  qui  semble  aussi  bien  destinée  à 
contenir  dans  l'obéissance  le  pays  vaincu  »  qu'à  se  dé- 
fendre des  invasions  des  Turcs. 

Le  i4  septembre,  M.  Bore  partit  avec  une  caravane 
d'Erivan  »  et  se  dirigea  au  sud-est,  afin  de  gagner  Ëche* 
mia^in  en  tournant  l'Alagbez,  haute  montagne  qui  est 
l'Arakadz  des  Arméniens.  Les  neiges  n'abandonnent 
jamais  son  sommet,  et  dès  la  fin  d'août,  l'atmosphère 
de  sa  vallée  septentrionale  est  froide  et  brumeuse. 
Après  deux  jours  de  marche,  il  atteignit  le  versant 
méridional,  au  pied  duquel  s'étendait  le  paysd'Arka- 
dzoden.  Il  y  retrouva  les  bois  de  la  petite  ville  de  Garpi 
et  de  plusieurs  couvents  fameux.  Un  seul ,  celui  de 
Mougné,  a  échappé  aux  dévastations  des  guerres.  Le 
patriarche  d'Echemia^in  vient  y  passer  les  mois  d'été* 
M.  Bore  fut  gracieusement  accueilli  de  ce  chef  spirituel 
de  la  nation  arménienne,  et  reçut  de  lui  la  faveur 
inouïe  de  visiter  la  bibliothèque.  Les  religieux  de  ce 
couvent  sont  en  très  petit  nombre  ,  comparativement 
aux  maisons  du  même  genre  en  Europe.  H.  Bore  en 
rencontra  deux  ou  trois  réellement  versés  dans  la  con* 
naissance  de  la  langue  et  de  l'histoire  du  leur  nation. 


(  s8*^  ) 

Les  autres  semblent  occupés  de  tout  antre  soin  que  de 
celui  de  la  science. 

Echemiann  ,  depuis  son  incorporation  à  la  Russie , 
a  perdu  son  importance  et  sa  grandeur;  il  ne  Ini  reste 
que  Tautorité  de  son  nom ,  qui  chaque  jour  s*affaîbIiL 
Le  patriarche  ne  jouit  plus  de  cette  prééminence 
réelle  qui  lui  appartenait  jadis. 

Arrivé  à  Van ,  ville  de  l'empire  ottoman ,  M.  Bore 
obtint  do  pacha  la  faculté  d'aller  à  Agathamar»  lie  du 
lac  de  Van ,  où  réside  le  patriarche  de  l'Arménie  mé- 
ridionale. Bientôt  il  côtoya  heureusement  les  bords  de 
ce  lac  d'eau  salée  •  et  atteignit  <en  une  journée  le  châ- 
teau de  Paklévan ,  qui  ressemble  à  nos  anciens  ma- 
noirs féodaux.  On  était  au  8  octobre,  et  déjà  ThiTer 
avait  commencé  dans  ces  lieux.  La  neige  blanchissait 
le  sommet  des  montagnes  toisines,  et  une  bise  gla- 
ciale la  chassait  jusqu'aux  portes  du  château. 

De  toutes  les  constructions  royales  dont  parlent  les 
historiens  arméniens ,  il  ne  reste  pins  ft  Agathamar 
que  l'église  ou  plutôt  la  chapelle ,  dont  l'architecture 
médiocre  n'a  d'autre  originalité  que  de  grotesques  et 
informes  bas-reliefs  sculptés  sur  les  murs  extérieurs  • 
et  représentant  l'histoire  abrégée  de  l'Ancien  et  du 
Nouveau  Testament. 

Au  commencement  de  iHSg,  M.  Bore  était  à Taa- 
ris;  il  a  séjourné  long-temps  dans  celte  ville\le  la  Perse 
occidentale;  il  y  a  établi  »  pour  Tinstruction  de  la  jeu- 
nesse persane ,  une  école  qui  a  prospéré  sous  la  direc- 
tion du  gouvernemeut  de  la  province  d'Ourmiah.  En 
août  »  il  alla  passer  ses  deux  mois  de  vacances  à  Rhos* 
ro\a ,  village  catholique  chaldéen  sur  la  frontière  du 
Gurdistan,  à  trois  lieues  de  Tauris.  M.  Bore  avait 
laissé  à  son  école  un  substitut  persan  assez  habile  pour 


(  «85  ) 

être  le  moniteur  des  autres  élèves.  Il  avait  dessein  de 
fonder  une  autre  école  à  Kosrovo ,  ainsi  qu'au  pays 
d'Ourmiah  parmi  les  Nestnriens»  où  il  pense  qu'elle 
serait  très  nécessaire. 

Il  apprit  à  Khosrova  que  le  roi  de  Perse  lui  envoyait 
un  nouvel  acte  d'approbation  de  son  école ,  et  désirait 
qu'il  prolongeât  son  séjour  à  Tauris.  Ces  circonstances 
le  forcèrent  de  renoncer  i  un  plan  qu'il  avait  formé 
d'accompagner  l'évèque  .  devenu  patriarche ,  dans  la 
visite  de  son  diocèse ,  qui  s'étend  jusqu'à  Bagdad  ,  et 
dans  le  Diarbékir. 

En  automne»  il  fonda  une  école  à  Ardescher  »  village 
de  la  vallée  d'Ourmiah;  il  y  était  autorisé  par  Mélik- 
Hansour-Mirzah ,  oncle  du  roi  et  tenancier  du  fief.  L'é- 
dit  prononçait  des  peines  contre  quiconque  s'oppose- 
rait h  son  exécution. 

Vers  la  fin  de  i85g,  M.  Bore  fut  réjoui  par  l'arrivée 
de  M.  Tezier  et  de  deux  autres  voyageurs  français.  Le 
as  janvier  i84o,  l'ambassade  française  »  à  la  tète  de  la- 
quelle était  M.  le  comte  de  $ercey,  fit  son  entrée  solen- 
nelle dans  Tauris,  au  bruit  d'une  salve  de  canons  qui 
étaient  restés  sur  leurs  affûts  depuis  la  mort  d'Abbas- 
Mirza ,  père  du  roi. 

M.  Bore  partit  de  Tauris  avec  l'ambassade  française. 
La  multitude'  des  bagages  contribua  autant  que  la  ri- 
gueur de  la  saison  à  ralentir  la  marche;  le  terme 
moyen  de  la  journée  était  à  peu  près  de  six  lieues. 
Partout,  et  notamment  sur  le  plateau  élevé  de  la  Médie 
qui  se  termine  à  la  chaîne  des  monts  Quaplankou  ,  la 
neige  était  épaisse.  On  eut  h  braver  un  froid  vif  et  pi- 
quant ,  inconnu  &  cette  époque  de  l'année  dans  la  partie 
moyenne  de  la  France. 

A  Sultanieh ,  la  belle  mosquée  admirée  par  Char- 


(  «84) 

din  et  d'autres  voyageurs,  offre  toujours  les.  restes 
d'une  grandeur  imposante.  A  Casbio,  ville  consldé» 
rable,  toute  la  popuJation  se  porta  au-devaDt  des 
Français  avec  un  enthousiasme  remarquable. 

Le  chah  avait  quitté  Téhéran  pour  marcher  sur  Is- 
pahan  avec  une  escorte  de  3o,qoo  soldats.  L*ambas* 
sade  frajQLçaise  se  dirigea  donc  vers  cette  ancienne 
capitale  du  royaume.  Les  villes  que  l'on  traversait 
montraient  des  ruines  de  palais,  de  bazars,  de  mos- 
quées :  tel  est  l'état  de  toutes  les  anciennes  cités  de  la 
Perse ,  image  trop  vive  de  la  décadence  de  ce  pays. 
•  Sur  les  deuiL  rives  du  Mazlagan,  qui  fut  passé  à  gué» 
s'élevaient  des  campements  d'Uats,  tribus  qui  tiennent 
le  milieu  entre  le  Gurde  vagabond  et  le  Perse  séden- 
taire. Leurs  femmes,  occupées  à  filer  la  laine  des  ta- 
pis ,  ou  à  façonner  les  feutres  nommés  nemedo^  jouis- 
sent d'une  liberté  absolument inconpue  dans  les  ailles. 
Elles  sortent  le  visage  découvert,  et  conversent  pobli- 
ment  avec  les  liommes* 

Au  mont  Ghiden  -  Gbelmès ,  remarquable  par  ses 
crevasses  et  parla  multitude  de  ses  mamelons rougeà- 
tres  et  friables ,  mine  inépuisable  de  sel  gemme ,  où 
l'on  vient  de  tous  côtés  s'approvisionner ,  la  plaine  est 
rétrécie  par  une  chaîne  parallèle  de; montagnes  décou* 
pées  bizarrement;  elles  sont  un  rameau  de  l'Alakend 
qui  Qle  vers  le  Curdistan.  Le  -sol  imprégné  do  nitre 
est  stérile,  et  produit  à  peine  les  mousies  que  brou* 
tent  les  gtizelles. 

Le  «9  mars ,  on  pénétra  dans  le  défilé  où  Chardin 
et  d'autres  voyageurs  pensent  que  Darius  fut  assassiné. 
Une  montée  roide  et  taillée  dans  le  roc  mène  & 
une  vallée  que  Chàh-\bbas  fit  fermer  par  une  digue 
qui  arrêta  les  eaux  des  montagnes  ;  elles  forment  un 


(  '^8^  ) 
petit  lac;  dont  la  vue  surprend  dans  celle  région  dessé* 
cbée.  Bientôt  l'on  aperçoit  des  cliarnps  plantés  d'ar« 
bres,  et  couverts  de  moissons  tardives:  ce  sont  les 
jardins  de  Rooroud ,  village  bâti  en  amphithéâtre,  â 
l'extrémité  de  la  vallée.  Ses  maisons  à  plusieurs  étages 
Je  font  ressembler  à  un  village  de  Suisse  ou  de  Savoie. 
Le  5o  mars,  là  température  très  froide  annonçait 
que  l'hiver  régnait  encore  dans  la  partie  supérieure  du 
défilé.  Les  neiges  obstruaient  le  passage.  Une  suite 
de  vallons  tortueux  et  incultes  conduit  an  village  de 
San,  où  commence  le  plateau  d'Ispahan  ,  très  élevé 
au-dessus  des  plaines  de-Roum  et  de  Cachan;  ce  qui 
y  rend ,  quoique  ^ous  une  latitude  plus  m^idionâle 
que  celle  de  ces  villes,  les  chaleursde  Tété  moins  éner- 
vantes que  dans  le  reste  dé  la  Perse.  L'an*  sec  et  vif  esi 
rafraîchi  par  une  brise  continuelle. 

Le  1 9  avril ,  les  Français  firent  leur  entrée  dans  Is- 
pahan.  Ce  fut  avec  un  sentiment  d'admiration  mêlé 
de  tristesse.  De  vastes  quartiers  de  l'intérieur  de  la  ville 
sont  changés  en  jardins,  et  on  n'y  voit  plus  s'élever  au- 
dessus  des  ruines  que  le  minaret  d'une  mosquée  oo  le 
portique  d'\^n  édifice  public.  Il  ne  reste  plus  que 
6o,ooo  habitants  dans  une  cité  dont  la  population 
égalait  celle  de  Paris  du  temps  de  Louis  XIV.  Les 
bazars'sont  vides;  et  si  Ton  ne  voyait  à  l'autre  extré- 
mité de  ce  désert  la  place  royale ,  l'école  de  Chah* 
Hussein,  et  les  avenues  de  platanes  qui céûduisent  au 
palais  des  Abbas ,  on  ne  pourrait  reconnaître  ce  centre 
ibagnifique  de  la  monarchie  persane ,  si  bien  décrit 
par  Chardin. 

W.  Bore  pense  que  si  Mohammed-Châh  fixait  sa  rési- 
dence'à  hpahan,  cetlef  vill^  reûoiivrcnrait  pomptement 
sa  population  et  '  sa  splendeur.  Placée  plus  au  centre 


(«86) 
da  royaume,  Taclion  da  gouvernemenl.  aérait  plus 
prompte  et  plus  régulière;  les  provinces»  régies  par  des 
chefs  qui  se  regardent  à  peu  près  comme  indépendants, 
rentreraient  bientôt  dans  le  devoir  de  robéissance 
qu'elles  ont  presque  oublié.  D/aillears  le  climat  est  plus 
salubre  à  Ispahan  qu'à  Téhéran,  qui  manque  d*eau,  et 
n'a  qu'une  enceinte  très  circonscrite  pour  le  nombre 
de  ses  habitants. 

DjuUa  est  le  séjour  le  plus  agréable  que  H.  Bore  ait 
rencontré  en  Perse.  Tous  les  voyageurs  ont  également 
fflit  l'éloge  de  ce  faubourg  d'Ispabaa.  C'est  de  là  qu'est 
datée  la  dernière  lettre  de  M.  Bore ,  le  ag  avril  1 84o. 

Le  titre  de  son  livre  montre  qu'il  n'a  pas  eu  dessein 
d'écrire  une  relation  de  voyage.  Nous  en  avons  extrait 
oe  qui  concerne  spécia^Iement  la  géographie ,  et  Ton  a 
vu  que  l'auteur  a  bien  mérité  de  la  science  par  ses  re- 
ctierches.  Il  a  résolu  avec  succès  df  s  doutes  relatifs  à 
la  position  des  divers  lieux  ;  il  décrit  bien  l'aspect  du 
pays ,  et  ne  manque  pas  les  occasions  de  faire  connaî- 
tre sa  température ,  s^s  productions  et  ses  antiquités. 
U  parle  aussi  très  se^oisément  des  mœurs  des  habi- 
tants. 

Une  jolie -carte»  extraite  de  la  nouvelle  éditiou 
(  iSSg  )  de  la  carte  de  f  empiré  ottoman  en  la  CeuîUes  » 
par  MM,  Noël  et  Vivien,  présente  la  route  de  M.  Bore 
depuis  ConslaotiDDopie  jusqu'à  Taorif.  L'éditeur  re- 
grette avec  jraison  de  n'avoir  pu  la  prolonger  josqu'i 
bpahao.    ' 

M.  Bcâré  a  voyagé  cooune  chargé  d'une  mission 
scientifique  par  le  ministre  de  Tlnstruction  publique, 
et  par  l'Académie  des  inscriptions  et  bellcs^lettres. 
Plusieorsdltts  mémioires  contenus  dans  l'ouvrage  sont 
adressés  à  cette  compagnie.  On  apprend  avec  peine  , 


(  «8?  ) 

par  de»  noies  de  l'éditeur»  que  tous  ceux  qu'il  avait 
envoyés  ne  sont  pas  parvenus;  accident  fâcheux  que 
les  amis  de  la  science  déploreront.  Pans  sa  séance  du 
99  janvier  i84a,  l'Académie  a  reçu  de  M.  Bore  une 
lettre  datée  du  mois  de  juin  i84i  >  et  contenant  des 
détails  curieux  sur  la  Per^e  oocideniale  »  où  il  avait  fait 
des  excursions.  B--s. 


Carte  ethnographique  de  F  Europe. 


L'ethnographie  est  une  science  presque  toute  neuve 
eACore  pour  nous.  Plusieurs  savants  s'étaient  livrés 
avec  succès  aux  recherches  ethnologiques  pour  tâcher 
de  remonter  à  Torigine  des  peuples;  mais  il  était  en 
quelque  sorte  réservé  à  notre  ;siècle  d'exprimer  sur  des 
cartes  géographiques  les  différents  âges  de  la  géogra- 
phie ethnologique.  En  Allemagne ,  M.  O'Etzel  ;  en 
France  ,  M.  Ober  Mûllev*  ont  publié  des  cartes  ethno- 
graphiques de  l'Europe.  La  carte  de  M.  Ober  Mûller 
formé  la  première  feuille  d'un  atlas  dans  lequel  l'au- 
teur se  propose  de  représenter  sur  des  cartes,  à  même 
échelle»  les  diverses  localités  de  l'Europe  habitées  au 
jourd'hui  par  les  peuples  de  même  race,  de  même 
origine,  de  même  religion,  et  parlant  la  même  lan- 
gue, ou  au  moins  des  langues  dérivées  de  la  même 
souche.  On  sait  que  Adelung,  Balbi  et  d'autres  savants 
avaient  entrepris  des  recherches  de  cette  nature  ;  mais 
ils  n'avaient  point  oCFert  à  l'œil  de  tableau  géographi- 
que, résumant  ou  plutôt  peignant  les  localités  qui  ren- 
fermaient chacune  de  ces  races.  M.  Ober  Mûller  a  lenlé 


(  «88  ) 

aujourd'hui  de  le  faire  ;  et  sa  carte ,  que  nous  ti*ap* 
prouvons  pas  compléteiment,  surtout  dans  son  exécu- 
tion graphique ,  offre  néanmoins  un  intérêt  puissant 
sous  le  rapport  dii  classement  des*  peuples  de  l'Eu- 
rope. 

Son  travail  a  pour  but  d'offrir  en  quelque  sorte 
le  résumé  actuel  des  n^igrations  des  peuples  ;  et  des 
diverses  révolutions  qui  ont  amené  tant  de  change- 
ments dans  la  nationalité. 

Il  à  cherché  à  faire,  voir  au .  linguiste  quels  sont 
les  points  de  contact  et  de  fusion  des  peuples  en 
nuançant  et  fondant  suivant  les  couleurs  les  diver- 
ses affinités  de  chaque  nation.  Sa  carte ,  qui  com- 
prend les  pays  de  l'Europe,  de  TAsie  occidentale 
et  du  nord  de  l'Afrique  ,  présente  toutes  les  popula- 
tions de  race  blanche  avec  leurs  divers  degrés  de  tran- 
sition jusqu'aux  limites  des  Mongols,  des  Malais  et  des 
nègres  dans  leur  état  actuel. 

La  difficulté  consistait  surtout  &  établir  la  limite  des 
régions  occupées  par  chaque  peuple ,  par  chaque  tribu 
et  chaque. c/a/i  ou  ^o(v.  G^e^t  ce  que  M.  Ober  Huiler 

4 

s'est  efforcé  de  faire  par  des  teintes  plus  ou  moins 
fortes  ,  plus  ou  moins  mélangées  ;  mais  ces  teintes 
nombreuses,  et  variées  à  l'infini»  nous  paraissent 
nuire  parfois  à  la  clarté  de  son  travail. 

Il  a  voulu  faire  voir  l'influence  que  le  sol  a  pu 
exercer  sur  les  institutions  et  les  destinées  des  peuples  ; 
mais  nous,  trouvons  que  la  grayure  qui  devait  faire 
ressortir  cette  influence  ne  se  prête  pas  assez  â .  ces 
indications.  M.  Ober  Mûller  pense  que  les  centres 
de  populations  se  trouvent  toujours  d'ans  les  con- 
trées  où  la  plus  grande  masse  de  terres  fertiles  ont  été 
déposées,  et  où  le  climat  est  le  plus  doux  et  le  plus 


(  «89  ) 
attrayant,  c*esl-à«dir6  dans  les  pays  bas ,  dans  les 
fonds  des  vallées  »  aur  les  pentes  douces  des  collines , 
le  long  des  rivières,  au  bord  des  lacs  et  de  li^mer.  Il  a 
donc  regardé  les  marais,  les  hautes  montagnes,  letf 
steppes ,  les  landes ,  comme  des  solitudes  qui  devaient 
former  la  limite  naturelle  des  peuples  et  des  races,  et 
il  s'est  appliqué  à  tracer  les  systèmes  de  montagnes , 
de  steppes  et  de  marais.  Mais  sa  manière  d'exprimer 
le  terrain  jusque  dans  ses  plus  petits  détails  sur  une 
échelle  qui  ne  permet  pas  toutes  ces  distinctions ,  nous 
a  paru   faire  également  un  peu  confusion. 

M.  Ober  Mûller  pense  que  les  rivières  n'ont  ja- 
mais été  an  obstacle  qui  ait  séparé  deux  peuples 
d'une  même  race  :  c*est,  dit-ih  l'opinion  de 'ses  corn* 
patriotes  les  Allemands ,  opinion  qu'il  adopte  entière- 
ment, bien  que  des  écrivains  français  et  d'autres  na- 
tions aient  manifesté  un  sentiment  contraire.  Il  ne  voit 
d'exception  à  sa  règle  que  celle  qui  se  rapporte  à  des 
rivières  marécageuses,  bordées  de  vastes  et  immenses 
étangs  et  lagunes  qui  interceptent  toute  communiea-» 
tion  entre  les  deux  rives.  Tel  est,  dit-il,  le  bas  DAnubé 
dans  le  bassin  Bnlgaro-Valaque,  etc. 

En  étudiant  avec  soin  la  carte  publiée  par  M.  Ober 
Ifûller,  on  distingue  avec  hii  d'abord  trois  grandes 
races  européennes,  \es  Romains^  les  Germains  et  les 
SIm^s^  qu'il  fait  tous  descendre  de  la  si»nche  indo- 
européenne,  eu  arîque  ou  sanscrite. 

Les  Romains,  issus  comme  les  Grecs  et  les  Albanais, 
delà  famille  thraeo-pélasgique,  ont  conservé  la  pureté 
de  leur  origine  dans  plusieurs  parties  de  Tltalie,  en 
Provence ,  en  Languedoc  et  en  Catalogne  où  leur  lan- 
gue présente  moins  d'éléments  étrangers  que  partout 
aillears;  les  pays  occupés  par  ces  peuples  sont  indi- 
xviii.  ocTOBRK.  4*  19 


(  î^9o  ) 
qués  par  une  même  teinle  jaune,  tandis  que  les  autres 
pays  romanisés ,  tels  que  la  France  septentrionale , 
l'Espagne  centrale ,  le  Portugal  et  les  Pays  Valaques 
ont  des  teintes  mixtes  «  selon  les  élémenls  qui  sont 
entrés  dans  la  composition  des  peuples  modernes  qui 
les  habitent. 

Les  Germains  sont  une  race  pure,  et  tous  les  pays 
occupés  par  des  peuples  qui  ont  une  connexité  plus  ou 
moins  directe  avec  eux  sont  teintés  de  différentes  nuan* 
ces,  ayant  pour  base  le  rouge.  Ainsi,  Ton  trouvera 
sous  le  carmin  les  hauts  Allemands,  sous  Técarlaielea 
bas  Allemands,  sous  le  vermillon  les  Frisons.  Le  rouge 
brun  indique  les  Scandinaves;  le  rouge  amarante  les 
Anglais,  etc.  Mais  en  reportant  les  yeux  sur  la  partie 
orientale  de  TAIlemagne,  on  voit  par  le  mélange  des 
teintes  rouge  et  verte  que  le  mélange  s*eat  opéré  aussi 
dans  les  races,  surtout  entre  les  Allemands  et  les 
Wendes,  peuple  slave,  qui,  pendant  les  guerres  en- 
tre les  Germains  et  les  Romains ,  s'était  emparé  de 
cette  partie  de  FAlIemagne ,  reconquise  plus  tard  par 
les  Germains. 

Les  colonies  allemandes  dans  laPrusse  orientale,  eD 
Russie,  en  Hongrie  et  dans  la  Transylvanie  sont  indi» 
quées  de  manière  à  être  facilement  distinguées  des 
peuples  qui  les  entourent.  On  retrouve  jusqu'aux 
Néardes  dans  les  gorges  de  l'Atlas,  et  les Gottschéeos, 
jieuple  germanique  au  nord  de  l'Istrie  ;  ces  deux  der- 
nières races  sont  peut  être  les  descendants  de  ces  Van* 
dates  qui  saccagèrent  Rome  après  avoir  refonde  Car^ 
thage. 

'  La  race  slave.,  représentée  par    la   teinte  verte, 
comprend  les  peuples  suivants  : 

(a)  Antes  :  i.  Illyriens  ou  Slaves  méridionaux  ou 


i 


(  ''9>  ) 
ilaues,  en  général,  divisés  en  Serbes,  Bulgares,  Bosnia- 
ques i  Croates  ,  Morlaqties ,  Monténégrins  et  Esclavo- 
niens  ;  ils  sont  désignés  par  le  verl  jaunâU*e. 

9.  Rosses ,  qui  se  divisent  en  Ruthènes  (Russien- 
nés  ou  Rousniacs  )  et  qui  habitent  le  midi  de  là  Rus- 
sie, re5t  de  l'ancienne  Pologne,  le  midi  de  la  Lithua- 
nie  et  le  nord-est  de  la  Hongrie  >  et  dont  les  Cosacs 
font  partie.  Ils  sont  la  rentable  souche  de  tous  les  peu- 
ples slaves,  et  pour  cette  raison  ils  sont  désignés  par  le 
vert  pur.  Les  Russes  sont  en  outre  partagés  en  Moscovites 
ou  Russes  proprement  dits,  ou  Grands-Russes;  et, 
comme  ceux-ci^  sont  fortement  mêlés  de  Finnois.  On 
leur  a  donné  une  couleur  vert-brun. 

(b)  Slovènes  ou  Sclavines  (vert  bleuâtre] ,  qui  com- 
prennent les  Polonais  (sur  les  bords  de  la  Vistule  et  de 
la  Warlha)el  les  Czecbo-Slovacs,  nations  qui  toutes  les 
deux  luttent  pour  conserver  leur  nationalité,  l'une 
contre  les  Russes,  l'autre  contre  les  Allemands  et  les 
Magyares. 

Enfin ,  au  milieu  des  Slaves,  et  protégés  par  de  vas- 
tes marais,  nous  trouvons  les  Lettons,  qui  à  leur  tour 
n*ont  conservé  qu'avec  peine  leur  nationalité  contre 
les  Polonais.  Leur  langue,  sœur  germaine  du  sanscrit 
et  des  langues  pélasques  ,  leur  a  fait  donner  une  cou- 

« 

leur  analogue  :  c'est  la  teinte  jaunâtre. 

Maintenant,  si  nous  nous  reportons  d'un  autre  côté, 
nous  trouvons  les  extrémités  boréales  et  orientales  de 
l'Europe,  les  contrées  limitrophes  de  la  Sibérie  et  les 
plaines  de  la  Hongrie  habitées  par  des  peuples  de  la 
race  finnoise,  qu'un  appelle  maintenant  ouralicnne , 
ougrienne  (ou  tschoude).  Tels  sont  les  Magyares  ou 
Hongrois  proprement  dits,  les  Finlandais,  les  Esthons 
les  Lapons,  et  celte  foule  de  peuples  placés  le  long  du 


(  29«  ) 
Volga  et  de  la  chaîne  de  l'Oural ,  doot  le  type  s'efface 
de  plus  «D  plus»  absorbé  qu'il  eat  par  l'éléinent  niMe. 
Leur  couleur  dislinctÎTe  »ur  la  carie  est  le  brup. 

Au  midi  de  ceux-ci  s'étendeot  les  vastes  contrées 
habitées  par  les  Turcs  (couleur  lilas),  que  l'on  divise: 
1®  en  Ottomans  ou  Turcs  proprement  dits^vifant  épars 
dans  la  Turquie  d'Europe»  mais  formant  le  noyau  de  la 
population  de  l'Anotolie;  a*  en  Tatars  \^ou  Tartars) 
proprement  dits  »  répandus  depuis  les  hauts  plaieaaz 
de  rOural  jusqu'aux  montagnes  du  Caucase  et  du  dî- 

« 

ban  ,  et  depuis  les  bouches  du  Danube  jusque  dans  la 
Sibérie  et  la  Tartane. 

Qqatre  nuances  de  bleu  distinguent  les  Keltes ,  mol 
que  l'on  écrit  et  prononce  trop  souvent,  mais  à 
tort»  en  français  Celtes.  Les  Keltes  comprennent  ; 

Les  Gaèls»  divisés  en  Erses  ou  Irlandais»  et  en  Caldo* 
nacs  ou  Écossais»  qui  habitent»  les  premiers  l'Irlande, 
les  seconds  les  montagnes  de  l'Ecosse. 

Les  Kymres  »  dont  les  sous -branches  sont  les 
Gallois  daûs  la  principauté  de  Galles»  et  les  Br^ons 
dans  l'ancienne  Armorique. 

Les  Wallons,  dont  la  couleur  indique  )e  mélange  des 
Kelles»  des  Romains  et  des  Germains,  mélange  qui 
s'est  fait  depuis  les  temps  les  plus  reculés. 

Enfin»  lesGaulois  ou  Français  proprement  dits»  dans 
la  composition  desquels  sont  entrés»  outre  les  Keltes» 
les  Ibères,  les  Romains  et  plusieurs  peuples  germani- 
ques »  surtout  les  Francs ,  les  BourguigAons  >  les  Visi* 
golhs  dans  le  centre,  les  Saxons»  les  Normands  »  les 
Ripuariens  et  les  Allemands  proprement  dits,  1q  loiig 
des  frontières  et  des  mers. 

Les  Celles ,  d'abord  romanisés  ,  se  ^ont  mêlés  aux 
Germains.  Ce  mélange  est  indiqué  par  une  fusion  des 


(  «95  ) 
trois  couleurs  bleue,  jaune  el  rouge  ;  mais  on  a  tâché  de 
faire  dominer  dans  les  contréesles  plus  fertiles,  le  long 
des  rivières,  la  couleur  du  dernier  conquérant  qui  a  re- 
foulé les  vaincus  vers  les  hauteurs  et  dans  les  monta- 
gnes. 

Dans  le  midi,  où  lesGoths,  quoiqu'ils  en  aient  été  les 
n^altred  pendant  plusieurs  siècles ,  n'étaient  pas  assez 
nombreux  pbur  pro<luire  un  changement  notable  sur 
la  nationalité  gallo-romaine ,  la  couleur  rouge  des  Ger- 
mains s'éteint  pour  laisser  le  dessus  au  jaune  ,  couleur 
qui  représente  la  race  romaine;  tandis  que  le  bleu  , 
couleur  keltique»  devient  très  saillant  dans  le  Bugey 
et  la  Bresse ,  parce  que  les  dialectes  de  ces  provinces 
ont  conservé  un  grand  nombre  de  mots  kelliques. 

Les  Basques  sont  désignés  par  le  vert  de  gris  (  cou- 
leur de  la  race  ibérienne  )  i  un  mélange  de  cette  cou- 
leur avec  le  jaune  indique  que  dans  la  Gascogne  ou 
Baskogne  (  Vascogne  ) ,  la  branche  romaine  a  été  gref- 
fée sur  une  tige  ibérienne* 

En  Espagne,  il  existe  des  rapports  analogues;  maià 
l'élément  arabe  y  devient  prédominant  dans  les  pro- 
vinces méridionales. 

En  Afrique ,  on  a  désigné  par  le  vert  de  gris  les  Ber- 
bers  (  Ibères),  dont  les  Kabayleset  les  Zouaves  font 
partie  ;  ç&  et  là  cette  couleur  lire  sur  le  bleu  noirâtre  , 
couleur  des  Arabes  ,  qui ,  coûquéramls  de  ces  contrées , 
s'y  sont  maintenus,  surtout  dans  les  plaines. . 

En  Syrie,  on  trouve  dsns  les  gorges  et  sur  les 
hauteurs  inaccessibles  du  Liban  plusieurs  peuplades 
sémitiques^  comme  les  Druseà,  les  Maronites,  les  No- 
eairis,  qui ,  en  opposition  avec  les  Arabes  nomades  de 
la  plaine,  y  ont  des  demeures  Qxes,  e(  ont  su  Conserver 
leuf  indépendance  et  leur  religion  contre   les  Croi- 


(  "94  ) 
ses  el  les  Mongoles ,  aussi  bien  que  contre  les  sultans 
de  Conslaniinople  et  du  Caire.  Un  rouge  analogue  au 
carmin  rappelle  que  les  Perses  ont  une  origine  com- 
mune avec  les  peuples  du  centre  de  TEurope»  origine 
prouvée  par  la  comparaison  des  langues  germanique, 
romane ,  slave  ,  avec  lé  zend  et  le  sanscrit. 

Enfin,  le  groupe  des  peuples  caucasiens  termine  le 
tableau.  Ce  sont  les  Arméniens,  les  Géorgiens ,  di- 
vt^rses  peuplades  du  Daghestan.  lesOssètes^  ancêtres 
des  Mains  ,  qui  dévastèrent  l'Europe  en  même  temps 
que  les  Vandales  »  el  les  TscherLesses  et  les  Abasses, 
ces  héros^qui  depuis  dix  ans  disputent  les  Thermopj- 
les  de  l'Asie  au  vainqueur  de  la  Pologne. 

Cartes  en  reliefs 


On  sait  que  Ton  doit  à  un  Français»  Pierre  Lartigue  » 
premier  ingénieur  hydrographe  de  la  marine  «  Theu- 
reuse  idée  de  représenter  en  relief  plusieurs  parties  de 
notre  globe.  Ces  reliefs,  exécutés  sur  des  projections  plus 
ou  moins  convexes,  et  quelquefois  planes  suivant  Té- 
tendue  des  régions  qu'ils  embrassent,  furent  modelés 
par  lui  en  plâtre  et  en  cire ,  parfois  aussi  en  argile. 

Nous  avons  de  ce  célèbre  hydrographe  des  reliefs 
représentant  TEurjûpe,  TAmérique,  la  France  «  la 
Suisse  et  d'autres  contrées.  Dans  sa  carte  de  l'A- 
mérique ,  cet  artiste  hydrographe  s'est  attaché  par- 
ticulièrement à  faire  connaître  le  sol  sous-marin  que 
la  mer  recouvre  de  ses  eaux.  C'était. une  des  ques- 
tions les  plus  diûiciles  à  résoudre  »  el  cependant  il 
est  parvenu  à  nous  donner  une  idée  assez  exacte 
de  ses  profondeurs. ou  vallées,  vastes  bassins  bordés 


(  29>  ) 

de  chaînes  de  montagnes  d'où  s'élèvent  des  sommets 
qui  peuplent  soaslenom  dlles  l'entrée  du  golfe  du 
Meiîque. 

Sous  l'empire  .  M.  Lartigue  présenta  à  diverses  expo- 
sitions publiques  du  Masée  ses  reliefs,  fruits  d'un  tra- 
vail long  et  pénible.  Il  voulait  par  ce  procédé  propager 
et  étendre  l'étude  de  la  géographie  en  frappant  ainsi 
Tœil  en  même  temps  que  l'intelligence.  Hais  les  dé^ 
penses ,  l'emba'vras ,  les  risques  qu'exigeait  Texécu- 
lion  de  pareils  reliefs ,  en  portaientla  valeur  commer- 
ciale à  un  prix  trop  étevé  pour  renseignement;  et  son 
procédé  n'eut  pas  ou  presque  pas  d'imitateurs. 

DepuisLartigue,  on  a  faitdenouveauxet  grands  efforts 
pour  arriver,  au  moyen  d'une  fabrication  plus  simple 
et  moips  dispendieuse,  à  établir  des  reliefs  semblable^, 
au  meilleur  marché  possible. 

L'Allemagne  et  surtout  la  Prusse  Sont  parvenues  à 
vaincre  en  grande  partie  les  difficultés  par  lemploi  de 
pâte  de  carton  plus  facile  à  manier  ,  et  surtout  moins 
fragile* 

Aujourd'hui  la  France  elle-même  a  imité  l'exemple 
des  Allemands,  et  nous  jouissons  aussi  des  avantages 
de  la  fabrication  des  reliefs  en  pâte  de  carton  ,  qui ,  il 
faut  l'espérer^  vont  contribuer  puissamment  à  faciliter 
et  à  étendre  le  goût  de  la  géographie  ;  car,  on  n'en 
saurait  douter ,  le  prix  modique  de  ces  cartes ,  leur 
format  commode  et  léger ,  et  au-dessus  de  tout  leur 
clarté ,  les  feront  rechercher  et  adopter  pour  l'ensei- 
gnement. 

C'est  à  M.  Bauer  Keller  que  nous  sommes  redevables 
de  cetlenouvelle  branche  d'industrie  scientifique.  Nous 
avons  isous  les  yeux  des  cartes  du  Mont-Blanc ^  de  la 
Sm'sse  et  de  YEiimpe,  On  nous  promet  incessamment 


(  a^G  j 

celles  de  la  France ,  de  Y  Allemagne  el  de  XAngleîerr^. 
Ce3tle  commexiceinentd'noe  collection  qu'ilseraiti  dé* 
sirer  qu'on  adoptât  dans  nos  écoles,  et  surtout  dansnos 
établissements  universitaires  %  parce  que  ce  systènae 
donne  une  idée  assez  juste  de  la  cotifiguraiion  da  50L 

Ces  reliefs,  qui  peuvent  être  mis  dans  le  commerce 
au  prix  de  1  a  ii  si5  francs ,  et  çuipar  la  facilité  da  pro^ 
cédé  employé  à  leur  fabrication  seront  livrés  peut-être 
an  jouribeaucoupmeilleurraarchéyofrpentparla  variété 
des  couleurs  et  Tapplication  de  teintes  propres  à  cha- 
que localité»  une  clarté  et  une  netteté  complètes.  Ce 
quil  y  a  seulement  à  redouter  pour  la  science»  c'est 
que  ce  procédé  peut  et  doit  nécessairement  amener 
parfois  dans  l'ezécution  quelques  défauts  d'exactitude 
matbémalique  ;  mais  ilfaulespérer  que  M.  Baner  KeUer, 
qui  a  appelé  à  son  aide  M.  Ober  Huiler,  déjà  connu  par 
sa  c^rle  etbnograpbique  de  l'Europe ,  arrivera  à  per- 
fectionner ce  nouveau  mode  d'enseignement. 

Le  relief  de  la  Suisse  est  accompagné  d'une  carte 
plane  coloriée,  sur  laquelle  sont  imprimés  les  noms 
de  toutes  les  montagnes  remarquables»  et  d'une  pe- 
tite brpcliure  explicative  dont  la  rédaction»  entière«> 
ment  nouvelle  ,  a  été  revue  par  M.  Eyriès»  membre  de 
lilnslitut  et  de  la  Société  de  géographie. 

B.  w  B. 


(  «97  ) 


"m  I  m^ 


DEUXIEME    SECTION. 


Actes  de  la  Société. 


EXTRAIT  DES  PROCÈS-VERBAUX   DES  SÉANCES. 


rRÈSIDBNCB    DE    M.    JOMABD. 


Séance  du  16  septembre  1849. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

M.  Adolphe  Barrol,  consul-général  de  France  dans 
rindo-CbiDe,  remercie  la  Société  qui  vient  de  Tad- 
mettre  au  nombre  de  ses  membres,  et  il  lui  annonce 
qu'il  s'occupe  de  mettre  en  ordre  les  divers  matériaux 
qu'il  a  rapportés  de  ses  voyages  pour  lui  offrir  ce  tra- 
vail. 

M.  le  colonel  Jackson ,  secrétaire  de  la  Société 
royale  géographique  de  Londres,  annonce  qu'il  a 
reçu  les  médailles  décernées  par  la  Société  à  M.  Dease 
et  à  M.  le  chevalier  de  Schomburgk,  et  qu'il  s'empres- 
sera de  transmettre  à  ces  deux  voyageurs  ces  honora- 
bles récompenses. 

M.  Pickering,  secrétaire  de  la  Société  américaine 
des  antiquaires  de  Boston  ,  écrit  à  la  Société  pour  la 
remercier  de  l'envoi  de  ses  publications  si  utiles  aux 
progrès  de  la  science.  Cette  lettre  est  iransmise  à  la 


(  5oo  ) 

M.  Corlambert,  membre  de  la  Société,  adresse  on 
numéro  de  la  Revue  de  rinstructioti  publique  ,  où  il  a 
présenté  sur  l'enseignement  de  la  géographie  quelque 
observations  qu'il  serait  heureux  de  voir  obtenir  les 
suffrages  de  ses  collègues. 

Le  même  membre  soumet  à  la  Commission  centrale 
une  proposition  dont  le  but  serait  d'honorer  ta  mé- 
moire de  l'amiral  d'Urville  en  donnant  son  nom  à  la 
rue  qu'il  habitait  avant  sa  mort.  Il  pemse  que  l'admi- 
nistration accueillerait  avec  empressement  la  demanda 
que  la  Société  lui  adresserait  i  ce  sujet. 

M.  Roux  de  Rochelle  communique  une  lettre  qu'il  a 
reçue  de  M.  Perroltet,  voyageur*botaniste*agricuiteur 
du  gouvernemenL 

M.  Perrottet  remercie  la  Gommissioâ  qui  a  Eatt  U 
rapport  sur  le  prix  fondé  par  Mer  le  duc  d'Orléans  « 
pour  la  bienveillance  avec  laquelle  le  rapporteur  a  rap- 
pelé ses  voyages  et  loué  ses  efforts  pour  importer  en 
France  des  plantes  utiles  à  l'agriculture  et  à  l'induairie. 
M.  Perrottet  annonce  qu'il  va  entreprendre  un  noa«> 
veau  voyage  dans  les  Indes  orientales  en  passant  par 
l'Egypte  et  Suez;  il  serait  heureux  de  mérilor  encore 
les  éloges  de  la  Société.  Ce  sera  vers  ce  but  qu'il  diri^ 
géra  ses  recherches.  Il  dés^ire  également  se  rendre  utile 
à  l'industrie  sérigèn^ ,  qui  est  aujourd'hui  l^objet  de 
la  sollicitude  et  des  préoccupations  do  M.  le  ministre 
de  l'agriculture  et  du  commerce»  M.   Perrottet  joint  à 
sa  lettre  trois  exemplaires  d'un  Mémoire  qu'il  a  publié 
en  i8&5  sur  deux  espèces  de  mAriers  ♦  le  Morua  nuilti-» 
caulis  et  le  Morus  in<lica,  qu'il  a  introduiles  en  Fk*ance« 
L'un  est  desifiné  k  la  Société»  et  les  dctix  autres  h  son 
président,  M.  Cunin*Gridaine,  ministre  de  l'agi^caU 
ture  et  du  commerce. 


(  3oi   ) 

M^  Jomiird  présenta ,  au  notn  de  11.  le  chavalier  de 
Balbi  f  un  Recueil  en  5  volumes  de  se9  écriU  géogra- 
phiques >  slalisUque»  et  mélanges ,  publiés  en  italien 
par  son  fils ,  Eugène  Balbi;  et  au  nom  de  M.  Gallatin» 
ancien  ministre  plénipotentiaire  des  États*Unis  en 
France  »  un  Tableau  des  tribus  indiennes  de  TAmérv* 
que  du  Nord,  publié  dans  le  tome  II  des  Transactions 
de  la  Société  américaine  des  antiquaires.  M.  Roux  de 
Rochelle  est  prié  de  rendre  compte  de  ce  dernier  cu- 
rage. 

M.  d*Ave%ac  lit  un  Mémoire  sur  les  lies  fantastiques 
de  rOcéan  occidental. 

Séance  </«  si  octobre  1849. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

L'Académie  rojale  des  sciences  de  Berlin  adresse  & 
la  Société  le  volume  de  ses  Mémoires  pour  l'année 
1840,  ainsi  que  les  comptes-rendus  de  ses  séances  da 
mois  de  juillet  \à^i  au  mois  de  juin  1843;  elle  re- 
mercie en  même  temps  la  Société  de  l'envoi  des 
tomes  XV  et  xvl  de  son  Bulletin. 

M.  le  professeur  Reinganupa  écrit  à  la  Société  pour 
lui  faire  hommage  du  1*'  volume  de  son  Histoire  des 
cartes  géographiques  des  Anciens»  ainsi  que  dun  Mé-* 
mcâre  qu'il  vient  de  publier  sur  l'Ile  de  Sicinos, 

M.  Fr.  Lavallée  écrit  à  la  Société  pour  lui  rappeler 
divers  envois  qui  ne  sont  pas  parvenus  à  la  Commis- 
sion centr««Ie  y  et  il  lui  adresse  une  Notice  historique 
et  géographique  sur  Trinidad  de  Cuba,  Ce  document, 
que  M.  Lavallée  regarde  comme  le  plus  nouveau  et  le 
plus  complet  qui  eù&le  sur  ce  point  central  de  Tlle» 
est  rcnvové  au  comité  du  Bulletin. 


(  5o4  ) 

que  du  Nord,  ivol.  in-8,  -—Par  M,  Perrottet  :  Observa- 
tions sur  le  Morus  muhicaidis  et  sur  une  nouvelle  espèce 
voisine ,  in-8.  — *  Par  M,  de  Castelnau  :  Vues  et  sou- 
venirs de  l'Amérique  du  Nord,  4*  Hv,— Par  V Académie 
de  Berlin  :  Mémoires  de  cette  Académie  pour  1 84o. 
—  Comptes-rendus  des  séances  de  juillet  i84i  â  juin 
i84s«  — Par  M^  Bein ganum  :  GQ%cïi\c\tie  der  Erd-und 
L^nderabbildungen  der  Alten  bezoders  der  GrieclieD , 
1  vol.  in-8/ 1 85g. — Die  Sporadeninsel  Sikinos  Bin  Bei- 
trag  zur  bellenischen  Alterskumskunde,  in-8,  i8?»9. — 
Par  les  auteurs  et  éditeurs  :  Journal  de  la  Société  asia- 
tique de  Londres  ,  m  i5. —  loumal  asiatique,  juillet  et 
août.  —  Bulletin  do  la  Société  économique  des  Amis 
du  pays  de  Valence,  n"*'  i  à  9.  —  Nouvelles  annales 
des  voyages»  juillet,  août  et  septembre,  —  Annales 
maritimes,  août  et  septembre.  — Revue  scientifique  • 
juillet,  août  et  septembre.  —  Bulletin  de  la  Société  de 
géologie  ,  tome  KIII ,  feuilles  aS  à  s6.  —  Annales  de 
géologie»  juin  et  juillet.  —  Journal  de  l'In-stilut  bisto- 
rique,  juillet»  août  et  septembre, —  Recueil  de  la  So- 
ciété polytecbnique»  juin  et  juillet.  — Journal  des  mis- 
sions évangéliques»  août^  septembre  et  octobre.  — 
Mémorial  encyclopédique .  juin  et  septembre.  —  L*É- 
cbo  du  Monde  savant 

ËRBATA  du  Bulletin  du  mois  de  juin. 

Page  36 1 ,  ligne  33,  au  lieu  de  a  adopté  ici  ,  lisez  imss  oc  ii4Pi>oftT. 

—  Âlez.  Mjikeiisie,  —    Alex.  Makenzîe. 

—  fS3o,  —>   i8i8. 

—  —    rOrampo. 
*~         Caz0nl,               -^  Caroni. 

—  connus,  —  connvet. 

—  jësuite  astronome,—  jésuite  et  asirononip. 

—  \  «*-  anpprimcK  #«. 

—  et  apprécier,        —  e(  a  apprécier. 


■^^ 

364, 

•^ 

16, 

— 

365, 

— 

i3, 

— 

370, 

— 

6, 

— 

371, 

— 

3, 

— 

M^ 

— 

». 

— 

375, 

— 

9, 

— 

id.y 

— 

•4> 

— 

376, 

— 

•4, 

BULLETIN 


D£    LA 


SOCIÉTÉ  DE  GEOGRAPHIE 


HOVKIOIBB  1849* 


PREMIERB    SECTION. 


MÉMOIRES.  EXTRAITS,  ANALYSES  ET  RAPPORTS. 


Dissertation  etoGî^kvniQVE  sur  un  passage  cle  Constantin 
Porphyrogenète  concernant  les  fleuves  du  Palus^Meotis 
et  r existence  d* un  second  détroit  nommé  Bourlik»  don^ 
nant  issue  aux  eaux  de  la  mer  (PAzof  dans  la  mer 
Noire ^  par  Guillaume  Plate,  membre  de  la  Société 
de  géographie, 

(  Comnuniqiif  par  M.  B.  du  B   ) 


La  démonslration  de  Tezistence ,  à  une  époque  déjà 
éloignée  de  nous ,  d^un  second  canal  par  lequel  la  mer 
d'Azof  aurait  déversé,  même  encore  au  moyen-âge»  ses 
eaux  dans  la  mer  Noire,  nous  a  semblé  d'un  iiitérêt 
assez  grand  pour  mériler  les  recherches  de  la  science 
critique.  Si  ce  fait  était  prouvé  et  reconnu ,  à  lui  se  rat- 
cheraîent  une  foule  de  questions  de  In  plus  haute  im- 

XVIII.    NOVKMBRR.    I.  'JO 


(  5o6  ) 

portance  pour  Vhisloire,  la  géographie,  la  géologie, 
la  navigation  ,  et  le  commerce  lui-même. 

hê  Méoioire  de  ffL  Plafé  éUil  d^ji  iii||>n«i|  «p  entier  Urtqne 
le  5*  ▼oluroe  du  grand  et  bel  ouvrage  de  M.  Dubois  de  Montpé* 
reux  qui  vient  de  paraître  avec  le  millésime  de  i843  (i)  nous  fat 
communiqué.  Ce  volume ,  qui  est  aceompagoé  de  planches ,  pu- 
bliées a  N«uehâtel  en  Suisse ,  comprend  la  partie  des  voyagea  de 
Fauteur  dans  la  Crimée  et  la  presqu'île  de  Taman.  La  question 
relative  à  FéUt  actuel  des  localités ,  à  la  formation  éfi  Bosphore 
cimmérien  et  à  la  première  rupture  de  la  barrière  qui  a  pu 
exister  entre  la  mer  d*Azof  et  la  mer  Noire  y  est  traitée  avec  bceu- 
coup  de  détails.  La  carte  qui  accompagne  ce  volume,  et  sur  la~ 
quelle  nous  regrettons  de  n*avoir  pas  trouvé  d'échelle  ^  donne 
l'opinion  de  l'auteur  sur  l'état  des  lieux, 

1®  A.  la  fin  de    l'époque  de  la   formation  des  terrains  ter- 
tiaires ; 

91*  Après  le  soulèvement  des  terrains  tertiaire^ ,  et  avant  les 
éruptions  des  volcans  de  houe  ; 

3^  Avant  les  temps  historiqueSi  à  l'époque  où  les  volcans  4e  boue 
ont  commencé  à  former  une  polynésie ,  polynésie  composée  d'îles 
qui  y  ainsi  que  les  continents  voisins,  ont  pris  chaque  jour  plus 
de  développement  et  d'extension ,  et  ont  fini  par  se  lier  entre 
elles  et  avec  le  continent  caucasien  ,  par  suite  des  attérissements 
qui  se  sont  formés  et  des  dépôts  que  les  eaux  des  grands  fleuves 
ont  apportés  sur  ce  point  ; 

4^  A  l'époque  historique  y  et  particulièrement  au  commence- 
ment de  notre  ère,  temps  auquel  Strabon  écrivait  sa  géographe , 
dont  M.  de  Montpéreux  cherche  à  expliquer  le  texte  ; 

5*  fit  enfin  vient  un  tracé  comparatif  de  l'état  actuel  des 
lieux. 

€^a*l  pkis  de  neuf  eents  ans  après  Sirabon  qtie  l'emperenr  Ce»* 
siantin  Forphyvogenète  écrivait  ses  préceptes  à  son  fil».  M.  Plaié 

(i)  Le  voyage  de  M.  de  Montpéreux  a  remporté  en  i838  le  prix 
fond^  par  la  Société  de  géographie. 


(  5o7  ) 

tcDd  à  prouver  que,  à  celte  époque,  let  attérissémeon  o'avâienl 
p«  encore  entièrement  fermé  tontes  les  issues  qui,  en  dehors  du 
véritable  camiou  Bosphore  eimmérien ,  auraient  précédemment 
existé  entre  les  deux  mers.  M.  Plate  en  trouve  une  preuve  évi- 
dente dans  le  texte  de  Constantin  Porpbyrogenète,  qu'il  appnre 
«woredes  textes  de  Strabon  et  de  Pomponîos  Mêla;  fl  pense 
même  que  Ptolémée  et  Pline  n'ont  pas  entièrement  ignoré  Pexîs. 
tenoe  de  cette  issue ,  que  Constantin  désigne  sons  le  nom  dé 
Bourlik. 

On  voit  par  Ponvrage  de  M.  Dubois  que  ce  voyageur,  loin 
de  contredire  M.  Plaré ,  apporte  au  contraire  des  preuves  plus 
anthettliques  encore  (l'étude  des  lieux)  pour  confirmer  l'assertion 
de  M.  Plate  sur  l'existence  d'un  second  canal,  au  moins  quant 
au  temps  où  vivait  Siraboo.  Seulement  si  nos  deux  écrivains  sont 
d'accord  sor  un  point ,  celui  de  l'existence  de  ce  second  canal 
entre  la  mer  d'Azof  et  la  mer  Noire ,  il  y  a  cependant  dissidence 
entre  eux  sur  le  point  où  se  trouvait  à  ces  époques  historique 
cet  autre  débouché  du  Palus-Méotis. 

Dans  sa  carie,  M.  de  Montpéreux  signale  comme  là  deriiière 
communication  existant  encore  à  Tépoquede  Strabon  en  dehors 
de  la  partie  sep:enlrîonale  du  Bosphore ,  celle  qui  serait  aujour- 
d'hui remplacée  par  une  suite  de  lagunes  et  dé  tei'res  basses  et 
marécageuses  situées  un  peu  au  N.-O.  du  village  de  Témrouk 
dans  Pisthme  de  ce  nom  »  entre  te  goife  ou  Limmi  dt  Tenif*ak 
au  N.«<£< ,  et  le  lac  de  Temrouk  ou  Liman  tfjfianiz  au  S.«0. 

A  l'époque  de  Strabon  ,  le  Kouban  aurait  déversé  sea  eaux 
dans  ce  même  lac  d'AftaniZ|  dont  la  seule  issue  probable  du  côté 
du  Pont-Euxin  se  serait  trouvée,  toujours  suivant  Bl.  de  Montpé- 
reux, aboutir  par  l'isthme  d'Alibey  à  la  baie  de  Taman^  pour 
rejoindre  le  Poot-Euxin  conjointement  avec  les  eaux  du  Bos* 
phore. 

M.  Plate  pense  au  contraire  que  la  dernière  issue  existant  pa- 
rallèlement a  la  partie  septentrionale  du  Bosphore  'aurait  été 
placée  directement  entre  la  mer  d'Azof  et  la  baie  de  Taman  à 
l'isthme  de  Rhonm. 

Quelle  que  soit  la  dissidence  d'opinion  des  deux  écrivains  mo* 


f  5o8  ) 

dernes,  ils  semblent  se  réunir  pour  prouver  Tel itteooc  d*uD  teciMHl 
canal  entre  la  mer  d*Azof  et  la  mer  Noire,  et  leurs  disaertatioiis 
deviennent  une  source  de  lumière  pour  Texplication  de  plasienrs 
auteurs  de  l'antiquité.  Ainsi,  il  j  aurait  «ujourd'hui  aooofd  parfait 
entre  Strabon ,  Pomponius  Mêla,  Ptolémée,  Pline,  ConstastiB 
Porphyrogenète  ,  et  MM.  Plate  et  Dubois  de  Monipéreaa  sor 
l'existence  ancienne  d'une  double  issue  entre  le  Palus-Méotis  eC 
le  Pont-Euzin ,  issue  ou  canal  que  rempereur  de  Byianoe  appel- 
lerait Bourlik. 

Pour  vider  cette  grande  question  géologique  et  bistoriqae  y  il 
faut  avoir  recours  au  grand  et  bel  atlas  publié  aujourd'hui  par 
M.  de  Montpéreux ,  et  particulièrement  à  sa  carie  ancienme  ei 
moderne  de  i'extrémité  iie  la  presqu'ile  de  KerUih,  et  de  celle  de 
Taman  avec  une  partie  de  la  CircassiCy  carte  dressée  en  1 835. 

B.  DU  B. 

C'est  près  des  rives  du  Bosphore  que  s'élevaient  ces 
magnifiques  colonies  grecques  rivales  de  Smyrne  et  de 
Marseille  ;  c'est  là  que  les  Gotbs  totraxitcs  surent  con- 
server leur  nationalité  lorsque  déjà  depuis  huit  siècles 
leurs  frères  en  Espagne  avaient  échangé  le  nom  de  leurs 
ancêtres  contre  celui  du  peuple  vaincu  ;  là  enfin .  les 
nations  da  moyen-fige  vinrent  admirer  la  splendeur 
de  KaJDPa ,  cette  célèbre  colonie  de  Génois ,  surnom* 
mée  la  petite  Gonstantinople.  Ces  contrées  méritent 
donc  à  tous  égards  de  fixer  notre  attention.  Elles  ont 
été  le  but  des  recherches  et  des  études  des  géographes 
les  plus  célèbres  des  temps  modernes  .  et  le  gouverne- 
ment russe  lui-même ,  dans  son  désir  d'encourager 
les  travaux  sur  l'histoire  et  les  antiquités ,  ne  vient-il 
pas  de  changer  les  noms  ta  tares  de  plusieurs  villes  pour 
leur  rendre  ceux  qu'elles  portaient  aux  temps  des  Grecs 
et  des  Romains  1 1  Si  l'on  peut  quelquefois  restituer  à 
certaines  localités  leurs  noms  anciens^  il  n'est  pas  aussi 


(  5o9  ) 
facile  de  reconnaître  et  de  constater  la  forme  du  sol 
que  ces  localités  présentaient  jadis.  Déjà  Strabon  et 
Pline  ont  su  apprécier  les  changements  qu'avaient  su- 
bis de  leur  temps  les  rivages  de  la  mer  d'Aisof.  Aujour- 
d'hui cette  mer  est  devenue  pour  les  géologues  un  but 
spécial  d'étude.  Les  formes  si  caractéristiques  des  nou- 
veaux terrains  que  produisent  actuellementles  attérisse- 
ments,  ont  attiré  leurs  réflexions.  Ces  terrains,  ainsi 
que  plusieurs  langues  de  terre  d'une  étendue  souvent 
fort  considérable  ,  ont  une  analogie  frappante  avec  ces 
barrières  qui ,  dans  le  golfe  du  Mexique ,  enferment  de 
vastes  étangs  entre  la  mer  et  la  côte,  ou  avec  celles  qu'on 
voit  aussi,  quoique  de  dimensions  plus  petites,  entre 
Agde  et  les  embouchures  du  Rhône ,  dans  les  lagunes 
de  Venise,  ou  dans  la  Prusse  orientale  sur  les  côtes  de 
la  mer  Baltique. 

La  prédiction  des  géographes  anciens,  que  lePalus- 
Méotis  cesserait  bientôt  d*être  une  mer,  était  assuré- 
ment hasardée  ;  mais  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  cette 
présomption  avait  quelque  fondement ,  puisque  la  na- 
vigation y  trouve  déjà  des  obstacles  qui  vont  chaque 
jour  croissant.  Celte  circonstance  ne  peut  même  rester 
sans  influence  sur  le  projet  d'un  canal  entre  la  mer 
d'Azof  et  la  mer  Caspienne,  canal  que  le  gouvernement 
russe  exécutera  sans  doute  tôt  ou  tard  dans  l'intérêt 
de  son  conmierce  et  de  sa  navigation. 

Quel  serait  en  efl'et  le  résultat  de  nos  recherches,  si 
nous  parvenions  à  prouver  que  les  sables  et  le  limon 
dont  la  mer  d'Azof  charrie  d'aussi  prodigieuses  quan- 
tités, ont  fermé  une  partie  de  ce  même  Bosphore,  dont 
le  passage  ofl'rait  une  double  issue,  l'un  sous  le  nom  de 
Bosphore  qui  existe  encore  ;  l'autre,  sous  le  nom  de  Botir- 
lik^  fermé  depuisic  moyen  âge  ?  N'aurait-on  pas  à  crain  - 


[  5io  ) 

dre  ou  à  espérer  encore  de  noufeaui  changementi  ? 
Car  ai  le  seul  canal  qui  existe  aujourdlitti  venail  à 
s'encombrer*  que  deviendrait  la  navigation»  el  quel 
serait  le  moyen  d'obvier  à  cet  inconvénient  ?  D'un  au- 
tre côté,  les  eaux ,  continuellement  augmentées  par  les 
flots  du  Don ,  ne  devront-elles  pas  se  frayer  un  autre 
passage,  et  ne  peut-on  pas  prévoir  que  la  mer  d'Azof  se 
dégorgera  de  nouveau  un  jour  par  ce  même  Bourùk  ou 
canal  •  dont  aujourd'hui  aous  ne  voyons  plus  que  le 
lit  desséché?  Prouver  que  ce  deuxième  Bosphore  a 
exîaté,  tel  est  le  but  principal  du  Mémoire  que  nous 
avons  rhonneur  de  soumettre  aux  lumières  de  la  So- 
ciété de  géographie. 

C'est  à  l'aide  de  la  géographie  critique,  c'esl  par  Tin- 
terprétatioo  des  auteurs  anciens ,  et  parliculièremenl 
du  texte  de  Constantin  Porpbyrogenète,  que  nous  avons 
cru  veconnattre  l'aspect  qu'oflrait  autrefois  ce  déiroii 
qui  servait  de  pessAge  aux  flottes  pour  aller  écfaaager 
les  précieiiMies  productions  de  la  Grèce  contre  le  cuivre 
et  les  fourrures  de  la  froide  Sry thie. 

Nous  n'entrerons  pas  en  matière  sans  exprimer 
ici  notre  véritable  recoonaîssance  aux  personnes  qui 
09A  bien  voulu  nous  aidei*  de  leurs  savants  avis  ;  et 
nous  devons  placer  en  première  ligne  IL  Hase,  de 
rioatitut,  et  M.  Barbie  du  Bocage,  qui  nous  ont  témoin 
gné  tant  d'intérêt  dans  le  cours  de  nos  travaux. 

Le  IX*  et  surtout  le  x*  siècle  oui  été  une  époque  fa- 
tale pour  l'empire  de  Byiance,  alors  constamment 
men^eé  par  les  invasions  des.Hus6e8,  quedirigeait  l'es- 
prit de  conquête  des  Warègues  ou  Normands  leurs  do- 
minaieurs.  Fidèles  aux  habitudes  qu'ils  avaient  expor- 
tées de  leur  patrie ,  ces  hardis  conquéraints ,  sortis  de 


(5u  ) 

b  Soandin&TÎe ,  pouasaienl  à  des  guerres  maritimes 
leurs  DoiiTeaux  sujets  du  oontineût,  façODoéspar  eux 
à  l'eiistenoe  de  corsaires.  Kiew  »  alors  leur  résidence, 
était  à  cent  lieues  de  la  mer  Noire  ;  mais  en  suivant 
le  cours  du  Dniepr  sur  lesbords  duquel  elle  était  située» 
il  fallait  pour  arriver  jusqu'aux  rivages  de  la  mer  par-* 
courir  le  double  de  celte  distance.  C*est  cependant  à 
Riew  môme  que  les  Russes  armaient  leui*s  flottes  redou- 
tables. Ils  descendaient  le  Dniepr»  bravaient  les  em- 
buscades des  Patxénègues»  habitants  des  plaines  qui 
avoisîaent  Temboucbure  de  ce  fleuve»  pénétraient 
dans  la  mer  Noire,  et  venaient  planter  leurs  étendards 
jusque  sous  les  murs  de  Constanlinople.  Alors«  comme 
aujourd'hui  »  les  souverains  de  l'Orient  tremblaient  au 
nom  et  à  l'approche  des  nations  qui  peuplaient  la 
Russie. 

Pour  opposer  une  digue  à  ces  redoutables  pirates  , 
les  empereurs  de  Byzance  avaient  grand  soin  de  for- 
mer des  alliances  avec  les  Patzénègues  et  les  Khasars» 
dont  l'empire  s'étendait  depuis  le  Don  jusqu'au-delà 
du  Jalk. 

L'empereur  Constantin  Porphyrogenète»  en  louant 
à  son  fils  son  livre  De  administrando  ùnperio^  lui  recom- 
mande vivement  ces  alliances»  dont  il  s'efforce  de  rendre 
l'utilité  évidente  en  appelant  l'attentiondu  jeune  prince 
8ur  la  position  géographique  des  pays  occupés  par  ces 
peuples.  Le  livre  de  Constantin  Porphyrogenète  est  un 
des  plus  précieux  documents  pour  la  topographie  du 
moyen-âge.  Il  a  été  le  sujet  de  plusieurs  dissertations» 
et  entre  autres  de  deux  Mémoires  qu'a  publiés  le  savant 
académicien  Bayer  (i).  Mais  Bayer  vivait  à  une  époque 

(l;  Celui  de  ces  mëmoires  quiconceriM  les  contrées  méridieiMiles 
de  la  Russie  a  élé  imprimé  dans  le  9*  volume  des  Commenlarii 
Àcademiœ  peiropolitana. 


(    5l8    ) 

où  presque  tout  le  midi  de  la  Russie  était  encore  ao 
pouvoir  des  Turks.  Il  ne  pouvait  avoir  reconra  à  des 
cartes  aussi  détaillées  que  celles  que  le  gouvernement 
russe  a  fait  publier  dans  le  courant  de  ce  siècle.  Il  ne 
pouvait  non  plus  s'aider  des  écrits  de  Pallas»  cet  illus- 
tre voyageur  qui,  sans  contredit,  nous  a  donné  la 
meilleure  description  des  pays  compris  entre  le  Don  • 
le  Volga ,  et  la  chaîne  du  Caucase.  C'est  pourquoi 
Bayer,  tout  en  donnant  l'étymologie  des  noms  anciens, 
n 'ose  sou ven  t  pas  se  prononcer  sur  les  véritables  localités 
qu'ils  désignaient  ;  quelquefois  aussi  il  tombe  dans  des 
erreurs  manifestes. 

Si  cette  observation  est  juste  et  fondée ,  c'est  surtout 
quand  il  s'agit  de  la  dénomination  actuelle  des  fleuves 
que  l'empereur  Constantin  dit  se  jeter  dans  le  Palus* 
Méotis,  aujourd'hui  la  merd'Azof. 

En  effet,  voici  comment  s'exprime  à  ce  sujet  le 
royal  auteur  byzantin ,  dont  nous  conservons  le  texte, 
en  changeant  toutefois  la  ponctuation  adoptée  par  Ban* 

durius(i). 

«  Plusieurs  fleuves ,  dit  Porphyrogenëte ,  se  jettent 
«dans  la  partie  orientale  du  Palus-Méolis.  Ce  sont  d'a- 
»bord  le  Tanaïs  qui  vient  (  des  environs)  du  château 
•  de  Sarkcl ,  et  le  K/torakotd^  dans  lequel  on  pèche  le 
1  (  poisson)  Berzéticon ,  puis  le  Bal,  le  Bourlik^  le  Kha^ 
^der  (  Khadir  ) ,  et  plusieurs  autres  rivières.  Le  canal 
9  nommé  BourUkest  une  embouchure  du  Palus^Méoits  pmr 
»  laquelle  cette  mer  prend  son  écoidemeni  dans  le  Pont» 

(  I  )  ^  Elç  ^  To  dtvfleroXixwrcf  ov  jutcpoç  t^ç  Maiurc^oç  Xifiviic 
èi9^ovTO»  iroXXoc  rivcç  irorofioi  '  o  rt  Tovaeç  Trora/ibç  9  h  àn^ 
Toù  «oçpov  £af»iX  Ipj^é^oç^  xac  rh  XwpoxovX,  iv  tt  xal  ri 
Rrp!^v}Tix^v  ôXccurrotc.    Eîffc  Sk  xai  ^rcpoi  irora|sM^ ,  0  BoiX ,  wttk  ô 


l  3i3  ) 

>  Euxin ,  à  F  endroit  même  ou  s'écoule  le  Bosphore,  Vis-h- 
»  Tis  de  la  ville  da  Bosphore  est  situé  le  château  de 
iTamatarkha;  la  laideur  du  canal  y  est  de  18  milles. 

>  Dans  le  milieu  du  canal  est  située  une  Ile  basse  et  peu 

•  considérable»  mais  longue  (fuya),  appelée  Atekh.  A  la 
9  distance  de  18  à  90  milles  du  château  de  Tamatarkha 
»«st  le  fleuve  Oukroukk  qui  sépare  l'Ile  de  Tama- 
«  tarkha  de  la  Zikhi  (  Gircassie  )  «   pays    qui  s'étend 

•  depuis  rOukroukh  jusqu'au  fleuve  Nicopsis.  » 

c  II  est  difficile»  dit  Bayer  à  ce  sujets  de  discerner  les 
noms  modernes  et  la  situation  de  ces  fleuves»  parce 
qu'il  ne  reste  plus  sur  les  lieux  aucune  trace  des 
noms  anciens.  Cependant  il  est  évident  qu'il  £aut  les 
placer  dans  l'espace  compris  entre  le  Tanals  et  le 
Rhader.  > 

Malheureusement»  le  commentateur  nous  laisse  dans 
une  incertitude  complète  sur  l'identité  du  fleuve  dési- 
gné par  le  nom  Khader.  C'est  selon  lui  une  des  em- 
bouchures par  lesquelles  le  Kouban  s'écoule  dans  la 
mer  d'Azof ,  ou  c'est  le  bras  principal  de  ce  fleuve  qui 
se  )ette  dans  la  mer  Noire. 

Bayer  ne  détermine  donc  rien»  sinon  que,  parmi  les 
fleuves  orientaux'du  Méotîs»  le  Tanais  est  le  plus  septen- 

B^u^Xtx,  6  Xojvjp  xac  oXXoc  AXcTçof  iroToe|i9i.  Ëx  A  t^ç  Motcwr/joç 
Xc^Y)ç>  cÇtp^crai  çofxcov  r^  BoupXcx  firovopaÇojtxr/ov  xat  trpoç  Tvr^  roù 
TIovTou  doXaao'acv  xaroi^pcr,  cvci>  Içcv  ô  Booiropoç  ^vrcxpù  ^  reu  809* 
irôpotj  rb  Toparop^^a  \ty6^t*w  xaçpov  içc  '  ro  A  ^laçyjpta  itcpafiaroç 
Tou  roiovTov  çofiiou  CCI  fâfXioc  nQ>  £v  ^  T^  fuau>  w\i  aûrel^v  tvi  ptcXie^v 
tç\  yiiffcov  firyoc  ^otptioXbv  »  rb  Xcyo^ov  Arc}(.  Airb  roû  Tapiarap^a 
cç(  irorotjutbç  dtirb  jukXiwv  ni ,  t)  xat  x'  Xcyojunoç  C3vxp4u^»  &  ^(flc}^c«piC«Av 
rÎTv  Zc^cocv  xai  to  Tafiarap/a,  àirb  ii  tou  Ouxpo'jy  («XpJ  *ov  Nixo- 

^c«^  troTotptou cçtv  1}  X^P^  ^^  Zi^jaç»  — t^*^  ad  min,    imp. 

edtU  de  Bandiirius.  Pai*U,  171  1  ,  in  P,    ,  J  ^  p.  >  i3. 


(  5i4  ) 

trionaU  ce  que  tout  le  monde  sait ,  taodis  que  le  Rhader 
en  serait  le  pins  méridional,  parce  que  c'est  lui  que  rem- 
pereur  nomme  en  dernier.  Cependant  un  exameD  aHen- 
tir  du  texte  nous  a  convaincu  que  Tempereur  n'énu- 
mère  pas  ces  fleuves  dans  Tordre  succeésîf  o4  on  les 
rencontre  sur  le  terrain  en  partant  do  Doulpoorr  aller  as 
midî,et  cVst  pour  cette  raison  que  nous  avons  cru  devoir 
modifier  la  ponctuation  adoptée  par  Bandurius.  Eo  effet, 
ne  semble  *t-ii  pas  qu'en  mentionnant  de  prime  abord 
le  Tanais  et  le  Khoi^koul ,  en  appelant  sur  eux  dès  le 
début  l'attention  du  lecteur  par  un  rapprochement 
spécial  dans  les  termes  d'une  même  phrase  ;  en  éoo- 
mérant  à  part  les  antres  rivières,  l'empereiir  ait  voalo 
désigner  les  deux  fleuves  les  plus  considérables  qai 
trouvent  leur  embouchure  dans  leHéolis,  sanss'aaso- 
jettir»  suivant  la  manière  de  Ptolémée,  à  l'ordre  rèsul- 
tant  de  leur  disposition  géographique?  Or,  parmi  lea 
fleuves  qui  se  jettent  dans  cette  mer,  après  le  Don  »  \es 
deux  grandes  branches  du  Kouban  qui  remontent  au 
nord  et  vont  déboucher  dans  le  Palus*MéolfS  ont  une 
bien  plus  grande  importance  que  le  Yéi  et  le  Béiaou , 
remarquables  seulement  par  les  lacs  que  forment  leurs 
embouchures.  Le  plus  oriental  de  ces  deux  bras  du 
Kouban  s'appelle  aujourd'hui  Kazatchei-Erik  :  il  est  le 
moins  considérable  des  deux.  L'autre,  qui  porte  le 
nom  russe  Tchernaïa^Protoka    u  Tchernoï-Protok ,  est 
d'une  largeur  presque  égale  à  celle  du  bras  principal 
du  Kouban  qui  se  jette  dans  la  mer  Noire.  U  a  même , 
près  (le  la  mçr,  plus  de  profondeur  que  ce  dernier, 
dont  l'embouchure  est  guéable ,  tandis  que  l'entrée  de 
la  Tchemaia-Proioka ,  près  du  fort  d'Atcbouief,  sert 
de  lieu  de  station  à  la  flottille  et  aux  galères  que  le 
gouvernement  russe  entretient  dans  la  mer  d'Atof. 


t  3«5  ) 

Aussi  la  carie  da  Caucase ,  publiée  à  SeinUPélersboorg 
en  i834»  range-UelIe  la  Tchemaia-Proloka  parmi  les 
graod^  fleuYea  en  la  désignant ,  comme  le  Kouba»  lui- 
même»  par  une  ligne  bleue. 

Il  semble  qu'ausiècle  de  Constantin Porphyrogenète, 
laTchemaia^fotoka  fût  plus  importante  encore  qu'elle 
ne  Test  aujourd'hui.  Le  pays  qu'elle  parcourt  est  très 
marécageux;  des  joncs  et  des  roseaux  d'une  hauteur 
prodigieuse  couvrent  les  abords  de  toutes  les  rivières  et 
de  tous  les  lacs  dont  celte  contrée  malsaine  est  cou- 
▼erte(  i);enfin»  é  l'eariiooehure  de  la  plupart  de  cescours 
d'eau  f  la  mer  d'Azof  entasse  de  grandes  quantités  de 
sable  et  de  lîmcm.  Les  deux  issues  du  lac  de  Temrouk  » 
jadis  navigables»  ne  le  sont  plus  aujourd'hui  :  partout 
la  terre  empiète  sur  l'eau. 

On  conçoit  donc  facilement  pourquoi  la  plupart  des 
caries  des  xv%  xvi*,  xvii*  et  xviii'*  siècles  que  nous  avons 
vues,  donnent  à  laTchernaîa-Proloka  une  largeur  égale 

4 

à  celle  du  Kouban  lui-même ,  et  que  sur  plusieurs  de 
ces  cartes  le  Kouban  n'offre  qu'une  seule  embouchure 
par  laquelle  il  dégorge  toutes  ses  eaux  dans  la  mer  d'A- 
zof (9). 

D'abord  l'importance  de  la  Tchernaia-Protoka  nous 
fait  croire  que  c'est  celle  rivière  que  l'empereur  Cons* 
lanlin  a  voulu  désigner  sous  le  nom  Khorakoul.  Des 
faits  d'une  autre  nature  viennent  ensuile  corroborer 

(1)  Voyage  du  doctear  Glarkc  daos  la  Rusûe ,  2  voL  iii*8°.  Puris  , 
i8ia,  vol.  I,  p.  5i8. 

(2j  Telles  sont  la  carte  qui  se  trouve  dans  la  belle  et  rare  édition  de 
Ptolémée,  publiée  à  Bome  eu  1490  ;  celle  d'Ortélius^  dans  le  Plolomcc 
du  XVI*  âiècie;  la  carte  de  la  mer  d'Azof,  par  Matthieu  Steuitcr,  i*t 
bien  d  aulre>  que  nous  ne  encrons  pus. 


(5.6) 

Doire  opinion  eo  la  nietlant  à  l'ahri  des  chances  d*une 
hypothèse. 

■    Les  noms  russes  que  portent  aujourd'hui  tant  de 
localités  entre  la  mer  Noire  et  la  mer  Caspienne  s^nt 
généralement  la  traduction  des  noms  primitifs»  dont 
la  plupart  appartiennent  originairement  à  la  langue  des 
Khazars.  Ce.  peuple ,  qui ,  à  l'époque  de  Conatanlin 
Porpbyrogenète,  dominait  dans  les  contrées  caspien- 
nés,  était  d'une  origine  turco-tatare,-  il  n'y  a  donc 
pas  d'inconvénient  à  expliquer  les  noms  Khasars  par 
la  langue  turque.  Déj  Bayer  a  observé  que  KhoraLool 
est  sans  doute  le  mot   turc  KAEArKOL  .  altéré  par  la 
prononciatioa  grecque  »  et  qui  signifie  le   bms  noir, 
c'est-à  dire  \e  fleuve  noir  (i)«  Or»  les  mots  russes  icher^ 
naia protoka  ont  absolument  le  même  sens,  et  ne  sont 
en  conséquence  que  la  traduction  littérale  du  tatare 
kara-kol ,  nom  qui  ne  peut  avoir  été  remplacé   que 
depuis  l'établissement  des  Cosaks  entre  le   Kouban 
et  le  Don.  Nous  regrettons  d'ignorer  le  nom  que  don- 
nent à  ce  fleuve  les  Tatares-Nogaîs  qui  demeurent  sur 
les  Iles  et  le  long  du  cours  inférieur  du  Kouban.  Du 
reste  ,  l'usage  alternatif  de  kara  et  de  tchernoï  dans  ces 
lieux  mêmes  est  constaté  par  d'autres  faits  encore  ; 
car  sur  quelques  cartes  la  Tchernaia  Protoka  est  ap- 
pelée Kara-Rouban  ou  Tchernoi-Kouban  (3);  d'autres 
nomment  ainsi  un  bras  mort  du  Kouban  situé  à  l'ouest 
de  la  TcbernaiaProtoka  (3).  Enfin,  ce  double  nom 

(1)  Raîia-Kol  signifie  6nis,  division^  RAnA-GascL  ouGol  Aan^  noir^ 
pourrait  également  servir  dVtymologie. 

(3)  Atlas  de  Eussie  de  1745  et  autres. 

(3)  CScrles  m^mucrites  de  la  mer  iTAzof  par  itAnville^  N*  3097 
de  U  riche  collection  géographique  du  minislèr?  des  affaires  ^tran- 
(;rres  qur  M.  Darbié  du  Bocage  ^  bien  ronln  nou^  ouvrir ,  ri  ^ax%s 


(  3«7  ) 
apparlieni  encore  de  nos  jours  el  à  un  des  principaux 
afQuents  du  Rouban  et  à  l'un  des  bras  de  ce  même 
fleuve,  bras  qui  le  quitte  près  de  Kara-koubanks  »  pour 
le  rejoindre  plus  bas  dans  les  environs  de  Kalaous  (i) . 

L'empereur  appelle  la  Tchernaia-Protoka  to  Xupa- 
xouX*  Le  Rhorakoul  était  donc  un  fleuve  d'une  na- 
ture particulière  ;  car ,  autrement ,  il  l'aurait  appelé 
h  X^poMouk.  Cependant  cette  exception  de  genre  s'expli- 
que très  bien  quand  à  Tarticle  to  on  supplée  par  le  sub- 
stantif çofuov  f  désignation  qui  convient  parfaitement  i 
un  cours  d'eau  formant  une  des  embouchures  d'un 
grand  fleuve  (s). 

Enfin ,  l'auteur  désigne  le  Khorakoul  plus  spéciale- 

laqueile  nous  avoDS  puisé  an  grand  nombre  de  renseignements  dn 
plus  haut  intérêt.  I^ons  nous  empressons  d'exprimer  encore  ici  à 
M.  Barbie  du  Bocage  tous  nos  remerciements  des  conseils  et  des 
renseigne  ments  que  nous  devons  à  ses  lumières  et  à  son  amitié. 

(i)  Les  noms  des  localités  suivantes  présentent  des  anologies  frap- 
pantes arec  le  mot  RhorakouLNoas  les  avons  tirées  de  Fadas  de  Russie, 
dresaéau  Dépôtde  la  guerre  d'après  l'original  russe;  quoique  nous  ayons 
conservé  l'orthographe,  nous  observerons  qu  elle  est  très  défectueuse  .- 
les  mots  kol  et  gpl  surtout  s'y  présentent  sous  plus  d'une  forme.  En 
Grimée,  on  trouve  les  villages  suivants,  presque  tous  situés  sur  des 
rivières  on  des  ruisseaux  :  Saraghiôul^  k^  1/2  lieues  S.-S.-O.  d'Ara- 
bat;  Karaghot^  à  4  lieues  O.  de  Kaffa;  Chakouly  à  8  lieues  N.-O.  de 
KafCa;  Kwhokûui^  k  8  lieues  N.-E.  de  la  pointe  S.  de  la  Crimée; 
Katacoula^  non  loin  de  Mariopol.  —  Rivières  :  Khanoukoidy  af- 
fluent du  Manytsch  ;  Jachkoul ,  cours  d'eau  de  la  steppe  des  Ral- 
muks,  se  jetant  dans  le  lac  des  Tcherkesses  ;  Tsarighol  qui  tombe 
dans  le  golfe  de  Téléghoulskoï ,  è  6  lieues  E.  d'Odessa;  Drakoul  qui 
va  joindre  l'embouchure  N.  du  Danube  ,  TchouigmU  et  Kouroukou^ 
dak  ,  affluents  du  Tormak.  Enfin ,  plusieurs  rivières  de  noms  à  peu 
près  semblables  et  situés  dans  le  Turkestan ,  et  un  grand  nombre  de 
lacs  appelés  Karagôl  ou  Karakôl. 

(3)  Dans  le  même  passage,  l'auteur  désigne  le  fleuve  Bourlik  par 
ô  Bcvplcx  9  tandis  qu'en  parlant  du  canal  BovpXni,  il  l'appelle  to  BovpXtx. 


(5i8) 

ment  encore  en  y  ajoutant  :  «  Ce  fleuve  Aoiurrit  le 
poisson  appelé  benétikon.  • 

Qaant  è  Tespèce  è  laquelle  appartient  ce  poisson , 
nous  nous  en  rapportons  entièrement  auï  auteurs  cités 
par  Bandorius  dans  son  commentaire  (i).  C'est,  sans 
aucun  doute,  Testurgeon  dont  le  Héotis  founnillaitdéjè 
au  temps  de  Pline  et  de  Strabon,  poisson  qui  alors  se 
péchait  principalement  dans  les  deuxRhombites»  aux 
embouchures  du  Tel  et  du  Béîsou.  L'embouchure  de  la 
Tehemaia-Protoka  est  aujourd'hui  une  des  stations 
principales  pour  cette  pèche  (2). 

Après  ces  diverses  preuves ,  il  ne  nous  semble  plus 
douteux  que  le  Khorakoul  ne  désigne  la  TchemaSa- 
Protoka. 

De  là ,  il  suit  qu'il  faut  placer  le  Bal^  le  Bourlik  et  le 
Khader  dans  l'espace  compris  entre  le  Don  au  nord  , 
et  la  Tchernaia-Protoka  au  sud. 

On  aroU  généralement  que  le  Bal  est  le  Béîsou  ;  mais 
nous  ne  connaissons  mu  qui  puisse  justifier  cette  epi"^ 
nion.  Nous  croyons  au  contraire  que  le  Bal  désigne  la 
rivière  Tchalbasch  ou  Tchelbasou ,  dont  le  cours  est 
parallèle  à  celui  du  Béîsou  qu'elle  surpasse  en  lon- 
gueur. Si  l'on  doit  se  fier  à  nos  cartes»  le  Tchelbasou 
ne  se  jette  pas  dans  la  mer,  mais  termine  sa  course 
dans  un  des  lacs  qu'on  remarque  au  nord  de  l'embou* 
chure  du  Béîsou.  S'il  est  vrai  que  l'embouchure  do 
Tchelbasou  soit  souvent  fermée,  il  n'y  a  cependant  au- 

(a)  Tome  Uy  p.  ia6 ,  127. 

(a)  Le  BenétikoQ  est  Trûsemblablenent  le  poÎMOD  «««niet  duqmel 
le  géographe  arabe  Massooli  y  contemporain  de  GoDStantio  Porpliy. 
rograète,  raconte  une  singulière  fable.  On  prenait  également  ce  poir 
Son  dans  le  Kouban. 


(  3i9j 
cwo  doute  qu'à  la  saison  des  grandes  crues  ce  fleuve 
ne  se  jette  directement  dans  la  mer  (i). 

Le  BovaLiR.  mol  turk  que  Bayer  traduit  bien  par 
iinio,  consociaiia,  est  peut-être  le  Kazatchéi  -  Erik , 
cet  autre  bras  du  Rouban  qui  marche  en  compagnie 
de  la  Tchernaia-Protoka ,  depuis  aoa  origine  près  du 
fort  Kopil  jusqu'à  son  embouchure  dans  la  mer  d'Azof. 

Enfin»  le  Rbader  serait  le  fleuve  que  nous  con- 
naiaeons au)oard*bui  sous  le  nom  de  Yéi  (s). 

Poursuivons  l'examen  du  texte, 

«Le  canal  Bourlik,  dit  l'empereur,  est  une  embou^ 
tcbare  du  Palus«Méolis  par  laquelle  cette  mer  preod 

(f)  Le  mot  Tolieib«ach  no  as  semble  être  idtntiq«e  avec  an  antre 
nom  qu'on  rencontre  plnsîeurs  fois  sur  cette  oâie,  et  qui  renferme  le 
radical  Ail.  Noos  Tonlons  parler  «In  mot  CmllbaUngr^  qui^  sur  la 
carte  de  Matthi^n  Stentter,  désigne  la  contrée  autour  de  l'emboachure 
du  Téi  y  tandis  que  Callver  serait  un  canton  situé  prés  de  l*em- 
boachnre  du  Béison.  A  la  vérité,  sur  la  carte  de  la  Petite* Tartarie 
par  Pierre  Scfaenki,  ce  mot  changé  en  celui  de  K^llbama  déligne  le 
fleuve  Tci  lui-même  «  qui,  sur  Tnilap  de  Ihisfie,  ainai  que  sur 
plmeim  a«tres  cartes  da  siàplt  passé,  porte  le  nom  de  Cabanar. 
Sur  les  quarante  ou  cinquante  caries  que  nous  avons  pu  com- 
parer,  il  y  a  tant  de  différences  entre  les  noms  ,  tant  de  confusion , 
tant  dVrreors  manifestes ,  qu*il  faut  se  tenir  au  seul  fait  sur  lequel  ces 
cartet  sont  à  peu  près  d*ac(K>rd,  e'éat  qu'on  rencontre  sur  cette  côte 
an  nom  dtf  fleuve  qui  renferme  le  radieal  Bué^  qui  parait  aroiraubi 
plusieurs  modifications,  et  qui  semble  être  changé  aujourd'hui  en  celui 
de  Tcbalbaach.  Pent*étre  même  ce  dernier  nom  est-il  antérieur  à  tous 
cens  que  nous  venons  de  (iter.  —  Mous  avons  trouvé  les  analogies 
aoivantee  du  nom  Bal  :  TchaUntida^  vîL  à  16  lieues  H.  de  Simfëro- 
poi;  Balkomy  vil.  &  Tembouchure  d*ttn  ruisseau  à  6  i/a  lieues  S. 
da  Pérékop;  TekaêlMiou ,  vil.  sur  la  rivière  du  même  nom;  Tchei- 
baiou^  nom  d*nn  canton  et  d*un  village  ji  5  lieues  S.-E.  deKherson. 

(a)  Le  mot  de  Rbader  se  retrouve  dans  Khaddjéder ,  nom  d*uné  ri- 
vière qui  se  jettjs  dans  Fanse  d'Alibéi  à  FO.  d*Âkerman. 


(    320    ) 

>  son  écoulemeot  dans  le  Ponl-Exin ,  à  Tendroit  même 
»  où  s'écoule  le  Bosphore.  • 

Ce  passage  présente  dans  l'original  grec  de  grandes 
difficultés  que  Bayer  s'est  efforcé  de  surmonter  ;  mais 
sans  succès. 

Il  importe  d'abord  de  bien  distinguer  le  détroit  ap- 
pelé Bourlik  et  le  fleu?e  Bourlik  dont  nous  avons 
parlé  plus  haut. 

Selon  Bayer,  le  fleuve  Bourlik  ne  serait  autre  que  le 
Kouban,  tandis  que  le  canal  Bourlik  serait  le  Bosphore 
Gimmérien  lui-même.  Le  fleuve  Bourlik,  après  s'être 
jeté  dans  le  Palus- Méotis,  traverserait  cette  mer  sans 
mélanger  ses  eaux;  et^  en  conservant  leur  couleur  pri- 
mitive ,  arriverait  jusque  dans  le  Bosphore  •  auquel  il 
donnerait  son  nom. 

Le  fleuve  Bourlik  ferait  ainsi  un  véritable  voyage  par 
mer  de  vingt  lieues  au  moins.  Parmi  tant  de  rivières 
dont  le  CQurant  est  aussi  rapide  •  et  dont  les  eaux  ne 
sont  pas  moins  bourbeuses»  le  Bourlik  serait  donc  le 
seul  qui»  traversant  les  flots  de  la  mer»  arriverait 
jusqu'au  détroit  du  Bosphore.  Gela  est  impossible» 
et  ne  vaut  guère  mieux  que  l'histoire  du  poisson  de 
Massouli  (i). 

Quelque  obscur  que  soit  l'auteur  grec»  il  nous  laisse 
néanmoins  le  choix  entre  deux  hypothèses  :  ou  le  Bos- 

(i)  Selon  le  dire  desTataret,  ce  phénix  parmi  les  babicants  de  la 
mer,  possédait  nne  force  vitale  si  estraordinaire  que  ses  inCestiiis, 
jetés  par  les  pécheurs  dans  le  Rouban ,  descendaient  ce  flenre  jasqae 
dans  le  Pont-Euxin,  où  ils  se  transformaient  enTeritables  pwssOBS. 
L'année  suivante,  le  merveilleux  animal  remontait  le  fleuve  pour' se 
laisser  prendre  encore  par  les  bons  Tatares  qni  ne  pouvaient  s'expli- 
quer la  multitude  incroyable  d'esturgeons,  qu*en  renonçant  aa  bon 
i»en«. 


(3si  )" 

phore  et  le  détroit  appelé  Bourlik  sont  identiques,  ou 
le  Bourlik  est  une  autre  embouchure  du  Méotis  qui 
n'existe  plus  aujourd'hui*  Si  les  deux  noms  sont  iden- 
tiques, nous  sommes  obligés  de  croire  que  le  mot 
Bourlik  était  le  nom  barbare  du  Bosphore.  Cependant 
Procope  nous  dit  que  ce  détroit  était  appelé  Tanais  par 
les  indigènes.  Le  Bourlik  n'était  donc  point  identique 
aTec  le  Bosphore  ou  TanaSs  des  indigènes.  Ainsi,  il  ne 
nous  reste  que  la  deuxième  hypothèse ,  celle  qui 
ferait  du  Bourlik  une  autre  embouchure  du  Héotis  ; 
et  ce  dernier  cas  a  paru  invraisemblable  è  Bayer. 

L'empereur  Constantin,  en  ajoulant  à  la  description 
du  Bourlik  les  mots  h  à  içnt  o  Bovitopoç,  fait  certainement 
une  distinction  entre  le  Bourlik  et  le  Bosphore,  c  Or, 

•  dit  Bayer  à  ce  sujet»  on  peut  séparer  ces  mots  de  la 

•  phrase  précédente  en  traduisant  :  Le  Bourlik  est  une 

•  embouchure  du  Méotis  par. laquelle  cette  mer  s^ écoule 
9  dans  le  Pont^Euxin;  c^ est  dans  cette  embouchure  qu'est 
M  situé  le  Bosphore,  •  Enfin  ,  selon  cet  auteur,  le  Bour- 
lik désignerait  toute  l'étendue  du  détroit ,  tandis  que 
le  Bosphore  n'en  serait  qu'une  partie,  c'est-à-dire  le 
trajet  entre  Panticapaeum  et  Tamatarkba. 

Mais  il  est  prouvé  par  le  témoignage  de  tous  les  au- 
teurs grecs  et  romains,  quel  que  soit  le  siècle  auquel 
ils  appartiennent ,  que  le  nom  du  Bosphore  a  toujours 
désigné  le  détroit  actuel  en  entier  depuis  sa  naissance 
jusqu'au  Pont-Euxin.  Pline  etStrabon  le  disent  dans  les 
termes  les  plus  précis.  Et,  enfin»  l'empereur  ne  se  se- 
rait-il pas  exprimé  clairement  s'il  avait  voulu  faire  al- 
lusion à  cette  double  dénomination? 

Le  Bourlik  et  le  Bosphore  étaient  donc  deux  embou- 
chures ou  détroits  différents,  dont  le  dernier  était  si 

XVIII.     NOVEMBnR.    2.  SI 


(3i«  ) 

unWerseiremeDt  connu  que  l'empereur  pou? ait  s*y  rat- 
lacbeir  pour  détermioer  la  position  de  l'autre. 

Où  celle  aulre  embouchure  du  Méotb  était-^elle  si- 
luée? 

La  solution  complète  d*une  question  si  importante 
exigerait  peut-être  des  reeherches  faites  sur  les  lîeas 
mèfiSfOS.  Cependtint  jusqu*à  un  certain  point,  on  doit  se 
fier  à  des  cartes  faites  avec  soin  p  et  à  des  descrip* 
tions  topograpbiques  telles  que  oouâ  en  trouvons  dans 
Pallas.  Si  nous  ne  parlons  pas  du  docteur  Claïke  »  c'est 
que  ses  descriptions  manquent  de  précision  géogra- 
phique, et  que  la  carte  de  l'Ile  de  Taman  qui  accom- 
pagne son  ouvrage  donne  une  image  peu  exacte  de  la 
figure  de  cette  Ile  et  de  la  direction  des  chaînes  de 
collines  qui  la  traversent 

Il  serait  inutile  de  dire  que  ce  n'est  pas  sur  la  côte 
de  la  Crimée  qu'il  faut  chercher  les  traces  de  ce  pré- 
tendu détroit  :  la  nature  du  sol  ne  le  permet  pas. 
Nous  les  chercherons  dans  Tlle  de  Taman ,  la  Tama- 
tarkha  de  Constantin  Porphyrogenète. 

•  L'Ile  de  Taman,  dit  Pallas  (i),  est  un  pays  aîngo- 
tlièrement  découpé»  présentant  tantôt  des  hauteurs • 
»  tantôt  des  plaines.  Des  affaissements  du  sol,  des  érup- 
»  lions  d'une  nature  volcanique ,  des  irruptions  de  la 
■  mer,  et  enfin  les  inondations  du  Rouban  sont  les  eau- 
»  ses  des  changements  de  terrain  qui  s*y  sont  opérés  «  et 
•  qui  probablement  s'y  opéreront  encore.  »  Nous  com- 
plétons celte  description  en  y  ajoutant,  avecM.Dureau 
de  laMallei  que  «  des  altérissements  provenant  de  l'im- 
mense  quantité  de  limon  introduit  dans  la  mer  d'A- 

(i)  Rêite.  .  •  Voyaf|[« dsM lei  provinces  méridioojiie»  delà  Ru»^ 
tic  y  a  vol.  ia-B*.  Leipâg,  i8o3 ,  tome  II,  p.  i55. 


(  5»5  ) 

zof  par  les  fleuves  qui  s'y  jettenl,  ont  sans  doute  pro* 
duil  ces  langues  de  terre  si  caractéristiques  sur  les 
côtes  de  cette  mer,  langues  de  terre  qui,  dans  l'Ile  de 
Taman ,  séparent  de  la  mer  des  lacs  et  des  étangs  qui 
jadis  étaient  des  anses  et  des  baies.  » 

Ainsi  le  dessèchement  d'un  canal  ou  bras  de  mer 
qui  jadis  traversait  cette  île  n'appartiendrait  nulle- 
ment aui  phénomènes  extraordinaires  dans  un  pays 
dont  le  sol  a  subi  tant  de  changements  :  aussi  est-ce 
aux  attérissements  que  nous  attribuonsle  dessèchement 
du  Bourlik. 

En  ne  jugeant  que  d'après  la  carte  qui  fait  partie  de 
Fatlas  de  Russie»  dressé  au  ministère  de  la  guerre  d'a- 
près rorigînai  russe,  on  serait  tenté  de  placer  ce  détroit 
dans  l'isthme  qui  sépare  la  baie  de  Taman  du  lac  de 
Temrouk.  Sur  cette  carte ,  la  chaîne  de  hauteurs  qui 
traverse  l'isthme  dans  toute  sa  longeur  est  interrompue 
près  du  village  d'Alibéi  par  une  plaine  étroite,  et  dont 
la  direction  tend  de  Test  à  l'ouest.  Mais  la  descrip- 
tion que  fait  Pallas  (i)  de  cet  isthme  prouve  qu'il  y  a 
erreur  sur  cette  prétendue  plaine,  et  que  ia  chaîne 
est  continue  dans  toute  sa  longueur,  quoiqu'elle  dimi- 
nue en  hauteur  &  mesure  qu'elle  s'approche  du  village 
de  Rhoum,  où  commence  une  autre  chaîne  de  collines, 
dont  les  contre-forts  sont  assez  élevés.  Près  du  village 
d'Alibéi ,   cette  chaîne  est  seulement    creusée  sur  le 
revers  oriental ,  par  une  large  vallée  inclinée  douce- 
ment vers  une  plaine  qui  s'étend  entre  ces  collines  et  le 
lac  de  Temrouk.  Celle  vallée  doit  son  origine  aux  eaux 
de  pluie  qui  s'y  sont  frayé  une  voie  d'écoulement  jusque 
dans  le  lac;  elle  contient  quelques  sources  d'une  eau 

(i)  Vol.I,  |i.  Jifîp,  coinp.  avec  p.  364. 


(  3a4  ) 

salée  et  bitumineuse.  Du  reste  •  toute  communication 
du  Méotisavec  le  Bosphore  à  travers  l'tle  de  Tamaa  n'au- 
rait pu  s'effectuer  que  périodiquement  à  l'époque  des 
grandes  crues  du  Kouban;  car  cette  lie ,  qui  n'est  or- 
dinairement séparée  du  continent  que  par  les  embou- 
chures du  Rouban,  Test  alors  par  un  immense  lac  qui 
dégorge  une  partie  de  ses  eaux  dans  la  mer  d'Azof ,  tan- 
dis quel'aulre  partie  s'écoule  dans  la  mer  Noire. 

L*isthme  qui  s'étend  entre  l'angle  nord-est  de  la  baie 
de  Taman  et  la  mer  d'Azof  est  d'une  nature  bien  dif- 
férente :  laissons  parler  Pallas  (i). 

c  En  approchant  l'anse  orientale  de  la  baie  de  Ta- 
»man,  tdit  le  savant  académicien  dans  la  description 
de  son  voyage  de  Tmoutarakan  autour  de  la  baiedeTa- 
man»  c  on  Tenconive  une  plaine  sablonneuse  très  peu  élevée 
»  au-dessus  du  niveau  de  la  mer.  On  y  voit  beaucoup  d'an- 
»ciennes  tombes,  et  elle  est  couverte  d'amas  de  sable 

•  que  le  vent  y  a  accumulés  »  et  qui  ressemblent  à  de 

•  grandes  mottes  dont  les  bords  sont  très  escarpés.  En 

•  face  du  coin  le  plus  reculé  de  la  baie,  on  voit  un 
»  vieux  rempart  dont  la  base  a  plus  de  lo  toises  de 

•  large  »  et  qui  s'étend  de  l'ouest  à  l'est  à  une  distance 

•  de  près  d'une  verste.  Il  est  longé  d'un  fossé  contenant 

•  çà  et  là  des  flaques  d'eau  saumâtre  »  et  présente  trois 

•  passages  9  jadis  défendus  par  des  bastions  dont  on 

•  voit  encore  les  restes.  Sans  atteindre  les  hauteurs  voi- 

•  sines ,  il  finit  au  milieu  de  la  plaine ,  et  se  termine 

•  en  un  petit  mamelon.  Ce  n'est  qu'après  avoir  franchi 

•  cette  barrière ,  et  à  quelque  distance  de  là ,  qu'on 

•  arrive  à  des  hauteurs  qui  s'élèvent  insensiblement» 

•  et  qui  sont  couvertes  d'une  riche  végétation  de  plantes 

•  herbagères.  » 

(i)  Paget  378 ,  379. 


(  3s5  ) 

Celte  plaine  basse  et  sablonneuse ,  bornée  à  l'ouest 
et  à  l'est  par  des  hauteurs ,  et  s'étendant  d'une  mer  & 
l'autre  à  travers  un  isthme  large  d'une  lieue  et  demie, 
porte  tout  le  caractère  d'un  ancien  lit  de  mer.  Là , 
sans  aucun  doute,  la  mer  d'Azof  communiquait  jadis 
avec  la  baie  de  Taman.  C'est  là  que  nous  plaçons  le 
détroit  du  Bourlik. 

Deux  causes  ont  pu  contribuer  à  faire  disparaître  ce 
détroit  D'abord  les  sables  apportés  par  le  courant 
de  la  mer  d'Âzof ,  et  puis  un  soulèvement  du  sol , 
provenant  d'une  cause  quasi  volcanique. 

Depuis  des  siècles,  l'Ile  de  Taman,  dont  le  sol  re- 
pose apparemment  sur  une  couche  de  houille ,  est  te 
foyer  d'un  vaste  incendie  soulerrain.  Plusieurs  cratères 
s'y  sont  formés,  et  l'action  du  feu  s'y  manifeste  de 
tenaps  en  temps  par  des  éruptions  d'une  matière  fan- 
geuse qui  comble  des  vallées ,  et  qui  a  donné  nais* 
sance  à  des  hauteurs  jadis  inconnues.  C'est  à  ce  feu 
souterrain  qu'il  faut  attribuer  l'apparition  de  cette  Ile 
qui ,  en  1799 ,  s'éleva  tout-à-coup  dans  la  mer  d'Azof, 
à  quelque  distance  de  la  côte  de  Terarouk.  Un  sourd 
roulement  dans  la  terre ,  une  violente  agitation  de  la 
mer  9  des  tourbillons  de  fumée  noire  et  épaisse ,  des 
cendres  lancées  à  une  grande  hauteur,  enfin  tous  les 
indices  d'une  éruption  volcanique  précédèrent  ce  rare 
phénomène.  Mais  bientôt  après  la  nouvelle  tie  disparut 
dans  les  flots  (1). 

Si  plusieurs  cratères  se  trouvent  à  peu  de  dislance 
de  l'ancien  Bourlik,  il  est  très  probable  que  l'action 
souterraine  du  feu  aura  commencé  ce  que  les  sables  de 
la  mer  d'Azof  ont  achevé.  Nous  croyons  que  ce  canal 

(0  Pallas. 


(  3st6  ) 

ft  est  fermé  d'abord  du  côté  de  son  écoulement  dans  la 

baie  de  Taman.  Il  s'y  forma  alors  un  petit  iatkme  large 

d*une  verste  d'abord  »  et  c'est  ce  même  isthme  que  les 

habitants  Buronlforlifié  au  moyen  d'un  rempart  flaoqoé 

de  bastions  pour  opposer  une  digue  aux  hordes  talares 

ou  toberiiesses.  Le  Bourlik.  devenu  un  bras  mort  de  la 

mer  d'Azof ,  s'est  peu  à  peu  rempli  de  sables  jusqu'à  ce 

qu'enfin  il  n'en  reslàt  plus  de  traces  que  cette  plaine 

couverte  de  dunes  que  Ton  voit  encore  de  nos  joars. 

Un  fait  d'une  haute  importance  vient  corroborer  no- 
tre opinion  sur  l'existence  du  Bourlik  en  ce  lieu.  Sur  les 

bords  de  la  plaine  sablonneuse,  dit  Pallas(i)»  s'élèvent 
un  grand  nombre  d'anciennes  tombes  d'une  origine 
tcherkesse.  La  distribution  de  ces  monuments  est  ana- 
logue à  celle  de  beaucoup  d'autres  tombeaux  qui  cou- 
ronnent les  rives  voisines  du  Bosphore  et  de  la  baie  de 
Taman,  et  dont  le  plus  remarquable  est  celui  qu'on  ap- 
pelle le  tombeau  d'Achille.  Or»  les  habitants  de  Tama- 
tarkha»  qui  aimaient  à  ensevelir  leurs  morts  près  du 
rivage  de  la  mer,  auraient-ils  choisi  pour  cimetière  les 
alentours  d'une  plaine  aride?  Ne  devons-nous  pas  au 
contraire  conclure  de  la  présence  de  ces  monuments 
qu'alors  la  plaine  était  couverte  par  les  flots  de  la  mer? 
Et,  si  cela  est  vrai ,  nous  pouvons  fixer  l'époque  de  la 
construction  de  ces  mausolées ,  et  »  de  là ,  conclure 
encore  qu'évidemment ,  dans  le  siècle  de  Constantin 
Porphyrogenète ,  le  Bourlik  était  resté  une  embou- 
chure particulière  de  la  mer  d'Azof  ;  car  les  tombes 

(i)A  U  Yérité,  cet  auteur  dit  d'abord  qua  les  lombes  se  trouvent 
dsins  la  plaiae  même  ;  mais  en  revenant  à  ces  moniimenls  9  il  iMirle  de 
leur  distribation  dans  des  termes  très  précis.  Elles  finitient,  dit-il,  avant 
qu'on  arrive  au  vieux  rempart ,  et  Ton  n*en  voit  d'autres  que  sur  le 
terrain  fertile  qui  s*élève  au-delà  de  celte  barrière,  de  sorte  que  ce 
n'est  pns  la  plaine  ,  mais  les  bords  qui  en  sont  couverts. 


(  îa?  ) 
n*éiant  ni  grecques»  ni  romaines,  ni  taUres,  mais  plus 
probablement  tcherkesses,  el  ce  peuple  n*ayani  pris 
possession  de  Tlle  de  Taman  que  dans  le  xie  siècle  au 
plus  tôt»  il  devient  positif  que  les  tombes  n'ont  été  cods* 
truites  qu'après  cette  époque;  d'où  il  suit  que  le  Bour- 
lik  n'a  cessé  de  servir  de  commuaication  entre  la  mer 
d'Azof  et  la  baie  de  Taman  que  plusieurs  siècles  après 
Constantin  Porphyrogenète. 

il  est  présumable  que  la  ligne  qui  suit  les  plus  grandes 
profondeurs  de  la  baie  de  Taman  indique  la  direction 
que  prenait  autrefois  le  courant  du  Bourlik  (i).  Ces 
profondeurs  ne  correspondent  pas  seulement  à  celles 
du  Bosphore;  mais  encore  leur  direction  et  celle 
du  courant  du  Bosphore  présentent  un  parallélisme 
qui  semble  prouver  que  les  deux  détroits  ont  été  for- 
més à  la  fois  par  une  même  force ,  agissant  sur  un 
sol  de  même  nature.  La  direction  des  deux  courants 
ost  d'abord  du  nord-nord-est  au  sud-sud^^ouest  jusque 
vis-à'Vis  de  Yénikalé.  Là  le  courant  du  Bosphore  se 
divise  en  deux  branches  qui  vont  i  l'ouest ,  le  Bourlik 
suivait  une  ligne  parallèle  depuis  le  milieu  de  la  baie 
de  Taman  jusque  dans  les  environs  de  Tlle  d'Âtekh. 
Au-delà  de  cette  île  >  les  courants  tendent  au  sud ,  et 
même  un  peu  au  sud-est.  A  l'ouest  d'Atekh  •  coulait  et 
coule  encore  le  Bosphore,  tandis  que  le  Bourlik  passait 
sans  doute  à  l'est  entre  cette  lie  et  la  pointe  Younaia. 

(i)  Voy*la  carte.  —  Afin  de  déterminer  cette  ligne,  nous  avons 
comparé  les  cartes  marines  suivantes  :  Carte  mmmuerile  du  détroit  de 
Taman  ^  par  J.-*B.  Cloquet,  Collection  géographique  du  ministère  des 
affaires  étrangères,  n*"  3io4*  —  Plan  manuscrit  de  la  mer  dAitf^ 
levé  en  1774  p^r  l<s  capitaine  de  Kin$hergen^  ibid. ,  n"  3099.  ~~" 
Carie  rédutU  de,  la  mer  Noire  ^  drf*siée  au  Dépôt  de  la  marine  en 
1813. 


(3.8) 

Après  avoir  fraochi  ce  double  détroit  »  les  deaz  cou- 
rants se  jetaient  conjointement  dans  la  mer  Noire. 

C'est  ainsi  que  s'explique  le  passage  qai  a  présenté 
tant  de  difficultés  à  Bayer  ;  car  rien  ne  s'oppose  plus 
à  ce  que  les  mois  •  rh  BoupXix  irpb;  -nr»  rov  n^ou5^«o9aY 
»  xatwppcT,  iv  c»  içiv  h  Bo9iropo;  »  sigQifienI  que  le  Bourlik 
se  jette  dans  le  Pont-Euzin ,  à  l'endroit  même  où  8*é- 
coule  le  Bosphore.  De  plus  ils  désignent  d'une  manière 
très  précise  le  prétendu  phénomène  que  le  Bosphore 
et  le  Bourlik,  bien  qu'ils  formassent  deux  détroits  se* 
parés,  se  trouvaient  néanmoins  l'un  dans  Tautre. 

Enfin ,  s*il  faut  avoir  recours  à  des  étymologies ,  le 
mot  turk  bourlik  ,  unio ,  consociatio ,  exprime  assez  clai- 
rement le  parallélisme ,  et  la  réunion  ultérieure  plos 
complète  des  deux  courants  en  un  seul  (  i). 

Le  nom  actuel  de  Ttle  d'Atekh  nous  est  inconnu; 
mais  c'est  bien  celle  lie  basse ,  peu  considérable ,  el , 
comparativement  aux  autres,  longue  (/«cya)  que  nous 
voyons  au  milieu  du  Bosphore  •  entourée  de  plusieurs 
tlots»  et  ceinte  d'un  banc  de  sable  très  élendu  que  cou- 
vrent quelques  pieds  d'eau  seulement.  Le  Bourlik  ayant 
cessé  de  se  frayer  ud  passage  entre  Atekh  et  la  terre* 
ferme  du  Rorokondama,  les  sables  charriés  par  leBos- 
phore  se  seront  arrêtés  dans  les  parages  où  ils  trou- 
vaient une  eau  morte.  Quant  au  groupe  d'Iles  ei  d*llots 
dont  nous  venons  de  parler,  c'est  toujours  làqu'on  fait 
passer  d'abord  à  la  nage ,  et  ensuile  à  gué ,  les  trou* 

(i)  Voici  quelques  analogies  du  nom  Bourlik  :  Bourlouk^  villa^  à 
i'omboiichure  dû  ruiueau  Aima,  à  7  lieues  S.-O.  de  Simpfiéropol. 
BùuHakh^  vilL  &  rembouchure  duoe  anse  de  la  mer  Putride,  à  4 
liaues  N.-O.  de  rembouchure  du  Salghoui  (Salsoui}.  Bouraki^  petite 
rivière  oui  se  jette  dans  la  mer  Putride ,  h  9  lieues  N.-R  de  Pé- 
rékop. 


(  5«9  ) 
peaux  de  bœufs  destinés  à  s'engraisser  sur  les  riches 
pâturages  de  Taman.  Le  Bcnriropoç  sert  toujours  au  pas' 
sage  des  bœufs. 

Nous  allons  démontrer  par  d'autres  citations  com- 
bien la  description  de  l'empereur  fait  supposer  l'exis- 
tence d'un  deuxième  détroit 

En  fixant  la  distance  entre  Panticapaum  et  la  ville 
de  Tamatarkha ,  l'auteur  s'exprime  ainsi  :  t  xl  ^caçn/u» 

Les  mots  toû  toioutou  çofuw  ne  peuvent  se  rapporter 
qu'aux  précédents  çoiuwih  EwfXt%*  de  sorte  qu'il  parle 
de  la  largeur  du  fiourlik,  qui,  en  ce  lieu,  confondait 
ses  eaux  avec  celles  du  Bosphore.  Mais  aujourd'hui  la 
plus  grande  partie  de  ce  trajet  s'effectue  à  travers  l'em- 
bouchure de  la  baie  de  Taman,  qui,  autrefois,  était 
la  partie  la  plus  large  du  Bourlik. 

L'existence  d'une  deuxième  embouchure  du  Méolis 
n'était  pas  inconnue  à  Pomponius  Mêla. 

iUne  contrée  d'une  largeur  peu  considérable»  dit 

•  cet  auteur»  s'étend  entre  le  Pont-Euxin  et  le  Méotis 
t  jusqu'au  Bo8ph(»re.  Le  PaktS'Méotis  dégorge  ses  eaux 
^par  deux  canaux ,  dont  l'un  s'éœufe  dans  un  (le)  lac  , 
9 r autre  dans  la  mer  (le  Pont-Euxin) ,  eh  formant  ainsi 

•  la  presqu'île  de  Korokondama  (i).  » 

(i)  Lib.  I,  cap.  1,9.  —  Regio  in  lacam  modice  patens,  inter  Pon- 
lum  paludemqae  Msotin  ad  Bosphorum  occurit  :  quœ  duobusalveis 
in  lacum  et  in  mare profluens ,  Corocondamam  peninsulam  reddit. 

Tschukke^  dans  son  édition  de  Pomponius  Mêla  en  7  vol.  in-8* , 
n*a  pas  rempli  moins  de  cinq  pages  de  conjectures  sur  ce  passage , 
dont  Texplication  lui  a  para  impossible  au  point  qu'il  croit  le  texte 
corrompu.  Compilateur  plutôt  qu'écrivain ,  il  a  eu  recours  aux  opi- 
nions des  commentateurs,  au  liçu  d*étudier  la  nature  des  localités. 
Mais  la  seule  possiLilîtë  de  l'existence  du  Boutiik  une  fois  démontrée, 


(  33o  ) 

Quel  est  ce  lac?  Ce  ne  peut  êlre  le  lac  de  Temrouk; 
car  loin  de  receToir  les  eaux  du  Méolb .  il  y  dégoi^e 
au  contraire  les  siennes  par  deux  canaux  :  auAsi  ne 
croyons-nous  pas  nous  tromper  en  supposant  que  Tau- 
teur  ait  foulu  désigner  la  baie  de  Taman  qui  ressem* 
ble  assez  à  un  lac.  Ce  qui  nous  confirme  dans  cette 
opinion ,  c*eBt  que  le  nom  de  Korokondama  (i)  appar- 
tenait autrefois  à  la  partie  de  l'Ile  de  Taman  qui ,  en 
forme  de  presqu'île»  s'étend  entre  la  baie  de  Taman 
an  nord,  et  la  mer  Noire  au  sud.  Il  n'est  guère  possi- 
ble que  par  les  mots  duobus  alveis ,  l'auteur  ait  touIq 
désigner  les  deux  extrémités  du  Bosphore  ;  car  ce  n'est 
pas  le  Bosphore,  mais  bien  la  baie  de  Taman,  qui  »  avec 
le  Pont-Euxin ,  forme  et  entoure  la  presqu'île  de  Ko- 
rokondama. 

11  est  facile  de  voir  que  la  péninsule,  bornée  au 
nord  par  la  mer  d'Azof ,  i  l'ouest  par  le  Bosphore ,  au 
sud  par  la  baie  de  Taman ,  et  à  l'est  par  le  Bourlik  » 
était  une  lie  complète  tant  que  ce  dernier  détroit  existait 
Et  au  sujet  de  cette  lie  nous  allons  citer  encore  ici  queU 
ques  passages  de  Slrabon,  de  Ptolémée  et  de  Pline,  qui 
semblent  prouver  que  ces  géographes  ont  connu  le 
détroit  de  Bourlik,  quoiqu'ils  n'en  parlent  que  d'une 
manière  indirecte.  Dans  la  mention  que  Strabon  fait 
des  lies  situées  dans  le  Méolis ,  cet  auteur  s'exprime 
ainsi  : 

•  A  cent  slades  de  la  ville  de  Tanals  ,  est  située  Tlle 

ce  passage  de  Pomponins  Mêla,  loin  de  présenter  la  moindre  difK- 
culte,  dit  au  contraire  de  la  manière  la  plus  précise  et  la  plus  simple 
que  le  Palus-Méotis  s'est  jeté  dans  le  Pont-Euxin  pariteuy  embou- 
chures. 

(i)  Le  nom  ancien  de  Tîle  de  Taman  était  rfïvv^  —  Pline,  Hi»t. 
nat. ,  17,6. 


(35i   ) 

•  d'Aiopékidi  habitée  par  des  gens  de  différentes  na- 
>  lions.  Le  Méotis  contient  encore  plusieurs  autres  lies , 

•  mais  elles  sont  petites  (i).  » 

Ptoléoiée  (a)  connaissait  aussi  l'Ile  d'Alopékia  ;  mais 
il  la  place  à  une  distance  plus  grande  du  Tenais ,  tan- 
dis que  Pline  (3)  la  fixe  dans  le  détroit  du  Bosphore. 

Les  trois  auteurs  n'étant  pas  d'accord  sur  la  position 
géographique  A^Alopékia^  il  faut  bien  qu'au  moins 
deui  parmi  eux  se  trompent.  Mais  comme  il  n*y  a  pas 
d'Iles  à  la  distance  de  loo  stades  (  4  >/4  lieues  )»  soit  de 
la  ville  de  Tenais,  soit  de  lembouchure  du  fleuve  de 
ce  même  nom»  l'erreur  est  apparemment  du  côté  de 
Strabon  et  de  Ptolémée.  Du  reste ,  dans  toute  la  mer 
d'AsoF,  il  n'y  a  aujourd'hui  aucune  lie  tant  soit  peu 
considérable  ou  même  habitée ,  si  ce  n'est  périodique- 
ment ,  et  par  quelques  pécheurs  seulement.  Si  donc 
Alopékia  a  vraiment  existé,  il  faut  la  placer  avec  Pline, 
à  l'entrée  du  Bosphore,  du  côté  de  la  mer  d'Atof. 
L'erreur  de  Ptolémée  et  de  Strabon  peut  s'expliquer. 
Nous  savons  que  Tenais  ne  désignait  pas  seulement  le 
Don ,  mais  que  ce  mot  était  aussi  le  nom  barbare  du 
Bosphore.  Peut-être  les  deux  géographes  en  se  fondant 
sur  des  récils ,  mais  trompés  par  l'identité  des  noms , 
ont^ls  placé  dans  le  voisinage  du  Don  l'Ile  située  prés 
du  Bosphore.  C'est  ce  que  nous  sommes  d'autant  plus 
porté  à  croire  que  les  cent  stades  que  donne  Stra- 

(>)  Xly  36.  IlfMUittti  èi  ïn  cxarov  ço^coiç  roù  cfiiropt(ou  vî^^oç 

irXf}9cov  iv  T^  Xcpm^. 

(a)  Cap.  V  ÎQ  fine.  Il  lai  donne  aussi  le  nom  de  Tanaïs.  Cepen- 
dant il  est  évident  qu'il  ne  veut  pas  désigner  l'ile  située  entre  1rs 
deux  embouchures  du  fleuve  Tanaïs. 

(3)  IV,  36. 


(  33â  ) 

bon  pour  la  distance  entre  Alopékia  et  le  Tanais  ou 
Don,  forment  juste  l'intervalle  compris  entre  le  tom- 
beau d'Achille  sur  la  pointe  sud  de  celte  lie  et  Tilot 
d'Atekh,  situé  au  milieu  du  Tanais  ou  Bosphore. 

D'après  ces  données ,  ne  serait-on  pas  tenté  de  re- 
connaître dans  Alopékia  la  grande  lie  formée  autrefois 
par  le  Bosphore  et  le  Bourlik,  tle  où,  certainement,  des 
gens  de  toutes  nations  pouvaient  se  rassembler  pour 
faire  le  trafic  ?  Gela  admis  on  ne  s*étonnera  plus  des  no- 
tions que  Ptolémée,  Strabon,  et  surtout  Pline»  ont  pu 
avoir  sur  le  détroit  qui  séparait  Alopékia  de  l'Ile  d'Eion. 
Or,  ce  détroit ,  c'est  le  Bourlik. 

Il  nous  reste  à  dire  un  mot  au  sujet  du  fleuve  Ow- 
kroukh.  G'estt  sans  contredit»  et  comme  l'a  déjà  observé 
Mannert,  le  bras  principal  du  Kouban,  dont  l'affluent 
le  plus  considérable  s'appelle  encore  Oubookh»  et  non 
Ouroup ,  comme  on  lit  sur  la  plupart  des  cartes. 

La  carte  de  Tile  de  Tamatarkha  et  du  Bosphore 
cimmérien  qui  accompagne  le  Mémoire  a  été  calquée 
sur  l'allas  de  Russie  dont  nous  avons  parlé  plus  haut. 
Cependant  nous  avons  rectifié,  d'après  la  description 
de  Pallas,  la  figure  de  la  Séwernaia-Kossa ,  et  la  posi- 
tion des  lies  qui  forment  le  groupe  d'Atekh.  Nous  avons 
également  rectifié  le  dessin  des  hauteurs  et  de  la  plaine 
sablonneuse  près  du  village  de  Khoum ,  et  nous  y  avons 
ajouté  les  noms  anciens  écrits  en  caractères  romains 
et  les  cotes  indiquant  la  profondeur  des  eaux  du  dé- 
troit et  de  la  baie  de  Taman ,  ainsi  que  la  direction 
des  courants  du  Bosphore  et  du  Bourlik. 

Questions  posées  par  M.  Plate  h  la  suite  de  son  Mémoire^  et  dont  U 
demande  la  solution  aux  personnes  qui  seraient  dans  Ir  cas  défaire 
des  observations  sur  les  lieux. 

1*  De  combien  de  mètres  le  niveau  de  la  mer  Caspienne  csUil 
inférieur  à  celui  de  la  mer  Noire? 


(  333  ) 

a^  Le  résultat  obtenu  par  M.  de  HumboUlt)  est-il  générale- 
ment adopté  ? 

3*  Quels  sont  les  autres  k'ésultats  obtenus  par  d'autres  per- 
sonnes? 

4"  Y  a-t-il  des  différences  remarquables  entre  les  résultats 
obtenus  an  moyen  du  baromètre  et  ceux  obtenus  au  moyen  de 
l'eau  bouillante? 

5^  Qnelle  est  l'élévation  de  Sarepta ,  sur  le  Wolga ,  au-dessus 
du  niveau  de  la  mer  Caspienne? 

f)*  On  désirerait  connaître,  dans  le  bassin  de  la  mer  Cas- 
pienne y  l'altitude  du  plus  grand  nombre  de  points  possible  au- 
dessus  des  niveaux  de  la  Baltique  et  de  la  mer  Noire. 

7*  On  demande  l'élévation  de  Novo  Tcherkask ,  sur  le  Don  , 
au-dessus  de  l'emboucbure  de  ce  fleuve. 

6"  L'élévation  de  l'embouchure  du  Don  ,  au-dessus  de  la  mer 
Noire. 


VOYAGE  EN  ABYSSINIE. 


LbTTBB    tïfL    H.    AnTOINB   o'ABBADfB    A    M.    JoMABD. 


Â'yiat,  3  décembre  1841. 
HoNSIBUB  » 

J'ai  reçu  au  mois  d'août  seulement  votre  lettre  du 
3o  mars ,  et  comme  je  n'avais  à  cette  époque  que  très 
peu  de  nouvelles  à  vous  communiquer,  j'ai  retardé  ma 
réponse  jusqu'à  ce  que  j'eusse  visité  quelques  inscrip- 
tions qui  m'étaient  annoncées  sur  la  frontière  d'Abys- 
sinie,  et  dont  la  localité  me  faisait  espérer  qu'elles  pou- 
vaient se  rattacher  au  temps  où  florissaient  Axum.et 
Adulis. 


(  554  ) 

La  chaîne  ou  plutôt  le  rebord  oriental  du  plateau 
abyssin ,  qui,  dans  les  environs  de  Halay»  s'élèTS  à  plus 
de  9,600  mètres  de  hauteur,  se  relie  au  rivage  de  la 
mer  Rouge  par  une  suite  de  vallées  généralement  pa- 
rallèles, et  dont  la  direction  s'écarte  peu  de  celle  da 
méridien.  Nous  avons  très  peu  de  notions  sur  les  val* 
lées  orientales  du  Sanhey t  et  de  Mansah  ;  celles  qui  s'é- 
tendent à  l'ouest  de  la  plaine  de  Mouta't,  et  que  )*ai 
parcourues  dans  un  état  de  souffrance  trop  grand 
pour  pouvoir  en  fixer  la  position ,  s'élèvent  jasqu'anx 
plateaux  du  Hamasen,  qui  forment  la  partie  supérieure 
du  ba9sin  de  l'A'nsaba.  Plas  au  sud  esl  la  vallée  de 
Damas ,  parcourue  jadis  par  une  poignée  de  braves 
Portugais  t  sous  Christofb  de  Gama,  plus  tard  par 
Poncet,  et  enfin  par  HM.  Combes  »  Tamisier  et  de  Kat. 
Cette  route  se  foint  au  plateau  de  Goura'  parle  col  de 
R'ayôhkor ,  qui  est  fort  bas  et  ouvert.  La  quatrième 
vallée,  toujours  en  allant  du  nord  au  sud,  est  celle 
dite  A'iy-Gôde ,  qui  longe  le  tombeau  et  la  montagne 
d'Aa'sa-Oli ,  et  a  été  parcourue  par  Sait  La  route  dite 
Seah-Gôde  est  au  sud  de  la  précédente,  et  débouche 
aussi  un  peu  au  sud  de  Harckicko.  La  6*  vallée  est  celle 
d'Anazo  qui  part  de  Seah  sur  le  terrain  des  Sana'dôgle.et 
se  confond  ensuite  avec  la  vallée  de  Chaykh-Ara«  fissure 
étroite  à  pentes  brusques  qu'on  ne  peut  parcourir  en 
plusieurs  endroits  qu*à  pied ,  et  qui  débouche  dans  la 
vallée  de  Hadas  à  Af-Elîle  un  peu  au  sud  de  Hamhamo. 
La  huitième  vallée  esl  celle  de  Hadas,  parcourue  par 
Bruce,  Sait,  et  par  la  plupart  des  voyageurs  actuels. 
Près  de  sa  partie  supérieure  elle  se  bifurque  en  deux 
hautes  vallées,  celle  du  Choumfayto  et  celle  de  Sou- 
louh.  Les  eaux  de  Hadas  se  perdent  dans  la  terre ,  ex- 
cepté pendant  les  torrents  énormes  mais  très  éphémè- 


(  555  ) 
Tes  des  mois  d*élé.  Alors  ces  eaux  grossies  par  les 
pluies  qui  tombent  sur  des  pentes  nues  »  se  réunissent 
à  Wia'  (Oba  de  M.  Rûppell),  et  se  rendent  à  la  baie 
d'Ansley  en  longeant  les  ruines  d'AduIis.  La  même 
baie  reçoit  aussi  les  torrents  de  la  vallée  de  Koumoyle, 
dont  l'entrée  est  plus  près  d'Adulis  que  celle  de  Uadas, 
et  dont  l'extrémité  supérieure  débouche  par  le  col  de 
Zartalamo  sur  le  plateau  de  Kabayto. 

Les  ruines  d'Adulis  ont  été  visitées  par  H.  Rûppell . 
qui  les  place  par  i5^  i5'  44^,  position  trop  septentrio- 
nale par  rapport  à  Afta ,  dont  la  distance  mesurée  au 
pas  est  de  i«34o  mètres  au  lieu  de  2,700  pieds  seule- 
ment. Le  souvenir  d*Azooli  n'est  pas  encore  éteint 
parmi  les  habitants  d'Afta  et  de  Zoula,  situés,  l'un  au 
sud ,  l'autre  au  nord  de  l'ancienne  métropole  grecque. 
Les  visages  des  pasteurs  ont  un  air  européen  qui  frappe 
surtout  un  nouveau  venu,  et  l'on  donne  encore  aux 
jeuMs  filles  le  nom  de  Sof  ta ,  nom  inconnu  dans  tout 
le  reste  du  pays.  La  catastrophe  qui  a  détruit  Adulis  ne 
saurait  être  fort  ancienne  ;  en  effet,  d'un  côté»  d'après 
sir  Alex.  Jobnsiton  *  les  habitants  de  l'Ile  de  Ceylan  en 
parlent  encore  comme  d'un  port  commerçant  jadis 
avec  l'Inde;  d'un  autre  côté,  les  traditions  des  pas- 
teurs Sabo  sont  très  positives  et  très  nombreuses  sur 
l'ancien  état  florissant  du  port  des  Ptolémées.  On  se 
plaît  à  raconter  à  l'étranger  combien  étaient  beaux  et 
nombreux  les  magasins  de  pierre  où  les  marchands  en- 
tassaient les  richesses  de  llnde  ;  combien  était  beau  le 
débarcadère ,  où  les  matelots  sans  quitter  leur  bord 
déchargeaient  les  chameaux  avec  leurs  galhaubans; 
enfin  combien  étaient  grandes  et  lourdes  les  églises  de 
pierre  où  les  citoyens  de  la  ville  détruite  priaient  un 
autre  Dieu  que  celui  de  Mohammed.  Lors  de  la  fa-  ' 


{  536  ) 

meusc' invasion  de  Timam  Ahmed  «  surnommé  Gran 
ou  gaucher  par  les  Abyssins  •  une  troupe  d'Aiar  ou  de 
Szomal ,  la  même  probablement  qui  avait  détrait  les 
villages  de  Rahayto,  alla  attaquer  Adulis»  dont  lea  ha- 
bitants se  défendirent  bravement.  Le  chef  des  envahis- 
seurs mordit  la  poussière  avec  plusieurs  des  siens,  et 
l'on  montre  encore  leurs  tombeaux  au  sud  de  Zoulau 
Plus  tard ,  à  une  époque  que  je  n'ai  pas  pu  détermi- 
ner, les  Belaw  de  Harckicko,  venus  depuis  peu  de  celte 
partie  de  la  vallée  du  Damba'  qu'on  nomme  Barka  sa- 
périeur,  et  qui  appartenaient  à  la  tribu  Bodja  des  Na- 
taby  voulant  faire  passer  le  commerce  par  Mouszawvra*. 
allèrent  ravager  Adulls.  C'est  probablement  à  celte 
époque  que  les  Adoulay,  qui  sont  la  plus  ancienne  fa- 
mille de  Mouszawwa',  quittèrent  la  ville  grecque  pour 
se  conformer  à  la  volonté  des  Belaw.  Cependant,  il 
resta  encore  du  monde  dans  Adulis,  qui  fut  définitive- 
ment détruit  par  un  tremblement  de  terre  ,*  selon  la 
tradition  de  flarckicko.  Les  vieillards  de  Zoola  disent 
avec  plus  de  naïveté  et  de  précision  que  les  gens  d'A- 
zouli  étant  devenus  pervers ,  la  mer  entra  un  jour  par- 
dessus leurs  tètes  et  leurs  temples ,  fit  disparaître  les 
rues  sous  des  monceaux  de  sable ,  et  se  retira  après 
avoir  jeté  la  mort  partout.  Plusieurs  circonstances  ten* 
dent  à  confirmer  la  vérité  de  cette  tradition.  En  effet , 
tout  le  terrain  d'Adulis  est  évidemment  un  terrain 
transporté  ;  les  pierres  de  lave  noire  dont  le  sol  est 
jonché  ne  suffisent  pas  pour  les  nombreuses  maisons 
qui  doivent  avoir  existé ,  et  le  peu  qui  reste  des  tem- 
ples consiste  surtout  en  chapiteaux,  car  les  fondations 
auront  été  englouties.  D'ailleurs ,  le  grand  torrent  de 
Hadas  et  Wia'  passe,  non  pas  sur  le  site  delà  ville,  qui 
est  une  légère  éminence,  mais  bien  à  côté;  et  lorsqu'il 


(55;  ) 

ï  détache  parfois  des  lambeaux  du  sol  d*Adu)is,  on  y 

r:  découvre  des  vases  très  fragiles ,  mais  souvent  entiers , 

n  ce  qui  implique  évidemment  une  catastrophe  inalten- 

è  due  et  soudaine.  Dans  les  environs,  se  voient  encore 

r.  plusieurs  fragments  die  marbre  blanc,  et  l'un  d'entre 

s  eux,  qui  est  un  objet  de  vénération  pour  les  gens  du 

k  pays»  a  tout  Tair  d'avoir  été  le  pied  d'un  siège,  peut- 

t  être  de  la  fameuse  chaise  dont  parle  Cosmas  Indico- 

e:  pleustes.  Quoi  qu'il  en  soit,   il  est  probable  que  la 

K  fameuse  inscription  existe  encore    enfouie  quelque 

i  part  dans  le  pays,  et  pour  m'en  assurer,  je  dis  aux 

f  gens  du  pays  que  l'inscription  existait.  Un  Saho  séduit 

(  par  l'appât  d'une  récompense  offrit  de  m'y  conduire, 

^  et  nous  nous  mimes  en  route  le  9 1  septembre  dernier. 

.  Après  avoir  quitté  Harckicko ,  nous  passâmes  entre  les 

)  monts  Gadam  et  Khabon-Farray,  et  après  une  marche 

de  six  lieues  et  demie ,  nous  arrivâmes  au  misérable 
ruisseau  de  Tarakaba.  Tout  près  de  cette  eau ,  qui  ne 
tarit  jamais,  se  voient  encore  les  ruines  d'un  bâtiment 
construit  sans  chaux  il  est  vrai,  mais  avec  un  soin  au- 
jourd'hui inconnu  dans  le  pays.  Il  dut  servir  de  station 
pour  les  caravanes  d'Adulis ,  et  les  Saho  l'appellent 
macCnan  tout  comme  les  énormes  tas  de  pierres  répan- 
dus çà  et  là  aux  environs  du  mont  Gadam ,  et  qui  pas- 
sent pour  être  des  tombeaux. 

De  Tarakaba,  trois  heures  de  marche  nous  condui- 
sirent au  commencement  de  la  vallée  de  Koumoyle. 
Quatre  heures  de  plus  nous  menèrent  à  un  point  où 
la  vallée  resserrée  entre  des  rocs  de  granit  et  encom- 
brée par  un  beau  ruisseau  coulant  à  gros  bouillons ,  ne 
laisse  pas  un  passage  même  pour  un  mulet.  Nous  perdî- 
mes du  temps  à  former  un  pont  provisoire  ;  mais  les 
gens  m'assurèrent  que  de  mémoire  d'homme  cette 

XVill.    ROVEMBRB.    3.  22 


(  338  ) 

passe  était  très  pmtic^bl^,  mime  pour  U06  mule  char- 
gée. De  lé,  une  ipaixbe  de  six  heures  el  quart  nous 
mena  au  pied  de  la  moplée  roîde  qui  relie  la  vallée  au 
haut  plaieau  supérieur*  En  deux  beurçe  de  plus,  nous 
atteignîmes  le  col ,  d'qù  je  relevai  Veûmutb  de  Teailré- 
mité  septentrionale  de  la  plaine  de  sel.  Peu  après  nous 
arrivâmes  au  hameau  Saho^d'Op^r.  Ce  hameau  de  pea- 
teurs  est  siJLMé  à  quelques  mètres  seulement  aunieasoaa 
dq  niveau  du  plateau  de  Rebayto,  dont  i)  ferme  le  pro* 
longement.  La  température  de  l'eaq  bouillante  (91.519 
grades)  comparée  avec  Iqs  observations  du  baromètre 
Taites  simultanémenti  MQlissavnfva*»  donnent  nM^mè' 
très  pour  la  hauteur  de  ce  plateau  au-dessus  de  la  nier 
Rouge.  J'ai  pris .  de  troii  points  de  Kahajto,  des  an- 
gles azimuths  pour  relier  cette  terrafse  aux  montagnes 
d*Adwa,  où  j*avais  mesuré  une  base  géodèaique  dhna 
mpD  deuxième  voyage;  mais  n'ayani  pas  encore  oal* 
culé  ces  angles  »  je  ne  puis  pas  dès  h  présent  vous  dwo- 
ner  le  résultat  en  longitude  et  en  latitude*  lUbaylo  eal 
un  plateau  extérieur  au  point  culminant  de  la  chaîne* 
et  une  valljâe  tfès  profonde  du  côté  du  nord  le  sépeve 
du  plateau  de  Halay.  I^e  sol  est  formé  du  même  gi^ 
blanc  quartzeux  qui  abonde  dans  tout  le  Tôgray ,  et  ae 
montre  même  çà  et  le  è  l'ouest  du  Takaxe.  Ce  grès  eal 
presque  toujours  horizontal ,  el  disposé,  souvent  en 
grands  blQCs  ^  cassure  droite  comme  le  grès  de  Fontai- 
nebleau, Le  quartz  chalcédaine  qui  sillonne  ce  grès 
dans  le  Tôgray,  sous  forme  de  veines pafaUèles  à  la  di- 
rection des  montagnes  orientales  d'Ahyeainie  •  ne  s'est 
pas  rencontré  dans  le^  courses  rapides  que.  je  fis  à  tra- 
vers le  plateau  ;  mais,  è  Kehciyto  comme  ailleurs,  le  fer 
hjdroxidé  se  n^ontrf  souvent  à  la  aurfaca  du  gréa,  et 
en  Ifi  préservait  de  Taclion  des  éléments  il  a  conaervé 


(539) 

^  les  ÎDScriptions  informes  qu'on  in*af  ait  annoncées  atee 

'  tant  d'emphase. 

D'Orôr  nous  nous  dirigeâmes  vers  le  sud«esk  dans 
^  la  direction  des   monts    Sawayra,    par   an  sentier 

I  qui  serpente  tantôt  dans  de  petites  prairies  mêlées 

>  d'arbustes  en  fleurs,   et  tantôt  sur  le  grès  nu,  qui 

I  était  souvent  disposé  en  degrés  brusques.   Le  pre- 

I  mier  point  que  nous  visitâmes  fut  une  large  surface 

I  de  grès  dénudé,  nommée  aujourd'hui  pierre  de  Sa** 

lomon ,  et  offrant  une  foule  d'inscriptions  en  carac- 
\  tères  éthiopiens  modernes,  des  croix  et  pluûeurs  H-* 

I  gnes  tellement  jetées  au  hasard,  que  si  je  n'avais 

I  trouvé  des  lettres  bien  tracées  à  côté,  j'aurais  été  tenté 

I  de  les  attribuer  à  des  veines  du  grès.  On  nous  mena 

I  ensuite  à  deui  cavernes  très  peu  creusées,  où  il  y  a 

I  une  foule  de  dessins  faits  avec  une  substance  rouge , 

très  grossiers  il  est  vrai,  mab  encore  trop  au-dessaa 
des  forces  des  habitants  actuels  pour  qu'on  ne  soit 
forcé  de  les  attribuer  à  un  temps  beaucoup  plus  an* 
cien.  De  là  nous  allâmes  visiter,  vers  le  sud,  use  ex- 
trémité du  plateau  légèrement  penchée  vers  l'est.  Là 
est  comme  une  auge  carrée,  longue  de  i™,85  et  large 
de  l'tiA  environ,  creusée  dans  le  grès  avec  beau- 
coup d'art  et  de  r^ularité.  Le  fond  est  encombré  de 
fragments  de  pierre ,  qui  selon  les  Saho  formaient  ja- 
dis une  bâtisse  au-dessus.  On  l'appelle  le  tombeau 
d'Aphar ,  et  son  grand  aXe  est  à  peu  près  est  et  ooest. 
Près  de  là»  est  le  commencement  d'une  autre  fotôlle 
dans  le  grès  s  une  partie  est  remplie  de  sable  fin ,  j'y 
enfonçai  ma  lance  à  plus  de  o^'ya  sans  trouver  fond* 
A  quelques  centaines  de  mètres  de  là ,  sur  une  petite 
éminence  et  près  d'une  belle  source  se  dressent  trois 
piliers,  dont  la  section  est  un  paraDélogramme  à  pans 


(  34o) 

coupés,  long  de  o*»3  environ.  L*aze  esl  à  peu  près 
nord  et  sud.  Le  pilier  est  poussé  de  côté  par  un  gros 
arbre,  ce  qui  rappelle  le  beau  daro  qui  pousse  lente- 
ment vers  la  terre  le  dernier  obélisque  d'Azum.  On 
aperçoit  encore  les  traces  des  coups  de  ciseau  qui  tail- 
lèrent ces  piliers. 

Les  mesures  que  je  donne  ici  ne  sont  pas  rigoureu- 
ses f  car  je  les  fis  seulement  en  posant  ma  lance  comme 
par  mégarde  le  long  des  monuments  ;  les  gens  de 
Tokbouda  et  d'Adi*R'ajôbb,  qui  revendiquent  Rahayl» 
comme  leur  patrimoine ,  avaient  expressément  stipulé 
que  je  ne  prendrais  ni  notes  ni  mesures.  Ces  scrupules, 
que  je  ne  m'explique  pas  »  furent  tellement  vifs»  qu'il 
fallut  négocier  deux  jours  entiers  avant  de  visiter  So* 
fora ,  monument  fort  simple  et  beau  qui  annonce  une 
civilisation  aujourd'hui  inconnue  en  Abyssinie.  C'est 
un  vaste  bassin  borné  sur  trois  côtés  par  les  roches  d« 
grès  blanc  :  le  quatrième  côté  étant  ouvert  dans  la 
pente,  on  l'a  barré  par  un  mur  de  67  mètres  de  long  , 
haut  de  3  mètres  au  milieu ,  et  formé  de  blocs  sans 
mortier,  taillés  au  ciseau  et  assemblés  avec  un  soin  re- 
marquable. Les  grandes  assises  hautes  de  o*,5  aller- 
nent  avec  d'autres  assises  de  o*»o8  de  haut.  Cette  ci- 
terne avait  deux  portes  et  une  grande  maison  aujour- 
d'hui en  ruines,  que  la  tradition  attribue  à  son  gardieo. 
Non  loin  de  là  est  un  monument ,  nommé  Maryam 
Wak'hayro,  formé  de  six  piliers,  dont  la  forme  est  pa- 
reille à  ceux  déjà  décrits  •  mais  dont  la  hauteur  est 
de  5*,5 ,  le  grand  axe  de  la  section  ayant  4  décimè- 
tres. Cette  section  et  la  forme  très  simple  des  chapi- 
teaux me  rappelèrent  vivement  les  fragments  de  colon* 
nés  qui  gisent  sur  les  décombres  d'Adulis,  et  il  est 
impossible  de  ne  pas  attribuer  les  uns  et  les  autres  à 


(34.  ) 

la  même  époque.  Ces  six  coloanes  dessinent  un  carré 
long  et  sont  espacées  de  s'^S.  Rien  n'indique  nt 
un  toit  ni  une  enceinte.  A  soo  pas  plus  au  ^ud ,  sont 
deux  colonnes  seulement  dans  une  direction  perpen- 
diculaire à  celle  des  six  piliers  de  Maryam-Wak'hayro. 
L'une  d'elles  est  tombée ,  et  l'autre  a  un  chapiteau  plus 
fini  que  tout  ce  que  j'avais  vu  encore.  Ce  chapiteau 
est  adulitain.  Ces  colonnes  sont  dans  les  ruines  d*une 
enceinte  carrée  »  et  près  de  là  est  le  fond  d'une  coupe 
en  granit  fin  large  de  a*,5,  et  qu'on  m'a  assuré 
avoir  vu  avec  ses  deux  anses  taillées  dans  la  même 
pierre. 

A  dix  minutes  de  là  est  un  tombeau  taillé  dans  le 
grés  blanc»  qui  forme  ici  une  sorte  de  promontoire 
au-dessus  d'une  fissure  profonde  de  60  à  100  mètres. 
Ce  tombeau  a  i"»97  de  largeur  (ou  de  longueur  si  l'on 
regarde  l'extérieur  seulement).  La  profondeur  est  d'en* 
viron  i^'yfio  jusqu'au  rebord  sur  lequel  repose  le  mur 
intermédiaire.  Sous  cej  rebord ,  sont  deux  croix  grec- 
ques taillées  en  relief,  ce  qui  indique  évidemment 
une  origine  chrétienne.  Le  caveau  souterrain  a  environ 
5  mètres  de  long,  et  son  plafond  est  noirci  par  la  fu- 
mée; mais  les  angles  (car  le  caveau  est  un  parallélipi- 
pède)  sont  blancs ,  comme  si  jadis  on  les  avait  remplis 
de  mortier  pour  simuler  une  voûte.  Le  fond  de  l'exca- 
vation est  rempli  de  débris.  L'axe  est  exactement  est 
et  ouest»  et  la  tradition  appelle  ce  monument  le  Tom^ 
beau  de  C Égyptien  (Makabar  gyptsi) ,  et  prétend  qu'on  y 
sacrifiait  tous   les  jours  un  etnam  de  blé   et    deux 
bœufs. 

Le  dernier  monument  que  j'ai  visité  est  composé  de 
quatre  colonnes,  peu  belles  et  entourées  d'une  double 
enceinte  comme  les  églises  actuelles  d'Abyssinie.  On 


(  54s  ) 

y  monte  par  trois  degrés,  reste  d'an  antique  esealier. 
Il  y  a  quelques  années  qu'on  y  déterra  une  croix  de 
bronze  »  ornée  d^une  in&eriptton  éthiopienne  »  el  qui 
existe  encore  dans  la  prof  ince  de  Goozay. 

Dans  la  fissure  près  du  tombeau  de  l'Égy  tien  »  est  an 
précipice  naturel,  presque  cylindrique  et  resapU  d*eau 
lors  de  ma  ?isite.  On  m'a  assuré  que  lorsque,  «ers  la  fia 
d'avril,  le  soleil  devient  vertical  à  midi,  Teani  se  desefe- 
cbe,  et  qu'on  voit  alors  un  puits  d'une  immense  pro- 
fondeur construit  de  pierres  de  taille.  Si  cela  est  Trai, 
ce  serait  le  plus  beau  monument  de  tout  le  plateau. 

Le  !•'  octobre,  nous  visitâmes,  à  environ  sept  à  huit 
milles  d'Orër,  vers  le  sud-est,  une  caverne  dontles  pa- 
rois son4  remplies  de  dessins  grossiers  et  d'inscriptions 
informes ,  mais  que  la  forme  de  leurs  lettres  ne  permet 
pas  d'attribuer  à  une  haute  antiqniiéw  H  y  a  encore  on 
grand  nombre  de  chiffres  entrelacés  et  des  croix  à  anse, 
ce  qoi  permet,  je  crois,  d'aflBrmerque  ce&inscripiMis 
sont  l'ouvrage  d'Égyptiens.  Il  est  du  veste  Sort  diflfeile 
de  former  un  sens  avec  les  mots  épars  qoi  existent  en- 
core sur  les  rochers. 

Je  joins  ici  un  échantillon  Je  ces  inscriptions,  que  }e 
serais  tenté  d'attribuer  aux  Égyptiens  qui  ivangéliaè- 
rent  l'Abyssinie  païenne.  L'un  d'eux  dît  que  l'écrivain 
est  de  Yaho ,  prorince  bien  connue  du  Tëgcay.  Cette 
caserne  se  nomme  Mata«Libanos ,  ce  qoi  est  on  non 
religieux. 

Près  de  là  est  une  vallée  étroite  d^une  grande  pro- 
fondeur» dessinée  par  trois  colKnee.  De  Tune  d'elles 
se  projette  une  colline  petite ,  isolée ,  ornée  auîeor- 
df'hui  d^uo  bel  arbre  qoi  se  penche  da  cèté  de  TÉthio- 
pie.  Selon  la  tradition,  cette  petite  émîmaice  étant 
l'autel  o4  les  premiers  apAires  de  l'Abysainîe  oAraieat 


(  m  ) 

le  sacrifice  divin,  et  la  foule  m  {yro»lertiait  sur  les  pen- 
tes de  cette  profonde  vallée,  car  on  était  alors  dans  tid 
siède  de  ferveur  et  de  foi. 

NoQS  quittâmes  Kabay^  le  4  octobre ,  et  j'allai  pren- 
dre au  col  de  Zartalamo  des  angles  aVéc  un  théodolite 
pour  fixer  la  position  de  retirémité  de  la  phiine  de 
sél.  Ces  gens,  accoutumés  à  pré^nt  à  chercher  des  in- 
scriptions, s'amusèrent  à  lever  la  couche  mince  de 
gazon  dont  le  roc  horizonta  était  revêtu.  Ces  inscrip- 
tions contiennent  à  la  fois  la  forme  ronde  du  waw 
éthiopien  et  la  forme  anguleuse  et  plus  antique  du  w  • 
La  pierre  de  Salomon  a  tes  deux  formes  du  m  éthio- 
pien» ce  qui  indique  une  époque  de  transition.  Du 
reste»  aucune  inscription  n'offre  uq  sens  suivi. 

Je  suis  entré  dans  quelques  détails  sur  ces  monuments 
bien  simples  d'ailleurs,  parceqcie  )e  ne  me  rappelle  pas 
qu'ib  aient  été  décrits  par  les  voyageurs»  et  parce 
qu'ils  tendent  à  faire  croire  que  c'est  par  Rahayto  que 
passait  la  route  commerciale  d'Adulis  à  Axum.  Selon 
la  tradition,  deux  frères,  Falouk  et  Malouk,  vinrent  de 
la  mer.  Le  premier  s'établit  dans  le  Hamasen  »  le  der- 
nier dans  Kahayto,  et  eut  pour  fils  Akala  et  Gouzay» 
dont  les  noms  désignent  encore  aujourd'hui  des  pro- 
vinces voisines.  Rahaylo  fut  lé  premier  lieu  où  s'établi- 
rent leâ  apôtres  de  TAbyssinie  »  et  les  temples  aduli- 
tains  (probablement  jadis  des  temples  païens)  furent 
leurs  prremières  églises.  Ce  genre  de  constratition  s'é- 
tendit dans  Gouzay,  car  le  village  de  Ikfarta  a  encore 
aujourd'hui  une  église  de  cette  formé  antique.  II  y  au- 
rait eu  soixante-dit  églises  dans  Kahayto ,  mais  au- 
jnurdlïui'  il  reste  à  peine  les  vestiges  de  quatre.  La 
tradition  attribue  la  destruction  de  ces  villages  au  roi 
Malasay,  ùom  popiïlaîre  du  conquérant  de  Ilarar,  que 


(344  ) 

ses  compatrioieB  nomment  rimam-Ahmed  »  et  qae 
l'histoire  abyssine  désigne  sous  le  nom  de  Gran.  Sans 
recourir  aux  témoignages  des  indigènes»  on  peut  voir 
dans  Alvarez  combien  l'Étbiopie  était  riche  avant  la 
venue  de  ce  Tamerlan  africain ,  qui  régna  depuis  Tem- 
bouchure  du  Jeb  ou  Wabi  jusqu'à  Senpfir»  et  de- 
puis Sawakin  jusqu'au  plateau  presque  fabuleux  d'O- 
narya. 

Antoine  d'Abbadib. 


LETTRES 
DE  M.  ANTOINE  D^ABBADIE  A  M.  D'AVEZAC 

SUR    DIVERS  POINTS 
DE    GÉOGRAPHIE    ÉTHIOPIENNE. 

N»  9.  Adwa ,  ce  â  juai  iS4>- 

Mon  cbeb  honsieub  , 

Je  profite  du  départ  de  MM.  Ferret  et  Galinier  »  ca- 
pitaines d'état-major,  pour  vous  faire  panrenir  quel* 
ques  nouveaux  renseignements  sur  la  géographie  de 
l'Ethiopie.  Ces  zélés  voyageurs  se  sont  occupés  presque 
exclusivement  de  la  carte  du  pays  qu'ils  ont  visité.  Par- 
tis l'an  dernier  d'Adwa  pour  Hhôntalo ,  ils  ont  fait  des 
reconnaissances  dans  l'Ond&rta ,  TAgamé  ,  et  jusque 
sur  les  rivières  des  Thalthal  ou  A'fàr.  Us  ont  ensuite  vi- 
silé  le  Salowa ,  l'Abârgàllé  »  pays  ag&w  •  et  traversant 
le  Takazé ,  sont  allés  mesurer  le  mont  D&djftn  »  qui  est 
la  plus  haute  montagne  du  Somen  •  et  peut-être  de 


(  545  ; 

ioale  i' Afriqae ,  car  elle  dépasse  4  5oo  mètres.  Après 
un  séjour  de  plus  d'un  mois  à  Gwftûdftr  et  dans  les 
environs ,  ils  sont  revenus  ici  par  le  Ghbré ,  et  comptent 
aller  à  Houszftwwa'  par  Ogttla-Goura'etK*ayôhhkor.Je 
ne  doute  pas  que  la  Société  de  géographie  ne  prenne 
un  bien  vif  intérêt  au  travail  de  ces  jeunes  officiers. 

Pour  moi ,  qui  me  suis  vu  retenu  à  Adwa  depuis 
près  de  trois  mois,  je  n*ai  pas  à  vous  entretemr  de  tra- 
vaui  positifs;  mais  les  pajs  voisins  de  l'Abyssinie sont 
encore  enveloppés  de  tant  de  mystères,  qu'on  peut 
être  excusable  en  ne  transmettant  sur  eux  que  des  dé* 
tails  recueillis  oralement.  Dans  ma  lettre  à  H.  Daussy, 
datée  de  Mous2ftwwa\  le  i8  août  i84i  (i)»  )*ai  donné 
au  long  mes  renseignements  sur  le  pays  des  Szomal , 
c'est-à-dire  la  contrée  jusqu'ici  laissée  en  blanc  dans 
nos  cartes,  et  comprise  entre  Hbârttr,  le  cap  Guard* 
afui  et  l'embouchure  du  Djeb.  J'ai  donné  mes  raisons 
pour  croire  que  ce  dernier  Qeuve  est  identique  avec  le 
Wftbi  des  Szomal ,  qui  est  d'ailleurs  mentionné  dans 
les  chroniques  abyssine^  à  propos  d'une  victoire  rem- 
portée par  le  roi  Glaudios.  Il  est  naturel  de  faire  un 
rapprochement  entre  le  Djeb  ou  Jeb  des  Arabes  et  le 
Zebee  des  Portugais  ou  Kibbee  de  Bruce ,  assez  ressem« 
blant  d'ailleurs  au  Gibé  des  Gallas  du  Limmou ,  qui , 

(i)  Ceue  lettre,  qui  parait  avoir  été  écrite  entre  le  21  juillet  et 
Je  18  août  i84i)  esc  insérée  ,  à  la  première  de  ces  dates  ,  dans  le  Bul- 
letin de  janvier  1843  ^  pages  43  à  5o.  Lea  renseignements  sur  le  pays 
des  Sçoumâl,  joinU  àcette  lettre,  et  que  M.  d'Abbadie  recommandait 
spécialement  à  mon  étude  personnelle,  sont  imprimés  dans  \eBullHin 
de  février,  pages  89  et  99.  Suivant  le  vœu  exprimé  par  le  voyageur  , 
ils  ont  fait ,  de  ma  part ,  Tobjet  d*an  travail  particulier,  imprimé  dans 
le  même  Bulletin  (pages  81  à  88  et  100  à  1 13),  et  accompagné  d*one 
esquisse  graphique  ou  se  trouve  rempli  pour  la  première  fois  l'inté- 
rieur de  la  grande  presqu'île  orientale  de  TAfrique.  —  *  A 


(  346  ) 

selon  mes  derniers  rapports ,  coule  d'abord  vers  l'est , 
ensuite  vers  le  sud  et  l'ouest»  formant  autour  d'Ônarja 
une  courbe  semblable  à  celle  de  l'Abay  autour  du  Go- 
jam«  du  Damol,  etc.  Le  jeoiie  marchand  qui  demeure 
cfaea  moi  vient  de  me  répéter  qu'au  marché  de  Dambi, 
situé  sur  la  rive  gaudie  do  Gibé ,  qu'en  traverse  là  eur 
un  pont  de  bois ,  les  eaui  de  cette  rivière  coulent  vers 
l'ouest  .-selon  lui,  d'ailleurs,  elles  ne  se  réunissent  pae  à 
rAbajr^  Quoi  qu'il  en  soiti  il  était  intéressant  de  cher- 
cher sî^  dans  l'espace  de  700  on  800  milles  qoi  sépareot 
Onarya  de  l'embouclive  du  Djeb  »  il  y  aivait  une  pente 
suffisante  pour  le  cours  d'un  fleuve.  Pour  déterminer 
ce  point  si  important  sans  sortir  d'Adwa  «  je  dos  avoir 
reeomrs  à  la  eomplaisanee  de  IL  Schîmper^  oonseiieii- 
oieux  botaniste  allemand ,  à  qai  ses  longs  travanï  en 
Abyssinie  permettent  d'assigner  ,  à  100  mètree  près  , 
la  hanteor  d'un  plateau  dent  il  eonoall  la  végétation  « 
ou ,  ce  qui  revient  au  même ,  les  plantes  désigttées  par 
leurs  noms  Tdgray.  il  est  permis  de  ciboire  qo'nd  voya-^ 
gem*  abyssin  fait  peu  de  cas  de  plantes  an^Mttes  on 
herbacées  ;  mais-  les  arbres  doivent  attirer  son  atten- 
tion ,  surtout  s'ils  sont  de  la  même  espèôe  que  cewi 
qu'il  connaît  dans-  son  pays. 

NOMS  d'aBBRBS   croissant  A  ÔNARTA  » 


en  llmorma . 

en  Amharha , 

en  Tô'grof. 

Uakanisa. 

Môsanna. 

Tamboukh. 

Koudittlfira. 

Atat. 

Atat. 

Kwaflati. 

Iche. 

Koumah 

Wadesa. 

Wanza. 

Awhhey. 

Edjersa. 

Wayra. 

Awle. 

Doukone. 

Loukwata. 

Souakia. 

Laflo. 

Gdrar. 

TtcbMifaa 

Afaâgama. 

Kosorro. 

Oda. 

IlarboQ. 

Agaœsa. 

Bbiloha. 
Lougo. 

?     {ricmus). 
K'olobo 
Biddi  {solaiaée). 


(54?) 

Gllinttro. 

? 
Kûch&chUla. 
Chola. 

? 
Agam  (Jasmin) 
Kôlkôta. 
Grawa. 
Bttl&s. 
Goulkwa, 
Oflsat 


Andel. 
K,eroahh* 

? 
Sagla. 
Kodo. 
Agaiu* 
Tasoft. 

• 
Bttlàs, 
Goule'y* 
Gounagouaa. 
A'agoule. 


Ombway. 

J'ai  cru  demir  Iranacrire  la  iMuneocIatore  ci-deasna , 
parce  qa\m  bolaniate  français  •  M.  Dillea  «  4ombè  ïic- 
lîme  de  son  aèle  pour  la  aoienee ,  a  dû  envoyer  aa  col- 
leelîon  es  France  af ee  les  noms  Ambarna  et  Tâgray 
da  ehai|tta  piaula,  ce  qui  permettra  aux  savants  de 
vénfier  l'assertion  de  II.  Scbimperp  qui  assigne  au 
plâAeaa  d'Onaicya  une  bautew  de  a  ooo  oo  au  pli^s 
s  aiHi  mblres» 

Parmi  les  incidents  d'un  voyage  en  Afrique»  îl  n'en 
eat  peat-èlra  pas  de  plus  curieux  que  ma  rencontre  ici 

aveckchérif (i)  ^soa nota  m*est  échappé)  et 

son  cofldpagnoQ  le  hadji  A'bd-er'^&abhinao  »  du  paya 
de  Ching'ettiL  ser  levetsani  màridknaal  du  mont  Atlas. 
Comme  je  a'avais  malbeureusement  pas  votre  Cane- 
MBf  (9)  ^  el  que  la  géographie  anglaise*  de  Murray  ne 

(i)  Us*agU  probablement  de  Sydy  AhhmedbenThoayr'el-Gennehy 
au  SDJet  duquel  Due  notice,  et  quelques  recherches  sur  le  payv  de 
Chip^'ethi  onCbaospil,.  ont  été  huérëes  dans  le  BulUtin  de  juin  1 833^ 
pagM  343  à  356. —  *▲....» 

(a)  M.  d*Abbadie  veut  parler  ici  de  la  cacte  intitulée  :  Essai  d'un 
nouveau  canevas  géotlésique  d*une  partie  de  V Afrique  septentrionale  , 


(348  ) 

dil  rien  de  ce  pays;  qu'enGn.Je  souffrais  beauooap  de 
la  fièvre  ^orsdes  deux  ou  trois  visites  du  pèlerin  arabe, 
j'ai  peu  tiré  de  renseigaemeots  de  lui.  Il  était  parti  de 
son  pays  il  y  a  quatre  ans  pour  se  rendre  à  Fez ,  puis 
à  Tanger ,  où  il  s'embarqua  pour  Tunis  et  Alexandrie. 
Ayant  fort  souffert  en  mer  jusqu'au  pèlerinage  de  la 
Mecque ,  il  prit  la  résolution  dé  s*en  retourner  chex 
lui  en  évitant»  autant  qu'il  serait  possible,  les  barques 
et  les  cbameaux. 

Selon  ces  hardis  pèlerins ,  le  pays  de  Ching'elhi  esl 
sablonnieux ,  a  beaucoup  de  puits»  et  pas  de  ririàres. 
Les  céréales  sont  le  froment  et  l'orge.  Les  chevaux 
sont  très  nombreux  ,  mangent  de  Torge ,  et  boivent 
le  lait  des  chamelles.  La  plus  grande  ville  est  Walala. 
De  là  à  Tefilât ,  4^  journées  :  de  ce  dernier  lieu  à 
Fez  (Fas) ,  lo  journées  ;  &o  jours  en  tout  »  sans  gran- 
des montagnes.  De  Walata  à  Tenboktou ,  so  journées. 
De  Walata  à  Fouat,  4o  journées  :  de  là  à  Tounis»  5o 
journées.  Il  y  a  quatre  ans  qu'on  se  battait  à  Tenbok* 
tou  pour  le  gouvernement,  et  les  Touarik  semblaient 
devoir  l'emporter  sur  l'autre  parti.  Voici  des  noms  de 
lieux  dans  le  Ching'ethi ,  qui  est  compris  dans  le  pays 
de  Hhaw  :  Tichit»  El-Na'ma,  Wada>  Atar»  Tijogitt , 
Rachid,  Cheuft,  Tougbtt,  Mâbftyrôt,  Tarttnni.  Au  nord 
du  Ching'ethi  est  Backna  ;  à  l'ouest ,  Tefilttt;  au  sud  « 
Sabeyt,  Hhaliâcklâ»  ChAsândy,  et  puis  le  Nil  (kwarra?). 
Il  est  bon  de  remarquer  cependant  qu'en  désignant  du 
doigt  le  sud»  le  pèlerin  disait  iTa  el  djâ. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  hadji  A'bd-er-Rahhman  et  son 

jointe  h  mes  Études  de  géographie  critique  (  in-S*,  Paris,  l836),  et  ia- 
sérée  ausM  dans  le  Bulletin  de  février  i836,  page  i44-  Mais  le  pays 
de  Schitiqétby  nVst  pas  compris  dans  le  cadre  de  ceUe  carte,  qui  ne 
s'étend  pas ,  vers  le  sud,  ao-delà  de  Tooàt.  —  *  A 


(  549  ) 
amî  le'chérif  sont  déjà  arrivés  à  GwttDdilr,  d  où  Us  se 
proposent  de  passer  par  Sennar,  KordofaD,  Darfour, 
Bornou ,  Hawsa  et  Tenboktou.  Comme  le  hhadji  A'bd^^ 
er-Rahhman»  qui  est  beaucoup  plus  communicatif  que 
le  chérif ,  me  dit  connaître  la  maison  du  consul  de 
Frsince  à  Mogador  (i),  qu'il  se  promet  de  visiter,  je  lui 
donnai  une  lettre  Adressée  à  MM*  les  consuls  de  France 
dans  les  Ëlats  barbaresques ,  en  les  priant  d'accueillir 
et  de  questionner  le  porteur,  et  en  outre  de  lui  don- 
ner deux  piastres  fortes:  moyennant  cette  récompense 
que  je  lui  ai  annoncée,  il  m'a  promis  de  rendre  compte 
de  tous  les  pays  qu'il  aura  visités  dans  son  vaste  trajet. 
Je  ne  me  dissimule  pas  ce  qu'a  d'irrégulier  ma  lettre , 
adressée  à  tous  les  consuls  de  la  Barbarie ,  ou  à  Alger 
  H.  l'interprète  en  chef;  mais  j'ai  cru  que  l'espoir 
d'ajouter  quelque  chose  au  peu  que  nous  connaissons 
sur  l'intérieur  de  l'Afrique,  pouvait  faire  pardonner 
une  démarche  auprès  de  mes  compatriotes.  Peut-être 
même  que,  sur  une  proposition  faite  par  la  Société  de 
géographie, M.  le  ministre  des  aflaires étrangères,  tou- 
jours si  bon  quand  on  le  sollicite  au  nom  de  la  science, 
pourrait  inviter,  par  une  circulaire,  MM.  les  consuls, 
à  accueillir,  payer  et  interrogdl*  lehadjiA'bd-er-Rahh- 
man  de  Cbing'ethi  s'il  se  présente  chez  eux  ;  et  je  suis 
sûr  que  la  Société  de  géographie  rembourserait  avec 
plaisir  leurs  modiques  débours.  Ma  lettre  d'Adwa  est 
du  9  mai  iS43*  ^^  doit  être  déjà  parvenue  près  de 
Seonar. 

(i)  Il  voulait  parler  sans  doute  de  M.  Delaporte,  qu'il  avait  d*abord 
connu  à  Thangeh,  et  qu'il  a  pu  revoir  à  Mogador.  Aujourd'hui  M.  De- 
laporte  est  en  retraite  à  Paris ,  rendant  encore  des  services  à  Télude 
de  TAFrique  par  le  cours  de  langue  berbère  qu*il  professe  à  TEi^ole 
«péciale  des  langues  orientales  vivnnteii.-^  *  A 


(  55o  ) 

Avec  les  pèlerins  deChing'eIbi  étaille  hadji  Ahhmad, 
du  Sennar,  retenu  encore  ici  par  une  blessure  au 
pied.  II  me  répondit»  comme  la  plupart  de  ses  campa* 
trio  tes,  sur  le  Nil-Blancl  t  Loué  soil  celui  qui  sail  où 
est  sa  source  I  «  Dans  les  environs  de  son  pays  il  db« 
tingue  les  langues  suivantes  :  i^  celle  de  Dankm  ;  — 
9*  celle  do  Fa-Zoglo  ;  -^5^ celle  des  Ghilouk  ;  -*•  4^  cdl^ 
du  Djanga;  —  5*  celle  des  Nouba;  — 6^  celle  de  6oo* 
môs  près  Fa-Zogio  ;  —  7"*  celle  de  Bttrta ,  &  côté  du 
précédent;  —  8^  celle  des  Hamad),  qu'il  distingue  des 
Galla;  ^  g*  la  langue  tagftiawi  près  du  Kordofam 

Selon  lehbadjî  Ahlimed.dé  Sennar  à  Sibou(i)  il  y 
a  7  journées  de  mulet ,  car  la  distance  est  plus  grande 
que  d*Adwa  à  Mouszftwwà*  ;  de  Sibou  au  fleuve  Blanc , 
3  journées.  Le  Yabous  a  sa  source  dans  Dileb ,  pays 
de  tribus  arabes.  Le  Maleb  a  sa  source  chei  les  Galla- 
Iba ,  et  se  jette  dans  le  Nil  »  et  non  dans  l'Abiid  »  car 
c'est  ainsi  que  les  gens  du  pays  nomment  ces  deux  ri- 
vières. —  Châkourytth  est  le  nom  de  la  grande  tle  com* 
prise  entre  l'Atbara  et  le  Nil.  Dans  cette  tle  se  trouvent 
deux  grandes  villes  antiques,  en  ruines  aujourd'hui  : 
la  plus  grande  se  nomme  Souba;  l'autre  ,  à  s  journées 
de  la  prmiére ,  s'appelle  MMrawi ,  mot  qui  est  presque 
identique  avec  Méroé.  —  De  Goz-Rttdjeb  à  l'embou* 

(i)  Sibou  est  un  point  au  sud  de  Limmè,  d'après  un  renseignement 
recueilli,  le  18  mai  iSSg,  de  la  bouché  du  jeune  gaUa  Oaari-Kiilo, 
si  malheureusement  enlevé  depuis  aux  soins  patcmi4s  et  à  la  aoHscK 
tnde  éclairée  de  M.  Jomard^  qui  l'initiait  aux  sciences  de  l'Europe, 
dans  Finlérét  d'une  exploration  foture  de  l'Afrique  intérieiire.Lfi  même 
renseignement,  un  pen  nodi6é,  se  retrouye  (p«g.  8) dana Imtérea- 
sant  mémoire  de  IL  JoiMurd  sur  lea  Galles  de  Limmou,  inséré  ao 
Jk/loCm  de  juillet  et  aoàt  iHSg  9  pagM  5  à  a5.  et  sans  modificaiion 
dans  la  carte  dressée  par  le  savant  académicien. —  *  A 


(  3di  ) 

chure  du  Gach  (  MUrttb  )  daxi»  le  Takasé  ou  Atbara ,  U 
y  a  5  JQurûées  ;  da  Goï-Rttd)ab  à  Baharas,  8  {ouroées  ; 
de  Goz  à  Cb&ody»  i  s  joamées  ;  de  Fa->Zoglo  à  Sandjtt  , 
3  journées  ;  de  SapdjA  à  Akalou  ,  3  journées  ;  d'Aka- 
lou  à  Fa-SÎDg.  à  côki^du  fleuve  Blanc,  5  joaraéei.  *— 
La  rivière  Touma  sa  jette  dans  le  fleuve  Blaoc. 

Je  ne  sais  si  je  vous  ai  déjà  fait  part  des  renseigne- 
ments qui  suivent  9  et  dont  je  ne  connais  pas  la  va- 
leur. Je  lésai  reçus  du  chftykbidris,  aujourd*bui  éta^ 
bli  à  Mous2&wwa'»  dont  le  père  est  Fellatab  •  mais  qui 
est  né  4  Maroc  i  il  fut  élevé  dans  le  Darfour  »  et  passa 
ensuite  de  longues  années  dans  le  pays  de  Gacb*  Je 
crois,  d'après  les  variations  de  ses  nombres  »  que  les 
distances  qu'il  donne  sont  pour  la  plupart  imaginaires  s 
cependant  il  entend  (  m'a-t-il  dit  de  son  propre  mou- 
vement)» par  beure  de  cbemin»  la  distance  de  Hou- 
szâwwa*  à  Dôkbono  ou  environ  4-&  milles. 

Liste  d'une  portion  des  villages  du  Dar^Four^ 
diaprés  le  chyakh  Idris, 

Des  cbameaux  cbargés  »  qui  ne  s'arrêteraient  pas  en 
roule»  iraient  en  i5  journées  {^^o  milles  environ) 
d'El-Obeyd  dans  le  Kordofan»  A  Robe,  qui  est  »  dans 
le  Dar-FouTy  la  ville  où  s'arrôtent  les  caravanes  :  Kobé 
est  bien  moins  grand  que  la  ville  où  réside  le  roi»  et 
qu'on  nomme  Tbândftlti;  cette  capitale  est  é  Test  de 
Kobé,  à  a. s 5  journées  (|e  distance.  Pe  Kobé  àKttb^ 
kttby&b,  1 3  journées  —  de  là  A  Abou-Adjoûra»  8  jour- 
nées —  de  là  à  Dadjo ,  3  journées  —  de  là  à  Bftrgdd ,  9 
journées-^  de  Dadjo  à  Gômr  »  8  journées  et  une  beure 
-rde  U  h  UWÀat,  4  joornées  ^-  de  là  à  Taa'sa,  ville 
fortifiée,  1.5  journées  —  de  là  à  Beni^Alba, a  heures 
—  et  en  suivant  t  k  Salwa  •  grande  ville ,  4  journées — 


(  ^â«  ) 

à  Tourra ,  i .  5  )oumée8  —  à  DjAbâl«Merra ,  4  heures 

—  à  Botoke ,  s  journées  —  à  Roùsou ,  5  jours  —  à 
Beni-Rachid ,  i  jours  —  à  K&bâbich ,  4  jours — à  Foù- 
naro ,  7  jours  —  à  Th&mbâl«Moûzen ,  3  jours  —  à  Rot* 
ko,  5  jours  —  à  Dadjo ,   i.d  jours  —  à  Beni-Rachîd , 

3  jours  — àRôdimay  s  jours — à  Ahmed-Tbithi»  5  jours 

—  à  Abou*OmoQg»  s  jours  —à  Rokàdjér,  t  jours  — 
à  R6bftnda ,  4  jours  —  à  JGoula' ,  6  jours  —  k  Parda , 
6  jours  —  à  Bttada-Wada,  B  jours  —  à  Rokâdjer»  s.  5 
jours — à  Se'yd»  9  jours  —  à  Bàoda-Wada.6  jours  —  à 
Bftnda-DjouDgouron,  6  jours  —  à  Bftnda- Parda,  s 
jours  —  à  BSnda-Roudou ,  4  jours  —  à  Goula*»  6  jours 
à  Slamnam  (  pays  d'anthropophages  ) ,  8  jours  —  à 
Kweykom,  10  jours.  —  DeNanmamàTourba»  4  heures 

—  à  Màraril,  3.3  jours  —  à  Saga,  4  jours  —  à  Baya, 
g  jours.  —  De  Dadjo  Beyt*Hasen  à  la  ville  de  Roun- 
djari»  1 1  jours  —  à  la  yille  de  WâUd-A*ly,  8  jours  — 
à  Soba,  grande  ville  et  ancienne  capitale  du  Darfour, 
7.  3  jours  —  à  Abou-el-Ghasim  »  4-5  jours  —  à  Salon 
(n  naasl)»  6  jours  —  à  Therab,  8  jours  —  &  Mârarit, 
s  jours  —  Il  Beni-Djameh ,  4  jours  —  à  Châykh-Z&- 
roug,  3.  3  jours  —  à  Olgos,  a.  5  jours  —  à  Dar^Tha- 
ma*  16  jours  —  à  Saladou,  9  jours  —  à  Hadji*Wadl, 

4  jours,  ou  6  en  allant  lentement  —  à  Kis&nouriyn ,  9 
jours  —  à  Thttmbftl-Nourttyn ,  7  jours  -*  à  Has-ed-Dyn, 
8  jours  —  à  Chftykh-Mahhmoud,  4  jours  —  à  Ahmed* 
ebn-Daoud ,  7  jours  —  à  Seyd-Nokili  »  4  jours  ;  celte 
ville  a  sept  mosquées, —  à  son  frère  Daoud,  8  jours-~à 
Abakr(AbouBekr?)  9  jours — àSaleh,  4  jours — &Wa- 
ran*Douloum,4*  5  jours  — à  Abftforeh ,  3  jours — à  Aba- 
el-Mahhdi,  4  jours  —  à  Aba-Base ,  ville  du  neveu  du  roi, 
6  jours  —  à  la  ville  d'Abâkr ,  fils  du  roi,  9.5  jours — à  Mou* 
sa,9heures— D'Abâkrè  lavilledeYambousa,  mère  du 


(  355  ) 

roi»  3.  6  jours  —  à  Robase,  ii  jours  —  à  Ammet- 
Sahan,  i3  jours  —  à  Thama»  9  jours,  allant  vite  —  à 
Ri'tth»  30 fours  —  à  Oroth,  i5  jours  —  à  Béni-Nafé» 
allant  vite,  8  jours  —  à  Sokkor ,  8  jours  —  à  Rondou , 
i5  jours  -->  àRi'ah-el-Dakh&n,  96  jours  sans  aller  très 
vite  —  à  CU^mr-'Doumo ,  7  jours  —  à  Cbfiykh-Sa*at  »  4 
jours  —  à  Ifadfidounio,  3  jours  ->—  à  Nour-ed-Dyn ,  iS 
jours  -^  à  Oren-'Douloum ,   19  jours  —  à  Boulboul , 
grand  tnHidi  coulant  avec  bruit  »  8  jours  —  à  Golol  « 
9  jours  —  à  Rotoke ,  eau  chaude  sortant  à  gros  bouil- 
lons »  3  jours  (  ee  mot  signifie  lavage ,  parce  qu'on  va 
s'y  laver  comme  remède)  —  à  Bas-Udou  ,  i5  jours  — 
à  Kotkodomo,  4  jours  —  à  Olgos,  1 1  jours  —  à  Dar- 
Djamous,  i3.  5  jours  —  à  Amàras,  i5  jours  —  à  Ba- 
ySdero,  4  jours  —  à  Daledoumo ,  ville  du  trésorier  du 
roi,  4  jours  —  è  la  ville  d'Idris,  9  jours  —  &  Saboun 
{nom  de  roi) ,   ii  jours  —  à  Abilch,  7  jours  —  à 
Djawrmifth,  3  jours  —  à  la  ville  d*A'bd-er-Rahhmany 
fils  du  roi,  9  jours  —  a  Yatoy  »  4  jours  —  à  Dou* 
bayn,  I  jour —  ÀRéradoum,  ville  de  ceux  qui  fa- 
briquent la  boisson   fermentée   (hhamar),  4  heures 
—  è  Fftgiroun,   4  heures  —  à  Outou,  4  heures  —  à 
Rorokwa ,  6  jours  —  à  Djourenga ,  4  jours  —  à  Tha- 
beldikoa,  a  heures— .à  Mttrga-Rwangele»  7  heures  — 
à  Sona-Kwangele  »  4  jours  et  une  heure  **  à  Batel- 
Kwangelé,  3*  jours  —  à  Rera-Rwangele ,  3.  S  jours  — 
à  Rittb-Rwangele ,  7  jours  —  k  Bornou-Rwangele,  ville 
des  gens  du  Bornou,  4-3  jours  —  à  Thasa'-Rwangele, 
4  heures  ^  à  Argel-Rwangele  ,1.5  heures  —  à  Base- 
Rwangele»  3  heures  —  à  Base-Oudou  ,  5  heures  —  à 
la  ville  d'A'ly  »  fils  de  Yackoub»  8  heures.  —  k  Djoun- 
gour,  4  jours — àFttgi-Wada,  3.5  jours  —  à  Hadji*el- 
Bêdawwi,    7.3  jours  —  è  Fagi-Foka ,  1 .3  heures  —  \ 

XVIII.    NOVRMBKK     4*  ^3 


-  (  554  ) 
Mdraril,  7.  3  jours  —  à  ZSirou-Kwangele,  9*  5  jours 
—  à  Maya-K^angele ,  4  jours  —  à  Raoî-Kwangele  »  s. 
5  jours  —  ^  DjouryaÊj^ei^  1.  s  jours  —  k  Kame»  4)<Mir8 
-r  ^  Oumangela ,  3  jours  —  &  Daly angele ,  8  |out8  — 
i  jSçt^-Kw^ngQie ,  6  heure»  ^  à  GUd5ng»  5  îaors — à 
ThfHirou,  îille  où  Ton  eoterre  les  rois  du  Darfoar ,  6 
jourA  —  A  ]K.oul<iukpuria«  (  n  nasal  ) ,  S  jours  —  i  Fo- 
go'4ttMo«  3.5  jours  —  à Holôngl-Kwang-HôdiUS  jours 
(MdâîUeuidire  IFatU)-^  à  Abdkn  (n  nasal)  IftkiU, 
8  heuree  —  i  Fogo*dô'do,  4  )ourfl( — ^^à  Mouron-llAdil, 
wady  pleÎQ  de  lio]^  •  3  jours  —  à  Dttbe  »  4«  S  jours.  — 

(  Le  trait  —  signifie  que  chaque  distance  est  comp We 
du  lieu  qui  précède  ;  ainsi,  —  à  Dlbe  veut  dire  :  de 
Uourou-Bl^dil  à  DSbe.  ) 

GeUe  liste  contient ,  seloa  le  Cbftykh-Idrif ,  les  noms 
d'environ  la  nioitié  des  viHages  du  Dar-Four.  Comme 
je  n*ai  pkfisvu  cet  homme,  il  m'a  été  impossible  de 
contrôler  ce  travsil  par  des  questions  »  et  je  n'ai  d'ail- 
leurs trouva  par  ici  personne  qui  connût  le  Dar-Four. 
Les  rens^gnements  suiyanta  •  du  même  Idris  •  sont 
plus  intéressants. 

Les  rivières  de  Boulboul  et  de  Golol  sont  d'abord 
s^arées  par  une  montagne  :  elles  se  joignent  ensuite 
et  vont  dans  le  Bournau.  L*eau  de  Rotoke  passe  par 
S«gi| ,  et  puis  entre  dans  le  Dar-Fr5tit  (ainsi  prononcé). 
La  rivi^fe  de  Thourovo  va  à  Djftb&l-Mira,  puis  i 
AiQârfSt  puvi  à  Rjtbk^bya  et  puis  à  Fes  [Ml)»  car 
toutes  \^  eaux  de  notre  pays  s'en  vont  dans  celte 
grande  mer  qui  mène  à  Stamboul.  Ches  nous  les 
petits  vpisseaui  vont  se  reposer  dans  les  grands, 
ceux-ci  dans  de  plus  grands,  et  à  la  fin  tout  s'en  va 
d^ns  la:  mer  Tchad  ;  l'eau  de  cette  mer  s'en  va  dans  la 
grande  mer  de  Stamboul  par  une  rivière  qui  la  dé- 


(  355  } 

charge  du  côté  du  nord-ouesi  ;  mais  j'ai  oublié  le 
nom  de  celte  rivière  :  elle  ne  s'appelle  pas  Yéou. 
Toutes  les  eaux  du  Dar-Four  s'en  vont  du  côté  de 
l'ouest:  il  y  a  bien  quelques  rivières  qui  coulent  vers 
l'est»  mais  elles  finissent  toutes  par  rebrousser  che- 
min. Le  pays  de  Dar-Four  est  agréablement  frais  et 
non  pas  comme  liouszawwa,  dont  le  climat  est  de  feu* 

NOTE  SUR  LE  KAFA  , 

Jbwme  pikrmn  esdaifeàgé^  de  ce  pays  ^  qui  partait  biem 

Rafa  est  le  nom  des  Gallas:  les  Abyssins  disent  Si- 
dama,  et  les  indigènes  appellent  leur  pays  Gomara.  La 
plu0  graade  rivière  est  le  Godom»  puia  vient  l'Ouma  (il 
peut  y  avoir  quelque  incertitude  ici  (i),  car  j'ai  appris 
plus  tard  qu'en  ilmorma ,  ouma  veut  dire  lac).  Routa  est    • 
un  village  gouverné  par  Gobe,  près  du  Rafa,  mais  n'en 
faisamt  pas  partie.  Les  villages -de  Rafa  sont:  l'Boâga 
*  sur  l'Ouma,  régi  par  le  roi  (ou  chef)  Hâlalo;  — a^'Ge- 
mdr»  sur  TOuma  s  —  3*  Doko ,   id.  ;  —  4*  Tsftmbaro 
(Thambaro  desGallas?),  id.  ;  —  5'  Zala;  —  â'^Goldai 
—  7*Wfilaytsa;  —  S^Gëfa»  sur  les  bords  d'une  grande  ^ 
mer  (lac?)  salée;  —  ^  Chora.   —  Routcha  est  une  ' 
grande  montagne  de  pierre  blanche.   Tsitso  est  une 
montagne  de  pierre  rouge ,  et  très  élevée. 

Rafa  est  près  de  Gouma;  dans  la  saison  sèche,  POuma 

(i)  Ce  fcropule  du  coosciencienx  voya^ur  est  Jeyé  par  un  rensei- 
0nemeot  recueilli ,  le  29  mai  1841^  à  Angolalla,  par  le  docteur  Char- 
les Tilstone  Beke,  et  publié  dans  le  Journal  de  la  Société  géographie 
qite  de  Londres,  tome  XII ^  page  87.  H  y  est  parlé  de  la  rÏTÎère  Omo , 
▼enant  de  Doko,  et  se  jetant,  derrière  Kafa,  damr  la  grande  rivi^e 
Goyih,  qui  coule  tiu  sud-ouest  de  Nftréa.—  *  A 


(  S56  ) 

est  très  petit;  pendant  les  pluies,  on  le  passe  sur  un 
radeau  d'outrés.  La  mer  qui  baigne  Gofa  est  d'eau 
amère  »  et  on  ne  la  boit  pas  ;  elle  porte  de  vilains  petits 
bateaux  qui  amènent  du  cuivre  et  des  perles  de  verre 
des  pays  inconnus;  cette  mer  n'a  pas  de  bâtiments  è 
mâts,  et  les  blancs  n*y  sont  jamais  venus;  il  Faut  un 
mois  pour  traverser  cette  mer.  Les  montagnes  du  Kafa 
n*ont  pas  de  neiges  éternelles.  Waratha  est  au  sud-est 
de  Rafa  ;  Limmou  est  au  sud-ouest  de  Waratha. 
Waratha ,  arrosé  par  l'Ouma ,  ne  produit  ni  mais  ni 
sorghum,  mais  on  y  sème  le  froment  et  l'épeautre. 

rkmseîgubmbnts  donnés  par  des  â'pae, 
et  recueillis  à  Hhoduydûk^  Hhanjalah  et  Mousdawiwi^^ 

Awsa  est  composé  de  huit  wady ,  chacun  arrosé  par 
une  branche  de  TAwach  :  ces  huit  branches  se  réu- 
nissent ensuite  pour  former  un  grand  lac  »  où  il  y  a 
des  hippopotames  et  des  crocodiles.  Il  n'y  a  pas  de  lac* 
natron.  D*A'yd  à  Awsa  7  journées  (d'après  un  habitant 
d'A'yd.  ) 

Selon  AMy,  de  Hhanfal&h»  il  y  a  une  journée  de 
chemin  de  chez  lui  au  commencement  de  la  plaine  de 
Selp  qu'on  nomme,  en  a'fïir,  DttgA'd:  elle. est  atte- 
nante à  un  lac  salé  où  il  y  a  des  marsouins  »  et  qui  di- 
minue de  trois  coudées  dans  la  saison  sèche ,  pour 
croître  de  nouveau  en  hiver.  Ce  lac  est  très  profond  et 
poissonneux.  De  là  une  journée  de  chemin  à  Talfenta, 
gros  village  dankaly,  d'où  le  nom  de  TSten,  usité 
chez  les  Abyssins  de  l'Agamé.  Le  3*  jour  on  arrive  è 
liiso ,  où  réside  le  dardar  ou  suzerain  des  Danakil  ;  il 
gouverne  la  moitié  de  la  ville  ;  l'autre  moitié  est  chré- 


(357  ) 
tienne,  et  obéit  à  GUbrâ-Gouro.  D'Iiiso  à  Â'di^Grat  il  y 
a  3  journées. 

La  baie  d*Ansley  3e  nomme,  en  a'far,  mer  de  Té-* 
léphanl ,  à  cause  de  l'excellente  fontaine  qui  est  tout- 
à-fait  au  fond  de  la  baie,  et  qui  est,  en  biver ,  trèsfré-^ 
quentée  par  les  éléphants.  Selon  le  même  A'iy  les 
Arabes  nomment  celte  baie  Ckoubb&h-el-Ckantr,  à 
cause  des  sautes  de  vent»  fréquentes  surtout  pendant  les 
vents  du  nord ,  et  qui  ont  fait  périr  plusd'une  barque. 
L'ancienne  grande  ville  •  dont  il  ne  sait  pas  le.  nom 
(  Adulis?)^  était  autour  de  celte  fontaine ,  el  l'on  y  volt 
encore  des  ruines  de  maisons,  tandis  qu'il  n'y  en  a  pas 
une  seule  entre  Afta  et  Zoulla,  où  n'aurait  été,  selon 
A'iy,  que  le  cimetière  de  la  grande  ville.  Aujourd'hui 
il  y  a  un  village  un  peu  éloigné  de  la  fontaine  des  Élé- 
phants, mais  quis*y  abreuve:  on  le  nomme  Adgoub; 
et  un  peu*plus  haut  esl  le  village  de  Gôla'. 

Tout  près  de  Hhanfâl&h  est  une  plaine  aujourd'hui 
déserte  et  nommée  Hheçi&lou ,  où ,  selon  la  tradition  , 
les  Fours  (Gréco-Égyptiens?)  avaient  des  blés,  des 
bananes,  et  de  belles  plantations  de  toute  espèce. 
Dans  les  montagnes,  mais  en  vue  de  la  mer,  et  près 
de  Hhanfàl&h,  est  Adgà,  où  il  y  avait  jadis  une  belle 
ville  des  Fours  :  mais  en  partant  ils  ont  caché  l'eau, 
car  on  n'a  jamaispula  retrouver(seraient^eles  AOoyaou^ 
de  l'inscription  d'Adulis?).  GammeU(yot^SuXà),  au  sud 
d'A*yd|  était  aussi  une  ville  des  Fours;  il  en  était  de 
même  de  Gabala  (yaSoXâ)  entre  Rahhaytd  et  la  mer. 

D'après  A'iy ,  la  mer  de  Dâgd'd  aurait  plus  de  deux 
milles  de  large:  elle  esl  fréquentée  non  seulement  par 
des  marsouins,  maisencore  par  des  oiseaux  maritimes; 
à  son  rivage  occidental,  près  du  mont  de  Soufre,  sous 
les  restes  de  l'ancien  i/iWar ,  ony  trouve  des  fragments 


(  358  ) 

de  poutres,  etc.  Lors  des  fenUdu  sud ,  lej  fagoes  sodI 
très  graves.  Bien  sûr,  celle  mer  esl  plus  basse  que  la 
grande  mer,  car  on  descend  beaucoup  pour  y  arriver. 
Ses  eaux  sonl  forl  lourdes.  Près  de  là  est  un  gros  bloc 
de  sel  rouge,  employé  dans  la  médecine  vétérinaire, 
et  provenant  d'une  femme  nommée  Acha*lia,  dont 
on  raconte  une  histoire  lout-à-fait  pareille  à  celle  de 
la  femme  de  Lot  A  côté  du  lac  esl  un  roc  &  caverne, 
où,  pendant  les  vents  du  sud,  l'eau  s'engouffre  et  se 
)et(e  en  haut  comme  des  narines  d'un  marsouin.  Près 
de  là  est  une  montagne  qui  fume  toujours. 

Selon  A'bd-Allah,  de  Hhanftllah,  Asftb  senommail 
fadis  Saba  ;  les  Fours  y  avaient  une  grande  ville.  — 
Entre  ce  lieu  et  Rahhayiah  est  Medgeb'da,  nommé 
Goubbah  par  les  Arabes;  et  (oui  près,  au  sud,  esl 
TAlali,  rivière  qui  a  plus  de  deux  mètres  de  profondeur 
et  qui  coule  toute  Tannée;  elle  s'abtme  devant  ud 
bois  qui  la  sépare  de  la  mer.  A'bd-AUah  place  le  site 
de  l'ancienne  grande  ville  (Adulis)  lout-à-fait  an  sud 
de  la  baie  d'AnsIey,  an  lieu  occupé  aujourd'hui  par 
Gomboudle  ;  le  nom  ancien  est  Ilfa'doo  ;  on  y  voit  en- 
core les  fers  qui  servaient  à  attacher  les  bfitimeiits  au 
débarcadère,  où  les  chameaux  étaient  déchargés  par 
les  bâtiments  sans  l'intermédiaire  de  chaloupes.  La 
fontaine  des  Eléphants  esl  au  sud-est  de  Gomboodi^* 

Le  nom  a'filr  de  l'eau  d'Awsa  (la  rivière  ou  le  lac?) 
esfWi'aylo.  Je  ne  connais,  dît  A 'bd- Allah,  ni  leYasso, 
ni  TAnazo,  ni  même  aucune  grande  rivière  entre  A*yd 
et  Awsa.  La  distance  entre  ces  deux  derniers  lieux  es) 
6  journées,  sans  charge  :  les  chameaux  chargés  la 
parcourent  en  i&  jours. 

Je  n'ai  transcrit  ici  que  ce  qui  me  semble  vrai; 
mais  je  connais  plu»  que  personne  le  danger  qu'il  y  » 


(559) 
à  se  fier  aveDglément  k  des  renseigûements  oraux  :  la 
Société  de  géographie  pourrait  néanmoins  les  sid* 
mettre  comme  on  transcril  en  astronomie  ou  en  géo- 
désie des  observations  provisoires  et  hàttves  qui  servent 
à  préparer  un  calcul  ou  à  esquisser  un  canevas. 
Je  suis  toujours  votre  humble  et  dévoué  collègue , 

Amtoiiib  D'ABBADIE. 


NOTE  SUR  LA  LETTRE  PRÉCÉDENTE. 

Coup  (tœil  général  sur  les  derniers  travcuix  géographiques 

de  M.  (CAbbadie, 

La  lettre  de  M.  Antoine  d'Abbadie,  que  nous  pu- 
blions aujourd'hui ,  porte  le  N"*  9  dans  la  série  des 
communications  qu'il  nous  a  successivement  adressées 
durant  le  cours  de  son  voyage.  Ce  chiffre  «  inscrit  par 
lui-môme  en  tête  de  son  envoi,  nous  a  paru  rendre 
convenable,  pour  nos  lecteurs  aussi  bien  que  pour  nous, 
une  récapitulation  générale  de  sa  correspondance  an- 
térieure ,  afin  de  reconnaître  et  de  coordonner  l'en- 
semble des  documents  que  nous  devons  à  son  zèle. 

Nous  allons  les  rappeler  succinctement  d'abord , 
suivant  l'ordre  des  numéros  et  des  dates  »  en  interca- 
lant, chronologiquement,  les  lettres  adressées  à  quel- 
ques autres  personnes ,  avec  l'indication  précise  des 
divers  cahiers  du  Bulletin  où  les  unes  et  les  autres  ont 
été  imprimées. 

N*  I .  —  En  mer,  26  septembre  1839. 

Listes   des  villages  Hh&bâb  et  Ghohou  qui  recon- 


(  36o  ) 

naissent  rautorité  du  Nâyb  de  HlUrckyckou.  —  Iti- 
néraire des  caravanes  entre  Adwa  et  Moosiawwa*.  — 
Itinéraire  de  Gônd&r  à  Ôoâryâ  «  et  renseignements  sor 
les  pays  voisins. 

(  Bulletin  de  septembre  et  octobre  i  SSg  »  ptges 
181  à  190.) 

N"  a.  —  Alexandrie,  ..  octobre  1839. 

(Cette  lettre,  qui  devait  accompagner  les  papiers 
du  voyageur  Dufey ,  ne  nous  est  jamais  parvenue*  et 
n*a  pu»  conséqucmment ,  dofaner  lieu  à  aucune  inser- 
tion dans  le  Bulletin.  ) 

— —  Le  Caire,  ao  novembre  1839.  —  A  M.  Jomard. 

Nouvelles  de  divers  voyageurs  en  Abyssinie. 

[Bulletin  de  janvier  i84o,  pages  4^  ^  43.  ) 

^-—  Mouszawwa',  29  février  1840-  —  A  M.  Joniard. 

Aperçu  général  des  principaux  résultats  du  voyage 
de  M.  Arnaud  d'Abbabie  dans  le  Gojam  et  le  Damot. 
(  Bulletin  de  juillet  i84o ,  pages  57  à  61.  ) 

■  Adwa  ,  8  avril  1840.  —  A  M.  Jomard. 

Renseignements  sur  le  pays  de  Gach,  entre  Sawakin 
et  Mouszawwa',  et  sur  les  peuples  qui  l'habitent. 
(  Bulletin  d'août  1840 ,  pages  1 14  ^  >  17-  ) 

N»  3.  ^-  Le  Caire,  7  octobre  1840. 

Renseignements  sur  le  pays  de  Limmou.  —  Obser- 
vations astronomiques  pour  la  position  d'Adwa  et  de 
quelques  autres  points.  —  Liste  d'azimuths  observés  à 
Dôgsa ,  à  Adwa  et  au  mont  Sttloda.  —  Observations 
barométriques. 

(  Bulletin  d'oclobre  i84o,  pages  sSg  à  256.  ) 


(36i  ) 

Le  Caire^  1 1  octobre  1 840. 

(  Simple  lettre  d'introduction  apportée  par  M.  Ro- 
chet,  et  qui  n'a  point  dû  être  insérée  au  Bulletin.  ) 

— —  Le  Caire I  i3  octobre  i84o.  *—  A  M.  Jomard. 

Itinéraire  de  Barbara  à  Harar. 

(  Bulletin  de  mars  i84i  »  pages  173  à  175. } 


A'yiat,  5  décembre  i84o.  — A  M.  Daussy. 


Noms  de  lieux  sur  la  côte  orientale  d'Afrique  depuis 
A'sttb  jusqu'à  Mozambique. 

(  Bulletin  de  septembre  1 84^  »  pages  1 1 7  à  «35.  ) 


Barbarah  ,  i5  janvier  i84i* 


(Simple  lettre  d'introduction,  apportée  par  M.  Ayr- 
ton,  et  qui  n'a  point  dû  être  imprimée.  ) 


Mouszawwa',  ai  juillet  i84i.  — -  A  M.   Daussy. 


Observations  astronomiques  à  B&rber&h  et  Toudjou- 
r&h.  —  Renseignements  sur  le  pays  des  Szomal. 

(  Bulletins  de  janvier  t84a  *  pages  43  à  5o  ,  et  de 
février,  pages  89  à  99.  ) 

^*  4  (?)•  —  Mouszawwa',  a8  août  i84i. 

Renseignements  sur  divers  idiomes  de  l'Étbiopie. 
(Bulletin  de  février  1849  »  pages  lao  à  196.) 

W  5. —  ...?....?....  ? 
N*  6.  —  A'yiat ,  i4  novembre  1841. 

Renseignements  géographiques  sur  la  côte  méridio- 
nale de  l'Arabie. 

(  Bulletin  de  février  1849  ,  poges  196  è  i3g.  ) 


(    369    ) 

A'yial,  3  décembre  i84i.— A  M.  Joniârd. 


Visite  aux  ruineà  d'Adulis. 

{ Bulletin  àt  novembre  1849,  page^  6«^5  à  54i.  ] 

N'  7.  —  Omokonllou  ,  aa  décembre  184 1. 

Renseignements  géographiques  et  staHsHques  sur  le 
pays  de  Barka  et  sur  celui  des  Btlen. 

{Bulletin  de  septembre  i84a,  pages  186  â  9o40 

No  8.  —  Adwa,  27  mars  1842. 

Géographie  du  Tôgray.  — Itinéraires  de  Moaaufwwa* 
à  Adwa ,  et  de  là  à  Ônairya. 

(  Bulletin  de  septembre  i84a ,  pages  so4  à  917 .) 

N<>  9.  ~  Adwa,  3  juin  i84'i. 

Hauteur  du  plateau  d'Ô^^rya.  —  Renseignements 
sur  le  pays  de  Ghing'ethi.  —  Liste  d'une  partie  des 
villages  du  Dar-Four.  —  Note  sur  le  pays  de  Kafa.  — 
Renseignements  donnés  par  des  Aïar. 

(  Bulletin  de  novembre  i84s  *  pages  344  ^  ^^9*) 

Tel  est  le  bilan  général  des  informations  que  nous  a 
transmises  M.  Antoine  d*Abbadié  sur  la  géographie 
des  contrées  éthiopiennes  dont  il  a  visité  une  partie, 
et  dont  Taulre  partie  a  été  pour  lui  fataleoMDt  ina- 
bordable. 

On  voit  par  ce  résumé  que  ses  investigations  se  sool 
portées  sur  quatre  principaux  cercles  d*étude  géogra* 
phique ,  savoir  : 

rLe  T6gray»  qu'il  a  exploré  lui-même.  Les  ira- 
vaux  de  Bruce,  de  Sait,  de  RùppeU,  même  ceox  àe 
MH.  Combes  et  Tamisier,  quand  leur  itinéraire  aura 


(  565  ) 

été  plus  soigneusement  construit ,  ainsi  que  nous  nous 
proposons  de  le  faire  quelque  jour»  devront  se  com-^ 
biner  avec  les  données  du  nouveau  voyageur,  qui 
trouveront  à  leur  tour  un  convenable  contrôle ,  et  sans 
doute  une  pleine  confirmation,  danà  les  levés  plus  ré- 
cents de  MM.  Ferret  et  Galinier. 

9*  La  région  compri<-e  entre  l'Albarah,  la  mer 
Rouge ,  Souàkyn  et  Mosçawwa*.  Les  pays  de  Gach,  de 
Barka,  et  autres  cantons  de  ce  territoire,  étaient  restés 
presque  inconnus  jusqu'à  ce  jour  aux  géographes  ;  les 
indications  recueillies  sont  trop  vagues  ,  trop  insuffi- 
santes, pour  permettre  d'en  esquisser,  quant  h  présent, 
un  tracé  quelconque  ;  mais  il  y  a  lieu  d*espérer  que 
le  zélé  voyageur  parviendra  à  rassembler  à  ce  sujet 
quelques  données  plus  précises  et  plus  étendues. 

5^  Le  pays  des  Sçonmàl.  C'était  aussi  une  contrée 
tout-à-fait  inconnue  ;  nous  avons  assayé  d*en  dresser 
une  petite  carte  ,  en  combinant  entre  elfes  les  in- 
formations que  M.  d'Abbadie  avait  rassemblées  à  ce 
sujet.  (Voyez  le  Bulletin  de  février  1842  ) 

4*  Le  pays  d'Enarya.  On  ne  possédait  à  l'égard  de 
ce  canton  reculé  de  la  haute  Ethiopie  que  l'itinéraire 
d'Antonio  Fernandez ,  assec  vaguement  décrit  dans  le 
livre  de  Teliez,  où  l'ont  puisé  pour  le  reproduire,  notre 
curieux  Melchisédec  Thévenot ,  et  à  long  temps  de  là 
le  voyageur  Bruce  ,  qui  en  a  donné  le  tracé  en  s'ai- 
dant  de  renseignements  obtenus  par  lui-même  en 
Abyssinie.  Les  informations  que  nous  avait  apportées 
de  sa  terre  natale  le  jeune  Ouari ,  et  que  M.  Jomard 
a  consignées  dans  son  intéressante  Notice  sur  les  Gal- 
Jlas  de  Limmou ,  les  indications  que  M.  Rochet  et  que 
M.  Charles  T.  Beke'ont  recueillies  en  dernier  lieu  dans 
leSchoa,  doivent  aussi  être  comptées  parmi  les  rares  ma- 


(  364  ) 

tériaux  que  nous  possédons  à  ce  sujet ,  el  dont  dous 
pourrons  nous  aider  pour  tenter  une  esquisse  graphi- 
que  des  données  que  nous  ^  a  transaiises  sur  ce  pays 
M.  d*Abbadie. 

Le  zélé  voyageur  n'a  point  négligé  d'enrichir  son 
portefeuille  de  notes  géographiques  sur  divers  autres 
parages,  tels  que  la  côte  méridionale  de  l'Arabie  ,  le 
Dar-Foar,le  Schinqèthy;  mais  ce  n'est  qu'à  titre  de 
contrôle  des  travaux  antérieurs  «  ou  qu'accidentelle* 
ment,  qu*il  s'en  est  occupé. 

Obsert^ations  particulières. 

Nous  terminerons. cette  note  par  quelques  observa- 
tions qui  devaient  prendre  place  à  la  suite  des  lettres 
N**  7  et  8  insérées  dans  le  BulieUn  de  septembre  der- 
nier, mais  que  le  défaut  d'espace  avait  fait  ajourner. 

Ces  lettres ,  aus^i  bien  que  celle  que  nous  publions 
aujourd'hui,  offrent  une  nouvelle  preuve  du  zèle  infa- 
tigable et  consciencieux,  disons  aussi  de  la  sagace 
intelligence,  que  M.  Antoine  d'Abbadie  consacre  avec 
une  si  noble  abnégation  de  santé  et  de  fortune ,  à  l'é- 
tude des  contrées  éthiopiennes. 

Les  réQexions  qui  terminent  sa  lettre  N*  8  témoi- 
gnent de  son  scrupule  à  recueillir  et  à  reproduire  avec 
une  minutieuse  exactitude  les  nomenclatures  géogra- 
phiques indigènes  ;  mais  elles  révèlent  en  même  temps 
les  incertitudes  que  lui  laissent  l'indécision  de  certai- 
nes articulations ,  la  variabilité  de  prononciation  entre 
les  individus  :  et  ce  qu'il  fait  en  pareil  cas  (  recueillir 
et  mettre  en  parallèle  toutes  les  variantes  )  est  ce  que 
devaieni  désirer,  ce  que  devaient  attendre  de  lui  les 
amis  d'une  étude  critique  et  approfondie  des  sources 
géographiques. 

Il  ne  faut  donc  pas  s'étonner  de  rencontrer,  dans  les 


(  365  ) 

documents  qu'il  nous  envoie ,  des  imperfections  .  des 
difersités,  des  anomalies  orthographiques.  Il  est  à  cet 
égard  une  observation  à  consigner  ici  :  c'est  que  le 
consciencieux  voyageur  se  préoccupe  bien  plus  de  con- 
stater ce  qu'il  apprend  de  la  bouche  de  ses  informa- 
teurs ,  que  de  faire  montre  de  son  propre  savoir  : 
aussi ,  en  plaçant  nous- même ,  à  la  suite  de  ses  com- 
munications »  quelques  observations  sur  divers  points 
de  leur  contenu ,  nous  sommes  loin  de  croire  qu'elles 
lui  aient  échappé,  mais  seulement  qu'il  a  négligé  d'en 
faire  part  h  ses  lecteurs. 

Ainsi,  personne  ne  doit  douter  qu'en  écrivant  tour  à 
tour  Zanzibar,  Jinzibar,  Djindjibaret  Yinzibar ,  au  gré 
des  prononciations  arrivées  à  son  oreille,  il  n'ait  pas  su 
que  la  véritable  orthographe  de  ce  nom  devait  se  con- 
former à  Tétymologie  historique  de  Terre  des  Zendj  ou 
Zeng^  signification  bien  connue  de  la  dénomination 
de  Zeng'àarr^  d'où  les  géographes  routiniers  de  l'Eu- 
rope ont  tiré  à  la  fois  les  deux  prononciations  de  Zan- 
guebar  pour  la  terre-ferme ,  et  de  Zinzibar  pour  l'Ile 
placée  vis-à-vis. 

Il  appelle  Sawahil  les  habitants  de  la  côte  comprise 
entre  Lamou  et  Kilwa  i  ou  Quiloa  suivant  l'orthogra- 
phe vulgaire  empruntée  aux  Portugais).  Nous  avons 
nous-mème  entendu  des  voyageurs  qui  avaient  hanté 
ces  parages  nous  parler  de  la  langue  souély^  des  peu* 
pies  souélys^  sans  faire  sentir  d'aspiration;  nous  n'en 
sommes  pas  moins  persuadé  que  ce  mot  se  doit  écrire 
avec  l'aspiration  forte ,  et  qu'il  le  faut  rapporter  au  ra- 
dical arabe  Sâhhel^  rivage;  Souâhhel^  les  côtes;  Souâ- 
hhély,  Souâhhyly  les  gens  des  côtes  ;  il  s'agit  en  effet  des 
Arabes  établis  sur  le  littoral  africain  au  sud  des  Sçou^ 
mat  et  au  nord  des  populations  Zeng  et  Kafres. 


(  566  ) 

La  détèrmÎDaiioD  des  aspirations  offre  beaucoup  de 
difficuiléa  et  d'incertitudes;  ainsi,  M.  d'Abbadie  a  re- 
connu l'aspiration  forte  dans  le  nom  de  Bkanqxqou^qae 
Bruce  nous  avait  habitués  à  écrire  Arkiho.  liait  nous 
pensons  que  l'aspiration  forte  mise  par  notre  Yoyageor 
au  commencement  du  nom  Hbadarebé  eat  contraire  à 
l'étymologie  naturelle  du  mot.  Les  peuples  ainsi  ap- 
pelés étant  des  Arabes  venus  du  Hhadhramaut ,  il  est 
tout  simple  qu'ils  aient  gardé  leur  dénomination  eth- 
nique, précédée  du  vocable  généralement  emplogfé 
dans  le  pays  pour  désigner  une  tribu,  un  corps  de 
population;  or,  ce  vocable ,  M.  d'Abbadia  l'écrit  'Ad , 
comme  on  peut  le  voir  dans  'Ad-Kelb,  'Ad-Tesfay,  'Ad* 
Qabscha,  'Ad-Hhozbay ,  'Ad-Tsafa';  'Ad-Tsamfay, 
'Ad-Brohhanou;  il  nous  semble  donc  qu'il  faut  écrire 
aussi  'Ad-'Arebdi.  Et  faisant  application  do  même 
principe  de  décomposition ,  nous  écrirons  encore  de 
même  'Ado-Klés»  'Ado-Mariam,  où  la  forme  *AJû 
offre  le  damm,  ou  o  bref  grammatical,  inséré  ici  pour 
l'euphonie.  Peut-être,  mais  c'est  une  conjecture  sans 
autre  appui  qu'une  simple  analogie,  peut-être  le  nom 
des  Ha^dendwa  doit-il  être  pareillement  ramené  à 
l'orthographe  *jéU-Dendiî^ah. 

On  pourrait  être  disposé  à  considérer  également 
comme  surabondante  l'aspiration  insérée  dans  la  dé- 
nomination du  mont  Tah^ila^  qui  offrirait,  sous  la 
forme  Thmouyl ,  un  nom  souvent  appliqué  en  pareil 
cas  •  et  aigni&ant  montagne  langue  ou  allongée. 

L'aspiration  est  probablement  surabondante  aussi 
dans  le  nom  du  village  de  Baz-ed-Dyn,  compris  dans 
la  liste  de  ceux  du  Dav-Four  :  on  ne  peut  guère  dou- 
ter qu'il  ne  faille  lire  'Jz-el-D/n.. 

Bornons  là  ces  observations  :  elles  sufliscnt  pour 


(  367  ) 

montrer,  ce  nous  semble ,  le  véritable  point  de  vue 
SOU9  lequel  doivent  être  considérées  les  transcriptions 
orthographiques  de  U.  d'Abbadie  «  savoir,  qu'elles  re* 
présentent  scrupuleusement  les  prononciations  indivis 
daeUe$  de  ses  infornxateurs ,  mais  qu'elles  réclament 
une  discussion  attentive  avant  d'être  admises  définitive- 
ment dans  une  nomenclature  géographique  épurée. 

D*AVBSAC. 
P^,  déoenbr»  1842. 


SECOND  VOYAGE 

A  J.A  DiCOUVBRTB  OU  HIL-BLANC 

Depuis  l'époque  la  plus  reculée  de  l'histoire  jus* 
qu'à  ces  derniers  temps*  les  efforts  des  Européens 
pour  pénétrer  au  cœur  de  TAfrique  avaient  été  à  peu 
prés  sans  succès.  Jamais  fable  n'a  été  mieusL  réalisée 
que  celle  du  jardin  des  Hespérides  »  placé  à  Tune  des 
portes  de  ce  continent  :  de  redoutables  dragons  en 
défendaient  leis  approches  ;  c'étaient  aussi  des  mœurs 
barbares,  des  hommes  féroces,  un  climat  inhabitable, 
les  prodiges  les  plus  effrayants,  c'est-à*dire  un  air  en- 
flammé ,  Typhon  et  sa  suite  ;  en  un  seul  mot,  et  selon 
l'expression  des  anciens  historiens,  l'Afrique  était  le 
pays  des  monstres. 

Presque  rien  n'avait  changé  jusque  vers  179a; 
mais  depuis  une  cinquantaine  d'années,  les  travaux 
des  Sociétés  de  découvertes ,  aidées  surtout  du  courage 
des  explorateurs ,  ont  réussi  à  vaincre  de  grands  ob- 
stacles; on  a  enfinpénélré  jusqu'à  plusieurs  points  très 
avancés  dans  l'intérieur;  toutefois,  ces  points  restaient 
isolés  entre  eux« 


(  368  ) 

L'Europe,  entraioée  par  des  intérèU  bien  différents, 
et  inattentive  de  ce  c6té  du  globe ,  a  peu  songé  aux 
résultats  obtenus  par  des  hommes  intrépides ,  par  les 
voyageurs  français^  anglais  etallemands,  successeurs  de 
Bruce,  Browne,lIungo«ParketHornemann.  G^étaitlà 
cependant  un  spectacle  bien  digne  d'intérêt ,  que  ces 
nombreuses  trouées  faites  dans  l'intérieur  de  TA^rrique. 
En  iStfS,  H.  Frédéric  Cailliaud,  entrant  par  le.  nord, 
parvient  au  lo*  degré  de  latitude  sous  le  méridien  de 
l'Egypte;  en  i8s4,  Oudney ,  Denham  et  Clappertoo 
pénètrent  jusqu'à  la  grande  mer  centrale  soua  le 
méridien  de  la  Gyrénalque;  en  i8s6,  le  major  Laiog 
et  René  Gaillié  pénètrent  jusqu'à  la  mystérieuse 
Tembouctou  :  l'un  par  une  ligne  oblique  partant  de 
Tripoli  ;  l'autre  en  venant  de  Sierra-Léone,  et  marchant 
de  l'occident  à  l'orient ,  puis  sortant  de  l'Afrique  par 
le  nord.  Plus  récemment,  nombre  de  voyageurs 
français  et  anglais  pénètrent ,  les  uns  par  l'orient  de 
l'Afrique,  les  autres  par  la  vallée  du  Nil  au  royaume 
de  Choa ,  jusqu'à  Ankobar  et  jusqu'aux  Gallas  inté- 
rieurs. En  i85g ,  un  voyage  mémorable  est  exécuté  sur 
le  Nil-Bleu  parle  vice-roi  d'Egypte  jusque  près  du  9*  de- 
gré, etdeuxautres  le  sont  par  ses  ordres,  en  1840  et  1849, 
sur  le  Nil-Blanc  jusqu'au  6«  et  au  4*  degré  4^  unn.  de 
latitude  N.  Je  pourrais  citer  encore  d*autres  explora- 
tions dans  la  moitié  septentrionale  de  l'Afrique ,  pour 
ne  pas  parler  de  l'autre  moitié  «  ceux  du  cheykh  Ibra- 
him (ou  Burckhardt),  ceux  du  D' Rûppell,  ceux  de  M.  Li- 
nant;  enfin ,  ceux  de  voyageurs  plus  récents,  comme 
MM.  d'Abbadie ,  Krapf,  Rochet  d'Hérrcourt,  etc.,  etc. 

Ainsi,  de  tous  les  côtés ,  par  le  nord,  par  l'orteot, 
par  le  couchant ,  le  continent  africain  est  attaqué  et 
entamé.  Tout  annonce  que  le  moment  n  est  pas  très  loia 


(  569) 

OÙ  il  sera  traversé  de  part  en  part ,  où  les  points  isolés 
dont  la  science  a  pris  possession  se  rejoindrontde  pro- 
che en  proche ,  ei  formeront  des  lignes  continues ,  sur 
lesquelles  se  rencontreront  quelque  jour  les  voyageurs 
de  tous  les  pays. 

Les  voyages  que  vient  d'ordonner  le  maître  de  TÉ- 
gypte  dans  ces  contrées  qui  touchent  à  l'équateur,  ne 
contribueront  pas  peu  à  ce  résulat.  En  effet ,  le  Sou- 
dan oriental  est  en  rapport  habituel  par  les  caravanes 
avec  le  Soudan  central,  et»  par  là,  avec  la  région  du 
Dhioliba  ;  il  n'est  donc  pas  impossible  que  nos  voya- 
geurs du  haut  Sénégal  se  donnent  un  jour  la  main  avec 
ceux  qui  explorent  en  ce  moment  les  rives  de  l'Aouach 
ou  bien  celles  du  Bahr-el-Abiad ,  en  se  rencontrant 
sur  les  rives  du  lac  Tchad.  Certes ,  les  résultats  déjà 
obtenus  ne  seront,  pas  sans  fruit  pour  le  commerce  de 
l'Europe,  pour  l'ethnographie,  Tétude  des  races  et  les 
sciences  naturelles  ;  ils  ne  manquent  pas  de  grandeur, 
et  ils  sont  faits  pour  fixer  l'attention  des  hommes 
d'ÉtaL 

En  publiant  dans  le  ^u/Ze^/'/i  du  mois  de  juillet  dernier 
la  relation  du  premier  voyage  à  la  recherche  des  sources 
du  Nil-Blanc,  j'ai  fait  espérer  la  relation  officielle  de  la 
seconde  expédition  égyptienne.  De  récentes  nouvelles 
m'apprennent  que  cette  relation  n'est  point  encore 
parvenue  au  gouvernement  égyptien ,  mais  qu'elle  est 
attendue  incessammenL  Pour  satisfaire,  au  moins  en 
partie,  à  l'impatiente  curiosité  des  amis  de  la  science  , 
je  crois  devoir  publier  les  lettres  non  moins  authenti- 
ques que  je  reçois  par  le  dernier  courrier  d'Alexan- 
drie :  l'une  est  du  voyageur  français  M.  d'Arnaud,  qui 
accompagnait  Selim  Binbachy  ;  l'autre  est  de  M.  le  con- 

XVIII.    NOVEMBRE  •  5.  94 


(  370  ) 

sul^énéral  de  France  en  Egypte.  II.Gaaltiei'  d'Arc  (i). 
Ce  n'est  pas  ici  le  Heu  de  faire  rtasortir  tous  les  ré» 
sultats  que  fournissent  déjà  ces  deux  Toyages  remar«> 
quables  :  un  tel  travail  serait  prématuré  :  naoïi  bot  est 
seulement  d'en  noter  les  phases  prineipales,  et  dV 
bord  de  faire  remarquer  plusieurs  cireonslanoes  géo* 
graphiques. 

Depuis  le  Mémoire  de  D'Anville  •  qui  date  de  i  j^h  , 
les  géographes  s'étaient  accordés  à  faire  descendre  du 
sud-ouest»  et  à  une  grande  distance,  les  premières 
sources  du  Bahr-el-Abyad  »  c'est-à-dire  le  fleuve  Blanc» 
regardé  comme  le  véritable  Nil  ou  sà  branche  princi- 
pale. Ils  avaient  en  conséquence  placé  vers  le  6*  et  le  7* 
degré  de  latitude  N.,  entre  le  si^et  le  aS'de  longitude 
E. ,  les  montagnes  de  la  Lune ,  autrement  le  Djebel-el' 
Kamar  ou  ef-Kouniri  des  écrivains  arabes»  considéré 
comme  l'origine  du  fleuve.  Aussi,  lorsque  James  Bruce, 
en  1788,  publia  son  voyage  d*AbySsinie,  où  il  donnait 
le  Bahr-el'Àzraq  (  ou  la  rivière  Bleue  )  comme  le  vrai 
Nil,  son  opinion  fut  vivement  contestée ,  et  depuis 
elle  a  été  constamment  mise  en  oubli  par  les  carto- 
graphes, qui  continuent  tous  à  placer  les  sources  dans 
le  sud-ouest.  On  fut  surtout  surpris  de  la  hardiesse  du 
tracé  de  la  carte  de  Bruce ,  lequel  ne  pouvant  mécon- 
naître l'existence  de  la  branche  occidentale  (  le  fleuve- 
Blanc  ) ,  la  rapprochait  exirèmement  dans  tout  son 
cours  de  la  branche  orientale  (  ou  le  fleuve  Bleu  ) ,  <*! 

(1)  En  faisant  connaître  Tintéressante  correspondance  de  SLd'ir" 
nand,  je  rrganle  comme  an  devoir  d»  mentioniter  M.  Loaiê  StiMiier. 
«le  Beiitri,  qui  faisait  aussi  partie  delà  dauième  expédition  du  Babr^ 
eNAbyad,  el  <|ui  on  a  rapporté  des  observations  |réagraphi(|oe^ 
avec  une  collection  intéressante. 


(  571  ) 
la  faisait  fléchir  à  l'orient  en  forme  d'un  arc  parai* 
lèle  ,  ne  nommant  pas  même  sur  sa  carte  le  Djebel» 
KoumrL  Depnis  ce  temps  jusqu'au  moment  où  Moham-^ 
med*AH  porta  ses  armes  au  Sennftret  au  Kordofan» 
les  eoniiaissanees  de  l'Europe  n'avaient  fait  aucun  pas« 
même  en  tenant  compte  du  séjour  de  Browne  au  Dar- 
four,  lequel  n'avait  rien  éclaîret  sur  la  posilion  des 
sources  du  Nil  »  question  tant  controversée  depuis 
l'antiquité*  C'est  alors  que  plusieurs  Européens  re* 
montèrent  le  Bahr*el-Abiad ,  à  quelques  lieues  au- 
dessus  du  grand  confluent  de  Ràs-el-Rhartoum  ;  entre 
autres  un  ingénieur  français  M.  Linant,  un  Anglais 
M.  Hay,  un  savant  allemand  le  D'Rûppell,  et  quel- 
ques autres.  Le  voyage  du  Defterdar-bey,  le  gendre  du 
vice  roi  d'Egypte,  nous  pracura  une  carte  itinéraire  do 
Kordofan* 

En  i85i ,  un  voyage  de  découvertes  fut  organisé  ft 
Paris  pour  le  même  objet;  une  somme  suffisante  fut 
accordée  »  des  instruments  furent  envoyés  à  Alexan- 
drie avec  des  instructions.  M.  Linant,  très  instruit  sur 
ce  qui  regarde  le  pays  supérieur,  et  au  fait  des  mœurs 
et  des  idiomes,  devait  diriger  l'expédition  :  des  circon- 
stances qu'il  est  inutile  de  rapporter  la  firent  ajourner. 

Enfin»  en  1837,  le  vice-roi  étant  allé  voir  pnr  lui- 
même  les  travaux  d'exploitation  des  sables  aurifères 
du  Fazôgio  et  de  Fazangoro  sur  la  rivière  Bleue  (  vers 
le  10*  degré  de  latitude  N.  )  résolut  de  faire  explorer 
la  branche  occidentale ,  et  ordonna  une  expédition 
toute  égyptienne  de  4oo  hommes ,  montés  sur  un  grand 
nombre  de  barques.  A  sa  tète ,  il  plaça  un  capitaine 
de  sa  marine,  Selim  Binbachy  :  j'ai  donné  sa  relation , 
dans  le  Bulletin  du  mois  d'août.  On  a  regretté  qu'au- 
cune observation  précise  de  géographie  ne  l'accompa- 


(  57«) 
gnàk;  celte  lacune  esl  réelle;  mais  ceux  qui  ook  la 
avec  quelque  aUention  ce  documeol  original  en  ool 
aisément  tu  Timportance  sous  plusieurs  rapports;  car 
il  résulte  assez  clairement  du  journal  du  voyage,  tenoi 
l'européenne  heure  par  heure  •  i"*  que  l'on  ne  Iroo^e  sur 
la  rive  gauche  ,  c'est-à-dire  vers  l'occident  «  aucun  af- 
fluent, mais  seulementdes  marécages;  s*  que  vers  la  fia 
de  la  navigation»  l'on  remarqua  une  branche  asses  im- 
portante (  Bahr-elSeboth  ou  El-TMfy  ) ,  niais  ? enaok 
du  sud-est;  plus  loin,  une  bifurcation  »  qai  est  simple- 
mentproduite  par  une  grande  Ile;  3^  qu'aucune  chalûe 
de  montagne  n*existe  dans  ces  parages  au  dire  des  na- 
turels ;  4*^  <iue  la  profondeur  et  la  largeur  du  fleuve 
étaient  considérablement  réduites,  au  point  d'arrêter 
la  navigation;  5*  enfin,  que  le  Bahr-el-Abiad ,  so 
terme  de  l'expédition,  vers  le  6*  degré  de  latitude  ,  ne 
s'écartait  pas  sensiblement  du  méridien  de  Rhartoum» 
et  même  était  à  l'orient  de  celui  du  Kaire  (i). 

Un  nouveau  voyage  a  été  prescrit  à  Selim  Binbach; 
parle  souverain  de  l'Egypte,  impatient  d'atteindre  par 
ses  officiers  jusqu'aux  sources  du  Nil.  Cette  fois  •  des 
Européens  étaient  associés  au  chef  égyptien  (a).  Exa- 
minons quels  résultats  a  procurés  l'expédition  :  elle  a 
remonté  plus  haut  que  la  première  d'environ  deux 
degrés;  elle  n'a  point  vu,  ni  entendu  parler  de  chaînes 
de  montagnes,  quoiqu'elle  fût  parvenue  au  4*  degré 
4s  min.  ;  pas  d'affluents  venant  de  l'ouest  ou  du  sud- 
ouest  ;   pas   de  cataracte  ;  direction    de  la  branche 

(i)  Je  pasMÎci  d'antres  rappocbemenis  rewltant  do  Toyage,  ti 
qui  trouveront  leur  place  ailleurs. 

(a)  Outre  MM.  d'Arnaud  et  Sabatier,  il  faut  nommer  M.  Thibault 
connu  en  Egypte  sous  le  nom  d'Ibrabim-EfFendi ,  déjà  associé  à  \* 
première  eipédition.  (  Voy.  Bulletin  de  juinet  dernier.  ) 


(  5/^  ) 
maîtresse  vers  le  sud  ;  le  fleuve  prenant  parfois 
une  plus  grande  largeur,  mais  toujours  moins  pro- 
fond ,  du  moins  dans  la  saison  des  basses  eaux  ; 
enfin,  le  dernier  point  atteint  par  les  voyageurs ,  placé 
sous  le  sg®  i/a  environ,  c'est-à-dire  encore  à  Test  du 
méridien  du  Raire.  Ce  résultat  est,  comme  le  premier, 
tout  contraire  à  l'opinion  reçue. 

Mais  que  faut-il  penser  maintenant  de  Djebel-Rou- 
mri ,  des  montagnes  de  la  Lune ,  placées  jusqu'ici 
vers  le  6*  et  le  7*  degré  de  latitude?  Faut- il  les  cher- 
cher sous  l'équateur,  ou  même  au  delà,  comme  le 
supposait Plolémée?  Ou  faul-ii  croire  qu'elles  sont  très 
loin  à  l'ouest ,  et  alors,  que  l'expédition  n'a  pu  en  avoir 
connaissance ,  surtout  si  leur  direction  n'est  pas  de 
l'ouesl  à  l'est ,  mais  du  sud  au  nord  (  ou  à  peu  près  )  ; 
qu'enfin,  un  affluent  du  sud-ouest,  déguisé  par  les 
marais  immenses  du  9*  degré,  aura  échappé  aux  ex- 
plorateurs? Entre  ces  deux  suppositions  l'opinion  peut 
flotter  encore.  Ce  qui  permet  le  doute  1  c'est  que  Se- 
lim  dit  dans  sa  relation  que  les  nombreuses  peuplades 
des  deux  rives,  différentes  de  race  et  de  langage ,  sou- 
vent hostiles  entre  elles,  lui  ont  souvent  dit  n'avoir 
aucune  connaissance  de  ce  qui  existe  au-delà  de  leur 
territoire. 

Ce  qui  est  encore  à  noter  relativement  à  l'opinioa 
des  anciens,  c'est  qu'ils  placent  les  Lunœ  montes  au- 
delà  de  l'équateur.  D'un  autre  côté ,  M.  d'Arnaud 
parle  du  Misselad  de  Browoe  ;  on  sait  que  celte  rivière 
douteuse .  tracée  par  Browne  au  sud-ouesldu  Darfour, 
du  10*  au  lâ*  degré  de  latitude  N.,  à  6  et  8  degrés  à  l'oc- 
cident du  fleuve  Blanc ,  n'a  ni  source  ni  issue  connue. 
Comment  concevoir  son  existence  tout  auprès  du  Bahr- 
el-Abiad  ?  Mais,  si ,  en  effet,  vers  le  7*  degré  de  lati* 


(374  ) 

êucfe»  il  y  »  ungrabd  affluent  ?enaiil  de  l'ouest  appelé 
Keilak  ouMisaelad  (peu  importe)»  cela  n'expliquerait' 
il  pas  la  donnée  géoéralement  admiae?  On  voit  qu'il 
reste  encore  de  riooertiiude  sur  celte  partie  de  la 
qucslioD* 

Ce  qui  en  présente  moins,  et  offre  peut-être  plus 
d'importance ,  c'est  le  fait  de  l'existence  de  plusieurs 
nations j  distribuées  sur  les  rives  du  Nil-Blanc»  toutes 
intéressantes  par  leurs  mœurs ,  leurs  usages  ,  leur  ca- 
ractère de  race.  Ici  les  voyageurs  ont  fait  de  curieuses 
découvertes.  Depuis  le  grand  confluent  d'El  KharlouiHf 
vers  le  i5*degré  i/a  jusqu'au  4*d^o-  ^/*'  ®^  au-delà  des 
tribus  arabes,  ontrouve  six  ou  sept  peuplades  distinctes, 
savoir  :  les  Dinnkbas ,  les  Scblouks ,  les  Nowers ,  les 
Ueliabs»  la  tribu  des  Ryks,  les  Bbours  ou  Behrs,  et 
encore  les  Bouderas.  Les  Dhmkhas  révèrent  la  lune  ; 
quand  deux  peuplades  sont  aux  mains,  le  combat  cesse 
dès  que  la  lune  s'est  levée»  Les  Schhuks  sont  d'une 
haute  taille  (.  i*,8o  )  et  d'une  belle  physionomie  ;  les 
Nowers  ont  la  peau  tirant  sur  le  rouge  »  et  des  cheveux 
lisses  ou  non  crépus;  les^^Ar^se  distinguent  par  une 
douceur  de  mâpur^  singulière,  puisqu'au  lieu  de  vivre  de 
la  chair  de  leurs  bestiaux  ,  ils  se  nourrissent  unique- 
ment de  racines  et  de  fruits. 

Ce  fait  est  important  pour  la  sécurité  des  explora- 
tions futures  :  voici  qui' le  confirme  encore.  Au  mois  de 
janvier  1840 ,  les  troupes  égyptiennes  avaient  sévi  con- 
tre les  indigènes;  en  1841  ceux-ci  ont  accueilli  avec  bien- 
veillance  la  seconde  expédition,  et  cependant  la  popu- 
lation est  armée ,  elle  est  1res  dense  et  les  hommes 
sont  belliqueux;  ils  pouvaient  aisément  se  venger, 
et  se  défaire  de  quelques  centaines  d'hommes ,  bien 


f  375  ) 

que  pourvus  d'armes  à  feu.  lU  onl  des  lances  de  '4 
«élres  ;  le  fer  a  un  mètre  de  long. 

On  voit  encore  que  la  facilité  du  voyage  sera  bien 
plus  grande  qu'elle  ne  l'a  été ,  ai  Ton  part  au  mois 
de  septembre  pour  profiler  des  hautes  eaux  ;  alors  le 
haut  Nil  demeure  navigable»  au  moins  jusqu'au  3*  de«- 
gré  de  latitude. 

Un  des  points  les  plus  curieux  à  éclaircir  peur  une 
expédition  européenne ,  si  elle  pouvait  se  réaliser,  se- 
rait la  nature  des  rapports  que  les  Behrs  entretien- 
nent avec  les  Indes.  On  a  trouvé  chez  eux  des  marchan- 
dises qui  sembleraient  mettre  ces  relations  hors  de 
doute  ;  ce  sont  des  étoffes  de  Surate. 

Si  la  différence  radicale  des  races  dans  un  espace 
qui  n'a  pas  trois  cents  lieues  en  ligne  droite  est  un  ob- 
jet digne  d'attenlion ,  il  en  est  un  autre  encore  plus 
curieux  que  tous  ;  je  veux  dire  la  présence  d'un  corps 
militaire  uniquement  composé  de  femmes  »  lequel 
compose  la  garde  du  roi  des  Behrs.  L'antiquité  ne  nous 
a  parlé  que  des  amazones  de  l'Asie  ;  encore  sont-elles 
contestées  par  la  critique  (1);  celles  de  l'Amérique 
sont  plus  certainement  une  fiction;  mais  Ton  n*avait 
pas  encore  connaissance  des  amazones  du  Nil.  Toute- 
fois ,  un  religieux  portugais ,  le  père  Jean  de  Los  San- 
tos»  a  mentionné  en  Ethiopie  une  république  guer- 
rière de  femmes.  Quant  aux  amazones  d'Afrique  » 
comme  on  peut  l'entendre  des  bataillons  de  femmes 
dont  parle  M.  d'Arnaud,  il  est  difficile  de  révoquer  en 

(cj  Elles  habitaient,  dit-on,  entre  autres  lieux,  sur  les  bords  du 
Pant-Bsuria;  elles  araienl  pour  armes  une  hacbit  et  un  bouclier 
ëchancré.  —  Le  mémoire  de  Fréret  (Ac.  des  inscriptions ,  tome  xxi) 
a  réduit  à  leur  véritable  valeur  IVsisteuce  des  am^xones,  du  m(»tnA 
comme  nation. 


(376) 

doute  le  témoignage  d'une  personne  qui  voyageait  eo 
compagnie  de  près  de  trois  cents  autres.  Peut-on  en  dire 
autant  de  ce  fait ,  c  que  les  ministres  du  roi  ne  sont  ad- 
•  mis  auprès  de  lui  que  lorsqu'il  est  en  danger  de  mou* 
f  rir  ,  et  cela  pour  empêcher  qu'il  ne  succombe  à  une 
»  maladie  ou  meure  de  mort  naturelle  comme  les  plus 
1  vu  Igaires  de  ses  sujets  •  ?  Je  n'oserais  l'affirmer,  puisque 
personne  ne  dit  en  avoir  ètè  le  témoin.  Quoi  qu'il  en 
soit»  on  doit  se  féliciter  que  deux  observateurs  Avançais 
aient  ètè  associés  à  ce  lointain  voyage  ,  et  qu'ils  aient 
sauvé  du  naufrage  leurs  journaux. 

Liste  des  documents  et  objets  rapportés  par  les  voya- 
geurs :  Journaux  de  route,  —  Observations  météoro- 
logiques et  astronomiques,  —  Profils  en  travers  du 
Nil ,  —  Largeur  et  vitesse  du  fleuve  ,  —  Vues  prises 
chaque  jour  des  rives  du  Nil ,  —  Portraits  des  naturels  . 
—  Vocabulaires ,  —  Collections ,  etc.  ,  etc. 

Nota.  Les  lettres  suivantes  pourraient  donner  lieu  à 
un  plus  grand  nombre  de  remarques  qui  ne  peuvent 
trouver  ici  leur  place. 

i"  décembre  1843. 

JOMAED. 


1**  Lettrk  de  M.  d'Arnaud  à  M«  Jomard,  membre 

de  V Institut  (  1  ) . 

Le  Raire,  la  octobre  i84a. 
MoifSlfiQR  , 

L'intérêt  que  vous  prenez  à  toutes  les  découvertes 

(i;  Voy.  la  relation  de  la  première  eipëdition  de  Selim  Biabacbi, 
N««  de  juillet,  d'août  et  de  septembre  i84a. 


(377) 
africaines  m'engage  à  vous  adresser  quelques  lignes , 
bien  que  je  n'ose  me  Qalter  de  vivre  encore  dans  votre 
souvenir. 

En  i83dy  S.  A.  Mohammed^Ali  m'engagea  à  l'ac- 
compagner dans  son  voyage  au  Fazoqlo,  pour  y  analy- 
ser les  terrains  aurifères  avec  M.  Lefèvre,  décédé  dans 
le  pays.  Ce  voyage»  qui  a  duré  deux  ans,  nous  a  valu 
quelques  renseignements  géographiques  ;  mais  ce  n'est 
pas  de  ceux-là  que  je  vais  avoir  l'honneur  de  vous  en- 
tretenir. 

Au  retour  du  vice-roi  d'Egypte  «  il  fut  question  d'une 
expédition  scientifique  sur  le  fleuve  Blanc.  Déjà  un 
premier  voyage  avait  élé  fait  par  M.  Selim  capitan , 
oflBcier  turc  de  la  marine  d' Alexandrie  ;  mais  il  man* 
quait  un  homme  spécial.  Les  occasions  de  rendre 
quelques  services  à  la* science  sont  rares»  et  j'accep- 
tai avec  empressement  cette  tâche  »  malgré  le  mauvais 
état  de  ma  santé. 

Le  a3  novembre  i84o ,  nous  partîmes  de  Rhartoum  » 
pointe  nord  de  l'Ile  de  Sennàr  avec  onze  dahabiés  ;  de 
retour  au  même  point»  le  18  mai  1841  pour  nous  ra- 
vitailler, nous  repartîmes  encore  le  96  septembre 
i84if  à  l'effet  de  relever  des  détails,  ne  pouvant 
mieux  faire  pour  diverses  causes  qu'il  serait  trop  long 
et  trop  peu  intéressant  d'énumérer. 

Nous  avons  parcouru  le  fleuve  Blanc  sur  un  dévelop 
pement  de  5 18  lieues  de  a5  au  degré;  nous  avons  at- 
teint le  4*  4^'  ^6  latitude  N.  et  le  99*  4^'  ^^  longitude 
E.  estimée  »  chez  un  peuple  nombreux  nommé  Bebr. 
Ainsi  que  vous  l'avez  pressenti  depuis  longtemps  , 
monsieur»  sous  le  9"*  17'  de  latitude  N.  et  26*  4?'  de 
longitude  E. ,  nous  avons  trouvé  d'immenses  marais  ; 
mais  bientôt  après  nous  avons  trouvé  des  pays  plus 


{ s?»  ) 

rianls  habités  par  des  peuples  plus  nombreui  •  el 
d'uae  race  infinimeût  plus  belle.  Depuis  les  Schloaks 
jusqu'aux  Behrs ,  nous  avoos  distingué  quatre  peuples 
différents  par  le  type  physique  et  le  langage.  J*ai  Eail 
quelques  collections  d'histoire  naturelle,  géologie, 
plantes  ,  graines  ;  d'armes ,  flèches  empoisonnées , 
ustensiles  divers,  etc.  Une  de  ce»  collections  ne  lar- 
dera pas  d'arriver  au  Jardin  des  Plantes  de  Paris  •  où 
vous  pourrez  la  voir.  II  y  a  divers  objets  fort  curieax  , 
entre  autres  un  casse-tête  de  corne  de  rhinocéros,  etc. 

A  la  hauteur  du  9"  1 1'  de  latitude  N.  et  s8*  4>'  ^^ 
longitude  B. ,  nous  avons  trouvé  sur  la  rive  droite 
l'embouchure  d'une  grande  rivière  nommée  5a»- 
bae{\),  seul  affluent  E. ,  et  sur  la  rive  opposée  on 
autre  que  tout  me  porte  à  croire  èlre  le  Keîiak  ou 
le  Hisselad  de  Browne. 

Aucun  indice  sur  les  deux  rives ,  aucun  vestige  de 
monument  égyptien  ou  arabe. 

Dans  tout  le  cours  du  fleuve  parcouru ,  aucune  ca- 
taracte ,  mais  quelques  bas-fonds  seulement  «  coqail* 
liers  sablonneux. 

Nous  n'avons  rencontré  de  montagnes  que  dans  le 
pays  des  Behrs.  Là ,  le  Ht  du  fleuve  étant  devenu  très 
large  et  couvert  de  pierres  et  d*tIots,  nous  n^avoas  pas 
pu  aller  au-delà  avec  les  eaux  de  la  saison  ;  mais  dans 
les  hautes  eaux,  le  fleuve  serait  eiicore  navigable ,  au 
dire  des  naturels,  au  moins  une  cinquantaine  de 
milles,  point  où  se  réuniraient  différentes  branches  , 
dont  la  plus  considérable  vient  de  Test ,  ce  qui  prouve 
d*ane  maciière  assez  évidente  que    Thypothèse  gé- 

(1)  Babr-cl-Sebotb  du  premier  ▼oya(^e ,  autrement  Telqy  ou  Telkhj 
selon  les  Schlouks.  Voyez  la  relation  du  premier  voyage ,  Bulletin  de 
septembre  1843,  p.  171. 


l  «"^79  ) 

néralement  adoptée  ,  que  les  sources  du  Qeuve  Blanc 
viennent  de  Touest.  est  mal  fondée.  Nous  avons  trouvé 
chez  le  roi  des  Behrs  des  conteries  et  un  mélayé  de 
Surate,  articles  importés,  je  le  présume,  par  la  mer 
Rouge ,  et  qui  vraisemblablement  sont  arrivés  là  par 
TAbyssinie  »  la  caravane  N'naréa  et  le  marché  Berry  ^ 
où,  d'après  les  renseignements  des  naturels,  viennent 
des  hommes  de  couleur  cuwre ,  qui  ne  peuvent  être  que 
Collas  ou  chréfiens.de  Sidàma,  d'après  on  renseigne- 
ment de  M.  Blondeel  Van  Guelebrook  ,  consul-géné- 
ral de  Belgique  en  Egypte,  qui  vient  d'arriver  de  ces 
pays  au  Sennâr. 

Tout  ceci,  monsieur,  n'est  qu'une  simple  annonce 
que  je  crois  devoir.au  doyen  des  explorations  d'Afri- 
que. Ha  route  a  été  faite  avec  beaucoup  de  soins; 
à  chacune  des  stations  j*ai  fait  des  observations  astro- 
nomiques, mais  l'absence d'éphémérides  ma  empêché 
de  calculer  les  longitudes  surtout.  C'est  ce  que  je  vais 
faire  ici  ;  car  bien  que  j'aie  fait  naufrage  au  retour 
dans  la  quatrième  cataracte  de  Gailliaud.  où  j'ai  perdu 
tous  mes  effets,  j'ai  néanmoins  sauvé  tous  mes  jour* 
naux  de  route.  Ce  n*est  qu'après  deux  heures  à  la  nage 
que  je  suis  parvenu  à  gagner  la  rive. 

Je  vais  m'empresser,  monsieur,  de  mettre  ordre  à 
mon  travail,  de  dresser  une  carte  de  ma  route ,  et  je 
prendrai  la  liberté  de  vous  adresser  copie  du  tout. 

Veuillez  agréer,  etc. 

d'Arhaud. 

P.  S.  J'aî  fait ,  il  y  a  un  an  environ  ,  jiour  satisfaire 
à  l'impatieni^e  de  S.  A.  »  une  carte  approximative  de 
ma  route;  mais«  à  vous,  monsîeiAr,  je  ne  puis  com- 
muniquer que  celle  que  je  vais  dresser. 


(  58o  ) 

*i*  EiTBAiT  dune  lettre  de  M.  E.  Gauttikr  d'Abc,  consul- 
général  de  France  en  Egypte ,  au  mente. 


Alexandrie  9  a8  octoUre  1843. 
M0K8IEUR   ET    CHER  COLLkGUB, 

Je  vous  ai  adressé  à  la  hâte ,  au  commeocemenl  du 
mois,  quelques  détails  fort  iacomplels  sur  le  beau 
voyage  de  M.  d'Arnaud;  j'ai  obtenu  de  lui-mèoie pour 
vous  une  lettre  fort  complète,  qui  suffira  pour  vous 
mettre  h  même  d'apprécier  tout  ce  que  les  découvertes 
de  l'expédition  ordonnée  par  le  vice-roî  ont  de  pré- 
cieux pour  la  science  et  le  commerce. 

J'ai  remarqué»  toutefois,  que  M.  d'Arnaud  ne  vous 
a  donné  des  renseignements  étendus  que  sur  les  der- 
nières populations  découvertes  par  lui.  Mais  avant  de 
pénétrer  jusqu'à  celles-là  »  l'expédition  avait  eu  à  recoo- 
nailre  diverses  autres  peuplades  »  moins  importantes 
sans  doute,  mais  cependant  fort  dignes  d'intérêt, 
puisqu'elles  sont  à  peu  près  inconnues.  Voici  ce  que 
j'ai  appris  à  cet  égard  des  compagnons  de  voyage  de 
M.  d'Arnaud,  et  notamment  de  M.  Thibaut»  Français 
qui  voyage  dans  le  sud  de  l'Egypte  depuis  plus  de 
vingt  ans  ,  et  qui  m'a  communiqué  des  notes  exces- 
sivement précieuses  sur  les  pays  limitrophes  de  la  Nu- 
bie et  du  Sennaar,  et  de  Selim-Gapitan',  musulman 
instruit  qui  commandait  l'expédition. 

A  100  milles  environ  au-dessus  de  Rhartoumse  trou- 
vent les  lies  Schlouks;  là  le  cours  du  fleuve  Blanc 
s'embarrasse  de  pierres  granitiques  à  fleur  d'eau.  Son 
cours  est  d'une  lenteur  extrême.  Les  populations  sau* 
vages  qui  habitent  ces  lies  et  des  rives  du  fleuve,  pil- 


(  s««  ) 

lent  fréquemment  les  voyageurs  ;  elles  se  retranchent 
derrière  les  bosquets  de  mimosa  qui  couvrent  ces  pa- 
rages, et  profitent  surtout  d'un  bas-fond,  où  l'on  ne 
trouve  guère  en  avril  et  en  mai  que  i4  pouces  d'eau. 

Plus  loin  les  bois  disparaissent,  et  font  place  à  de 
hautes  herbes  marécageuses  qui  s'élèyent  à  plus  de 
i5  pieds  au-dessus  du  niveau  de  l'eau  (  homsouf).  Les 
hippopotames  deviennent  très  nombreux  dans  ces  pa- 
rages. On  les  chasse  pour  manger  leur  chair. 

Au-dessus  de  celte  région  commence  la  végétation 
de  tamarins.  Là  se  trouve  sur  la  rive  gauche  du  fleuve 
la  peuplade  des  Dinnkas,  qui  révère  la  lune,  et  ne 
se  permet  jamais  d'attaquer  ses  ennemis  tant  que  cet 
astre  brille  sur  l'horizon.  Là  croit  aussi  le  palmier 
Deleb ,  dont  le  tronc  est  bombé  vers  le  centre  de  l'ar- 
bre ,  de  sorte  qu'il  est  extrêmement  difficile  d'avoir 
son  fruit.  Les  populations  de  plus  en  plus  nombreu- 
ses apparaissent  au  voyageur  qui  remonte  le  fleuve. 
Les  toits  couverts  en  chaume  abritent  de  nombreuses 
tribus,  qui  vivent  sous  la  domination  dumeck.  Tel  est 
le  spectacle  que  l'on  rencontre  pendant  un  espace  de 
a6o  milles.     , 

On  ne  peut  toutefois  apercevoir  du  fleuve  la  bour- 
gade de  Fachoura,  résidence  du  meck.  Elle  est  située 
dans  l'intérieur,  à  4  milles  environ  du  Nil-Blanc. 
Ses  abords  sont  défendus  par  une  épaisse  forêt ,  et 
par  des  ravins  profonds  qui  se  remplissent  d'eau  du- 
rant l'inondation ,  et  qu'il  a  fallu  traverser  à  la  nage 
avant  d'arriver.  Les  abords  de  la  maison  royale  sont 
mieux  défendus  encore  par  une  garde  composée  de 
deux  bataillons  de  femmes  «  qui  ne  laissent  appro- 
cher du  souverain  que  ses  deux  ministres.  Ceux-ci 
ne  pénètrent  point  dans  l'enceinte  sacrée ,  mais  le  roi 


(  589  ) 

sort  pour  les  entendre.  Us  ne  sont  admis  dans  l'inté- 
rieur du  palais  que  lorsque  le  roi  parait  atleial  d'une 
maladie  mortelle»  Alors  leur  devoir  est ,  dit-oo ,  d'é* 
Iraogler  le  souverain  poilr  empêcher  qu'il  ne  meure  de 
maladie  comme  le  plus  Uumble  de  ses  sujets. 

En  quittant  ce  pays»  les  voyageurs  atteignireni  U 
Telfi ,  ou  rivière  Bleue ,  dont  le  cours  rapide  et  profond 
vient  du  sud^st;  les  Dinnkas  la  nomment  Rety  (i). 
Les  habitants,  pasteurs  nomades»  font  paître  des  trou- 
peaux de  bœufs  sur  ses  bords. 

C'est  au-dessus  de  cette  embouchure  que  l'on  aper- 
çoit dans  l'est*  à  a5  ou  5o  milles»  une  très  haute  mon- 
tagne où  se  trouvent ,  à  ce  qu'on  assure  »  des  mines 
de  fer. 

Par  8"*  latitude  N. ,  on  rencontre  un  lac  qui  n'a  pas 
moins  de  9  milles  de  circonférence  «  que  les  voyageurs 
ont  relevé  et  sondé.  C'est  là  que  commence  le  pays 
des  Nouers,  peuple  cultivateur  qui  entoure  ses  bes* 
tiaux  et  ses  habitations  de  clôtures,  et  construit  des 
cabanes  vastes  et  bien  aérées.  On  dît  ces  peuplades 
rusées  et  cruelles.  La  couleur  de  leur  peau  tire  sur  le 
rouge;  les  cheveux  ne  sont  point  crépus. 

Par  7*  4i'  le  Nil  se  divise  en  quatre  branches  «  au 
S.-O.  -^  S.^'S.-O.  et  S.-E.  ;  les  affluents  ont  moins  d*in- 
portance,  et  paraissent  provenir  des  marécages  voi» 
sins  ;  mais  le  rameau  principal  vient  de  rE.*5.-E. 
Ici  l'expédition  »  dit-on ,  répondit  aux  avances  bien- 
veillantes des  peuplades  gningués  (  Keks  )  par  des 
actes  de  cruauté  (premiers  jours  de  i84o)  (s).  Telia 

(1)  Ce  nom  est  écrit  Telky  on  Teikhy  dans  la  relacâon  et  Selim. 
(3}  Ce  fait  «6  rapporta  k  la  premièro  expédition  9  à  U  date  do 
aB  ckawal  oa  4  janvier  i84o.  Voy.  Bulletin  daoûc  xB49  y  p.  93. 


(  383  ) 

est  la  douceur  des  mœurs  de  ces  sauvages ,  qu'ils  ne 
tuent  jamais  pour  s'alimenter  les  immenses  troupeaux 
de  bœufs  dont  ils  sont  environnés.  Us  vivent  de  pèclie  , 
de  grains ,  de  racines  et  de  laitage ,  et  suppléent  au 
sel  »  qu'ils  ne  connaissent  pas ,  par  l'urine  de  vache. 

L'expédition,  faute  d'eau ,  s'arrêta  le  95  janvier  de- 
vant une  nouvelle  bifurcation  du  Nil  (i)au  milieu  des 
peuplades  behrs,  bouderas  et  héliabs,  sur  lesquelles 
M.  d'Arnaud  vous  donne  des  détails. 

Ce  résumé  •  fort  incomplet,  vous  montre  »  monsieur 
et  cher  collègue,  tout  l'intérêt  qui  doit  s'attacher  à 
l'exploration  courageuse  de  nos  compatriotes.  Il  y  a 
tout  lieu  d'espérer  que  le  vice-roi ,  que  le  succès  de 
cette  entreprise  signale  à  la  gratitude  de  tous  les  amis 
de  la  science  •  donnera  aux  voyageurs  les  moyens  de 
faire  connalre  avec  détail  au  monde  savant  toutes  les 
particularités  qui  se  rattachent  à  cette  magnifique  ex- 
ploration. 

Agréez,  etc. 

Gauttibh  d'Abc. 

3»  Extrait  ddune  lettre  de  Vi.  le  D*  Pbbron  ,  directeur  de 
r Ecole  de  médecine  du  Caire  ^  au  même* 


LeRaire,  a4 octobre  1843. 

M.  d'Arnaud,  qui  était  parti  à  la  découverte 

des  sources  du  Nil ,  aux  frais  du  pacha,  est  de  retour 
ici  depuis  deux  jours.  11  est  allé  jusque  par-delà  le 

f  I .  On  remarque,  dans  la  relaiioB  du  premier  voyage,  que  Texpé^ 
dition  a  rencontre,  aussi  le  a5  janvier,  une  bifurcation  du  Nil- 
Blanc. 


(384  ) 

4*  4^'  de  latitude.  Il  avait  fait  de  nombreuses  collec- 
tions de  plantes,  de  graines,  de  minéraux,  de  des. 
sins  ;  malheureusement  il  a  naufragé  sur  le  Nil  à  la 
quatrième  cataracte,  et  c'est  tout  ce  qu'il  a  pu  faire 
que  de  se  sauver  la  vie  après  avoir  nagé  plus  de  deux 
heures  à  travers  les  écueils  de  ce  passage.  Toutefois , 
il  a  pu  sauver  son  journal.  Quelques  objets  qu'il  avait 
fait  passer  par  terre  ont  été  aussi  sauvés.  II  est  revenu 
sans  ressources,  ayant  tout  perdu ,  bardes,  argent»  etc. 
par  son  naufrage.  C'est  une  perte  énorme  que  celle  de 

la  collection  de  M.  d'A.rnaud 

Pbrroiv. 


(  385  ) 


fHSCXIÈME    SE€TION« 


Acte^  Ile  U  Société. 

EXTRAIT  DE»  PROGÈS-YERRAUX   DES  SÉANCES. 


PBiSlOBnCe    DR  M.    JOMiAD. 

Séamse  du  4  no¥êm6n  i84^* 
Le  proeès^verbal  de  la  deroiète  aéaoee  esi  ki  et 
adopté* 

II.  Gomo  Gridaine»  présîdeat  de  la  Société,  eiimoce 
qu'il  vient  d'appeler  de  nouveau  raileotion  de  Ai.  le 
marécbal  »  président  du  conseil ,  sut  l'otiUlé  que  pré- 
sente aujourd'hvi  la  publication  du  Dictionnaire  ber- 
bère de  Venhire;  il  espère  que  II.  le  minieHre  de  la 
guerte ,  dans  rintérèt  de  noe  relations  avec  FAbiqpae , 
js'enapressera  de  seconder  les  vues  de  Ja  Société  en  In 
faoiliitaAl  les  moyens  de  s'occepev  promptement  de 
cette  ittipertanle  poblicafion. 

M.  Taipical  conte  WerhoeU,  président,  et  M.  de 
Grand  Pierre,  direcleur  de  la  Société  des  miseiona 
évang^liques ,  écrirenl  à  la  Société  pour  lui  offrir  wm 
exemplaire  de  Toufrage  de  MM.  Arboussel  eiDaumaa, 
ayant  pour  titre  :  Relation  tCun  v^jrc^ge  d^ëXf^oraHeÊt 
A»  nord'-eside  im  coloêûeduoap  de  Bamne'-Eapéf^tMee,  La 
Oiinmîssion  centrale  acûueUle  celte  nouvelle  publica- 
tion avec  beaucoup  d'intérêt,  et  elle  apricie  icis  ef- 
forts que  hki  l!bonorable-Socté4ë  des  missions  pour 
c<mcourir  au  progrès  des  bnanères ,  tout  en  fraTaïUant 
à  répandre  le  cbristianisme  et  la  civilisation  chez  les 
peuples  idolâtres. 

XVIli.    NOVEMBRE.    6.  25 


(  386  ) 

Plusieurs  autres  ouvrages  sont  également  oQerts  à  la 
Société  par  MM.  de  Gastelnau ,  Dubois  de  liontpércox , 
le  colonel  Poinsett,  le  major  Jervis  et  Wappaus.  Li 
Commission  centrale  vole  des  remerciements  aux  do- 
nateurs •  et  ordonne  le  dépôt  de  leurs  ouvrages  à  la 
bibliothèque. 

M.  Jomard  fait  les  communications  suivantes  :  Par 
une  lettre  du  Caire  ,  M.  Chedufau  »  membre  du  con- 
seil  de  santé  d'Egypte,  ancien  médecin  en  chef  de 
l'armée  égyptienne  en  Arabie,  et  qui  a  résidé  plu- 
sieurs années  dans  ce  pays,  manifeste  le  désir  d'en- 
trer en  relation  avec  la  Société.  Il  offre  de  répondre  â 
une  série  de  questions  qui  lui  seraient  adressées  par  la 
Commission  centrale. 

M.'Glot-Bey  écrit  du.  Caire  que  MM.  Feret  et  Gsli* 
nier,  officiers  d'état-anajor  envoyés  eo  Abyssinte  par 
le  ministre  de  la  guerre,  sont  de  retour*  et  rapportait 
plusieurs  cartes  du  pays.  -—  La  crue  du  Nil  a  été  cette 
année  de  aS  pics  ;  les  eaux  sont  restées  vertes  très  long- 
temps. —  Une  fâcheuse  épizootie  a  régné  en  Egypte, 
et  a  enlevé  go,ooo  bœufs.  — ^  IL  Fulgence  Ftesnel  a  tra- 
duit en  français  un  conte  en  langue  g;alla ,  qui  donne 
une  idée  des  opinions  morales  de  oe  peuple.  --^  On  an* 
nonce  le  retour  do  M.  Kraft  et  de  M.  Sapeto  d'Abys- 
sinie.  Le  premier,  après  avoir  séjourné  plusieurs  an* 
nées  à  Apkober ,  et  étudié  le  galla ,  l'amharique  et  le 
geez,  a  rapporté»  entre  autres  manuscrits»  unegéogra- 
phie  ancienne  de  la^ Palestine  du  vu*  siècle»  écrite  en 
éthiopien  ou    geez;  il  suppose  l'ouvrage  traduit  du 
copte  ou  du  grec.  Le  père  Sapeto  a  rapporté  un  grand 
nombre  d'inscriptions  éthîopienoes. 
'  M.  d'Avezàc  annonce  que  M.  Charles  d'Ochoa  est 
sur  le  point  de  partir  pour  un  voyage  dans  les  paya  au 


(  387  ) 

nord-oueslde  Tindostan,  et  qu'il  recevrait  avec  recon- 
naissance les  instructions  de  la  Société. 

M.  Thomas^y  lit  un  Mémoire  sur  les  caravanes  dô 
rAfnque  septeotrionale. 

M.  Gabriel  Lafond  lit  une  Notice  sur  un  projet  de 
canal  de  l'océan  Atlantiqae  à  Tocéan  Pacifique  dans 
l'Amérique  centrale.  MM.  Gochelet  et  Jomard  présen- 
tent à  ce  suj«t  diverses  observations  qui  confirment 
l'opinion  émise  par  M.  Lafond  sur  l'avantage  que  pré* 
sente  le  projet  de  canal  par  le  lac  de  Nicaragua. 

M.  Jomard  rend  compte  de  l'état  de  la  souscription 
au  monument  de  l'amiral  d'Urville  et  du  commence- 
ment des  travaux.  M.  de  Lâroquette  fait  observer  ,  à 
cette  occasion ,  que  des  journaux  quotidiens  ayant 
paru  Attribuer  h  l'administration  l'idée  de  ce  monu- 
ment, il  conviendrait,  dansl'intérètde  la  vérité,  de  rec- 
tifier cette  erreur,  qui  enlève  à  la  Société  le  mérite  de 
Tinilialive  dans  l'hommage  rendu  à  la  mémoire  de  son 
illustre  président.  L'observalion  de  M.  de  Lâroquette 
est  prise  en  considération. 

H.  le  Président  annonce  que  l'absence  de  M.  le  secré- 
taire-général  doit  se  prolonger ,  et  que  M.  de  Lâro- 
quette a  bien  voulu  se  cbarg<?r  de  rédiger  le  rapport 

annuel. 

Séance  du  i8  novembre  184 s. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

M.  le  ministre  de  la  marine  informe  la  Société  que  « 
par  une  ordonnance  du  16  octobre ,  le  Roi  a  approuvé 
la  concession  de  4  mètres  de  terrain ,  faite  par  la  ville 
de  Paris  dans  le  cimetière  du  Sud ,  pogr  la  sépulture 
perpélueUe  de  M.  le  contre-amiral  d'UrvilIe.  Des  re- 
merciements sont  adressés  à  M.  le  ministre. 

M.  le  ministre  du  commerce  accuse  réception  de 


(  388  ) 

lii  leUre  que  le  Président  de  la  €<M»aiÎ8i&Q(B  oealnle 
lui  avait  écrite  aa  sujet  du  pixx^ftin  voyage -de  JL  Pèr- 
rôttet  dans  Tlode.  Les  tèroMB  daos  lesqads  oÉlte  ré- 
ponse est  conçue  font  regretter  que  les  offras  <iéstnlé- 
restées  de  ce  voyageur  et  les  rècommatidliiMos  de  la 
Société  n'utedt  pas  été  cemptiseft  Sous  loor  véritoble 
point  de  vue. 

IL  le  ministre  de  l'Inetriiction  publique  Iraosinet  à 
la  Société  «  de  la  pari  dé  l'auteur,  M.  ^otoiûe  Madioi , 
de  Milan,  un  Mémoire  ayant  pour  tUre  :  //  Segestan 
ot^plBro  U  oono  deljktme  Hihdmefu/* 

M.  Lûdde  écrit  de  Mogdebouiigpour 'dfflîr  à  la  Société 
la  suite  de  son  journal  géographique»  et  puor  lut  ei-- 
{mmer  le  désir  d'être  adoMS  au  nombre  de  sescorret^ 
pondants  étrang^rk  La  CoRMauisioù  centralo,  prenant 
en  coilsidératâou  U  dattiande  de  M.  Lidde  »  déckle^e 
le  Qoni  de  <se  savant  sera  insbrît  star  la  liste  des  eandi- 
dals  pour  la  place  de  currespondatti. 
[  M.  le  1)^  Vizer,  nobie  hongrois ^  faî4  hdamage  h  la 

Société  d'une  grande  carte  qu'il  ^ent  de  fMiblîor  du 
diocèse  de  Wessprim  en  Hongrie  et  dels  contrées  limi- 
trophes. Cette  carie  ,  qui  est  appuyée  sur  des  obser- 
vaAioiis  astronomiques  et  des  opérations  trigonométri- 
ques  y  lui  a  coulé  dix  années  de  travaux  pénibles  et 
de  nom))reux  sscrificeâ;  il  s'estimerait  heareux  qu'elle 
fïkt  aecaeillie  favorablement  par  la  Sociétés  M.  Viter 
annonce  qu'il  s'occupe  de  divers  travaux  de  cosnaolo* 
gie  t  de  géologie  «t  gée^hone»  et  qu'il  compte  publier 
incessamment  uiie  description  physique  et  géologîoi>* 
géognostii|ue  des  monts  Caarpaihôs  de  la'Hoagrîe. 

IL  le  baron  de  Deorfelden  de  Hindersteio  adresse  la 
(lescrifrtîon  d'iltreclit  ot  de  ses  environs»  do4Ét  il  avait 
annoncé  l'envoi  dans  ilne  des  prédédenles  séances. 
H.  Kyriès  est  prié  d'en  rendre  borepte. 


(589  ) 

-  D*fla(res  oufrtrgèB  sonl  offotis  à  la  Société  fàr 
MM.  Desjàr'dhis ,  LaCoruf  et  Paiithwr.  La  Coituniarion 
i^ele  des  reoherciettMntsaut  (auteurs,  et  ordonne  le  dé* 
pôt  de  leurs  outrages  A  ta  dii^HotlièqiBe. 

M.  Atfreâ  Bitincfae,  adws  récemment  dans  la  Se* 
riété  »  loi  adresse  ms  remcroiementi ,  et  prosaet  -de 
faire  ses  eff<yils^ar.C0titribuer  à  ses  uiiles  traïaux. 

Madame  veuve  Arfehue  BerlTMid  écrit  è  la  Gom'oais- 
ëiett  centrale  pour  ta  renaercier  du  iilre  de  isbraic^  de 
)a  Société  qu'eite  a  bien  nrnlu  lui  «oàeecver. 

M.  Jomard  fait  les  communications  suivantes  : 

1^  A  {>ropoà  de  h  lecture  fiiile  fMbr  AL  JUafoad  4  la 
detnik*e  sésioce  ^  il  iferit  oomn^tre  un  proj^  de  commu- 
nication entre  l'océan  Atlantiqueetlaitiiei^oSiHl(par 
k  rivière  S*  -^tiaiii  et  le  lac  de  Micai*agua  )  <}ur  remonte 
à  1 7gi ,  et  qui  avait  été  proposé  è  la  ce>UT  d'£apagne  , 
coctifme  une  entreprise  ntHe  et  gkwÎBttSfe,  par  M.  Mar- 
tin de  la  ffastide.  M.  Jomard  met  sous  les  yeux  de  la 
Société  la  carte  de  Tlsthme,  publiée  par  Tauteur  du 
projet  à  l'appui  de  son  Mémoire;  celui-ci,  à  défaut  de 
la  cour  d^Espagne,  proposait  de  former  une  compa- 
gnie avec  certaines  concessions  ;  l'idée  fut  aooueUlie  par 
Laborde  dans  son  Histoire  abrégée  des  voyages  dans 
la  mer  du  Sud.  Paris,  1 7  «  i  • 

s**  II  annonce  le  départ  des  deux  derniers  Africains 
de  Saint-Louis,  instruits  en  France  par  les  soins  d'une 
association  provoquée  par  Mt  le  baron  Roger,  alors 
gouverneur  du  Sénégal ,  -et  adoptés  ensuite  par  le  mi- 
nistre de  la  miarino.  Sur  tdis>'Bept  noirs  on  hommes  de 
couleur,  deux  sont  retournés  précédemment»  douae 
ont  payé  tribut  au  climal  d'Europe  ,  et  trois  oal  fût 
des  élude^«s6ez  avaneées  pour  être  adosîs  à  laptèlrisaa 
ils  erdt  appfis  leïrançaîs,  le  latin  »  le  dessin,  kgéogra* 
phie,   riiistoire  naturelle.   Le  premier  parli,  l'abbé 


{  390  ) 
Moussa  ,  noir,  âgé  uojourd'hui  de  vingl  -  sept  ans .  esi 
curé  à  Corée  ;  les  deux  autres ,  H.  l'abbé  Fridoil ,  âgé 
de  vingUhuit  ans,  et  IL  Tabbé  B<^ilat»  âgé  de  Tiogl- 
neuf  ans,  se  rendent  à  Saint-Louis  pour  y  exercer  le 
saint  ministère.  Ces  messieurs  doivent  s'occuper  de 
former  des  vocabulaires,  notamment  de  l'idiome  ser- 
rère  peu  connu,  et  du  bambaca.  Ils  se  proposent 
aussi  de  faire  des  observations  géographiques  et  des 
recherches  sur  les  mœurs ,  les  usagea»  les  produclîons; 
enfin ,  de  compléter  nos  connaissances  sur  la  langue 
wolofe. 

S"*  Il  donne  lecture  d'une  lettre  de  ll«  d'Abbadie  , 
relative  aux  restes  de  l'apcienne  ville  d'AduUs.  Renvoi 
au  comité  du  Bulletin. 

M.  Thomassy  lit  la  suite  de  son  Mémoire^  sur  les  ca- 
ravanes de  l'Afrique  septentrionale. 

M.  Albert-Montémont  communique  un  fragment  du 
nouveau  Tableau  de  Paris  qu'il  se  propose  de  publier. 

MEMBRBS    \DM1S    DANS    L\    SOCIÉTÉ. 

Séance  du  4  novembre, 
M.  Charles  D'OcHOà. 

Séance  du  \%  nopembre^ 
M.  Casimir  Gu&aiif. 

OUVBAGBS    OFFBBTS    ▲   LA    SOCIÉTÉ. 

Séance  du  4  noi^embre. 

Par  Ia  Société  des  missions  .évangiliqmss  de  Paris  : 
Relation  d'un  voyage  d'exploration  au  nord-est  de  la 
colonie  du  cap  de  Bonae-Bspérance  i  entrepris  dans 
les  mois  de  mars,  avril  et  mai. 1 856 ,  par  MM»  Arboos- 
sei  et  F.  Daumas»  missionnaires  de  la  Soc  des  miss, 
évang.  Paris  <  1 84^  t  i  vol.  in«8  avec  carte  i  vues  et  cqs- 


(  39'  ) 
tûmes* — Par  M.  le  colonel Poinsêtt:Sy nop^isodhe  cruise 
of khe U.  S.  explaring expédition , duriug the.years  i838, 
59,  4o»  4i  et  4^  ;  delivered  before  the  national  Insti- 
tute  by  its  commander,  Chartes  Wilkes.  Washington , 
i84a;  broch.  in-8  avec  une  carte  générale  du  voyage. 

—  Par  M,  /•  E.  Wappaus  :  Unslerslichungen  ûber  die 
geographischen  Entdeckungen  der  Portugiesen  unter 
Heinrich  dem  Seefahrer ,  Ein  Beitrag  zur  Geschichie 
des  Sechandels  un  der  Géographie  im  Mittelalter* 
Gottingen^  1849  ,  1  vol.  in-8.  —  Par  M,  de  Castelnau: 
Vues  et  Souvenirs  de  rAmérique  du  Nord,  5'  livraison, 
iD-r.  —  Map  of  the  disputed  territory  (  Maine  )  redu- 
ced  from  the  original  of  M*'*  Featherstonhaugh  et 
Mudge  British  commissioners,  iSSq,  1  feuille.  —Map 
of  theLouisiana,  i  feuile. — Par  M.  F,  Dubois  de  Mont-- 
péreux  :  Voyage  autour  du  Caucase,  chez  les  Tcher- 
kesses  et  les  Abkhases,  etc.  Tome  V,  in*8.  Paris  (184 S)* 

—  Par  M.  le  major  Jervis  :  Records  of  ancien  t  science, 
ezemplified  and  authenticated  in  the  primitive  univer- 
sal  standard  of  weights  and  measures.  Communicated 
in  an  essay  transmitted  to  capt.  H.  Kater^  by  capt 
Jervis.  Calcutta ,  1 855  ,  broch.  in-8.  —  Geographical 
and  statistical  Memoir  of  the  Ronkun.  The  revenue 
and  land  tenures  considered  with  référence  to  their 
first  institution  and  présent  working.  Calcutta,  1840, 
1  vol.  in-8.  —  Contributions  to  the  statistics  of  wes- 
tern India.  Eitracted  from  a  memoir  of  the  Ronkun. 
Drawn  up  by  major  Jervis  in  i8a3i85o,  brdch. 
in-8.  —  Frize  essays  on  the  condition  of  hindu  females, 
by  Hari'  Resavaji  and  Da*  doba'  Pa'ndurang,  with  an 
introductory  by  the  rev.  D**  Stevenson ,  broch.  in-8. 

—  Par  r Institution  nationale  de  Washington  :  Second 
bulletin  of  the  National  institution  for  the  promotion 


t 


(  ^9»  J    . 
of  science  »  march  i84i  to  fekroary  1S4».  Waalûas~ 
ton,  i84s ,  broch.  in«8  a?ec  5  planiches. 

(La  faite  des  ouvrages  offerts  ai»  mméro  pfockmi  ). 


■i<  ■■>■ 


SoU9GBif  TiOM  ouverte  dow  le  sein  d^  Im  ^oaiété  de  gèo-- 
graphie^  pqur  le  Atam^fient  à  élever  à  la  mémoire  du 
çQtOre-çmiml  DuifoiiT  n'UyMfiitML 


Liste  des  SousrripCeurs  do  iGoctoIxe  au  aS-  jyiccwihw  1 84»* 


MM.  de  PiAUA^oir ,  copîl^M  de  cprvetta.  5  ^^' 

Pâma  ,  id.  10 

Dk  ¥at»  •  député,  4^ 

LiFM» ,  enseigne  d^  veÎMeai;^,  1  o 
DBavus»  comMÂft  d'admiolsUatioo  de  1^ 

marim.  3o 

ViviBH  >  OQiambre  de  la  SoeiHi»  10 

AaoHDiACQif  »  agen trdQ-rcbange  bonara^re.  %o 

Ctaîaiîr Ginini» ,  membre d^la  Sociélé,  ^o 

JinumxoT»  chirurgîfia.de  la  niaiw*  i& 

SiBaAT ,  ancâon  pcincipal.du  c0li499.de  ToAilpOi.  io 

Le  dèctear  Mb&at*  9D 


^Monvant  dea  premiibreo  lialesi.  .  »  .       4,760.^*^0 


•w».^^— ^i*— ~— I»» 


"Û/i  (ic  la,  .ivc.  c/e^'oy.  "'CK'/a  tS4zJ 


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BOSPHORE     CIJUMA 

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ITffle  delamateitta  «uT«^,^  ^^^  ^^^^^ 

'^^^^^"'^'»f"i^:  /\  elde  ses  affiumte 
fl!»  C4fnsàxnà/L/^Qr^Ayroai 

1842. 


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BULLETIN 


DB    LA 


SOCIETE  DE  GEOGllAPHrE. 


DiCBMBRB  l84<. 


ASSEMBLÉE  GÉNÉRALE 

OD  3u  DKGBMBRB  lS^2, 


DISCOURS 


PRO.NO.NCK 


PAR  M.  CVNIIV  GRIDAINE, 

Miuistre  Je  rAgriculture  et  du  G)mmerce,  Président 

do  la  Société. 


Messieurs, 

En  appréciant  avec  une  profonde  reconnaissance 
tout  ce  qu'a  d'honorable  pour  moi  personnellement 
ic  choix  de  la  Société  de  géographie  qui  m'appelle  à 
la  présidence  de  cette  assemblée ,  j'y  vois  surtout  un 
témoignage  de  la  haute  intelligence  des  besoins  de 
l'époque  dont  vous  vous  monirez  animés.  La  géogra- 
phie,  en  cflet,  comme  toutes  les  sciences  vraiment 
dignes  de  ce  nom,  et  plus  qu'elles  toutes  peut-être , 
n'est  pas  destinée  à  s'égarer  dans  le  domaine  de  la  spé* 
culalion  abstraite,  pour  n'étaler  qu'une  pénible  éru- 

XVUI.    DÉCEMBRE.    1.  '^6 


(  3a4  ) 

dilion  ou  ne  salisfaire  qii*une  vaine  curiosité.  Eiie  csl 
appelée  à  concourir,  dans  sa  sphère,  au  progrès  de 
la  civilisation  en  nous  révélunl  l'élendue  et  les  res- 
sources de  ce  domaine  terrestre  que  Thomme  a  pour 
destination  de  féconder  et  d*ombellir.  Elle  favorise  en 
même  temps  les  progrès  de  la  nation  en  perreclion- 
nant,  en  éclairant  par  ses  observations  ragriculture 
et  le  commerce,  désormais  les  gages  les  plus  assurés 
de  la  grandeur  et  de  la  moralité  des  peuples. 

G*est  en  considérant  à  ce  point  de  vue,  messieurs, 
les  travaux  de  votre  Société  ,  qu*à  Texemple  des  minis- 
tres qui  m'ont  précédé,  je  me  félicite  de  manifester, 
en  ce  qui  me  concerne ,  l'empressement  du  gouver- 
nement à  seconder  vos  efforts.  Je  ne  négligerai  rien  de 
ce  qui  pourra  y  contribuer ,  soit  directement  par  tous 
les  moyens  qui  rentrent  spécialement  dans  mes  attri- 
butions, soit  indirectement  par  l'influence  que  peu- 
vent exercer  sur  le  progrès  des  sciences  géographiques 
les  documents  recueillis  par  mes  ordres.  J'attacherais 
un  grand  prix  à  réaliser  l'espérance  que  votre  Société 
a  fondée  sur  ma  coopération. 

Je  m'appliquerai  donc,  comme  vous  Tatteadez  de 
moi,  messieurs,  à  vous  faciliter  l'obtention  des  moyens 
et  ressources  nécessaires  pour  reprendre  la  coutume  si 
utile  et  si  appropriée  au  but  de  votre  institution ,  d'en- 
courager par  des  prix  le  progrès  des  découvertes ,  et 
de  subvenir  à  la  publication  des  relations  de  voyages 
qui  peuvent  servir  à  l'extension  de  nos  rapports  com- 
merciaux. Je  sais  combien  il  importe  à  l'honneur 
scientifique  de  la  France  de  ne  pas  se  laisser  prévenir 
dans  cette  carrière  par  les  nations  étrangères. 

Le  temps  n'est  pas  éloigné,  messieurs,  où  me  bâ- 
tant de  répondre  à  Tbonncur  que  vous  m'avez  conféré, 


(  39Ô  ) 

«t  «le  m'associer  aux  généreuses  inlentions  d^uu  prince 
dont  la  mort  prématurée  a  fait  tressaillir  d'une  dou- 
leur unanime  la  France ,  TEurope  et  le  monde  civi- 
lisé, j*ai  Tait  publier  et  répandre  le  programme  du 
prix  de  9,000  fr.  fondé  par  S.  A.  M**'  le  duc  d'Orléans  » 
pour  récompenser  le  navigateur  ou  le  voyageur  dont 
les  travaux  géographiques  auraient  procuré  à  la  Franco 
ou  à  ses  colonies  la  découverte  la  plus  utile  à  Tagri- 
culture,  à  l'industrie  ou  à  Thumanilé.   Ce  dernier  et 
solennel  hommage  rendu  à  la  grandeur  de  votre  œuvre, 
ajoutera  ,  n*en   doute/,  pas,   à  l'efficacité  des  eObrls 
que  votre  Société  a  déployés  malgré  l'exiguïté  de  ses 
ressources  »  et  vous  assure  en  même  temps  de  nou- 
veaux droits  à  la  reconnaissance  publique,  à  l'émula- 
tion des  savants  ,  et  «^  la  protection  du  gouvernement. 
Je  saisis  cette  occasion  solennelle  pour  vous  témoi- 
gner mon  intention  de  coopérer  à  la  publicité  du  Dic- 
tionnaire de  la  langue  berbère  de  Venlure»  que  vous 
m'avez  signalé  avec  tant  de  raison  comme  indispensa- 
ble au  maintien  et  au  développement  de  nos  relations 
politiques  et   commerciales  avec  l'intérieur  de  l'A- 
frique« 

Persévérez,  messieurs ,  dans  la  noble  tâche  que  vous 
vous  êtes  imposée.  Vous  facilitez  l'œuvre  de  Tadmi- 
nistration  en  propageant  par  votre  exemple  le  goût 
d(S  connaissancos  fécondes,  en  donnant  Tessor  h  des 
explorations  qui  ont  exercé  et  exerceront  de  plus  m 
plus  une  action  salutaira  sur  la  prospérité  publique. 
Par  vous  les  i)cuples  apprennent  tout  ce  qu'ils  gagnent 
mutuellement  à  se  rapprocher,  aujourd'hui  surtout 
que  ,  grâce  aux  progrès  de  la  morale  humaine ,  ils  ne 
se  recherchent  plus  que  pour  se  communiquer  leurs 
richesses  scientifiques  et  industrielles,  et  prendre  tou:> 


(596) 

pari  aux  avantages  spéciaux  doni  diactm  esl  doué , 
soit  par  la  muniiiceDCC  de  la  nature ,  soit  par  les  con- 
quêtes de  son  aclivilé.  L^s  succès  que  tous  avez  obte- 
nus sont  les  garants  infaillibles  de  ceux  qui  tous  atten- 
dent, et  votre  Société  conrpte  déjà  assez  de  titres  poor 
prendre  place  parnori  les  institutions  dont  s'enorgueil- 
liront la  France  et  rbumatiité. 


(597  ) 

NOTICE  AI\[IVIIGLLK 

DE4  pnocnÈs 

DES  SCIENCES  GÉOGRAPHIQUES 

CT  D^S  TRAVAUX 

DE  LA  SOCIÉTÉ  DE  GÉOGRAPHIE 

PENDANT  L*ANNÉE  1842. 

Par  H«  ûm  1»  Koqwette, 

Vice-Président  de  la  Gommlwloii  centrale. 


MfiSSIE1}RS , 

Appelé,  eo  Tabsence  de  voire  se€rélaire*général  »  à 
vous  rendre  compte  des  progrès  de  la  géographie  ^t 
des  travaux  de  la  Société  pendant  Faninée  qi^i  va  bien- 
tôt s'écouler,  je  vais  essayer  de  remplir  cette  tâche  dif- 
ficile,  que  je  n'ai  acceptée  qu'après  de  longues  hésita- 
tions. Je  m'estimerai  heureux  si  vous  ne  trouvez  pas 
trop  mal  |)iacée  la  confiance  que  n^es  coUègties  de  ja 
Commission  centrale  ont  bioi;)  voulu  jivoir  en  moi  daiis 
cette  cixconstance« 

^J*avais  d'abord  conçu  un  vaste  projet;  je  voulais  dé- 
rouler devant  vos  yeux,  et  vous  faire  comprendre  les 
progrès  ellesxx)nquèLes  de  la  géographie  pendant  celie 
dernière  année,  par  Texameo  compai*atif ,  pays  par 
pays»  des  cartes,  des  relations  de  voyages,  et  en  gé- 
néral de  tous  les  ouvrages»  géographiques  les  plus  exacts^ 


{  H^  i 

qui  auraient  donné  le  statu  quo  île  la  science  au  com-» 
incncement  de  cette  période  ^  avec  ce  qui  a  été  produit 
dans  le  même  genre  durant  la  totalité  de  cette  même 
période.  Les  différences  résultant  de  celle  comparaison 
eussent  ofTerl  les  progrès  réels  faits  par  la  géographie 
dans  l'inlervalle  de  temps  que  j'avais  è  examiner. 
Mais  je  me  suis  bientôt  aperçu  que  je  serais  enlrainé 
fort  loin  en  suivant  une  semblable  voie,  que  ju  man- 
querais la  plupart  du  temps  de  matériaux  mérilaok 
conFiance,  qu'à  chaque  pas  j'éprouverais  des  difficultés, 
pour  ainsi  dire  insurmontables. 

Une  autre  route,  celle  que  j'ai  suivie,  se  rapproche, 
en  quelques  points,  de  celles  que  d'autres  ontdéjii  par- 
courues ,  et  elle  ne  diffère  pas  essentiellement  du  plan 
adopté  par  moi-*niôme  dans  le  Bulletin  de  iSsS  ,  dont 
vos  prédécesseurs  m'avaient  conHé  la  rédaction.  Elle 
consisl<*  dans  une  revue  méthodi  ]ue  et  sommaire  do 
toutes  les  cartes,  hydrograpliiques  ,  géographiques  et 
autres,  et  de  tous  les  ouvrages  relatifs  à  la  géographie 
qui  ont  été  publiés  pendant  l'année  i8/|9  sur  cliaq.x* 
portion  du  globe.  Celte  revue  n'offrira  souvent  qu'une 
nomenclature  par  ordre  de  pays,  et  j'ai  eu  trop  fré- 
quemment h  regp'lter  de  ne  pouvoir  vous  donner  que 
les  titres  d'ouvrages  publiés  à  l'étranger,  dont  rimpur-i> 
tance  m'a  seulement  été  indiquée  par  le  nom  des  au- 
teurs «  ou  par  la  mention  concise  qu'en  ont  faite  des 
recueils  périodiques  justement  estimés.  Parfois,  il  ne 
me  sera  même  pas  possible  de  vous  présenter  ces  fai- 
bles indications.  Les  lacunes  qui  en  résulteront,  et 
qui  proviennent  du  manque  de  renseignements ,  un 
rapport  subséquent  les  remplira  ,  il  faut  l'espérer.  Il 
est  à  espérer  aussi  qu'à  l'avenir  les  honorables  corres- 
pondants de  la  Société  la  nictlront  en  état  d'olTrir  un 


(399  ) 
labloau  plus  coraplct  ilcs  progrès  de  la  géographie. 

Je  n'ai  point  disposé  en  groupes  séparés  les  infor- 
malions  de  loule  espèce  que  chaque  nalion  a  pu  four- 
nir à  la  géographie  du  globe  pendant  la  période  qui 
nous  occupe.  Mais,  divisant  mon  travail  par  parties  du 
monde ,  et  le  subdivisant  ensuite  par  pays  ,  j'ai  cherché 
à  réunir  en  un  faisceau  tous  les  renseignements  que 
j*ai  eu  la  possibilité  de  recueillir  sur  chacun  de  ces 
pays,  sans  me  préoccuper  en  aucune  manière  de  la 
nalion  à  laquelle  pouvait  appartenir  le  voyageur  ,  l'au- 
teur, le  compilateur,  le  géographe  auquel  je  devais  ces 
renseignements,  tout  en  l'indiquant  néanmoins. 

Après  avoir  examiné  les  ouvrages  et  les  fails  géogra- 
phiques spéciaux,  c^esl-à  dire  concernant  particulière' 
ment  chaque  partie  du  monde»  prise  séparément,  et 
i;hacune  de  ses  subdivisions,  je  m'occuperai  des  atlas 
ei  des  cartes  générales ,  des  dictionnaires  géographi- 
ques ,  des  traités  et  abrégés  de  géographie  ;  enfin  ,  des 
ouvrages  géographiques  généraux,  ci  vous  rendrai  en- 
suite compte  des  voyages  de  circumnavigation,  des  au- 
tres voyages  effectués .  soit  par  mer,  soit  par  terre  en 
différentes  parties  du  Globe  ,  et  des  voyages  projetés. 

Je  vous  parlerai,  sous  le  titre  de  mélanges  ,  des  dif- 
férents ouvrages  qui  ne  se  rattachent  que  d'une  ma- 
nière indirecte  ù  la  géographie;  puis  viendront  les 
Mémoires  des  Sociétés  savantes  qui  s'occupent  de  géo- 
graphie ,  les  Recueils  et  Journaux  géographiques  de 
tous  les  pays  publiés  dans  l'année.  Je  consacrerai  un 
chapitre  aux  Nouvelles  et  Faits  divers,  et  je  terminerai 
mon  rapport  en  vous  entretenant  des  travaux  particu- 
liers et  dos  actes  de  la  Société. 

Tel  est,  messieurs,  Tordre  que  j'ai  cru  devoir 
adopter. 


(  4oo  ) 

KiLCflOLOGIR. 

Avant  de  comnieDcer  la  revue  que  je  me  propose  de 
passer  devant  vous,  messieurs»  je  vais  vous  exposer 
les  perles  que  la  Société  et  la  sdicnce  ont  eu  à  déplo- 
rer celle  année  :  c*est  un  bien  triste  devoir  que  j'ai  à 
remplir;  mais  avant  de  nous  occuperdes  progrès  de  la 
géographie  »  n*est-il  pas  juste  de  jeter  quelques  fleurs 
sur  la  tombe  de  ceux  qui  lui  ont  donné  de  nobles 
encouragements ,  et  aux:|uels  elle  doit  d'importants 
travaux. 

L'une  des  p»!rles  les  plus  cruelles  pour  nous, 
comme  pour  la  France  »  est  celle  d'un  auguste 
prince  qui  a  péri  a  la  fleur  de  son  âge  le  i3  juil- 
let dernier,  victime  d'un  accident,  aussi  funeste 
qu'inattendu;  je  n'ai  pas  besoin  de  vous  nommer 
M"  le  duc  d*Orléans.  Une  voix  plus  éloquente  que  la 
mienne  vous  tracera  sa  vie  si  courte  et  si  utilement 
remplie ,  et  vous  dira  combien  il  prenait  intérêt  aux 
progrès  de  lu  science  que  nous  cultivons,  et  que  le  roi 
s*bonore  d'avoir  professée.  Je  vous  parlerai  plus  lard 
du  prix  que  feu  le  duc  d'Orléans,  noire  illustre  pm- 
tectenr,  avait  fondé  en  faveur  du  voyageur  qui  aurait 
fuit  la  découverte  la  plus  utile  à  l'humanité,  cherchant 
ainsi  à  diriger  vers  un  but  d'utilité  immédiate  les  re- 
cherches de  la  science. 

l'armi  les  collègues  que  nous  avons  perdus  cette 
année ,  messieurs ,  quatre  avaient  concouru  a  la  fon- 
dation de  la  Société  de  géographie  :  le  lieutenant* 
général  comte  de  Tromelin  ;  le  capitaine  de  vaisseau 
Frejcinet;  le  vicomte  de  Morel*Vindé,  et  le  couU*e- 
amiral  Dunionl  d'Urville. 


(4o.  ) 

Les  deux  premiers  faisaient  en  même  temps  partie 
de  cette  Commission  centrale  dont  le  célèbre  Malte- 
Brun  était  le  secrétaire  génér.l,  et  dont  les  membres 
furent  élus  par  votre  première  assemblée  générale^ 
présidée  par  Timmortel  Lnplacc  ,  et  qui  comptait 
M.  de  Ghateaubiand  au  nombre  de  ses  vice  -  pré- 
sidents. 

Le  lieutenant- général  comte  de  Tromelin  ,  que 
je  viens  de  nommer,  était  né  h  Morlaix  on  1772. 
Appartenant  à  une  famille  noble  de  Bretagne ,  élevé 
à  l'école  militaire  de  Vendôme»  et  nommé  en  1788 
sous-lieutenant  au  régiment  de  Limousin,  le  jeune 
Tromelin  se  crut  obligé  par  devoir  de  quitter  la  France 
au  commencement  de  nos  troubles  civils.  Je  ne  vous 
tracerai  pas,  messieurs,  ses  courses  aventureuses  en 
Allemagne, en  Turquie,  en  Syrie  et  en  Egypte,  où  on  le 
trouve  attaclié  comme  lieutenant-colonel  au  grand  vizir 
Jonssouf-Pachaet  au  Capitan-Pacha  Hussein.  Je  ne  vous 
dirai  point  ce  qu*il  fit  au  siège  de  St-Jean-d'Acre  où  il 
servait  b  côté  de  son  amiPbélippeaux,  ni  quels  moyens 
romanesques  il  employa  pour  faire  évader  du  Temple 
l'amiral  sir  Sidney  Smith  dont  il  avait  été  l'aide-de- 
camp.  Enfermé  lui-même  à  TAbbayeen  1804»  après 
son  retour  en  France ,  il  sort  de  cette  prison  militaire 
]iour  entrer  dans  nos  rangs  dans  le  112*  de  ligne  ;  at- 
tachéensuite  à  Tétat  major  du  duc  de  Raguse  en  DnI- 
matie,  il  est  chargé  plus  tard,  avec  le  général  Guillemi- 
not^de  la  démarcation  delà  nouvelle  frontière  résultant 
de  la  paix  de  Vienne.  Après  avoir  commandé  comme 
colonel  le  6'  régiment  de  Croates,  il  devient  maréchal- 
ile-camp  le  lendemain  de  In  bataille  de  Leipzig  où  il 
s'était  distingué.  IMacé  à  la  tète  d'une  brigade  h  Water- 
loo, il  est  élevé  le  22  mai  i8i5  au  grade  de  licntonanl* 


(    402    ) 

gèûérul.  Pondaul  ceUe  vie  citudIo  ,  Troinclin  passionné 
pour  les  sciences,  et  surloul  pour  les  sciunced  géogra- 
phiques, nourri  de  la  lecture  des  bons  écrivains,  et 
obscrvaieur  habile ,  éludiait  avec  soin  tous  les  pays 
qu*ii  était  appelé  à  parcourir^  et  recueilhiit  des  ooles 
ol  des  itinéraires.  C'est  ainsi  que,  ^c  rendant  par 
terre  en  1800  de  Saint-Jean-d'Acre  h  Conslanlino- 
ple ,  il  décrit  celte  route  peu  connue  ;  que  pendant 
son  conimandcmcnt  en  Ualmalie  il  fait,  toujours  le 
crayon  et  la  plume  à  la  main,  un  grand  nombre  d'ex- 
cursions dans  cette  contrée  et  dans  la  Croatie.  Tous  les 
voyageurs  quiontécrit  sur  l'Orient  lui  étaient  familiers; 
il  les  lisait  tous,  et  en  faisait  des  extraits.  C'est  en  corn- 
parant  leurs  relations  cnlre  elles  et  avec  les  notes  qu'il 
avait  prises  lui  même  qu'il  a  pu  contribuer  avec  le  gé- 
néral Guilleminol  au  perfeclionnemenl  des  belles  car- 
tes de  la  Grèce  et  de  la  Turquie  d'Europe  qu'a  pu- 
bliées notre  collègue  M.  le  colonel  Lapio.  Ti*omelin 
s'occupait  dans  les  derniers  temps  de  la  traduction  de 
l'ouvrage  du  colonel  Leake  sur  la  Macédoine,  et  faisait 
des  recherches  6ur  l'Asie-Mineuro,  lorsque  la  mort  a 
interrompu  ses  travaux  .  le  3  mars  184^  >  dans  un<? 
terre  qu'il  possédait  près  de  Morlaix. 

Vous  vous  rappelez  tous,  messieurs,  la  catastro- 
phe qui  nous  a  privés  du  contre -amiral  Dumont 
d'Urville.  Ce  fut  le  K  mai  iS^^  que  ce  navigateur 
aprôs  avoir  sillonné  les  mers  pendant  plus  de 
trente  ans ,  cl  écliappé  aux  dangers  de  sa  périlleuse 
carrière ,  a  péri ,  encore  duns  la  force  de  l'Age,  sur  un 
chemin  de  fer  à  quelques  lieues  de  Paris.  Né  a  Condé- 
sur-Noireau,  en  Normandie,  le  a5  mai  1790,  Jules- 
Sébastien-César  Dumont  d'Urville,  entra  en  1808  dans 
la  marine  militaire  ,  comme  élève  de  seconde  classa*. 


{  4o3  ) 

La  première  expédition  scientifique  à  laquelle  il  prit 
part  fut  celle  de  la  gabarl'e  la  Chevrette  ^  commandée 
par  M.  le  capitaine  de  vaisseau  Gaullier  qui  avait  élé 
chargé  en  1820  de  faire  l'hydrographie  de  TArchipel,  de 
lamer  de  Marmara, du  Bosphore  et  de  la  mer  Noire.  Pon- 
dant ses  courses  à  terre  dans  l'Ile  de  Milo,  d'iirvillc, 
alors  enseigne,  vit  et  admira  une  statue  de  Vénus  qu'un 
pâtre  venait  par  hasard  de  trouver  enfouie  dans  la  terre. 
Le  jeune  marin  rédige  immédiatement  sur  ce  chef- 
d'œuvre  de  la  sculpture  antique ,  auquel  il  donne  le 
nom  de  yénus  vicirix,  une  notice  chaleureuse  qu'il 
s'empresse  de  mettre  sous  les  yeux  du  marquis  de 
Rivière,  notre  ambassadeur  à  Gonstantlnople.  Il  lui 
fuit  partager  son  enthousiasme ,  et  la  Fcnus  de  Milo , 
acquise  au  nom  de  la  France,  devient  le  plus  bel  orne- 
ment de  notre  musée. 

'  Deux  ans  après,  d'Urville  commandait  en  second, 
sous  les  ordres  du  capitaine  Duperrey,  avec  le  grade 
de  lieutenant  de  vaisseau ,  la  corvette  fa  Coquille  ex- 
pédiée en  1822  pour  exécuter  dansl'Océanie  des  ex- 
plorations d'après  un  plan  conçu  en  partie  par  lui. 
Passionné  pour  les  sciences  naturelles,  et  surtout  pour 
la  botanique.  d'Urville  recueillit  pendant  cette  campagne 
plus  de  3ooo  espèces  de  plantes  et  plus  de  1 100  espèces 
d'insectes  dont  un  grand  nombre  étaient  nouvelles,  et 
se  livra  en  outre  à  de  profondes  études  d'ethnologie. 
Nommé  en  1835  capitaine  de  frégate, il  obtint  lecom- 
mandement  de  la  Coquille  qui  prit  le  nom  de  Vj^strolobe^ 
pour  entreprendre  un  autre  voyage,  pendant  lequel  il 
corrigea  la  configuration  des  côtes  de  la  Nouvelle-Zé- 
lande, traça  celle  de  la  côteN.  delà  Nouvelle-Guinco,et 
rapporta  de  nombreux  débris  du  naufrage  de  la  Pcronsc. 
(^ev»yagc,cnlreprisen  1826,  se  termina  en  î829,et,  sui- 


(  4o4  ) 

vanl  l*exprcssion  de  G.Cuvier,  encombra  le  niuscuni 
d'histoire  naturelle  de  richesses  dans  lous  les  genres. 
Le  troisième  grand  voyage  d'exploration  autour  du 
monde  de  d'Urville«  fut  exécuté  de  iSSy  k  i84o.  Sans 
entrer  ici  dans  le  détail  des  travaux  auxquels  se  livra  le 
commandant  de  l*Astmlabe  et  de  la  Zélée ^  je  ne  men- 
tionnerai que  ses  deux  campagnes  dans  les  glaces  po- 
laires, dont  la  première  amena  la  découverte  de  h 
Ten^  Louis- V hilippe  t  au  sud  des  Nouvelleji-Shetland, 
et  dont  la  seconde  signala  enfin  ce  nouveau  continent 
austral  qui  avait  fait  l'objet  des  recherches  infruc- 
tueuses de  l'intrépide  Cook;  ces  découvertes  lui  valu- 
rent votre  grande  médaille.  Il  venait  d'être  élu  prési- 
dent de  votre  Commission  centrale,  et  s'occupait  delà 
publication  de  son  dernier  voyage ,  lorsqu'il  a  péri 
avec  sa  femme  et  son  fils  dans  un  misérable  wagon 
enflammé* 

Un  autre  navigateur  célèbre ,  comme  d*Urville ,  l'uo 
d«s  fondateurs  de  la  Société  de  Géographie ,  Louis- 
Claude  de  Saulses  de  Freycinet,  capitaine  de  vaisseau 
et  membre,  de  l'Académie  des  sciences,  a  terminé  éga- 
lement sa  carrière  pendant  le  cours  de  cette  année.  Ni 
à  Montélimar  le  8  août  1 779,  Freycinel  entra  le  99  jan- 
vier 1 794  comme  aspirant  dans  le  corps  de  la  marine, 
£n  1800  il  accompagna  le  capitaine  Baudin  dans  le 
'  v^oyage  de  découvertes  aux  terres  australes,  fait  par 
ordre  du  gouvernement  par  les  corvettes  le  Géograplu 
«t  le Nataraliste.y ers  la  fin  du  voyage,  Frejcinct,  alors 
lieutenant  de  vaisseau,  eut  le  commandement  delà 
goélette  la  Casiiarina,  frétée  au  port  Jackson  pour  ac- 
<compagner  les  deux  corvettes.  A  son  retour,  après  avoir 
lédigéla  partie  hydrographique  du  voyage  il  fut  chargé, 
ixpvbs  la  mort  de  Pcron,  de  continuer  et  de  terminer 


(  4o5  1 

la  relation  historique  dont  un  volume  seulement  avait 
4^té  publié.  II  entreprit  ensuite  en  1817  ,  sous  les  aus- 
pices des  ministres  de  l'intérieur  et  de  la  marine,  un 
voyage  autour  du  monde,  sur  la  frégate  VUranie;  il  était 
à  cette  époque  capitaine  de  corvette.  Le  but  principal  de 
l'expédition,  qui  dura  quatre  ans,  était  lo  recherche  de 
la  figure  du  globe  et  celle  des  éléments  du  magnétisme 
terrestre;  plusieurs  questions  de  météorologie  avaient 
aussi  été  indiquées  par  l'Académie  des  sciences  comme 
très  dignes  d'attention.  Quoique  la  géograpliie  ne  dût 
être  dans  ce  voyage  qu'un  objet  secondaire,  on  pon- 
\ait  croire  que  des  officiers  expérimentés,  pleins  de 
7.èlo  et  munis  de  bons  instruments ,  ne  feraient  pas  le 
tour  du  globe  sans  ajouter  quelques  précieux  résul- 
tais à  ceux  qu'on  possédait  déjà.  L'attente  de  TAcadé- 
mie  et  des  savants  ne  fut  pas  trompée;  aucune  partie 
des  sciences  physiques,  nautiques  ou  naturelles,  ne 
fut  négligée,  et  la  multitude  d'observations  de  tout 
genre  faites  parM.Freycinet  et  par  ses  collaborateurs, 
le  grand  nombre  d'objets  divers  rapportés  par  eux,  mon- 
trèrent quel  avait  dû  être  leur  zèle  et  leur  constance. 
Nommé,  à  son  retour  en  1 82 1  ,  capitaine  de  vaisseau  , 
Freycinel  concourut  la  même  année  à  la  fondation 
de  la  Société  de  géographie  et  fut,  ainsi  que  je  l'ai  déjà 
dit ,  élu  membre  de  voire  première  Commission  cen- 
tralo.  En  i8s6,  l'Académie  des  sciences,  dont  M.  Frey- 
cinet  avait  éié  longtemps  le  zélé  correspondant,  l'ap- 
pela dans  son  sein ,  section  de  navigation  et  d'hydro- 
graphie. Depuis  lors  il  se  consacra  tout  entier  à  la 
rédaction  du  voyage  de  rUranie^  dont  la  majeure 
partie  est  publiée ,  et  à  quelques  travaux  porliculiers , 
parmi  lesquels  je  me  bornerai  à  citer  ses  Mémoires  sur 
In  distillation  de  reaii  de  mer,  et  sur  les  eaux  thermales 


(  4o6  ) 

fVAix.  Admis  à  la  rclraile  en  i833,  la  perle  de  sa 
femme,  personne  aussi  aimable  que  spirituelle  ,  à  la- 
quelle il  était  tendrement  atlaché  »  et  quelques  années 
plus  lard  celle  du  contre-amiral  Frej  cinel ,  son  frère, 
distingué  par  sa  bravoure  et  par  ses  connaissances  nau- 
tiques et  administrateur  intègre  et  habile»  le  plongèrent 
dans  la  douleur.  Sa  seule  consolation  était  le  travail, 
lorsque  le  i8  août  dernier,  la  mort  vint  Tenlever  à  la 
science  et  à  ses  amis,  au  nombre  desquels  il  voulait 
bien  me  compter.  11  habitait  alors  sa  campagne  de 
Freycinet  dans  le  département  de  la  Drôme. 

Une  semaine  est  à  peine  écoulée  depuis  que  M*  de 
Morel  Vindé .  pair  de  France  »  membre  de  TAcadémie 
des  sciences ,  l'un  des  fondateurs  Je  la  Société  de  géo- 
graphie, a  terminé  sa  longue  et  honorable  carrière. 
Né  le  20  janvier  1759,  Charles-Gilbert  de  Morel  Vindé 
était  à  vingt-un  ans  conseiller  au  parlement  de  Paris. 
Pendant  les  temps  difficiles  qui  précédèrent  et  suivi- 
rent la  chute  de  la  monarchie,  il  ne  quitta  pas  la 
France;  mais  il  crut  devoir  s'éloigner  des  fonctions  pu- 
bliques pour  se  livrer  exclusivement  aux  travaux  agri- 
coles et  à  la  publication  de  nombreux  et  utiles  Mémoi* 
res  sur  la  culture  et  sur  l'élève  des  troupeaux.  Ces 
écrits,  fondés  tous  sur  une  pratique  éclairée,  lui  va- 
lurent le  titre  de  correspondant  de  l'Académie  des 
sciences,  qui  l'admit  plus  tard  dans  scm  sein,  dans  la 
section  d'économie  rurale,  et  de  membre  ou  associé 
des  Sociétés  d'agriculture  de  Paris,  de  Versailles,  de 
Lille,  de  Caen,  de  Toulouse.  L'énumération  de  tous 
les  ouvrages  publiés  par  de  Morel  Vindé  sortirait  du 
cadre  étroit  que  j'ai  dû  me  tracer ,  et  que  je  crains  d'a- 
voir trop  agrandi;  je  n'en  citerai  qu'un  seul,  parce  que 
le  sujet  est,  ce  me  semble»  de  nature  à  vous  intéresser; 


(407  ) 
il  a  pour  litre  :  Des  réi^olutions  du  globe,  conjecture Jormee 
diaprés  les  découvertes  de  t^voisier  sur  la  décomposition 
et  la  recomposition  do  l'eau  ,  et  a  paru  en  1797.  Élevé 
sous  la  reslauralion  h  la  dignité  de  pair  de  France  , 
de  Moret  Vindé  fui  tout  élonné  de  voir  les  honneurs 
venir  le  chercher;  lui  si  simple,  si  modesle  ,  qui, 
loiil  occupé  de  Inîre  le  bien  et  de  cacher  le  hienFaitcur, 
a  désiré  que  son  convoi  eût  lieu  sans  aucune  pompe 
extérieure  ,  et  n*a  pas  voulu  que  les  corps  savants  aux- 
quels il  appartenait  fussent  convoqués  pour  assister  h 
ses  obsèques ,  ni  même  que  sa  mort  fût  annoncée  h 
ses  nombreux  amis.  Il  s'esl  éteint  à  Paris,  le  ig  dé- 
cembre, h  l'âge  de  qualre-vingt-qualre  ans. 

La  Société  a  encore  fait  cette  année  quelques  autres 
pertes.  M.  le  baron  Costaz,  Tun  des  membres  les  plus 
distingués  de  Tln^titut  d'Egypte  et  de  l'Académie  des 
sciences,  connu  par  plusieurs  Mémoires  insérés  dans 
la  Décade  égyptienne,  dans  la  Description  de  F  Egypte^ 
dans  la  Collection  de  rinstitut,  et  enfin  dans  le  Bulle^ 
tin  de  la  Société  de  géographie  dont  il  élaît  vice-prési- 
dent en  1899 ,  a  cessé  de  vivre  le  9  mai  x^I^^, 

Un  autre  de  nos  collègues  ,  M.  Chaumette  dos  Fossés, 
est  mort  le  4  octobre  1841  «  en  revenant  en  France  de 
sa  mission  au  Pérou,  où  il  exerçait  depuis  plusieurs 
années  les  fonctions  de  consul-général.  On  lui  doit  des 
relations  de  Voyages  en  Bosnie ,  et  dans  le  nord  de 
V Europe  ,1a  Carte  de  la  Pampa  del  sacramento,  el  quel- 
ques Mémoires  sur  la  Norvège  et  sur  V  Amérique, 

Les  deux  derniers  membres  de  la  Société  dont  j'ai  à 
vous  entretenir  sont  : 

MM.  Arthus-Berlrand  et  Edwards. 

Joseph- Jean-Bapiisle  Arthus-Berlrand  ,  libraire  de 
la  Société  de  géographie,  Télail  en  même  temps  de  la 


(  4o8  ) 

Sociétc^  des  anlîquairos  du  Nord  de  Gopeohague.  Sui- 
vanlles  traces  de  son  père  ,  également  noire  collègue, 
il  a  rendu  comme  lui  d'esscnliels  services  aux  scicnce.s 
géographiques  en  surveillant  avec  une  consciencieuse 
exaclitudc  la  publication  de  plusieurs  des  grands  ?oya- 
ges  entrepris  pour  le  progrès  des  sciences,  et  parmi 
lesquels  je  m(^  bornerai  à  citer  les  voyages  autour  du 
monde  de  In  Favorite  et  de  VArtémise,  et  le  Voyage 
en  Islande  et  au  Groenland.  Il  donnait  une  nouvelle 
vie  à  ce  recueil  si  justement  célèbre,  les  Annales  des 
voyages  f  fondé  par  Malte-Brun,  et  continué  par  de 
dignes  successeurs,  lorsque  la  mort  est  venu  le  frap- 
per, le  10, octobre  dernier,  à  peine  âgé  de  quarante- 
trois  ans. 

William  Frédéric  Edwards ,  né  à  la  Jamaïque  en 
1 776,  et  mort  à  Versailles  le  s3  juillet  1 84^ .  était  mem- 
bre de  votre  Commission  centrale  et  de  l'Académie  des 
sciences  morales  et  politiques.  Edwards  est  connu  par 
un  Mémoire  sur  t influence  des  agents  physiques  sur  les 
animaux  vertébrés ;i\  constata  le  premier  dans  un  autre 
Mémoire  sur  la  liaison  du  règne  ^végétal  et  du  règne  ani- 
mal^ que  les  parties  des  conferves,  en  se  décomposant, 
peuvent  acquérir  une  vie  indépendanle.  On  lui  doit 
aussi  des  recherches  sur  Canatomie  de  rœil  et  sur  Vin^ 
fluence  .  soit  des  saisons  sur  l^ économie  animale  ,  soit  des 
agents  physiques  sur  la  Die.  Enfin  ,  en  1829,  Edwards 
fit  paraître  une  brochure ,  dont  le  sujet  se  rattache 
beaucoup  plus  à  la  géographie  que  ses  précédents  tra- 
vaux; elle  est  intitulée:  Des  caractères  physiologiques 
des  races  humaines  dans  leurs  rapports  aifec  riùstoire. 
Cette  publication  attira  Tatiention  générale  des  savants, 
et  dopuis,  les  amis  d'Edwards  voulurent  prendre  part 
à  de  nouveaux  travaux  du  même  genre ,   cl  étiidier 


(  4o«j  ) 

sérieusement  avec  lui  la  question  des  races  humaines 
qui  ont  peuplé  la  lerre.  De  15  naquit  la  Société  ethno- 
logique  dont  ou  peut  ainsi  le  considérer  comme  h  fonda- 
teur. 

J*ai  terminé,  messieurs,  la  pénible  nomenclature 
des  pertes  que  la  Société  a  faites  cette  année  ;  elles  sont 
immenses  y  et  laissent  dans  son  sein  des  vides  difficiles 
à  remplir.  Mais  il  est  d'autres  hommes  remarquables  qui 
ont  disparu  depuis  un  an,  et  dont  je  dois  vous  parler 
aussi.  La  mort  de  tous  ceux  qui  prennent  un  vif  intérêt 
aux  sciences  géographiques  et  contribuent  à  leurs  pro- 
grès, à  quelque  Société ,  à  quelque  nnlion  qu'ils  appar- 
tiennent ,  ne  saurait  vous  trouver  indifférents.  Je  citerai 
d'abord  parmi  nos  compatriotes  : 

Nestor  l'Hôte,  voyageur  et  naturaliste  distingué,  mort 
récemment  h  Paris,  à  l'âge  de  trente-huit  ans,  épuisé 
par  ses  travaux  sous  le  climat  brûlant  de  l'Egypte,  et 
dont  notre  dernier  président,  M.  Villemain ,  ministre 
de  l'instruction  publique  ,  a  fait  un  si  bel  éloge  dans 
l'assemblée  générale  du  17  juin. 

Un  autre  Français,  né  à  Paris,  célèbre  surtout  par 
ses  malheurs,  Pierre-Joseph  Dumont,  après  une  rude 
captivité  de  trente-cinq  ans  en  Afrique,  revient  en 
France ,  fuit  le  récit  touchant  de  ses  longues  souffran- 
ces et  des  contrées  qu'il  a  été  forcé  de  visiter  comme 
esclave,  et  retourncen  Afrique  où  il  estmort  au  mois  de 
juin  1842»  à  Alger,  où  il  exerçait  les  fonctions  d'inter- 
prète (1). 

La  société  et  la  science  ont  aussi  à  regretter  la  mort 
lie  plusieurs  étrangers  auxquels  la  géogrnphre  est  émi- 

(1)  Si-s  Mémoires,  intitulés:  Histoire  de  V esclavage  en   Afrinue^ 
1819,  in-8«,  ont  été  récli|»é!*  par  M.  J    S.  Quesné  en  i83o,  et  ont  eu 
fin«\  éditions. 

XVllI.    DECEMBRE.     2.  2^ 


(  4io) 

nemment  redevable.  Et  d'abord  je  fous  parlerai  d'uo 
illustre  voyageur  anglais ,  de  sir  Alezander  Buroes,  qui 
a  péri  assassiné  le  «  novembre  i84i  •  viciiaie  de  la  ter- 
rible însurreclion  qui  éclata  à  celte  époque  à  Caboal. 
Né  à  Montrose,  en  Ecosse  «  le  16  mai  iSoS,  Bûmes. 
lieutenant-colonel  de  l'armée  britannique,  est  le  pre- 
mier européen  qui  ait  suivi  le  cours  de  l'Indus  depuis 
son  embouchure  jusqu'à  sa  source.  Ses  tvoyagesàtra 
vers  le  Caboul  et  l'Hindu-Koosh  jusqu'à  Bokbara  par 
lesquels  il  a  constaté  une  route  et  une  ligne  de  corn* 
munication  continue  entre  l'Asie  occidentale  et  la  mer 
Caspienne»  ont  établi  sa  réputation.  Vous  ayez»  aies- 
sieurs  »  apprécié  dans  le  temps  le  mérite  des  mémora- 
bles explorations  du  voyageur  anglais  en  lui  accordant 
voire  grande  médaille  ;  le  même  honneur  lui  fui  dé- 
cerné par  la  Société  de  géographie  de  Londres. 

Une  autre  perle  récente  que  l'Angleterre  et  la  science 
déplorent  est  celle  du  docteur  Fréd.  Forbes ,  auquel  on 
doit  des  observations  sur  les  contrées  arrosées  par 
l'IIelmend ,  à  l'ouest  do  TAfghanistan ,  et  qui  a  péri , 
comme  Burnes,  victime  d'un  assassinat 

L'Allemagne  a  perdu  au  mois  de  mars  i849»le  célèbre 
Ileeren  (Arn.  Herm.  L.) ,  professeur  d'histoire  à  l'uni- 
versilé  de  GoUingue»  auteur  de  Y  Essai  suri*  influence  des 
Croisades^  du  Manuel  historique  du  système  politique  des 
États  de  F  Europe  et  de  ses  colonies ,  depuis  la  découuerte 
des  deuxindesi  de  la  Politique  et  du  commerce  des  peuples 
lie  C antiquité ^  ainsi  que  d'un  commentaire  plein  d'éru- 
dilion  sur  la  géographie  de  Strabon. 

C'est  aussi  en  i84<«  ^tle  8  juin,  qu'un  savant  italien, 
le  général  Campana,  Napolitain  de  naissance ,  direc- 
teur de  l'Institut  géographique  de  Vienne,  est  mort 
dans  cette  ville.  J'aurai  occasion ,  dans  le  cours  de  ce 


(  4i«  ) 

rapport,  de  voua  signaler  les  beaux  travaux  géographi- 
ques qii'oB  lai  àmt ,  as  iKNobre  desquels  il  faut  placer 
sa  coopéralion  à  la  carie  chorographique  d'Italie. 

Je  terminerai  cette  liste  funèbre  par  la  mention  d'un 
savant  et  laborieux  voyageur  et  archéologue  danois, 
Pierre  Oluf  Brônsted,  né  le  17  novembre  1780,  en 
Jûtland  9  dans  la  paroisse  de  Fruering.  Brônsted  visita 
dans  sa  jeunesse  la  France ,  Tltalie,  la  Grèce  et  TAsie- 
Mineure  »  et  consacra  la  majeure  partie  de  sa  fortune  à 
des  recherches  scientifiques.  Parmi  ses  travaux  figurent 
au  premier  rang  ceux  qu'il  entreprit  pour  le  déblaie- 
ment de  deux  grands  temples  situés  aux  environs  de 
Paulizza,  l'ancienne  Égine.  Auteur  d'un  grand  nombre 
d'ouvrages,  dont  les  plus  imporlanb  ont  été  publiés  à 
Paris,  ami  de  Malte-Brun,  qui  avait  une  haute  idée  de 
son  érudition  et  de  la  rectitude  de  son  jugement , 
Brônsted  venait  d'être  nommé  conservateur  en  chef  du 
cabinet  royal  des  monnaies  et  médailles,  et  en  outre 
recteur  dirigeant  {rector  magnificus)  de  l'Université  de 
Copenhague,  lorsqu'il  est  mort  &  soixante  et  un  ans,  le 
«7  juin  dernier,  à  la  suite  d'une  chute  de  cheval. 

Après  vous  avoir  entretenus  des hommesquiontrendu 
des  services  à  la  géographie,  et  que  vous  avez  perdus, 
je  vais  vous  parler  des  progrès  que  ces  hommes  distin- 
gués, et  ceux  qui  leur  ont  survécu,  ont  fait  faire  dans 
l'année  à  cette  science. 

Je  commencerai  par  l'Europe,  en  m'occupant  d'a- 
bord de  la  France. 


(  4i»  ) 


EUROPE. 


FBAIfCE. 


La  géographie  de  la  Fraoce  a  fait  cette  année  quel- 
ques acquisitions  remarquables.  Je  vais  passer  succes- 
sivement en  revue  les  travaux  qui  la  concernent,  en 
signalant ,  non  seulement  ceux  qui  sont  entièrement 
terminés ,  mais  aussi  ceux  qui  sont ,  ou  en  voie  de  Tètre 
ou  simplement  préparés. 

Cartes, 

Le  Dépôt  hydrographique  de  la  marine  et  le  Dépôt 
de  la  guerre  figurent,  comme  à  Tordinaire,  en  première 
ligne.  En  m*occupant  de  ces  deux  établissements,  je 
ne  parlerai  ici  que  de  ceux  des  travaux  dont  on  leur  est 
redevable .  relatifs  soit  aux  côtes ,  soit  à  l'intérieur  de 
la  France  proprement  dite^  me  réservant  de  faire  men- 
tion des  autres  lorsque  )'aurai  à  traiter  les  pays  aux- 
quels ils  se  rapportent. 

Cartes  hydmgraphiques, 

La  publication  par  le  Dépôt  de  la  marine  des  cartes» 
qui  sont  le  résultat  de  la  reconnaissance  hydrographi- 
que des  côtes  occidentales  et  septentrionales  de  France, 
avance  avec  rapidité.  Tout  fait  présager  que  cet  immense 
travail,  commencé  en  1816  par  le  corps  presque  entier 
des  ingénieurs  hydrographes,  sous  la  direction  de  son  il  * 
lustre  chef,  M.  Beautemps-Beaupré,  terminé,  quant  au 
levé  en  i838,  sera  bientôt  entièrement  livré  au  public. 
La  cinquième  partie  du  Pilote  français ,  comprenant  les 


(  4«5  ) 

côtes  septentrionales  de  la  France  depuis  Barfleur  jus- 
qu'à Dunkerque,  levées  en  i855,  i834»  i835  et  i836, 
a  paru  dans  le  courant  de  cette  année.  Elle  contient 
cinq  cartes  générales,  dix  huit  cartes  particulières, 
huit  plans  et  soixante-deux  tableaux.  Dans  le  nonobre 
de  ces  cartes,  neuf  ont  été  complètement  terminées  en 
i84S}  les  autres  l'avaient  été  antérieurement  (i). 

Le  marin  qui  a  déjà  tant  de  dangers  à  affronter  lors- 
qu'il approche  du  littoral,  connaîtra  au  moins  avec 
certitude  les  moindres  détails  de  nos  côtes  et  tous  les 
lieux  où  il  peut  espérer  trouver  un  abri,  comme  ceux 
qu'il  doit  éviter.  Les  renseignements  que  H.  l'ingé- 
nieur Givry  avait  recueillis  pendant  les  deux  années 
précédentes  pour  rédiger  les  instructions  nautiques 
destinées  à  faciliter  la  navigation  de  ces  côtes,  sont 
déjà  en  partie  imprimés  et  paraîtront  incessamment. 

D'un  autre  côté,  l'exploration  de  notre  littoral  sur 
la  Méditerranée,  commencée  en  i85g  sous  la  direc- 
tion de  M.  Monnier,  ingénieur-hydrographe,  par 
MM.  Duperré  ,  Bégat,  Lieussou  et  Delamarche,  ses 

(i)  Lei  neuf  cartes  des  côtes  de  Fraace  dont  il  a*agit  comprennent 
les  parties  situées  : 

i  o  Entre  le  cap  Gri»-Mez  et  la  frontière  de  Belgique  ; 

ao  Entre  la  pointe  de  Saint-Quentin  et  Calais  ; 

y*  Entre  Pécamp  et  la  pointe  de  Saint-Quentin  ; 

4**  Entre  Dives  et  Saint  -  Valéry -en- Gaux,  embouchure  de  la 
Seine  ; 

5°  Entre  la  pointe  de  Barfleur  et  le  cap  de  la  Hève  ;  baie  de  la 
«Seine  ; 

6^  Entre  Beg-An-Fi^  et  Tile  Torné,  rivière  de  Lannton,  pl.iicau  de 
Triagos;  les  Sept  Iles; 

7"  Entre  l'île  de  Bas  et  Beg-An-Fry  ; 

Enfin , 

B"  Le  cours  de  la  Seine  ,  depuis  le  Trait  jusqu'à  llunflcur , 

9*^  Plan  des  passes  et  di;  la  rade  de  Morlais. 


(  4i4  ) 

collègues,  a  été  achevée  cette  anoée  :  ainsi,  en  quatre 
campagnes ,  toute  celte  partie  si  importante  de  nos 
côtos  aura  été  reconnue.  La  publication  des  caries  qui 
sont  le  résultat  de  ce  travail  a  dû  se  ressentir  néces- 
sairement de  la  grande  activité  mise  dans  les  opérations 
du  levé  :  aussi  deux  plans  seulement  ont  été  publiés 
cette  année  (i)  ;  mais  plusieurs  autres  cartes  et  plans 
sont  à  la  gravure  et  ne  tarderont  pas  à  paraître.  Nous 
n'avons  pas  besoin  de  dire  que  toutes  les  cartes  du  Pi-- 
lote  français  sont  levées  avec  une  scrupuleuse  exacti- 
tude et  qu'elles  sont  exécutées  avec  le  plus  grand  soin, 
puisque  c'est  M.  Beautemps-Beaupré  qui  a  dirigé  le 
travail.  Les  dernières  qui  ont  paru ,  sont  comme  les 
précédentes,  des  modèles  de  gravure. 

C'est  ici  le  lieu ,  ce  me  semble ,  de  vous  signaler 
trois  ouvrages  qui  ont  un  rapport  immédiat  et  direct 
avec  l'hydrographie  de  la  France,  ce  sont  : 

La  Description  sommaire  des  phares  et  fanatix  allumés 
sur  les  côtes  de  France,  publiée  par  ordre  du  directeur 
général  des  ponts  et  chaussées ,  et  les  Annuaires  des 
marées  des  côtes  de  France ,  pour  les  années  i84s  et 
1843,  dont  l'auteur  est  M.  Chazallon  ,  ingénieur  hy- 
drographe de  la  marine. 

Pour  terminer  ce  qui  concerne  l'hydrographie  de 
nos  côtes ,  je  dirai  que  le  dépôt  hydrographique  de 
Madrid  a  publié,  en  1 84 1  •  une  Carte  de  ta  côte  occiden- 
tale de  France ,  depuis  les  bancs  de  Flandre  jusqu'aux 
sables  d'Olonne^  et  que  le  même  dépôt  fait  graver  en 
ce  moment  \eplan  de  VAdour^  depuis  son  embouchure 
Jusqu'à  Bajronne  f  ainsi  que  la  carte  des  cotes  occiden- 

(ly  Pluii  de  la  r.iJe  de  Toulon  et  de  ses  divers   mouillages;  pbn 
de  la  rade,  des  puris  et  passes  de  Port*Crus  (  île  d'Ilyèrcs  )/ 


(4«5  ) 

taies  de  France^  depuis  ie$  sables  il' Olotme  jusqu'à  la 
pointe  du  Raz.  Ces  caries  ne  sonl  au  resle  que  des 
copies  de  caries  françaises. 

Cartes  géographiques. 

Le  Dépôt  de  la  guerre  poursuit  l'exécution  du  grand 
canevas  trigonométrique  de  la  Nouvelle  carte  de  France, 
Ce  ira?ail  a  reçu,  pendant  le  cours  de  la  présente  an- 
née ,  loute  l'extension  possible.  Les  opérations  géodé^ 
siques  du  premier  ordre,  confiées  comme  de  coutume 
à  des  officiers  d'état-major,  sousThabile  direction  du 
lieutenantvgénéral  Pelet,  directeur-général  du  Dépôt, 
ont  été  portées  à  l'occident  de  la  méridienne  de  Paris, 
depuis  le  parallèle  de  Cordouan  jusqu'à  la  chaîne  des 
Pyrénées  (i).  On  peut  donc  espérer  que  ,  dans  deux 
campagnes  au  plus,  la  triangulation  primaire  des  dé- 
partements de  laGironde  et  des  Landes  qui  sont  encore 
à  explorer  de  la  sorte ,  complétera  la  nouvelle  des- 
cription géométrique  de  notre  patrie. 

Indépendamment  de  cette  triangulation ,  celle  du 
second  ordre  qui  devance  la  topographie  d'un  an  ou 
deux,  ens'avaoçant  vers  le  sud,  a  embrassé  à  l'occi- 
dent de  la  méridienne  lès  déparlements  de  la  Corrèzc 
et  du  Lot,  et  à  l'orient  de  celte  ligne,  les  départements 
du  Cantal,  de  la  Haute- Loire  et  de  l'Ardèche.  Elle  a 
ajouté  à  l'immensité  des  résultais  numériques  déjà  ob- 
tenus, une  multitude  d'autres  données  précieuses  sur 
les  positions  relatives  des  lieux  et  sur  leurs  hauteurs  au- 
dessus  du  niveau  de  In  mer;  connaissance  si  utile  à 

(i)  On  a  fait  ou  presque  terminé  en  1843  (en  ce  qui  concerne  la 
{>^o(lcsie  4U1  premier  onire  ou  (vrnndi»  triangle»  )  les  tlépariemenis  de 
Haute^-Pyrrnces,  dr  la  Haute-Garonne  el  de  la  Dordo{»ne. 


(  4'6  ) 

acquérir  pour  l'étude  de  tout  projet  relatif  à  de  grandes 
communications  par  terre  et  par  eau,  qu'on  serait  dans 
l'intention  d'établir,  dans  l'intérêt  de  la  défense  du 
pays ,  du  commerce  ou  de  la  navigation. 

Les  opérations  des  levés  topographiques  faites  à 
réclielle  de  i/4oooo',  et  réduites  de  moitié  pour  la 
gravure,  c'est-à-dire  à  i/8oooo%  ont  concurremment 
été  portées  dans  les  feuilles  de  Bourbon-Vendée, 
Guéret,  Montluçon,  Aubusson»  Gannat*  Roanne, 
Limoges ,  Ussel ,  Clermont  et  Montbrison. 

Par  les  travaux  faits  dans  l'intérieur  du  Dépôt»  on  est 
arrivé  à  terminer  la  gravure  des  feuilles  de  Bcrneville« 
les  Pieux,  Falaise»  Ghâtcaudun,Mortagne,  Chaumont, 
Châtillon ,  Nantua ,  Belley  et  Bernay;on  a  déplus 
continué  ou  commencé  la  gravure  de  97  autres.  A  la 
fin  de  i84i  t  68  feuilles  étaient  déjà  publiées;  et 
comme  les  dix  désignées  ci- dessus  ne  tarderont  pas 
à  l'être,  le  nombre  total  des  feuilles  mises  en  circu- 
lation s'élèvera  à  78  avant  la  clôture  de  l'année  iiS4<. 

Outre  la  nouvelle  carte  de  France  dont  je  viens  de 
vous  entretenir,  et  celles  d'Algérie  et  de  Grèce  dont  je 
parlerai  plus  tard ,  le  Dépôt  de  la  guerre  a  entrepris  et 
exécuté  successivement  un  autre  travail  dont  l'utilité  a 
élé  généralement  reconnue  >  je  veux  parler  des  caries 
départementales.  Les  feuilles  de  la  nouvelle  carte  de 
France  étant  divisées  en  rectangles,  sans  avoir  égard  à 
la  circonscription  ou  aux  limites  des  déparlements,  on 
a  jugé  utile  d'exécuter  des  reports  sur  pierre  des  feuilles 
ou  portions  de  feuilles  qui  comprennent  la  totalité  d'un 
même  département.  Ces  reports ,  qui  permettent  de 
conserver  intacts  les  cuivres  originaux,  sont  exécutés 
avec  un  lel  soin  qu'il  est  quelquefois  difficile  de  distin- 
guer la  fouille  tirée  de  l'aulograpUie  de  celle  qui  l'a  été 
du  cuivre  original.  Déjà  dix-sept  départements  ontleurs 


(  4i7  ) 
cartes  (i),  el  on  eaireprend  l'aulographie  des  autres 
au  fur  et  à  mesure  que  de  nouvelles  feuilles  sont  Urées. 
Je  crois  devoir  mentionner  encore  ici  un  travail  du  Dé- 
pôt de  la  guerre,  admirablement  gravé  à  une  trèsgrande 
échelle.  C'est  la  Carte  du  département  de  la  Seine  ,  en  9 
feuilles  ,  exécutée  en  1 839  sous  la  direction  du  général 
Pelet  au  1/40000*,  d'après  les  levés  des  officiers  du  corps 
royal  d'état-major  Quoique  terminée  il  y  a  trois  ans , 
cette  belle  carte,  par  des  circonstances  particulières  , 
n'a  point  encore  été  livrée  au  public. 

Cartes  géologiques^ 
Immédiatement  après  les  caries»  qui  sont  les  ré-* 
sultats  des  travaux  des  Dépôts  de  la  marine  et  de  la 
guerre ,  doit  figurer  la  Carte  géologique  générale  de  la 
France  en  six  feuilles ,  dont  MM.  Dufrénoy  et  Élie  de 
Beaumont,  ingénieurs  des  mines»  avaient  été  chargés 
par  l'administration  des  ponts  et  chaussées  et  des  mines 
sous  la  direction  de  feu  M.  Brochant  de  Villiers , 
auquel  on  en  doit  le  plan  présenté  par  lui  il  y  a  plus 
de  trente  ans,  et  qui  a  été  publiée  à  la  fin  de  Tannée 
dernière.  Ce  fut  en  i8a5  que  MM.  Dufrénoy  et  Élie  de 
Beaumont  commencèrent  l'exploration  géologique  de 
la  France ,  et  chaque  année  jusqu'en  i836,  c'est-à-dire 
pendant  onze  ans.  Ils  ont  consacré  six  mois  à  leurs 
recherches  sur  le  terrain.  La  France  ayant  été  partagée 
en  deux  divisions  géologiques  par  une  ligne  tirée  de 
llonfleur  sur  Alençon,  delà  tournant  au  sud -est,  vers 
Âv^illon  et  Chalons-sur-Saône,  puis  suivant  le  cours  de 
la  Saône  et  dn  Rhône  jusqu'à  la  Méditerranée, M.  deBcau- 
mont  explora  toute  la  partie  à  l'est  de  cotte  ligne, et  M.  Du- 
fresnoy  se  chargea  de  l'étude  de  la  division  de  Pouest. 

(1)  Ces  dix-sept  déjinrtements  sont  ceux  du  Dns-Rhin,  de  la  Meuse, 
de  la  Moselle,  du  Pas-de-CaLûs,  de  In  Somme,  de  la  Marne ,  de  la 
Meurlhe,  de  l'Oise,  de  PEure,  du  Mord,  du  llaul-liliin,  de  Seine- 
et-Marne,  de  PAisnc ,  des  Ardcnncs,  dr  la  Seine-Inférieure,  du 
Doubs  et  de  la  Uautc-Snône. 


(  4««  ) 

Pour  mellre  reosemble  nécessaire  dans  ce  Iravail , 
ils  se  cornmuniqaaient  chaque  bWerleursobservalionSf 
et  les  soumeltaienl  à  M.  Brochant  de  Villiers.    C'est 
ainsi  que  la  carte  géologique  est  devenue  un  ounuge 
dont  toutes  les  parties  sont  en  rapport  entre  elles,  et 
les  nombreuses  collections  que  MM.  Dufresnoy  et  Élie 
de  Beaumont  ont  recueillies,  et  qui  se  composent  de 
trente  mille  étbantillons  de  roches  et  de  fossiles ,  prou- 
vent le  soin  qu'ils  ont  apporté  dans  leurs  détermina- 
tions géologiques.  Le  dépouillement  des  matériaux  que 
le  lieutenant-général  Pelet  communiqua  à  ces  deux 
savants  pour  la  topographie  de  la  France ,  le  dessin  et 
la  gravure  du  relief  par  M.  Desmadryl ,  dessinateur  du 
Dépôt  de  la  guerre ,  et  par  M.  Gollin ,  l'un  de  nos  plus 
habiles  graveurs,  employèrent  encore  plusieurs  an- 
nées. EnGn,  le  tracé  des  indications  industrielles  que 
renferme  la  carte  entraîna ,  en  outre,  des  retards  qu*on 
n'avait  pu  prévoir  ni  éviter.  Hais  ces  retards  ne  furent 
pas  sans  avantage  ,  car  ils  mirent  à  même  de  faire  plu- 
sieurs rectifications.  On  ne  trouvera ,  sans  doute ,  pas 
superflus  les  détails  dans  lesquels  je  suis  entré  sur 
ce  travail  extrêmement  remarquable ,  qu'un  écrivain 
anglais  appelle    Vune  des  productions   scientifiques  les 
plus   impoHantes   du   siècle  actuel ^     et    qui ,   suivant 
M.    A.    Rivière,  surpasse  sous  tous    les  rapports  la 
Carie  géologique  de   Vjingleterre  et  du  pays  de  Galles, 
publiée,  en   181  g,  en  six  feuilles,  et  un  volume  de 
texte,  par  M.  Greenough,  et  qui  est  parvenue  &  sa 
secon  de  édition.  Cet  éloge  a  d'autant  plus  de  prix,  que 
M.  A.  Rivière,  dans  un  fort  long  article  publié  par  luî 
en  1843  dans  ses  Annales  des  sciences  géologiques ^  sous 
le  titre  de  :  Coup  d^œil  suf\  les  cartes  géologiques,  et  en 
particulier  sur  la  carte  géologique  de  France  comparée  n 
velle  d* Angleterre ,  considérnil  l'ouvrage  de  M.  Grec- 


(4i9) 

nougb  comme  un  des  plus  beaux  modèles  qu  ^onpuisse  doftner 
aux  géologues  qui  désirenl  exécuter  une  carte  générale. 
Dans  l'exécution  de  cette  carte»  on  a  adopté  le  tracé 
de  la  carte  hydrographique»  publiée  par  l'adminis- 
tration des  ponts  et  chaussées  à  l'échelle  de  i/5ooooo  ; 
on  y  a  ajouté  un  relief  spécial  dans  lequel  on  s'est  at- 
taché à  combiner  Torographie  du  sol  et  les  caractères 
pétrographiques  de  sa  surface  avec  la  petitesse  de  Té- 
chelle.  Le  texte  ou  l'explication  de  la  carte  géologi- 
que comprendra  2  ^vol.  in*4^  »  dont  le  1*'  seul  a  été 
publié  avec  une  réduction  de  la  carte  A  l'échelle  de 
j/aooonoo.  Quelques  cartes  géologiques  de  départe- 
ments ont  été  gravées  vers  la  fin  de  ]84k  Je  me  bor- 
nerai à  citer  celle  du  déparlement  des  Ardennes  en 
5  feuilles  grand-aigle ,  que  l'on  doit  à  MM.  Sauvage  et 
Buvinier ,  et  qui  doit  être  jointe  à  une  description  de  ce 
département  »  pour  concourir  au  prix  de  statistique  , 
ainsi  que  celle  des  départements  de  Seine^et-Oise  et 
de  Seine-et-Marne  »  accompagnée  d'un  Mémoire  des- 
criptif» dont  l'auteur  est  M.  de  Sénarmont.  Je  men- 
tionnerai simplement  aussi  un  projet  de  carte  agrono- 
mique de  la  France  par  départements ,  que  M.  de 
Caumont  a  proposé  au  conseil-général  d'agriculture  » 
qui  a  approuvé  cette  idée. 

Les  nombreuses  éludes  auxquelles  se  livrent  les  in- 
génieurs des  ponts  et  chaussées,  soit  pour  la  reclifi- 
cation  des  routes  existantes,  soit  pour  le  tracé  des 
grandes  lignes  de  navigation  et  de  chemins  de  fer,  per- 
mettront un  jour  d'enrichir  la  science  géographique 
par  la  connaissance  exacte  des  hauteurs  respectives 
des  principaux  points  de  la  France  rapportés  à  un  ni- 
veau commun.  Mais  il  parait  que  les  études  ne  sont 
pas  encore  assez  complètes  pour  que  l'administration 
s'occupe  de  leur  publication. 


(  4ao  ) 

La  troisième  el  avant-dernière  livraison  de  Vy^^ilas 
physique  f  politique  et  historique  de  In  France  que  H.  le 
colonel  Denaix  a  mise  sous  vos  yeux  dans  le  courant 
de  celle  année  mérile  de  fixer  l'allention.  Cette  pu- 
blicalion  ,  accompagnée  d'un  volume  de  texte  imprimé 
aux  frais  du  gouvernement,  fait  honneur  à  réruditîon 
et  au  talent  de  notre  savant  collègue.  Sa  carte  physi- 
que est  exécutée  d'une  manière  touUà-fait  neu?e  y  et  sa 
carte  féodale,  dans  laquelle  sont  groupées  les  prin- 
cipales possessions  seigneuriales  mentionnées  dans 
riiisloire ,  offre  un  intérêt  particulier.  J'en  dirai  antant 
de  la  dernière  livrabon  de  la  Géographie  prototype  de 
la  France  du  même  auteur,  dont  il  n'est  plus  nécessaire 
de  faire  l'éloge. 

h'jitlas  en  miniature  de  la  France  en  86  départements 

« 

de  M.  Noël  ;  la  Carte  générale  demi-topographique  du 
tracé  du  chemin  de  fer  de  Paris  à  Orléans  par  Êtam^ 
pes ,  açec  embranchement  sur  Corbeil ,  en  une  grande 
feuille  au  i/8oooo«,  par  M.  Donnet,  et  la  Carie  des 
étapes  de  France  en  9  feuilles,  par  M.  Revel^  sous- 
intendant  militaire,  publiée  par  ordre  du  nriiDistre 
de  la  guerre ,  et  gravée  au  Dépôt  de  la  guerre  eu 
1849  »  termineront  la  nomenclature  des  cartes  relati- 
ves à  la  France  qui  ontparu  dans  le  courant  de  l'année, 
el  qui  méritent  d'être  citées. 

Voyages ,  ouvrages  géographiques ,  etc. 

Parmi  les  voyages  et  autres  ouvrages  géographiques 
publiés  sur  la  France  depuis  les  derniers  mois  de 
1 84 1  >  je  citerai  d'abord,  sur  Fancienne  France,  le  ma- 
gniPiquc  Foyage  pittoresque  de  M.  le  baron  Taylor  et  de 
MM.  Charle?  Nodier  cl  de  Cailleiix.  Ce  monumentélcvë 


(    4»!    ) 

à  la  gloire  passée  de  la  France  doit  former  35  voluined 
grand  in*folio,  et  contenir  environ  4»ooo  planches;  les 
provinces  de  la  haute  Normandie  ,  de  la  Franche- 
Comlé,  de  l'Auvergne  et  du  Languedoc  sont  termi-* 
nées  ;  la  Picardie  »  le  Dauphiné  et  la  Champagne  sont 
sous  presse. 

La  Statistique  de  la  France  publiée  par  le  ministère 
du  commerce  et  de  Tagriculture  est  parvenue  à  son 
4*  volume  ,  dont  deux  ont  été  publiés  de  i84i  à  i849. 
Les  tableaux  statistiques  compris  dans  ces  derniers 
volumes  se  rapportent  aux  départements  du  nord- 
ouest  et  du  sud-ouest.  On  ne  peut  que  féliciter  le 
ministre  de  la  suite  qu'il  fait  donner  à  ce  beau  tra- 
vail ,  d'autant  plus  précieux  que  les  données  qu'il  ren- 
ferme sont  puisées  dans  des  sources  officielles.  L'ad- 
ministration des  douanes  aussi  rend  des  services  à  la 
géographie  de  notre  pays  par  la  publication  annuelle 
de  ses  Tableaux  généraux  du  commerce  de  la  France 
avec  les  colonies  et  avec  les  puissances  étrangères  ^  et  par 
ses  Tableaux  de  nai^igation.  Ceux  qui  concernent  Tan- 
née 1841-1842  ont  paru  dernièrement  sous  le  formai 
in-4\ 

Je  vous  signalerai  aussi  : 

Une  Excursionpittoresque  dans  l 'ancien  duché  d 'Albrct^ 
par  M.  d'Andiran,  qui  est  en  voie  de  publication;  un 
Voyage. dans  les  Landes  de  Gascogne ^  par  le  baron  de 
Mortemar-Boisse«  dont  je  fuis  mention,  quoiqu'il  ait 
déjà  paru  en  1 840  ;  les  Esquisses  sur  les  Pyrénées^  écrites 
par  une  dame  anglaise,  madame  la  vicomtesse  de 
Satgé  Saint-Jean,  et  dont  M.  Emile  Deschamps  publie 
en  ce  moment  la  traduction  française  (1)  ;  le  Tableau 

(i)  Deux  livraisons  de  rett«;  Iraduclion  contcntint  tic  belles  Iilho- 
(;ra|ihie$  ont  paru  rettc  anncc. 


pittoresque  des  Pyi^nées  que  M.  Oliver  vieni  de  publier 
ik  Londres  avec  s6 planches  in-folio»  et  une  notice  de 
M.  de  Quatrefages  sur  Vjirckipel  de  Chausejr  ^  groupe 
d*llo4s  placé  au  nord-ouest  de  la  baie  du  mont  Saial- 
Michel  »  bien  que  ces  Ilots  désignés  sous  le  nom  p^ai^ 
peux  d'archipel ,  n*aienl  guère  plus  de  dix  barbitants. 
Je  dois  ajouter  à  ce  sujet  que  Tarcbipel  de  Chausey 
a?ait  déjà  été  exploré  en  i  Ss^  pftr  HH.  Milne-Edwards 
et  Audouin.  La  Statistifuedela  France deVL  Schnitxler, 
dont  la  deuxième  partie  »  qui  traite  de  la  création  de  la 
richesse  et  des  intérêts  matériels  ,  a  été  publiée  en  9  vol. 
in-S**  en  184^  »  ne  doit  pas  être  passée  sous  silence; 
et  je  ne  dois  omettre  non  plus  ni  la  8*  édition  du  Pré- 
cis  de  r histoire  et  de  la  géographie  du  moyen^âge ,  etc. , 
de  M.  Desmichels,  ni  deux  autres  ouvrages  que  l'A- 
cadémie des  sciences  vient  de  couronner.  L'un  est 
le  Traité  de  statistique',  ou  théorie  d'après  laquelle  se 
développent  les  faits  sociaux,  suivi  d'un  Essai  de  siatis* 
tique  physique  et  monde  de  la  poptdation  française  ^  par 
H.  Dufau  ;  et  l'autre»  dont  l'auteur  est  M.  Surell,  ingé- 
nieur  des  ponts  et  chaussées»  a  pour  titre  :  Etudes  sur 
les  torrents  des  Alpes. 

Je  crois  devoir  mentionner  encore  ici»  mais  seule- 
ment pour  mémoire  »  les  Observations  statistiques  ,  to- 
pographiques ^  géologiques,  minera  logiques ,  agricoles, 
industrielles  et  commerciales  sur  la  Corse^  que  M.  Bellaire 
a  adressées  pour  le  concours  au  prix  de  statistique»  et 
qui  ont  été  renvoyées  par  l'Académie  des  sciences  à  la 
future  commission. 

ILES  BRITANIfIQOBS. 

Je  suivrai  en  parlant  de  l'Angleterre  ,  et  en  généraK 
lorsque  j'aurai  à  ra'occuper  dos  autres  pays»  la  marche 
que»  pour  plus  de  clarté,  j'ai  cru  devoir  adopter  pour 


(  4s5  ) 

la  France;  c*esl-à*dire  que  je  ne  vous  entretiendrai 
d*abord,  autant  que  cela  me  sera  possible  du  moins, 
que  des  travaux  géographiques  qui  concernent  les 
Iles-Britanniques  proprement  dites.  De  même  que 
pour  la  France,  je  commencerai  parles  cartes. 

Caries  hydrographiques. 

Les  levés  marilimes  des  côtes  de  la  Grande-<Bre« 
tagne ,  de  Tlrlande ,  se  poursuivent  avec  autant  d'ac- 
tivité que  de  talent  par  les  soins  du  bureau  hydrogra- 
phique de  l'amirauté  anglaise. 

Dix  bâtiments  de  l'État  sont  actuellement  employés 
à  lever  la  carte  de  toutes  les  mers  qui  baignent  les  côtes 
britanniques,  depuis  l'embuuchure  de  la  Tamise  jus- 
qu'à celle  du  Shannon ,  et  deTtle  deWight  à  l'extrémité 
septentrionale  des  lies  Shetland.  Le  capitaine  BuUoch 
a  complété  le  levé  de  la  Tamise ,  du  pont  de  Londres 
au  Nore^  sur  une  telle  échelle  que  tous  les  changements 
futurs  dans  les  bancs  seront  facilement  reconnus. 
Il  est  occupé  maintenant  A  l'embouchure  de  la  ri- 
vière, et  unit  son  travail  avec  celui  qui  s'exécute  dans 
la  mer  du  Nord.  Le  levé  de  la  partie  de  cette  mer  com- 
prise entre  le  5a*^  lo'  de  latitude  nord,  et  les  côtes  de 
Hollande  et  de  Belgique  va  être  complété  par  le  capitaine 
Washington,  qui  déjà  avait  avancé  ce  travail  en  i84k 

Dix  années  de  travaux  habilement  dirigés  avaient 
presque  mis  le  commodore  Slater  è  même  d'avancer 
la  carte  difficile  des  côtes  d'Ecosse  ;  les  parties  les  plus 
orientales  de  la  côte  septentrionale  de  ce  royaume 
étaient  à  peu  près  achevées,  et  les  reconnaissances 
avaient  atteint  Thurso,  lorsque  cet  officier  périt,  au 
mois  de  février  dernier,  en  tombant  dans  la  mer  du 
haut  du  rocher  de  Holburn-Head.  ]Le  lieutenant  Ollcr 
a  été  chargé  de  continuer  ce  travail. 


;  4^*4  ) 

Quanl  au  levé  de  la  côte  occidenlale  d*Écosse,  il  est 
déjà  avancé  au  nord  depuis  le  Solwajr  Firth  jusqu'au 
Firth  ofClyde^  el  il  sera  probablement  terminé  dam 
la  saison  prochaine.  Six  feuilles  de  la  carte  des  côtes 
orientales  d'Ecosse  ont  été  publiées  cette  année  par 
l'amirauté  anglaise. 

La  première,  A^ Eyemouthjusqu^au  Tay^  comprend  le 
Firth ofForf h;  elle  aélé  dressée  par  le  capitaine  George 
Thomas ,  de  la  marine  royale,  à  l'échelle  de  4  pouces 
anglais  pour  un  degré  de  longilude.  (loi  millim.  i/s.) 

Deux  autres  feuilles  s'étendent  du  Firth  oj  Tay  a 
Aherdcen;  elles  ont  été  levées  k  la  même  échelJe  que  la 
précédente  t  sous  la  direction  de  feu  le  commander 
Slatter. 

Les  troisautres  feuilles,  également  à  la  même  échelle, 
comprennent  l'espace  entre  Aherdeen  et  BanfJ. 

Ces  feuilles  sont  accompagnées  des  plans  de 

Peter-Head^  à  l'échelle  de  4  pouces  par  mille,  (loi 
millim.  i/s.) 

Fraserburgh,  id.      de   8         id.  id.    [%qo 

millim.) 

Banjfet  Macduff^  à  l'échelle  d'environ  4  pouces  par 
mille. 

Le  levé  des  lies  Shetland  qï  des  lies  Otvades  (Orkney)  se 
continue  par  les  soins  de  M.  George  Thomas;  malheu- 
reusement, par  suite  de  la  brièveté  de  la  saison  et  de 
l'âpre  té  du  temps  dans  ces  parages,  il  est  impossible 
d'avancer  rapidement. 

La  carte  très  détaillée  de  Spithend  ^  que  le  comman- 
der Sherringham  a  lerminée,  en  i84i ,  sur  une  grande 
échelle,  va  s'étendre  maintenant  par  ses  soins  jusqu'il 
la  rade  de  Sainte-Hélène  et  aux  bancs  des  Owers. 

Le  levé  du  canal  d'Irlande,  longtemps  très  impar- 


(  4^5  ) 

fuilemenl  exploré  «  a  déjà  fait  de  grands  progrès  sous  la 
direction  du  capitaine  Bcechcy.  Quand  il  sera  terminé, 
le  marin  qui  voudra  faire  un  usage  judicieux  de  la 
sonde ,  se  verra  en  étal  de  traverser  cette  mer  avec  une 
égale  sécurité  pendant  la  nuit,  et  avec  le  brouillard, 
aussi  bien  qu'en  plein  jour  lorsque  le  temps  est  clair» 

La  côte  orientale  d*Irlajride,  depuis  la  baie  de  Done- 
gal  jusqu'à  la  baie  de  Dublin,  levée  par  feu  le  com- 
mander Mudge,  a  été  publiée  ;  et  le  commander  Fraser 
s'occupe,  vers  le  sud  du  côté  de  Wexford,  d'examiner 
celle  série  dangereuse  de  rocs  qui  s'opposent  presque 
  toute  navigation  dans  ces  parages. 

Le  hvé  do  SAannon y  lerminé  depuis  Limerick  jus- 
qu'à la  baie  tic  Fergus,  s'avance  en  ce  moment  avec 
rapidité,  sous  la  direction  du  lieutenant  Wolfe,  vers 
l'rnlr^e  de  celle  rivière. 

La  première  feuille  de  la  carte  de  la  mer  du  Nord 
qui  a  élé  publiée  celle  année  comprend  depuis  Dou- 
vres et  Calais  jusqu'à  Orfordness  et  Scbewingen  ;  elle 
est  le  résultat  de  100,000  sondages.  Plusieurs  des  bancs 
anciennement  connus  se  sont  trouvés  placés  d'une 
manière  erronée  ou  mal  sondés;  on  s'est  assuré  que 
d'autres  étaient  d'une  longueur  double,  et  l'on  en  a 
enfin  découvert  un  grand  nombre  dont  rexistence 
^tait  inconnue.  Celui  de  Falls^  par  exemple,  est  de 
10  milles  plus  long  qu'on  ne  le  pensait,  et  n'a, 
en  certains  endroits,  que  i\  toises  d'eau  à  la  basse 
marée,  tandis  qu'il  forme,  ainsi  que  tous  les  bancs  de 
la  mer  du  Nord,  une  crête  si  étroite  qu'un  vaisseau 
pourrait  avoir  sous  sa  poupe  et  sous  sa  proue  à  la  fois 
un  fond  considérable,  sans  se  douter  de  l'existence 
du  banc  en  travers  duquel  la  quille  se  trouverait 
placée. 

XVIII.    D#.GKMBnE.    3.  28 


(  4^6  ) 

Quant  aux  travaux  liydrograpbiques  que  les  officiers 
de  la  marine  anglaise  ont  exécutés  sur  divers  points  de 
la  Méditerranée,  aux  lies  Açores,  aux  Malouioes*  sur  les 
côles  de  la  Chine,  de  l'Australie,  du  golfe  du  Mexique, 
du  Saint-Laurent  et  des  lies  de  Bahama,  je  vous  en  en- 
tretiendrai  lorsque  je  parlerai  de  ces  différentes  par^ 
lies. 

Outre  les  cartes  des  côtes  du  royaume  uni  déjà  men- 
tionnées, le  bureau  hydrographique  de  l'amirauté  en 
a  publiées  en  i84i  et  1849  plusieurs  autres  dont 
je  donne  la  liste  en  note  (t). 

Cartes  géographiques ,  etc. 

La  carte  officielle  de  TAnglelerre  {Great  ordnance 
ma/9),  commencée  en  1 796  à  l'échelle  de  1  pouce  anglais 
pour  1  mille  ou  au  i/63, 000  environ,  et  qui  depuis,  du 
moins  quant  aux  six  comtés  septentrionaux  de  l'An- 
gleterre et  à  l'Ecosse ,  doit  être  à  l'échelle  de  6  pouces 

(1)  Cartes  de  la  càie  occidentale  d'Ecosse. 

j.  Loch'Byan  ;  levé  par  le  capitaine  Robinson ,  en  1839,  publié  en 

1841. 
a.  Port  A*Ardrossan\  pnr  le  même,  en  i84o,  1841.  ^'* 

3.  LocU^Eil  conduisant  au  canal  calédonien  ;  par  le  mène,  en  184  ■, 

i84a.- 
Carte  desc^ies  orientales  d'Angleterre. 
I.  Feuille  V,  de  Trusthorpe  à  Flamhorough'Head ;  par  le  capitaine 

Hei%-ett,  en  i83o,  1841. 
a.  Feuille  VI,  de  Flatnborough-Head k  la  Tees;  parle  même,  en  i83o. 

1841. 

3.  FeuiHe  VII,  de  la  TVes  à  Blyth  ;par  le  commandant  Haiter  ,  en 
i83a,  1843. 

4.  Feuille VIII,  de  Blytb  à  Eyeniouih;  parle  même,  en  i836  ,  1843. 


(  427  ) 
pour  I  mille  ou  au  i/io»56o,  se  poursuit  en  ce  mo-r 
ment  avec  activité.  Au  3i  mars  1842»  toute  la  partie 
située  au  midi  d'une  ligne  tirée  est  et  ouest  en  partant 
de  Leeds,  était  publiée  ,  à  l'exception  de  trois  feuilles 
encore  dans  les  mains  des  graveurs.  Le  levé  se  con- 
tinue dans  les  comtés  de  Lancaster  et  d'York,  dont  une 
partie,  ainsi  que  les  comtés  de  IVestmoreland^  deCurn^ 
berland ,  de  Durham  et  de  Northumberland ,  formaient 
les  seules  portions  de  TAngletcrre  dont  le  levé  restât  à 
terminer.  Les  villes  dont  la  population  excède  4»ooo 
âmes  sont  levées  à  l'échelle  de  5  pieds  pour  1  mille 
ou  au  i/io56'. 

L'Ecosse,  restée  longtemps  sans  carte  nationale, 
verra  la  sienne  s'achever  après  celle  de  l'Angleterre  , 
tandis  que  le  docteur  Mac  Culloch  l'a  dotée  d'une  belle 
et  bonne  carie  géologique. 

Quant  à  l'Irlande  »  sa  carte,  qui  porte  le  nom  de 
Town  land  survey  ou  Irish'Survejr,  est,  à  ce  qu'on  dit , 
l'entreprise  la  plus  colossale  que  l'on  connaisse  en  ce 
genre.  Elle  comptera  plus  de  2,000  feuilles,  à  l'échelle 
de  6  pouces  pour  1  mille.  Ce  travail,  auquel  on  n'em- 
ploie pas  moins  de  2,000  personnes,  marche  avec 
rapidité,  et  sur  32  comtés  dont  se  compose  l'Irlande, 
Vois  seulement  restent  à  publier.  Suivant  le  rapport 
«jue  M.  Ilamillon  a  fait,  le  25  mni  1842,  à  la  Société 
géographique  de  Londres,  tous  l^s  comtés  de  Vlrtsh^ 
^w/vé/ avaient  été  publiés  à  l'exception  de  sept,  dont 
quatre  étaient  dans  les  mains  du  graveur;  et  sur  les 
1 15  villes  {ci'ties  and  towns)  d'Irlande,  74  avaient  été 
levées  à  l'échelle  de  3  pieds  pour  1  mille  ou  au  1/1 760^, 
22  i\  de  plus  petites  échelles;  19  plans  de  villes  n'a- 
«aienl  pas  été  encore  reçus. Il  n'avail  encore  paru  qu'une 


(4.8  ) 

seule  feuille  des  caries  des  grandes  villes  (  large  to^vn 
maps) fCéihii  celle  du  chAteau  de  Dublin. 

M,  Paul  Ghaii»  auquel  j'ai  fait  plus  d'un  emprunt, 
exprime  le  regret  que  le  gouvernement  anglais  ne 
publie  pas,  comme  la  France,  la  Suisse  et  la  Sardai* 
gne ,  les  bases  de  ses  travaux  dans  un  ouvrage  spécia* 
lement  destiné  &  faire  connaître  les  coordonnées  géo^ 
désiques  de  toutes  les  stations;  il  faut  espérer  que 
celte  publication  aura  lieu  plus  tard. 

Les  travaux  de  la  Carte  géologique  de  l* Angleterre 
{ordnance  geological  map)  se  poursuivent  ;  les  feuilles 
du  Cornwa/lp  du  Devon  et  du  H^est-Sommerset  Botii  com- 
plètes, et  deux  volumes  in  -S**  de  texte  ont  été  publiés  par 
ordre  des  lords  commissaires  de  la  trésorerie.  Le  pre- 
mier contient  un  Rapport  sur  la  structure  géologique 
dos  districts  ci-dessus ,  avec  une  Notice  détaillée  sur 
leur  industrie  géologique  ;  et  l'on  trouve  dans  le  second 
la  description  des  débris  organiques  rencontrés  dans 
les  mêmes  lieux.  On  s'occupe  maintenant  de  la  partie 
méridionale  de  la  principauté  de  Galles .  et  des  comtés 
de  Montinouth ,  à! Herejord^  de  Gloucester  et  d'jFa^/- 
Sommerset.  Les  cartes  de  ces  districts  sont  avancées,  et 
lorsqu'on  les  publiera  elles  seront  accompagnées  de 
rapports  spéciaux.  L'importance  de  cette  entreprise 
sous  le  point  de  vue  scientifique  et  économique  est  trop 
évidente  pour  cliercber  à  la  démontrer»  et  l'on  doit 
avoir  une  parfaite  confiance  dans  l'exactilude  de  ses 
détails,  puisqu'elle  est  confiée  à  un  géologue  aussi 
distingué  que  sir  H.  T.  de  La  Bêche. 

Je  ne  dois  pas  passer  sous  silence  Y  Atlas  des 
Cartes  et  Plans  des  principaux  lieux  où  Varmèe  an- 
glaise a  combattu  pendant  les  guert^s  de  1808  h  i8i4  « 
quoique  celte  mention  puisse  être  considérée  avec 
raison   comme  n'étant   pas  ici  tout-à-fait  à  sa  vraie 


(4»9) 

place.  Cet  allas  publié  par  M.  James  Wild»  géo- 
graphe de  la  reine,  doit  être  composé  de  55  sujets  en 
45  feuilles  de  caries  ou  plans.  Une  partie  a  déjà  paru, 
et  le  reste  ne  lardera  probablement  pas  &  être  livré 
au  public.  Les  caries  que  j*ai  vues  sont  admirablement 
gravées  sur  un  très  grand  format;  je  dois  supposer 
qu*elles  sont  exactes^ 

Foyagts ,  ounf rages  géographiques ,  etc. 

Quoique  j'aie  pu  citer  beaucoup  de  travaux  cartogra- 
phiques faits  sur  l'Angleterre  depuis  un  an  environ ,  je 
crains  fort  d*avoir  laissé  plus  d'une  lacune.  Je  serai 
plus  concis,  faute  de  renseignements,  en  parlant  des 
voyages  faits  dans  le  Royaume  Uni  et  des  autres  ouvra- 
ges géographiques  qui  le  concernent,  car  je  n'en  rela- 
terai que  deux.  Le  premier  eftt  la  Noui^elte  Statistique  de 
r Ecosse^  qui  se  publie  à  Edimbourg  et  à  Londres, 
dans  le  format  in-8°,  sous  la  surveillance  de  la  Société 
en  faveur  des  enfants  des  membres  du  clergé,  et 
dont  un  volume  a  paru  en  1841  ;  et  la  Relation  (tune 
excursion  agronomique  en  Angleterre  et  en  Ecosse  ld\\.e 
en  1840,  par  le  comte  Conrad  de  Courcy,etqui  a  été 
imprimée  à  Lyon  l'année  suivante. 

BOTAUMB  DBS  PATS-BA9. 

Le  gouvernement  des  Pays-Bas  n'a  pas  négligé 
l'îS  travaux  géographiques ,  et  on  en  doit  aussi  de  re- 
marquables à  des  particuliers.  Je  n'ai  point  à  vous 
entretenir  ici  de  la  magnifique  carte  de  l'archipel 
indien  de  M.  le  baron  Dcrfelden  de  Ilinderstein ,  ni 
des  caries  du  Japon  de  M.  le  professeur  Siebold  qui  ont 
paru  celte  année ,  car  il  ne  s'agit  en  ce  moment  que 
des  travaux  concernant  spécialement  les  Pays-Bas. 


(  43o  ) 

Cartes  géographiques  et  autres. 

Les  premières  cartes  géographiques  que  j'aurai  à 
vous  citer  forment  Y  atlas  du  royaume  des  Pays-Bas  et  de 
ses  possessions  d^ outre-mer,  C^est  M.  F.  Deslerbecq,  gra- 
veur, qui  vient  de  le  publier  à  La  Haye.  Quoique  l'au- 
teur ne  soit  pas  géographe ,  on  doit  reconnaître  que 
son  atlas  est  très  exact  en  ce  qui  concerne  le  royaume 
des  Pays-Bas  proprement  dit^  que  c'est  même  le  meil- 
leur qui  ait  paru  sur  ce  pays.On  ne  peut   en  dire 
autant  de  la  dernière  feuille  ,  représentant  les  colo- 
nies néerlandaises  dans  l'archipel  Indien,  Elle  est  co- 
piée d'ouvrages  surannés,  quoique,  pour  lui  donner  du 
relief,  l'auteur  ait  tracé  la  roule  du  gouverneur-gé- 
néral  baron  de  Capellen  dans  son  voyage  aux  Molu- 
quesen  i894)  route  prise  sur  la  carte  de  Tarchipel  In- 
dien de  M.  de  Derfelden. 

Je  mentionnerai  encore  \di  grande  carte  pfxjtftneiale 
topographi'que  du  royaume  des  Pays-Bas ^   dont  4  ou  6 
feuilles  doivent  être  consacrées  à  chaque  province. 
La  base  de  celte]  carie  est  le  relevé  cadastral  aug- 
menté de  tous  les  détails  physiques ,  géographiques , 
industriels,  etc.  Le  levé  dos  provinces  de  Gueldre  et 
d'Overyssel  est  le  plus  avancé.  Des  ingénieurs  se  livrent 
dans  les  différentes  provinces  du  royaume  à  un  travail 
extrêmement  minutieux  ;  car  on  veut  que  ces  cartes 
indiquent  le  plus  petit  sentier ,  et  les  élévations  du  ter- 
.rain  assez  variées  dans  la  Gueldre.  On  sait  que  le  ter* 
rain  n'est  totalement  plat  que  dans  les  provinces  de 
Nord  et  de  Sud-Hollande  ,  de  Frise  et  de  Groningue. 


(  43'  ) 

Foyages ,  ombrages  géographiques ,  elc. 

Aucun  voyage  remarquable  exécuté  en  184^  dans  le 
royaume  des  Pays-Bas  n'est  venu  à  ma  connaissance. 
Quant  aux  ouvrages  géographiques  publiés  sur  ce 
royaume,  )e  dois  me  borner  à  citer  : 

\J Histoire  générale  de  la  patrie  (  en  allemand  )  de- 
puis les  temps  anciens  jusqu'à  nos  jours,  avec  planches 
et  caries,  dont  l'auteur  est  M.  J.-P.  Arend.  Les  premières 
livraisons  de  cet  ouvrage  ont  paru  à  Amsterdam  en 
]84o;  il  n'est  point  encore  terminé  et  se  continue. 

La  Description  (TUirecht  et  de  ses  environs^  (en  langue 
française  )  est  une  espèce  de  manuel  orné  de  petites 
cartes  et  de  vues  qui  a  paru  récemment.  M.  le  baron 
de  Derfelden  qui  vous  a  envoyé  cet  ouvrage,  garantit 
l'exactitude  de  M.  Vander  Munde ,  son  auteur. 

Un  grand  Dictionnaire  géographique  des  Pays-Bas  (en 
hollandais)  publié  par  M.  Vander  Aa,  sous  les  auspices 
du  gouvernement,  d'après  les  meilleurs  matériaux,  mé- 
rite aussi  de  fixer  votre  attention.  Quatre  volumes  grand 
in-8*  ont  déjà  paru  à  Gornichen;  le  dernier,  imprimé 
en  1849  <  s'étend  jusqu'aux  lettres  GOL. 

Le  Journal  pour  r  histoire^  les  antiquités  et  la  statisti^ 
qut  de  la  proinnce  d*Utrecht^  en  hollandais  comme  le 
précédent  ouvrage ,  renferme  des  arliclcs  fort  intéres- 
sants. Il  en  parait  chaque  mois  un  numéro  ,  toujours 
accompagné  de  cartes  et  de  plans. 

BELGIQUE. 

Le  gouvernement  belge  apporte  aussi  son  tribut  an- 
nuel dans  cette  revue  des  progrès  de  la  géographie. 
J'aurai  occasion  de  parler,  en  traitant  de  l'Aniériquc, 


(  454  ) 

Le  Dicliofmnii'c  géograp/uqiie  ^  topograpkiqtie^  histori- 
ifue  ,  statistique  ,  ecclésiastique  ^  administratifs  judiciaire 
et  postal  des  commîmes^  section  de  communes  et  hameaux 
de  la  Belgique^  avec  les  caries  des  neuf  provinces,  et 
une  carie  générale  du  royaume,  précédé  d'un  Essai 
géographique  sur  la  Belgique,  par  J.-M.  Havard. 
commis-rédacteur  au  minisiëre  de  la  justice ,  publié  à 
Bruxelles ,  en  un  vol.  in-8^ 

Le  Dictionnaire  géographique  et  statistique  du  royaume 
de  Belgique ,  contenant  la  description  générale  des  pro- 
vinces* et  la  description  particulière  de  toutes  les  com- 
mîmes de  ce  royaume ,  rédigé  3ur  les  publicalions  of- 
ficielles ,  et  d'après  un  grand  nombre  de  documents 
parliculiers ,  avec  une  carte  générale  du  royaume,  et 
des  cartes  des  neuf  provinces  •  par  H.  Charles  Haerts. 
Il  a  paru  à  Bruxelles,  en  i84i» 

Xae  même  auteur  a  aussi  fait  paraître  la  même  année  : 
1^  le  Tableau  des  communes  urbaines  et  rurales  du 
royaume  de  Belgique  pm' proi^ince  f  en  un  voL  10-19  ; 

a*  La  Géographie  de  la  Belgique ^  d'après  le  trailé  du 
1 9  avril  1 839  ;  ce  dernier  ouvrage  est  toul-à-fail  élé- 
mentaire. 

C'est  enfin  à  Leipzig  que  le  D'  Ferdinand  Gobbi  a 
publié  en  i84s  un  écrit  remarquable  intitulé  :  0ej 
forces  physiques  de  la  population ,  auec  application  spc* 
ciale  à  la  statistique  de  la  population  de  la  Belgique. 

DANEMARK. 

Les  sciences  géographiques  reçoivent  en  Danemark 
des  encouragements  des  Sociétés  savantes,  aussi  bien 
que  du  souverain  éclairé  de  ce  royaume,  qui  les  proté- 
gnait  déjà  comme  toutes  les  autres  sciences ,  n'étant 
encore  que  prince  royal.  Depuis  qu'il  esl  monté  sur  Itf 


(455  ) 

trône,  plusieurs  voyages  de  déconverles  ont  élé  enlie- 
pris  sous  ses  auspices,  soit  enlièrement ,  soit  en  partie 
a  ses  frais.  J'aurai  occasion  d'en  parler  lorsque  je  m'oc- 
cuperai de  l'Amérique. 

Cartes  hydtvgfXLphiques* 

Le  Dépôt  de  la  marine  de  Copenhague  (  Soe  kaart 
archw,)^  dirigé  par  M.  le  capitaine  Zabrlmann,  l'un  des 
meilleurs  élèves  du  célèbre  astronome  Schumacher,  a 
publié  depuis  la  fin  de  1841  plusieurs  nouvelles  cartes 
hydrographiques;  ce  sont: 

I*  Le  golfe  de  Neustadt  [Neustadt  Bugten) ,  en  une 
feuille.  Cette  carte  avait  déjà  paru  en  i8?8;  elle  a  été 
reproduite  en  i84i  avec  des  corrections. 

2**  Le  Sund  (  Oresund  )  depuis  KuUen  jusqu'à  Hveen, 
également  en  une  feuille. 

5®  Lsi  Mer  du  Nord  (Nordsôen)  en  2  feuilles. 

4*  Le  Golfe  d*HeUgoland  [Helgolander  Bugten)  en  une 
feuille. 

5*  Le  KattegaL 

Les  numéros  2  et  3  ont  été  publiés  cette  année,  et 
c'est  en  1841  que  le  n*"  4  ^  été  livré  au  public;  quant 
au  n"  5,  publié  d'abord  en  i83] ,  il  a  élé  corrigé  et 
reproduit  en  1842;  et  l'on  prépare  en  ce  moment 
au  dépôt  de  la  marine  de  Copenhague  les  cartes  sui- 
vantes ,  qui  paraîtront  probablement  dans  le  courant 
de  1843  : 

1  '  Carte  du  Skagerak  depuis  Fœrder  jusqu  *à  Hans» 
tholmen; 

3*  Carte  du  Sund  et  des  Belts ,  ainsi  que  île  la  poiiion 
de  la  mer  Baltique  j'usquà  OUind; 

4"  Carte  du  Sund  depuis  Vile  de  theenjnsquà  celle  de 
de  Moen  ; 


(  436  ; 

5°  Carte  de  la  partie  septentrionaie  de  la  Sélande  de- 
puis Sjœllands'Odde et  le  Sutul  jiisqnà  Copenhague; 

2"*  Carte  du  petit  Belt,  dressée  d*après  de  nooveaax 
malériaux.  Les  trois  dernières  cartes  sont  eDlièremenl 
nouvelles. 

Je  dois  citer  aussi  une  Description  de  la  partie  de  la 
mer  Baltique  depuis  Bomholtn  Jusqu'à  Gotil  anJ^  que 
M.  J.  Iliorlh  »  commissaire  de  marine»  vient  de  faire 
paraître  à  Copenhague. 

Cartes  géograplUques  et  outres, 

La  Société  royale  des  sciences  de  Copenhague  a  pu- 
blié en  1 84 1  une  carte  du  royaume  de  Danemark  et  du 
duché  de  Schlesifig ,  dressée  par  le  major  0,-N.  OIsen 
en  9  grandes  feuilles  à  Téchelle  de  i/48oooo«»  accom- 
pagnée d'esquisses  géognostiques  »  de  profils  »  etc. 
Celle  carte  doit  être  coloriée  de  manière  à  montrer  les 
divisions  politiques  et  la  constitution  physico-géognos- 
tique  du  terrain;  toutes  les  sondes  le  long  des  côtes»  les 
bancs,  lesrescifs,  etc.,  doivent  aussi  être  indiqués.  Le 
soin  extrême  avec  lequel  est  exécuté  ce  coloriage,  sans 
lequel  l'ouvrage  perdrait  beaucoup  de  sa  valeur,  exige 
infiniment  de  temps»  et  n*a  pas  permis  jusqu'ici  d*an« 
noncer  la  vente  de  cette  carte  »  quoique  la  majeure 
partie  des  feuilles  soient  prêtes. 

Une  autre  carte  du  royaume  de  Danemark  en  lo 
feuilles,  dressée»  dessinée  et  litliographiée  par  J.-H. 
Mausa  à  l'échelle  de  i/i6oooo%  a  été  commencée  en 
iSSy ,  et  est  en  ce  moment  terminée.  On  dit  qu'elle  est 
exécutée  avec  autant  de  soin  que  d'exactitude. 

C'est  en  i84i  qu'a  paru  \di  carte  du  duché  deSchlesvig 
de  la  Société  des  sciences. 

On  fait  espérer  qu'en  i843  nous  posséderons  une 
carte  exacte  et  détaillée  de  l'Islande  d'après  des  relevés 
faits  par  M.  Gunlôksen»  Irlandais  de  naissance»  qui»  pen- 


(  45?) 

dant  plusieurs  années,  a  voyagé  à  cet  effet  dans  sa  pa^ 
trie  aux  frais  de  la  Société  des  sciences.  Cette  carte 
aura  4  feuilles,  et  on  assure  qu'à  juger  des  autres  par  la 
première  qui  est  terminée,  elles  formeront  un  ou- 
vrage remarquable. 

Une  direction  supérieure  doit  être  chargée  en  Dane- 
mark de  tout  ce  qui  concerne  les  cartes  de  ce  pays»  en 
sorte  que  Tétat-major  général,  qui,  jusqu'à  présent,  ne 
s'est  occupé  que  de  la  partie  technique  (i),  confondra 
ses  travaux  avec  ceux  du  professeur  Schumacher  et  de 
la  Société  des  sciences.  Le  premier  et  le  plus  impor- 
tant résultat  de  celle  concentration  sera  luie  nouvelle 
carie  du  rojauiite  en  70  feuilles,  dressée  d'après  une 
nouvelle  triangulation  effectuée  par  les  officiers  de 
l'élat-major  eux-mêmes.  Ce  projet  n'a  pas  encore 
recula  sanction  du  roi ,  mais  on  ne  doute  pas  qu'elle 
ne  soit  accordée  par  ce  monarque,  juste  appréciateur 
de  l'utilité  des  travaux  scientifiques. 

La  Société  des  antiquaires  du  Nord  a  publié  plusieurs 
caries  des  districts  du  Groenland»  sur  lesquelles  je  re- 
viendrai en  parlant  des  ouvrages  géographiques. 

Voyages^  ouvrages  géographiques^  etc. 

Des  travaux  hydrographiques  dans  le  petit  Bel t  et  dans 
les  golfes  de  la  cote  orientale  du  Jutland  ont  été  effectués 
celte  année,  et  se  poursuivront  Tannée  prochaine  dans 
le  golfe  dit  Liimfjord.  Deux  naturalistes  distingués , 
MM.  Sclijodte  et  Kroyer ,  ont  fait  en  Islande  un  voyage 
dont  les  résultats  ne  sont  pas  encore  publiés,  et  la  So- 
ciété royale  des  antiquaires  du  Nord  de  Copenhague , 

(i)  Les  opérations'  relatives  aux  tiiungulatioiis  et  à  la  confection 
des  caries  sont  placées  sous  la  direction  du  major  O.  N.  OIsen,  ofH-' 
i-ier  distingué ,  que  j'ai  déjà  eu  occasion  de  citer  plus  haut. 


(  458  .. 

qui  ddiine  une  si  \\\e   impulsiuD  aux  explorations . 
surtout  en  Islande  et  au    Groenland  »  en  a  fait  faire 
plusieurs  en  184 1  .  dont  j*ai  déjh  rendu  compte  dans 
voire  Bulletin.  Le  golfe  à*lgaUkko  dans  le  district  de 
Julianehnab  a  été  examiné,  et  sa  description  a  été  pu- 
bliée a?ec  une  carte  représentant  les  ruines  qu'on  y  a 
découvertes.  On  a  publié  également  la  même  année» 
avec   une  carte»  la  relation  d'un  voyage   exécuté  3 
Amaraglik  et  dans  plusieurs  golfes  du  district  deGodt- 
haab ,  par  M.  Hôller  ^H.-P.)  ;  il  en  est  de  même  de  la 
relation  du  voyage  au  golfe  Tunnudiiarbik  qu'on  doil 
au  pasteur  Jôrgensen.  La  carte  qui  accompagne  celle 
dernière  et  celles  dont  j'ai  déjà  parlé  »  formeront  d'ex- 
cellents matériaux  pour  une  carte  générale  du  Groen- 
land ,  quoiqu'il  me  semble  que  les  recherches  n'em- 
brassent pas  l'ensemble  de  ce  vaste  pays,  que  nous 
n'appellerons  pas  un  continent ,  et  que  je  ne  saurais 
nommer  une  Ile.  Les  recherches  prescrites  par  la  So- 
ciété sur  les  antiquités  du  Groenland  ont  produit  un 
certain  nombre  de  documents,  remis  à  M.  le  docteur 
Pingel,  qui  a  longtemps  résidé  dans  ce  pays,  que  peu  de 
personnes  connaissent  aussi  bien  que  lui  ;  ils  serviront 
à  former  une  Chorographie  tTanfiquitê.  Elle  sera  illus- 
trée par  des  cartes,  des  plans  et  des  vues,  et  formera 
la  troisième  partie  de  V Histoire  monumentale  du  Groen- 
land, On  doit  au  même  savant  un  Mémoire  sur  rabais- 
sement de  la  côte  occidentale  du  Groéfdaiul ,  inséré  dans 
la  collection  des  Mémoires  de  la  Société  de  physique  de 
Scatidinai^ie. 

Le  Voyage  en  Islande  et  au  Groenland  exécuté  pen- 
dant les  années  i835  et  i836  sur  la  Rechetvhe,  par 
ordre  du  roi,  sous  la  direction  de  M.  Gaymard ,  nous 
apportera  sans  doute  de  ^nouvelles  lumières  sur  la  géo- 
graphie de  ces  colonies  danoises,  lorsque  le  texte  sera 


L 


(  459  ) 

enlîèremcnl  publié.  Déjà  Y  Atlas  pittoresque  ^  dû  à  l'h^-» 
bile  crayon  de  M.  Mayer,  et  Y  Atlas  géologique  de 
M.  Eugène  Robert  ont  paru>  Vk\n%\  (\\i^  \di  Description 
géologique  et  botanique  de  [^Islande  dont  ce  dernier  est 
également  l'auteur.  Enfin,  M.  Lottin  a  terminé  la 
partie  physique  ,  et  donné  un  plan  de  Reikiavik ,  dont 
l'exactitude  a  excité  l'admiration  du  gouverneur  et 
des  habitants  de  la  ville  ;  nous  devons  un  plan  de  la 
baie  du  même  nom  ,  levé  en  i84o ,  à  M.  de  la  Rocher- 
Poncée,  ingénieur  hydrographe.  Espérons  que  les 
autres  livraisons  du  voyage  de  la  Recherche  ne  tarde» 
ront  pas  à  être  livrées  au  public,  et  que  l'ouvrage  en-' 
ti(îr  sera  bientôt  terminé. 

Un  savant  anglais,  M.  G.-S.  Mackenzie,  membre  de 
la  Société  royale  de  Londres,  a  fait  paraître  cette  an" 
née  une  nouvelle  édition  de  son  ouvrage  sur  l'Islande. 
Je  crois  devoir  me  borner  pour  le  moment  à  le  citer» 
en  annonçant  que  M.  Wilhelmi  a  publié  à  Heidelberg, 
en  1843  ,  un  ouvrage  intitulé  :  Les  Normands  en  Islande 
et  en  Groenland ,  et  leur  uojrage  en  Amérique  fait  5oa 
ans  aidant  Christophe  Colomb ,  avec  une  carte. 

Je  mentionnerai  ici  un  excellent  ouvrage  géographi- 
que de  M.  le  capitaine  A.  Baggesen,  intitulé  :  CÉtat da- 
nois ,  ou  Description  de  ce  royaufne  et  de  ses  dépendances^ 
quoiqu'il  ait  été  publié  en  i84o,  et  je  recomman- 
derai la  Statistique  de  Vétat  danois,  dont  l'auteur 
M.  A. -F.  Bergsoe,  a  fait  paraître  la  première  livraison 
en  1849  ;  ainsi  que  les  Tables  statistiques  du  même 
royaume  publiées  par  une  commission  royale,  et  dont 
6  livraisons  sont  déjà  dans  les  mains  du  public.  Je  cite- 
rai enfin  la  Description  de  rAnil  (  préfecture)  de  This" 
tedy  dans  le  Jutland,  publiée  cette  année  par  les  soins 
et  aux  frais  de  la  Société  d'économie  domestique  du 
Danemark,  et  dont  l'auteur  est  le  pasteur  Djomp.  C'est 


(  44o  ) 

datis  celte  préfcclure  que  noire  célèbre  Malle-Brun  a 
pris  naissance. 

La  Suède,  placée  dans  les  premières  années  do  xtii' 
siècle,  an  temps  da  célèbre  Burœus,  et  sous  le  règne 
de  Cbarles  IX,  parmi  les  nattons  qui  cultivaient  avec 
le  plus  de  succès  la  géograpbie ,  et  qui  a  produit  plus 
tard  de  fort  bonnes  cartes  hydrographiques,  el  quel- 
ques cartes  géographiques  dont  le  mérite  a  été  ap- 
précié, semble  aujourd'hui  négliger  totalement  celle 
science.  Depuis  la  mort  de  l'amiral  G.  de  Klinl, 
on  ne  voit  pas  que  ce  pays  ait  produil  de  géographes 
vraimonl  distingués,  ni  d'ouvrage  géographique  re- 
marquable; cl  ce  qui  a  lieu  d'étonner,  c'est  qu'au- 
cune des  académies  suédoises  ne  s'occupe  de  géogra- 
phie  comme  science  particulière.  Je  n'ai  point  ap- 
pris que  le  gouvernement  ail  ordonné  aucun  grand 
travail  pour  la  reconnaissance  de  la  Suède  proprement 
dite  1^  et  le  levé  de  ses  provinces  et  de  ses  côtes  si  éten- 
dues, ni  qu'il  ait  provoqué  des  voyages  scientifiques. 
Je  dois  reconnaître  toutefois  que  le  souverain  de  ce 
pays  a  encouragé  autant  qu'il  était  en  lui  l'expédition 
que  la  France  a  envoyée  en  Scandinavie.  Le  roi  de 
Suède  et  de  Norvège,  comme  celui  de  Danemark,  ont 
rendu  un  grand  service  à  la  Commission  scientifique  dn 
Nord  en  autorisant  des  savants  suédois,  norvégiens  et 
danois  à  s'adjoindre  aux  membres  de  cette  Commis- 
sion ,  et  à  les  aider  de  leurs  lumières. 

Cartes  hydrographiques. 

On  doit  néanmoins  h  M.  G.  de  Rlint,  fils  du  défunt 
amiral,  deux  cartes  des  côtes  de  Norvège,  qui  ont 
été  publiées  à  Stockholm  en  1842.  J*en  parlerai  en 
traitant  de  ce  royaume. 


(440 

Cartes  géographiques. 

Depuis  la  carie  -de  la  Suède  et  de  la  Norvège  méri- 
dionales «  que  Garl-Forsell  a  publiée  en  8  feuilles  à 
Stockholm  de  i8i5  à  1896,  je  n'ai  point  appris  qu'il  en 
eût  paru  d'autre  qui  mérite  d'être  signalée,  ni  que  la 
partie  septentrionale  des  deux  royaumes  eût  été  faite. 

Voyages^  ouvrages  géographiques ,  etc. 

Je  ne  connais  que  deux  ouvrages  imprimés  en  Suède 
pendant  Tannée  184a  qui  aient  quelque  rapport  avec 
la  géographie;  et  même  le  premier  est  un  ouvrage 
général,  un  Traité  de  navigation^  en  suédois  »  dont 
Fauteur  est  M.  Gustaf  de  Klint,  cité  plus  haut.  Le 
second  de  ces  ouvrages  est  la  Description  fies  phares 
et  fanaux  établis  sur  les  cotes  de  Suède  ^  depuis  Hapa^ 
randa  jusqu^à  la  frontière  de  Norvège ,  publiée  par  la 
direction  du  pilotage. 

M.  de  Hogguez  a  fait  paraître  en  i84i  •  ^  Berlin, 
son  Foyage  en  Laponie  et  dans  la  Suède  septentrionale; 
cet  ouvrage  est  accompagné  d'un  allas  de  so  caries. 

NOBVÊGB. 

Cartes  hydrographiques* 

Vous  avez  vu  dans  la  notice  que  j'ai  insérée  au 
mois  de  mai  dernier  dans  le  Bulletin  de  la  Société  sur 
les  cartes  hydrographiques  des  côtes  de  Norvège^  quels 
ont  été  les  travaux  de  cette  nature  exécutés  dans  ce 
royaume  depuis  1785*  Je  me  bornerai  à  rappeler  ici 
qu'une  carte  hydrographique ,  comprenant  l'espace 
qui  s'étend  du  68*  9' au  G9*  16'  de  latitude  nord,  et 
renfermant  la  portion  des  lies  Lofoten  qui  restait  à 

XVIII.    DÂGEMBREr  4-  ^9 


(  44«  ) 

décrire  9  les  Vesteraalen  et  une  partie  du  continent  ûlué 
à  Test ,  a  été  terminée  à  la  fin  de  1 84i.  Cette  carte,  la 
douzième  de  celles  qui  ont  été  publiées  depuis  178%, 
et  la  cinquième  de  celles  qui  l'ont  été  depuis  que  la 
Norvège  a  élé  séparée  du  Danemark  pour  être  unie  à 
la  Suède»  a  été  levée  par  le  capitaine  du  génie  Brodi, 
le  lieutenant  de  vaisseau  Due»  et  le  lieutenant  d'iofan- 
terie  Rynning»  dressée  et  dessinée  par  U.  le  lieulenant 
du  génie  Vibe.  Elle  est,  comme  les  quatre  précédeoles, 
accompagnée  d'instructions  nautiques,  rédigées  par 
M.  le  professeur  Hansteen.  J'ajouterai  ^  ainsi  que  je  le 
disais  dans  ma  notice ,  que  tous  les  travaux  à  faire  sur 
les  lieux  sont  aujourd'hui  terminés.  On  a  donc  Tespoir 
de  posséder  avant  peu  d'années  une  collection  complète 
de  bonnes  cartes  des  côtes  de  Norvège ,  ainsi  que 
de  la  série  de  bancs  de  sable  connus  sous  le  nom 
de  Hapiroen,  qui  s'étendent  le  long  de   la  cote  oc- 
cidentale du  cap  Lindesnœs  à  Vardôebus.  J'ai  àéfi 
annoncé»  en  parlant  do  la  Suède»  que  M.  Gustaf  de  Klio^* 
capitaine  de  la  flotte  suédoise»  avait  fait  paraître  à 
Stockholm  »  en  1 84»  »  deux  cartes-des  côtes  de  la  No^ 
vége.  La  première  comprend  l'espace  situé  entre  Fre- 
deriksvœrn  et  le  cap  Lindesnœs;  et  la  seconde  s'èteod 
du  même  cap  au  golfe  ou  détroit  de  KarmÔ.  Il  est  pro- 
bable qu'elles  ont  été  dressées  d'après  les  anciennes 
cartes  hydrographiques  des  côtes  de  Norvège ,  s^ios 
doute  avec  quelques  améliorations. 

Cartes  géograptUques  et  autres, 

11  n'a  point  été  publié  récemmeni ,  à  ma  connais- 
sance du  moins»  de  carte  géographique  de  Norvég<*: 
j'apprends  seulement  par  ma  correspondance  que  dcuJ 


(448  ) 

cartes  de  ce  royaume,  en  ce  moment  tcrminécs,et  prêtes 
à  èlre  livrées  au  graveur,  contiennent  des  améliorations 
considérables.  La  première  est  du  capitaine  de  génie 
Roosen,  auquelon  en  doit  déjà  une  qui  a  paru  en  iSsg; 
cetof&cierseproposedese  rendre  bientôt  àParispourl'y 
faire  graver;  l'autre  est  du  professeur  d'histoire  Munch* 
Il  est  fâcheux  que  les  cartes  des  amt  ou  préfectures  de 
Norvège,  commencées  par  les  capitaines  Munthe  et 
Hamm ,  et  qui  se  gravaient  il  Paris ,  n'aient  point  été 
continuées,  faute  de  souscripteurs  en  nombre  suffisant 
pour  couvrir  les  frais.  Le  storthiog  vient  d'allouer  des 
fonds  pour  acheter  les  cuivres  et  tout  lemalériel,  et 
pour  poursuivre  cette  belle  entreprise  trop  longtemps 
suspendue. 

Une  carte  géologique  des  environs  de  Christiania  ac- 
compagne la  première  partie  de  la  Gdea  Notvegica, 
publiée  en  i858,  par  M.  Keilhau,  professeur  de  géo- 
logie et  de  minéralogie  à  l'uoiversiié  de  Christiania , 
aux  frais  et  sous  les  auspices  de  la  Société  royale  des 
sciences  de  Norvège;  d'après  ce  que  mande  ce  savant 
professeur,  plusieurs  autres  cartes  géologiques  de  la 
Norvège  paraîtront  avec  la  seconde  partie  de  la  Gaea 
qui  ne  pourra  être  terminée  avant  deux  ans. 

Voyages^  ouvrages  géographiques  ^  etc. 

La  Non>ége  et  les  Lapons  en  i84i .  tel  est  le  titre 
d'un  ouvrage  en  un  volume  que  H.  John  Milford  vient 
de  faire  paraître  à  Edimbourg.  Sans  faire  faire  de 
grands  progrès  à  la  géographie,  Topuscule  de  M.  Mil- 
ford contient  des  informations  utiles  sur  les  mœurs  et 
sur  les  coutumes  des  Lapons,  ainsi  que  sur  la  pêche 
du  saumon.  Deux  journaux  anglais  YEdinburgh  Hei^iew 
et  le  Quarterly  Ra^ie^v,  en  rendent  un  compte  avan- 


(  -444  ) 

tageux  ;  et  la  Bibliothèque  universelle  de  Génëte  a  cru 
devoir  le  reproduire  en  français  dans  son  nomëroda 
mois  de  septembre. 

M.  Keilhau»  déjà  cité,  M.  Blylt,  professeur  de  bo- 
tanique ,  et  d'autres  professeurs  de  l'Université  de  Chris- 
tiania ,  sont  dans  l'usage  de  faire  à  peu  près  chaque 
année  des  voyages,  ou,  si  l'on  veut,  des  excursions  en 
différetites  parties  de  la  Norvège  dans  l'intérêt  de  Ta- 
vancementdes  sciences  qu'ils  cultivent.  Les  relations  de 
ces  voyages  qu'ils  publient  ordinairement  è  leur  retour, 
ne  laissent  pas  que  de  contribuer  au  progrès  de  la  géo- 
■graphie ,  quoiqu^e  ces  voyages  soient  entrepris  dans  uo 
but  tout  spécial.  Je  crois  donc  utile  de  mentionoer 
ceux  qui  ont  paru  récemment.  Je  commencerai  par  le 
Voyage  botanique  de  M.  Blytt,  exécuté  pendant  Télé  He 
1837  dans  la  partie  orientale  du  iS/^d'Aggersliuus,  bien 
que  déjà  un  peu  ancien,  puisqu'ila  été  publié  en  18Ô9, 
et  qu'on  n'y  trouve  aucun  renseignement  proprement 
géographique.  La  même  observation  s'applique,  quant 
aux  époques  de  la  publication ,  aux  deux  Foj^apes  géo- 
gnostiques ,  faits  par  M.  le  professeur  Keilhau,  le  pre- 
mier dans  VAmt  de  Lister  et  Mandai ,  pendant  Télé  de 
1 809,  et  imprimé  en  1840  ;  et  le  second  de  Christiania 
à  la  partie  orientale  du  Slift  de  Chrisliansand  pendant 
Tété  de  1840  ,  et  imprimé  en  1841.  Ces  derniers  sont 
accompagnés  de  deux  petites  caries,  ou  plutôt  d'es- 
quisses de  cartes  des  contrées  que  le  professeur  a  visi- 
tées. Les  Recherches  magnétiques  pendant  un  voyage  en 
Danemark  et  dans  une  partie  de  V Allemagne  septentrio- 
nalcy  exécuté  en  1 83g,  par  M.  le  professeur  HansteeOi 
ont  été  publiées  en  1842.  Une  autre  relation  d'un 
voyage ,  fait  également  en  Norvège ,  et  qui  renferme 
beaucoup  plus  d'observations  géographiques  que  les 


(  445  ) 

préccdenbf  quoique  entrepris  également  dans  le  bui 
spécial  des  progrès  de  la  botanique ,  est  celui  que  H.  N. 
Lund,  candidat  de  philosophie,  a  effectué  à  la  fin 
de  if$4>  »  d^i^s  le  Nordland  et  le  Finmark  oriental,  et 
qui  a  paru  &  Christiania  en  i84a.  Parti  de  Christiania 
dans  les  derniers  jours  du  mois  de  juin ,  M.  Lund  arrive 
&  Trondhiem  au  commencement  de  juillet  C*est  de 
cette  ville  que  commence ,  à  proprement  parler,  son 
voyage ,  rédigé  sous  la  forme  de  journal.  On  y  trouve 
des  renseignements  utiles  sur  l'ancienne  capitale  de  la 
Norvège  et  ses  environs ,  sur  les  côtes  du  Nordland ,  sur 
la  pêche  qui  s'y  fait  pendant  l'été ,  et  sur  l'influence 
qu'elle  exerce,  etc.,  sur  les  golfes  nombreux,  les  villes 
ou  plutôt  les  habitations  clairsemées  de  ces  contrées 
boréales  dont  la  végétation  fixe  particulièrement  l'at- 
tention du  voyageur,  et  dont  il  donne  la  Flore  phané- 
rogame, etc. 

M.  Bbm,  amimand  (préfet)  de  Drammen,  vient  de 
faire  paraître  à  Leipzig  (1843),  en  langue  allemande, 
une  Description  statistique  du  royaume  de  Norvège  ^  en 
9  volumes  in-8<>.  La  préface  de  cet  ouvrage,  qui  est  ac- 
compagné d'une  carte  géographique ,  est  duc  à  H.  Karl 
Ritter.  Déjà,  en  1840,  M.  Schweigaard,  professeur  à 
rUniversité  de  Christiania ,  avait  publié  en  norvégien 
la  première  partie  d'une  excellente  Statistique  de  la 
Norvège;  on  attend  encore  la  seconde  partie.  Des  Re^ 
cherches  géognostiques  sur  les  montagnes  primitives  de  la 
Norvège  ont  paru  à  léna,  en  i84i)  en  un  volume  in-8*; 
cet  ouvrage  est  de  M.  Suckow. 

Un  fait  queje  ne  dois  pas  omettre  de  vous  signaler, 
c'est  que  la  Société  royale  des  sciences  de  Norvège  a  dé- 
cidé qu'un  observatoire  serait  construit  à  Trondhiem , 
qu'elle  a  pris  les  dispositions  nécessaires  pour  qu'on 


(  446) 

y  fasse  une  suite  d'observations  météorologiques  et  ma- 
gnétiques ;  et  enfin ,  que  sous  les  auspices  et  aux  frais 
delà  mémo  Société,  une  géologie ,  une  flore  et  une 
faune  norvégiennes  vont  être  publiées  prochainement 
Quoiqu'il  n'ait  encore  paru   qu'une  i'*  livraison  de 
planches  du    Voyage  en  Scandinavie^  au  Spitzherg  et 
aux  îles  Féroëj  fait  par  ordre  du  roi  et  sous  les  auspices 
du  ministre  de  la  marine,  pendant  les  années  i8i8, 
1839  et  1840»  sur  la  corvette  la  Recherche^  el  sous  la 
direction  de  M.  Paul  Gaymard  »  il  me  parait  conyenable 
de  parler  ici  des  travaux  particuliers  que  quelques 
uns  des   membres  de  l'expédition  ont   récemment 
livrés  au  public,  soit  par  l'impression»  soit  par  la  com- 
munication à  VAcadémie  des  sciences^  UJperfu  des 
observations  géologiques  faites  pendant  les  années  183; 
et  1 838  dans  le  nord  de  r Europe,  prineipalemeni  sur  les 
traces  anciennes  de  la  mer,  que  M.  Robert  a  inséré  dans 
le  Bulletin  de  la  Société  géologique  de  France,  et  dont 
H.  Cordier  a  rendu  compte  à  l'Académie  des  sciences, 
est  une  véritable  relation  de  voyage,  et  une  relatioD 
remplie  de  faits  intéressants  sur  la  Norvège  septentrio* 
nale,  la  Lapouie  et  le  Spilzberg.  Suivant  H.  Robert,  la 
plupart  des  côtes  de  la  Scandinavie  portent  des  traces 
évidentes  du  séjour  de  la  mer  à  des  hauteurs  qu'il  est  gé- 
néralement difficile  d'apprécier  sous  le  rapport  des  dif- 
férences de  niveau,  si  toutefois  il  existe  réellement  des 
différences,  ainsi  que  l'ont  avancé  les  géologues  suédois. 
D'après  les  terrasses  et  les  rivages  anciens  qu'il  a  été 
facile  de  compter  dislinctement  sur  plusieurs  points  du 
littoral,  le  phénomène  d'exhaussement  du  sol  entier 
de  la  Scandinavie  ou  plutôt  du  reirait  de  la  mer  a  peut- 
être  subi  des  intermittences,  à  moins  de  ne  voir  dans 
ce  caractère  qu'une  disposition  propre  à  tous  les  délais* 


{447  ) 

sements  de  mer,  de  lacs  et  de  fleuves  qu'on  appelle^ 
relais.  A  une  grande  hauteur  dans  l'intérieur  des 
terres,  et  notamment  au  point  de  partage  des  eaui  de 
TAlten  qui  se  rendent  dans  la  mer  glaciale  et  de  celles 
du  Muonio  qui  se  jettent  dans  le  golfe  de  Bothnie  »  le 
plateau  offre  des  traces  analogues  à  celles  des  côtes* 
M.  Robert  croit  donc  pouvoir  conclure  avec  quelques 
historiens  de  Suède  »  notamment  avec  Dalin  »  que  la 
Scandinavie  a  été  jadis  une  lie  vaste  en  forme  de  crois* 
sant  séparée  originairement  de  la  Finlande  ;  ou  bien 
qu'elle  a  formé  avec  cette  contrée,  séparée  jadis  aussi 
de  la  Russie  »  là  où  existent  aujourd'hui  les  grands  lacs 
Onega  et  Ladoga ,  un  grand  acchipel  hérissé  de  hautes 
montagnes  arides;  puis  toutes  ces  lless'élant  réunies 
<»ntre  elles ,  par  l'effet  des  atlerrissements  aussi  bien  que 
par  suite  de  l'abandon  de  la  mer,  se  sont  trouvées  enfin 
annexées  au  continent.  L'opinion  émise  ici  par  M.  Rq« 
bert  sur  un  abaissement  du  niveau  de  la  mer ,  abais« 
sèment  que  l'astronome  Celsius  a  signalé  le  premier, 
et  qui  ne  serait  pas  de  moins  de  45  pouces  par  siècle,  est 
partagée  par  M.  Morin ,  ingénieur  des  ponts  et  chaus- 
sées, dans  un  Mémoire  lu  au  dernier  congrès  scientifique 
tenu  à  Besançon  au  mois  de  septembre  i84i  «^t  qui 
depuis  a  été  publié. 

M.  Bravais,  membre,  comme  M.  Robert,  de  la  Com- 
missionscîentifique  duNord,etcommelui  membre  très 
^ctif,  croit  au  contraire  au  soulèvement  des  côtes  Scandi- 
naves. Dans  un  Mémoire  sur  les  lignes  d*anciens  ftweaujc 
de  la  mer  dans  le  Fùimark,  soumis  à  l'Académie  des 
sciences,  et  qui  a  été  examiné  par  une  Commission 
dont  M*  Élie  de  Beaumont  était  rapporteur,  H.  Bra* 
vais  passe  en  revue  les  principales  hypothèses,  dis- 
cute les  opinions,  et  invoque  l'autorité  de  son  confrère 


(  448) 

Robert,  et  celle  du  savant  géologae  norrégien ,  le  pro- 
fesseur Reilhan.  Il  se  prononce  enfin  positivement  en 
faveur  de  la  théorie  du  soulèvement  du  sol,  tantôt  d^une 
manière  lente  et  graduée,  tantôt  par  des  sauts  plus  brus- 
ques; ce  qui  donne  un  grand  poids  à  son  opinion, 
c'est  qu'elle  est  partagée  par  M.  Élie  de  BeaumonL 

La  même  question  a  occupé  depuis  peu  l'Académie 
des  sciences  de  Suède ,  et  l'on  voit  dans  ses  Mémoires 
que  M^  Almloef ,  un  de  ses  membres,  en  recherchant 
en  1 839  les  marques  faites  au  niveau  de  la  mer  i  des 
époques  précédentes  sur  la  côte  entre  Haparenda 
et  Soderkôping,  a  trouvé  que  plusieurs  étaient  au- 
dessus  du  niveau  précédemment  indiqué,  d'où  il 
conclut  l'élévation  progressive  et  graduelle  des  côtes 
de  Suède. 

Dans  son  Mémoire  intitulé  :  Observations  sur  le 
phénomène  dUuvien  dans  le  Nord  de  F  Europe^  dont 
H*  Élie  de  Beaumont  a  également  rendu  compte  à 
l'Académie  des  sciences,  M.  Durocher»  ingénieur 
des  mines»  et  membre  de  la  Commission  scienti- 
fique du  Nord,  décrit  l'ensemble  des  phénomènes 
d'érosion  et  de  transport  des  blocs  nommés  erra- 
tiques. Il  désigne  souvent  ce  phénomène  dont  H.  Ro- 
bert avait  déjà  parlé  dans  le  Bulletin  de  la  So- 
ciété géologique ,  sous  le  nom  de  diluviiim  du  Nord  ou 
de  dilupium  Scandinave;  mais  M.  Élie  de  Beaumont. 
tout  en  reconnaissant  que  cette  expression  est  consa- 
crée par  l'usage,  quoique  la  théorie  des  phénomènes 
dont  il  s'agit  soit  un  objet  de  controverse,  pense  qu'il 
vaudrait  peut-être  mieux  appeler  phénomène  erratique 
le  phénomène  ou  l'ensemble  de  phénomènes ,  qui  a 
abouti  au  transport  des  blocs  erratiques  depuis  le  point 
d'où  ils  ont  été  arrachés  jusqu'à  leur  position  actuelle. 


(  449  ) 

Suivant  M.  Durocher,  le  transport  des  blocs  erratiqoes 
est  le  résultat  de  deux  actions  successives  ;  la  première 
serait  celle  d'un  grand  courant  parti  des  régions  po« 
laires  ;  la  seconde  serait  celle  d'une  mer  soumise  à  des 
hivers  plus  rigoureux  que  les  nôtres  »  et  dans  laquelle 
le  phénomène  connu  du  déplacement  des  blocs  de 
rocher  par  les  glaces  aurait  eu  un  grand  développe- 
ment. M.  Eugène  Robert ,  dans  un  Mémoire  dont  jo 
vous  ai  déjà  entretenus ,  a  aussi  traité  la  quesUon^  des 
blocs  erratiques  de  la  Scandinavie  »  qu'il  ne  résout  pas 
tout-h-fait  de  môme  que  M.  Durocher. 

Enfin,  M.  Charles  Martins ,  noire  collègue,  membre 
de  la  même  Commission  scientifique  du  Nord»  a 
adressé  dernièrement  à  l'Académie  des  sciences  un 
Mémoire  sur  la  distribution  des  grands  végétaux  le  long 
des  côtes  de  la  Scandinavie ,  et  sur  le  versant  septentrion 
nal  de  la  Grimsel  en  Suisse, 

BUSSIE. 

La  Russie  occupe  un  rang  distingué  parmi  les  puis- 
sances qui  ont  fait  faire  depuis  la  fin  de  i84i  des  pro- 
grès remarquables  à  la  géographie  ;  et  son  gouverne- 
ment a  droit  à  la  reconnaissance  du  monde  savant 
pour  les  importantes  explorations  exécutées  par  ses 
ordres  dans  différentes  parties  du  monde»  sous  lu 
direction  de  l'Académie  des  sciences  de  Saint-Péters- 
bourg. Je  ne  parlerai  ici  que  des  travaux  relatifs  à  la 
Russie  d'Europe»  et  pour  me  faire  mieux  comprendre» 
je  remonterai  au-delà  de  l'unnée  184 1 . 

Cartes  hjrdrographiques. 

Le  gouvernement  russe  avait  ordonné  en  1828  l'ex- 
ploration des  côtes  du  golfe  de  Finlande.  Il  désirait 


(  45o  ) 

que  ce  Uavail  fûl  digne  de  Télal  avancé  de  la  science 
géodé&ique,  et  qu'il  pûl  se  lier  aux  opéralioDs  sembla- 
bles que  la  Suède  »  le  Danemark  et  la  Prusse  ont  fait 
exécuter  sur  leurs côies  respectives.  On  résolut  de  com- 
mencer par  mesurer  une  chaîne  de  triangles  le  long  de 
la  cote  el  sur  les  lies,  afin  de  déterminer  un  certain 
nombre  de  points  »  et  les  espaces  entre  ces  points  fu- 
rent remplis  par  des  sondages  et  autres  opérations 
nautiques.  Les  observations  devaient  être  raccordées  i 
la  triangulation  exécutée  parles  généraux  Schubert  et 
Tenner ,  et  à  la  mesure  de  l'arc  du  méridien  faite  par 
M.  Struve. 

Les  opérations  trigonoméiriques  el  astronomiques 
commencées  en  i8sg  arrivèrent  à  leur  terme  en  i838. 
On  mesura  une  base  è  Revel  et  une  autre  à  Aland  en 
Finlande.  Plus  de  600  points  furent  déterminés  trigono* 
métriquement  »  et  pour  obtenir  une  plus  grande  préci- 
sion,  la  latitude  et  des  azimulbs  astronomiques  on  tété 
observés  en  dix  points  différents.  On  se  servit  pour 
mesurer  les  angles  de  théodolites  d'Ertel,  et  d'un  in- 
strument universel  de  12  pouces  du  même  artiste 
pour  les  observations  astronomiques.  La  triangulsr 
tion  fut  liée  à  une  de  ses  extrémités  à  travers  lejé/oRd- 
//no/' avec  la  triangulation  exécutée  par  le  professeur 
Cronstadt  en  Suède ,  et  à  l'autre  aux  opérations  de 
Jlessel  en  Prusse  par  l'intermédiaire  des  triangles  du 
général  Tenue r  en  Courlande.  L'expédition  chrono- 
métrique  du  lieutenant*>général  Schubert  dans  la  Balti- 
que en  i835  eut  pour  but  de  s'assurer  de  l'exactitude 
de  ces  opérations. 

Ces  travaux  préliminaires  terminés»  le  levé  de  la  cote 
de  Finlande  commença  en  i833.  On  employa  des  ba- 
teaux à  rames  pour  le  sondage  en  dedans  des  récib» 


(  45i  ) 

el  à  dix  verstos  au  large  ;  et  pour  plus  d'exactitude , 
la  surface  de  la  mer  fut  divisée  en  carrés  d'une  verste 
de  noté  au  moyen  de  bouées  à  pavillons  dont  Texacte 
position  était  assurée  par  des  observations  trigouomé- 
triques.  Quatre  ou  cinq  brigs  ou  schooners  furent 
mis  à  la  disposition  du  capitaine  Reinecke ,  qui  corn- 
mandait  l'expédition ,  afin  de  prendre  les  sondages  à 
de  plus  grandes  distances  de  la  côte.  Par  ce  moyen,  les 
sondes  furent  terminées  dans  l'été  avec  autant  d'exaC' 
titude  qu'on  en  a  obtenu  à  Cronstadt  et  à  Revel  pen- 
dant l'hiver  en  perçant  la  glace.  Le  levé  du  golfe  de 
Finlande  depuis  Pétersbourg  jusqu'à  Haogôudd  est 
complété,  et  on  prépare  les  cartes  à  une  échelle  de 
1  pouce  pour  4oo  yards»  ou  i/i44oo*  quelques  unes 
sont  déjà  dans  les  mains  du  graveur. 

Le  capitaine  Reinecke  était  chargé  en  môme  temps, 
d'après  les  désirs  exprimés  par  l'Académie  des  scien- 
ces de  Saint-Pétersbourg  y  d'établir  sur  les  rochers 
qui  garnissent  les  côtes  de  Finlande,  des  marques 
inaltérables  pour  mesurer  l'abaissement  successif  du 
niveau  de  la  Baltique,  travail  dont  il  a  rendu  compte 
dans  on  mémoire  accompagné  de  plusieurs  plans.  Ce 
document»  si  important  pour  les  observations  futures, 
sera  publié  par  ordre  de  l'Académie  dans  le  recueil  des 
Mémoires  des  savants  étrangers ,  et  les  plans  seront 
déposés  aux  archives  de  ce  corps  savant.  On  sait  que 
le  ministre  des  finances  de  Russie  a  ordonné  que  de 
semblables  observations  sur  les  changements  de  niveau 
de  la  mer  Caspienne  fussent  faites  dans  certains  inter- 
valles  de  temps  à  Bakou»  d'après  des  instructions  dres- 
sées par  M.  Lenz* 

Des  opérations  semblables  furent  commencées  dans 
le  golfe  de  Riga  au  printemps  de  1840,  par  le  baron 


(  4is  ) 
Wrnngell»  déjà  connu  dans  le  naondc  sayanl  poor 
avoir  coopéré  à  la  mesure  de  la  méridienne  de 
M.  Siruve.  Au  commencement  de  i84a  l'expédition  re- 
levait rentrée  du  golfe  entre  Swalferorl  et  la  côte  de 
Courlaode. 

Un  autre  résultat  des  opérations  hydrographiques 
prescrites  par  le  gouvernement  russe  est  Yatlas  des 
côtes  de  la  mer  Noire^  qu'on  grave  en  ce  moment,  et 
dont  les  matériaux  ont  été  réunis  pendant  une  série 
d'années  par  le  capitaine  Hanganari ,  et  par  d'autres 
officiera  de  marine,  sous  la  direction  de  l'amiral  Greig. 

Cartes  géographiques  et  autres. 

Tandis  que  les  officiers  de  la  marine  russe  s'occu- 
paient de  l'hydrographie  des  côtes  de  Finlande  et  de 
celles  de  la  mer  Noire,  de  savants  voyageurs  visitaient 
les  provinces  de  l'empire»  et  en  dressaient  Aes  caries 
géographiques.  Ainsi,  pendant  un  voyage  statistique eié- 
cuté  en  1840  dans  quelques  gouvernemenb  de  la  Russie 
centrale»  M.  Kôppen  leva  la  carte  des  sources  du  Folga 
et  de  la  Dmna  occidentale^  travail  qu'il  accompagna 
d'un  rapport  détaillé  indiquant  les  points  les  plus  con- 
venables pour  y  établir  des  stations  météorologiques. 
Le  but  principal  de  ce  voyage  était  de  rechercher  quelle 
pouvait  être  l'influence  exercée  par  la  destruction  des 
forêts  sur  la  diminution  des  eaux  dans  les  fleuves; 
question  à  laquelle  avaient  donné  lieu  les  annonces 
souvent  répétées  d'un  prétendu  abaissement  successif 
du  niveau  du  Volga.  On  doit  au  même  observateur 
une  carte  en  quatre  feuilles  de  la  partie  méridionale 
de  la  Crimée  »  péninsule  sur  laquelle  M.  Montandon  a 
fait  paraître  un  ouvrage  intéressant.  Au  Voyage  dans 
la  Russie  méridionale  et  dans  la  Crimée^  exécuté  en  iSS;, 


(455  ) 

soùsla  direclipD  de  M.  de  Demidoff^  et  dont  la  publi- 
caUon  a  élé  entièrement  terminée  cette  année,  se  trou- 
vent jointes  trois  cartes,  savoir:  la  carte  générale  du 
voyage ,  une  grande  carte  delà  Crimée  coloriée  géologi« 
quement  par  M.  Huot,  membre  de  la  Société ,  et  une 
carte  du  terrain  carbonifère  du  Donetz,  exploré  par 
M.  Le  Play,  ingénieur  en  chef  des  mines  de  France. 
Je  dois  ajouter  que  ces  deux  savants  français  ont  ac* 
compagne  M.  de  Demidoff  dans  son  voyage,  et  ont  con- 
signé le  résultat  de  leurs  investigations  sur  ces  cartes, 
que  notre  confrère  M.  Pierre  Tardieu  a  gravées  avec 
grand  soin. 

Une  carte  du  district  fie  Kola ,  que  M.  le  professeur 
Middendorf  a  levé  lors  du  voyage  qu'il  a  fait  dans  la 
Laponie  avec  M.  Baer,  pendant  Tété  de  i84o,  rectifie 
le  cours  de  la  rivière  du  même  nom.  Suivant  le  travail 
du  savant  voyageur,  la  direction  de  cette  rivière  s'ac- 
corde assez  bien  avec  celle  qui  se  trouve  indiquée  sur 
une  ancienne  cartepubliée  par  l'Académie  des  sciences 
de  Saint-Pétersbourg,  et  forme  un  angle  presque  droit 
avec  la  direction  que  lui  donne  la  carte  détaillée  {po- 
drobnaia  karta  ). 

Une  autre  carte  non  moins  importante  que  celles 
que  je  viens  de  mentionner  est  la  carte  géognostique  gé^ 
nérale  de  la  Russie  européenne ,  la  première  de  cette  es- 
pèce qui  ait  paru  sur  l'empire  russe.  M.  Ilelmersen , 
auquel  on  en  doit  la  publication,  avait  été  chargé 
en  i84i  d'examiner  les  gisements  houillers  dans  les 
gouvernements  de  Toula  et  de  Kalouga  ^  et  d'en  déter- 
miner l'âge  relatif;  il  a  accompagné  cette  carte  d'un  mé- 
moire justificatif.  Ce  travail ,  dont  Texécution  a  néces- 
sité de  longues  cl  laborieuses  étudos,  ne  lardera  sans 


(  454  ) 

doule  pas  à  èlre  complété  ei  rectifié  par  des  redier- 
ches  uUérieures. 

On  ne  tardera  pas  non  plus,  il  faut  Tespérer,  à  pablier, 
si  elles  ne  le  sont  déjà  »  les  cartes  dressées  par  Hll.  Ru- 
precht  et  Savelieff  ^  des  contrées  visitées  par  eux  pen- 
dant leur  nouvelle  exploration  des  régions  polaires  de 
la  partie  européenne  de  l'empire  de  Russie  ,  ainsi  qae 
les  plans  qu'ils  ont  levés  de  la  partie  méridionale  de 
l'île  de  KolgouiefT,  des  environs  èa  cap  Hi  lUmHnnr,  ds 
cours  de  l'Indéga  »  à  one  dislance  de  5o  vcrstes  daos 
rintérieur  do  pays»  et  du  cours  entier  do  Roulol  sur 
un  espace  de  200  verstes. 

f^oyages,  ouvrages  géograpidqnes  ^  elc. 

La  partie  la  plus  occidentale  du  pays  des  Samoièdcs, 
et  surtout  la  presqu'île  de  Ranine»  non  encore  visitée 
par  des  naturalistes,  ont  principalement  attiré  Tatten- 
lion  des  voyageurs  que  je  viens  de  nommer.  Dans  celte 
expédition»  pondant  laquelle  MM.  Ruprecht  et Savelieiï 
ont  fait  une  ample  moisson  au  profit  des  sciences  natu- 
relies»  ce  dernier  a  observé  la  déclinaison  de  l'aiguiiie 
aimantée  sur  quatre  points,  l'inclinaison  sur  dix  points 
et  l'intensilédes  forces  magnétiques  terrestres  sur  sept. 
On  a  observé  la  latitude  dans  huit  endroits,  et  la  lonj;i- 
tude  géographique  de  deux  points  situés  sur  la  côte 
de  la  mer  Glaciale  a  été  déterminée  par  les  distances 
delà  lune  au  soleil  et  à  Vénus.  Des  mesures  baromé- 
triques faites  à  Kolgouieff,  le  long  des  côtes  Timanski 
et  à  Kanine ,  ont  prouvé  que  les  élévations  indiquées 
comme  de  hautes  montagnes  par  les  indigènes  ,  ainsi 
que  sur  les  cartes  géographiques ,  méritent  à  peine 


(  455  ) 

le  nom  de  collines;  que  La  chaîne  prétendue  qui  est 
censée  couper  la  presqu'île  de  Kanine  du  nord  au 
sud,  n*eAÎsle  réellement  pas.  On  a  observé  aussi  que 
le  sol  de  Tlle  de  Kolgouieff  reste  constamment  gelé  & 
la  profondeur  de  plus  d'une  archine  (o"',^!).  Un  fait 
qui  a  frappé  les  voyageurs  pendant  leur  exploration , 
c'est  que  les  forèls  s'éloignent  visiblement  et  de  plus 
en  plus  de  la  côte.  On  a  trouvé  des  indices  incon- 
testables qui  prouvent  que  des  arbres  à  tige  épaisse 
croissaient  autrefois  tout  près  de  la  mer,  tandis 
que  leur  distance  actuelle  de  la  côte  est  de  plus  de 
5o  verstes. 

La  détermination  géométrique  de  la  surface  des  gou- 
vernements et  des  districts  de  la  Russie  d'Europe  » 
est  une  grande  opération  géographique  commencée 
en  i84i  sur  les  instances  de  M.  Kôppen ,  et  sous 
la  direction  de  M.  Struve»  premier  astronome  de 
l'Académie  des  sciences  de  Saint-Pétersbourg,  par 
MM.  Schweiaser  de  Zurich.  Celle  opération  s'exécute 
d'après  la  nouvelle  carte  spéciale  publiée  par  l'état- 
major ,  en  ayant  égard  »  comme  de  raison  »  aux  déter- 
minations astronomiques  existantes;  elle  aura  néces- 
sairement pour  résultat  des  rectifications  aux  cartes  déji^ 
publiées. 

Je  ne  ferai  que  mentionner  ici  le  Voyage  dans  la 
Bussie méridionale  de  M.  J.-G.  Kohi,  publié  en  langue 
allemande  à  Dresde  en  i84i»  et  qui  forme  a  vo- 
lumes in-S**  (i),  en  me  bornant  à  ciler  une  phrase  du 

(i)  Voy.i(je  dans  les  parties  iiitcrieures  de  la  Russie  et  de  la  Polo- 
(;ne^par  Kolh.  Tome  I*".  Moshow,  avec  un  plan  de  la  ville.  Tomes  II 
et  III,  la  Bukowine,  Galicie ,  Cracovie  cl  la  Moravit,  Dresde  et 
Lei|»zi{;,  1841 9  in-8*. 


(  456) 

voyageur  s  •  Les  contrées  situées  au  nord  de  la  mer 
Noire ,  dit  M.  Kolil ,  sont  au  nombre  des  provinces  les 
moins  connues  de  l'empire  russe.  Bien  que  des  per- 
sonnes instruites»  venues  de  Pétersbourg»  d*Odessa, 
de  Tangarog»  les  parcourent  chaque  année,  il  est  très 
rare  qu'elles  soient  l'objet  d'une  relation  de  voyage,  t 

Les  Tables  de  population  que  H.  Kôppen  vient  de 
dresser  par  gouvernements  et  selon  les  conditions  »  eo 
s'aidant  des  registres  des  tailles  et  impôts ,  et  la  for- 
mation d'un  Recueil  qu'il  prépare  et  qui  doit  contenir 
des  Notices  ethnographiques»  tirées  des  rapports  offi- 
ciels et  de  ceux  des  auteurs  les  plus  récents  •  sur 
les  différentes  nations  qui  habitent  le  vaste  empire  de 
Russie,  me  paraissent  devoir  être  cités  ici,  quoiqu'ils 
se  rapportent,  non  seulement  à  la  Russie  euro* 
péenne»  mais  aussi  aux  autres  parties  de  cet  empire 
situées  en  Asie  et  en  Amérique.  La  même  observa- 
tion s'applique  aux  travaux  de  la  commission  chaînée 
de  fixer  les.  mesures  et  poids  de  Tempire  de  Russie, 
qui  forment  2  grands  volumes  in-4*  avec  un  atlas.  La 
description  détaillée  des  opérations  de  la  commission 
pour  établir  sur  des  bases  invariables  les  unités  de  poids 
et  mesures  russes»  et  leur  comparaison  avec  les  poids 
et  mesures  des  pays  étrangers,  faites  sur  des  copies 
authentiques,  des  étalons  originaux  que  le  gouverne- 
ment s'est  procurés  à  cet  effet»  ne  me  parait  pas  étran- 
gère à  la  géographie. 

Parmi  les  ouvrages  publiés  sur  la  Russie  européenne, 
ou  au  moment  de  l'être»  dont  il  me  reste  h  vous  entre- 
tenir, je  citerai  :  \^  La  Russie  d'Europe  et  les  monts  Ou- 
rais  décrits  géologiqnement ^  par  M.  Roderick  Impey 
Murchison ,  président  de  la  Société  de  géologie  do 


(  457  ) 
Londres,  Ed.  de  Verneuii  et  le  comte  A.  Von  Royser- 
ling,  avec  une  carte  géologique,  des  tables,  etc.,  en  ce 
moment  sous  presse  en  Angleterre  (i)  ;  9*  /a  Russie  et 
les  Russes  en  i849 ,  par  M.  J.-G.  RohI ,  que  j'ai  déjà  eu 
occasion  de  menlionneré  Cet  ouvrage  est  en  a  volumes, 
dont  le  premier  a  paru  en  allemand ,  à  Saint-Péters* 
bourg,  et  a  été  traduit  en  anglais.  Il  contient  des  ren- 
seignements un  peu  prolixes,  mais  intéressants,  sur  les 
mœurs  et  sur  les  coutumes  des  différentes  classes  du 
peuple  russe  ;  5*  un  autre  ouvrage  du  même  auteur  qui 
a  pour  titre  :  Description  de  la  ville  de  Pétersbourg,  a  été 
imprimé  h  Dresde»  en  i84i  »  en  a  volumes  in  8*. 

Une  dame  anglaise  a  voulu  aussi  Toumir  son  contin* 
gent ,  et  ses  Lettres  écrites  des  bords  de  la  mer  Baltique^ 
et  imprimées  à  Londres  en  i84u  montrent  une  finesse 
d'observation  et  une  justesse  de  coup  d'œil  remarqua- 
bles. Elles  renferment  sur  la  province  d*Esthonie, 
sur  sa  capitale ,  sur  ses  nobles ,  ses  paysans ,  son  agri  • 
culture,  et  particulièrement  sur  réconoraie  domesti- 
que et  les  habitudes  de  la  noblesse  qui  vit  dans  ses 
terres,  des  notions  plus  complètes  que  celles  qui  ont 
été  données  jusqu'ici.  Un  ouvrage  d'une  haute  im- 
portance, offert  récemment  à  la  Société,  doit  fixer 
votre  attention  :  c'est  Y  Annuaire  magnétique  et  météo- 
rologique du  corps  des  ingénieurs  des  mines  en  Russie ^ 
publié  celte  année  à  Saint-Pétersbourg,  en  un  volume 
in-4°f  par  ordre  de  l'empereur  et  sous  les  auspices 


(i)  M.  Eogène  Robert  avait  déjù  publié  en  i84o  dans  le  Bulletin 
de  la  Société  géologique  de  France  un  Mémoire  intitulé  :  ObseV' 
vations  géologiqueg  faites  en  Russie  en  1889,  depuis  Saint-Pétersbourg 
fusquà  Arkangeletde  cette  ville  à  I^ijni-'Nowgorod^  Moscou ^etc  ,  clont 
M.  Murchison  et  ses  collègues  ont  en  cronnaissa:.c.\ 

XVIII.    DÉCRMBRE.    5.  5o 


(4*8) 

du  comte  de  Gancrine  •  chef  de  ce  corps  8a?aiiL  Ce 
▼olame,  dont  l'auteur  est  H.  A. -T.  Kupffer,  mem- 
bre de  rAcadémie  des  sciences  de  Russie  »  est  le 
6«  d*une  collection  commencée  en  1837,  el  contient 
la  dernière  série  des  obserTalions  magnétiques  el  mé- 
téorologiques ,  faites  sur  six  points  de  la  Russie,  sa-^ 
voir  :  Saint-Pétersbourg,  Caiherinenboui^ ,  Bogos- 
lowsk,  ZlaloYusle,  Lougan  et  Barnaoul,  et  six  tableaos 
graphiques  de  la  déclinaison  de  l'aiguille  et  des  fana- 
lions  de  l'intensité  horizontale. 

Avant  de  clore  la  liste  des  ouvrages  qui  ont  paru 
cette  année  sur  la  Russie,  je  vous  signalerai  une  série 
de  bons  articles  que  le  Spectateur  militaire^  dirigé  par 
M.  Noirot,  a  publiés  sur  la  Statistique  des  amies 
ruS9€9,  et  dont  l'auteur  est  M.  Haillot,  capitaine  d^arlii* 
lerie  ;  je  vous  recommanderai  aussi  les  Jnnales  consa* 
crées  à  la  connaissance  scientifique  de  la  Russie,  que 
M.Erman  publie  à  Berlin ,  depuis  18  {1 . 


ALLEMAGNE. 


L'Allemagne  .  appelée  à  si  juste  titre  la  terre  clas- 
sique de  l'érudition,  n'est  pas  restée  étrangère  aui 
progrès  de  la  géographie ,  et  les  productions  sorties 
de  ses  presses,  du  burin  de  ses  graveurs  ou  des  main* 
de  ses  lithographes,  méritent  d'occuper  un  rang  dislin 
gué,  non  pas  seulement  par  le  nombre,  qui  surpasse, 
sous  ce  dernier  rapport ,  ce  qui  s'est  fait  dans  les  autres 
pays,  mais  aussi  par  la  valeur  intrinsèque. 

Dans  la  masse  de  documents  dont  je  n'ai  eu  ,  pour 
la  plupart,  que  les  titres  sous  les  yeux,  et  dont  je  dois 
une  grande  partie  à  l'obligeance  de  M.  Reinganum  1 
notre  savant  collègue ,  faire  un  choix  n'est  pas  chose 
raclle.  Je  réserve  pour  une  autre  place  ce  que  j'auraj 


(  459  ) 
à  dire  des  Iravaui  géographiques  fails  en  Allemagne  » 
soit  sar  d'autres  contrées  de  l'Europe  »  soit  sur  d'autres 
parties  du  monde.  Ici ,  je  ne  m'occupe  que  de  ce  qui 
concerne  l'Allemagne  proprement  dite. 

Cartes  hydrographiques. 

Uailas  maritime  prussien  est  le  seul  travail  hydro- 
graphique que  j'aie  à  citer.  C'est  sous  les  auspices 
du  ministre  du  commerce  de  Prusse   que  parait  cet 
atlas,   qui  sera    composé   de  deux  cartes  générales 
à    l'échelle  de  1/400000,   et   de  sept  cartes  parti- 
culières, devant  former  en  tout  vingt-deux  feuilles 
h  l'échelle  de  i/ 100000*;  et  enfin  d*une  série  de  vues 
de  côtes .  avec  la  description  des  phares.  Déjà  les  deux 
cartes  générales,  ainsi  que  la  cinquième  carte  particu- 
lière, ont  été  publiées  à  Berlin   en  i84i  ;  cette  der- 
nière,   divisée  en   4  feuilles,  donne  toute    la    baie 
de  Dantzig,  depuis  le  cap   Brusterort  jusqu'au  cap 
Rixhoft.    Ce    sont    les    opérations    trîgonométriques 
et  topographiques  exécutées  depuis  i833  jusqu'à  i83g 
par  l'état-major-général,  qui  ont  servi  de  base  à  la  re- 
connaissance hydrographique  des  côtes ,  et  Ton  a  pris 
tous  les  soins  nécessaires  pour  rendre  le  travail  des 
sondes  aussi  exact  que  possible. 

Cartes  géographiques. 

» 

PRUSSE. 

Puisque  j'ai  commencé  par  la  Prusse,  je  continuerai 
à  m'occuper  de  ce  royaume ,  qui ,  possédant  dans  son 
sein  les  géographes  les  plus  éminents  de  l'Allemagne , 
ne  pouvait  rester  en  arrière  sur  tout  ce  qui  se  rallaclie 
aux  sciences  géographiques.  Si  son  gouvernement,  par 


(466) 

des  motifs  que  je  n'ai  pas  à  apprécier,  n*a  point  encore 
rendu  publics  les  travaux  de  ses  habiles  ingémeats 
en  ce  qui  concerne  la  carte  o£Bcielle  du  royaume,  des 
particuliers  remplissent  les  lacunes.  Tandis  que  H.  En- 
gelhardt  prépare  une  carte  générale  de  la  monarMe 
prussienne  ,  en  94  feuilles  ,  on  vient  de  publier  à 
Berlin  (1S49),  la  première  livraison  en  4  feuiOes 
in-folio  9  des  cartes  des  cercles  de  la  monarcAîe  prussieime, 
dont  l'auteur  ne  s'est  point  fait  connaître.  Un  aatre 
anonyme  a  fait  paraître  la  même  année  et  dans  U 
même  ville  une  carte  de  Prusse ,  spécialement  destinée 
aux  commerçants;  M.  Pescbel  publie  à  Posen  (i84t) 
la  carte  du  grand-duché  de  ce  nom  ;  déjà  M.  Grube  avait 
donné,  en  i84i  •  la  carte  topographique  du  gouverne- 
ment de  Dusseldorf  d^jxs  la  Prusse-Rhénane»  en  8  feuilles 
in-folio;  et  celle  du  cervle  d*Oppeln,  dans  la  Silésie 
prussienne  9  avait  paru  à  Berlin,  M.  Lœwenherg  a  pu- 
blié ,  en  i84i  f  dans  la  même  capitale,  les  troiûème 
et  quatrième  livraisons  de  son  jétlas  historique  de  la 
manarchie  prussienne ,  contenant  8  cartes  grand  io-8't 
et  l'année  184s  a  vu  se  terminer,  à  Berlin  ,  la  cartespé- 
ciale  du  IFart/ie-Bruch ,  en  Prusse  ,  partie  des  pays  de 
roder,  la  carte  des  environs  de  Cologne,  Duren,  Huns- 
tereijel^  Bonn  et  Bruhl^  et  le  plan  en  pn^d  du  chenm 
de  fer  de  Berlin  et  de  Francfort-sur-V Oder^  par  Zimpt^l»' 
et  à  Magdebourg  la  carte  du  chemin  de  fer  de  Bedin  a 
Potsdam,  dont  l'auteur  es'l  M.  Werner. 


AUTniCHE. 


En  même  temps  que  le  gouvernement  autrichien  fail 
dresser  une  belle  carte  du  royaume  Lombardo -Véni- 
tien ,  et  travailler  à  la  confection  d'une  carte  général 
de  l'Italie ,  ainsi  que  nous  le  verrons  plus  tard  ,  celle 


(46i  ) 
puissance  ne  perd  pas  de  vue  ses  possessiods  aUeman<« 
des,  dont  ses  ingénieurs  s'occupent  simultanément  de 
terminer  les  cartes»  sous  la  direction  du  colonel 
Scbribanecb.  On  a  préparé  le  dessin  de  celle  à!Aulri* 
che,  qui  doit  avoir  4?  feuilles,  de  celle  de  Sqlzbourg 
«n  i5  feuilles»  du  Tjrrol en  94  feuilles,  de  WStyrie  et 
de  Vllljrrde  en  37  feuilles,  et  les  travaux  géodésiques  de 
toutes  ces  cartes  sont  achevés.  La  première  feuille  a 
paru  en  1811,  et  une  soixantaine  sont  aujourd'hui 
publiées.  La  triangulation  de  \u..Monwie  est  terminée, 
et  Ton  s'occupe  de  continaer  cette  opération  dans  l^. 
Bohême,  la  Hongrie^  et  jusqu'aux  frontières  delà  f^a* 
lachîe.  En  184 1  »  deux  chaînes  de  triangles  furent  por« 
tées  à  la  frontière  de  Transyl^nie,  et  cinquante  trian* 
glesdu  premier  ordre  furent  obtenus  dans  la  direction 
de  S^inte-AnQe  en  Hongrie ,  versHermanstadt,  où  Ton 
£t  plusieurs,  vérifications  par  de  nouvelles  observations 
astronomiques.  De  semblables  triangulations  seront 
portées  sur  toute  la  Transylvanie.  On  doit  encore  au 
bureau  topographique  militaire  de  Vienne  des  cartes 
de  détail ,  parmi  lesquelles  je  citerai  celles  des  enuîrons 
de  tienne  et  de  Baden  en  basse  Autriche,  sur  les-» 
quelles  diversescouleurs  indiquent  les  différents  genres 
de  culture. 

Pendant  que  le  gouvernement  autrichien  occupe  ses 
ingénieurs  à  des  cartes  générales  à  grands  points ,  né- 
cessairement fort  coûteuses,  et  que  lui  seul  peut  en- 
treprendre, des  particuliers  zélés  pour  la  science  en 
dressent  de  leur  côté.  C'est  ainsi  que  Schuitz  a  publié 
en  deux  feuilles  une  carte  routière  des  routes  et  monta-' 
gnes  de  V  Autriche ,  du  Sahbourg  ,  de  la  Carinthief  de  la 
Slyrie  et  du  TjroljusqiCa  Munich ,  renfermant  les  Alpes 
autrichiennes  et  les  hautes  terres  de  la  Bavière;  que 


46a  ) 

M.  de  Fleckler  a  fait  paraître  à  Vienne ,  en  1 84a  »  une 
carte  des  contrées  montagneuses  du  Schneeberg^  des  Baxalr 
pes  et  de  ÎVechsel  dans  la  basse  Autriche;  qu'on  doit  à 
Pokorny  une  carte  de  la  frontière  militaire  de  F  Autriche 
en  six  feuilles  ;  que  Schwarzer  a  publié  cette  année  à 
Prague  la  carte  statistique  et  topographique  du  royaumt 
de  Bohême  en  deux  feuilles  in*folio;   qu'on   doit  à 
Schenk  la  première  partie  des  cercles  de  la  Moravie, 
contenant  le  cercle  de  Brunn  qui  a  paru  dans  cette  ville 
en  1841  ;  qu'on  a  publié,  en  184^1»  k  Lemberg,  enone 
petite  feuille  in-folio»  la  carte  de  la  Buckowine  oudur^ 
de  de  C:^mowitz  en  Galicie;  que  Schoenfelder  a  tracé 
la  même  année  à  l'Institut  militaire  impérial  de  Vienne 
la  C€Lrte  de  la  Styrie;  et  qu*on  est  redevable    à  Holger 
de  la  carte  géognostique  du  pays  situé  au  nord  du  mont 
de  Hanbart  en  Autriche  en  une  feuille  in-folio ,  qai  a 
été  publiée  à  Vienne  en  1 84  a«  Je  citerai  encore  la  carie 
topographique  du  cercle  de  Mûld  dans  rAutriche  ao-des- 
sus  de  l'Ens ,  par  Benedict  Pelwein,  format  grand- atlas, 
une  autre  carte  topographique  et  statistique  de  l'Ja^ 
triche  par  Schmidt,  une  carte  du  diocèse  de  ff^esiprim 
en  Hongrie ,  construite  en  une  feuille  »  en  1 84 1 1  par 
H.  Etienne  Viser,  et  dont  il  tous  a  fait  hommage,  el 
enfin  une  carte  géologique  complète  de  VEscla%H>nie ,  de 
la  Croatie  et  de  la  Styrie  que  le  comte  Breuner  a  rap- 
portée de  ses  voyages ,  et  qui  comble  une  lacune. 

S\XE. 

Les  autres  États  de  l'Allemagne  montrent  chacun 
de  leur  c6té  autant  de  zèle.  Le  gouvernement  de  la 
Saxe,  qui  avait  terminé  en  i8o5  la  triangulation  et  le 
levé  du  royaume,  commencés  en  1781 ,  s'est  servi 
de  ces  éléments  pour  faire  dresser  une  carte  en  so 


(465  ) 

feuilles,  a  Téchellede  1/57600,  et  sur  laquelle  la  hau- 
teur de  tous  les  points  se  trouve  indiquée;  elle  a  été  ache- 
vée en  i835  :  M.  J.-G,WiemaDD  travaille  en  ce  moment 
à  Dresde  à  une  carte  de  la  Saxe  qui  sera  très  importante 
pour  la  géographie  physique,  puisqu'elle  fera  connaître 
surtout  les  hauteurs  et  les  mouvements  de  terrain, 
ainsi  que  les  sources  des  principales  rivièires.  La  pre* 
mière  section  embrassera  le  pays  autour  de  Dresde, 
entre  le  Si""  5'  et  le  3i°4o'  de  longitude  orientale  de 
Vile  de  Fer,et  depuis  le  5o*  33'  environ,  jusqu'au  5 1^  90' 
de  latitude  nord.  On  a  fait  paraître  à  Dresde  en  i84i 
la  s5*  feuille  de  la  Carte  du  royaume  de  Saxe  et  des  pays 
voisins^  d'après  les  levés  exécutés  par  ordre  dugouver* 
nement,  et  en  1849  ,  le  a°  18  de  la  Carte  géognostique 
du  même  royaume.  Le  Plan  de  Dresde  et  des  empirons , 
en  une  feuille  in-folio  y  et  la  Carte  du  royaume  rie  Saxe , 
de  Riedig,  publiée  par  Leutmann»  ont  aussi  paru 
cette  année.  Enfin»  l'école  des  mines  de  Freyberg  a 
dressé  une  Carte  géologique  de  la  Saxe  accompagnée  de 
notes  explicatives;  j'ajouterai  que  la  Saxe  possède 
depuis  1841  une  Carte  cadastrale  commencée  en 
1834. 

BAVIÈRE. 

Là  Bavière  a  presque  terminé  sa  carte  en  io3 
feuilles,  commencée  en  1818.  La  Bibliothèque  Royale 
de  Paris  n'en  possède  que  âo  feuilles ,  et  une  note 
semblerait  indiquer  qu'il  ne  doit  y  en  avoir  en  dé- 
finitive que  97.  On  a  encore  publié,  en  1841»  trois 
autres  cartes  concernant  la  Bavière,  savoir:  à  Spire, 
la  Carte  du  palatinat  bavarois ,  en  4  feuilles  in-folio  » 
dont  l'auteur  ne  nous  est  pas  connu;  à  Munich, 
la    C-arle  ecclésiastique  de  la  Bavière^    en  une  feuille 


'ir 


(  464  ) 

in-folio;  et  enfin  à  Nuremberg,  la  Carte  du  royaume 
deBaifière^  également  en  une  feuille  in-folio.  On  doilla 
seconde  a  M.  Mayr,  et  la  dernière  à  H.  Sicberi. 

WURTEMBERG,    UANOVRE,  elC. 

La  grande  Carte  du  royaume  de  Wurtemberg  est 
fort  avancée,  et  on  a  publié  à  Slutlgard,  en  i84i,eD 
4  feuilles  in-folio ,  une  Carte  du  royaume  de  IVurtembtr^ 
etdugrand'duchédeBade.Ovi  travaille  sous  la  directioD 
du  capitaine  Papen  à  celle  du  Hanovre;  elle  doit  avoir 
63  feuilles  à  l'échelle  de  i  pouce  pour  3  milles  gécH 
graphiques ,  tandis  que  H.  Siebert  a  publié  à  Norem- 
berg  en  1842,  une  carte  en  6  feuilles  in-folio  qui  com- 
prend à  la  fois  le  royaume  de  Hanovre^  les  duchés 
d* Oldenbourg  et  de  Brunswick^  les  principautés  de 
Lippe  t  et  les  ^villes  libres  de  Hambourg ^  Lubeck  et 
Brème. 

GRAND-DOCRiï    DE    HESàK ,    BADE,    ClC. 

C'est  à  M.  Eckhardt  que  le  grand-duc  de  Hesse  a 
confié  l'exécution  de  la  carte  de  ses  États  i  l'échelle  de 
i/âoooo  en  5o  feuilles,  dont  plus  de  la  moitié  est  ter- 
minée. MM.  Roth  et  Meyer,  qui  s'occupent  de  la  con- 
fection d'une  carte  du  grand-duché  de  Hesse-Dannsiadt^ 
d'après  les  levés  trigonométriques  faits  par  l'état-major 
hessois,  ont  publié  à  Darmstadt  en  1 841  •  en  une  feuille 
in-folio,  la  partie  qui  contient  le  district  de  Schoben^ 
et  en  184^  celle  qui  renferme  les  districts  de  Lau- 
terbach  et  de  Herbstein, 

U  Atlas  topographique  du  grand-duché  de  Bade^  qui  se 
publie  par  livraisons  depuis  iSSq,  est  le  résultat  du  ca- 
dastre général  exécuté  par  le  bureau  topographique  mi- 
litaire du  grand-duché.  Ce  travail  repose  sur  une  trian- 


{  465  ) 

gulalion»  lertninée  en  1 837,  époque  à  laquelle  onl  cam- 
mencéles  opérations  géodésiques  du  second  ordre.  Le 
levé  (opographiquc  a  été  exécutée  Téchelle  de  i/aSooo*, 
et  depuis  i833  on  s'occupe  d'un  nivellement  géométri- 
que. La  carte  a  été  dressée  sur  la  projection  de  Flams- 
teed  modifiée»  et  sa  graduation  fait  suite  à  celle  de  la 
nouvelle  carte  de  France.  L'atlas,  réduit  de  i/s5ooo  à 
i/5oooo'  pour  être  livré  au  public»  doit  se  composer  de 
56  feuilles  de  1 8  pouces  carrés ,  dont  chacune  ren- 
ferme une  superficie  de  g,  3  s  milles  carrés.  Depuis 
i83g>  quatre  livraisons  de  6  à  8  feuilles  chacune,  ont 
paru  ;  la  dernière  est  composée  des  feuilles  de  Rastadt^ 
Bretten,  Carlsmhe,  IVertheim^  Dertingen  et  Mondfeld, 
La  gravure  est  correcte,  et  si  les  aulres  feuilles  de 
Tatlas  répondent  à  celles  qui  ont  déjà  été  publiées,  il 
rivalisera  avec  ceux  du  Wurtemberg  et  de  la  Bavière, 
si  même  il  ne  l'emporte  pas  sur  ces  derniers  en  quel- 
ques parties.  M.  Montoux  a  fait  paraître  à  Garlsroho 
en  1 843  p  en  4  feuilles  in-folio ,  la  seconde  édition  de  sa 
Carie  du  grand'duché  de  Bade;  et  M.  Niebour  a  pu- 
blié la  même  année,  à  Oldenbourg,  en  une  feuille  in- 
folio ,  une  Carte  historique  des  comtes  d* Oldenbourg  et 
de  Delmenhorst, 

Je  citerai  encore  parmi  les  cartes  particulières  : 

u  La  Carte  générale  du  Palatinat,  publiée  par  W. 
Becker,  à  Deux-Ponts,  en  une  feuille  in-folio; 

3**  La  Carte  spéciale  du  district  du  gouçemement  d^A* 
rensberg  en  Westphalie^  qui  a  paru  à  Magdebourg 
également  en  une  feuille  in-folio,  et  qu'on  doit  à  RatI  ; 

3'  Une  Carte  du  Rhin  sans  nom  d'auteur,  publiée  à 
Cologne  également  en  une  feuille  in-folio  ; 

4°  La  Carte  de  la  Moselle  que  Hensen  a  donnée  en  une 
feuille  in-folio ,  à  Deux-Ponts  ; 


(  466  ) 

6*  La  Carte  topograpliique  du  pnys  situé  enOv  Magdem 
bourgs  Leipzig  et  Dresde^  que  Plall  a  publiée  à  Leipug, 
en  4  feuilles  à  lYchellc  de  i/5ooo*  ; 

6*  V!  Atlas  historique  et  topograpfUque  du  Rhin  depuis 
sa  source  jusqu'à  ses  embouchures»  qu'un  anonyme  a 
publié  à  DcuxPonls; 

7<>  Le  Nouveau  Panorama  du  Rhin  et  des  enfuirons  de 
Spire  à  Mafence  j  par  Deikeskamp,  qui  a  paru  à  Franc- 
fort-sur-le-Mein; 

8°  La  Carte  de  la  vallée  du  /leui»e  d^Inn,  de  Zeile  au 
pont  de  Folders,  par  Mayr  et  de  Gulrath»  publiée  a 
Inspruck,  en  une  feuille  in-folio. 

Les  cinq  premiers  numéros  ont  paru  en  i84i,  et 
les  trois  derniers  en  \%l\^. 

Outre  la  Carte  routière  et  postale  de  l* Allemagne  avec 
indication  spéciale  des  directions  suivies  par  les  ba^- 
ieaux  à  vapeur  et  les  chemins  de  fer,  publiée  à  Munich 
en  1 84 1  »  en  une  feuille  in«folio ,  sous  les  auspices  des 
postes  royales  de  Bavière ,  par  MM.  de  Hngedorn  el 
Loible  »  j'aurai  à  mentionner  plusieurs  autres  cartes 
générales,  publiées  en  totalité  ou  en  partie  en  i84v, 
telles  que  : 

La  Carte  militaire  de  l'Allemagne  en  aS  feuilles  in- 
folio» dont  I  a  ont  déjà  paru  à  Munich  sous  la  direction 
de  M.  Klein; 

L'Atlas  géographique  et  historique  de  l'Allemagne^  de 
Kutscheit,  dont  nous  ne  possédons  encore  que  la 
r*  livraison  en  5  feuilles  in-folio,  sans  indication  du 
lieu  où  ce  travail  a  été  exécuté  ni  du  nombre  de  livrai- 
sons dont  y  atlas  doit  se  composer. 

La  Carte  murale  géognostique  de  l'Allemagne  et  des 
pays  voisins  en  6  feuilles  in-folio,  que  Voelter  a  fait  pa* 
raltre  à  Erlangen. 


(467) 

La  Carte  murale  de  C  Allemagne ,  de  la  Belgique  et  de 
la  Suisse  f  de  Montoux,  publiée  à  Carlsruhe. 

La  Carte  militaire  des  cttemins  dejer  de  l* Allemagne, 
publiée  à  Berlin  sans  nom  d'auteur. 

La  Carte  des  chemins  de  fer  de  l'Allemagne  qu'on  doit 
à  Ruhlandt  et  qui  a  paru  à  Glogau. 

La  Carte  des  chemùis  de  fer  entre  la  Saxe  et  la  Ba* 
vière»  deWcrner»  dont  on  ne  connaît  encore  qu'une 
feuille  in-folio,  publiée  à  Plauen. 

La  Carte  des  chemins  de  fer  de  Cologne  à  Hanotfre, 
par  Minden,  en  6  feuilles,  exécutée  à  rétablissement 
géographique  de  M.  Vander  Maelen,  à  Bruxelles  pour 
le  compte  de  la  Société  des  chemins  de  fer  rhénans*, 
et  publiée  à  Trieste. 

La  Carte  des  chemins  de  fer  exécutés  ou  en  construc- 
tion en  Allemagne  et  dans  les  pays  Umitroplies. 

Je  ne  dois  pas  omettre  deux  Cartes  du  duché  de 
Holstein  qui  sont  en  voie  d'exécution.  Ll'une  est  de 
M.  Geertz;  et  la  seconde  ^  dressée  sous  la  direc- 
lion  du  célèbre  astronome  Schumacher  à  l'échelle 
1/940000*  est  le  résultat  des  mesures  trigonométri- 
ques  qu'il  a  prises  pendant  plusieurs  années.  Le  plan 
de  Gluchstadi  vient  de  paraître. 

Je  vous  citerai  en£n  la  Carte  des  chemins  de  fer,  dçs 
canaux  9  de  la  navigation  à  la  vapeur  dans  les  Etals  do 
l'Union  allemande,  des  douanes  et  des  pays  limitro- 
phes,  que  nous  devons  h  notre  collègue  M.  G.  Desjar- 
dins. 

Voyages  y  ouvrages  géographiques  ^  etc. 

pnusse. 

Parmi  les  ouvrages  géographiques  qui  ont  paru  en 
1849  sur  ce  royaume,  je  mentionnerai:  les  Recherches 


(4M) 

sur  r ancienne  ville  de  Tolbiac  et  ses  empirons ,  publiées  à 
Neuss  par  M.Broix  ;  la  Description  statisii'qaecompiètedu 
États  de  Prusse ,  de  Kux  »  dont  la  seconde  édition  vienl 
d'être  publiée  à  Leipzig;  le  Nivellement  triganométnque 
du  fleuve  Oder^  depuis  Oderberg  jusqu'aux  Jhmtièresdi 
l'Autriche ,  fait  par  ordre  du  minbtre  des  finances  de 
Prusse  en  iSSg  et  »84o,  imprimé  à  Berlin ,  en  un  vo- 
lume in-V  »  Q^ec  s  carlesjn-folio» 

On  trouve  enfin  dans  le  Bulletin  de  notre  miniatère  du 
commerce  du  mois  de  septembre  1 84^  •  un  Recensement 
officiel  fait  par  ordre  du  gouvernement  prussien  »  con- 
tenant des  renseignements  sur  les  divisions  administra* 
tives  de  la  Prusse ,  sur  l'étendue  territoriale  de  chaqoe 
régence .  avec  le  nombre  de  chcTaux  ei  de  besliaui 
existant  dans  la  monarchie  prussienne  en  i84i  • 

AtJTRICHB. 

La  Description  topographique  et  historique  Je  l^empité 
d'Autriche  que  l'on  doit  a  M.  Schîmmer,  se  publie  à 
Darmstndt  par  livraisons,  dont  cinq  ont  paru  en  i84<» 
avec  18  planches,  et  deux  en  i84d. 

M.  SchmidI  donne  aussi  k  Stultgard  une  Description 
de  r  empire  d'Autriche.  Les  6«  et  7*  parties ,  contenant 
le  royaume  Lombardo-f^énitien^  ont  paru  en  i84ï» 
sous  le  format  in-8^,  avec  des  figures.  On  doit  ^ 
M.  Kohi  un  Voyage  dans  C empire  d* Autriche  ^  dont  le 
tome  V,  qui  traite  de  la  Styrie^  a  été  publié  &  Dresde  an 
184s.  Le  royaume  de  Bohême^  tel  est  le  litre  d'un  ou- 
vrage de  M.  Sommer,  dont  le  tome  IX  comprenant  la 
Description  statistique  et  topogràphique  du  cercle  de  Bud* 
weis,  a  paru  à  Prague  en  1 84 1 1  format  in-8*.  Le  même 
écriyain  a  donné  h  Daruistadt,  en  1849 ,  la  Descriptitfn 
de  Teplitzet  de  ses  environs  tWtec  des  figures;  et  M.  V0I07 


dans  sa  Description  topographique,  statistique  et  historique 
de  la  Moravie  a  consncré  au  Cercle  (VIgiau  le  tome  VI 
qui  a  paru  à  Brunn  en  184^»  avec  s  cartes  s  H.  HaU 
làscbka  a  publié  la  même  année,  à  Prague  »  la  Descrip* 
tion  géographique ,  topographique  et  historique  de  la  ville 
de  Bautsch  en  Moravie  ^  et  n'est  aussi  en  i84a  que  le 
Voyage  dans  les  Carpathes  centrales  de  M»  Reyemholl 
a  paru  &  Nefsse  »  avec  une  carie. 

Enfin ,  on  doit  à  M.  Geinitz  une  Description  géo^ 
gnostique  des  montagnes  Saxo-Bohémiennes  ^  avec  des 
planches  et  des  figures»  qui  a  été  publiée»  à  Dresde, 
sous  le  format  in-4^* 

SAXE,   BAVIÈRE,    WURTEXIBBEG ,    HBSSE ,    Clc. 

Je  n'ai  point  trouvé  d'ouvrage  à  citer  sur  la  Saxe. 
J^en  indiquerai  deux  pour  la  Bavière  :  la  Géographie 
du  royaume  de  Bavière ^  qui  est  à  sa  seconde  édition. 
La  8*  et  la  g®  livraison ,  contenant  la  basse  Franconie 
et  Aschaffenhourg ^  ont  paru  à  Nuremberg  en  i84i; 
Tauteur  est  M.  Hobn.  Le  second ,  dont  Tauteur  n*est 
point  désigné ,  a  pour  litre  :  la  Bavière  décrite  sous 
les  rapports  géographifpies  ^  historiques  ^  etc.  Les  i5« 
et  iG"  livraisons ,  ornées  de  figures ,  ont  paru  à  Munich 

an  i843« 

Le  bureau  statistique  et  topographique  du  royaume 
de  /^i/>/^/7i&er^ a  publié  à  Sluttgard  en  1 849»  un  volume 
in- 8*  des  Annales  géographiques ^  historiques,  statistiques 
et  topographiques  de  ce  royaume;  Moser  a  fait  paraître 
la  même  nnnée,  dans  la  même  capitale  y  la  Description 
géographique ,  topographique  et  statistique  de  IVurtem' 
bergy  en  3  volumes»  et  Wiltmann  a  publié,  \  Ulm,  la 
Géographie  du  même  pays  en  un  volume  in-ii*;  enfin , 


(470) 

Griesinger  a  fuit  paralli^  également  en  1849,  formai 
in -8*^9  le  Dictiofinaire  nnit*erse/,  c'est«à-dire»  géogra- 
phique ^  statistique^  etc.^  du  If^iiriemberg  ei  des  prinà» 
pautés  de  MohenzoUem^-Hechingen  et  Sigmarùtgen;  ei 
Gerling  a  publié  à  Hesse-Cassel  la  même  année  la 
deuxième  partie  des  Mémoires  consacrés  à  la  géographie 
de  la  Hesse  et  des  pays  "imsinsj  d*après  les  levés  et  tra- 
vaux géodésiques  faits  en  1835»  1 836  et  1837. 

GRAND'DOCHâ   DB    BADE  ,    etC. 

On  doit  à  M.  Huhn  une  Description  très  détaillée  da 
grand-duché  de  Bade ,  qui  se  pablie  par  livraisons,  et 
par  ordre  alphabétique.  Les  7*  et  8*  livraisons  com- 
prenant de  Laada  à  Ramberg,  ont  paru  à  Carlsrohe 
en  1 842  ;  et  un  journal  intitulé  Badenia ,  rédigé  par 
M.  Bader,  et  paraissant  à  Carisruhe,  est  consacré  &  la 
connaissance  géographique  du  même  duché. 

Tscharcr  a  publié  à  Chur,  en  1842,  \^  Description 
historique^  statistique  et  géographique  du  capiton  de 
Graubuendten ,  avec  des  figures  ;  on  doit  à  Stein  la 
Description  des  contrées  du  Aecker^  depuis  Heilbronn 
jusqu'à  Heidelberg^  publiée  la  même  année»  à  Heil- 
bronn ;  les  9^,  10%  II*,  is"*,  i3*  et  i4*  livraisons  de 
la  Description  de  VOdenwatd  et  des  contrées  du  Necker^ 
par  Grimm,  ont  paru  à  Darmstadt  en  i84s;  Storch 
a  donné  à  Gotha,  la  même  année,  le  Guide  du 
voyageiur  dans  les  montagnes  de  la  Thuringe;  Halten  a 
publié,  à  la  même  époque ,  à  Darmstadt ,  la  Descrip- 
tion de  Wisbade  et  de  ses  envifX}ns;  de  Ring  a  fait  pa- 
raître, à  Frlbourg  (1842),  un  ouvrage  sur  les  Éta- 
blissements celtiques  dans  le  sud-ouest  de  V Allemagne; 
Jean  de  Scbrœder,  en  i84i,  à  Oldenbourg,  en  9  volu- 
mes ,    la   Topographie   du  duché    de  Holstein  ,    de  la 


(4?«  ) 

principauté  de  Lubeck  et  des  villes  libres  de  Hambourg  et 
de  Lubeck^  et  Ilansen  a  publié  à  Riel,  en  t843,  là 
Description  de  tAmt  (préfeclure)  de  Bordesholm. 

Je  terminerai  cette  nomenclature  passablement 
aride  par  la  citation  de  quelques  ouvrages  qui  me  pa- 
raissent se  rattacher  à  la  géographie,  ce  sont  :  les 
Obserifations  magnétiques  et  météorologiques  faites  par 
Kreil  dans  l'observatoire  de  Prague ,  et  publiées  en 
1842  dans  la  même  ville ,  en  un  volume  in-8^  ;  un  Mé- 
moire de  MM.  Koch  et  Scbmid ,  sur  les  traces  d^ani- 
maux  gigantesques  récemment  découverteê  dans  les  envie- 
rons dléna^  publié  dans  cette  ville  en  i84i>iQ>4*f 
orné  de  figures. 

Les  Observations  géognostiques  sur  la  Forêt  Noire  ^ 
avec  une  carte  de  Fromherz ,  imprimées  à  Fribourg  en 
1 84s ,  in-'So. 

La  vallée  du  fleuve  JVeser^  depuis  Munden  jusqu'à 
Mimlen^  dont  les  8"*  et  9*  livraisons  in-8*  ont  été  pu<^ 
bliées  à  Hcsse-Cassel ,  1843. 

La  Description  spéciale  du  pays  situé  sur  le  Mein ,  avec 
figures,  par  Menk-Diltmarsch,  in-8°,  1'* livraison,  1841* 

Parmi  les  ouvrages  qui  ont  paru  en  i84s  sur  VAl-^ 
lemagne  en  général  ^  je  mentionnerai  : 

Le  Voyage  en  Allemagne  fait  de  1  837  a  1 84o ,  par 
Jagemann,  et  publié  à  Leipzig  en  2  volumes  in-8^ 

Le  Voyage  dans  différentes  parties  de  l'Allemagne^ 
de  Ratzeburg,  imprimé  à  Berlin  en  un  volume  in*8%  qui 
traite  principalement  des  animaux  destructeurs  des 
forêts  et  de  leurs  ennemis,  avec  indication  des  moyens 
de  les  détruire. 

V Allemagne  pittoresque ,  publiée  à  Leipzig  par  une 
réunion  de  savants  et  d'artistes.  Les  livraisons  qui  ont 
paru  en  184^  contiennent  la  description  du  Tyrol  et 
de  la  StyriCj  par  Leitle,  celle  de   la  nier  Baltique  et  de 


(  47»  ) 

la  mer  du  Nord,  par  MM.  de  Kobbe  et  Coroelias,  celle 
delà  Hessôy  par  M.  Landau,  et  celle  de  la  ^vallée  du 
Weser,  par  M.  Dingelstedt  On  publie  enfin  à  Stall- 
gard  le  Journal  trimestriel  de  r Allemagne ,  consacré  en 
partie  à  la  géographie  et  à  la  statistique  de  ce  pays. 

MOlITElfEGRO. 

Le  petit  pays  appelé  Monténégro  ou  Tsernogore, 
forme  depuis  près  d'un  siècle  un  État  indépendant 
Dominant  la  Dalmatie  ,  THcrtzegowine  et  tout  ]e  nord 
de  l'Albanie ,  la  longue  montagne  du  Tsemogore  se 
déroule  en  face  de  Tltalie  comme  le  rempart  extérieur 
du  peuple  serbe. 

On  sait  que  le  colonel  Vialla ,  qui  fut  de  1 807  i 
1 81 3  gouverneur  pour  la  France  de  la  province  de 
Gattaro»  a  publié  h  Paris  en  1820  deux  volumes  sur  le 
Monténégro ,  et  qu'il  existe  dans  la  bibliothèque  de 
Saint-Marc  de  Venise  un  manuscrit  en  langue  italienne 
contenant  la  Description  du  Sangiacat  de  Scutari^  dont 
l'auteur,  le  commissaire  vénitien  Bolizza,  visita  en  i6i4f 
par  ordre  de  son  gouvernement»  les  guerriers  monténé- 
grins. Plus  récemment,  M.  Slieglitz,  voyageur  allemand, 
a  fait  paraître  à  Stultgard  en  184 1  un  Voyage  au  Mon- 
ténégro ,  et  la  même  année  ,  M.  Kovalevski  a  publié  à 
Pétersbourg  en  langue  russe ,  une  brochure  de  7  à  8 
feuilles  intitulée  :  Quatre  mois  dans  le  Monténégro. 
Elle  réfute,  dit-on,  quelques  unes  des  assertions  du 
prince  des  Wasoevitchs,  et  mérite  de  vous  être  signalée 
malgré  sa  concision.  En  la  lisant  cependant,  vous  ne 
perdrez  pas  de  vue  que  le  prince  des  Wasoevitchs  se 
présente  comme  un  adversaire  de  la  Russie,  ce  qui  doit 
faire  admellre  avec  des  réserves  la  critique  qu'un  Russe 
fait  de  son  ouvrage. 


(475) 
On  trouvera  aussi  dans  la  Reifue  des  Deux  Mondes 
une  série  d'articles  que  M.  Cyprien  Robert  a  publiés  en 
1843»  sous  le  titre  du  Monde  gréco'slai^e  ^  renfermant 
de  curieuses  informations  sur  les  Monténégrins  et  sur  les 
autres  peuples  de  race  slave.  Enfin  des  Recherches  géo* 
graphiques^  historiques  et  linguistiques  sur  les  races  slaves 
par  M.  Kaulfuss  ont  paru  en  i84i  »  à  Berlin,  en  an  vo- 
lume in-8o. 

TUBQUIB  d'eDROPE. 

Caries  hydrographiques* 

Les  beaux  travaux  de  triangulation  de  l'Archipel  fails 
parle  capitaine  Gaultier,  en  1818  et  18  ig,  ont  produit 
deux  cartes  hydrographiques  de  ces  parages  publiées 
en  i8*iy.  Depuis,  le  capitaine  anglais  Copeland  a  passif 
plusieurs  années  dans  la  même  mer  pour  faire  les  dé* 
tailshydrographiques;  mais  rien  n'a  encore  paru,  quoi- 
que lescartes  manuscrites  existent  d^ns  les  bureaux  de 
l'amirauté  anglaise.  Telle  est  la  situation  actuelle  de 
l'hydrographie  dans  cette  partie  de  l'Europe. 

Cartes  géographiques  et  autres. 

Quant  aux  cartes  géographiques^  toutes  les  per- 
sonnes qui  prennent  intérêt  à  la  science»  ont  vu  la 
grande  et  belle  carte  de  la  Turquie  d'Europe ,  que 
H.  le  colonel  Lapie  a  publiée  en  182a,  d'après  les 
matériaux  recueillis  par  les  généraux  Guilleminot  et 
Tromelin,  Sept  ans  après  «  c'est-à-dire  en  1839,  le 
Dépôt  de  la  guerre  autrichien  crut  devoir  copier 
celte  carie»  en  y  introduisant  plusieurs  corrections 
heureuses.  Aujourd'hui  M.  Lapie  a  repris  son  travail 
en  sous-œuvre ,   et   s'occupe   des    rectifications  à  y 

XVIII.    D&CBlIRnB.    6.  3i 


faire.  Il  est  à  désirer  que  le  monde  saTanI  puisse  bienlol 
jouir  du  résultat  de  ses  élucubrations.  Le  même  géo- 
graphe travaille  en  ce  moment  à  une  carte  de  la  Haate- 
Macédoine  et  de  l'Épire,  dressée  à  Téctielle  du  i  /80000', 
d'après  les  itinéraires  de  MM.  Viquesnel ,  Boue,  Tro- 
melin,  Foy»  Haxo»  Andréossy»  Favier  et  Leake  »  et  il  a 
publié  en  1849  h  la  même  éctielle  une  carte  géologique 
de  la  Haute-Albanie  et  dune  partie  de  la  Sentie,  da- 
près  les  itinéraires  de  M.  Viquesnel  et  les  renseigne- 
ments recueillis  par  ce  voyageur.  Cette    carte,  faite 
avec  le  soin  et  le  goût  qui  distinguent  les  ouvrages 
de  M.  le  colonel  Lapie,  renferme  des  parties  entiè- 
rement neuves,  telles,  par  exemple,  que  les  environs 
du  lac  de  Scutari.  Elle  est  jointe  au  Journal  du  Foya^e 
dans  la  Turquie  d^Eumpe  de  M.  Viquesnel,  dont  je 
parlerai  dans  la  section   suivante.   Un  juge  compé- 
tent, M.  Boue,   auquel  on   doit  l'un   des   ouvrages 
les  plus  récents,  et  les  plus  considérables  qui  aient 
paru  sur  la  topographie  de  l'intérieur  de  la  Turquie 
d'Europe ,   accuse  les  meilleures  cartes  de  la  Tur- 
quie de  fourmiller  encore  d'erreurs ,  qu'il  attribue  à 
l'impossibilité  où  sont  les  Européens  d'exécuter  des 
travaux  géodésiques  sans  l'autorisation  du  gouverne* 
ment  turc.  Cette  lacune  ne  peut,  suivant  lui,  se  com- 
bler que  lentement  et  partiellement.  Le  comte  Karnc- 
Eay,  ajoute  M.  Boue ,  vient  d'y  travailler  par  la  con- 
struction d'une  belle  carte  manuscrite  de  l^ Albanie;  et 
les  officiers  de  l'état-major  russe,  par  la  déterminalion 
astronomique  de  quatre-vingt  neuf  positions  de  la Tur-  ; 
quie  orientale  qui  ont  été  insérées  en  iSSy  dans /e 
Bulletin  scientifique  de  l'Académie  des  sciences  de 
Saint-Pétersbourg,  et  reproduites  dans  le  huitième  vo- 
lume du  Journal  de  la  Société  royale  de  géographie  ^^  \ 


(475) 

Londres.  M.  Mollke  a  publié  à  Berlin ,  en  i84s  $  une 
carte  de  Cofutanlinople ,  de  ses  faubourgs  et  de  ses  en" 
luirons,  etc.»  leyée  en  i836  et  1837  à  Féchelle  de 
i/sSooo*. 

f^ojrages,  ouvrages  géographiques  ^  etc. 

Le  deuiiëme  tome  de  Pile  de  Chypre  dans  Vantiquité^ 
de  M.  Engel,  a  été  publié  à  Berlin  en  i84s  en  un  vo- 
lume in-8^  L*un  des  ouvrages  les  plus  remarquables 
sur  la  Turquie  d'Europe,  est  le  Journal  du  voyage  géo- 
logique fait  par  M,  Viquesnel  dans  la  Servie ^  la  Bosnie , 
rAlbaniey  la  HauteMésie  et  la  Macédoine.  Quoique 
Tauteur  ait  la  modestie  de  ne  considérer  sa  relation 
que  comme  l'itinéraire  du  voyage  qu'il  a  fait  en  i856 
avec  MU.  Boue  et  de  Montalembert ,  elle  contient 
cependant  des  notions  si  importantes  sur  ces  pays  peu 
connus,  que  la  Société  géologique  de  France  l'a  fait 
insérer  en  1842  dans  le  tome  V  de  ses  Mémoires,  en 
l'accompagnant  de  la  carte  dont  j'ai  déju  parlé. 
M.  Viquesnel  a  divisé  son  jouroal  en  six  chapitres  ; 
le  premier  renferme  la  route  directe  de  Belgrade  à 
Kragonievatz ,  et  une  excursion  dans  les  montagnes 
de  Roudnik;  le  deuxième,  la  route  de  Belgrade  à 
Kroupagn ,  avec  retour  par  Sokol  à  Kragonievatz  ; 
il  décrit  dans  le  troisième  la  route  de  Kragonievatz  & 
Novi-Bazar,  par  Krouschevatz  et  le  mont  Kapaonik,  et 
par  Karadrovatz,  Stoudenilza  et  la  vallée  de  l'Ibar,  ainsi 
que  la  route  de  NoviBazar  à  Uskiup^  par  Ipek ,  Pris- 
tina et  le  défilé  deKatschanik  ;  il  place  dans  le  quatrième 
la  route  de  Novi-Bazar  à  Skoulari,  par  Rojal  (Rosalia 
des  cartes),  Gouzinié,  Schalia  et  Boga;  le  cinquième 
chapitre  contient  la  route  de  Uskiup  à  Saloniquc  ,  et  le 
sixième  celle  de  Skoutari  à  Janina  en  Albanie. 


(470) 
X'est  dans  la  Romélie  et  à  Brusa  que  le  doctear  Grl- 
sebach  a  effectué  en  1 83g  son  voyage ,  publié  à  Gôt* 
lingue  en  1 84 1  »  en  deux  volumes  in-8^»  avec  deux  plan* 
ches  in-4^  Parti  de  Constanlinople ,  il  se  rend  par 
terre  à  Enos  où  il.  s'embarque  ;  puis  après  avoir  passé  le 
mont  Athos  ,  et  traversé  toute  la  Macédoine ,  il  arrÎTe 
de  Salonîque  dans  la  Haute-Albanie.  Le  docteur  Gri- 
sebacb  a  visité  la  Turquie  d'Europe  en  botaniste,  ei 
MH.Murcbison,  deYerneuiletReyserling  l'ont  explorée 
en  géologues.  Les  résultats  de  leurs  observations  sont 
consignés  dans  un  ouvrage  sur  la  structure  géologiqut 
des  régions  centrales  et  méridionales  de  la  Turquie  d'Eu- 
fxipe  et  des  monts  Ourals ,  imprimé  à  Londres  en  i84S' 
Une  Description  de  Constantinople^pdiV^A.  Barrala,esteD 
ce  moment  en  voie  de  publication  à  Turin  ;  il  a  para 
celte  année  à  Rome  une  brocbure  in-8*  sur  la  Molda- 
vie  et  la  Falachie ,  extraite  du  Voyage  en  Orient  de 
l'abbé  Dominique  Zanelli  ;  enfin,  déjà  en  i84i  M.  Blu- 
taienbac)i  avait  publié  il  Vienne  sa  Description  des  pars 
formant  là  frontière  militaire  de  la  Valachie. 

ankCB  BT   ILES  ionibniies. 
Cartes  hydrographiques. 

4 

Les  dernières  caries  hydrographiques  que  nous  pos- 
sédons sur  les  lies  Ioniennes  sont  déjà  anciennes;  on 
les  doit  au  capitaine  W.  H.  Smyth.  Depuis  iSao,  époque 
à  laquelle  elles  ont  paru,  rien  de  nouveau  n'a  été  fait  à 
ce  sujet. 

Cartes  géographiques  et  autres. 

Je  citerai  d'abord  V Atlas  topographique  et  historique 
de  r ancienne  Gfèce  et  de  ses  colonies,  de  M.  KieperL  II 
doit  être  composé  de  84  feuilles  in-folio,  et  se  publie  à   i 


(477) 
Berlin  par  livraisons.  La  première  feuilte  a  paru  en 
1 841  et  la  seconde  Tannée  suivante. 

Les  officiers  d 'état-major  français  employés  au  levé 
de  la  car(e  de  Grèce  ont  achevé  dans  le  courant  de  cette 
année,  par  le  levé  du  cours  supérieur  de  TAspro  Po- 
tamos  ,  les  opérations  dont  ils  avaient  été  chargés.  Sur 
les  1 2  feuilles  doQt  la  carte  générale  doit.se  composer», 
6  consacrées  à  la  Morée  sont  corapléleo^ent  termi- 
nées a  et  sur  les  6  autres  consacrées  à  la  Grèce  dite 
continentale,  31e  sont  également,  et  les  3  dernières 
sont  en  voie  d'exécution. 

La  Carte  delà  Grèce  de  Bobrik ,  qui  a  paru  à  Leipzig 
en  une  feuille,  ne  peut  qu'être  mentionnée  pour  mé- 
Oioire  après  le  travail  de  nos  officiers. 

Voyages ,  ouvrages  géographiquts ,  etc. 

On  doit  au  même  géographe  que  je  viens  de  citer, 
11.  Bobrik ,  une  GéograplUe  de  la  Grèce  anciefine ,  pu- 
bliée &  Leipzig  en  1843.  M.  Hermann  a  fait  paraître 
en  184 1»  à  Marbourg,  les  ^ntîquùatum  Laconicaruni 
Ubelliquatuoren  un  volume  in-4^  ;  M.  E.  Curtius  a  dooné 
en  1843»  à  Halis,  un  ouvrage  intitulé  :  de  Portubu^  Mher 
narum  Comm^ntatiq^  avec  une  carte  géographique,  et 
on  a  de  M.  S.-J.-W*  Hof][mann  la  Grèce  et  les  Grecs 
dans  les  temps  ancien^ ,  en  un  volume  in-S""  imprimé  à 
Leipzig  en  i84i* 

Parmi  les  ouvrages  qui  oat  paru  celte  anpée  sur 
la  Grèce  moderne^  je  citerai  d'abord  \e  Journal  d'une 
excursion  en  Grèce  et  dans  les  Ues  Ioniennes  par  M.  Wil- 
liam Mure  de  Gadevell,  en  a  vol.  in-i2.  Le  rédacteurdu 
Quarterly  Reviçw  appelle  ce  journal  l'ouvrage  d'un  ob- 
servateur plein  de  finesse  etd'intelligence»  et  d'un  litté* 
rateur  profond ,  quoique  modeste  ;  et  c'est  en  même 


(478) 
lempSy  suivanllul,  un  livre  1res  agréable  àlire.  Le  second 
ouvrage  à  mentionner  esldû^t  M.  Frédéric  Slrong,  con- 
sul deBavière  et  deHanôvre  à  Athènes:  il  aétéitoprimé 
à  Londres  en  1849,  sous  le  titre  de  La  Grèce  considérée 
comme  royaume ,  ou  description  statistique  de  ce  pays 
depuis  l'arrivée  du  roi  Olhon ,  en  1 833 ,  jusqu'au  mo- 
ment actuel:  il  a  été  rédigé  d'après  des  documents  offi- 
ciels, et  est  dédié  au  Roi.  C*est  pour  ainsi  dire  un  ouvr&ge 
officiel  sur  l'exactitude  duquel  on  peut  à  peu  près  comp- 
ter. J'ignore  l'époque  précise  à  laquelle  M.  Ferdinand 
Aldenhoven  a  publié  en  Français,  à  Athènes,  soD^Â9^ 
raire  descriptif  de  VAtiique  et  du  Péloponèse  ^  avec  des 
cartes  et  des  plans,  bien  qu'il  soit  probable  que  celte 
publication  ait  été  faite  en  1 84 1-  Mais  c'est  en  1 84s  qu* 
été  imprimée  en  un  vol.  in-8*,à  notre  imprimerie  royale, 
Y  Histoire  et  phénomènes  du  volcan  et  des  îles  volcaniçuf^ 
de  Santorin,  avec  un  coup  d'œil  sur  l'état  moral  être* 
ligieux  de  la  Grèce  moderne ,  par  M.  l'abbé  Pégoes, 
ancien  missionnaire  dans  le  Levant ,  supérieur  de  la 
mission  de  Santorin. 

M.  Ross  a  publié  à  Berlin  ses  Foyages  en  Grèce,  dont 
le  I"  volume»  renfermant  son  Voyage  dans  te  Pehpon^^ 
avec  deux  cartes  et  des  inscriptions,  a  paru  l'année  <kf' 
nière;  M.  Merleker  a  fait  paraître  également  cette  an- 
née  le  !•'  tome  in-4"  àe  sa  Description  historique  et  gtd' 
graphique  de  VÉpire  et  de  ses  habitants;  M.  Brandis,  ws 
Rapports  sur  la  Grèce  y  en  5  volumes ,  publiés  à  Leip- 
zig en  184 'i  »  dont  le  premier  contient  la  relation  de  500 
voyage,  et  enfin  Athènes  a  attiré  spécialement  l'atten- 
tion de  MM.  Sander,  Forchhammer  etStademanaOû 
doit  au  premier  la  Description  d* Athènes  et  desesenv^' 
rofis,  avec  un  plan  de  cette  ville,  publiée  i  Mayenc* 


(  479  ) 
€o  i84i  en  un  volume  io-S*;  au  second  la  Topographie 
d*jithènes  avec  un  plan  de  l'ancienne  ville,  en  un  vo- 
lume in-folio  qui  a  aussi  paru  àKieien  1 84 1;  et  au  troi- 
sième le  Panorama  d*Atliènes  en  17  feuilles,  publié 
la  même  année  à  Munich. 

Le  journal  de  Gadewell»  dont  j'ai  parlé  plus  haut,  ne 
contient  que  quelques  pages  sur  les  lies  Ioniennes  • 
tout  étonnées  de  n'être  plus  grecques,  tandis  que 
M.  JohnDavy,  inspecteur-général  des  hôpitaux  de  l'ar- 
mée,  leur  consacre  un  volume  tou  testier  qui  a  paru  ré- 
cemment, et  qui  est  intitulé  i  Sur  les  îles  Ioniennes.  J'ai 
sous  les  yeux  un  manuscrit  fort  intéressant  sur  ces  mô- 
mes lies,  rédigé  en  18 13  par  feu  le  comte  de  Lesseps,  à 
cette  époque  commissaire  impérial  aux  Sept  Iles ,  mort 
en  i83s, consul  général  de  France  à  Tunis,  Le  manuscrit 
de  M.  de  Lesseps  est  sous  la  forme  de  rapport  :  c'est  un 
exposé  de  la  situation  des  lies  Ioniennes  sous  leurs  dif- 
férents aspects,  fait  par  un  administrateur  habile  qui  a 
eu  à  sa  disposition  les  meilleurs  renseignements,  et 
qui  en  outre  a  vu  par  lui-même. 

ITALIE. 

BOYAUME   D£S   DEUX-SICII.BS. 

Le  bureau  topographique  du  royaume  de  Naples, 
dirigé  par  l'habile  colonel  Visconti,  continue  ses  im- 
portants travaux. 

Hydrographie. 

Vous  avez  pu  voir  dans  l'extrait  d'une  Note  que 
M.  Visconti  m*a  adressée ,  et  que  j'ai  publié  dans  votre 
Bulletin  du  mois  de  mai  dernier,  quels  ont  été  les  tra- 
vaux hydrographiques  exécutés  dans  le  royaume  des 


V  48o  ) 

Deuz*Siciles  avant  la  fin  de  Tannée  1 84 1  ;  )e  ne  tous  en 
enlreliendrai  donc  pas.  Depuis  cette  époque ,  \espl4uu 
des  ports  et  rades  de  Brindes  et  de  Trapcuii  ont  été  po- 
bliés  à  l'échelle  de  1/18000*;  ur\Q  carte  topogmphique  du 
phare  de  Messine  Vi  été  commencée  à  l'échelle  de  1/1000 
et  se  continue  ;  la  partie  topographique  devait  être  ter- 
minée celte  année.  Quant  au  sondage  des  côtes ,  toal 
porte  à  croire  qu'il  ne  restera  plus  rien  àfaire  en  i843; 
il  en  sera  probablement  de  même  de  la  gravure  de  la 
première  des  trois  grandes  feuilles  d'une  carie  fydnh 
graphique  de  la  Méditerranée  à  Vusage  de  la  marine. 

Parmi  les  cartes  et  plans  publiés  cette  année  par 
l'amirauté  anglaise ,  concernant  l'Italie  et  les  pays  voi- 
sins y  je  citerai  : 

La  Carte  de  la  mer  Adriatique  à  l'échelle  de  5  pouces 
anglais  (environ  76  millimètres)  pour  un  degré  de  lati- 
tude ;  les  plans  des  ports  d^jéncôneeide  Tnestek  l'échelle 
de  6  pouces  anglais  (i5s  millimètres)  pour  i  mille» 
et  celui  de  la  rade  de  Corfou ,  à  l'échelle  de  3  ponces 
pour  un  mille. 

Le  Dépôt  hydrographique  de  Madrid  a  publié  aussi, 
en  i84i»  une  carte  de  la  partie  méridionale  de  la  mer 
Adriatique. 

Cartes  géographiques  et  autres. 

La  grande  carie  militaire  et  topographique  du 
royaume  des  Deux-Siciles  qu'on  lève  à  l'échelle  de 
1/210000*  pour  la  graver  au  quart,  c'est-à-dire  &  1/80000* 
fait  des  progrès  rapides  sous  la  direction  de  H.  Visconti. 
En  1840,  la  triangulation  du  premier  ordre  fut  portée 
le  long  des  Calabres,  et  de  la  côte  septentrionale  de  h 
Sicile  jusqu'à  Palerme  et  Sciacca.  En  i84i  »  la  même 
triangulation  fut  conduite  sur  le  parallèle  de  Naples, 


(48i  ) 

dans  le  but  de  mesurer  un  arc  du  parallèle  d'environ 
4  degrés  el  demi ,  entre  l'Ile  de  Ponza  et  Fazana  dans 
la  terre  de  Bari,  près  TAdriatique.  On  se  propose  de 
mesurer  ensuite  un  autre  arc  de   parallèle  de  4  de- 
grés entre  Tlle  de  Maretimo,  et  le  cap  Spartivento 
dans  la  Calabre»  comme  aussi  un  arc  du  méridien 
d'environ  5  degrés,  entre  l'Ile  de  Tremili  et  le  cap  Pas- 
saro  en  Sicile.  Le  colonel  Visconti  avait  aussi  le  projet  de 
faire  exécuter  dans  le  cours  de  1 842  une  série  d'observa- 
tions pour  déterminer  de  quelle  quantité  et  dans  quelle 
direction  la  montagne  de  San  Angelo,  près  de  Caste- 
lamare ,  élevée  au-dessus  du  niveaa  de  la  mer  d'envi- 
ron 3/4  de  mille»  attire  le  fil  à  plomb  et  le  fait  dévier 
de  la  perpendiculaire.  On  a   aussi   observé  que   lo 
sol  volcanique  des  environs  de  Naples  éprouve  des 
changements   de  niveau,  à   de   longs  intervalles  de 
temps.   M.  Visconti  doit  déterminer  exactement  avec 
le    cercle  répétiteur   la    différence  de  niveau  entre 
différents    points    marqués  d'une  manière   perma- 
nente, et  fixés  h  une  petite  élévation  au-dessus  de 
la  mer»  le  long  de  toute  l'étendue  de  la  côte  d'Ischia 
et  de  Procida,  le  long  des  golfes  de  Pozuoli  et  de  Na- 
ples, jusqu'à  Amalphi  et  autour  de  Sorrento,  et  de  la 
pointe  de  la  Campanella.  Celte  opération  devra  être 
répétée  tous  les  dix  ans. 

Vn  atlas  des  Deux^Siciles ,  par  M.  Maizola,  a  été 
terminé  en  184 1. 

ROTAVllB   LOMBARDO-vilIlTlEN,   ÉTATS   SARDES,    Ctc. 

L'Institut  géographique  et  militaire  de  Milan,  auquel 
on  doit  la  belle  carte  des  duchés  de  Parme  ^  Plaisance 
et  Guastalla,  en  8  feuilles,  dessinée  à  Féchelle  de 
I  '28800'  et  gravée  à  celle  de  1/86000*,  publiée  sous  la 


(48.) 

direction  de  feo  le  général  Campana^  a  faii  paraître  oœ 
carte  du  royaume  Lombardo^yénUien  ^  en  4^  feuilles,  à 
la  même  échelle  que  la  précédente.  Après  la  publicalion 
de  cette  dernière  carte  qui  donne  un  tableau  de  reten- 
due, de  l'élévation  et  de  la  plus  grande  profondeur  des 
lacs  du  pays ,  ainsi  que  des  variations  qu*éproa?e  habi- 
tuellement leur  niveau  au-dessus  et  au-dessous  de  la 
hauteur  moyenne,  l'empereur  d'Autriche,  sur  la  propo» 
sition  du  général  Campana»  s'est  déterminé  à  faire  exé« 
culer  une  Carte  générale  de  fltalie  entière ,  à  l'échelle 
de  3  lignes  pour  looo  toises  ou  au  i/sSSooo.  Avec  le 
consentement  des  cours  de  Rome»  de  Florence  et  de 
Lucques,  une  triangulation  a  été  commencée  au 
mois  de  mai  i84i»  depuis  le  Pô,  à  travers  TÉtat  ro- 
main, et  amenée  jusqu'à  Rome.  Cette  triangulation, 
qui  est  en  ce  moment  terminée ,  a  été  raccordée  par 
les  ingénieurs  autrichiens  avec  les  triangles  observés 
en  Toscane  et  dans  le  duché  de  Lucques  par  le  père 
Inghirami.  A  son  extrémité  méridionale  ,  elle  se 
rattache  a  celle  du  royaume  des  Deuz-Siciles  par  le 
colonel  Visconli,  dont  j'ai  déjà  parlé,  et  c'est  à  cette 
occasion  que  cet  officier  a  fait  et  se  propose  de 
faire  les  opérations  signalées  plus  haut.  Ces  di- 
verses opérations  formeront  la  base  d'une  Carte  gé- 
nérale de  toute  V Italie  qui  sera  la  continuation  de  celle 
du  royaume  Lombarde- Vénitien,  et  se  liera  aussi  à 
celle  des  ^/a/^  de  S,  M.  Sarde  en  terre  Jerme,  que  le 
corps  royal  d'état-major  dresse  et  publie  sous  la  direc- 
tion de  son  chef,  H.  le  général  de  Saluces.  Cette  der* 
nière  carte,  qui  doit  avoir  six  grandes  feuilles»  est  à 
l'échelle  de  i/s5oooo%  Elle  est  fort  bien  gravée,  et 
accompagnée  d'un  exposé  en  une  brochure  in-8«t 
des  opérations  géodésiques  fondamentales  et  des  di- 


(  483  ) 

▼ers  procédés  mis  en  usage  pour  sa  confeelion.  Noire 
confrère  9  M.  le  colonel  Gorabœuf,  que  la  Commis- 
sion centrale  a  chargé  de  lui  rendre  comple  de  cet  ou- 
vrage» annonce  dans  son  rapport,  dont  la  première 
pi^rtie  a  été  lue  dans  une  des  séances  de  votre  commis- 
sion cenlrale/qu'îl  a  trouvé  une  concordance  très  satis- 
faisante en  comparant  ces  opérations  avec  les  travaux 
géodésiques  que  les  ingénieurs  français  ont  exécutés 
dans  les  mômes  contrées  pendant  les  années  1808» 
1809  et  i8i  1. 

.  Outre  les  cartes  que  je  viens  d'énumérer,  on  a  pu- 
blié, ou  on  achève  de  publier  en  Italie  et  sur  Tltalie  : 
Une  Carte  topographique  des  environs  de  Milan  »  dont 
Tauteur  est  M.  Brenna,  ingénieur  géographe  du 
royaume  Lombardo-Vénitien  ;  une  Carte  d'Italie  et  de 
ses  confins,  d'Antonio  Litta  Biumi  ;  et  enfin,  les  cartes 
qui  accompagnent  la  chorographie  de  l'Italie  dont  je 
parlerai  plus  bas* 

Voyages  y  ouvrages  géographiques^  etc. 

Je  mentionnerai  d*abord  les  Recherches  sur  la  géo^ 
graphie  et  r histoire  de  raficienne  Italie ^  d'un  savant 
allemand,  M.  Grotefend;  la  cinquième  partie  de  cet 
ouvrage  qui  traite  »  spécialement  des  noms  des  peuples 
de  Vancieime  Italie^  a  paru  à  Ilan&vre  •  en  1843^  et 
forme  un  volume  in^4^  ;  je  citerai  ensuite  trois  ou- 
vrages de  statistique ,  savoir  :  la  Statistique  îles  dijfè- 
renis  départements  de  l'ancien  royaume  d! Italie,  ou-* 
vrage  posthume  de  Melchiore  Gioja  qui  se  publie 
en  ce  moment  à  Milan  ;  la  Statistique  générale  de  la 
ville  et  de  la  pfx>vince  de  Milan,  et  la  Statistique  mé- 
dicalt  de  la  même  ville,  du  docteur  Giuseppe  Fer* 


(  484  ) 

rario^  œuvre  remarquable  dont  il  n'a  paru  encore 
qu'un  volume,  imprimé  à  Milan,  et  accompagné  d*aa 
grand  nombre  de  tableaux  statisliques  ;  le  a*  volome 
élail  sous  presse  au  commencement  de  i84s.  Cet  oo- 
vrage,  dans  lequel  l'auteur  compare  tous  les  faits 
semblables  observés  dans  les  autres  pays ,  est  rédigé 
d'après  des  documents  officiels  analysés  avec  infi- 
niment de  sagacité.  La  Description  des  États  Sardes^ 
de  Bartolomeis,  imprimée>  à  Turin»  grand  centre  des 
publications  de  l'Italie,  peut  être  consultée  avec  Fruit; 
lorsqu'elle  sera  terminée» ce  sera  le  complément  del'oa- 
vrs^e  du  général  de  Saluées  sur  le  même  royaume.  Un 
écrivain  anglais  resié  anonymea  publié  à  Londres  un  vo- 
lumeintilulé  :  V  Italie  septentrionale  et  V  Italie  méridiondty 
accompagné  de  deux  cartes.  Les  Souvenirs  de  Dojrage  de 
M.  le  baron  d'HombresFirmas  »  décrits  dans  une  lettre 
de  Naples,qui  porte  la  date  du  38  octobre  184 1»  four- 
nissent quelques  in  formations  assez  curieuses..  Ilsnoas 
apprennent,  par  exemple,  que  l'on  construit  k  San 
Salvador,  non  loin  du  Vésuve,  un  observatoire ,  dont 
aucune  relation  n'a  parlé»  qui  sera  pourvu  d'instru- 
ments de  physique 9  d'un  laboratoire  de  chimie,  etc., 
et  dans  lequel  une  commission  de  savants»  sous  la  di* 
rection  de  M.  Melloni,  associé  de  l'Institut,  ira  s'établir 
pendant  les  éruptions,  pour  étudier»  sous  tous  les  rap- 
porta» le  volcan»  les  laves  etlesmodiGcations  atmosphé- 
riques. Je  dois  encore  faire  mention  des  Observations 
géologiques  sur  les  phénomènes  et  sur  les  formations  vol- 
caniques dans  la  basse  Italie  de  M.  Abich  »  dont  le  tome 
premier  a  été  imprimé  à  Brunswick  en  1H41»  in-8*, 
avec  un  atlas  in-folio,  et  des  Souvenirs  dUm  voyage  en 
Allemagne t  en  France  et  en  Italie^  par  Norden,  dont  le 
5*  volume*»  imprimé  à  Hambourg  en  1841»  est  consacré 


(  485  ) 

à  l'ilalie.  La  Chorographie  physique ^  historique  et  statis- 
tique de  V  Italie  et  de  ses  iles^  grand  ouvrage  d*AUilio 
Zuccagni-Orlandini ,  qui  se  publie  à  Florence  »  mérite 
une  mention  spéciale.  Commencée  en  i  835 ,  on  a  déjà 
fait  paraître»  outre  la  principauté  de  Monaco»  les  États 
sardes  de  terre-ferme  »  les  duchés  de  Parme  »  Plaisance 
etGuastalIa  ;  le  duché  de  Lucques»  les  fractions  terri^ 
toriales  italiennes  »  incorporées  dans  la  confédération 
helvétique  et  dans  Tempire  d'Autriche  »  et  enfin  le 
grand-duché  de  Toscane  et  les  États  de  la  maison 
d'Est.  L'atlas  géographique  et  topographique  qui  ac- 
compagne le  texte ,  contient  des  plans  et  des  vues 
assez  médiocrement  gravés.  Je  citerai  encore  le  Covp 
dkœil  sur  la  constitution  des  pros^inces  méridionajes  du 
royaume  de  Naples  »  que  M.  de  Tschitschagoff  a  pu* 
blié  à  Berlin  en  1 84 a»  en  un  volume  in-8o  ;  le  Diction- 
naire géographique ,  physique  et  historique  de  la  Toscane ^ 
parRepetti»  imprimé  à  Florence  et  mentionné  avec 
éloge  par  Adrien  Balbi,  et  enfin ,  le  Manuel  du  -voya- 
geur en  Italie  de  Forster  »  dont  la  a^  édition  a  paru  à 
Munich  en  i84i  »  en  un  volume  in*8*. 

SUISSE. 

Cartes, 

Les  travaux  de  la  Carte  générale  de  la  Suisse,  qui  doit 
avoir  s5  feuilles»  et  se  grave  à  l'échelle  de  i/iooooo*  se 
poursuivent,  dit<on»  avec  activité,  toujours  sous  la  di- 
rection du  colonel  Dufour.  Vers  la  fin  de  i84r»  5  feuilles 
de  cette  carte  étaient  entre  les  mains  des  graveurs.  Il 
est  à  espérer  que  quelques  unes  de  ces  feuilles  ont  élé 
publiées ,  et  que  le  travail  des  autres  a  fait  des  progrès. 
La  seule  carte  du  territoire  de  Genève  est,  &  notre  con- 


(486) 

naissance,  loui-à-fait  terminée  à  l'échelle  de  i/sSooo* 
La  Carte  physique ,  adminùtrative  ei  routière  de  la 
Suisse  que  vient  de  publier  à  Paris  M.  Th.  Du?otenaj, 
notre  collègue  »  n'o£fre  pas  le  caractère  officiel  de  b 
carte  du  colonel  Dufour,  mais  elle  a  du  mérite»  et 
sera  par  sa  dimension  d'un  usage  plus  géoérah  GrsTée 
à  l'échelle  de  i/45oooo*,  elle  a  été  dressée  d'après  les 
meilleurs  documents  existants  en  ce  moment  sur  la 
Suisse. 

f^oyages^  ouvrages  géographiques  ^  etc. 

Depuis  les  Souvenirs  d*un  'voyage  en  Suisse  que 
M.  Krug  de  Nidda  a  Tait  paraître  à  Querfurt  en  1840  , 
Kapffa  publié  à  StuUgard»  en  iS^s,  son  Foyage  en 
Suisse  en  un  volume  in-S**;  M.  de  Fulda  a  donné  la 
même  année  à  Leipzig  un  autre  Voyage  en  Suisse 
et  dans  V Italie  septentrionale  par  la  Hesse,  le  pays  de 
Bade  et  de  fFurtemberg ,  et  vous  verrez  mentionnés  i 
l'article  consacré  à  l'Europe  considérée  d'une  manière 
générale,  deux  autres  voyages,  dont  lesaoteors  ont  aussi 
visité  et  décrit  la  patrie  de  Guillaume-TelL 

ESPAGRB. 

Le  gouvernement  espagnol  donne ,  à  ce  qu'il  parait , 
de  faibles  encouragcmenls  aux  travaux  géographiques, 
et  le  zèle  des  particuliers  ne  semble  pas  très  actif ,  car 
on  ne  voit  pas  qu'il  ait  été  effectué  un  seul  voyage  dans 
rintérèt  de  la  science»  et  qu'on  ait  entrepris  d'ou- 
vrage un  peu  remarquable,  à  quelques  travaux  hydro- 
graphiques près.  Tout  cela  peut  s'expliquer  par  l'état 
politique  de  la  péninsule.  Voici  au  surplus  ce  que  je 
puis  citer  : 


(48;  ) 

Cartes  hydrogtnplUques. 

Quelques  cartes  hydrographiques  des  côtes  d'Eu- 
rope, d'Afrique,  d'Amérique  et  de  rOcéanie  ont  été 
publiées  en  1 84 1  et  même  en  1 84^  par  le  Dépôt  hy- 
drographique de  Madrid.  J'aurai  l'honneur  de  vous 
en  entretenir  en  traitant  l'hydrographie  de  ces  diflfë-» 
rentes  parties  du  monde.  Mais  je  crois  devoir  faire 
observer  d'avance»  qu'&  l'exception  des  cartes  hydro- 
graphiques  des  possessions  espagnoles ,  les  cartes  pu- 
bliées à  Madrid  ne  sont  guère  que  des  copies  de  cartes 
déjà  anciennes  )  et  de  cartes  françaises  et  anglaises. 

Le  Dépôt  hydrographique  de  Madrid»  toujours  dirigé 
par  mon  savant  ami  Don  Martin  Fernandez  deNavarelte» 
a  fait  paraître ,  en  184 1  »  nne  carte  des  côtes  de  là  pénin- 
suie  d^ Espagne,  de  France  et  d* Italie  jusqû* au  cap  Venere 
avec  la  côte  correspondante  d^ Afrique  ;  et  une  carte  de 
la  côte  d! Afrique  depuis  Tlemecen  /usqu*à  Bougie  f  com- 
prenant la  côte  d! Espagne  depuis  Aguilas^  dans  h 
royaume  de  Murcie  jusqu* a  Dénia  dans  celui  de  Valence 9 
avec  des  parties  des  îles  de  ïviza  et  Formentera  »  ne  lar- 
dera pas  à  être  publiée  par  le  même  Dépôt.  Un  plan 
de  Santander  est  à  la  gravure  au  moment  où  j'écris  » 
ainsi  qu'une  carte  des  côtes  septentrionales  d^ Espagne. 

Caries  géographiques. 

Une  commission  spéciale  a  été  formée  à  Madrid  pour 
arriver  à  la  construction  d'une  nouvelle  carte  géographi- 
que d^ Espagne,  avec  les  matériaux  déjà  recueillis,  mais 
dispersés  dans  les  divers  établissements  du  génie  civil 
et  militaire,  du  Dépôt  hydrographique  et  du  départe- 
ment des  routes ,  canaux  et  ponts.  Le  principal  objet 
de  cette  carte  doit  être  de  mettre  la  division  territoriale 


(  488  ) 

des  provinces  en  harmonie  avec  les  dernières  déterai- 
nations  des  Cortès. 

La  carte  de  Galice ,  levée  à  l'échelle  de  i/iooooo*  ptr 
H.  Domingo  Fon tan»  directeur  de  l'Observatoire  royal 
de  Madrid  »  et  qui  est  gravée  par  notre  collègue 
M.  L.  Bouffard  ,  fait  des  progrès.  Les  feuilles  à  peu 
près  terminées  en  i84a  sont  celles  de  la  Corogne  et 
Betanzas»  Mondonedo,  Garballino  et  Chantada»  Logo, 
Pontevedra  »  Orense  9  Monforte ,  Vigo  et  Tuy,  Monte- 
rey  et  le  Ferrol ,  sur  lesquelles  il  ne  reste  plus  à  graver 
que  les  hauteurs  au-dessus  de  la  mer,  d'à  peu  près 
65o  points. 

Voyages ,  ouvrages  géographiques ,  etc. 

Je  n'ai  k  vous  citer  que  le  Voyage  botanique  dans  le 
midi  de  V Espagne^  exécuté   pendant  l'année    i835. 
L'auteur  est  M.  Edmond  Boissier,  membre  de  la  SociéUi 
de  physique  et  d'histoire  naturelle  de  Genève.  Cet  ou- 
ft*age,  destiné  à  faire  connaître  la  flore  de  la  province 
de  Grenade»  province  jusqu'ici  la  moins  visitée»  el 
peut-être  la  plus  intéressante  de  la  péninsule,  doit 
former  9  volumes  in*4^»  divisés  en  sa  livraisons;  so 
avaientdéjà  paru  aumois  d'octobre  dernier.  Un  ouvrage 
que  je  crois  devoir  meutionner,  quoiqu'il  ne  soit  encore 
qu'en  projet,  est  la  nouvelle  édition  avec  des  correc* 
tiens  et  un  supplément  du  Dictionnaire  géographique  y 
statistique  et  historique  de  VEspagne  et  du  Portugal^ 
publié  de  1826  à  1829»  par  notre  collègue  don  Sé- 
bastien de  Miôano,  et  dont  j'ai  déjà 'rendu  compte 
dans  le  Bulletin.  Cette  nouvelle  édition  sera  publiée 
par  M.  Pascal  Madoz. 


(489) 

PORTUGAL. 

Cartes, 

L'année  i84«  n'a  vu  paraître  aucane  carte  hydrogra- 
phique des  côtes  de  Portugal ,  et  j'ai  seulement  à  vous 
signaler 9  et  un  peu  vaguement  encore,  deux  cartes 
géographiques;  l'une  de  la  province  dCAlgatve  qui 
vient  d'être  publiée  à  Lisbonne  ;  la  seconde  ,  qui  s'a- 
chève maintenant  dans  la  même  ville,  donnera  le  cours 
du  Duero  depuis  la  frontière  espagnole  jusqiCà  la  mer,  à 
l'échelle  de  4  pouces  anglais  pour  une  lieue  portugaise. 
Elle  doit  être  accompagnée  d'une  autre  carte  du  district 
des  vignobles  environnants^  dressée  à  la  même  échelle. 

Voyages,  ouvrages  géographiques,  etc. 

Je  ne  connais  aucun  voyage ,  ni  aucun  autre  ou- 
vrage géographique  qui  ait  été  publié  cette  année  sur 
le  Portugal.  Il  parait  que  dans  ce  pays  on  s'est  attaché 
depuis  quelque  temps,  plutôt  à  reproduire  d'anciens 
ouvrages,  et  à  mettre  au  jour  les  documents  du  moyen- 
âge»  restés  ensevelis  si  longtemps  dans  la  poussière 
des  archives,  et  qui  font  tant  d'honneur  au  génie  por- 
tugais, qu'à  en  donner  de  nouveaux.  C'est,  au  surplus, 
en  traitant  de  l'Asie  et  de  l'Afrique,  ainsi  dans  la  sec- 
tion des  ouvrages  géographiques  généraux,  qu'on  trou- 
vera l'annonce  des  dernières  publications  de  l'Acadé- 
mie des  sciences  de  Lisbonne  et  des  autres  sociétés  ou 
des  savants  portugais. 

EUROPE  EN  GÉNÉRAL. 

Je  me  suis  occupé  jusqu'à  ce  moment  des  cartes  et 
des  ouvrages  géographiques  consacrés  à  des  contrées 

XVIII.    DÉGEMERB.    7.  3a 


(  490  J 
particulières.  Je  Tais  vous  entreteDir  maintenant,  avant 
de  passer  aux  autres  parties  du  monde,  de  ce  qiû 
m*a  paru  mériter  de  vous  être  signalé  »  soit  sur  TEo- 
rope  prise  en  général ,  soit  sur  plusieurs  de  ses  par- 
ties qui  auraient  été  représentées  sur  la  même  carte, 
ou  dont  il  aurait  été  parlé  dans  le  même  ouvrage. 

Cartes, 

On  doit  à  notre  collègue  M.  Desjardins ,  outre  aw 
Carte  hydrographique^  des  Cartes  météorologique^  ùrogror 
phique  et  muette  de  l'Europe  9  publiées  en  1842  «  et  a 
M.  Ober-Mûller  ^  une  Carte  ethnographique  de  l'Europe; 
cette  dernière  est  la  i**  feuille  d'un  atlas  daDs  lequel 
l'auteur  se  propose  de  représenter  sur  des  cartes  à  la 
même  échelle  les  diverses  localités  de  l'Europe  habi- 
tées aujourd'hui  par  des  peuples  de  même  race,  de 
même  origine ,  de  même  religion  et  parlant  la  même 
langue ,  ou  au  moins  des  langues  dérivées  de  la  même 
souche.  Les  différentes  cartes  énumérées  ci-dessos 
ont  été  publiées  à  Paris* 

C'est  à  Kœnigsberg  que  M.  Brauns  a  publié  en 
1841»  en  16  feuilles,  une  Carte  murale  de  l'Europe, 
titre  qui  me  semble  assez  bizarre ,  quoiqu'il  soii 
adopté  ;  et  c'est  à  Berlin,  en  1 8/|S,  que  M.  Krûmmera 
fait  paraître  la  3"  édition  d'une  carte  semblable, 
en  4  feuilles.  Enfin  M.  Mahlmann  a  donné,  en  i84i  * 
dans  la  même  ôapitale  une  Carte  générale  de  l'Europe. 

Voyages ,  ouvrages  géographiques ,  etc> 

J'ai  peu  d'ouvrages  remarquables  à  vous  citer. 
Je  porterai  d'abord  votre  attantion  sur  le  Voyage  a 
Constantinople ,  par  le  Rhin  et  le  Danuife ,  en  1 84o  »  et  en 


(  49>  ) 
Portugal^  en  Espagne ^  etc*^  en  iSSg,  effectué  par  un 
haut  personnage  diplomatique,  G.-W.  Vane»  marquis 
de  Londonderry.  Je  n'ai  point  lu  cette  relation  an- 
noncée par  VEdinburgk  Reçiew  dans  son  numéro  d'oc- 
tobre dernier  »  et  qui  vient  d'être  publiée  en  Angle- 
terre en  deux  volumes  in-8<^;  je  ne  pois  donc  ga- 
rantir qu'elle  ait  fait   faire  de    grands  progrès  à  la 
géographie^  malgré  les  documents  dont  le  noble  auteur 
l'a  accompagnée ,  et  qui   se  composent  de  sa  corres* 
pondance  avec  le  prince  de  Mettemich ,  lord  Ponson- 
by,  lord  Palmerston,  etc.  Je  vous  signalerai  ensuite 
l'ouvrage  de  M.  John  Barrow,  intitulé  :  laLomhardie  au- 
trichienne^ le  Tyroletla  Bauière;  tine  brochure  pleine 
d'intérêt  sur  la  Hongrie  et  la  Valachie  que  Ton  doit  à 
M.  Thouvenel  »  jeune  et  spirituel  diplomate  qui  a  visité 
en  observateur  judicieux  les  pays  qu'il  décrit;  une 
deuxième  édition  de  la  Suisse ,  la  Savoie  et  le  Piémont , 
publiée  en  Angleterre  par  un  auteur  anonyme,  et  un 
Aperçu  général  de  la  structure  géologique  des   Alpes , 
par  M.  Struder ,  avec  des  observations  générales  de 
M.  Desor. 

Je  vous  dirai  aussi  que  M.  Pirlot  d'Ath,  notre  col- 
lègue, a  fait  paraître  cette  année  à  Bruxelles  un  Tableau 
synoptique  et  comparatif  de  V Europe  en  1841;  que 
M.  d'Amim  a  publié  la  même  année ,  à  Berlin  »  le 
second  volume  de  ses  Observations  pendant  ses  ^voyages 
en  France  et  en  Espagne  au  commencement  de  i84if 
et  je  terminerai  en  vous  annonçant  que  M.  de  Tscha- 
bufchnigg  a  fait  imprimer  à  Vienne  en  1 84d ,  en  un 
volume  în-8*,  la  Relation  de  ses  voyages  en  Italie,  en 
Suisse  et  en  Allemagne. 


(49«  ) 

ASIE. 

Cartes  hydrographiques. 

Pendant  que  nos  officiers  de  marine  et  ceux  de  nos 
hydrographes  qui  naviguent  avec  eux  dans  les  mers  de 
l'Asie  explorent  les  côtes»  sondent  les  écaeils,  prennent 
note  des  dangers  et  réunissent  des  matériaux  j  les  hy- 
drographes restés  au  dépôt  de  la  marine  étudient  ces 
matériaux  et  s'en  servent  pour  rectifier  les  cartes  déjà 
anciennes,  ou  pour  en  dresser  de  nouvelles  plus  exactes. 
M.  Daussy  a  continué  cette  année  à  s'occuper  du  re« 
nouvellement  des  cartes  des  mers  de  l'Inde;  il  a  publié 
un  routier  des  mers  Australes  9  comprises  entre  le  méri- 
dien du  cap  de  Bonne'- Espérance  et  du  port  du  Roi  George^ 
et  une  Carte  des  côtes  orientales  de  la  Chine. 

Les  officiers  de  la  marine  anglaise  et  le  bureau  hy- 
drographique de  l'amirauté  ont  rendu  de  grands 
services  à  la  science  dans  cette  partie  du  monde. 
Les  commanders  Graves  et  Brook  ont  examiné  avec 
soin  les  côtes  occidentales  de  TAsie^Mineure.  Le  pre- 
mier de  ces  officiers  s'occupe  maintenant  de  rezjrfo- 
ration  des  côtes  de  Crète  et  de  Chypre  ;  lorsque  ce 
travail  sera  terminé ,  il  lèvera  celles  de  la  Syrie  et  de  la 
Palestine,  et  si  une  occasion  favorable  se  présente,  il 
déterminera  chronométriqucment  la  longitude  de  Jé- 
rusalem. D'autres  officiers  anglais  ont  exploré  les  côtes 
de  l'Inde,  de  la  Chine  et  les  mers  qui  les  avoisinent» 
et  l'amirauté  a  mis  en  œuvre  les  matériaux  qu'ils 
lui  ont  fournis.  On  trouvera  en  note  la  liste  des  car- 
tes hydrographiques  des  côtes  de  Chine  récemment 
publiées  par  ses  soins  (1). 

(i)  Cartes  hydroqraphùjues  des  côtes  de  la  Chine  ^  pabliéet  parFaBiv 
rautë  anglaise  en  i84i  et  1842. 
Feuille  V  de  Kwesan  au  golfe  de  WhangO'Ho;  publiée  en  1840, 
corr.  en  iS4a* 
Échelle,  1  millimètre  pour  1  mille. 


(493  ) 

M.  John  Walker^  géographe  de  la  Compagnie  des 
Indes  orientales,  vient  de  publier  de  son  côté  plusieurs 
cartes  hydrographiques  de  la  Chine  : 

I*  Carte  des  passages  pour  aller  par  testa  la  Chine* 

Feuille  Vil.   mer  Jaune  et  golfe  de  Peehi^Li  publiée  eu 
i84o9Corr.  en  1843. 
Échelle ,  a>B,65  pour  1  mille. 
-^      Route  de  Fambassade  anglaise  le  long  de  la  rivière  Yang- 
Tie-Kiang^  par  le  capitaine  lord   Golchester,  lev.  en 
1816,  publ.  en  1841* 
Échelle  9>,  7  pour  i  mille. 

—  Port  d*Amoy ,  par  le  commander  GoUioson  et  W.  Mate, 

levé  en  i84i  9  publié  en  1842. 
^-       Plan  du  canal  deLowand^  dans  les  îles  Chusan ,  par  Dru- 
ry,  levé  en  1 84o ,  publié  en  1 84 1  • 
Échelle  9  ii^^^S  pour  i  mille. 

—  Plan  du  canal  de  Too^To-Shany  dans  les  îles  Chusan , 

par  le  lieutenant  CoUinaon,  i84t  * 
Échelle ,  1  a",5  pour  i  mille. 

—  Plan  des  canaux  de  Kintang  et  Black-Wall ,  dans  les  îles 

Chusan ,  par  J.  Pascae ,  x  84 1  • 

—  Plan  de  ienlrée  du  Vang-Tse^Kiang  ^  par  le  capitaine 

Béthane,  i84i- 
Échelle  9  6% a  pour  i  mille. 
-—       Plan  du  port  de  Ting-Hae^  dans  les  îles  de  Chusan ,  par  le 
lieutenant  CoUinson ,  1 84i  • 

—  Esquisse  du  ilétroit  et  des  îles  de  Miatao ,  qui  se  trou- 

vent à  rentrée  du  golfe  de  Pécbeli,  par  Vf.  Dillon, 
levé  en  1840  9  publié  en  i84i- 
Échelle ,  1  i^^i  pour  i  mille. 

—  Esquisse  de  rentrée  de  la  rivière  Peiho  et  des  bancs  de  Sha^ 

Lui-Tien^  par  Norsworthy,  master^  levé  en  i84o,  pu- 
blié en  i84i» 
Échelle  f  9%6  pour  1  mille. 

—  Esquisse  de  la  baie  de  Hu'lM-Shan  ou  Ross ,  par  Sead  , 

master^  levé  en  1840  9  publié  en  1841* 
Échelle  ,  i  a"*,6  pour  1  mille. 


(  494  ) 

Les  feuilles  4  et  5  comprenant  la  c6t€  sepienlrionale 
de  l'Australie ,  et  tous  les  passages  entre  les  lies  Sa* 
lomon,  le  détroit  de  Torres ,  etc.,  sont  ienninées; 
2*  Carte  de  la  partie  méridionale  de  la  mer  de  CAime , 
avec  les  détroits  de  Singapore,  Duriam,  Banca»  Sanda, 
Gaspard ,  Carimata ,  etc. 

Le  même  géographe  annonce  comme  devant  bientôt 
paraître  une  carte  des  côtes  orientales  de  la  Chine,  depuis 
Macajo  jusque  auYang^Tse-'Kiang  et  aux  îles  Chusan^  en 
deux  grandes  feuilles,  accompagnée  de  plans  séparés 
des  ports  ouverts  au  commerce  anglais  d'après  le  der- 
nier traité  avec  les  Chinois,  ainsi  que  du  tracé  de  la  na- 
vigation intérieure  entre  Nankin  et  Chusan.  On  lui  doit 
aussi  : 

i""  Une  Carte  de  Vocéan  Indien»  s'étendant  da  cap  de 
Bonne-Espérance  à  Calcutta ,  et  comprenant  la  mer 
Rouge  et  le  golfe  Persique.  Cette  carte ,  dressée  d'après 
les  levés  des  officiers  de  la  Compagnie  des  Indes  orien- 
tales et  de  la  marine  royale ,  est  en  deux  feuilles. 

s*  Une  Carie  générale  de  la  rivière  Hoof^hif  et  de  ses 
entrées»  depuis  Palse^Point  jusqtCà  Calcutta^  d'après 
les  levés  faits  en  i84i  par  le  capitaine  Lloyd  et 
par  d'autres  officiers.  Je  n'ai  point  la  certitude  qae 
cette  dernière  soit  la  même  que  la  Carte  des  bancs  et 
canaux  formant  Ventrée  de  la  rivière  Hooghfyp  que  le  ca- 
pitaine Lloyd  a  fait  paraître  à  Calcutta,  en  i84si  d'a- 
près les  levés  faits  par  lui  l'année  précédente ,  en  une 
feuille  ,  à  l'échelle  de  6  millimètres,  5  pour  i  mille. 

CARTBS  GioGRAPHlQUBS  BT  AUTRBS. 

Turquie  dAsie^  Perse. 

Le  voyage  scientifique  que  M.  le  comte  Jaubert  vient 
d'exécuter  en  Orient  a  déterminé  M.  le  colonel  Lapie 


(495) 

à  dresser  et  à  publier  une  Carte  île  la  Turquie  d* Asie  et 
de  la  Perse  en  4  petites  feuilles,  à  l'échelle  de  i/36ooooo. 
Cette  carte,  qui  contient  les  principaux  itinéraires 
des  voyageurs  botanistes  qui  ont  visité  l'Orient  depuis 
le  zvi«  siècle  jusqu'à  nos  jours,  est  extraite  d'un  grand 
travail  dont  M.  Lapie  s'occupe  depuis  longues  années, 
et  pour  lequel  il  a  recueilli  de  nombreux  matériaux; 
il  se  propose  de  le  publier  à  l'échelle  de  i/ 1200000. 

Palestine^  Arabie^  Asie-Mineure, 

Je  ne  ferai  que  mentionner  ici  la  belle  carte  de  la  Syrie 
méridionale  de  M.  le  commandant  Gallier,  parce  qu'il 
en  a  été  rendu  compte  à  l'avance  dans  le  précédent 
rapport,  et  je  ne  consacrerai  également  que  quelques 
lignes  à  deux  autres  cartes  qui  ont  paru  celte  année  à 
Berlin  »  savoir  : 

Carte  delà  Palestine  ^  tracée  par  M.  Kiepert,  princi- 
palement d'après  les  recherches  de  H.  Robinson^ 
en  une  feuille ,  et  Carte  historique  de  la  Palestine  et 
de  r Arabie  pétrée  que  M.  Mayr  a  publiée  également 
en  une  feuille.  On  grave  en  ce  moment  dans  la  même 
capitale  une  Carte  de  la  Phr/gie,  de  la  Dycaonie ,  de  la 
Cafadoce  et  de  la  Cilicie ,  levée  en  i85S  et  iSSg  par 
les  ^flEiciers  prussiens  au  service  de  la  Porte. 

Inde  et  pays  voisins. 

Je  ne  bornerai  à  citer  la  Carte  tle  l'Afghanis^ 
tan,  du  Penjab,  du  Rajapoutana  et  de  V Indus n  dres- 
sée par  I.  Wyld ,  géographe  de  la  reine  d'Angleterre. 
La  Carte  ie  F  Afghanistan  et  des  pays  voisins,  dressée 
d'après  leaderniers  levés  de  ces  contrées  qu'on  doit  aux 
officiers  attachés  à  l'armée  anglaise  dans  l'Inde ,  et  qui 


(  496  ) 
a  été  publiée  en  une  feuille  aous  les  auspices  de  U  coor 

des  directeurs  de  la  Compagnie  des  Indes  orientales , 
et  enfin  la  nouvelle  carte  de  VAfghoidstan ,  du  Ko- 
hd,  etc.,  qu'on  doit  à  M.  Qmmermann.  Cette  dernière 
donne  la  position  de  tous  les  corps  d'armée»  et  est  ac- 
compagnée d'un  folome  en  allemand»  petit  in-4*  mince, 
mais  qu'on  dit  très  instructif.  Dans  VAdcu  de  VAsie  oc- 
cidentale du  même  géographe,  dressé  à  l'échelle  de 
i/ssooooo»  dont  la  3«  livraison  a  paru  à  Berlin  en  i^%, 
on  remarque  une  carte  du  Khorasan,  tracée  d'après  la 
géographie  de  Ritter.  Ce  dernier  a  accompagné  le  sep- 
tième volume  de  son  ouvrage  sur  l'Asie  d'une  carte 
particulière  où  sont  indiquées  les  principales  chaînes 
de  cette  partie  do  monde ,  savoir  : 

La  chaîne  de  Ruenlen  et  autres  grandes  chaînes  cen- 
trales qui  courent  O.-E. 

Les  chaînes  au  nord  du  Ruenlen  et  des  précèdes- 
tes;  elles  se  dirigent  du  S. -S. -EL  au  N.-N.-O. 

Quelques  petites  chaînes  à  l'ouest  de  l'Indus  qui  cou- 
rent N« -S. 

Les  chaînes  à  l'est  de  T Indus  et  d'flétra,  direction 
N.-O.»  S.-E.  Six  profils  sont  joints  à  cette  carte. 

C'est  peut-être  ici  que  je  dois  citer  un  Mimoiresur 
les  sources  du  Tigre ,  et  sur  les  progrès  des  sciaices 
cartographiques  de  VAsie^Mineure  que  le  célèbre  gëigra- 
phe  prussien  a  lu  le  4  juin  i84s  à  l'Académii  des 
sciences  de  Berlin. 

Notre  collègue ,  M.  Tassin ,  vous  a  fait  himmage 
d'une  nombreuse  collection  de  car^e^  <fe  Flnoe^  dres- 
sées par  lui  9  et  litfaographiées  à  Calcutta.  Ules  don- 
nent sur  les  possessions  anglaises  de  l'Cndoustan 
et   sur  les  pays  voisins  un  ensemble  de  (Stails  pré- 


(  497  ) 
cieuz..  On  en  trouYera  l'énumération  en  note  (  i  ). 

La  Compagnie  des  Indes  orientales  continue  la  pu- 
blication de  son  Atlas  de  rinde;  au  commencement  de 
i84s,  len^  107  était  dans  les  mains  du  graveur,  et  les 
levés  étaient  complétés  pour  le  n*  7g.  La  feuille  qui 
contient  le  port  de  Merguy  a  aussi  élé  publiée  ;  celtes 
qui  donnent  la  partie  maritime  des  Sunderbunds , 
Temboucbure  de  la  rivière  de  Cbittagong ,  ainsi  que  la 
côte  depuis  la  pointe  Palmiras  jusqu'à  l'Hoogly  sont  à 
la  gravure ,  et  paraîtront  incessamment 

Le  levé  de  la  côte  occidentale  de  Cbeduba  et  des  tles 
et  bas-fonds  situés  au  midi  de  cette  Ile  a  été  complété 
parle  capitaine  Halstead;  celui  du  golfe  de  Manaar  » 
dont  s'occupe  H.  Franklin,  est  avancé. 

Le  levé  du  Cachemire  ,  avec  ses  passes ,  du  Ladak 
et  du  petit  Tibet ,  ainsi  que  le  cours  de  Tlndas  dans  les 
montagnes  où  il  prend  sa  source  et  la  reconnaissance 
des  Alpes  du  Punjah^  dont  s'occupe  H.  Vigne,  doivent 
être  terminés  en  ce  moment. 

Outre  la  Carte  de  V Afghanistan  et  des  contrées  voisi- 
nes dont  )'ai  fait  mention  plus  haut,  M.  Allen,  libraire 
de  la  Compagnie  des  Indes  orientales,  annonce  dans 
}e  dernier  numéro  de  V Asiatic  journal  ^  les  cartes  sui- 
Tantes  comme  étant  complètement  terminées. 

(i)  Cartes  de  l'Inde  publiées  à  Calcutta  par  M.  J.-B.  Tassin  ,  en 
3i  feuilles. 

I*  Carte  des  diverses  routes  entre  f  Europe  et  F  Inde  j  comprenaut 
PAsie  septentrionale  et  occidentale  avec  l'Asie-Mineare  et  l*Égypte. 
Calcutta  ,  1 834  )  4  f<euilles. 

3*  Carte  des  frontières  nonUouest  de  finde  Britannique^  compre- 
nant les  États  protégé  des  Sikh,  ainsi  que  le  Lahore,  le  Cachemire,  le 
Caboul,  le  Hérat,  le  Candahar,  le  Shikarpore  et  le  Bhawalpore , 
laSiod  et  le  Rajpoutana,  le  fleuve  Indus  et  une  partie  du  Belouchis- 
tan.  Calcutta,  t83S,  4  feuilles. 


(49»  ) 
1"  Carte  de  CInde  ,  avec  un  ladex  »  sous  le  formai 

in- 1 9,  contenant  les  noms  et  les  positions  géograplû- 

ques  de  tous  les  lieux  placés  sur  ladite  carte; 

3**  Carte  routière  de  l'Inde  avec  des  tables  des  disUfi- 
ces  entre  les  principales  villes  et  les  stations  militaires, 
en  une  feuille  ; 

3^  Carte  des  routes  par  terre  entre  V  Angleterre  et  finit 
avec  les  autres  lignes  de  communication,  en  uoe 
feuille  ; 

4^  Carte  des  provinces  occidentales  de  rHindoostoMt 
duPenJaub,  du  Kaboul  ^  du  Scinde,  etc.,  comprenant  tous 
les  États  entre  le  Candahar  et  AUahabad  •  en^feuilles; 

On  doit  enfin  à  H.  John  Walker ,  géographe  de  la 
Compagnie  des  Indes  orientales  déjà  cité,  une  Carte  def 
contrées  situées  sur  la  frontière  nord^ouest  de  Vlnde^  qui 
vient  d'être  publiée  (i). 

Chine. 

On  est  redevable  à  M.  Allen ,  que  )'ai  cité  plus  haut. 

3°  Carte  du  haut  Àssam ,  comprenant  les  districts  de  Jourhat,  Loc- 
kimpore  et  Sudiya ,  indiquant  les  différents  lieux  où  l'on  cuiûff  •' 
Ûïéy  d'après  Brnce,  et  aussi  les  routes  qu'on  se  propose  doatnr 
de  Sudiya  au  Bouri-Dihing.  Calcutta  ,  iSSg,  3  feuilles. 

4**  Carte  de  VAiie  orientale^  comprenant  la  CKioe ,  des  parties  di 
Thibet  et  de  la  Mongolie,  le  Boutan ,  FAssam ,  le  Burma  et  le  Bcog» 
oriental;  avec  TAnam,  le  Gambodia,  le  Siam,  le  Laos  ,  la  Pénmw* 
malaise  et  Tarcfaipel  Indien.  Calcutta,  iS4o,  3  feaillca. 

S*"  Carte  de  F  Inde  (  en  indostàni  ).  Calcutta ,  6  feuilles. 

6*  Carte  des  provinces  du  Bengale  et  Baharyavec  Btn^resttl»^ 
ritoires  adjacents^  montrant  les  divisions  de  districts  et  le*  st»»**"* 
civiles,  militaires  et  de  police,  ainsi  que  les  principau»  po»" 
Ton  cultive  l'indigo,  la  canne  à  socre.  et  où  Ion  élève  les  vris  > 
soie.  Calcutta ,  i  a  feuilles. 

(i)  Quoique  toutes  mes  citations  soient  faites  sur  de  boona  »«' 
tontes,  comme  il  ne  m'a  pas  été  toujours  possible  d'avoir  sous 
yeux  les  cartes  que  j'ai  mentionnées,  il  est  à  craindre  qn'il  ne  s* 
(;li8sé  de  doubles  emplois;  je  dois  en  prévenir. 


(  499  ) 
une  Carte  de  la  Chute,  en  une  grande  feuille  dressée 
d'après  les  informations  les  plus  authentiques,  et  qui 
a  paru  cette  année  ;  et  M.  Roost  avait  aussi  publié  à 
Munich»  en  1841»  en  une  feuille»  une  Carte  de  la  Chine 
h  Téchelle  de  i/65ooooo. 

Japon. 

M.  de  Siebold  vient  enGn  de  faire  paraître  en  Hol- 
lande (1849)  plusieurs  cartes  nouvelles  du  Japon  et 
quelques  plans;  ce  sont: 

1  *  La  Carte  de  V empire  du  Japon^en  une  feuille  grand- 
aigle»  dressée  en  i84o,  d'après  la  carte  originale  com- 
muniquée à  M.  de  Siebold  parles  astronomes  de  la  cour 
de  Jedo»  et  assujettie  aux  observations  de  l'amiral 
russe  de  Rrusenstem.  Les  cinq  villes  impériales  Miy  ako  » 
Jedo ,  Obosaka ,  Sakai  et  Nagasaki ,  ainsi  que  les  capi- 
tales des  66  provines  de  l'empire  sont  placées  sur  cette 
carte  d'après  leur  latitude  et  leur  longitude  observées 
par  les  astronomes  japonais. 

9*  Le  Plan  delà  baie  de  Nagasaki ,  dressé  en  i8a8» 
est  le  résultat  des  trayanx  de  M.  de  Siebold  pendant 
plusieurs  années.  On  trouve  sur  les  marges  une  vue 
coloriée  du  port  de  ce  nom,  et  la  coupe  de  la  factore- 
rie hollandaise  placée  dans  la  petite  lie  ou  tlot  de 
Dezima. 

S*  Le  Plan  du  détroit  Fan-der-Capellen,  que  les  Japo- 
nais appellent  Sunffo^Nada  »  et  qui  se  trouve  entre  les 
tles  de  Nippon  et  de  Kiusiu,  a  été  levé  par  les  astrono- 
mes du  pays  ;  M.  de  Siebold  en  a  vérifié  l'exactitude 
par  une  centaine  d'observations  faites  è  l'aide  de  la 
boussole  et  d'instruments  à  réflexion. 

4^  La  Caiie  de  la  presqu'île  de  Corée  y  dressée  en  1 84o^ 


(  5oo  ) 

est  une  copie  de  la  meilleure  carte  que  les  Japonais 
possèdent  de  ce  pays.  Elle  est  assujétie  aux  points  de 
la  côte  déterminés  par  les  derniers  foyagears. 

Pendant  les  années  1808  à  i8si6 .  des  cartes  vpé- 
ciales  de  tout  l'empire  ont  été  levées  par  les  ordres 
du  gouvernement  japonais  à  une  échelle  double  de 
celle  que  M.  de  Siebold  a  employée  pour  le  plan 
du  détroit  Van-der-Kapellen.  Ces  cartes  et  ces  plans  « 
revus  et  approuvés  par  M.  de  Rrusenstem  avant  d*ètre 
gravés  sur  pierre,  font  partie  de  l'atlas  hydrographi- 
que et  géographique  que  prépare  M.  de  Siebold. 

Oural ,  etc. 

De  quelque  importance  que  soient  les  travaux  dont 
je  viens  de  faire  mention ,  ce  sont  surtout  ceux  que  le 
gouvernement  russe  et  l'Académie  des  sciences  de 
Saint-Pétersbourg  ont  fait  exécuter»  particulièrement 
sur  l'Asie  centrale  et  sur  la  chaîne  de  TOural»  et  dans 
lesquels  il  est  honorable  pour  nous  de  voir  figurer  des 
noms  français»  dont  je  dois  vousentretenir  avec  quel- 
ques détails.  Vous  ne  pouvez  avoir  oublié  qu'au  mois 
d'août  dernier  un  officier  russe»  M.  de  Khanikoff»  mit 
sous  vos  yeux  des  cartes  manuscrites  de  diverses  contrées 
de  l'Asie  centrale  dans  lesquelles  il  a  résidé  plusieurs 
années  »  et  entre  autres  une  grande  carte  topographique 
de  la  chaîne  de  t Oural  »  fondée  sur  des  observations  as- 
tronomiques »  et  sur  un  grand  nombre  de  levés  spé- 
ciaux. M.  do  Kbanikoff  vous  annonça  que  ces  cartes,  ré- 
sulta tsd'un  travail  auquel  ilavaitcoopéré,devaientservir 

de  base  à  deux  ouvrages  qu'il  prépare,  Vun  consacré 
à  la  géographie  détaillée  des  pays  situés  etiU^  le  Folge , 
r Oural  ^  l'Oufa  et  le  Tobol;  et  le  second  à  la  des- 


(Soi  ) 

cription  de  toutes  les  contrées  entre  V  Oural ^  le  Tobol, 
VIrtisch ,  les  sources  de  VEnissey^  la  Chine  proprement 
dite,  le  Thibet,  V Afghanistan ^  et  la  route  de  Mechid  à 
Tabretz.  Quelques  mois  avant  cette  communication , 
sur  laquelle  je  reviendrai ,  M.  Murcbison  »  vice- 
président  de  la  Société  géologique  de  Londres,  sou- 
mettait à  la  Société  géographique  de  cette  capitale 
deux  cartes  des  montagnes  de  VOural^  également  manus- 
crites. L'une  d'elles  représente  les  explorations  le 
long  du  flanc  oriental  de  la  chaîne,  depuis  le  60* 
jusqu'au  65*  de  latitude  septentrionale,  faites  pendant 
deux  étés  consécutifs  par  le  capitaine  Strajefsky  ,  de 
l'école  impériale  des  mines*  maintenant  résidant 
à  Bogoslafsk;  l'autre  contient  la  description  de  l'Ou- 
ral méridional,  qui  diffère  sous  beaucoup  de  rap- 
ports de  l'Oural  septentrional  ;  c'est  la  réduction 
de  plusieurs  levés  soigneusement  faits  sous  la  di» 
rection  du  général  Perofsky,  et  sous  l'inspection  du 
général  Rokasofsky.  Aussi  exacte  dans  les  détails  phy- 
siques que  remarquable  par  la  délicatesse  du  tracé, 
cette  carte,  dit  H.  Murcbison,  ajoute  matérielle- 
mentaux  connaissances  que  nous  possédions  déjà  sur 
le  Sud-Oural,  et  corrige  beaucoup  d'erreurs  relative- 
ment à  la  direction  de  quelques  branches  de  la  chaîne 
immédiatement  au  nord  et  au  nord-est  d'Orenbourg. 
Endéfinitive ,  il  semble  incontestable  que  nous  ne  pos- 
sédons pas  encore  une  bonne  carte  gravée  des  monts  Ou- 
rals,malgré  les  travaux  qui  ont  été  faits  jusqu'à  ce  jour.et 
que  je  vais  résumer,  en  puisant  mes  informations  dans 
ja  notice  que  M.  de  Rhanikoff  a  bien  voulu,  sur  ma  de- 
mande, rédiger  pour  la  Société.  Les  voyages  de  Meyen- 
dorff  et  d*Ëversman  à  Boukhara,  la  description  des 
steppes  kirghises  de  Levschin,  etc.,  avaient   ouvert, 


(    503    ) 

dans  les  commencemenls  de  ce  stèclb,  ooê  ère 
nouvelle  à  la  géographie  de  TAsie  centrale  et  desmoDis 
Ourals.  Plus  récemment  Helmersen»  HotfmaDB,(l« 
Humboldt ,  et  quelques  autres  savants  voyageon 
ajoutèrent  de  nouveaux  et  précieux  renseignements  i 
ceux  qu'on  possédait  déjà  sur  l'Oural  méridional; 
Eichwald  éclaircit  plusieurs  questions  concernant 
la  mer  Caspienne  ;  Gebel  donna  une  description  dé- 
taillée des  steppes  entre  TOurai  et  le  Volga ,  et  l'iA 
dut  à  Nessedief  des  informations  d'un  haut  intérêt 
sur  les  habitants  de  ces  contrées.  Néanmoins,  de 
grands  vides  restaient  à  combler,  et  il  fallait  concilier 
de  nombreuses  contradictions.  Plusieurs  savants  et 
voyageurs  russes  entreprirent  cette  tâche  difficile  de 
i833  à  1643.  MM.  Federoff»  Lem  et  Vasiliew  ao; 

• 

mentèrent  le  nombre  des  points  astronomiques  qui 
devaient  servir  de  base  au  travail  des  levés  topographi- 
ques ,  et  le  littoral  oriental  de  la  mer  Caspienne  fut 
étudié  en  i835  et  en  i856.  Le  nivellement  opéré 
entre  cette  mer  et  la  mer  Noire  servit  de  base  à  l'esti- 
mation de  la  hauteur  absolue  des  steppes  kirghises  et 
de  l'Oural  méridional  :  car  c'est  des  bords  de  la  mer 
Caspienne  que  le  nivellement  a  été  conduit  en  181S 
jusqu'à  la  mer  d'Aral ,  et  trois  ans  plus  tard  à  Oreo- 
bourg»  auquel  se  rapportent  pour  la  plupart  les 
observations  barométriques  faites  dans  l'Oural  mé- 
ridional. La  météorologie  du  pays  fut  étudiée  arec 
soin  ;  la  géognosie ,  la  zoologie  et  la  botanique  oc- 
cupèrent M.  Eversman ,  et  M.  de  RhanikofT  fit  de 
l'ethnographie  et  de  la  topographie  des  diflirentes 
peuplades  soumises  dans  ces  contrées  A  la  Russie ,  et 
au  milieu  desquelles  il  avait  passé  cinq  ans,  l'objet  de 
ses  plus  sérieuses  études.  Ce  qui  avait  paru  de  mieo^ 


(  &o3  ) 

surTOural  était  dû»  suivant  M.  Murchison^èM.  le  baron 
Alexandre  de  Humboldt,  à  M.  Ermann  et  à  quelques 
autres  savants  prussiens,  et  sans  le  secours  des  docu- 
ments ,  fruit  de  leurs  travaux ,  le  docte  Anglais  et  ses 
amis  n'auraient  pu  dans  leurs  dernières  explorations 
de   l'Oural ,    auxquelles  H.    de  Khanikoff    fait  allu- 
sion, débrouiller  la  structure  de  la  chaîne.  Plusieurs 
cartes   détaillées  des  districts  des  mines  furent  dres- 
sées par  ordre  du  gouvernement  russe,  et  surtout 
la  Carte  générale  de  toute  la  chaîne  de  montagnes  de» 
puis  la  mer  du  Nord  jusqu^au  lac  d'jéral,  ouvrage 
récent  de  M.  Helmersen  ,  et  qui  a  le  plus  étendu  nos 
connaissances  sur  cette  chaîne.  Quoique  M.  Murchison 
eût  traversé  déjà  plusieurs  fois  le  pays  dans  différentes 
directions ,  la  première  inspection  de  la  carte  manu* 
scrite  de  l'Oural  méridional,  mise  par  lui  sous  les  yeux 
de  la  Société  royale  de  Londres  »  le  détermina  à  exa^ 
miner  de  nouveau  toute  la  chaîne  de  ces  montagnes; 
et  cet  examen  le  mit  en  état  de  faire  une  carte  générale 
avec  le  secours  du  comte  Keyserling  et  de  M.  de  Ver- 
neuil»  et  de  donner  à  la  Société.de  géographie  de  Lon- 
dres une  idée  assez  nette  des  différences  qui  existent 
entre  le  Sud-Oural  et  le  Nord-Oural.  Ayant  néanmoins 
la  conviction  que  les  observations  un  peu  précipitées 
qu'il  avait  faites  avec  ses  compagnons  ne  suffiraient 
point  pour  le  mettre  en  état  d'exposer  convenablement 
les  mérites  de  la  belle  carte  qui  lui  avait  été  donnée  » 
M.  Murchison  crut  devoir  engager  M.  de  Khanikoff,  se- 
crétaire du  général  Perofsky ,  dont  je  vous  ai  déjà  entre* 
tenus ,  et  qui  joint  à  une  haute  instruction  l'avantage 
d'avoir  soigneusement  étudié  cette  portion  de  lachalne, 
à  rédiger  à  loisir  une  description  du  Sud -Oural  pour 
senir  d'explication  à  la  carte. 


(  5o4  ) 

M.  de  Khanikoff  vous  a  informés  lui-même,  mes- 
sieurs» que  ee  travail,  qui  lui  avait  été  demandé, élail 
terminé  depuis  quelque  temps»  et  avait  été  remis  à  h 
Société  géologique  de  Londres  •  qui  se  proposait  k 
le  faire  imprimer  incessamment. 

VOYAGES  y  OUVBAGES  GiOGBÂPHIQUBS^  ETC. 

Asie  centrale ,  Monts  Ourals ,  etc. 

Il  est  vivement  à  regretter  que  nous  ne  possédions 
pas  encore  l'ouvrage  de  H.  lebaronde  Humboldt,  eoce 
moment  sous  presse ,  et  qui  doit  par  conséquent  pa- 
raître très  incessamment  à  Paris ,  enli  volumes  io-S*. 
avec  une  carte ,  sous  le  titre  »  à* Asie  centrale  ou  /2^ 
cherches  sur  les  chaînes  de  montagnes  et  la  climatologie 
comparée.  Il  serait  superflu  de  dire  qu'il  fera  bien  con- 
naître tous  les  travaux  exécutés  dans  l'Asie  centrale, 
et  qu'il  apportera  de  nouvelles  lumières  sur  la  question 
de  l'Oural. 

J'ai  parlé  de  la  carte  de  M.  Helmersen  »  et  j'ai  rap- 
porté les  éloges  que  lui  donne  M.  Murchison  ;  je  dois 
ajouter  que  la  deuxième  partie  de  la  Relation  historyp^ 
du  voyage  dans  POuralet  dans  les  steppes  des  Kirghiseswi 
savant  russe,  renfermant  les  résultats  scientifiques, était 
sous  presse  à  Saint-Pétersbourg  au  mois  de  décem- 
bre 184  !•  C'est  ici  le  lieu  de  vous  parler  des  Voyage 
aux  montagnes  de  V Oural  et  de  V Altaï  et  à  la  mer  Cùs- 
piennCf  faits  par  MM.  de  Humboldt,  Ehrenberg etRos^; 
dont  le  tome  II ,  qui  comprend  le  Foyage  dans  In  par- 
tie méridionale  de  V Oural  et  à  la  mer  Caspienne  a  paro 
à  Berlin  en  184 a  »  avec  4  planches,  9  cartes  etplo' 
sieurs  vues. 

On  ne  me  saura  sans  doute  pas  mauvais  gré  de  (âter 


(  5oS  ) 

aussi  des  Observations  météorologiques  Jaites  à  Ni/né- 
Taguilsk  {mont  Oural)  goinfemement  de  Perm^dii  !•'  oc- 
tobre i83g  au  3i  décembre  i  84o,  publiées  à  Paris  en 
1849»  en  un  volume  in-8*. 

Géorgie  1  Pajrs  autour  du  Caucase ,  Arménie , 
jisie^Mineure  t  Perse. 

Le  I*'  volume  in-4*  de  la  Description  géographique 
de  la  Géorgie  t  du  tsarévitch  Wakboucht,  traduite  du 
géorgien  en  français,  d'après  Toriginal  autographe, 
par  M.  Brosset,  membre  de  TAcadémie  des  scien* 
ces  de  Saint-Pétersbourg,  a  paru  dans  cette  ville 
vers  la  Gn  de  i84i;  il  renferme  de  nombreuses  cartes, 
et  tout  porte  à  croire  que  la  publication  des  volumes 
qui  devaient  suivre  est  aujourd'hui  terminée.  Un  ou- 
vrage d'un  grand  mérite,  où  il  est  aussi  question  de  la 
Géorgie  en  même  temps  que  d'autres  contrées  de 
l'Asie,  doit  être  mentionné,  quoiqu'il  remonte  déjà 
à  plusieurs  années  :  c'est  le  Voyage  autour  du  Cau- 
case chez  les  Tcherkesses  et  les  Abkases^  en  Colchide , 
en  Géorgie ,  en  Arménie  et  en  Crimée ,  de  M.  Frédéric 
Dubois  de  Monlpéreux  ,  auquel  la  Société  de  géogra- 
phie a  accordé  le  prix  annuel  de  1 838.  Sur  les  six  vo- 
lumes dont  celte  relation  doit  se  composer ,  cinq  ont 
déjà  paru  à  Paris ^  avec  une  partie  de  l'atlas,  qui  doit 
être  à  la  fois  géographique,  pittoresque,  archéologi- 
que ,  géologique ,  etc.  ;  suivant  toutes  les  probabili- 
tés, le  sixième  volume  ne  tardera  pas  à  paraître. 
M.  Koch  a  aussi  publié  àStuttgard,  en  1842,  la  re- 
lation de  son  Voyage  dans  les  pays  du  Caucase.  L'au- 
teur se  propose  d'entreprendre  prochainement  une 
autre  excursion  dans  les  mêmes  contrées. 

XVIII.    DÉCEMBRE.    8.  33 


(  5o6  ) 

Par  ses  Recherches  sur  CAsie-Mineure,  le  Pont  et  V Ar- 
ménie^ M.  W.  J.  Hamil ton ,  secrétaire  de  la  Société  de 
géologie  de  Londres  »  a  rendu  d'immenses  services  à  la 
géographie  et  à  la  géologie  de  l'une  des  portions  les 
plus  intéressantes  du  monde  habité  ,  dont  il  fait  bien 
connaître  également  les  antiquités.  Son  ouvrage  a  paru 
à  Londres^  en  1849»  en  deux  volumes  in-8*,  accompa- 
gnés d'une  Carte  de  P Asie^Mineure  ^  dressée  par  J. 
Arrowsmith,  d'après  des  documents  originaux  en 
grande  partie  fournis  par  M.  Hamilton  lui-  même. 

La  Société  ayant  déjà  entendu  citer  plusieurs  fois  h 
Description  de  l'Asie  -  Mineure  que  notre  collègue 
M.  Charles  Texier  publie  sous  les  auspices  du  ministre 
de  l'instruction  publique  »  )e  crois  devoir  me  bornera 
annoncer  qu'il  en  a  déjà  paru  S2  livraisonst  dont  4  en 
i84s»  en  faisant  remarquer  qu'elles  se  composent 
uniquement  de  planches ,  à  l'avertissement  et  à  rin- 
troduction  près.  C'est  une  observation  qu'on  peut  faire 
à  l'égard  de  beaucoup  d'autres  publications  par  livrai- 
sons» et  appliquoren  particulier  au  splendide  ouvrage  de 
M*  le  comte  Léon  deLaborde  sur  rAsie-Mineure,  com* 
mencé  en  1837»  dont  on  possède  de  nombreux  et  très 
beaux  dessins,  mais  deux  pages  seulement  du  com- 
mencement de  l'introduction  (i).  Une  partie  des  pays 
explorés  par  MM.  Texier  et  de  Laborde  l'ont  étéégal^ 
ment  par  M»  Coste ,  architecte  connu  par  un  bel  oo- 
vrage  sur  les  monuments  arabes  du  Caire .,  et  par 
M.  Flandin ,  jeune  peintre  fort  spirituel.  Mais  c'est  sar- 

(1)  L*ouTrage  de  M.  Léon  de  Laborde  a  pour  tiu«  :  Foyaget» 
Orient^  et  se  divise  en  deux  parties  :  1*  Voyage  de  VAne^Minentty 
et  a*  Foyage  de  la  Syrie  i  le  premier  seni  est  commencé,  ainsi  que  je 
l'ai  dit.  L'onvrage  entier  doit  se  composer  de  400  tims  liistorii|aef*<^ 
TAsie-Mineure  et  de  la  Syrie. 


(  5o7  ) 

tout  la  Perse  que  ces  deux  voyageurs  se  sont  attachés  à 
décrire  en  artistes  et  en  archéologues;  Adjoints»  sur  la 
proposition  de  l'Académie  des  beaux-arts ,  à  l'ambas- 
sade française  envoyée  à  Téhéran  vers  la  fin  de  i  SSg , 
MM.  Coste  et  Flandin  sont  de  retour  de  leur  voyage  • 
pendant  lequel  ils  ont  fait  une  ample  récolte.  Il  n'entre 
point  dans  le  cadre  que  j'ai  dû  me  tracer  de  vous  entre- 
tenir des  travauxartistiques  des  deux  voyageurs,  dont  le 
savant  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  des  beaux- 
arts  a  rendu  un  compte  avantageux  à  cette  compagnie 
dans  son  rapport  du  mois  de  septembre  dernier.  Je  dois 
me  borner  à  dire  qu'en  explorantsousle  rapport  de  l'art 
les  localités  de  Téhéran  •  Ispahan«  Hamadan,  Rirmans- 
chah,  Rengavar»  Bisutun ,  Serpoul-Zohab ,  Hader-i-Su- 
leiman,  présumé  le  site  de  l'ancienne  Pasagardje,  Ista- 
kar,  l'ancienne  Persépolis»  Tschel-Hinar,  siège  du  palais 
des  rois  Achementdes»  avec  les  localités  voisines  de 
Nachshi-Radjab  et  de  Nachshi*Roustan,  Chiraz-Sha* 
pour,  Firouzabad ,  Fessa  »  Darabgerd  et  Selphistan ,  ils 
ont  rendu  service  à  la  géographie  proprement  dite. 
Ils  lui  ont  été  surtout  utiles  en  rapportant  plusieurs 
itinéraires,   parmi  lesquels   je  citerai  ceux  d'Ama- 
ret  à  Ringevar ,   par  Ouradgir  et  Nahavand  ;  de  Ta- 
briz  à  Baghdad  par  Ouroumiah-Saouboulad ,  Sche- 
her,  Banah,  Suleimanih  et  Rifri;  et  de  Djezireh  h 
Diarbekir  par  la  rive  droite  du  Tigre.  Si  la  province 
persane  de  Choster,  partie  de  l'ancienne  Sogdiane, 
est    restée  seule  en  dehors  de  leurs   explorations, 
parce  que  des  difficultés  plus  fortes  que  leur  volonté , 
jointes  au  manque  absolu  de  ressources»  les  ont  empê- 
chés à  deux  reprises  de  pénétrer  dans  cette  province , 
jusqu'ici  presque  absolument  inaccessible  aux  voya- 
geurs européens»  ils  ont  du  moins  visité  les  ruines  de  Ba- 


(  5o8  ) 

byloDe  et  deClésiphon.  Us  onlpo  examiner  aussi  celles 
de  Ninive,  situées  près  de  Hossoul  ;  et  ce  qai  est  on  atan- 
tage  inappréciable  pour  le  but  qu'ils  se  proposaient, 
il  leur  a  été  loisible  de  séjourner  dans  celles  de  ces 
localités  qui  comportaient  un  travail  considérable,  tool 
le  temps  qu'exigeait  la  pleine  et  entière  exécution  de  ce 
travail.  Espérons  que  M.  le  ministre  des  affaires  étraiH 
gères ,  qui  avait  invité  les  deux  Académies  des  beaox- 
arts  et  des  inscriptions  à  lui  faire  connaître  leuratis 
sur  le  mérite  des  travaux  de  MM.  Coste  et  Flandio, 
adoptera  l'opinion  émise  en  faveur  de  ces  travaux  dont 
te  rapporteur  recommande  la  prompte  publication  qu'il 
considère  comme  devant  être  l'une  des  plus  utiles  à  la 
science  et  des  plus  honorables  pour  le  pays. 

Vous  n'apprendrez  pas  sans  intérêt  que  H.  Kieperi. 
dont  j'ai  déjà  eu  l'honneur  devons  entretenir,  explore 
en  ce  moment ,  acompagné  des  naturalistes  Law  el 
Berends,  et  de  M.  Schœnbom,  archéologue  et  philo- 
logue ,  les  districts  les  moins  connus  de  la  partie  suo- 
ouest  de  l'Asie-Mineure  ,  et  qu'on  a  l'espoir  de  wir 
bientôt  paraître  la  relation  du  voyage  que  H.  Edmond 
Boissier.  savant  Genevois,  a  fait  depuis  peu  en  Oricnl, 
et  particulièrement  dans  l'Asie-Mineure. 

Avant  d'examiner  quels  sont  les  travaux  géographi- 
ques qui  ont  été  effectués  sur  l'Inde  et  sur  les  pays  voi- 
sins, )e  ne  dois  pas  oublier  d'annoncer  la  publicatioo 
des  Relations  de  voyage  en  Orient^  de  i85oà  i858,  ^ 
M.  Aucher-Eloy  ,  voyageur  intrépide  et  plein  de  lile 
pour  la  science ,  qui ,  après  avoir  parcouru  pendant 
huit  années  la  Turquie ,  la  Grèce ,  la  Syrie ,  TEgyple. 
l'Arabie  et  la  Perse  »  est  venu  mourir  à  Djalfo,  ouDjulfc 
près  d'Ispahan  (i).  Ses  relations,  revues  et  annotfei 

(i)  Suivant  le  Journal  de  la  Ubrairie,   i84a  ,  page  668,  P»***' 


(  5o9  ) 
par  M.  le  comte  JauberU  el  accompagnées  d'une  carie 
géographique ,  sur  laquelle  sont  tracés  tous  les  itiné- 
raires suivis  par  le  voyageur,  forment  comme  un  ap- 
pendice aux  Illustrationes  P/antaru/n  orientalium  »  ou 
choix  de  plantes  nouvelles  ou  peu  connues  de  TAsie 
occidentale  que  M.  le  comte  Jaubert  publie  en  ce 
moment.  J'aurai  encore  à  vous  signaler  une  Notice 
géographique  et  historique  sur  les  contrée  t  situées  sur 
les  bords  de  HEuphmte^  parle  colonel  Ghesncy,  qui 
a  commandé  l'expédition  chargée  en  ]836  de  s'assu- 
rer de  la  possibilité  de  naviguer  sur  ce  fleuve.  Elle  est 
maintenant  sous  presse  à  Londres,  et  contiendra  i4S 
vues  et  i3  cartes,  représentant  le  cours  de  l'Euphrate 
et  du  Tigre»  et  les  pays  traversés  par  ces  fleuves.  Depuis 
l'expédition  du  colonel  Ghesney,  la  compagnie  des  Indes 
orientales  fait  continuer  les  explorations  si  bien  com- 
mencées par  cet  habile  officier,  et  elle  a  mis  à  cet  effet 
quatre  bateaux  à  vapeur  sous  les  ordres  du  capitaine 
Lynch,  auquel  on  doit  une  belle  Carte  du  cours  du  Tigre ^ 
depuis  Ctésiphonjusqu*à  Moussoul^ 

STBIB,  PALESTINE,  ARABIE,  ETC. 

Je  ne  dois  pas  passer  sous  silence  le  Voyage  depuis 
les  sources  du  Jourdain  jusqu'à  la  mer  Rouge,  que  M.  Jules 
de  Bertou  vient  de  faire  paraître  à  Paris,  et  qui  n'est , 
je  crois,  que  la  reproduction,  avec  quelque^  dévelop- 
pements, des  mémoires  qu'il  a  insérés  dans  notre  Bul* 
letin  ;  et  je  mentionnerai  aussi  l'extrait  d'une  lettre  de 
H.  Alderson,  adressée  à  la  Société  royale  de  Londres, 
renfermant  une  Notice  intéressante  sur  l'opération  trigo- 

Martin-Reini  Aucher,  né  à  BloU,le  a  octobre  1793,  est  mort  le  6 
octobre  i836  au  couvent  de  Djal/a,  à  Ispahan. 


(  5io  ) 

nométriquefaite,  à  la  fin  de  novembre  i84i*  parlebeu- 
lenantSy monda,  de  la  marine  royale  britannique^poor 
déterminer  la  dépression  si  souvent  contestée  «  da  ni- 
veau de  la  mer  Morte  relativement  au  niyeau  de 
la  Méditerranée.  Notre  compatriote  et  collègue,  M.  de 
Bertou ,  a  eu  la  gloire  de  reconnaître  le  premier ,  par 
des  mesures  barométriques ,  la  dépression  énorme  da 
sol  de  la  vallée  du  Jourdain.  Ses  calculs ,  i  peu  près 
conformes  à  ceux  de  MM.  Moore ,  Beek  et  RussiDger, 
ont  été  confirmés  par  les  récentes  opérations  du  liea- 
tenant  Symonds.  Si ,  quant  an  niveau  de  la  mer  Morte 
au-dessous  des  eaux  de  la  Méditerranée,  les  évaluation! 
de  M.  de  Bertou  (4i9"'»8)  se  rapprochent  des  résallats 
obtenus  par  M.  Symonds  (i  ,200  piedsanglais  ou  4o9*)i 
il  n'en  est  pas  de  même  du  lac  de  Tibériade ,  qoe  le 
premier  fixe  &  95o",3  »  et  le  second  à  SaS  pieds  an- 
glais ou  100",  au-dessous  du  même  niveau,  différence 
énorme  dont  il  est  difficile  de  se  rendre  compte. 

Pendant  son  voyage  à  Petra ,  M.  le  baron  de  Kolier 
a  décrit  une  route  par  terre  du  mont  Sinaî  à  At<^ 
bah  ;  et  ,1e  dernier  numéro  du  Journal  de  la  Société 
géographique  de  Londres  a  publié  un  extrait  de  cet 
itinéraire,  adressé  à  la  Société  par  l'auteur,  avec  une 
carte  et  une  esquisse  topographîque  détaillée  des  en- 
virons du  mont  Sina! ,  que  Téditeur  n*a  pas  cru  deroir 
reproduire.  La  notice  de  M.  le  baron  de  Kolier  est 
un  supplément  aux  informations  sur  la  péninsole 
de  Sinal  contenues  dans  l'itinéraire  de  Rûppell  de 
Suez  à  Akabahy  aux  voyages  du  comte  Léon  de  U- 
borde,  et  au  récit  de  M.  Robinson,  inséré  dans 
le  même  journal  de  la  Société  géographique  de  Loo^ 
dres.  Le  tome  m  de  la  traduction  allemande  de  b 
Palestine  et  des  pays  voisins^  de  ce  dernier  voyageur  1 


(  5'i  ) 
a  été  publié  à  Halle  en  1 84 1  ;  el  l'on  doit  à  M.  Drochster 
un  savant  ouvrage  qu'il  a  fait  paraître  en  i849> 
à  Erlangen»  en  un  volume  in-4*ff  sous  le  titre  de: 
De  Arabicœ  gerUis  ac  terrœ  indole  una  eademque.  J'au- 
rai aussi  à  mentionner  le  savant  Commentaire  géo- 
graphique  sur  r Exode  et  sur  les  Nombres ,  que  M.  le 
comte  Léon  de  Laborde  a  publié  l'année  dernière  en 
un  volume  in-folio,  et  qu'il  a  accompagné  de  dix 
cartes.  Après  une  introduction  spécialement  consacrée 
à  la  cartographie  chez  les  anciens,  M.  de  Laborde  s'est 
livré  à  un  ensemble  de  recherches  sur  les  contrées  où 
se  sont  accomplis  les  faits  de  l'histoire  sainte ,  et  ses 
propres  voyages  lui  permettaient  de  faire  avec  succès 
un  tel  examen. 

AFGHANISTAN  ,  INDE  ET  PATS  VOISINS. 

Les  d^niiers  événements  survenus  dans  TAfghanis- 
ian  »  quelque  funestes  qu'ils  aient  été  dans  le  début 
pour  les  armes  anglaises  »  augmenteront  certainement 
nos  connaissances  géographiques  sur  ce  pays  et  sur  les 
contrées  voisines  que  plusieurs  voyageurs  ont  par- 
courus et  décrits  depuis  peu  de*temps.  Je  citerai»  parmi 
les  relations  les  plus  récentes,  deux  ouvrages  sur  l'Af- 
ghanistan par  M.  James  Atkinson ,  une  Description  de 
rinde  et  de  V Afghanistan  qu'on  doit  à  M.  J.  Harlan,  et 
le  récit  de  diverses  excursions  dans  leBeUmchistan^  V Af- 
ghanistan et  le  Penjab^  faites  par  M.  C.  Masson,  pendant 
une  résidence  de  douze  ans  dans  ces  contrées^  de 
i8s6  à  i838,  qui  a  paru  dernièrement  à  Londres  en 
3  volumes  in-8*.  H.  Masson  a  parcouru  le  pays  le 
plus  souvent  à  pied»  tantôt  comme  simple  particulier, 
et  tantôt  comme  agent  politique  ;  il  critique  quelquefois 


(5..) 

avec  amertume  sir  AlexanderBurnessous  le  rapportgéo- 
grapbique,et  ne  traite  pasraieuzle  secrétaire  M^Naghten 
et  lurd  Aokland  lui-même  sous  le  rapport  politique. 
Les  communications  faîtes  récemmentà  la  Société  géo- 
graphique de  Londres  par  le  major  RawlinsoD»  agent 
politique  à  Candahar,  offrent  de  TintérèL  La  deraière 
qu'il  ait  adressée,  le  i*'  mai  i84i  •  a  été  insérée  par 
extrait  dans  le  dernier  numéro  du  Journal  de  cette  So- 
ciété sous  le  titre  de  Géographie  compeirative  de  V Af- 
ghanistan. Les  matériaux  de  la  géographie  positive  des 
contrées  à  l'ouest  de  l'Indus  s'accumulent  journelle- 
ment dans  les  cartons  du  gouvernement  de  l'Inde»  dit 
le  major  Rawlinson,  et  il  est  à  désirer  et  à  espérer  que 
le  gouvernement  ne  tardera  pas  à  en  faire  jouir  le  pu- 
blic. 11  est  à  désirer  aussi  qu'on  puisse  retrouver  les 
notes  et  les  dessins  du  docteur  Forbes ,  qui ,  daus  Télé 
de  i84i»  avait  été  chargé  de  vbiter  la  province  de 
Seistan ,  le  lac  de  Zurrah  ou  Zerreh  »  et  le  bassin  infé- 
rieur de  la  rivière  Helmend  «  et  qui  a  été  massacré  par 
Ibrahim,  Khan  d'Ichanabad»  au  moment  où  il  repas- 
sait la  frontière  du  Seistan. 

M.  N.  Perrin  a  publié  à  Paris,  en  i84s,  VAJghanii- 
tan ,  ou  Description  géographique  du  pays  théâtre  de  la 
guerre^  etc.,  d'après  l'ouvrage  d'Elpliinskone  sur  la 
même  montrée»  etsur  des  renseignements  plus  récents. 
Cette  description  méthodique  »  qui  fait  bien  connaître 
le  pays  auquel  elle  est  consacrée ,  forme  un  volume 
in-8* ,  accompagné  d'une  Carte  de  V Afghanistan  et  des 
pays  voisins  i  copiée  sur  celle  d'Arrowsmith  ;  c'est  la 
même  que  celle  qui  est  jointe  à  la  traduction  du  voyage 
de  Burnesà  Lahor,  Caboul ,  etc.  (i) 

(i)  Puisqu'il  écrivait  pour  des  Français ,  M.  Perrîn  aurait  dû,  ce 
me  semble,  dans  sa  traduction,  r<fduire  les  mesures  anglaises  en 


(5i3) 

Le  Voyage  en  bateau  à  vapeur  sur  V Indus  de  Sukkur  à 
Karrachée t  Tait,  au  commeDcement  de  18489  par 
madame  Poslans  »  a  été  inséré  sous  forme  de  lettres 
dans  VAsiatic  Journal  du  mois  de  novembre  dernier; 
et  la  Société  géographique  de  Londres  a  reçu  du  capi- 
taine Wilson,  attaché  à  Tarmée  du  Nizam,  sur  la  par* 
tie  méridionale  de  l'Inde,  quelques  itinéraires  très  dé- 
taillés qu'elle  nous  fera  sans  doute  bientôt  connaître. 

H.  G.F.  MuUer  a  fait  paraître  à  Stuttgard^en  1 84 1  »un 
volume  in-8%  contenant  la  Description  générale  de  Vin- 
dostan  et  des  peuples  qui  t habitent;  M.  de  Ilugol  conti- 
nue sa  description  du  Cachemire  et  du  royaume  des  Siecks^ 
dont  la  partie  première  du  tome  IV  a  été  publiée  à 
Stuttgard  en  1 849;  et  M.  Adolphe  Delessert  vient  de  nous 
donner  à  Paris  ses  Souvenirs  d'un  voyage  dans  VInde , 
exécuté  de  1 834  ^  1  SSg^en  un  volume  in-8^.  Un  Mémoire 
sur  l'instruction  publique  dans  les  États  de  VInde ,  suivi 
d'un  plan  topographique  de  Goa,  levé  en  i83i  ,  a 
été  inséré  dans  les  Annales  de  la  Société  royale  maritime 
de  Lisbonne ,  qui  contiennent  entre  autres  documents 
la  1**  et  la  s*  parties  d'un  Mémoire  sur  la  statistique  des 
possessions  portugaises  en  Asie, 

Avant  de  quitter  Tlnde  et  les  pays  qui  Tavoisinent» 
je  recommanderai  la  traduction  qu^on  doit  à  H.  Xavier 
Raymond,  notre  collègue,  et  qui  est  en  ce  moment 
sous  presse ,  de  la  relation  du  séjour  l'ait  dans  le  Ca- 
boul par  feu  sir  Alexander  Burnes ,  pendant  les  an- 
nées i836,  1837  et  i838,  et  j'unnoncerai  que  le  texte 

mètres,  et  rapporter  les  longitudes  au  méridien  de  Paris,  sauf  à  con- 
server entre  des  parenthèses  les  pieds  anglais  et  les  lon(}itudes  du 
méridien  de  Greenwich.  Cest  un  tort  qu'il  partage,  au  surplus,  avec 
))eauconp  ie  traducteurs ,  qui  n*ont  même  pas,  comme  lui,  Vattention 
d*eD  prévenir  leurs  lecteurs. 


(  5(4  ; 

et  les  planches  da  Voyage  dans  ffnde  de  Viclor  Jac- 
quemont,  paraissent  avec  régularité  :  sept  livraisons 
ont  été  publiées  en  1 84^.  Un  autre  outrage  sur  l'Iode 
qu'on  lira  avec  intérêt,  et  que  je  ne  dois  parconséqoeol 
pas  oublier,  parce  qu'il  parait  être  le  résultat  des  re- 
cherches et  des  méditations  d'un  homme  instruit  et 
impartial ,  c'est  le  Tableau  politique  et  statistique  it 
Vempire  britannique  dans  F  Inde  ^  par  M.  le  général 
comte  de  Biornstierna.  Ce  tableau ,  écrit  en  allemand 
par  son  auteur ,  vient  d'être  traduit  en  français  par  le 
général  Jomini. 

CHIRB. 

De  l'Inde  je  passe  naturellement  en  Chine,  ce  vaste 
empire  du  milieu,  auquel  on  attribue  une  si  haute  an- 
tiquité» que  bien  des  savants  contestent  cependant 
jusqu'à  un  certain  point»  et  sur  lequel  les  renseigne- 
ments les  plus  exacts  que  nous  possédons  sont  dus 
au  zèle  infatigable  et  aux  travaux  géographiques  des 
savants  religieux  de  la  Compagnie  de  Jésus»  fait  in- 
contestable à  mes  yeuXf  et  reconnu  par  Abel  Rému* 
sat»  et  même  par  Klaproth»  qui  n'était  certaine- 
ment pas  le  partisan  de  ces  missionnaires.  Depab 
un  certain  nombre  d'années  toutefois  on  doit  recon* 
naître  que  les  sinologues  européens(  i  )  ont  fait  faire  des 
progrès  à  la  géographie  de  la  Chine;  mais  il  ne  faut  pas 
être  ingrat  envers  nos  prédécesseurs,dont  plusieurs  sont 
nés  en  France»  et  que  j'ai  déjà  eu  occasion  de  défen- 
dre devant  la  Société  (s) .Quoi  qu'il  ensoit»et  sans  cher- 
Ci)  Abel  Rénuuat,  Sunislas  Jalien ,  Dévies ,  Morrisson ,  Pautbier , 
Klaproth ,  etc. 

{%)  Note  sur  l'îie  tTHai^Nan  ,  sur  les  religieux  de  la  mission  île  U 
Cfnne  et  sur  les  Chinois,  par  M.  de  la  Roquette.  Bulletin  de  la  Société 
de  géo|;rapbir  ,  1827,  tome  VII. 


(  5i5) 

cher  àtracerrhistorique  des  progrès  saccessifs  qu'a  faites 
la  coimaissance  de  cet  empire,  je  me  bornerai  à  citer  les 
principaux  ouvrages  qui  ont  paru  dans  le  cours  de  cette 
année*  Je  débuterai  par  la  Notice  sur  le  chapitra  Yu^ 
Koung  du  ChoU'King ,  et  sur  la  géographie  de  la  Chine 
ancienne ,  que  M.  Edouard  Biot ,  qui  porte  un  nom  si 
illustre  dans  les  sciences,  a  lue  le  lo  décembre  i84i  « 
à  la  Société  asiatique  de  Paris,  etqu'il  a  publiée  depuis 
avec  une  carte.  Suivant  le  savant  traducteur,  Gonfucius, 
qui  vivait  au  vi*  siècle  avant  notre  ère  ,  a  réuni  dans  ce 
chapitre  des  souvenirs  bien  antérieurs  à  notre  époque. 
Le  VI*  siècle  avant  l'ère  chrétienne  est  donc  la  date 
la  plus  récente  qu'on  puisse  attribuer  à  ce  docu- 
ment, qui  serait,  par  conséquent,  le  plus  ancien  que 
nous  possédions  »  même  en  ne  lui  attribuant  pas  la 
haute  antiquité  que  lui  donnent  les  auteurs  chinois,  qui 
le  font  remonter  au  xxii*  ou  xxiii*  siècle  avant  notre 
ère.  La  première  section  du  Vu  ^  Koung  mentionne 
successivement  les  principaux  travaux  d'assainissement 
exécutés  dans  les  neuf  grandes  régions  du  monde  chi* 
nois,  et  donne  d'autres  informations  d'économie  do-^ 
mestique.  Dans  la  seconde ,  les  localités  assainies  sont 
énumérées ,  non  plus  par  régions ,  mais  en  suivant  les 
principales  chaînes  de  montagnes  et  les  principaux 
grands  cours  d'eau  qui  arrosent  la  Chine  supérieure  ; 
on  y  reconnaît  la  direction  exacte  des  rivières  les  plus 
importantes  et  des  principales  montagnes  du  s5* 
au  4o*  de  latitude  boréale.  Ces  données ,  réunies  à 
celles  de  la  première  section ,  font  du  chapitre  Yu-Koung 
un  document  très  curieux  pour  la  géographie  de  la 
Chine  ancienne,  et  l'on  doit  savoir  infiniment  de 
gré  à  M.  Biot  de  l'avoir  traduit.  Ce  savant  mérite  éga^ 
lement  notre  reconnaissance  pour  son  Dictionnaire  des 


(5.6) 

noms  anciens  et  modernes  des  villes  et  anx}ndiss€mentsdes 
l 's  %"  et  5*  ordre  compris  dans  V Empire  chinois^  qa*il  a 
aussi  fait  paraître  cette  année.  Ce  dictionnaire ,  dans 
lequel  M.  Ed.  Biol  indique  les  latitudes  et  les  longitudes 
de  tous  les  lieux  de  Tempire,  avec  les  époques  auxquelles 
leurs  noms  ont  été  changés,  est  accompagné  d'une  carte 
dressée  par  Klaproth  d'après  les  matériaux  chinois 
les  plus  authentiques;  elle  a  été  gravée  sous  ses  yeux 
par  M.  Louis  Bertbe ,  et  publiée  après  la  mort  de  l'au- 
teur. Après  avoir  parlé  de  la  Chine  ancienne ,  je  me 
crois  obligé  au  moins  de  citer  un  ouvrage  du  père  Hya- 
cinthe, qui  a  longtemps  résidé  à  Pékin;  c'est  une  col- 
lection de  dissertations  sur  la  Chine,  que  leur  auteur 
a  déjà  publiées  séparément,  à  diverses  époques .  en 
langue  russe,  et  dont  on  n'a  traduit  jusqu'ici  que  des  ex- 
traits. Les  dernières  expéditions  des  Anglais  contre  le 
céleste  empire  nous  fourniront  sans  doute  bientôt  des  in* 
formations  neuves  et  précises  sur  ce  singulier  pays.  D^i 
nous  connaissons  trois  ouvrages  qui  ont  été  publiés  à 
l'occasion  de  cette  guerre  ;  mais  ils  contiennent  peu  de 
documents  qui  puissent  servir  k  l'avancement  de  la 
géographie  ;  ce  sont  : 

lu  Historique  de  l^expéiUtion  à  la  Chine ,  depuis  le  com- 
mencement de  la  guerre  Jusqu'au  moment  actuel^  par 
H.  J.  EUiot-Bingham ,  en  a  volumes  in-is;  Deux 
années  en  Chine  ^  p^it  H.  M'Phersoo,  médecin  de 
l'armée  de  Madras,  et  la  Seconde  campagne  de  Chine  ^ 
dont  l'auteur  est  M.  Mackenzie  :  ce  dernier  ouvrage 
a  été  traduit  en  français  par  M.  Xavier  Raymond ,  que 
l'ai  déjà  cité,  et  que  j'aurai  occasion  de  citer  encore, 
parce  qu'il  ne  se  lasse  pas  de  bien  traduire  des  ouvrages 
utiles.  On  trouvera  quelques  bons  renseignements  sur 
la  Chine  dans  un  rapport  daté  de  Manille,   lo  juillet 


(Si7) 
1841  •  du  capitaine  de  corvette  J.  deRosamel,  com- 
mandant la  cor?cUe  la  Danaïde  dans  sa  campagne  dans 
les  mers  du  Sud ,  de  l'Inde  et  de  la  Chine,  inséré  aux 
Annales  maritimes  du  mois  de  mars  1849. 


JAPON. 


Quittons  maintenant  la  Chine  et  passons  au  Japon. 

Kœmpfer,  à  la  fin  du  xvii*  siècle;  Thumherg,  à  la 
fin  du  xviii*  ;  et  plus  tard ,  Klaproth,-  soit  en  s' aidant 
des  manuscrits  de  Titsingh,  mort  à  Paris  en  181s» 
soit  par  la  traduction  d'ouvrages  japonais»  nous  ont 
donné  de   précieuses  informations  sur  le  mystérieux 
empire  du  Japon,  fermé  à  tous  les  étrangers  depuis 
l'expulsion  simultanée   du  christianisme  et  des  Por- 
tugais   en    1^40.   Après  les   voyageurs  que   je  viens 
de  nommer,  trois  membres  du  comptoir  hollandais  de 
Dezima,  MM.  Meylen,    Overmeer  -  Fischer  et  DoeiT, 
ont  publié  sur  cet  empire,   en  langue  hollandaise, 
le  premier,  en  i83o,  et  les  deux  autres,  en   i853  » 
des  écrits  fort    remarquables.   Vers   la  même   épo- 
que,  un   savant  Allemand,   M.   de    Siebold,  chargé 
par  le  gouvernement  hollandais  d'une  mission  scien- 
tifique au  Japon ,   où  il  a  résidé  pendant  sept  années  p 
nous  a    fait  connaître   cet  empire  ,    mieux    encore 
que  ses  prédécesseurs,  d'abord  par  les  cartes  qu'il 
a  publiées  et  dont  je  tous  ai  entretenus ,  et  ensuite 
par  un  ouvrage  qui  s'imprime  h  la  fois  en  allemand  et 
en  français.  C'est  à  Leyde  qu'a  commencé  de  paraître 
dès  i853,  la  relation  de  M.  de  Siebold  en  langue  alle- 
mande ,  sous  le  titre  de  :  Nippon  ou  Description  du  Ja^ 
pon^  et  des  pays  voisins  et  tributaires  ^  dont  XII  livres  du 
texte  et  un  atlas  de  340  planches  sont  en  vente.  La  pu- 


(5i8  ) 

blicalion  française  entreprise  à  Paris  depuis  1 859  est 
intitulée  :  Voyage  ezéeuté  pendant  les  annéesiS^iàiSio^ 
dans  r empire  du  Japon;  rédigéjpar  MM.  A.  de  Hootry  et 
E.  Frayssinet.  C'est  avec  regret  que  je  suis  forcé  d'an- 
noncer qu'on  ne  possède»  quant  &  l'édition  française, 
que  cinq  livraisons  du  texte,  qui  doit  en  avoir  dix,  et 
douze  livraisons  de  l'atlas ,  qui  sera  composé  de  vingt 
Rien  n'a  été  imprimé  depuis  iS^o*  et  ce  qui  arrive  an 
sujet  de  cet  ouvrage ,  que  S.  A.  R.  feu  H.  le  duc  d'Or- 
léans honorait  de  sa  protection  ,  vient  i  Tappui  de 
l'observation  que  je  ferai  plus  tard  sur  l'inconvénient 
des  publications  scientifiques  entreprises  avec  trop  de 
luxe.  J'ajouterai  que  la  relation  du  voyage  de  H.  de 
Siebold  comprendra  une  faune  «  une  flore  »  et  une 
bibliothèque  japonaise  ,  ouvrages  pour  la  plupart  pu* 
bliés;  et  qu'un  Épitome  de  la  langue  japonaise ,  dû 
au  môme  savant»  est  en  ce  moment  sous  presse. 

siBàaiB. 

Maintenant  »  je  vais  m'occoper  de  la  Sibérie ,  et 
parler  encore  des  travaux  ordonnés  par  le  gouver- 
nement russe.  Pendant  l'été  de  i84if  M.  Kupffer,  di- 
recteur général  des  observations  magnétiques  des 
mines»  a  passé  six  mois  en  Sibérie.  Le  but  de  sa  mission 
était  plus  spécialement  de  donner  aux  observations 
magnétiques  qu'on  devait  y  faire  pour  coopérer  à  la 
grande  entreprise  magnétique  anglaise,  une  organisa- 
lion  conforme  au  nouveau  plan  qui  avait  été  ar- 
rêté. Nous  aurons,  sous  peu  de  iemps,  d'autres  rensei- 
gnements sur  la  même  province ,  l'empereur  venant  de 
confier  la  direction  d'une  nouvelle  expédition  en  Sibérie 
au  jeune  et  savant  docteur  Middendorff,  professeur  de 


(  5.9) 
zoologie  à  l'Université  de  Kiew.  11  devra  faire  des  ob- 
servalions  systématiques  sur  la  température»  à  diverses 
profondeurs  du  sol ,  au  moyen  d'un  puits  qu'un  mar- 
chand russe  d'Iakoutsk,  curieux  de  connaître  la  cou- 
che de  terre  gelée ,  a  fait  creuser  dans  cette  ville  jus* 
quli  la  profondeur  de  58o  pieds.  M.  Middendorff  est 
aussi  chargé  de  visiter  la  contrée  située  au-delà  du 
Touroukhansk,  entre  les  rivières  Piassida  et  Khatanga, 
et  jusqu'aux  bords  de  la  mer  Glaciale  »  contrée  qui 
paraît  n'avoir  jamais  été  examinée ,  jusqu'à  présent , 
par  un  homme  instruit. 

Je  terminerai  ce  que  j'avais  à  vous  dire  de  l'Asie 
par  la  mention  d'une  notice  que  je  trouve  dans  le  Bul« 
letin  du  ministère  de  l'agriculture  et  du  commerce , 
qui  en  renferme  tant  de  curieuses  sur  les  relations 
commerciales  des  différents  peuples  du  monde.  Celle 
à  laquelle  )e  fais  allusion  se  rapporte  à  la  côte  arabi- 
que, à  Djeddah,  à  Suez,  à  la  côte  orientale  d'Afrique, 
à  Massouah,  à  la  mer  Rouge,  à  Aden,  au  golfe  Persique, 
et  enfin  à  Zanzibar  et  à  Mascate.  J'annoncerai  enfin 
la  publication  faite  à  Berlin,  en  i84i  •  du  tome  i*"',  con- 
tenant l'Asie  orientale,  desTables  des  matières  de  la  géo» 
graphie  de  CAsie  de  Ritter,  publiées  par  M.  Ideler  fils. 

AFRIQUE. 

Caries  hydrographiques. 

Le  Dépôt  de  la  marine  a  publié  celte  année  un 
Plan  de  la  rade  de  Mogador,  sur  la  côte  occidentale 
d'Afrique,  levé  en  i84o  par  H.  J.-A.  Prouhet,  en- 
seigne de  vaisseau ,  et  une  Carte  hydrographique  de  la 
côte  iV.-O.  de  Madagascar^  que  M.  Bérard,  capitaine 


(  &S0  ) 
de   vaisseau,   a  dressée  diaprés  ses  observations  el 
celles  de  M.  Jehenne ,  capitaine  de  corveUe.  Celte  carte 
contient  une  amélioration  qui  mérite  d'être  signalée; 
on  y  voit  pour  la  première  fois  la  petite  lie  de  Hayotte, 
figurée  sous  sa  véritable  forme.  En  outre    de  ses  tra- 
vaux sur  Madagascar  et  sur  les  tles  Gomore ,  M.  Je- 
henne a  suivi   de  près  la  côte  de  Somawli ,   depuis 
le  cap  Guardafuy  jusqu'à  l'entrée  de  la  mer  Rouge. 
Ses  observations,  dont  on  n'a  encore  que  l'annonce, 
permettront  sans  doute  de   rectifier  la' configuration 
de  cette  partie  du  littoral  de  l'Afrique,  très  mal  repré- 
sentée  jusqu'à    ce  jour   sur    toutes  nos    cartes.   Le 
voyage  que  M.  le  capitaine  Bouet»  aujourd'hui  gouver- 
neur du  Sénégal,  a  fait  en  i84o  et  i84i  sur  la  côte 
d'Afrique  »  enrichira  bientôt  aussi  nos  collections  hy- 
drographiques de  plusieurs  plans  des  points  les  plus 
remarquables  de  cette  côte»  et  nous  procurera  en  même 
temps  des  données  précieuses  sur  le  commerce  et  sur 
les  mœurs  des  nations  qui  Thabitent.  La  publication  de 
ses  observations,  qui  ne  peuvent  manquer  d*ètre  inté- 
ressantes ,  est  retardée  par  les  importantes  fonctions 
auxquelles  cet  officier  est  appelé;  mais  ces  retards  lui 
fourniront  encore  de  nouveaux  moyens  de  perfection- 
ner son  travail.  Je  dirai  enfin  que,  chargé  par  le  Bareao 
des  Longitudes  de  la  révision  de  la  Table  des  posi- 
tions géographiques,  imprimée  chaque  année  dans  la 
Connaissance  des  temps  ^  M.  Daussy,  hydrographe  en 
chef  de  la  marine,  a  discuté,   en  ce  qui  concerne 
l'Afrique  ,  dans  le  volume  de  i84&  >  les  longitudes  de 
Port-Louis  de  llle  de  France,  de  Saint-Denis  sur  TUe 
Bourbon  »  de  Foulpointe ,  de  Tamatave  et  de  Sainte- 
Marie  sur  l'Ile  de  Madagascar,  ainsi  que  de  plusieurs 
autres  points. 


(  5»  ) 

Le  Bureau  hydrographique  de  l'Amirauté  anglaise 
a  fait  faire  aussi  de  iS^i  à  i84s  des  explorations  ma- 
ritimes en  Afrique.  Le  capitaine  Vidal ^  après  avoir  ter- 
miné Teiamen  du  point  situé  près  des  Açores,  où  Ton 
soupçonnait  que  des  écueils  pouvaient  avoir  été  for- 
més par  le  dernier  tremblement  de  terre,  s'occupe 
maintenant  de  le\er  le  groupe  central  de  ces  tles. 
Les  travaux  que  ce   même  capitaine  avait  effectués, 
de  i836  à   i83g,  sur  la  côte  occidenlale  d'Afrique, 
depuis  Sierra  Leone  jusqu'au  cap  Lopex,  ont  été  en 
grande  partie  publiés  cette  année  par  le  Bureau  hy- 
drographique de  Londres  (i). 

On  doit  au  Dépôt  hydrographique  de  Madrid 
deux  cartes  des  côtes  d'Afrique,  publiées  en  i84i:  la 
première,  d^ une  partie  de  la  côte  occidentale  depuis  le  cap 
Bojador  jusquau  cap  Verga^  comprenant  les  lies  du 
cap  Vert ,  è  Téchelle  de  53  millimètres  pour  i  degré  de 
latitude  moyenne  ;  la  seconde,  du  golfe  de  Guinée^ 
depuis  la  riifiète  de  Bénin  jusquau  cap  Lope  Gonzalez  , 
avec  les  lies  de  Fernando-Po,  du  Prince,  de  Saint- 
Thomas  et^d'Annobon ,  à  l'échelle  de  1 5o"  pour  i  degré 

(i)  Liste  des  cartes  de  la  cèle  occidentale  d'Afrique,  levées  par  le 
capitaine  Vidal  et  le  licuCenant  Bedfort,  de  i836  à  iSSg,  et  publiées 
par  l*amirauté  anglaise,  de  1841  ^  1843. 

Feuille  IX.  Carie  de  File  Sherhoro  au  cap  Mesurarta,  échelle 
3  millimètres,  3  pour  1  mille. 

Feuille    X^   du   cap    Memrada  au    cap  Paimas,  échelle      3%3 
Feuille  XI,  du  cap  Palmas  au  Grand^Lahou^  —         3%3 

Feuille  XII,  du  Grand'Lahou  au  cap  Trois- Pointes,     —         3",i 
VcuxWc  W\\^  du  cap  Trois- Pointes  h  Barracoa^  —         6%3 

Feuille  XIV,  de  Barracoa  au  cap  Saint- Paul ,,  —         6">,a 

Feuille  KVll^  du  cap  Formosa  h  Fernando- Po,  —         a™,4 

Feuille  XVIII,  de  Fernando  Po  au  cap  Lopez,  —         a"»^^ 

Et  enfin  ia  baie  Corisco,  —       i6",6 

XVIIl.    DÉCEMBRE.    9.  34 


(  53o  ) 

de  latitude  moyenne  ;  les  éléoienis  de  ces  deux  cartes 
sont  puisés  dcins  les  cartes  anglaises»  portugaises  elespa- 
gnôles.  Trois  autres  étaient  à  la  gravure  dans  les  bo- 
réaux du  même  Dépôt  au  mois  de  décembre  iS^t; 
savoir  : 

La  Carte  de  la  côte  méridionale  d'Afrique^  do  s4*  ao  4o' 
de  latitude  méridionale,  el  du  1 7*  au  46*  de  longitiide 
orientale  du  méridien  de  Cadix  ; 

La  Cafie  de  la  côte  d*  Afrique  sur  la  Méditerranée^  de- 
puis le  golfe  de  TIemecen  jusqu'à  celui  de  Bougie; 

La  Carie  de  la  côte  orientale  d^  Afrique  et  dm  canal  Jk 
Mozambique, 

On  construisait  à  Madrid  à  la  même  époque,  loujoon 
sous  la  direction  de  M.  de  Navari^ele  «  une  Carte  d'une 
partie  des  côtes  d* Afrique  depuis  le  cap  f^erga  jusqno» 
cap  LahoU'Town;  et  cnfîn  une  Carte  de  rue  de  Mada- 
gascar et  du  canal  de  Mozambique, 

Cartes  géographiques  et  autres. 

Le  Dépôt  de  la  guerre ,  dont  |*ai  dé)à  signalé  les  im- 
portants travaux  en  parliml  de  la  nouvelle  Carte  de 
France ,  a  reçu  cette  année  des  officiers  d'étal-major 
employés  à  l'armée  d'Afrique  un  grand  nombre  de 
belles  reconnaissances,  qui  onlmis  à  même  de  faire  dos 
rectifications  importantes  aux  Cartes  de  l'Algérie,  et 
qui  vont  encore  donner  les  moyens  d'en  faire  de  nou- 
velles, surtout  dans  les  parties  du  sud.  Ainsi»  par  exem- 
ple ,  on  a  rectifié  la  partie  sud-est  de  la  Carte  de  la 
province  d'Oran,  d'après  les  reconnaissances  faites» 
dans  les  premières  expéditions  du  général  de  Lamori- 
ciêre ,  par  M.  le  capitaine  dcHartimprey  ;  dans  la  Carie 
de  la  province  d'Alger,  la  partie  comprise  entre  Mi- 
liana  ,  Médenli,  Aksar  et  Thiua ,  a  été  rectifiée  d'aprt'S 


(  5ii3  ] 

les  itinéraires  relevés  par  M.  Durieu  pendant  l'ex- 
pédition du  général  Baraguay-d'Illiers;  et  dans  celle 
de  Const^nline,  la  partie  sud-est  a  été  refaite  d'après 
le  travail  du  général  Duvivier,  et  les  itinéraires  du  ca- 
pitaine Saint-Sauveur.  A  l'aide  de  toutes  ces  reconnais- 
sances et  des  travaux  précc  dcmment  exécutés  dans  ces 
mêmes  contrées ,  le  lieutenant-général  Pelet  s'est 
trouvé  en  mesure  de  faire  rédiger  une  Carte  générale 
de  V Algérie  et  de  Tunis ^  à  l'échelle  de  i/iâooooo;  la 
gravure  en  sera  terminée  très  prochainement. 

M.  Rôhler  a  publié  é  Leipzig»  en  1842»  une  Carte 
générale  de  l'Afrique ,  d'après  les  découvertes  les  plus 
récentes;  et  R.  Schulz  a  fait  paraître  la  môme  année  , 
h  Vienne»  une  Carte  semblable. 

Le  rapport  annuel  de  i84i  vous  a  signalé  le  magni* 
fique  Atlas  de  Mappemondes  et  de  Cartes  hydrographi- 
ques et  historiques  depuis  le  zi*  jusqu'au  xvn*  siècle  ^ 
pour  la  plupart  inédites  et  tirées  de  plusieurs  biblio- 
thèques de  l'Europe ,  que  publie  M.  le  vicomte  de  San- 
tarem.  Cet  atlas,  dônl  les  cartes  doivent  servir  de 
preuves  à  l'ouvrage  de  notre  savant  collègue ,  sur  la 
priorité  de  la  découverte  de  la  cète  occidentale  d'Afri- 
que par  les  Portugais ,  et  dont  il  sera  fait  mention  plus 
lard,  s'est  enrichi  cette  année  de  17  planisphères  ou 
mappemondes,  tous  antérieurs  aux  grandes  décou- 
vertes du  xv^  siècle.  Le  nombre  des  cartes  et  portulans 
du  moyen-âge,  copiés  et  coloriés  avec  un  grand  soin , 
qui  sont  terminés  ou  entre  les  mains  des  graveurs, 
s'élève  aujourd'hui  à  vingt-six. 

Voyages ,  ouvrages  géographiques ,  etc. 

Avant  de  passer  en  revue  les  ouvrages  qui  ont  paru 
sur  l'Afrique  actuelle  pendant  l'espace  de  temps  qui 
s'est  écoulé  depuis  votre  dernière  réunion ,   je  dois 


(  5«4  ) 

vous  en  signaler  quelques  uns  qui  existaient  déjà  de- 
puis long-lemps,  (  t  qui  ont  été  récemment  Iraduib, 
ou  qui  se  rapportent  c^  d'anciennes  découvertes.  Je 
commencerai  par  deux  traductions  de  Tarabe,  duesâ 
M.  le  baron  Mac  Guckin  de  Slane,  l'une  de  V Histoire  à 
la  proifince  tty^frique  et  du  Maghrib ,  dont  TauteDr  est 
Kn-Nowafri»  qui  vivait  au  vin*  siècle  de  l'Hégire  (xiv* de 
Tère  chrétienne)  (i)  ,et  l'autre  de  la  DescriptUm  detJ- 
frique  d'Ibn-Haucal  ^Abou'l-Racim-Hohammed) ,  célè- 
bre géographe  et  voyageur  qui  florissait  vers  le  miliee 
du  IV*  siècle  de  l'Hégire  (x*  de  l'ère  vulgaire).  Je  vous 
parlerai  ensuite,  i*  de  la  Description  des  riinèntie 
Guinée  et  du  atp  Feit,  depuis  le  Sénégal  jusqu^ au  fleuvt 
Santa  Jnna^  écrit  en  i5g4  par  le  capitaine  portugais 

< 

André  Alvarez  d*Almada,  publié  à  Porto,  en  i84i* 
par  M.  Diego  Kôpke,  et  dont  M.  le  vicomte  de  Santa* 
rem  a  donné  de  bmgs  extraits  dans  une  brochure  qa'il 
a  fait  paraître  celle  année  à  Paris  (s). 

ï*  Des  reehefvkes  sur  la  découiferte  des  pays  situés 
sur  la  cote  occiilentale  d*/1fnque  au-delà  du  cap  Bojaàor, 
et  sur  les  progrès  de  la  science  géographique  après  lesi»' 
wga/ions  des  Portugais  au  xv*  siècle  ^  ou\rage  que  le 

(i)  L'extrait  de  l'ouvrage  d*En*Nowaïri,  am«i  ()ue  riiistoire  <1^ 
Edrisiti'S.,  Aghiebites,  Zérites  et  Falimites,  seront  réiraprin  es  avec  k« 
pclaircU-eineuts  nécessaires  clans  la  partie  supplémentaire  de  This* 
loiredesBerbersd'Ibn-khaldoun,  dont  le  lexie  aiabe  ent  sonspresse; 
la  traduction  qui  doit  l'arcompagner  se  prépare  en  ce  moment. 

Je  dois  faire  remarquer  que  le  firafpaient  de  la  chronique  d*En-Vf 
^aïri  relative  aux  Agbiebites  a  déjà  été  '  publié  daas  les  notes  ^ 
M.  Noël  des  Vergers  a  jointes  à  son  histoire  de  l'Afrique ,  par  Ibo- 
Rhaldoun. 

(2)  Cette  brochure  porte  pour  titre  :  Notice  sur  André  Ah'^ff- 
dtAtmada^  et  sa  description  delà  Guinée,  Paris,  1842, 1  Tol.in-S*  ;<!'♦' 
est  accoinpa(*née  d'une  carie  de  ta  Guinée  septentrionale* 


(  5»S  ) 
même  M.  de  Saniarem ,  toujours  zélé  pour  la  science 
el  pour  la  gloire  de  sa  pairie,  a  également  publié  ceiie 
uunée  à  Paris,  en  un  voluïi  e  ia-8*,  et  qui  est  accom- 
pagné de  Tatlas  dont  je  viens  de  vous  entretenir; 

3"*  Des  Recherches  sur  les  découvertes  géographiifues 
des  Portugais  sous  Henri-Je-IS/at^igateur:  matériaux  pou9 
r histoire  du  commerce  maritime  et  de  la  géographie  data 
le  moyen-âge^  que  VL  le  docteur  J.-E.  Wappaeus  a  fait 
paraître  en  langue  allemande  à  Gôtlingue  en  i84*- 

ALGÉRIE. 

Le  département  de  la  guerre  ne  se  borne  pas  à  fair«( 
lever  des  cartes  de  notre  colonie  de  l'Afrique  septen- 
trionale, il  publie  tous  les  ans  un  gros  volume 
in*4* ,  sous  le  titre  de  :  Tableau  de  la  situation  des 
établissements  français  dcms  l^ Algérie.  Le  dernier  (c'est 
le  4*)i  qui  a  paru  au  mois  de  décembre  i84i  »  con** 
tient  :  i*  un  précis  bistorique  sur  les  opérations 
militaires  qui  se  sont  accomplies  en  Algérie,  du 
3 1  décembre  1 85g  au  3 1  décembre  1 84o  ;  s*  des  no* 
tices  topograpbiques  sur  Boufarick  et  Cberchel  dans 
la  province  d'Alger  s  Médeab  et  Miliana  dans  la  province 
de  Titeri;  Mascara  et  Tlemecen  dans  la  province 
d^Oran;  Djidjeli,  Msilah  etSétif  dans  celle  de  Cons- 
tantine.  Ces  notices  sont  accompagnées  de  9  cartes , 
représentant  les  environs  de  ces  diverses  places ,  dessi- 
nées et  gravées  au  dépôt  général  de  la  guerre  ,  à  l'é- 
cbelle  de  i/ioooo%  d'après  les  levés  des  officiers  du 
corpsroyald'état*major;  3*  un  tableau  présentant  lasi- 
tualion  de  l'armée  et  celle  des  services  civilsde  l'Algérie, 
divisés  en  quatre  sections  :  administration  générale , 
intérieur,  justice  et  finances.  L'appendice  qui  termine 
le  volume  contient  de  précieux  renseignements  sur 
l'organisation  et  la  situation  de  la  province  de  Constan- 


(  &»<>  ) 

iiDe,aa  moment  de  Toccupation  française  en  i837;sQr 
son  industrie,  son  commerce  et  ses  productions afanl 
et  depuis  celte  époque  ;  sur  les  Kabyles  des  entiroDs 
de  Bougie;  avec  un  précis  analytique  de  Tbistoire  an- 
cienne de  l'Afrique  septentrionale  pendant  la  périodt; 
carthaginoise ,   romaine ,   vandale    et   byzantine.  Ce 
précis  instructif  est  suivi  d'une  dissertation  du  capi- 
taine Garette«  sur  les  divisions  territoriales  étabiiesen 
Afrique  par  les  Romains,  d'une  notice  sur  les  prioci' 
paux  traités  de  paix  et  de  commerce   conclus  par  ia 
France  avec  les  régions  barbaresques  »  et  d'une  biblio- 
graphie algérienne,  ou  catalogue  des  ouvrages  relatifs 
à  l'Algérie,  publiés  jusqu'à  ce  jour,  ou  qui  se  rattacbani 
a  cette  contrée  d'une  manière  piusou  moins  procbaioe. 
Un  autre  ouvrage  utile  aussi  aux  progrés  des  conoais- 
sances  en  Algérie,  et  que  Ton  doit  également  A  la  sol- 
licitude   du   ministre   de   la   guerre,   c'est   la  Géo- 
graphie   ancienne  des  Etats  barbaresques^  publiée  efl 
i84Vf  d'après   Mannert,  par  MM.  Marcus   et  Dues- 
berg ,  avec  des  additions  et  des  notes  de  M.  Marcus. 
La   mission  <)e  M.  Suchet,   vicaire-général  do  diu- 
cèse   d'Alger,  auprès  d'Abd-el-Kader ,    inspirée  par 
lâchante  chrétienne,  n'a  pas  été  inutile  à  la  science, 
ainsi  qu'on  peut  en  juger  par  le  compte-rendu  que  ce 
respectable  et  courag4>ux  ecclésiastique  en  a  adresser 
son  évèque ,  et  qui  a  été  inséré  dans  le   n*  de  mars 
I  %l\%  des  Annales  île  la  propagation  tie  la  foi.  Écrite  a*ec 
une  simplicité  sans  prétention ,  la  relation  de  H.  S*'' 
chet  fournil  d'utiles  renseignements  sur  les  contrées 
qu'il  a   parcourues,  d'Alger  à  Tagdemt,  et  sur  k' 
tribus   qui   l'habiteuL   VJnnumre  algérien  pourla'' 
I  84a  •  dont  la  première  partie  a  été  rédigée  par  M.  ^^' 
cel,  savant  orientaliste,  ancien  membre  de  la  cooi- 
mission  d'Egypte ,  et  longtemps  directeur  de  l'imp^' 


(527  ) 
merie  impériale ,  doit  être  aussi  signalé,  ainsi  que  le 
Rapport  sur  C  Exploitation  forestière  dtt  cercle  de  la  Calle , 
failen  i84i  par  M.  Kerris,  officier  du  génie  marili me. 
Ce  rapport  conlienl  des  renseignements  précieux  sur 
les  forêls  de  la  province  de  Bone  elde  quelques  autres 
parties  de  T Algérie,  et  l'on  doit  savoir  gré  au  savani  di- 
recteur des  Annules  maritimes  deVa^oir  inséré  dans  son 
recueil,  où  il  a  paru  au  mois  d'octobre  de  celte  année. 
Je  ne  passerai  pas  non  plus  sous  silence ,  l)ien  qu'il  soit 
conçu  dans    un    but  hostile  à  la  France ,  et  qu'il 
ajoute  peu  à  ce  que  nous  savons  déjà  de  l'Algérie,  le 
Jnumal  d'un  séjour  fait  dansi' ESUkihLk  (i)  d'Abd-el-Ka- 
der^  et  de  noyages  dans  le  Maroc  tt  l'Mgéfie,  qu'un  An- 
glais (H.  Scott)  a  fait  paraître  cette  année  à  Londres. 
Depuis  radiqinislration  du  général  Bugeaud,  nos  con- 
naissances géographiques  se  sont  étendues  à  peu  près 
sur  toute  l'Algérie ,  des  frontières  du  Maroc  à  celles  de 
Tunis;  elles  limites  du  Sahara  ont  été  atteintes  sur  un 
grand  nombre  de  loints.  Dans  la  province  d'Oi^an , 
TIemecen,  Mascara  et  même  Tagdemt,  ont  servi  de 
point  de  départ  à  de  nombreuses  reconnaissances  vers 
l'ouest  et  le  sud.  On  a  abordé  les  frontières  de  Maroc , 
le  désert  au  sud  de  Tlemecen ,  Frenda,  les  pentes  du 
grand  massif  de  l'Ouanesris  et  Saida.  Dans  les  pro- 
vinces d'Alger  et  de  Titeri,  tout  le  massif  de  monta* 
gnes  compris  entre  Thaza  et  Médeah  a  été  contourné , 
et  les  positions  de^Thaza,  de  Boughar,  du  haut  Chélif, 
de  Barouaguia»  ont  été  déterminées.  Dans  lu  province 
de  Gonslanline,  on  est  parvenu  à  Msilah»  on  a  vu  les 
pentes  méridionales  de  l'Ouinnougha ,  et  reconnu  la 
possibilité  d'une  route  facile  vers  Alger  et  Médeah, 

(i  )  Les  Français  disent  K-s  Smela  :  le  mot  véiiiable  est  Zemmala  ; 
ce  sont  des  tribus  dont  tous  les  homoies  sont  soldats,  des  espèces  de 
colonies  militaires,  reste  de  l'organisation  turque. 


(  5>8  ; 

sans   franchir  les  Biban.    A    l'est .    des    expédilions 
poussées  ju8qu*aux   limiles  de  nos  possessions  afec 
Tunis  ont  rattaché  Tifêch  et  Tebessa  à  Guèlma  et  k 
Constantine.  Je  voudrais  pouvoir  voussignaler  les  noms 
de  tous  les  oflBciers  d*état-major  qui  ont  pris  parti  ces 
utiles  et  glorieux  travaux.  Les  Bulletins  de  Taraiée  nous 
font  connaître  ceux  du  commandant  Martimprey ,  qui 
étudie  la   province  d'Oran   depuis  plusieurs  années, 
du  commandant  Gouyon  dans  la  province  d*Alger,  et 
du  capitaine  Saget,  qui  marche  sur  l<«s  traces  d'un  frère, 
officier  si  distingué ,  si  dévoué  à  la  science,  noort  assas- 
siné, victime  de  son  zèle  et  de  sa  confiance. 

Pendant  les  deux  années  qu'a  duré  leur  mission  ac- 
tive» les  membres  de  la  commission  scientifique  de 
i  'Algérie,  que  le  ministre  de  la  guerre  a  chargée  d'explo- 
rer l'Afrique  septentrionale,  ont  rempli  leur  périlleuse 
mission  en  suivant  toutes  les  expéditions  accomplies 
dans  l'ancienne  régence.  Les  naturalistes  qui  en  fooi 
partie  rapportent,  chacun  dans  leur  spécialité»  unj^rand 
nombre  d'observations  entièrement  neuves  qui  feront 
connaître  la   distribution  des  animaux ,  des  végétaux 
et  des  minéraux   dans  les  contrées  qu'il  a  été  pos- 
sible  d'explorer.   Des  manuscrits  d'un   haut  intérêl 
ont  été  rencontrés  par  les    historiens  de    la  f-om- 
mission.  Les  traductions  qu'ils  comptent  en  donner 
jetteront  un  grand  jour  sur  une  période  mytérieuse 
de    l'histoire,    celle    où    le   christianisme    disparut 
comme   par  enchantement    pour  faire  place  à  une 
religion  nouvelle  qui  s'est  maintenue  depuis   doute 
siècles.  Les  archéologues  prêteront  quelques  lumières 
à  l'histoire ,  en  discutant  un  grand  nombre  d'inscrip- 
tionsencoreinéditeselen  restituantbeaucoupde pointe 
mentionnés  par  les  écrivains  de  l'antiquité,  et  sur  la 
position  desquels  on  était  resté  jusqu'à  ce  jour  dans  la 


(  5«9) 
plus  complète  igoorance.  Ces  découvertes  conduiront  h 
uDtracévcaiseaibiabledesvoiesmîlitairesdansrArrique 
romaine»  et  aideront  à  la  solution  d'une  question  in- 
téressante,  celle  de  savoir  quels  ont  été  le  principe, 
l'origine  et  l'influence  des  divisions  territoriales  sous 
les  différentes  dominations.    Déjà  cette  question  ,  en 
ce  qui  concerne  la  domination  romaine,  a  été  traitée» 
ainsi  que  je  l'ai  déjà  dit,  par  le  capitaine  Garette.  Une 
autre  question,  celle  des  races,  s'éclairera  aussi  des 
recherches  de  la  commission  scientifique.  En  étudiant 
les  divers  dialectes  de  l'idiome  berbère  (i),  et  les 
peuples  qui  parlent  ces  dialectes  dans  la  régence  d'Al* 
ger  et  dans  l'empire  de  Maroc,  on  arrive  à  reconnaître 
les  lois  géographiques  de  leur  distribution,  et  les  causes 
qui  ont  successivement  modifié,  dans  les  diverses  loca- 
lités ,  le  type  originaire. 

Vous  serez  sans  doute  bien  aise  d'apprendre  que , 
pendant  un  séjour  de  six  ans  en  Algérie  et  un  voyage 
dans  la  Régence  de  Tunis,  M.  Carette,  dont  je  viens 
de  vous  parler,  a  réuni  des  matériaux  pour  un  ou- 
vrage qui  aura  pour  titre  :  Recherches  sur  le  sol  et  la  popu- 
lation de  V  Algérie.  La  première  partie  comprend  l'^'/o^^ 
des  routes  suivies  parles  Arabes  dans  la  partie  méridiouale 
des  Régences  d^ Alger  et  de  Tunis,  Ce  travail  a  donné  lieu 
à  un  canevas  géographique  qui  l'accompagne ,  et  qui 
assigne  les  positions  probables  d'un  grand  nombre 
de  stations,  vil.es  ou  villages,  dont  les  noms  mêmes 
étaient  demeurés  inconnus  jusqu'à  ce  jour. 

Cl)  Le  ministre  de  la  (^aerre,  toujours  empressé  de  faire  ce  qui 
peut  être  utile,  a  chargé  une  Commission  composée  de  MM.  le  che- 
valier AmédéeJaubert,  président,  Eugène  de  NuUy  ,  Brosselard ,  de 
Laporce  périt,  et  du  scheik  Ahmed ,  de  rédi(^er  un  Dictionnaire  des 
idiomes  berbères,  dont  le  Dtciioiinaire  de  Venture  formera  sans 
doute  la  base. 


(  55o  ) 

La  partie  la  moins  connue,  le  Sahara,  esl  celle  à  la- 
quelle M.  Garelte  a  donné  le  plus  de  soin.  Sesétades 
l'ont  mis  à  portée  d*obtenir  et  de  déterminer  les  véri- 
tables limites  méridionales  des  deux  Régences»  fait 
important  qui  était  resté  jusqu'ici  dans  une  obscurité 
complète. 

Avant  de  terminer  ce  que  j'a?ais  À  tous  dire  de  l'Al- 
gérie ,  je  ne  crois  pas  inutile  de  vous  signaler  un  ou* 
vrage  de  M.  le  général  Duvivier.  intitulé  So/uUondela 
question  de  P Algérie ^  et  la  discussion  qui  a  eu  lieu  à 
son  sujet  entre  ce  général  et  M.  de  Bois-le  Comte, 
chef  d'escadron  d'état-major,  dans  les  numéros  de  fé- 
vrier, avril ,  mai ,  juin  et  juillet  dernier,  du  Speetatear 
militaire.  Les  comptes-rendus  que  le  même  recueil  a 
donnés  do  \ M gérie  prise  au  sérieux  ^  par  M.  le  capi* 
talne  Le  Blanc  de  Prebois ,  et  de  l'ouvrage  de  M.  le 
général  Bugeaud  :  Des  moyens  de  conserver  et  d^uliUstr 
V Algérie^  se  lient  aux  précédents,  et  oJDfrenl  un  iolé* 
rét  qui  n'est  pas  seulement  géographique. 

MAROC  f  GARARIKS,  GAP  VBRT. 

Si  de  l'Algérie  nous  passons  au  Maroc,  nous  ne  trou- 
vons rien  que  le  travail  intéressant  et  puisé  à  de  bonnes 
f ources  de  l'un  de  nos  zélés  collègues ,  M.  Thomassv. 
sur  les  Relations  de  la  France  avec  cet  empire  ;  je  le 
cite  quoique  les  renseignements  qu'il  renferme  soient 
plutôt  historiques  que  géographiques. 

On  trouvera  des  informations  bonnes  à  recueillir 
dans  deux  ouvrages  publiés  récemment  en  Portugal, 
que  je  vais  mentionner,  et  qui  ont  pour  titre  :  l'un, 
Chorographiô  du  cap  l^crt ,  par  M.  Chelmilchi,  oflicier 
du  corps  du  génie  portugais ,  et  Tautre  ,    Remarques 


(  53i   > 

sur  les  langages  des  habitants  des  iles  Canaries ,  par  D.)in 
J.-J.  Costa  Macedo,  secrélaire  perpéluel  de  TAcailé- 
mie  des  sciences  de  Lisbonne. 

ACUANTI. 

L'empire  des  Acbunlis,   puissance   prépondérnnle 
de  celle  partie  de  rAfricfue  connue  sous  le  nom  de 
Guinée  ou   Nigrilie,  a  élé  visilé  une  première  fois, 
en  1889,  par  le  révérend  T.-B.  Freeman,  mission- 
naire Wesleyen,  qui  s'y  est    rendu  de  nouveau  à  la 
fin   de    1841.  Parti  du  cap  Coast-Gastle  le  6  novem- 
bre  de   cette    année,    accompagné   de    deux    jeunes 
princes  acbantis  élevés  en  Angleterre,  d'interprètes, 
de  quelques  Européens  et  d'un  grand  nombre  de  natu- 
rels, M.  Freeman,  après  avoir  passé  par  Akiasi  etMansu, 
où  une  petite  école  a  été  établie ,  traversa  le   Prab  et 
arriva  à   Rikiwiri  le  s5.   Il  passa  le  même  jour   les 
monts  Adansi ,  visita  A kwanserem  ,  Eduabin  ,  Karsi. 
auprès  duquel  existe  une  belle  forêt,  et  atteignit  le  i3 
décembre   Coumassi,    capitale  du    royaume.    Ce  fut 
pendantsa  résidence  dans  celte  ville  qu'elle  fut  à  moitié 
consumée  par  les  flammes;  il  la  quitta  le  i3  janvier 
i84â,  et  était  de  retour  au  cap  Coast-Caslle  au  mois 
d'avril  suivant.  Sa  relation,  insérée  dans  le  u®   i5  du 
journal  The  Friend of  Africa ,  conlienl  quelques  inl'or- 
malions  curieuses  sur  la  cour  de  Gouiuassi,  mais  pou 
de  détails  proprement  géographiques. 

iiGYPTE. 

L'Egypte,   déj{\  si    souvent  explorée  par  les  voya- 
geurs, offre  toujours  de  nouvelles  découvertes  î\  faire 


539  )      ^        1 

à  ceux  qui  se  délerminent  à  la  visiter  encore.  Sir 
Cardner  Wilkinson,  si  honorablemenl  connu  par 
ses  travaux  géograpliiques  sur  cette  contrée  célèbre, 
vient  d*y  explorer  dans  le  plus  grand  détail  la  vallée 
des  lacs  Natron  »  et  une  partie  du  Balir-ei«Farg, 
connu  aussi  sous  le  nom  de  Bahr  Belâ-US ,  dont  il  ■ 
donné  la  description.  Il  a  aussi  dressé  une  carte  de  ce 
district  »  où  il  a  observé  plusieurs  latitudes  et  mesoré 
une  base  et  des  triangles. 

Vous  avez  lu  dans  les  numéros  de  votre  Bulletin  des 
mois  de  juillet,  août  et  septembre  dernier,  le  récit  du 
nouveau  voyage  fait  par  ordre  du  vice-roi  d*É)çypte, 
sous  la  direction  de  Selim  Binbachi ,  capitaine  de  (ré- 
gate, pour  découvrir  les  sources  du  Nil  Blanc.  Les 
renseignements  qu*on  y  trouve  sur  les  contrées  que 
l'expédition  a  traversées ,  et  le  tableau  des  itinérai- 
res sont  utiles  à  consulter,  quoique  le  problème  qu'où 
cbeicbait  à  résoudre  ne  le  soit  pas  complètement.  Il 
ne  l'a  pas  été  non  plus  par  le  second  voyage  vers  les 
sources  du  Nil  Blanc ,  exécuté  en  i84i  et  18481  par  or- 
dre du  même  pacba ,  et  auquel  MM.  d'Arnaud  et  Sa- 
batier  étaient  associés,  bien  que  cette  dernière  explo- 
ration mérite  surtout  de  fixer  particulièrement  votre 
attention  par  les  résultats  inattendus  qu'elle  a  of- 
*  ferts.  Il  résulte,  en  effet,  de  la  correspondance  de  nos 
deux  compatriotes,  qu'après  avoir  voyagé  sur  le  Nil, 
depuis  Kliartoun,  l'espace  de  9»ooo  kilométrés,  on  est 
parvenu  au  4*  4^'  ^^  latitude ,  à  peu  près  sous  le  mé- 
ridien du  Caire,  ce  qui  change  totalement  la  direc- 
tion donnée  jusqu'ici  au  Nil  Blanc  y  en  supposant  tou- 
tefois que  les  observations  astronomiques  aient  été 
bien  faites,  ce  qui  peut  être  douteux.  On  n'a  rencontré 
aucune  chaîne  de  montagnes,  bien  que  celles  qu'on 


(  635  ) 

appelle  de  la  Lune  soient  tracées  sur  toutes  les  cartes, 
flu  5*  au  7*  degré  de  latitude.  Aucun  autre  cours 
flVan  ne  ^icnt  se  réunir  an  fleuve  dans  cet  espace  , 
et  les  hirurcations  trouvées  par  les  membres  de  Texpé- 
ditien  ne  sont  formées  que  par  des  fies;  il  y  a  aussi  d'im- 
mensos  marécages.  Les  voyageurs,  qui  étaient  munis  de 
cordes,  de  sellants,  de  lunettes  astronomiques,  de  ther- 
momètres, etc.,  ont  rapporté  beaucoup  d'observations 
astronomiques  et  météorologiques,  des  profils  en  travers 
de  la  vallée,  des  mesures  de  la  pente  et  de  In  vitesse  du 
fleuve ,  des  collections  d'histoire  naturelle  et  des  vo- 
cabulaires. L'un  d'eux  a  fait  naufrage  à  la  quatrième 
cataracte.  Le  fer  et  l'or  abondent  dans  le  pays.  Les 
peuplades  sont  d'humeur  pacifique,  très  nombreuses, 
divisées  de  races ,  de  langage,  de  physionomie.  Il  y  en 
a  une  de  couleur  bronze  à  cheveux  lisses.  Un  de  ces 
peuples  est  armé  de  lances  de  4  mètres  de  long;  le 
frr  seul  est  long  d'un  mètre;  il  travaille  ce  métal 
avec  quelque  habileté.  Un  autre  adore  la  Lune:  tout 
combat  cesse  à  son  lever.  On  a  trouvé  des  marchandi- 
ses des  Indes  chez  le  roi  des  Behrs.  Ce  chef  a  son  pa« 
lais  situé  au  milieu  des  eaux  :  on  n'y  arrive  qu'à  la  nage. 
Il  est  gardé  par  deux  bataillons  de  femmes,  armées  de 
lances  et  de  boucliers.  On  ajoute  que  les  ministres 
n'entrent  dans  l'intérieur  du  palais  qu'au  moment  où 
le  roi  est  atteint  d'une  maladie  mortelle.  Us  ont  alors 
la  mission  de  l'étrangler  pour  l'empêcher  de  mourir 
de  mort  naturelle.  Ces  intéressants  détails  ont  été  re< 
cueillis  dans  le  journal  de  votre  Société ,  ainsi  que  les 
informations  sur  le  barrage  du  Nil ,  qui  vous  ont  été 
communiquées  par  Clôt  Bey,  et  celles  que  vous  a  four- 
pies  notre  compatriote  M.  Linant,  ingénieur  en  chef 


(  534  ) 
ries  canaux  el  pouls  et  chaussées  du  vice-roi  sur  les 
irrigations  entreprises  dans  le  Said.  L'ouvraf^e  du 
docteur  italien  Hippolyte  Rosellini ,  sur  les  monumetttt 
fie  l'f*^gypte  et  de  la  Nubie ^  int(*rprétés  el  illustrés  par 
lui ,  fera  faire  aussi  dos  progrès  à  la  géographie  de  celte 
partie  de  l'Afrique.  C'est  à  Pise  que  M.  Rosellini  a  com- 
mencé la  publication  de  ses  travaux;  mais  elle  ne  pa- 
rait pas  devoir  êlre  terminée  de  quelque  temps. 

Espérons  que  l'expédition  scientifique  prussienne, 
dirigée  par  le  docteur  Lepsius,  fera  connaître  le  résul- 
tat de  son  exploration  en  Ëgyplc  lorsqu'elle  sera  ter- 
minée. On  voit  par  des  lettres  du  Caire,  du  %\  oclo- 
hre  dernier,  qu'elle  a  fait  une  excursion  aux  Pyramides 
de  Ghizé ,  et  qu'elle  doit  partir  incessamment  pour  la 
Haute*  Egypte. 

ABYSSIIIIB. 

L'Abyssinie  a  occupé  aussi  cette  année  l'attention 
des  voyageurs.  Le  docteur  Beke  a  adressé  à  la  Société 
pour  la  civilisation  de  rArri(]ue  •  des  communications 
sur  la  géographie  de  TAbyssinie  méridionale ,  dans  ses 
lettres  datées  d'Ankober  et  d'Angolalla,  des  5  mars 
et  29  mai  i84i  >  ainsi  que  la  relation  d*une  excursion 
qu'il  a  faite  aux  mois  d'avril  et  de  mai  de  la  même  an- 
née, d'Ankober,  capitale  du  Choa ,  que  le  voyageur 
anglais  appelle  Shwa  ,  h  Kok-Fara,  dans  la  province 
de  Gedem,  qui  n'avait  été  encore  visitée  par  aucun 
Européen,  circonstance  qui  donne  une  haute  impor- 
tance à  cette  relation.  Ces  divers  documents  •  ainsi  que 
des  observations  du  même  voyageur  sur  la  roule  de 
Tajurrah  à  Choa,  ont  été  insérés  dans  le  numéro  do 
journal  de  la  Société  géographique  de  Londres,  qui 
vient  de  paraître.  C'est  au  même  voyageur  que  cette 


(  555  > 

Société  doit  la  copie  d'une  carie  de  la  roule  de  Ta* 
jurrah  à  Ankober ,  suivie  par  le  capitaine  Harris , 
chargé  d'une  mission  scientifique  à  la  côte  du  Choa  , 
ci  qui  parait  avoir  déterminé  la  position  géographi* 
que  de  Hurrur»  et  fourni  des  informations  sur  les 
différentes  tribus  du  voisinage.  Un  autre  journal  an- 
glais (  The  Friend  of  Africa  )  annonce  qu'après  un 
long  intervalle  de  silence ,  de  nouvelles  lettres  du 
docteur  Beke,  datées  de  Dima,  i5  décembre  i84i» 
sont  parvenues  en  Angleterre.  Il  avait  quitté  Angolalla 
le  16  octobre  précédent  pour  se  rendre  éAngorcha  dans 
le  pa\s  d*Abba<Moalle»  puissant  chef  galla  dont  les  pos- 
sessions s'étendent  presque  jusqu'à  Abai.  Le  D'  Beke 
donne  dans  sa  lettre  la  description  des  contrées  qu'il  a 
parcourues  jusqu'à  son  arrivée  à  Dima ,  représentée 
par  lui  comme  une  grande  ville  de  construction  ré- 
cente, divisée  en  quartiers,  entourée  de  murs  de  pierre 
et  ayant  plusieurs  maisons  également  construites  en 
pierre.  De  son  côté  »  notre  zélé  collègue  H.  Arn.  d'Ab- 
badie  continue  de  visiter  et  d'étudier  TAbyssinie  et 
les  pays  voisins.  Les  différentes  lettres  qu'il  a  écrites 
à  plusieurs  membres  de  la  Société,  d'A 'glat,  de  Barba- 
rah,  de  Monszaivwa,  d'Omokoullou ,  d'Adwa,  etc.,  et 
qui  ont  été  insérées  dans  votre  Bulletin,  fournissent  des 
renseignements  pleins  d'intérêt.  M.  d'Abbadie  fait 
connattre  leTogray,  la  région  comprise  entre  l'Atba- 
rab,la  mer  Rouge,  Souàkyn  etMousrawwa,  les  pays  de 
Gach  •  de  Barka  et  autres  cantons  de  ce  territoire ,  res- 
tés presque  inconnus.  Il  décrit  le  pn}s  de  Sçoumàl, 
contrée  également  inconnue,  dont  notre  collègue, 
M.  d'Avexac,  a  dressé  une  petite  carie  d'après  les  in- 
formations de  M.  d'Abbadie;  et  enfin,  le  pays  d'Enarya, 
canton  reculé  de  la  Haute^Ethiopie.  En  recueillant  des 


(  536  ) 

noies  géographiques  sur  le  pays  qu'il  visile,  M.  d'Ab- 
badie  réunit  aussi  de  précieuses  inrormations  sur  les 
idiomes  des  tribus  abyssiniennes.  On  en  trouvera  égale- 
ment sur  les  mêmes  pays^dansla  correspondance  d*QQ 
autre  de  nos  collègues,  M.  Théophile  Lefebvre,  qui 
nous  a  écrit  deux  lettres  datées  d*Adoa,  les  st  mai  et 
3o  août  i84i- 

EXPÉDITION  DU  NIGBR. 

L'expédition  anglaise  dite  du  Niger,  qui,  sous  les  or- 
dres du  capitaîneHenri  Trotter,  devait  ouvrir  une  com* 
munication  avec  les  chefs  de  la  partie  dé  l'ATrique 
arrosée  par  ce  fleuve,  et  former  des  établissenaents  dans 
l'intérieur,  a  échoué  à  peu  près  complètement  L'espoir 
qu'on  pouvait  naturellement  concevoir ,  de  faire  quel* 
que  découverte  géographique ,  surtout  en  remontant  le 
Niger  et  en  se  dirigeant  ensuite  à  Testvers  les  sources  du 
Tchadda,  a  été  déçu  par  suite  des  maladies  qui  ont  dé- 
cimé les  équipages  des  bateaux  k  vapeur  attachés  à  l'ex- 
pédition, ce  qui  a  déterminé  le  gouvernement  adonner 
des  ordres  pour  qu'elle  fût  abandonnée.  Le  capitaine 
Becrofl,  qui  avait,  en  i84o,  remonté  avec  le  navires 
vapeur  VEthiope  la  rivière  Formose,  et  pénétré  dans  le 
Delta  du  Niger,  dont  il  rejoignit  le  bras  principal  qu'il 
suivit  jusqu'au  nouveau  Bajobo  ,  à  environ  9*  ^o'  de 
latitude,  a  exploré,  vers  la  fin  de  1841,  la  rivière  do 
Vieux «Calebar  et  celle  de  la  Croix  (Cross-River) ,  son 
affluent  jusqu'à  Ommann,  ville  considérable  bâtie  dans 
une  lie  à  70  milles  environ  au  N.-O.  i/4  N.  de  l'em- 
bouchure. On  sait  que  grâce  au  zèle  de  cet  officier. 
rJIbert,  l'un  des  bateaux  h  vapeur  envoyés  par  le  gou- 
vernement anglais,  sortit  d'une  position  périlleuse,  et 


(  557  ) 
parvint  à  descendre  le  Niger,  d'où  il  fut  conduit  à  Fer- 
nando-Po.  On  trouvera  des  renseignements  sur  l'expé- 
dition du  Niger  dans  une  relation  intitulée  :  Journaux 
des  missionnaires  Fred,  Schô'n  et  Samuel  Crowther^  qui 
ont  accompagné  le  capitaine  Trotter;  cette  relation  a 
été  publiée  à  Londres,  en  i84t  »  en  un  volume  in-i9  , 
avec  une  petite  carte  des  rivières  Niger  et  Tchadda,  dres- 
sée par  M.  James  Wyld.  Du  reste  la  carte  du  cours  du 
Quorra  dressée  par  le  commandant  Allen ,  qui  avait 
fait  partie  de  l'expédition  de  Lander  en  Afrique,  et  que 
l'amirauté  avait  publiée  en  i84o,  a  été  reconnue 
comme  parfaitement  exacte. 

AFRIQUE  N&RIDIONALB. 

Plusieurs  ouvrages  ont  paru  cette  année  sur  celte 
partie  de  l'Afrique.  L'un ,  intitulé  :  Fojrage  à  la  côte 
orientale  de  V Afrique  méridionale ,  est  cité  avec  éloges 
dans  le  compte-rendu  de  la  séance  de  l'Académie  des 
sciences  de  Berlin  du  6  juin  1849;  son  auteur  est  le  D' 
Peter.  Il  en  est  un  autre  que  nous  devons  à  deux  Fran- 
çais, MM.  Arbousset  et  Daumas,  missionnaires  protes- 
tants, qui  mérite  de  fixer  votre  attention.  Il  a  pour  titre  : 
Relation  (F un  voyage  d* exploration  au  nord-est  de  la  colo'^ 
nie  du  cap  de  Bonne-Espérance,  forme  un  volume  grand 
in-8* accompagné  de  1 1  dessins  et  d'une  carte  spéciale, 
et  a  été  écrit  par  le  premier  de  ces  missionnaires.  C'est 
pendant  les  mois  de  mars ,  d'avril  et  de  mai  1 836,  que 
MM.  Arbousset  et  Daumas,  établis,  l'un  h  Morija,  pays 
des  Bassoutos,  et  l'autre  à  Mekuntling  chez  les  Lig- 
hoyas  prés  de  la  colonie  anglaise,  dite  du  port  Natal ,  ' 
ont  fait,  entre  l'Orange  et  le  Namagari,  une  excursion 
q'Jli  parait  n'avoir  pas  été  sans  résultat  pour  la  géogra< 
xvni.  JANVIER.  10.  35 


(  558  ) 

pliic  et  la  stulistîque  de  la  partie  sud  de  l'Afrique 
qu'ils  ont  parcourue.  Ces  missionnaires  onl  étudié,  et 
plus  soigneusement  décrit  qu'on  ne  l'avait  fait  avant 
eux,  plusieurs  tribus  indigènes.  Ils  ont  révélé  an  fait 
inconnu  jusqu'à  présent ,  celui  de  l'existence  de  hor- 
dos  cannibales  dans  le  voisinage  des  Haloutis .  et  trouvé 
la  source  des  principaux  fleuves  de  l'Afrique  méridio- 
nale dans  une  montagne  qui  eouronne  au  nord  la 
chaîne  des  montagnes  Bleues.  On  sait  enfin  par  eux  que 
rOrango ,  le  Galedon  »  le  Namngari ,  le  Letouélé  et  le 
Monouenou  ont  tous  une  commune  origine  et  s'échap- 
pent dans  la  direction  sud-ouest ,  sud  ,  nord ,  et  nord- 
est  des  flancs  d'une  montagne  qu'ils  ont,,  par  ce  motif, 
appelée  le  Monl-anx-Soitrces, 

AMÉRIQUE. 

Cartes  hydrographiques-^ 

Le  Dépôt  de  la  marine  a  fait  paraître  cette  année 
sur  l'Amérique  :  i^  une  Carte  des  cotes  septentrio» 
nales  du  Brésil,  depuis  Maranham  jusqu'à  la  rii^ière  des 
Amazones^  dressée  par  M.  Daussy ,  d'après  les  maté- 
riaux les  plus  récents,  quoique  encore  un  peu  incer- 
tains.  Ces  parages,  explorés  jusqu'ici  avec  peu  de 
précision  ,  laissent  beaucoup  à  désirer.  M.  Daussy  a 
employé  tous  les  documents  qui  pouvaient  fournir 
quelques  renseignements  sur  ces  côtes ,  et  il  a  donné 
dans  la  Connaissance  des  temps  pour  i845»  la  dis* 
cussion  des  longitudes  de  deux  pointa  de  Temboudiure 
de  l'Amazone,  Tlle  de  Bailique  et  celle  de  Maraca,  qui 
lui  ont  servi  pour  cette  carte;  a*  Une  Carte  kydrogra- 


(  559) 

phique  des  j4n(Ules  ^  dressée  par  M.  Keller,  ingéDieur 
hydrographe,  qui  a  fait  usage  pour  sa  confection  des 
derniers  travaux  des  Espagnols  et  des  Anglais.  Je  crois 
devoir  nocnlionner  ici  la  nouvelle  édition  du  Routier  des 
îles  Antilles  t  des  côtes  de  Teri^- Ferme  et  de  celles  du 
golfe  du  Mexique,  rédigé  au  dépôt  hydrographique  de 
Madrid  ,  et  traduit  pour  la  première  fois  en  1829  par 
M.  Chaucheprat,  à  cette   épo]ue  lieutenant  de   vais- 
seau, et  aujourd'hui  secrétaire-général  du  ministère  de 
la  marine.  Le  routier  des  Antilles,  publié  sous  les  aus- 
pices de  ce  département,  vient  d'obtenir  en  France  une 
4*  édition,  en  9  volumes.  M.  RigauU  de  Genouilly»  ca- 
pitaine de  corvette ,  qui  a  revu  cette  traduction  sur  la 
dernière  édition  donnée  en  iHSy  à  Madrid,  y  a  introduit 
des  améliorations  essentielles,  par  les  emprunts  qu'il  a 
faits  au  IFest  Indinn  Directorjr ,  au  Nautieal  Magazine , 
et  à  Y  American  coast  Pilot,  M.  le  lieutenant  de  vaisseau 
Dupérier,  a  donné»  dans  le  numéro  des  Annales  mari- 
times du  mois  de  mai  dernier,  des  notes  instructives 
sur  r atterrissage  du  Rio  de  la  Plata ,  et  sur  les  différentes 
routes  que  ton  peut  suii^re  pour  remonter  ce  fleuve  jusqu*  à 
BuenoS'Ajrres.    Ces  notes    recueillies  à   la  hâte ,    dit 
M.  Dupérier,  dans  les  rares  moments  que  laissait  inoc- 
cupés  le  service  d'un  pénible  blocus,  ne  peuvent  pas, 
par  conséquent,  avoir  le  mérite  d'exactitude  d'un  tra- 
vail hydrographique ,  et  ne  sont  destinées  qu'à  appeler 
l'attention  du  navigateur  sur  la  profondeur  des  eaux, 
à  l'ouverture  et  en  dedans  du  Rio  de  la  Plata,  ainsi  que 
sur  la  qualité  du  fond  :  la  connaissance  exacte  de  la 
sonde  rendrait  certainement  presque  nuls  les  dangers 
qu'appréhendent  tant  les  marins  qui  fréquentent  ce 
fleuve. 
L'amirauté  anglaise  a  publié  en  i84i  et  i84s,  plu- 


(540  ) 

sieur»  belles  cnrtes  hydrographiques,  relatiTea  à  TA- 
mérique,  doat  je  donne  le  détail  en  note  (i). 

La  rivière  de  Saint-Laurent,  depuis  Montréal  jusqu'à 
nie  d'Anlicosli,  et  les  rives  septentrionales  du  golfe  de 
ce  nom  jusqu'au  détroit  de  Belle-Ile,  ont  été  levées  par 
le   capitaine   BayTield ,    qui  est    occupé  maintenant 

(i)  Cartes  Bycîroçraphique*  an(g{laises  publiées  par  l'amiraoté  e» 
1841  ei  1843  : 

AMÉRIQUE   MÊBIDIOSALK. 

jinse  Gamkacho,  doits  le  port  âe    Samanco^evé  en  i836,  p«r 
W.  Reaumont,  master^  publia  en  184a. 
Échelle,  53  millimètres  pour  1  mille. 
Ile  WoUaston,  —  3  plans  levé»  p  «r  les  officiers  du  Bea^U  en  1.834, 

publiés  en  i84i* 

Échelle ,  1 3*"  pour  1  mille ,  savoir  : 

Ile Saint'Martin^»  baie  Philipsbnrg  —  rocher  Man  ofwar^  i84'- 

Échelle  75*  pour  1  mille. 

Esquisse  de  la  baie  de  Matagorda ,  par  un  officier  au   service  du 
Texas,  communiqué  par  le  commander  Ilamiltof>,  i84i* 

Échelle,  9«,4  pour  i  mille. 

AMéniQDB    SBI>TKMTni01IM.C. 

Côte  orientale  de  f  Amérique  du  Nord,  —  Carte  du  ^Ife   Saimi- 
Lnurenti  levée  par  le  capitaine  BayfielJ  de  1837  à  1 839,  publ.  en  1841- 
Échelle,  i»,6a  pour  1  mille. 
Golfe  Saint» Laurent.  —  Plan  de  la  baie  Mivamichi^  \e\4  par  le 

même,  en  i84i> 

Échelte ,  25"  pour  1  mille. 

Fleuve  Saint- Laurent.  —  Rivière  Saguenay^  levé  par  le  même  ei» 

i83u,  i84o. 

Échelle,  17"'  pour  i  mille. 

Carte  des  Iles  Turques^  par  le  capitaine  R.  Owen,  comprenant  Talter- 
rage  de  tous  les  rôlp«,  ainsi  que  le  banc  et  la  roche  de  TEndynion, 
dans  le  sud. 

Échille,  38  m.  pour  1  mille. 


(54i  ) 

'Sur  les  fWes  méridionales  du  golfe  le  long  des  côtes 
du  Nouveau  Brunswick,  et  lève  l*tledu  Prince  Edouard. 
La  côte  de  Mexico  et  les  lies  Bahama  ont  été  explo- 
rées par  le  commander  Barnelt  et  M.  Lawrence.  Les 
détails  de  ces  dernières  lies  étaient,  ii  y  a  peu  de  temps 
encore,  absolument  inconnus,  et  leur  longitude  offrait 
en  quelques  endroits  des  erreurs  qui  s'élevaient  jus- 
qu'à un  degré.  L'examen  minutieux  des  nombreux 
écueils  et  des  bancs  qu'on  trouve  dans  ces  mers  ,  pro- 
duira un  avantage  réel.  Le  commander  Bamett  finit 
maintenant  l'intérieur  du  golfe  du  Mexique  ;  il  a  déjà 
déterminé  quelques  récifs  dangereux  situés  au  lar*ge 
de  la  côte  de  Gampèche. 

L'Espagne  même  a  fourni  son  tribut  à  l'hydrographie 
de  l'Amérique-;  car  le  Dépôt  de  Madrid  a  dressé  et 
publié  en  184 a  la  Carte  particulière  et  chorographique 
de  Vile  de  Puerto-Rico  et  des  îles  voisines.  On  lui  doit 
égalen^nt  un  Pian  du  port  de  Rio^ Janeiro  et  de  la  baie 
fia  Saint-'Esprit,  Ce  dernier  était  à  la  gravure  en  dé- 
cembre 184s. 

M.  le  professeur  F.-R.  Hassler,  né  en  Suisse  et  natu- 
ralisé américain»  a  été  chargé  depuis  longtemps,  par 
le  gouvernement  des  États-Unis,  de  lever  le  plan  de 
toutes  les  côtes  de  celte  immense  république.  On  a  mis 
sous  ses  ordres  plusieurs  officiers  de  marine  et  d'autres 
collaborateurs,  et  depuiscinq  ou  six  ans  il  s'occupe  de 
ces  tra?aax  hydrographiques  avec  des  instruments 
qu'il  a  achetés  en  France  et  en  Angleterre;  mais  il  n'a 
encore  rien  publié. 

Cartes  géographiques. 

Nous  devons  à  don  José  de  la  Torre  une  Carte  de 
aie  de  Cuba  et  terres  circonifoisines^en  une  feuille.  Cette 


l  54»  ) 

pelile  carte   ethnographique   ei  historique  donne  les 
roules  suivies  par  Christophe  Colomb  lors  de  la  dé- 
couverte rie  ces  contrées  (i),  et  indique  les  premiers 
établissements  des  Espagnols;  elle  est  destinée  i  servir 
d'illustration  h  une  histoire  ancienne  que    M.  de  la 
Torre  se  propose  de  publier.  On  y  trouve  les  divisions 
territoriales  qui  existaient  à  l'époque  de  l'arrivée  dts 
Espagnols,  et  de  plus  l'itinéraire  de   Coloaib   daos 
son  premier  voyage.  Les  renseignements  d'après  les- 
quels cette  carte  a  été  composée  sont  puisés  en  par- 
tie dans  des  documents  restés  jusqu'à   ce  jour  iné- 
dits, et  que  M.  de  la  Sagra  a  publiés  dans  l'appendice 
de  son  ouvrage.    Une  autre    Carie  de  Pi/e  de   Cuba  a 
aussi  paru  cette  année»  à  Paris;  elle  doit  servir  à  l'his- 
toire de  cette  lie  par  M.  Ramon  de  la  Sngra  »  et  en 
représente  l'état  actuel.  Elle  offre  de  l'intérèl  sous 
les   rapports    orographique   et  hydrographique.  Les 
cartes  géographiques  qui  accompagnent  Y  Histoire  et 
la  description   des  voies  de  communication  aux   Etats- 
Unis^  etc.,  de  M.  Michel  Chevalier,  sont  utiles  à  con- 
sulter parce  qu'elles  ont  été  construites  d'après  les 
derniers  matériaux  géographiques  qui  ont  paru  de 
l'autre  côté  de  l'Atlantique.  Quant  à  leur  exécution , 
c'est  en  faire  un  suffisant  éloge  que  de  dire  qu'elles 
ont  été  gravées  par  M.  Pierre  Tardieu. 

Je  citerai  aussi  la  carte  des  départements  de  JCalisco , 
Zagatecaset  Àguas-CalienteSf  construite  parle  capitaine 


(i)  M.  de  Mavanete  avait  d^j^  donaé  les  routes  $aivirs  p^t 
Christophe  Colomb  pendant  ses  différents  voyages,  dans  la  carte  <)»i 
aiTompagne  le  premier  volume  de  la  Collection  </es  Foya^tt  et  Dé- 
couvertes que  lesEspagnoU  ont  faits  par  mer  depuis  la  fin  du  xv*  jièc/r, 
H  que  j*ai  jointe  également  ^  ma  tra<luction  français. 


(  545  ') 

de  frégate  de  la  marine  mexicaine  don  José  Maria  Nar- 
vaez,  et  dont  la  publication  a  été  ordonnée  en  i84o 
par  le  gouvernement  du  Mexique.  Cette  carte  a  été 
gravée  en  i84s  à  l'établissement  géographique  de 
Bruxelles.  Celles  des  autres  départements  mexicains 
seront  exécutées  d'après  les  matériaux  que  M.  A.  Ga- 
leetti  a  recueillis  dans  le  voyage  qu'il  a  effectué  de  1 835 
à  i84i«  Ces  cartes  doivent  accompagner  le  grand  ou- 
irrage  d'bistoire  natiireU«;  que  ce  voyageur  prépare 
en  ce  moment  sur  le  Mexique. 

Je  citerai  encore  la  Carte  de  la  Guyane  anglaise  d'Ar- 
rowsmith»  qui  a  paru  en  i84s ,  et  je  terminerai  enfin 
par  la  Carte  de  l^jimérique  méridionale ,  que  le  même 
géographe  a  publiée  en  une  feuille  au  mois  de  mai  de 
cette  année  »  d'après  des  documents  originaux  dans 
lesquels  figurent  les  levés  faits  en  i834  et  i855  par 
les  officiers  des  navires  de  la  marine  royale  anglaise 
VÂdifenture  et  le  Beagle»  On  a  «représenté  à  plus 
grands  points,  et  à  part  dans  les  marges  de  cette 
carte,  dédiée  au  capitaine  Filzroy  ,  les  Iles  Faickland , 
les  Galapagos  (i) ,  le  port  de  San  Carlos  et  les  côtes 
de  la  Patagonie  jusques  et  y  compris  le  cap  Horn. 

(i)   Je  crois  devoir  faire  remarquer  ici  qu'il  n'est  pas  une  seule 
des  îles  Galapagos  qui  ne  porte  un  nom  aiiçlain  sur  la  carte  d*Ar- 
Towsniith,  quoique  ces  îles  eussent  reçu  des  noms  espagnols    an- 
térieurement k  Gowley ,  le  premier  navigateur  anglais  qui  les  dé- 
baptisa arbitrairement  vers  la  fin  du  xvii*  siècle.  Ainsi  les  noms  de 
Mtucarin,  Tabasco  ou  Tobaco,  del  Diabloj  de   la  Salud ,  de  San 
Barnaba^  de  Santiago^  etc.,  noms  primitifs,  furent  changés  par  lui 
en  Carlos^    Crosman^  Bindtos^   Eures^    York  ^   Norfolk  y  etc.    De- 
puis, d'autres  navigateui-s  anglais  ont  jugé  convenable  de  changer 
même  ce  qu'avait  fait  leur   propre  compatriote,  et  dans  la  carte 
qui  accompagne  la  relation  des  voyages  de  Vancouver  (1795),  dans 
cfUes  de  Davidson ,  du  capitaine  Basil  Hall  et  de  John  Rire  (  1823  )  et 
enfin  dans  eelle  dont  je  m'occupe  ici ,  dressée  en  1 835  par  les  officiers 


(  544  ) 

Voyages ,  ouvrages  géographiques ,  etc. 

Plusieurs  grandes  publications  géographiques,  com- 
mencées antérieurement  a  l'époque  qui  nous  occupe, 
ont  fait  quelques  progrès  en  i849.  C'est  ainsi  qu'oo  u 
publié  cette  année  les  55'  à  69*  livrabons  du  Voyait 
dans  r Amérique  méndionale  de  Ai  Alcide  d*Orbigoy  ;  el 
les  Sa*  à  Sg*  de  V Histoire  physique ,  politique  et  naturelle 
de  Vile  de  Cuba ,  de  M.  Ramon  de  la  Sagra  ;  que  les 
sept  livraisons  dont  se  composent  les  Plies  et  souvenirs 
de  V Amérique  du  nord  de  M.  Francis  de  Caslelnau,  ont 
paru  en  1 84»  •  et  que  le  Voyage  dans  lUtUérieur  de  l'A- 
mérique  du  nord  du  prince  Maximilien  de  Wied-Neu- 
wied,  exi'^cuté  de  iSSs  à  i834.  a  vu  augmenter  le  oom- 
bre  de  ses  livraisons.  Les  i5',  1 6  -,  1 7*'  et  1 8*  livraisons  de 
ce  dernier  voyage ,  qui  se  publie  en  allemand  à  Co- 
blentz  sous  le  format  in-4^y  ont  paru  en  i84i  et  i84s- 

Les  Commtmications  intérieures  de  r  Amérique  septen^ 
trionale,  tel  est  le  titre  d'un  ouvrage  de  feu  M.  Gertsoer, 

du  Beagle  y  on  trouve  les  noms  ê^Âlbemarle^  ^ Indefati^obte^  lie 
Chatham ,  de  James ,  de  Charles^  de  Hood,  etc.,  substitués  à  ceiii  que 
Gowley  avait  imposés  sans  aucun  droit.  Ce  qu'il  y  a  de  plus  extraordi- 
naire, c'est  de  voir  que  les  noms  anglais  ont  été  adoptéssar  les  cartes 
de  notre  propre  Dépôt  de  la  marine.  Une  semblable  confusion  ne  peut 
que  nuire  aux  progrès  de  la  géographie,  et  c'rst  par  ce  motif  que  j'ai 
dû  consigner  ici  mon  observation.  Un  navigateur  n*èst,à  mon  avi^, 
fondé  à  imposer  un  nom  qu'aux  lii;ux  qu'il  découvre  le  premier  et 
qui  n'en  portent  pas  encore.  L'usage  adopté  par  feu  le  contiv-ami- 
ni  Dnmont  d'Urville  et  p;ir  quelques  autres  marins,  de  con.«erver 
aux  lieux  nouvellement  visités  les  noms  que  leur  donnent  les  habi- 
tants, ne  saurait  être  trop  recommandé;  il  serait  bon  toutefois  de  con* 
server  aussi,  p^urrviter  toute  confusion ,  ceux  qu'à  tort*ou  à  raison 
on  a  imposés  aux  groupes  et  aux  principales  îles,  et  qui  ont  reçu  une 
espèce  de  sanction  du  temps. 


(  545  ) 

dont  M.  Rlein  a  publié  à  Vienne,  en  i84'if  après  la 
mort  de  Fauteur,  le  premier  volume  avec  i5  planches 
et  une  carie.  Je  citerai  également  les  Observaliofis  sur 
les  Etats-Unis  de  l* Amérique  septentrionale  pendant  une 
visite  phrénologiqiie  faite  en  i838,  3g  et  4o»  P^i* 
M.  Georges  Combe»  qui  ont  paru  en  184 1  à  Edimbourg 
en  3  vol.  in-is  .  accompagnées  d'une  Carte  des  princi- 
paux  canaux  et  chemins  de  fer  des  Etats-  Unis  et  du  Ca- 
nadap  dont  le  chapitre  I"  est  consacré  au  voyage  de 
l'auteur  de  Bristol  à  New-York  ^  et  le  Livre  des  Indiens , 
ou  biographie  et  histoire  des  Indiens  de  l'Amérique 
septentrionale ,  depuis  la  première  découverte  jusqu'à 
l'année  i84if  publié  à  Boston ,  en  un  vol.  grand  in-8% 
par  Samuel  G.  Drake,  et  déjà  parvenu  à  sa  8«  édition. 
Cet  ouvrage  contient  des  détails  pleins  d'intérêt  et 
puisés  à  des  sources  authentiques  sur  les  migrations 
et  l'histoire  en  général  des  différentes  tribus  indiennes, 
dont  M.  Drake  se  montre  le  zélé  défenseur.  \ 

Les  lies  Antilles  ont  été  récomment  explorées 
par  plusieurs  voyageurs  dont  les  publications  n'ont 
pas  fait  faire  de  grands  progrès  à  la  géographie;  nous 
citerons  cependant  :  Un  hii^er  aux  Antilles  eu  i83g  et 
en  i84o»  par  Gurney,  traduit  cette  année  en  français; 
et  le  Voyage  aux  Antilles  française^  anglaise  y  danoise^ 
espagnole  y  etc.,  de  M.  Granier  de  Cassagnac ,  qui 
n'a  donné  encore  que  la  première  partie  consacrée 
aux  Antilles  fiançaises.  La  notice  de  M.  Maussion  de 
Candé ,  capitaine  de  corvette ,  sur  le  golfe  de  Hondut*as 
et  la  république  du  centre  Amérique  ^  insérée  dans  notre 
Bulletin,  fournit  des  informations  qui  manquaient, 
et  l'on  trouve  de  bons  renseignements  sur  les  iVJon* 
tagnes  Rocheuses,  sur  la  rivière  P/f/^^?,  que  les  Indiens 
appellent  rivière  aux  Cerfs,  l'un  des  plus  beaux  cours 


(  546  ) 

d'eau  de  rAinérique  du  nord  ,  sur  les  mœurs,  cou- 
tumes el  usages  des  Indiens  qui  en  habitent  les  bords 
dans  une  lettre  du  père  Sinet,  écrite  de  Saint-Louis, 
le  7  Février  i84i,  et  insérée  dans  les  Afmahs  de  la 
propagation  de  la  foi. 

Gomme  ce  ne  sont  pas  toujours  les  gros  volu- 
mes qui  en  apprennent  le  plus»  je  crois  devoir  in- 
diquer un  article  inséré  dans  les  Nouvelles  annales  des 
voyages  sur  Mazatlan  et  les  deux  côtes  de  la  mer  Fer- 
meilley  qui  donne  d'utiles  informations  hydrofçra- 
phiques  sur  los  côtes  nord -ouest  du  Mexique,  et 
qu'on  attribue  à  un  de  nos  jeunes  diplomates ,  et 
des  Renseignements  topo  graphiques  sur  l*  isthme  de  Ps- 
nama  et  sur  les  moyens  de  transport  qui  y  sont  offerts 
nux  voyageurs  »  que  Ton  doit  à  H.  Lemoine ,  coosul 
général  de  France  en  Bolivie  ;  on  peut  les  lire  dans 
votre  Bulletin  du  mois  de  mars.  L'isthme  de  Panama 
occupe  en  ce  moment  l'attention  du  gouvernement  de 
la  Nouvelle-Grenade,  et  l'on  voit  dans  une  note  trans- 
mise à  l'Académie  des  sciences  par  M.  Warden,  que 
ce  gouvernement  fait  faire  des  recherches  pour  s'assu- 
rer de  la  possibilité  de  tracer  un  canal  à  travers.  La 
compagnie  qu'il  a  autorisée  h  construire  celte  voie  de 
communication  entre  les  deux  Océans,  a  terminé  l'ex- 
ploration des  terrains  à  travers  l'isthme  ,  et  a  fait  un 
chemin  provisoire  à  partir  de  la  baie  de  Gharera,  sur 
l'océan  Pacifique,  jusqu'à  la  ville  de  Chagres,  sur  IV 
céan  Atlantique.  Ges  explorations ,  faites  sous  la  direc- 
tion de  M.  l'ingénieur  Morel,  paraissent  avoir  démontré 
que  l'isthme  de  Panama  ,  au  lieu  d'être  une  chaîne  de 
rochers,  comme  le  disent  la  plupart  des  géographes, 
est,  au  contraire,  une  vallée  de  4  ^^  (3  milles  de  loo- 
j;ueur,  où  se  trouvent  plusieurs  élévations  de  forme  co- 


(547  ) 
nique,  de  7°"  à  »o«  de  haut.  Entre  ces  petites  bau** 
leurs  coulent  plusieurs  rivières  qui  descendent  de 
l'extrémité  des  Andes  ponr  se  jeter»  par  deux  canaux 
principaux,  les  unes  dans  lu  mer  Garibéenne  par  la 
rivière  de  Cbag:res,  les  autres  dans  Tocéan  Pacifique  pur 
le  Rio-Grande.  L'élévation  du  terrain  entre  ces  rivières 
n*est  que  de  i3"  au-dessus  de  la  plus  haute  marée,  et 
de  ai'^yôo  au-dessus  de  la  basse  marée.  Le  creusement 
nécessaire  pour  unir  les  deux  mers,  au  moyen  des 
trois  rivières  Vino-Linto,  Bernardino  et  Farran ,  n*a 
que  12  milles  et  demi  de  longueur. 

Vous  trouverez  également  dans  votre  Bulletin  les 
documents  que  vous  a  communiqués  M.  Poinselt,  sur 
les  négociations  entre  les  États-Unis  de  TAmérique  du 
nord  et  le  Mexique,  relativement  à  leurs  limites  res- 
pectives ;  ils  renferment  des  morceaux  précieux  pour 
la  géographie  de  cette  partie  du  nouveau  continent.  On 
ne  lira  pas  sans  profit  l'ouvrage  intitulé  :  les  Etats-Unis 
et  la  Havane,  ou  Souvenirs  (Vun  voyageur,  que  M.Isidore 
Lowenstern  vient  de  publier,  ainsi  que  la  Notice  historique 
et  géographique  sur  la  Trinidad  de  Cuba ,  com  m  uniquée  à 
la  Société  par  M.  Trançois  Lavallée ,  et  qu'il  a  fait 
insérer  dans  le  Correo  periodico  de  Trinidad.  La  même 
observation  s'applique  à  une  nouvelle  production  de 
M.  Warden  ,  quoique  son  titre  :  Chronologie  historique 
des  États-Unis ,  semble  étranger  à  la  géographie.  Dans 
des  Remarques  sur  la  géographie  physique  de  l* Amérique 
du  nord,  que  M.  Rafmesque  a  fait  imprimer  à  Philadel- 
phie en  1840,  tout  est  géographique,  le  titre  comme  le 
fond  de  l'ouvrage,  dont  la  date  est  seulement  un  peu 
ancienne.  Le  Journal  d* une  résidence  sur  la  cote  deMos- 
quito,  par  M.  Thomas  Young,  donne,  non  seulement 
les  informations  les  plus  récentes ,  mais  aussi  les  plus 


{  548  ) 
complètes  et  les  plus  exactes  sur  cette  côte,  et  sur 
quelques  parties  voisines.  L'auteur»  député  surinteo- 
dant  de  la  compagnie  chargée  de  former  ua  établisse- 
ment à  la  Rivière-Noire  «  parti  d'Angleterre  aa  mois 
de  juillet  iSSg ,  a  continué  de  résider  sur  les  lieux  jus- 
qu'à la  fin  de  i84i.  Sa  relation  contient  aussi  une 
esquisse  de  son  voyage  de  retour  par  Balise  et  New- 
York  au  commencement  de  1849* 

Les  Excursions  dans  Vile  de  Ten^- Neuve  et  ses  «»- 
dirons t  pendant  les  années  iSSg  et  1840,  et  Terre» 
Neuve  en  \%l^^  ^  faisant  suite  au  Canada  en  1841  »  deux 
ouvrages  qui  viennent  d'être  publiés  en  Angleterre, 
nous  fournissent  les  renseignements  les  plus  exacts  et 
les  plus  étendus  sur  celte  lie  si  intéressante  sous  tant 
de  rapports»  et  presque  une  terre  inconnue  ^  même  pour 
les  Anglais  »  malgré  les  débals  récents  qui  ont  eu  lieu 
au  parlement  à  son  sujet.  Chacun  de  ces  ouvrages  se 
compose  de  a  volumes  in•8^  Pour  remplir  convena- 
blement la  mission  géologique  dont  il  était  chargé  è 
Terre-Neuve ,  M.  J.*B«  Jukes»  à  qui  l'on  doit  le  pre- 
mier des  ouvrages  ci-dessus ,  a  traversé  le  pays  dans 
toutes  les  directions,  contourné  les  côtes  dans  un  na- 
vire frété  à  cet  effet,  et  visité  quelques  unes  des  petites 
Iles  adjacentes.  L'Ile  de  Terre  -  Neuve  est  tellement 
couverlede  lacs  nombreux  et  d 'étangs ,  elles  arbris- 
seaux sont  si  touffus  qu'il  est  louUà-fait  impossible 
de  voyager  dans  certaines  parties.  Le  géologue  anglab 
a  donc  rencontré  des  difficultés  peu  communes,  et  il 
a  fallu  toute  l'ardeur  de  son  zèle  scientifique  pour  les 
surmonter.  Il  a  donné  dans  un  appendice  un  som- 
maire de  l'histoire  naturelle  de  l'Ile,  et  un  relevé 
géologique  détaillé.  On  doit  regretter  qu'il  n'ait  pas 
accompagné  son  ouvrage  d'une  carte ,  eût-elle  été  sur 


(  549  ) 
une  petite  échelle.  Le  chevalier  Bonnycastle ,  lieute- 
nant-colonel du  corps  des  ingénieurs  «auteur  AeTerre* 
Netwe  en  i849,  peint  cette  colonie  couleur  de  rose, 
dit  un  critique  de  la  Uterary- Gazette.  Tandis  que 
M.  Jukes  l'a  représentée  telle  qu'il  Ta  vue,  M.  Bon- 
nycaslle  la  peint  peut-être  telle  qu'il  espère  qu'elle  sera 
lorsque  ses  côtes  occidentales  seront  colonisées,  qu'une 
nombreuse  population  civilisée  l'habitera,  que  des 
routes  y  seront  tracées,  et  enfin  que  l'intérieur  aura 
été  exploré.  Il  n'est  pas  toujours  d'accord  avec 
M.  Jukes,  et  a  sur  lui  l'avantage  d'avoir  joint  à  son 
œuvre  une  bonne  carte  de  l'Ile. 

On  trouvera  des  renseignements  précieux ,  et  qu'on 
peut  considérer  à  peu  près  comme  officiels,  sur  les  re- 
lations commerciales  du  Paraguay  ^  de  Panama  et  de 
la  haute  Californie  ^  dans  le  Bulletin  du  ministère  du 
commerce  du  mois  de  novembre  i84i  • 

La  Belgique  ne  veut  pas  rester  en  arrière  des  autres 
nations  en  fait  d'explorations;  elle  aussi  envoie  des 
expéditions  scientifiques  pour  visiter  les  payslointains; 
l'une  a  été  chargée  d'explorer  les  parties  méridionales 
du  Mexique,  sous  la  direction  de  M.  Ghiesbreght,  et 
l'autre, -dont  la  direction  est  confiée  à  MM.  Linden  et 
Finch,  doit  visiter  le  Brésil ,  les  rives  de  TOrénoque, 
les  provinces  de  Yucatan  et  de  Tabasco.  Une  autre 
expédition  partie  du  même  pays,  également  pour  l'A- 
mérique, a  été  envoyée  par  une  compagnie  belge  sous 
les  auspices  du  gouvernement  pour  explorer  une  par- 
tie de  la  province  de  yera  Paz;  elle  se  trouvait  au 
commencement  de  i84s  dans  les  environs  du  lac  izabiil 
et  du  golfe  Dulce.  On  compte  parmi  les  explorateurs 
des  artistes,  des  botanistes ,  des  zoologues,  des  géo- 
logues el  des  géographes ,  ce  qui  fait  supposer  que  la 


science  esl  inléressée  pour  une  partie  dans  celle  eipc* 
dilîon ,  quoiqu'elle  doive  son  origine  à  une  associalion 
industrielle. 

La  relation  du  Voyage  dans  la  Guyane  et  sur  les 
Titres  de  VOrénoque,  exécuté  dans  les  années  i83d  à 
1839,  par  M.  Robert  Herniann  Sctiomburgk ,  auquel 
vous  avez  décerné  une  médaille  au  mois  de  juin  der- 
nier, a  été  d'abord  insérée  dans  lo  journal  de  la  Soctélé 
géographique  do  Londres.  Elle  a  été  réimprimée  en- 
suite à  part  en  anglais,  ol  elle  vient  d'être  reproduite 
en  1841 ,  à  Leipzig,  en  langue  allemande,  en  un  volume 
grand  in-S''^  par  M.  O.-A.  Schombui^k,  avec  une 
préface  de  M.  le  baron  Alexandre  de  Humboldt.et 
des  observations  sur  quelques  positions  astronomiques 
de  la  Guyane.  La  même  carte  qui  se  trouvait  jointe;! 
la  relation  publiée  dans  le  journal  de  la  Société  géo- 
graphique de  Londres,  se  retrouve  dans  l'édition  aile 
mande,  et  on  y  a  joint  six  vues  coloriées. 

L'ouvrage  que  M.  Scherpf  a  publié  en  1841  à  Augs- 
•  bourg,  sur  l^  Origine  et  F  état  actuel  de  la  république  du 
Texas ^  en  un  volume  in- 8*,  avec  s  cartes,  doit  être 
consulté.  J'en  dirai  autant  de  l'ouvrage  de  M.  Koep- 
Ri  ,  intitulé:  la  Nouvelle  Suisse^  colonie  de  VJméH' 
que  septentrionale ,  ou  Description  de  son  état  dans  les 
dernières  dix  années^  qui  a  paru  à  Luceme  en  184^. 
et  je  vous  engagerai  à  lire  quelques  notices  que  TId* 
slftut  historique  et  géographique  du  Brésil  a  publiées 
dans  son  journal,  bien  qu'elles  se  rapportent  à  desex- 
plorations dont  quelques  unes  sont  Fort  anciennes ,  car 
<  lies  remontent  au  xvii*  siècle ,  mais  elles  sont  non 
vclles  pour  nous,  puisque  nous  ne  les  connaissions  pas 
«l'en  citerai  seulement  deux  écrites  en  portugais,  et 
qu^il   serait   peut-être   utile  de   traduire  dans  notit 


(  S5i   ) 

Bullelin.  La  première  sur  les  missions  de  Ceara ,  Maran^ 
ham ,  Para  et  de  la  grande  riçière  des  Amazones ,  a  été 
écrite  le  1 1  février  1607,  à  Maranham,  par  le  |5ère  An- 
toine Vierra ,  de  la  compagnie  de  Jésus ,  et  la  seconde 
esl  un  Mémoire  sur  la  découverte  et  la  colonisation  de 
Gnerapura.  On  la  doit  au  père  François  de  Ghagres 
Lima»  premier  chapelain  de  l'expédition  faite  en 
1809. 

Il  esl  fâcheux  que  Timpression  de  VExamen  cri- 
tique de  Chistoire  de  la  fjéographie  du  nouveau  conti- 
nent et  du  progrès  de  V astronomie  nautique ,  aux  xv*  et 
XVI*  siècles ,  qui  se  publie  à  Paris  et  doit  former  dix 
V)lumes  in-8®,  dont  cinq  ont  déjà  paru,  n'ait  pas 
avancé  cette  année.  Le  monde  savant  doit  vivement 
désirer  que  M.  le  baron  Alex,  de  Humboldt  termine 
bientôt  cet  ouvrage. 

OCËANIE. 

Cartei  hydrographiques. 

Deux  cartes  hjrdrographiques  ont  été  publiées  cette 
année  sur  l'Océanie  par  notre  Dépôt  de  la  marine ,  sa- 
voir :  celle  des  ilcs  Marquises  ou  archipel  de  Mendana 
ou  de  Nou  kn-biva ,  ayant  en  ce  moment  un  intérêt 
tout-à-fail  de  circonstance,  et  celle  d'une  partie  do 
V archipel  des  Galapagos  (  i  ),  situées  à  environ  1 5o  lieue» 
de  la  côte  occidentale  de  l'Amérique  méridionale. 
Toutes  deux  ont  été  levées  et  dressées  en  i838  par 
M.  de  Tessan ,  ingénieur-hydrographe  à  bord  de  h> 
frégate /a  Vénus  ^  sous  les  ordres  de  M.  le  capitaine 

(r)  Voir  In  note  page  543. 


(  55.) 

de  vaisseau  A.  Du  Petit-Tliouars,  aujourd'hui  conlre- 
amiral.  Les  oI)servalions  astronomiques  aux  résultais 
(lesquelles  les  positions  des  lies  sont  assujetties,  ont  été 
calculées  par  M.  Enout. 

Une  grande  partie  de  la  côte  nord-ouest  de  l'Austra- 
lie venait  d'être  explorée  par  le  capitaine  Wickhatnde 
la  marine  royale  d'Angleterre,  lorsque  cel  officier  dis- 
tingué fut  forcé  de  rentrer  dans  sa  patrie  pour  y  réta- 
blir sa  santé.  Le  lieutenant  Stoke,  qui  l'a  remplacé,  a 
découvert  plusieurs  rivières  navigables  qui  déboucheol 
dans  le  golfe  de  Garpenlarie;  on  manque  encore  de 
détails  sur  cette  nouvelle  intéressante.  La  suite  de 
l'exploration  de  ces  mers  est  confiée  au  capitaine 
Blackwood  et  à  M.  Yule,  qui  sont  chargés  d'examiner 
le  grand  récif  qui  s'étend  du  95*  de  latitude  sud  au  dé- 
troit de  Torrès,  de  lever  ce  détroit,  et  d'étendre  leurs  rc 
cherches  le  long  de  la  côte  méridionale  de  la  Nourelie- 
Guinée  et  de  la  Louisiade. 

On  trouvera  énumérées  en  note  les  cartes  hydro- 
graphiques que  l'amirauté  a  publiées  sur  l'Océauie, 
de  1841  à  i84fi»  d'après  les  travaux  des  officiers  de  la 
marine  anglaise  (1). 

(1)    i«  Détroit  de  la  Sonde  ^  levé  par  le  capitaine  Ross ,  en  1819,  pu- 
blié en  1841. 

Échelle  de.  4  millimètres  9  pour  i  mille. 
Port  de  Marak  dans  le  détroit  de  la  Sonde  >  levé  par  C  Bi* 
ley ,  en  1812  ,  publié  en  1841* 
Échell»{   aa6"*  pour  i  mille. 

3*  Le$  passages  h  travers  la  barrière  de  récifs  au  N,^E,  de  U  So»- 
velle-Hollande^  levés  par  le  capitaine  Asmbore  et  aulrtu 
publiés  en  i84i* 
Écbclle,  4%^^  pour  1  mille. 


(  565  ) 

M.  James  Wild,  dont  j'ai  déjà  signalé  les  travaux  , 
a  dressé  et  publié  à  Londres,  en  1849,  une  Carte  des 
îles  de  la  Nouvelle-Zélande ,  en  deux  feuilles  ,  d'après 
les  levés  des  officiers  des  marines  anglaise  et  française , 
et  les  observations  des  marins  employés  par  la  Com- 
pagnie de  la  Nouvelle-Zélande ,  en  s'aidant  en  outre 
de  travaux  particuliers. 

Le  bureau  hydrographique  de  Madrid  a  fait  paraître 
en  1841  une  Carte  du  détroit  de  Carimata  entre  les  îles 
BUUton  et  Bornéo^  qui  n'est  au  reste  que  la  copie  de  la 
carte  du  même  détroit  donnée  par  Horsburgh  ;  et  M.  le 
professeur  Sewart»  membre  de  la  commission  des  of- 
ficiers de  la  marine  néerlandaise,  a  publié ,  à  Amster- 

4*  Porî  Nieholson  ,  dam  VtU  du  Nord  de  la  Nouvelle-Zélande, 

leyé  par  M.  E.-M.  Chaffers ,  en  iSSg,  publié  en  i84a* 

Échelle ,  5o">  pour  i  mille. 
Plan  du  canal  Tory  dans  le  détroit  de  Cook^  parle  même,  i84a- 

Échelle  ,11™  pour  i  mille. 
5"  Jfe$  Chatham,  d^aprèi  M.  Fournier,  lieutenant  de   vaisseau, 
et  Ch.  Reaphj  en  1840.  publiées  en  1843. 

Échelle,  6%3  pour  t  mille. 
6"  Les  ports  de  Papieti ,  de  Toanoa ,  Papawa^  et  baie  Matawai 

h  Otahiti^  levés  par  le  capitaine  Reechey,  en  i8a6,  publiés 

en  i84i< 

Échelle,  75*°  pour  i  mille. 
7"  Les  tlesGalapagos{ï),  levées  par  le  capitaine Fitzroy,  en  1 836, 

publiées  en  1 84 1 . 

Échelle,  3",  1 3  pour  1  mille. 
Juan- Femandet,  levé  parD.-F.  Ansadorde  Amaya,  en  1795. 

publié  en  i84>* 

Échelle,  I7"*,5  pour  1  mille. 
^  Baie  de  Cumberland  dans  Ctle  de  Juan^Fernandez ,  levée  par 

les  lieutenants  Graves  et  Stanley,  en  i83o,  publiéeen  1841. 

Échelle,  74*"  pour  i  mille. 

(I)  Voyts  la  notr  p.  M3. 

Xnil.    DÉCEMBRE.     11.  56 


(  554  ) 
dam  :  i^  en  i84i  «  une  Carte  de  la  cote  occidentale  de 
Sumatra  y  de  Padang  à  Taboejong^  par  H.-L.  Oslhof, 
à  laquelle  sont  joints  plusieurs  plans  détaillés  à  une 
plus  grande  échelle.  M.  le  baron  de  Derfelden  de 
Hinderstcîn  a  fait  usage  du  manuscrit  original  pour 
sa  carte  générale  de  Tarchipel  Indien  ; 

a*  he  plan  de  la  rade  de  Bâta  if ia  ,  relevé  trigonomé- 
Iriquement  par  l'ordre  du  contre-anairai  Lucas. 

y  Bn  i8/|9  ,  une  Carte  des  iles  à  l'est  de  Java^  dres- 
sée par  C.-W.-M.  Van  de  Velde ,  aspirant  de  marine. 
C'est  proprement  la  carte  de  Horsburgh  »  corrigée 
diaprés  les  observations  faites  sur  les  lieux,  en  1837 
et  1839,  par  les  capitaines  de  vaisseau  Edelin^  et  de 
Vriese,  et  par  le  lieutenant  de  marine  de  i**  classe 
de  Baars.  Elle  a  été  publiée  postérieurement  â  Tou- 
vragede  M.  de  Derfelden,  qui  a  eu  cependant  le  manu- 
scrit sous  les  yeux,  mais  trop  tard  pour  en  faire  usage, 
sa  carie  étant  déjà  entre  les  mains  des  graveurs.  Les 
relevés  sont  principalement  pour  les  côtes  septentrio- 
uales  de  Lombok  et  de  Sombatva,  la  côte  sud  de  Flores 
ou  Mangeray;  el  la  côte  nord-ouest  de  Timon  Lereleté 
de  Timor  a  pleinement  confirmé  Texactitude  des  li's- 
vaux  de  M.  Duperrey.  En  résumé,  cette  carie  est  pré- 
cieuse pour  l'hydrographie ,  et  il  eût  été  à  souhaiter 
que  M.  de  Derfelden  eût  pu  Tavoîr  à  temps  pour  pro- 
filer dos  indications  qu'elle  contient,  quelque  exacts 
qu'aient  pu  être  les  autres  matériaux  qu'il  a  eus  à  sa  dis- 
position. Il  a  la  bonne  foi  de  reconnaître  que  le  nord 
de  Sombawa  et  le  sud  de  Flores  exigeraient,  d'après  les 
relevés  de  MM.  Edelingk ,  de  Vriese  et  de  Baars ,  quel- 
ques corrections  sur  s^i  carte. 

In  ouvrage  qui  fait  naturellement  suite  aux  cartes 
précédentes  est    le    Relevé   de    la  cote  occidentale  de 


(  555  ) 

Bomeo ,  fait  par  les  officiers  de  la  corvette  néerlan- 
daise Nahalennia ,  avec  une  grande  carte  qui  s'accorde 
exactement  avec  celle  de  Huiler»  dont  M.  de  Der- 
felden  a  fait  usage.  Ce  relevé  a  été  inséré  au  mois  de 
novembre  i84s  »  dans  le  Journal  de  la  Marine  ^  publié 
en  hollandais  par  J.-C.  Pilaar  et  J.-M.  Obreen»  in-8* 
avec  des  planches  et  des  cartes ,  et  paraissant  à  des 
époques' irrégulières.  Ce  journal  est  à  peu  près  dans 
le  même  genre  que  les  Annales  maritimes  et  coloniales 
de  France. 

Cartes  géographiques  et  autres. 

Je  citerai  en  première  ligne  la  Carte  générale  des 
possessions  néerlandaises  dans  le  grand-archipel  Indien  » 
que  nous  devons  à  M.  le  baron  de  Derfelden  de  Hin- 
derstein,  et  qui  se  publie  »  ainsi  qu'un  Mémoire  expli- 
catif» en  on  volume  in  4**  par  ordre  de  S.  M.  le  roi  des 
Pays-Bas.  Quatre  grandes  feuilles  comprenant  la  près* 
qu'Ile  Malaise,  Sumatra,  Bornéo»  Célèbes ,  les  Molu- 
ques»  et  toutes  les  petites  lies  voisines  jusques  et  y  com- 
pris Timor»  ont  paru  avec  un  grand  nombre  de  plans 
particuliers.  Ce  grand  et  beau  travail .  à  la  fois  géogra- 
phique et  hydrographique,  extrêmement  détaillé,  dont 
notre  illustre  collègue»  feu  le  contre-amiral  Dumont 
d'Urville»  faisait  un  très  grand  cas»  mérite  l'estime  du 
monde  savant,  et  fait  honneur  au  gouvernement  des 
Pays-Bas  qui  le  protège»  comme  à  H.  le  baron  de 
Derfelden  qui  le  dirige  et  le  publie. 

VOYAGES,  OUVRAGES  GÉOGRAPHIQUES,  ETC. 

Malaisie. 

Le  premier  ouvrage  géographique  sur  cette  portion 
de  rOcéanie  appelée  Malaisie^  que  je  citerai,  parce 


{  556  ) 

qu'il  complète  le  travail  de  M.  de  Derfelden ,  est  le 
Recueil  descriptif',  historique,  géogreipkique ,  eic.,  de 
VInde  néerlandaise  ,  par  le  capitaine  P.  •  P.  Ronda 
van  &)singlia.  On  a  publié  à  Amsterdam,  de  i84o 
à  1849,  5  volumes  grand  in-S"  de  cet  ouvrage  qui 
n'est  point  encore  terminé.  C'est  le  plus  remar- 
quable et  le  plus  exact  sur  les  colonies  néerlandaises. 
Son  auteur,  professeur  de  géographie  et  de  langues 
orientales  à  l'Académie  militaire  de  Breda ,  est  un 
homme  fort  instruit  qui  a  résidé  longtemps  aux 
Indes. 

Je  mentionnerai  ensuite  le  Traité  de  rhistoire  natu- 
relle des  possessions  dans  les  Indes  orientales^  etc., 
de  Muller.  Ce  traité,  qui  se  publie  à  Leyde»  forme  une 
espèce  d'encyclopédie  indo-colootale.  C'est  un  bel  ou- 
vrage pittoresque,  enrichi  de  planches  représentant 
des  sites,  vues,  etc.,  avec  un  texte  donnant  de  bons 
renseignements  sur  l'histoire  et  la  géographie.  Il  est 
écrit,  de  même  que  le  précédent,  en  langue  hollandaise. 

C'est  en  allemand  que  M.  Fr.  Epp  vient  de  faire 
paraître ,  à  Heidelberg ,  les  Tableaux  de  l*archipel 
Indien;  et  c'est  aussi  dans  la  même  langue  qu'a  été 
publié  le  Voyage  a  Vile  de  Java,  etc.^  de  M.  le  doc- 
teur Franz  Junghuhn ,  officier  de  l'établissement  hol- 
landais dans  cette  Ile;  il  est  accompagné  de  remarques 
du  docteur  Ness  von  Esenl>eck»  professeur  et  président 
de  l'Académie  des  sciences  naturelles  de  Breslau.  Un 
jeune  diplomate  français»  M.  Maurice  d'Argout,  a 
voulu  aussi  apporter  son  tribut ,  en  publiant ,  à  Paris , 
en  184^»  une  brochure  intitulée:  Java,  Singapore  et 
Mtunlle,  Elle  a  un  but  d'utilité  pratique  ,  celui  d'indi- 
quer  quels  sont  les  intérêts  du  commerce  français  dans 
Tarrhipcl  Indien,  f*t  les  moyens  de  développer  nos  re- 


(  557  ) 

lalions  commerciales  avec  ces  contrées.  On  y  trouve  des 
détails  utiles  sur  l'administration,  la  population  et  les 
ressources  de  la  colonie  de  Singapore»  etc.  Une  lettre 
écrite  à  notre  Académie  des  sciences  par  M.  Tévêque 
d'Amata  dansl'Océanie  centrale,  prouve  que  nos  mis- 
sionnaires ne  veulent  pas  rester  étrangers  aux  progrès 
des  sciences.  Ce  prélat  mande  que  ses  confrères  éta- 
blis dans  les  Nouvelles- Hébrides,  la  Nouvelle-Calédo- 
nie,  Samoa  et  Tonga,  sont  disposés  h  faire  dans  ces 
pays  les  diverses  observations  de  météorologie  et  ûe 
physique  du  globe  qui  pourraient  être  jugées  utiles 
pour  l'aTanceraent  de  la  science ,  et  qu'ils  demandent 
à  ce  sujet  les  instructions  de  l'Académie. 

Polynésie. 

Sous  le  titre  de  Polynésie  y  auquel  il  donne  une  accep- 
tion plus  étendue  qu'on  ne  l'admet  généralement ,  le 
révérend  docteur  Russell  vient  de  publier  &  Edimbourg 
une  notice  historique  sur  les  principales  lies  de  la  mer 
du  Sud»  la  Nouvelle-Zélande  comprise.  Si  Ton  s'en 
rapporte  BtxMonthijr  Review  et  b  VEdinburgk  Magazine^ 
l'ouvrage  du  docteur  Russell ,  qui  est  accompagné  d'une 
carte ,  forme  l'un  des  meilleurs  volumes  de  VEtlinbnrgh 
Cabinet  Library^  et  donne  des  informations  précieuses 
sur  l'introduction  du  christianisme  dans  les  lies  de  la 
mer  du  sud,  ainsi  que  sur  la  condition  des  habitants 
en  ce  qui  concerne  la  civilisation ,  le  commerce  et  les 
arts  de  la  vie  sociale. 

Australie, 

On  trouve  quelques  informations  curieuses,  sans  être 
bien  étendues ,   sur  la  Nouvelle-Zélande ,    ce  groupe 


(  558  ) 

d'Iles  qu'Abel  Tasman  découvrit  le  i3  décembre  i64i» 
que  Cook  a  visitées  dans  son  voyage  de  176g  &  1774» 
et  qui  occupent  en  ce  moment  tous  les  esprits  •  dans  le 
récit  d'un  matelot  français,  que  H.  le  docteur  Eugène 
Robert  a  communiqué  à  la  Société.  La  correspondance 
des  missionnaires  catlioliques,  que  s*empressent  de  re- 
cueillir les  Annales  de  la  propagation  de  la  foi  ^  en  four- 
nissent aussi»  principalement  sur  les  mœurs  et  les  usages 
des  habitants;  et  il  est  probable  que  les  deux  volumes 
que  vient  de  publier  sur  la  Nouvelle-Zélande  M.  C.  Hen- 
pliy,  et  que  je  ne  connais  que  par  l'annonce  du  numéro 
d'octobre  dernier  de  VEdinburgk  Rei^iew ,  en  fourois- 
sent  également. 

Les  renseignements  du  capitaine  anglais  William 
GornuvallisSymonds,  qui  a  péri  si  malbeureusemenl 
au  mois  de  novembre  dernier,  sont  plus  précis.  C'est 
la  partie  septentrionale  de  l'Ile  qu'il  a  d'abord  explo- 
rée, et  suivant  une  lettre  qu'il  écrivait  d'Auckland,  le 
4  octobre  dernier»  il  aurait  réussi  à  pénétrer  dans  l'io- 
térieur  de  l'Ile,  dont  il  préparait  une  carte  avec  ses  ob- 
servations ,  ainsi  qu'un  vocabulaire  de  5,ooo  mots,  qui 
complétera»  sans  doute ,  lorsqu'il  sera  publié»  le  vo- 
cabulaire néo-zélandais  9  recueilli  en  i838  et  iSSg»  par 
Guido  Malulesta»  chez  les  différentes  tribus  de  Toko* 
lubo  »  Akaroa,  Piréka  »  Taoneroa  et  de  la  Baie  des  Iles, 
et  communiqué  aux  Nouvelles  Annales  des  ifoyages. 

Le  capitaine  Symonds  avait  tracé  le  cours  des  ri- 
vières de  Waipa  et  Waicato  jusqu'à  leurs  sources»  de 
même  que  celui  de  la  rivière  Tbames  »  et  avait  reconnu 
les  sources  des  rivières  Wanganai  et  Manewatu  qui  se 
jettent  dans  le  détroit  de  Cook.  Il  avait  visité  les  vingt 
lacs  qui  occupent  une  grande  portion  des  parties  N.-E. 
cl  centrales  de  l'Ile,  et  inspecte^  les  sources  chaudes 


(559) 

qui  du  mont  Edgecombc  ,  dans  la  baie  Plenty,  courent 
directement  à  la  côle  occidentale  auprès  du  mont  Ëg* 
mont.  La  rivière  Owerrie  fut  explorée  en  i84o  par  un 
détachement  du  Pelorus ,  qui  lui  donna  le  nom  de  ce 
vaisseau;  ses  eaux  sont  assez  profondes  pour  servir 
d'espèce  de  port  de  refuge  dans  le  détroit  de  Cook  , 
quoique  son  entrée  ne  soit  pas  aisément  aperçue. 

Presque  tous  les  marins  et  les  géographes,  en  tète 
desquels  je  citerai  Adrien  Balbi,  avaient  considéré 
jusqu'ici  la  Nou^felle-Zélcinde y  qu'on  avait  cru  d'abord 
ne  former  qu'une  seule  lie ,  comme  composée  de  deux 
grandes  lies  ;  dont  la  plus  septentrionale  qui  est  la  moins 
étendue,  quoique  la  plus  peuplée,  s'allongeant  du  N. 
au  S.  •  portait  le  nom  de  Eaheino  Mautve  ou  lAa^na- 
Mauwi^  et  la  seconde  séparée  de  la  précédente  par  le 
détroit  de  Cook»  s' étendant  duN.-E.  au  S.-O..  s'appe- 
lait Taf^^ai-Po^/iammou  ou  Tawaï^Pounamou{\).  Quanta 
la  petite  lie  Stewart  placée  à  l'extrémité  méridionale  de 
cette  dernière  dont  on  a  cru  longtemps  qu'elle  faisait  par- 
tie intégrante,  et  dont  elle  est  séparée  par  le  détroit  de 
Foveaux,  on  ne  la  comprenait  pas  dans  ce  qu'on  appe- 
lait proprement  Nouvelle-Zélande ,  du  moins  on  ne  la 
désignait  pas  séparément.  Hais  dans  un  ouvrage  que 

(i)  Un  critique  de  la  Revue  britannique  prétend  que  Tile  du  sud  a 
été  improprement  appelée  TawaîhPoiinamou  par  Dumont  d'Urville, 
qui  aurait  pris  le  nom  d*un  canton  de  Test  pour  celui  de  Tile  entière. 
Si  l'observation  est  juste ,  quant  au  fond  ,  ce  que  je  n*ai  pat  le  temps 
de  vériBer^  ce  n'est  point  à  M.  d*UrviUe  que  le  reproche  peut  être 
adressé,  car  sa  carte  n'a  paru  qu'en  1827,  et  avant  lui,  la  carte  de 
la  Nouvelle-Zélande  qui  accompagne  le  voyage  de  M.  Duperrey , 
et  qui  a  été  dressée  en  18241  par  l'infortuné  Blosseville  ,  en  s'ap- 
pnyant  sur  des  observations  faites  en  i8a3  par  le  capitaine  anglais 
Edwardson,  commandant  le  cutter  le  Snapper  ^  donne  h  l'île  du  sud 
le  nom    de  Tawai'Poenammou. 


(  56o  ) 

M.  Charles  Ferry  vient  de  faire  paraître  à  Londres  (i), 
et  qui  est  accompagnée  d*une  carte  et  d'un  plan  de  la 
ville  (projetée)  d'Aakland  à  laquelle  on  donne  le  Utre 
de  capitale  de  la  Nouvelle-2iélande,  et  des  districts 
voisins,  tout  est  changé  ;  la  Nouvelle-Zélande  est  com- 
posée de  trois  Mes;  Eaheino-Mauwe ,  s'appellera  Ne%v^ 
Ulster;  Tawaî-Poenammou ,  New-Munster  et  l'Ile  Sie^ 
wart  recevra  le  nom  de  Nevip-Unster.  Quant  à  notre 
établissement  d'Akaroa,  il  n'en  est  fait  aucune  men- 
tion ,  on  le  considère  comme  non  avenu.  A  pari  ces 
nouveautés  qui  ne  sont  pas  toutes  à  l'abri  de  la  critique, 
et  dont  M.  Ferry  n'est  pas  au  surplus  l'inventeur,  je 
dois  reconnaître  que  son  livre  renferme  des  détails  in- 
téressants pour  la  géographie  de  la  Nouvelle-2iélande , 
ainsi  que  sur  la  prise  de  possession  de  cette  lie  im- 
portante par  les  Anglais.  Il  sera  utile  aussi  de  lire 
le  nouvel  ouvrage  que  C.  Ritter  a  fait  paraître  à  Ber- 
lin en  1849.  en  un  volume  in-8*,  sous  le  titre  de  Co- 
lonisation  de  la  Noupelle^Zélandey  ainsi  que  le  Vidage 
dans  la  Nouifelle^Zélande ,  l* Australie  du  sud  et  la 
Nouifelle'^GcUles  méridionale^  du  révérend  G.  Jameson. 
Enfin ,  le  rapport  de  M.  Orr  au  gouverneur  Latrobe 
sur  une  expédition  à  la  terre  de  Gipps  dans  la  partie 
sud-est  de  l'Australie ,  peut  être  consulté  avec  fruit 
tJne  notice  sur  les  lies  Chatham,  situées  au  sud-est  de 
la  Nouvelle-Zélande, a  été  publiée,  avec  le  concours  de 
la  compagnie  qui  porte  le  nom  de  cette  dernière  lie,  par 
M.  le  docteur  Ernest  Dieffenbach  »  médecin  naturaliste 
de  la  compagnie  ;  et  la  Société  géographique  de  Lon- 
dres l'a  insérée  dans  son  journal,  en  l'accompagnant 

(  I )  NciV-Zeland ,  ils  advantayes  and Pfospecis a$  a  british  coiony-yeÊc» 
By  Cil    Ferry,  London,  1843. 


(56i  ) 

d*une  petite  carte.  Le  {çroupe  des  lies  Ghathaoi)  décou- 
vert en  1791  ,  par  le  lieutenant  de  la  marine  anglaise 
Broughton  »  se  compose  de  trois  lies.  La  plus  grande 
appelée  Ware^Kauriip^x  les  habitants,  a  reçu  le  nom 
de  Ghatham  ;  une  autre  plus  petite  est  nommée  Rangi- 
Haute OM  île  Pitt,  et  la  troisième,  Rangativa  ou  lie  du 
sud-est.    La    superficie  de    la    plus  grande   des   lies 
Ghatham  est  estimée  par  M.  Dieffenbach  à   environ 
5oS,s8o  acres,  dont  57,600  au  moins  sont  occupés 
par  des   lacs,  et  sur  les  247,680  acres   restants,  le 
sol  de  100,000  est  très  propre  à  la  culture ,  et  le  reste 
est  en  majeure  partie  convenable  pour  des  pâturages. 
On  y  trouve  beaucoup  de  matériaux  de  construction 
et  du  chauffage,  ainsi  que   de  la  chaux;  l'eau  y  est 
abondante,  et  les  oiseaux  aquatiques  et  les  poissons  y 
sont  nombreux.  11  y  a  de  très  bons  ports  sur  la  côte 
occidentale  de  Ttle ,  dont  le  climat  est  tempéré.  Une 
lettre  écrite  par  M.   Dieffenbach,  le  i3  janvier  184s, 
fait  connaître    que    le   grand   lac    Te  fVanga^   qui 
était    complètement  isolé  de  la  mer  au  moment  où  il 
l'a  visité,    tandis  qu^il  y  déchargeait  quelquefois  ses 
eaux ,  est  maintenant  en  communication  permanente 
avec  elle. 

OUVRAGES  GÉNÉRAUX. 

J'ai  cherché  jusqu'ici  à  passer  en  revue,  aussi  exac- 
tement qu'il  m'a  été  possible ,  les  travaux  géographi- 
ques exécutés  depuis  un  an ,  ou  dont  il  n'a  point 
élé  fait  encore  mention ,  en  ne  signalant  que  ceux  de 
ces  travaux  qui  ont  traité  séparément ,  soit  d*une  des 
parties  dans  lesquelles  le  globe  terrestre  a  été  naturel- 
lement divisé ,  soit  d'une  fraction  de  ces  parties  ;  je  vais 
m'occuper  maintenant  de  ceux  qui  embrassent,  ou  le 
globe  tout  entier,  ou  à  la  fois  plusieurs  de  ses  grandes 


(  â(>3  ) 

divisions.  Je  commencerai  par  les  allas  el  les  caries 
générales,  el  je  parlerai  ensuite  des  ouvrages  géogra- 
phiques généraux,  des  Dictionnaires,  des  traités  de 
géographie ,  etc. 

Atlas ,  cartes  générales, 

U Atlas  en  langue  catalane^  manuscrit  de  l'an  iSyS  , 
conservé  à  la  Bibliothèque  royale  de  Paris,  ne  vous 
aurait  point  été  signalé ,  parce  qu'il  est  connu  et  ap- 
précié depuis  longtemps ,  si  le  texte  complet  de  cet 
allas»  le  monument  le  plus  ancien  que  Ton  connaisse 
en  France  sur  Télat  du  globe  avant  la  découverte  de 
l'Amérique ,  et  l'un  des  plus  importants  pour  la  géo- 
graphie du  moyen-âge  »  n'avait  pas  été  reproduit  cette 
année  par  MM.  Buchon  et  Tastu.  Je  dois  ajouter  que 
ces  savants  l'ont  accompagné  d'une  traduction  qui 
donne ,  autant  qu'il  a  été  possible  »  les  noms  géogra- 
phiques modernes  à  côté  des  noms  anciens. 

La  Carie  du  théâtre  de  la  guerre  des  crDâiu£e#(Theatrum 
bellorum  a  cruce  signatis  geslorum»  etc.  ),  pour  aerrir 
à  l'intelligence  des  écrÎTains  de  cette  époque,  et  surtout 
de  l'archevêque  de  Tyr,  dressée  en  une  feuille,  par 
M.  Jacobs ,  avec  les  matériaux  scientifiques  fournis 
par  U.Teulet»  employé  à  l'École  des  Chartes,  se  re- 
commande suffisamment  par  l'approbation  de  l'Aca- 
démie des  inscriptions  et  belles-lettres,  sous  les  aus- 
pices de  laquelle  cette  carte  a  paru. 

Parmi  les  atlas  généraux  qui  ont  été  publiés  ea 
France  depuis  1841  »  je  citerai  :  Y  Ados  unii^ersel  de  géo- 
graphie  ancienne  et  moderne^  par  MM.  le  colonel  Lapie 
et  Lapie  fils.  Les  cartes  de  cet  allas  »  parvenu  en  i84« 
à  sa  4**  édition ,  ont  été  dressées  conjointement  par  les 
deux  auteurs.  Il  parait  que  toutes  ont  été  revues,  et 


(  Ô63  ) 

plusieurs  refaites  entièrement.  Quant  à  l'abrégé  de 
géographie  physique  et  historique  qui  le  précède,  il  a 
été,  dit-on,  remanié  et  revu  avec  le  plus  grand  soin. 

IJAdas  universel  de  géographie  ancienne  et  moderne , 
dernier  ouvrage  de  feu  notre  collègue  Ambroise  Tar* 
dieu,  se  fait  remarquer  par  une  exécution  pure  et 
soignée.  Il  forme  un  volume  in-folio  avec  le  texte 
explicatif  qui  le  précède,  et  dontTauteur  est  M.  Amé- 
dée  Tardîeu,  fils  d'Ambroise. 

Le  Globe  •  atlas  classique  de  géographie  ancienne  ei 
moderne  f  dressé  par  A.-L.  Dufour»  revu  par  M.  Jomard, 
avec  une  statistique  jointe  à  chaque  carte  »  diaprés  la 
géographie  d^Adrien  Balbi,  en  un  volume  in  4*»  se 
compose  de  4*  cartes  gravées  et  coloriées,  et  a  paru  en 
1841  chez  H.  Jules  Renouard  ;  les  noms  des  collabora- 
teurs annoncent  que  cet  atlas  a  été  fait  avec  soin. 

Je  citerai  enfin  la  nouvelle  édition  publiée  en  184 s 
de  y  Atlas  astronomique ,  historique  et  géographique  de 
M.  Hech,  en  60  feuilles  in-folio,  avec  une  Carte  de 
l'Algérie  9  et  le  tracé  de  tous  les  chemins  de  fer  en  con- 
struction ou  en  projet,  en  France  et  à  l'étranger  « 
ainsi  *que  de  toutes  les  lignes  des  bateaux  à  vapeur 
indiquant  les  ports  où  ils  abordent. 

On  prépare  en  ce  moment ,  à  Edimbourg,  un  atlas 
en  5i  feuilles  format  impérial  folio  ^  qui  sera  au  niveau 
des  connaissances  géographiques,  si  Ton  juge  d'après 
le  prospectus  et  les  noms  des  personnes  qui  y  auront 
coopéré;  il  coûtera  huit  guinées.  Nous  nous  borne- 
rons à  donner  son  titre  :  Atlas  national  de  géographie^ 
historique ,  commerciale  et  politique ,  construit  d'après 
les  documents  les  plus  récents  et  les  plus  authentiques, 
par  Alexandre  K.  Johnston,  géographe  delà  reine; 
avec  des  cartes  do  géographie    physique ,  par  Henri 


(  564  ) 

Bergbaus ,  el  une  carte  ethnographique  de  l'Europe 
par  le  D'  Gustaf  Kombst. 

L'Allemagne  a  produit  aussi  an  grand  nombre 
d'atlas  et  de  cartes  générales  dont  je  vais  énumérer 
les  principaux  : 

Je  mentionnerai  d'abord  Vj^Uos  géographique,  en 
8i  feuilles  in-folio,  de  M.  Stieler,  dont  le  5*  supplément 
a  paru  à  Goiha,  en  f84i  ; 

h* Atlas  géographique  t  dont  Glaser  a  publié  en  184^» 
à  Manheim,  les  6*  et  7*  livraisons  ; 

\J Atlas  universel  de  géographie  ^  en  27  feuilles,  qu*on 
doit  k  Wagner,  et  qui  a  paru  cette  année  à  Darmstadt; 

U Atlas  géographique  de  Sohr,  en  86  feuilles  in-folio, 
dont  la  6*  livraison  a  été  mise  en  vente  à  Glogau  en 
1842  ; 

U  Atlas  géographique'  et  historique  de  Spruner,  dont 
la  4*  livraison ,  composée  de  6  cartes  in-folio ,  a  été  pu- 
bliée à  Gotha,  en  i84i.  Les  Allemands  considèrent  cet 
atlas  comme  ce  qu  ils  possèdent  de  mieux  en  ce  genre, 
et  le  mettent  au-dessus  de  V Atlas  français  de  Lesage 
(Las  Cases)  ;  il  n'en  est  probablement  qu'une  imita- 
tion peut  être  perfectionnée; 

L'Atlas  géographique  et  historique  de  Lowenberg ,  en 
56  cartes  in-folio  ,  terminé  en  t84s  »  A  Carlsruhe  ,  par 
la  publication  des  deux  dernières  livraisons  ; 

L* Atlas  géographique ,  ethnographique  et  statistique , 
in-folio,  de  Dommerich,  dont  la  première  partie,  com- 
prenant la  géographie  physique  ,  et  la  seconde  consa- 
crée à  l'ethnographie,  ont  paru  à  Cassel  en  i84t; 

L'Atlas  mural  de  toutes  les  parties  de  la  terre^  de  H.  de 
Sydois,  parvenu  à  une  seconde  édition,  du  moins 
quant  A  la  première  partie,  composée  de  1 1  feuilles  con- 
sacrées à  TEurope  ,  et  qui  a  paru  cette  année  à  Gotha  ; 

V Atlas  de  géographie  physique  de  Berghaus,    dont 


(  565  ) 

les  7*  el  S"*  livraisons  in-folio  ont  élé  publiées  à  Golha, 

en  i84i et  1842; 

\' Atlas  géologique  universel^  en  1 1  caries  grand  in-4'*» 
par  Léonard ,  qui  a  paru  à  Slutlgard  en  i84i* 

M.  Raffelsperger  a  publié  à  Vienne ,  à  une  époque 
que  je  ne  puis  pas  préciser ,  mais  que  je  crois  récente, 
un  Atlas  typographique ^  qu*on  dit  remarquable  pour 
l'exécution  et  la  netteté.  Il  y  a  trente  ans  environ |qu'un 
membre  de  la  célèbre  famille  des  Didot  avait  donné 
un  travail  semblable  »  sous  le  titre  de  Carte  typogra- 
phique de  la  France;  essai  déjà  tenté»  au  surplus»  dès 
le  XVI*  siècle ,  et  qui  n'avait  pas  eu  de  suite. 

On  doit  enfin  à  M.  Bruckner  de  Neustadt  sur-Hardt, 
une  Carie  des  deux  hémisphères  ^  en  8  feuilles  in-folio  ; 

A  M.  Becknor,  une  Carte  murale  fies  deux  hémis- 
phères, gravée  à  Deux-Ponts,  en  une  feuille  in-folio  ; 

A  M.  Platt  de  Magdebourg,  une  Mappemonde,  en 
1  o  feuilles  in-folio  ; 

Et  à  M.  Roost ,  une  Carte  murale  de  VAsie ,  de  CEu 
râpe  et  tVune  partie  de  V Afrique  septentrionale  et  orien- 
tale, dressée  à  Munich  en  4  feuilles  in-folio. 

Ces  quatre  dernières  publications  sont  de  Tannée 
1 84^  ;  et  c'est  en  1 84 1  qu'a^  paru  la  Carte  générale  de  la 
navigation  à  vapeur,  de  Mogg. 

Au  mois  de  septembre  1841  •  M.  Boue  écrivait  de 
Voerlau,  près  Vienne,  qu'il  n'avait  pas  encore  ter- 
miné, avec  M.  Hauslab ,  le  coloriage  géologique  du 
Relief  de  T Europe,  de  T Asie  occidentale ,  et  fie  r Afrique 
septentrionale,  auquel  il  resterait  probablement  beau- 
coup de  vides  qu'on  ne  pourrait  combler  qu'à  Parij». 
J'ignore  si  ce  travail  a  été  fait ,  et  si  l'auteur  a  publié, 
ainsi  qu'il  l'annonçait,  les  cartes  et  les  globes  indiquant 
l'emplacement  des  grandes  chaînes  et  des  grandes  dé- 
pressions du  globe. 


(  566  ) 

Ouvrages  géographiques  généraux  ^    Uictùmnaires  géo- 
graphiques ,  Traités  de  géographie. 

L'Académie  des  sciences  de  Lisbonne  Tient  de  faire 
sorlîrdelii  presse  le  second  folumedesf^a^ef^fVftii- 0a. 
tnta.  On  réimprime  sous  ses  auspices  un  livre  très  rare 
sur  la  découverte  de  la  Floride^  écrit  en  portugais  en  1 5(7. 
et  on  lui  devra  la  Collection  des  Notices  pour  F  histoire  des 
nations  d^outre^mer ,  dont  le  premier  volume  renferme 
les  procès-verbaux  des  commissaires  portugais  et  espa- 
gnols chargés  en  1694  de  la  délimitation  des  posaes* 
sions  des  deux  couronnes  en  Amérique.  Le  patriarcbe 
de  Lisbonne,  vice-présidenl  de  celte  Société  savante» 
a  donné  depuis  peu  un  Catalogue  chronologique  des 
navigations  j  voyages ,  découvertes  et  conquêtes  des  Por^ 
tugais^  effectuée  dans  les  pays  d^outre^mer,  à  par- 
tir du  XV*  siècle^  qu'il  a  accompagné  d*un  Mémoire 
sur  les  voyages  des  Portugais  faits  par  terre  dans  VInde 
et  en  Afrique  dès  la  même  époque.  Don  Diego  Rôpka , 
professeur  d'astronomie  à  l'Académie  polytechnique 
d'Oporlo  »  publie  en  ce  moment  les  ouvrages  de  dom 
Joao  de  Castro  »  qui  contiendront  ses  deux  Journaux 
nautiques  de  Lisbonne  à  Goa^  et  de  cette  ville  à  Diu;  le 
dernier  peut  être  considéré  comme  un  relèvement 
de  la  côte  entre  ces  deux  ports.  On  espère  aussi  que 
le  même  savant  fera  bientôt  paraître  une  copie  plus 
authentique  que  celle  qu'on  possède  déjà,  du  livre  de 
Duarto  Barbosa  ,  contenant  A* Amples  détails  sur  Vétat 
des  découvertes  et  du  commerce  des  Portugais  dans  rAfri* 
que  orientale  et  en  Asie .  avant  Can  1  Sa  1 . 

J'ajouterai  que  l'amiral  Quinlella  a  publié  .récem- 
ment, en  %  volumes  in-S"",  les  Annales  de  la  marine 


(  567  ) 
portugaise^  daos  lesquelles  on  trouve  nécessairement 
beaucoup  de  faits  géographiques,  et  que  M.  le  vicomte 
(le  Sanlarem  nous  a  donné  cette  année ,  à  Paris  •  en 
Umgue  portugaise,  deux  volumes  in-8°d*un  grand  ou- 
vrage sur  les  relations  politiques  du  Portugal  avec  les 
(liiTérentes  puissances  du  monde,  et  spécialement  avec 
TEspagnc,  Ces  volumes  contiennent  plus  de  i5o  docu- 
ments relatifs  aux  démarcations  des  lles.Moluques  et 
aui  délimitations  géographiques  des  territoires  appar- 
tenant au  deux  nations  dans  les  dififérentes  parties  du 
(;lobe. 

Dictionnaires  géographiques. 

En  général  •  l^s  auteurs  des  dictionnaires  géographi- 
ques» comme  ceux  de  beaucoup  d'atlas»  font  faire  ra- 
rement des  progrés  à  la  géographie»  parce  que»  &  un 
pi'lit  nombre  d'exceptions  près,  ils  se  copient  les  uns  les 
iuilres .  souvent  sans  la  moindre  rectification ,  et  parce 
qu'ils  ne  prennent  pas  la  peine  de  remonter  aux 
sources  en  consultant  les  relations  des  voyageurs  et 
leurs  itinéraires.  Porter  un  jugement  sur  chacun  des 
dictionnaires  dont  je  vais  vous  entretenir,  serait  une 
lâche  difficile  qui  demanderait  un  long  temps,  et  il  m'en 
resie  fort  peu  pour  arriver  à  la  conclusion  du  rapport 
<iue  vous  avez  exigé  de  moi.  Je  me  bornerai  à  citer  les 
litres  de  la  plupart  de  ceux  qui  ont  paru  depuis  envi- 
ron un  an  ,  et  qui  sont  parvenus  à  ma  connaissance. 
Le  nom  de  l'auteur  du  Dictionnaire  unii^ersel  d^ histoire 
et  fie  géographie  ^  terminé  en  i84a,  M.  Bouillet ,  pro- 
viseur du  collège  royal  de  Bourbon  »  est  déjà  une  ga- 
rantie pour  son  exactitude.  L'histoire  proprement  dite, 
la  biographie  universelle»  la  mythologie,  la  géographie 
ancienne  et  moderne,  la  géographie  comparée,  la  géb- 


.'  568  ) 

graphie  physique  ci  politique,  elc.,  sont  traitées  dans 
cet  ouvrage ,  qui  fomie  un  gros  Tolume  de  tooo  pages. 

Il  n'a  encore  paru  que  trois  livraisons  du  Dictionnaire 
géographique  et  statistique  que  M.  Adrien  Guibort  pu- 
blie à  Paris,  et  dont  M.  Jules  Renooard  est  l'éditeur. 
Le  nombre  des  livraisons  doit  s'élever  à  i«;  elles  for- 
meront un  volume  in-8*  d'environ  1600  pages.  Le  plan 
adopté  me  semble  bon;  M.  Guibert  a  beaucoup  In 
avant  de  se  mettre  à  l'ouvrage,  et  on  doit  le  louer  de 
ce  qu'il  s'est  attaché  à  ne  pas  défigurer,  comme  on  ne 
le  fait  que  trop  souvent,  les  noms  des  lieux  étrangers 
Les  articles  qu'il  a  consacrés  aux  pays  que  j'ai  long* 
temps  habités  m'ont  paru  réunir  l'exactitude  à  la 
concision. 

Le  Dictionnaire  général  de  géographie  umvers^le^ 
ancienne  et  moderne ,  de  MM.  Ennery  et  Hirth.  imprimé 
à  Strasbourg  en  4  volumes  in  8*,  dont  le  dernier  a 
paru  à  la  fin  de  1840,  et  le  Dictionnaire  universel  de 
géographie ,  d* histoire  naturelle  et  de  biographie  ,  par 
M.  V.  Tapie,  imprimé  i  Paris  en  i84s  et  accompagné 
d'un  atlas  de  1 90  feuilles ,  sont  les  seuls  qu'il  me  reste 
à  citer  parmi  ceux  qu'on  doit  à  des  Français. 

En  Angleterre,  M.  J.-R.  M'CuUoch  a  publié,  à  Lon- 
dres, un  Dictionnaire  géographique ,  statistique  et  historié 
que.  Cet  ouvrage,  composé  de  deux  volumes ,  dont  l'un 
a  paru  en  1841  et  l'autre  en  1849  t  est  accompagné  de 
cartes,  et  jouit  d'une  bonne  réputation. 

M.  Adrien  Baibi  porte  un  jugement  favorable  du  Dir^ 
tionnaire  encyclopédique^  géographique^  statistique .  his* 
torique  et  commercial^  que  G. -G.  Zanella  a  fait  imprimer 
À  Venise;  mais  il  n'indique  ni  de  combien  de  volumes 
cet  ouvrage  est  composé ,  ni  la  date  de  l'impression; 
il  parait  certain  néanmoins  qu'il  a  paru  depuis  peu  de 


(569) 
temps.  Il  en  esl  de  même  du  Dictionnaire  géographique 
de  Cazalis ,  dont  le  savant  géographe  italien  se  borne 
à  donner  le  titre  «  en  indiquant  seulement  que  c'est  en 
Italie  qu'il  a  été  imprimé. 

Parmi  les  Dictionnaires  géographiques  généraux  pu- 
bliés en  Allemagne,  )e  n'en  citerai  que  deux»  par  la 
raison  que  )en'en  connais  pas  d'autres,  quoiqu'il  en 
existe  probablement  un  plus  grand  nombre;  ce  sont  : 

Le  Dictionnaire  des  sciences  physiques  de  Gehler,  dont 
je  parle  ici  parce  qu*il  contient  beaucoup  d'articles 
géographiques  d'une  haute  importance»  et  dont  le 
tome  X  a  été  publié  à  Leipzig  en  1841  »  et  le  Diction^ 
noire  géographique  et  statistique  universel,  dont  l'auteur 
est  M.  MoehTer;  la  première  partie  du  tome  II  conte- 
nant les  lettres  de  L  à  R»  a  paru  à  Gotha ,  en  1849 , 
Tormat  in-8®. 

Traités  et  abrégés  de  géographie. 

Les  traités  et  abrégés  de  géographie  qui  se  publient 
en  grand  nombre  chaque  année,  soit  en  France ,  soit 
dans  les  pays  étrangers,  ne  sont  et  ne  peuvent  être, 
comme  les  dictionnaires  consacrés  à  la  même  science, 
que  des  compilations  plus  ou  moins  exactes ,  plus  ou 
moins  habilement  faites.  Il  en  est  cependant  qui  sont 
devenus  des  ouvrages  presque  originaux  par  le  talent 
et  la  profonde  érudition  de  leurs  auteurs ,  dont  ils  ont 
fait  la  réputation;  aussi  sont-ils  souvent  réimprimés. 
Mais  quel  qu^ait  été  le  mérite  de  ceux  qui  les  ont 
composés,  pour  être  au  niveau  de  la  science ,  il  est  in- 
dispensable qu'à  chaque  nouvelle  édition  quelques 
unes  de  leurs  parties  soient,  ou  entièrement  refaites» 
ou  du  moins  grandement  modifiées,  quant  à  la  géo» 
xvni.  picBMBiiB.   18.  37 


(  ho) 

grtipine   moderne   du  moins.    C'est  ainsi  qu'à  Ber- 
lin,le  célèbre  RiKer  perfectionne  chaque  année  ses  cours 
de  géographie  ;  qu'à  Paris,  depuis  la  mort  de  Malte- 
Brun  ,  Tun  des  fondateurs  de  noire  Société»  M.  Iluot, 
également  notre  collègue,  donne  successivement  de 
nouvelles   éditions,    parvenues  cette  année  à  la  cin- 
quième, du  Précis  de  la  géographie  unit^rseUe  du  savant 
Danois,  que  nous  considérons  et  qui  nous  faisaU  l'hon- 
neur de   se  considérer  comme  Français;  qu'un  autre 
de  nos  collègues  ,   M.  Adrien  Baibi  »  que  nous  regar- 
dons aussi  comme  on   compatriote,  et  dont  oo  ne 
peut  qu'admirer  le  talent ,  le  zèle  infatigable  et  la  per* 
sévérance,  va  bientôt  publier  la  4*  édition  de  son  Abrégé 
de  géographie  j  qui  depuis  longtemps  fait  aolorité,  et 
dont  il  a  paru  des  traductions  en  plusieurs  langues  (i). 
Vous  ne  tarderez  pas  à  posséder  une  réchiction  de  Tou- 
vrage  du  docte  italien ,  plus  à  la  portée  de  ceux  qui 
abordent  les  sentiers  de  la  science,  sous  le  titre  A* Élé- 
ments (le  géographie  générale.   M.  Jules  Benouard ,  s»i 
connu  par  la  correction  des  ouvrages  qu'il  publie,  en 
est  rédit(*ur,  comme  il  Test  aussi  des  autres  ouvrages 
géographiques  d'Adrien  Balbi. 

On  a  publié  cette  année  à  Londres  an  nouveau  traité 
de  géographie ,  sous  le  titre  de  :  Système  de  géographie 
universelle ,  fondé  sur  les  ouvrages  de  Malt»- Brun  et  de 

(i  Vne  troisièfiM;  écfition  aNeinand«  vieat  de  paralue  à  Pcttk,  par 
IWriri^uus  formant  d«ux  gro9  volumes  îo-8*  de  600  pages  cbacni». 
Cette  puMkaiioQ ,  faite  sur  la  3*  édition  firaïK^se  et  k  a*  édîeîoa 
italienne,  a  reçu  de  notables  augmentations  des  savants  (;pogra|.lie« 
Cannabich  ,  Vdgel  et  Wimmer,  ce  qui  peut  faire  considérer  ce  tra- 
vail comme  un  ouvrage  entièrement  neuf,  et  eomme  nne  d«s  pro- 
ductions 1rs  plus  rem.irquables  qui  aient  paru  en  AUemagnc  depuis 
1841. 


I 


(571  ) 

Balbi;  mais  sans  faire  connaître  le  nom  da  compi-* 
lateur,  qu'on  doit  féliciter  d'avoir  eu  le  bon  esprit  de 
puiser  à  de  telles  sources. 

Un  savant  allemand ,  M.  Berghaus,  a  déjà  fait  pa- 
raître à  Stutlgard,  en  i84i .  la  troisième  livraison  du 
tome  V  de  sa  Géographie  et  ethnographie  uniiferselle  ^ 
et  la  même  année ,  il  a  publié  à  Breslau  7  livrai- 
sons de  ses  Éléments,  ou  Manuel  de  géographie^  embras* 
sant  en  cinq  livres  toutes  les  branches  de  la  science, 
et  traitant  avec  développement  la  géographie  mathé* 
matiqae  et  la  géographie  physique.  Cet  ouvrage  se 
continue ,  et  les  deux  ou  trois  livraisons  qui  manquent 
encore  pour  qu*il  soit  complet,  ne  tarderont  pas»  il 
faut  l'espérer ,  à  être  livrées  au  public  studieux* 

Il  y  a  des  places  honorables  après  les  grands  maîtres 
que  je  viens  de  citer  ;  aussi  je  crois  devoir  vous  signa* 
1er  encore ,  quant  à  l'Allemagne  : 

La  Méthode  de  renseignement  géographique  ^  que 
M.  Ludde  a  fait  paraître  à  Magdebourg  en  1 84^  $  en 
un  volume  in  8*  ; 

Le  Manuel  de  géographie  ancienne  de  Forbiger ,  dont 
le  lome  1*',  contenant  la  partie  historique  et  mathé- 
matique, a  paru  la  même  année  à  Leipzig; 

LeManiiel  ele  géographie  qu'on  doit  à  M.  Selten,  et 
dont  une  i4*  édition  a  été  publiée  à  Halle  en  1849  ; 

En  ce  qui  concerne  la  France,  je  citerai  parmi  les 
traités  élémentaires  de  géographie  les  plus  modernes: 

Le  Conrs  élémentaire  de  géographie  ancienne  et  mo^ 
deme ,  de  M.  Leironne ,  modeste  ouvrage  d'un  savant 
académicien,  en  un  volume  in-ia,  parvenu  en  i84a  à 
sa  24'  édition. 

La  Nouvelle  géographie  méthodique  d'Achille  Meissas 
et  Auguste  Hichelot,  également  en  un  volume  in*  19, 


(57») 

dont  la  25'  édition  a  paru  en  i849f  et  auquel  se  joint 

un  volume  de  Géographie  nncienne.  r  estéà  sa  i  ^  édition. 
Le  Nouvel  abrégé  de  géographie^  par  M.  Poulain  de 

Bossay,  en  un  petit  volume  in-is  ,  parvenu  en  1849  ^ 

sa  io«  édition. 
Les  Leçons  de  f^éographie  ancienne^  par  M.  Pinart, 

formant  un  vol.  in-i  a»  publié  en  1 842. 

Le  Précis  de  géographie  ancienne  et  moderne  compa- 
rée de  M.  Félix  Ansart,  en  un  volume  in-i  9  »  avait  ob- 
tenu t  en  1 84^  »  une  1 7'  édition  ;  un  abrégé  de  ce  pré- 
cis »  sous  le  titre  de  Petite  Géographie  moderne ,  a  été 
réimprimé  la  même  année  pour  la  onzième  fois.  Le 
même  professeur  a  commencé  un  cours  complet  de 
géographie,  qui  doit  se  composer  de  3  volumes  io-8'*; 
un  volume  a  paru  »  en  1 83^  »  sous  le  titre  A* Essai  de  géo^ 
graphie  historique  ancienne.  En  1839,  notre  collègue  a 
fait  paraître  un  demi«volume  du  même  cours  intitulé  : 
Précis  historique  de  la  géographie  du  moy&i^âge.  Le 
demi-volume  qui  doit  compléter  le  tome  second  ren- 
fermera la  p^éographie  historique  des  temps  modernes^  et 
le  troiûème  volume  sera  consacré  à  la  géographie  con- 
temporaine.  A  ces  volumes  sera  joint  un  atlas  spécial  » 
dont  un  abrégé  est  déjà  publié. 

M.  Gortambert.  qui  est  aussi  membre  de  la  Société» 
a  fait  paraître  des  Leçons  de  géographie  qui  ont  eu  plu- 
sieurs éditions»  et  dont  il  a  extrait  un  Petit  Cours  de 
géographie  générale  et  de  géographe  de  In  France. 

Un  petit  traité  en  un  volume  in  18  »  connu  sous  le 
nom  de  Géographie  de  Vabbé  Ganthier^  revu  par  quel- 
ques uns  de  ses  élèves»  est  employé  avec  succès  dans 
les  pensions  de  filles.  Enfin  HM.  Barberet  et  H<igin 
ont  publié  en  i84i|  en  six  cahiers  in-19,  un  Cours 
complet  de  géographie  historique ,  extrait  du  Précis  de 


(  «73  ) 
gêograplUe  hUtorique  universelle  des   mêmes  autours  , 
«D  un  gros  vol  in -8";  et  MM.  Burette,  Duruy  et  A.  Wal- 
lon ont  donné,  en  1843»  une  seconde  édition  de  leurs 
Cahiers  de  géographie  historique. 

Presque  tous  ces  ouvrages  laissent  beaucoup  à  dé- 
sirer, surtout  en  ce  qui  concerne  les  pays  étrangers, 
€t  je  doute  fort  que  leurs  auteurs  aient  fait  des  rec- 
tiGcations  et  des  améliorations  notables  à  chaque 
nouvelle  édition ,  en  supposant  même  »  ce  qui  est  loin 
d*être  démontré,  qu^il  y  ait  eu  réellement  pour  tous  ,  le 
nombre  d'éditions  annoncées.  Les  petits  atlas  qui  ac- 
compagnent assez  souvent  les  manuels  ne  se  font  pas 
toujours  remarquer  par  leur  exactitude  et  par  le  mé- 
rite de  leur  exécution.  Ce  qui  manque  en  général  k 
ces  atlas»  comme  à  presque  tous  les  autres,  ce  sont 
des  cartes  physiques  des  pays  décrits. 

On  réimprime  chaque  année  depuis  trente  ans  •  en 
Angleterre ,  la  géographie  élémentaire  du  révérend  J. 
Goldsmith  ,  sous  le  titre  de  :  Grammar  of  gênerai  geo- 
graphy^  accompagnée  du  Tutors  Kejr,  ou  série  de  ques  - 
tions.  Il  y  a  quelque  temps  qu'un  autre  abrégé  de  géo- 
graphie, dont  l'auteur  est  M.  Guy,  partage  la  faveur  po- 
pulaire avec  Goldsmith. 

Il  ne  parait  pas,  au  surplus,  que  la  science  à  la- 
quelle notre  société  est  consacrée  soit  mieux  ensei- 
gnée d'un  côté  de  la  Manche  que  de  l'autre ,  et  ce  vice 
doit  être  attribué  »  il  faut  le  reconnaître ,  moins  aux 
ouvrages  mis  entre  les  mains  de  la  jeunesse,  quoi- 
qu'on en  rencontre  fort  peu  d'irréprochables,  qu'à 
la  marche  adoptée  dans  la  pratique  de  renseignement. 
Pour  ne  parler  ici  que  de  la  France ,  je  dois  décla- 
rer franchement  que  Tétude  de  la  géographie  y  est  fort 


(S74) 
négligée»  et  qu'on  ne  met  aucune  suite  dans  rensei- 
gnement, fait  pour  ainsi  dire  à  bâtons  rompus,  et 
comme  par  manière  d'acquit,  d'une  science  qu'il  est 
cependant  si|néce8saire  de  posséder,  et  qu'on  apprend 
d'une  manière  tout  autrement  rationnelle  en  Alle- 
magne, en  Danemark,  en  Norvège,  etc.  Aucun  prix 
n'est  donné  au  concours  général  de  l'Université  pour 
la  géographie  contemporaine,  et  cela  pourrait  abso- 
lument se  concevoir»  puisque  en  eflet  on  ne  lui  con- 
sacre que  quelques  instants»  si  par  une  bizarre 
contradiction  ,  sa  connaissance  n'était  pas  exigée  pour 
l'examen  du  baccalauréat.  Dans  nos  collèges»  des  prix 
de  géographie  sont  donnés»  il  est  vrai ,  dans  les  classes 
élémentaires  (7*  et  8*  )  »  mais  l'enseignement  de  ces 
classes  ne  s'élève  pas  au-dessus  des  premiers  éléments, 
et  reste  toujours  incomplet.  J'ajouterai  que  si  des  prix 
A* histoire  et  de  géographie  historique  sont  donnés  au 
concours  général  dans  les  classes  de  6^"*%  5^**»  etc.» 
jusqu'à  la  rhétorique»  l'enseignement  de  la  géographie 
historique»  dans  ces  différentes  classes,  est  confondu 
avec  celui  de  l'histoire  ,  et  lout-^-fait  iosuflisant. 

J'aurais  dû  commencer»  mais  je  terminerai  du 
moins  ce  chapitre  par  l'annonce  d'une  nouvelle  édi- 
tion de  la  Géographie  de  C,  Ptolémée^  que  H  M.  F. -G. 
Wilberget  G.-H.-F.  Grashof  ont  publiée  cette  année» 
à  Essen ,  en  un  volume  petit  in-folio. 

VOYAGES   DB    CIBCUMNAVIGATlOlf. 

On  vous  a  déjà  entretenus  des  différents  voyages  de 
circumnavigation  et  de  découvertes  exécutés,  pendant 
le  cours  de  ces  dernières  années .  par  ordre  du  roi  et 
sous  les  auspices  du  ministre  de  la  marine;  je  crois 
donc  suffisant  de  vous  rappeler  succinctement  ici  ceux 


(  575) 
qui  sont  encore  en  voie  de  publication,  en  vous  faisant 
connallre  les  portions  qui  en  ont  été  publiées  cotte 
année  »  et  celles  qui  restent  encore  à  livrer  au  pu- 
blic. Je  ne  puis  à  ce  sujet  m*einpêcher  de  faire  ob- 
server que  ces  publications  se  font,  en  général»  fort 
lentement»  et  peut-être  à  trop  grands  frais ,  .deux  cir- 
constances qui  présentent  plus  d*un  inconvénient;  à 
mon  avis,  on  les  surcharge  de  trop  de  dessins  gravés 
ou  lithographies,  et  souvent  coloriés,  ce  qui  est  de 
peu  d^utilité  pour  la  science  •  contribue  à  rendre  le 
prix  des  ouvrages  excessif,  et  les  met,  par  conséquent, 
hors  de  la  portée  de  la  plupart  des  hommes  instruits  , 
ou  qui  cherchent  à  s'instruire  ;  ce  ne  sont  pas  tou- 
jours» on  ne  Tignore  pas,  ceux  qui  ont  le  plus  de 
moyens  pécuniaires  (  i  ). 

Je  ne  vous  parlerai  pas  des  voyages  scientifiques  exé- 
cutés sous  la  direction  de  feu  M,  de  Freycinet  (a)  et  de 
M.  Doperrey  (3),  quoiqu'ils  ne  soient  pas  encore  termi- 
nés» parce  qu'il  y  a  déjà  longtemps  qu'on  n'en  a  point 
vu  paraître  de  livraisons»  ce  qui  est  fâcheux;  d'après  le 

(i)  Je  saU  bien  qu'on  poiirr^iit  répondre  qu'en  général  on  veut  avoir 
«n  ensemble  de  tout  ce  qui  a  été  fait  dans  ces  voyages,  et  que  l'histoire 
naturelle,  par  exemple,  exige  beaucoup  de  planches  et  coûte  fort 
cher.  Je  reconnais  aussi  qu'il  est  utile  et  même  convenable,  relative- 
ment du  moins  à  quelques  uns  des  grands  voyages  entrepris  par  ordre 
du  gouvernement,  de  donner  de  Toccupation  à  nos  habiles  artistes, 
et  de  créer  des  monuments  honorables  pour  la  gloire  nationale;  mais 
tout,  ce  me  semble,  pourrait  se  concdier. 

(a)  Foya^e  autour  du  monde ,  entrepris  par  ordre  du  roi ,  sur  les 
corvettes  VUranie  et  la  Physicienne^  pendant  les  années  1817,  1818  , 
1819  et  1820,  par  M.  Louis  de  Freycinet  y  capitaine  de  vaisseau, 

(3;  Voyage  autour  du  monde  ^  exécuté  par  ordre  du  roi^  sur  la  cor- 
vettc  la  Coquille  y  pendant  les  années  1823,  18^3,  i8a4  ^f  i8a5,  par 
M.  Duperrey^  capitaine  de  frégate. 


(576) 

mérite  bien  reconou  de  ces  deux  officiers  et  l'intérêt 
qu'avait  excité  la  publication  des  premières  parties.  Le 
premier  que  je  vous  citerai  est  le  Voyage  autour  du 
inonde  exécuté  pendant  les  années   1 836  et  1 837  «  sur 
la  corvette  la  Bonite ,  commandée  par  M,  FaiUant ,  ca- 
pitaine de  vaisseau;  il  doit  avoir  i4  volumes  et  3  atlas. 
Sur  les  9  volumes  et  les  6o  livraisons  de  planches  com- 
prenant les  parties  historique ,  zoologique  et  botani- 
que» 3  a  livraisons  avaient  paru  au  i*' décembre  i84«» 
dont  i4  pour  la  partie  historique*  la  pour  la  partie 
xoologique^  et  6  pour  la  partie  botanique»  ainsi  qu'un 
demi-volume  de  zoologie;  sur  les  5  volumes  consacrés 
è  la  physique  et  à  l'hydrographie ,  à  la  géologie  et  à  la 
minéralogie,  et  qui  doivent  être  divisés  en  lo  livraisons, 
les  3  premières  livraisons  de  la  partie  physique  ont 
seules  été  publiées.  Le  second  voyage  de  circumnaviga- 
tion est  le  Voyage  autour  du  monde  »  exécuté  par  ordre  du 
roi^  sur  la  frégate  la  Vénus  ,  pendant  les  armées  1 8S6 , 
1837»  i838  et  1839  y  par  Af.  Abel  Du  Petit-^TAouars , 
•capitaine  de  vaisseau.   Il  formera  10  volumes  grand 
in*8**9  et  un  atlas  composé  d'environ  i5o  planches 
et  de  ao  cartes  hydrographiques.    L'atlas    pittores- 
que et  les  trois  premiers  volumes,  comprenant  la 
relation  du  voyage»  sont  terminés;  un  4*»  qui  con- 
tiendra les  pièces  justificatives»  doit  paraître  en  i843. 
Sur  les  5  volumes  de  la  partie  physique  et  hydrogra- 
phique confiée  à  M.  de  Tessan»  ingénieur  hydrogra- 
phe de  la  marine»  les  a  volumes  d'observations  faites  à 
la  mer  ont  paru ,  et  l'éditeur  annonce  que  dans  le 
courant  de  ce  mois  il  publiera  le  T' volume  des  obser- 
vations faites  à  terre.  M.  de  Tessan  aura  à  nous  don- 
ner encore»  d'ubord  un  volume  pour  compléter  l'exposé 
de  ces  dernières  observations,  et  un  autre  pour  les 


(  577  ) 
considérations  générales  ;  rien  n*a  encore  paru  de  la 
zoologie  et  de  la  botanique,  dont  le  texte  en  un  Viilumo, 
divisé  en  lo  livraisons,  doit  être  rédigé  par  MM.  Bron- 
gniart ,  Decaîsne  ,  Gaudicbaud  ,  Isidore  Geoffroy 
Saint-Hilaire ,  Guillemaîn  et  Valenciennes;  on  nous 
promet  les  premières  livraisons  pour  le  mois  actuel. 
M.  le  contre-amiral  La  Place  a  commandé  la  troi- 
sième campagne  de  cii'cwnnasfigaUofi faite  sur  la  frégate 
r  Artémise^  pendant  les  années  1807  à  1840.  Sur  les 
4  volumes  dont  Touvrage  se  formera,  a  ont  paru  jus- 
qu'à ce  moment. 

Le  voyage  au  pôle  du  Sud  et  dans  l'Océanie  »  sur  les 
corvettes  t Astrolabe  et  la  Zélée  »  est  le  quatrième 
voyage  de  circumnavigation  dont  )*ai  à  vous  entrete- 
nir. Il  a  été  exécuté  pendant  les  années  1837,  ^^*  *^9 
et  i84o»  sous  le  commandement  de  feu  le  coutre-ami-* 
rai  Dumont  d'Urville  ^  que  nous  avons  perdu  d'une  ma- 
nière si  funeste ,  et  qui  s*esl  illustré  pendanlcette  cam- 
pagne par  des  découvertes  appréciées  par  la  Société  et 
par  le  monde  savant.  La- publication  des  34  volumes 
grand  in-8®,  et  de  latlas  de  Ô20  planches  et  de  64  car- 
tes hydrographiques  dont  ce  voyage  doit  se  composer, 
n'est  pas  encore  très  avancée  ;  cepcndant^sur  les  10  vo- 
lumes qui  doivent  comprendre  la  relation  du  voyage . 
4  ont  déjà  paru  avec  17  livraisons  de  l'atlas  pittores- 
que» 4  de  la  zoologie,  s  de  la  botanique  et  le  i*'  vo- 
lume de  physique.  A  la  mort  de  l'infortuné  amiral ,  ou 
a  trouvé  dans  ses  papiers  le  journal  qu'il  avait  ré- 
digé ;  il  est  complet  jusqu'au  débarquement  à  Tou- 
Ion.  M.  VincendonDumoulin  »  ingénieur  hydrographe 
attaché  à  l'expédition ,  et  qui  avait  toute  la  confiance 
de  d'Urville,  a  été  chargé  par  le  ministre  de  diriger 
celte  partie  de  l'ouvrage  et  de  mettre  en  ordre  tous  les 


(578) 

matériaux  qui  s'y  rallachcnt,  en  outre  du  travail,  dont 
il  <'st  naturellement  chargé,  pour  la  publication  de  tous 
les  levés  et  des  observations  de  physique  Faites  pendant 
celte  importante  expédition.  Une  petite  édition  de  la 
relation  du  voyage  ci -dessus  de  r Astrolabe  et  de  la 
Zélée  sera  en  outre  publiée  en  lo  volum(>8  in-8^,  avec 
dix  cartes  dressées  par  M.  Vincendon-Dumoulin. 

Je  ne  vous  dirai  rien  d'un  prétendu  Foyage  au- 
tour du  monde,  qui  porte  le  même  titre  que  celui  de 
d'Urville,  et  qui  est  censé  exécuté  par  le  chirurgien- 
major  de  la  Zélée.  II  me  serait  difficile  de  vous  en  en- 
tretenir de  sang-froid  après  avoir  lu  la  protestation  de 
tous  les  officiers  qui  ont  accompagné  l'amiral.  J*ai  dû 
cependant  le  mentionner. 

Le  rapport  annuel  de  i84i  vous  a  rendu  compte  du 
grand  voyage  de  découvertes  exécuté  dans  les  mers 
australes  par  M.  le  capitaine  James  Ross,  et  des  bril- 
l;<nts  résultats  obtenus  par  ce  navigateur.  Je  n'ai  rien 
à  y  ajouter  parce  que,  le  capitaine  Ross  étant  encore 
en  mer,  le  gouvernement  anglais  n'a  pas  fait  connaître 
encore  sa  décision  relativement  à  la  publication  des 
premières  découvertes  de  l'illustre  marin. 

Il  n'en  est  point  de  même  en  ce  qui  concerne  le 
voyage  d'exploration  exécuté  sous  les  auspices  et 
d'après  les  ordres  du  gouvernement  des  États-Unis, 
pendant  les  années  i838y  Sg,  4^»  4>  et  4^»  sous  le. 
commandement  du  lieutenant  de  marine  Charles 
Wilkes.  C'est  au  commencement  de  juin  184^  que 
l'expédition  est  rentrée  dans  les  ports  des  États-Unis, 
après  une  absence  de  près  de  quatre  ans  ;  et  le  90  du 
même  mois  son  capitaine  lisait  à  l'Institut  national  de 
Washington  une  notice  détaillée  sur  cet  important 
voyage,  dont  le  gouvernement  américain  a  ordonné  que 


(579) 
la  publication  serait  faite  en  prenant  pour  modèle  la 
relation  du  premier  voyage  que  Dumont  d'Urville  a 
exécuté  sur  l^ Astrolabe.  Établie  sur  une  échelle  plus 
grande  qu'aucune  expédition  scientifique  entreprise 
jusqu'à  ce  jour»  elle  a  été  signalée  par  Timporlanle 
découverte  d'une  grande  étendue  du  continent  aus- 
tral ,  et  je  ne  crois  pas  faire  tort  à  la  mémoire  de  notre 
illustre  compatriote  d'Urville  en  reconnaissant  que, 
comme  lui,  M.  Wilkes  a  attaché  son  nom  à  ce  nou* 
Teau  continent ,  biea  que  Ross  ait  élevé  des  doutes  sur 
quelques  points  de  la  découverte  du  navigateur 
américain.  Certes,  personne  ne  disconviendra  que 
MM.  Dumont-d'Urville  et  Wilkes  n'aientété  guidés  dans 
leurs  recherches  par  leurs  propres  inspirations,  et  sans 
avoir  aucune  connaissance  des  idées  Tun  de  l'autre. 
M.  Wilkes  dit  dans  son  rapport  qu'il  a  aperçu  la  terre 
le  19  janvier,  comme  d'Urville ,  d'autres  officiers 
de  l'expédition  américaine  prétendent  l'avoir  vue  les 
i5,  16  et  17;  mais  l'assertion  de  Wilkes.  de  même 
que  celles  de  ses  officiers,  ne  paraissent  pas  prouvées. 
On  est  d'ailleurs  si  sujet  à  des  illusions  dans  ces  para- 
ges ,  qu'on  ne  peut  considérer  une  découverte  comme 
certaine  que  quand  elle  a  été  bien  vérifiée.  Je  ne 
chercherai  pas  à  discuter  ici  ce  point:  ce  qui  reste,  et 
ce  qui  doit  rester,  c'est  que  le  capitaine  Wilkes  a  re- 
connu l'existence  de  ce  continent  sur  une  étendue  de 
plus  de  60^  en  longitude;  mais  il  n'a  pas  mis  pied  à 
terre,  et  les  échantillons  qu'il  a  rapportés  ont  été  pris 
sur  des  roches  enlevées  par  les  glaces.  La  partie  que 
d'Urville  a  explorée  est  sans  doute  beaucoup  moins 
étendue  ,  mais  il  a  pu  y  débarquer,  et  détacher  du  roc 
même  des  échantillons  du  sol. 

Les  trois  grandes  nations  navigantes  ont,  au  reste, 


(  58o  ) 

chacune  à  revendiquer  une  gloire  spéciale  dans  la  re- 
connaissance de  cette  nouvelle  terre,  et  dT'rville, 
Wilkes  et  Ross  verront  leurs  noms  à  jamais  attachés 
à  ces  plages  si  longtemps  inconnues  :  d'Urville  pour 
avoir  le  premier  imprimé  sur  ce  sol  le  pas  d'un  Euro- 
péen ,  Wilkes  pour  en  avoir  reconnu  la  plus  grande 
étendue  de  TE.  à  1*0.,  et  Ross  pour  l'avoir  exploré  dans 
la  direction  du  pôle ,  jusqu'à  une  latitude  à  laquelle 
personne  jusqu'à  lui  n'avait  pénétré.  Se  fais  des  vœux 
pour  que  la  nouvelle  expédition  que  ce  dernier  a  en- 
treprise, et  dont  les  résultais  sont  encore  ignorés» 
nous  mette  à  même  d'inscrire  son  nom  sur  une  plus 
vaste  étendue  encore,  et  découvre  à  notre  curiosité  des 
plages  ensevelies  jusqu'à  ce  jour  dans  des  glaces  éter- 
nelles. 

L'expédition  du  capitaine  Wilkes  ne  s'est  pas  bornée 
à  la  découverte  des  terres  antarctiques  ;  dans  une  pre- 
mière excursion  dans  les  glaces,  en  1839,  il  avait 
cherché  à  pénétrer  dans  les  parages  visités  par  Weddel. 
et,  comme  d'Urville,  qui  lavait  précédé  d'une  an- 
née, il  n'avait  pas  pu  avancer  au  sud  des  terres  Louis* 
Philippe;  mais  il  a  exploré  en  outre ^  avec  beaucoup  de 
détails,  les  archipels  des  lies  Pomotou,  des  Navigateurs, 
des  Viti,  des  Sandwich,  et  sillonné  le  grand  Océan 
pour  rechercher  une  foule  d'Iles  ou  de  récifs  signalés 
à  tort  ou  à  raison  par  des  navigateurs  précédents. 
L'avantage  qu'il  avait  de  pouvoir  employer  en  même 
temps  quatre  bfilimentSi  lui  a  permis  de  donner  à 
ses  travaux  un  développement  auquel  ne  peuvent  pas 
prétendre  des  expéditions  moins  nombreuses.  Il  a  ex- 
ploré aussi  la  côte  N.-O.  d'Amérique,  depuis  San  Fran- 
cisco jusqu'au  détroit  de  Juan  de  Fuca  et  une  partie  de 
rimniensc  archipel  qui  s*étend  le  long  de  la  côte  au 


(  58ï   ) 

nord  de  ce  détroit.  Des  détachements  envoyés  par 
lerre  ont  parcouru  tout  le  territoire  de  TOrégon ,  et 
traversé  le  pays  situé  entre  la  Colombiaet  San  Fran- 
cisco. A  son  retour  aux  États-Unis,  par  les  Philippines 
et  la  mer  des  Indes ,  M.  Wilkes  a  fait  encore  dans  le 
grand  archipel  des  Indes»  sinon  des  découvertes ,  au 
moins  des  rectifications  d'une  grande  importance 
pour  les  navigateurs  qui  parcourent  ces  parages. 

De  nombreuses  observations  de  physique ,  de  ma- 
gnétisme de  méléorologie  et  de  toutes  les  branches 
de  l'histoire  naturelle  ont  été  faites  dans  ce  voyage, 
et  si,  comme  j'aime  à  le  croire,  l'exactitude  des 
travaux  répond  à  leur  étendue ,  il  devra  certaine- 
ment être  regardé  comme  un  des  plus  importants 
de  ce  genre;  les  États-Unis,  en  entrant  dans  la  car* 
rière  des  explorations  scientifiques,  y  auront  débuté 
par  un  coup  de  maître.  Je  finirai  en  rappelant  le 
Forage  autour  du  monde  par  VAsic  septentrionale  et  Us 
deux  Océans t  fait  par  M.  Erman  en  1828 ,  99  et  3o,  et 
dont  la  seconde  partie,  contenant  les  observations 
physiques ,  a  été  publiée  à  Berlin  en  i84i* 

VOYAGES  Par  MBB  DAMS  DlFFÊHBRTfiS  PARTIES  DU  MONDE. 

Outre  les  voyages  de  circumnavigation  dont  je  viens 
de  parler,  le  ministre  de  la  marine  en  a  fait  exécuter 
plusieurs  autres  qui,  tout  en  atteignant  leur  but  spécial, 
celui  de  protéger  les  intérêts  de  notre  navigation  et  de 
notre  commerce,  et  d'exercer  nos  marins,  ont  été 
utiles  en  même  temps  à  l'hydrographie ,  aux  autres 
branches  de  la  géographie,  et  même  aux  sciences  na- 
turelles. C'est  ainsi  que  la  frégate  rErigone^  sous  le 
commandement  du  capitaine  de  vaisseau  Cécile ,  après 


(  58.  ) 

avoir  séjourné  penilant  quelque  temps  dans  les  men 
de  Chine,  doit  visiter,  en  faisaùl  son  retour  en  France, 
la  Nouvelle-Zélande  •  Taîti,  Valparaîso,  le  cap  Horn  et 
]e  Chili,  et  qu'elle  sera  immédiatement  remplacée  par 
/a  Cicopatre ,  commandée  par  M.  Roy,  capitaine  de 
vaisseau  «  lequel  ne  tardera  probablement  pas  à  mettre 
à  la  voile  de  Brest;  que  /a  &a/iaMfe,  placée  sous  les  ordres 
du  capitaine  de  corvette  Joseph  Uucampe  de  Rosamel, 
a  parcouru  pendant  les  six  derniers  mois  de  i84i  et  en 
1843  le  grand  Océan  et  les  mers  de  l*lnde  et  de  la 
Chine ,  et  qu'on  a  reçu  de  son  commandant ,  en  ce 
moment  de  retour  en  France,  des  rapports  pleins  d'in- 
térêt sur  les  parages  et  les  habitants  de  l'empire  du 
Milieu  ;  et  que  M.  le  capitaine  de  corvette  Jeheone  a 
exploré  avec  la  gabarre  la  Pré%fojrante  les  côtes  N.-E. 
d'Afrique  et  l'entrée  de  la  mer  Rouge ,  dont  il  a  rec- 
tifié quelques  points,  et  que  par  des  excursions  péni- 
bles dans  l'intérieur  de  TYémen ,  il  a  pu  se  procurer 
des  semences  el  des  plants  de  café  qu'il  a  transportés 
è  l'iie  Bourbon. 

Je  ne  vous  parlerai  pas  ici  des  expéditions  de  la  /fe- 
cherche ,  exécutées  également  par  les  ordres  du  roi, 
sous  les  auspices  du  ministi*e  de  la  marine  et  soos  la 
direction  de  M.  Paul  Gaymard  ,  puisque  je  vous  en  ai 
entretenus  déjà. 

Les  capitaines  de  nos  navires  marchands  montrent 
aussi  une  louable  émulation,  et  sans  négliger  les  intérêts 
commerciaux  qui  leur  sont  confiés ,  trouvent  moyen 
d'être  utiles  aux  progrés  de  la  science  que  vous  cnltivex. 
Je  me  bornerai  à  vous  citer  à  ce  sujet  la  Relaiion  tCum 
^voyage  aux  jéntHles  ^  à  Boston,  au  Sénégal j  aux  Ue» 
Bermudas ,  aux  lies  Bourbon  et  Mauiice,  à  Pulo-Pinang 
et  à  la  côte  de  Tenassen'm,  dans  le  royaume  de  Siam^  que 


(  585  ) 

M.  le  capitaine  Chaucharda  eifeclué  en  iSSg,  4o  et4i 
sur  VActéon  de  Nantes  et  le  Philanthrope  de  Saint- 
Malo. 

VOYAGKS  PAR  TBRRB  EN  DIFFÉRENTES  PARTIES  DU  MORDE. 

Pendant  que  les  navigateurs .  en  sillonnant  les  mers, 
recueillent  des  informations  que  nous  avons  soin  d'en- 
registrer, d'autres  explorateurs  augmentent  nos  ri- 
chesses en  eOectuant  des  voyages  par  terre.  Parmi  les 
plus  importantes  relations  qui  ont  paru  cette  année ,  en 
partie  du  moins,  je  signalerai  à  votre  attention  celle  qui 
j>orte  pour  titre  :  F'oyage  en  Afrique ,  en  Asie ,  en  Grèce 
et  dans  diverses  contrées  de  V Europe^  que  M.  Joseph  Rus- 
segger  à  exécuté  pour  l'avancement  des  sciences  natu- 
relles, de  i835  à  i84i>  et  dont  la  iv*  partie  a  paru  à 
Stuttgard  eni84^-  Troiscartes,  chacune  en  une  feuille, 
))ub1iées  cotte  année  à  l'Institut  militaire  géographique 
devienne,  accompagnent  la  relation  de  M.  Russegger. 
La  première  a  pour  titre  :  Carte  pour  le  Doyage  en  Eu- 
rope ,  Asie  et  Afrique ,  exécuté  par  M,  Joseph  Russegger 
de  i835  à  i84i  ;  la  seconde  est  une  Carte  physique  du 
Taurus  et  des  pays  voisins,  et  la  troisième  une   Carte 
géognostique  des  mêmes  contrées;   cette  dernière  est 
coloriée  t  et  toutes  m'ont  paru  bien  gravées.  Tout  en 
reconnaissant  que  le  pacha  d'Egypte  est  un  homme 
extraordinaire  qui  a  fait  de  grandes  choses,  le  voya- 
geur allemand,  après  avoir  passé  en  revue  les  prin- 
cipaux actes  de  Mohammed-Ali,  qu'on  vante,  suivant 
lui,  beaucoup  trop  en  Europe  ,  en  porte  un  jugement 
qui  nous  parait  sévère.  Il  le  termine  ainsi  :   c   Le  ma) 
qu'a  fait  le  vice-roi  lui  survivra,  tandis   que  le  bien 
qu'on  lui  doit  sera  enterré  avec  lui.  » 


(  58/1  ) 

Le  Voyage  pittoresque  en  Espagne  ^  en  Portugal  et  sur 
la  côte  (V Afrique  ^  de  Tanger  à  Tetouan,  que  publie 
M.  J.  Taylor,  et  qui  doit  formel*  deux  volumes  in  8*, 
on  4^  livraisons  avec  sio  planches,  est  un  bel  cl  bon 
ouvrage  qui  n'est  point  encore  terminé.  Les  sa  livrai- 
sons de  la  I'*  série  oui  déjà  paru,  et  sur  les  so  livrai- 
sons qui  forment  la  seconde  »  cinq  seulement  sont  en 
vente. 

Le  Caire,  Petra  et  Damas,  tel  est  le  titre  d'un  ou- 
vrage qu'un  voyageur  anglais  judicieux»  M.  Jobn  G. 
Krinear,  vient  de  faire  paraître  en  un  volume  in-8*. 
C'est  la  réunion  des  notes  qu'il  a  prises  pendant  une 
excursion  en  Egypte,  en  Syrie,  etc. 

VOYAGES  PBOJfiTiS. 

J'ai  eu  l'honneur  de  passer  en  revue  devant  vous 
les  voyages  exécutés,  soit  par  mer,  soit  par  terre ^ 
sous  les  auspices  de  nos  ministres  de  la  marine ,  de 
l'instruction  publique  ,  de  l'intérieur ,  des  affaires 
étrangères  et  de  la  guerre  ;  et  je  n'ai  point  négligé 
de  vous  entretenir  également  des  voyages  entrepris 
par  d'autres  gouvernements  étrangers  ,  et  par  de  sim- 
«ples  particuliers.  J'ai  à  vous  parler  maintenant  des 
voyages  qui  ne  sont  qu'en  projet.  J'en  connais  six  im- 
portants projetés  par  la  France  ,  que  je  dois  vous 
signaler;  on  les  devra  tous  au  dernier  président  de  la 
Société,  à  M.  Villemain,  ministre  de  l'instruction  pu- 
blique. Le  premier,  confié  à  notre  collègue  M.  de  Cas- 
teinau  ,  dont  le  nom  figure  plusieurs  fois  dans  ce  rap- 
port, sera  un  Foj  âge  d* exploration  dans  la  partie  cen^ 
traie  de  VJménque  du  sud.  Partant  de  Rio-Janeiro,  l'ex- 
pédition traversera  toute  l'Amérique  méridionale ,  en 


(  585  ) 

suîvnnl  u  peu  près  la  ligne  de  partage  entre  les  eaux 
qui  se  rendent  au  nord ,  et  principalement  dans  TA- 
mazone,  et  celles  qui  coulent  vers  le  sud  et  se  reu* 
nissent  dans  la  Plala.  Après  avoir  atteint  Lima  et  ex« 
ploré  quelques  contrées  voisines ,  le  retour  aura  lieu 
par  un  des  affluents  occidentaux  de  l'Amazone ,  par 
l'Amazone  même ,  et  enfin  par  la  Guyane  française. 
Dans  la  première  partie  de  cet  immense  trajet  conti* 
nental  de  Rio-Janeiro  &  Lima  ,  l'expédition  se  trouvera 
dans  un  tel  voisinage  de  la  position  présumée  de 
l'équaleur  magnétique,  qu'il  lui  sera  facile  de  le  couper 
en  plusieurs  points  convenablement  espacés  pour  per- 
mettre de  tracer  désormais  sans  incertitude  cette  im- 
portante ligne  magnétique  au  travers  de  l'un  des  deux 
grands  continents  où  sa  marche  est  encore  inconnue. 
Outre  les  recherches  et  les  observations  scientifiques 
auxquelles  M.  de  Castelnau  aura  à  se  livrer ,  il  remplira, 
je  n'en  doute  pas,  beaucoup  de  lacunes  qui  existent 
dans  la  géographie  des  contrées  qu'il  doit  traverser.  Il 
est  muni  de  tous  les  instruments  nécessaires;  il  est 
jeune,  plein  de  talent,  d'expérience  et  d'activité;  on 
peut  donc  espérer  qu'il  accomplira  avec  succès  l'impor- 
tante mission  qui  lui  est  confiée  et  à  laquelle  l'Acadé- 
mie des  sciences  prend  un  vif  intérêt. 

C'est  dans  VMîe  centrale  que  doit  s'effectuer  la  se- 
conde exploration.  M.  Ch.  d'Ochoa,  jeune  orientaliste 
fort  instruit  qui  en  est  chargé,  doit  parcourir  les  États 
de  l'Asie  centrale  situés  au  nord-ouest  de  l'Indoustan, 
entre  le  Cachemire  et  le  Kaferistan,  et  recueillir  pen- 
dant sa  pérégiination  des  documents  relatifs  à  l'hîs- 
toire,  à  la  géographie,  à  la  filiation  des  races,  aux 
langues  et  à  la  littérature  de  TOrient. 

M.  le  docteur  Robert,  qui,  malgré   Tidcnlilé   de 

XVIIf.    DiCEMBRF.    iS.  58 


(  586  ) 

nom  et  de  qualité»  n'est  pas  rinlrépîde  et  savant 
voyageur  et  géologue  que  j'ai  déjà  cité  en  parlant  des 
travaux  de  la  commission  scientifique  du  Nord ,  en 
Scandinavie»  dans  le  Spitzberg  et  la  Russie,  doit, 
comme  H.  d*Ochoa,  parcourir  TAsie  centrale.  Il  a 
pour  mission  de  déterminer  la  géographie  de  l'Afgha- 
nistan méridional  et  de  faire  des  observations  sur  la 
physique  du  globe ,  la  géologie  et  l'histoire  naturelle 
de  ces  contrées.  Son  voyage ,  de  même  que  celui  de 
M.  d'Ochoa»  doit  durer  trois  ans. 

Il  est  h  présumer  que  ces  deux  derniers  voyageurs 
sont  partis  munis  des  instructions  de  l'Académie  des 
sciences  ;  la  Société  de  géographie  n'a  pas  été  appelée 
à  leur  en  fournir. 

C'est  en  Chine  que  M.  Callery,  chargé  d'une  mission 
par  le  déparlement  des  affaires  étrangères  •  se  rend 
pour  recueillir  des  informations  sur  l'état  de  la  littéra- 
ture ,  des  sciences  9  des  arts  et  de  l'économie  politique 
de  l'empire  du  Milieu. 

Les  deux  autres  voyages  projetés  dont  j'ai  encore  à 
vous  entretenir»  vont  s'effectuer  également  soas  les 
auspices  de  M.  le  ministre  de  l'instruction  publique» 
mais  en  Europe. 

Le  premier  est  confié  &  notre  collègue  M.  Noël  Des- 
vergers »  dont  vous,  connaissez  tous  l'instruction ,  Tac- 
Uvité  et  le  zèle  pour  le  progrès  des  sciences.  Il  doit 
visiter  la  péninsule  hispanique  pour  rechercher  des 
documents  relatifs»  soit  à  l'histoire  et  à  la  géographie  de 
l'Afrique  septentrionale ,  soit  aux  actes  de  la  vie  civile 
chez  les  musulmans  »  à  l'époque  où  ces  peuples  se 
trouvaient  en  contact  avec  les  chrétiens. 

Enfin»  M.  Lebas»  chargé  d'exécuter  le  second  voyage 
en  Europe»  se  rendra  en  Grèce  pour  y  recueillirles 
monuments    épigraphiques    encore    inconnus     qui 


(587) 

peuvent  exister  sur  le  continent    ou  dans  les  lies. 

Mélanges  t  cuivrages  dit^ers. 
Il  existe»  messieurs»  certains  ouvrages  qui»  sans 
rentrer  dans  aucune  dos  catégories  dont  la  réunion 
forme  mon  Rapport ,  ne  sont  cependant  pas  étran- 
gers aux  sciences  géographiques  »  et  que  je  dois  par 
conséquent  mentionner  ici. 

Le  premier  dont  j'ai  à  vous  parler  est  le  Catalogue 
général  des  livres  composant  les  bibliothèques  du  dépar^ 
tentent  de  la  marine  et  des  colonies.  Il  se  compose  de 
4  volumes  grand  in-8'  »  doni  le  4*»  qui  a  paru  cette 
année,  doit  ôlre  suivi  : 

1*  D'une  table  alphabétique  des  noms  d'auteurs  et 
des  titres  des  ouvrages  anonymes  ; 

a*  D'un  catalogue  des  bibliothèques  de  bord  ; 
3*  D'une  bibliographie  maritime. 
Ce  catalogue»  dont  le  plan  conçu  sous  le  ministère  de 
M.  Tamiral  Duperré  •  a  été  exécuté  par  notre  collègue, 
M.  Bajot  t  conservateur  des  bibliothèques  de  la  marine» 
est  un  riche  dépôt  de  renseignements  précieux  que  les 
géographes  consulteront  avec  fruit.  Il  en  sera  de  même 
de  V Essai  sur  la  construction  nai^ale  des  peuples  extra^ 
Européens^  qui  parait  également  par  ordre  du  roi  et 
sous  les  auspices  du  ministre  de  la  marine.  Pendant 
ses  voyages  autour  du  monde ,  à  bord  des  bâtiments 
de  VtéiixKV jéstrolabe^  la  Fai^orite et  VArtémise^VL,  Paris» 
capitaine  de  corvette»  a  eu  l'heureuse  idée  de  me- 
surer et  de  dessiner  les  navires  et  les  pirogues  con- 
struits par  les  habitants  de  l'Asie,  de  la  Malaisie»  du 
grand  Océan  et  de  l'Amérique.  Il  en  a  formé  une  col- 
lection d'environ  i3o  planches  accompagnéesd'un  texte 
explicatif.  Sur  les  i6  livraisons  qu'elle  doit  avoir,  5  ont 
déjà  été  mises  en  circulation ,  et  la  6*  est  sous  presse. 
Un  autre  ouvrage  »  qui  doit  trouver  ici  sa  place , 


,588) 
est  le  Dictionnaire  universel  et  raisonné  de  marine ,  que 
M.  A.- J.  de  MoDiferrier,  aoleur  d'un  dictionnaire  es- 
timé des  sciences  mathématiques»  a  publié  cette  année 
avec  quelques  collaborateurs»  parmi  lesquels  je  re« 
marque  MM.  Rigault  de  Genouilly»  ingénieur  de  la  ma- 
rine» A.  Barginet  (de  Grenoble) ,  J.  B.  Praz,  ancien 
officier  de  marine,  etc.  Il  forme  un  tolume  in-4^  h 
double  colonne  avec  18  planches.  Les  auteurs  de  ce 
Dictionnaire  ne  se  bornent  pas  A  donner  une  simple 
définition  des  termes ,  mais  ils  résument  des  notions 
exactes  sur  les  institutions  de  la  marine»  sur  son  ré- 
gime» sur  ses  besoins»  soit  permanents»  soit  éyentuels  • 
et  offrent  principalement  aux  navigateurs  une  réunion 
presque  complète  des  documents  dont  ils  sont  appelés 
à  faire  un  incessant  usage.  Je  n*omettrai  pas  non  plus 
de  vous  signaler  un  autre  Dictionnaire  de  marine^  celui 
de  M.  le  vice-amiral  Willaumez»  si  bien  accueilli  dans 
l'origine  par  nos  marins.  On  en  annonce  une  quatrième 
édition  de  ce  dictionnaire  »  revue  par  M.  le  capitaine  de 
vaisseau  Edouard  Bouel»  en  ce  moment  gouverneur  do 
Sénégal ,  qui  doit  y  joindre  les  nouveaui  termes  de 
la  marine  à  voile  et  à  vapeur. 

Parmi  les  notices  insérées  dans  les  Annaks  mari- 
times  de  cette  année  »  qui  rentrent  dans  la  catégorie 
dont  je  m'occupe  en  ce  moment,  je  recommanderai 
k  votre  attention  : 

1*  Un  Mémoire  sur  V influence  que  les  changements  de 
température  exercent  sur  la  marche  des  montres  marines  ^ 
et  sur  la  nécessité  de  tenir  compte  de  cette  influence  dans 
le  calcul  des  mesures  chronométriques,  par  M.  Ernest  de 
ComoUier ,  lieutenant  de  vaisseau  ;  9*  une  Notice  sur 
les  résultats  des  expériences  relatives  aux  perturbations 
du  compas  à  bord  des  natnres  en  fer  ^  faites  par  George 
Biddel  Airy»  astronome  royal»  à  la  demande  du  bureau 


(589  ) 

de  Tamirauté  anglaise»  et  les  Instructions  pour  cornger 
les  compas  à  bord  des  navires  en  fer  ^  du  même  fMivant  » 
dont  la  traduction  est  due  à  M.  Darondeau  »  ingénieur 
hydrographe  de  la  marine  ;  S"*  un  Mémoire  sur  quelques 
docianents  génois  relatifs  aux  croisades  de  saint  Louis  et 
à  d* autres  éi^énements  niaiitùnes  qni  intéressent  la  France^ 
dont  l'auteur  est  M.  Jal  »  historiographe  de  U  marine, 
auquel  on  doit  un  autre  Mémoire  sur  les  vaisseaux  ronds 
de  saint  Louis  ^  couronné  en  1857  par  l'Académie  des 
inscriptions  et  belles-le lires»  et  imprimé  avec  de  nom- 
breuses additions  dans  son  Archéologie  navale;  et  4*  en- 
fin un  Rapport  concernant  r industrie  sérigène,  la  culture 
du  mârierj  etc,^  adressé  au  minisire  delà  marine  et  des 
colonies  9  par  M.  Perrottet,  botaniste  agriculteur  du 
gouvernement»  à  la  suit^  de  sa  mission  dans  l'Inde  »  à 
Bourbon,àCayenne,&la  Martinique  etàla  Guadeloupe. 

J'aurai  aussi  à  mentionner  le  Méfnoire  sur  le  système 
géographique  des  Grecs  et  des  Arabes^  dû  à  M.  Sédillot, 
professeur  d'histoire  au  collège  Saint-Louis,  avec  des 
cartes»  et  qui  a  paru  en  i849« 

Les  Observations  nautiques  et  astronomiques  sur  tUo^ 
Janeiro,  le  cap  de  Bonne-Espérqnce,  la  Nouvelle-Zélande 
et  Falparaiso,  rédigées  en  mer  au  mois  de  juin  der* 
nier»  par  un  capitaine  de  navire  marchand  anglais  »  et 
adressées  par  lui  au  Nautical  magazine,  qui  le3  a  insé* 
rées  dans  son  numéro  de  décembre. 

La  Nouvelle  encyclopédie  populaire  qui  se  publie  eo 
ce  moment  à  Turin  »  et  les  deux  Mémoires  que  M.  F. 
de  Luca  a  fait  paraître  à  Naples  vers  la  fin  de  1841  «  et 
dont  il  vous  a  fait  hommage  »  sur  la  question  proposée 
au  3*  congrès  des  savants  étrangers  réunis  à  Florence  » 
relativement  ù  la  géographie  physique  et  &  la  géogra- 
phie ancienne  »  et  pour  revendiquer,  en  faveur  de 
l'école  italienne»  des  recherches  de  géomélrio  ancienne. 


(  Sgo  ) 

Ud  recueil  sur  lequel  je  fixerai  encore  parliculiëremenl 
voire  allention ,   esl  la  collection  A* Écrits  ou  opuscules 
géographiques ,  statistiques  et  autres ,   d'Adrien  Baibi , 
que  son  fils  Eugène  a  recueillis  et  publiés  à  Turin  en 
5  Yolumes  in-ia,  dont  le  dernier  a  paru  en  i84s.  Plu- 
sieurs des  articles  de  cette  collection  de  notre  docte  et 
laborieux    collègue    contiennent  sur   rilalie    et  sur 
l'empire  d'Autriche  des  documents  .officiels  très  impor- 
tants et  peu  connus,  quelquefois  môme  inédits.  Je  vous 
parleraiaussi  d'un  ouvrage  récent (i  84s) de  H.  le  lieute- 
nant-colonel Wilkie,  intitulé  :  Des  colonies  anglaises 
considérées  comme  positions  militaires.  Quoique  le  point 
de  vue  sous  lequel  l'auteur  envisage  les  colonies  soit 
principalement  politique  et  militaire  »  les  géographes 
puiseront  néanmoins  dans  son  ouvrage  d'utiles  infor* 
mations;  car  il  s'occupe  aussi  de  la  situation  des  lieuxi 
de  leur  importance  comparative,  de  leur  population,  des 
mœurs,  des  coutumes  et  du  caractère  des  habitants. 
D'autres  ouvrages  remarquables  publiés  cette  année  en 
Allemagne  doivent  vous  être  encore  signalés,  ce  sont: 
1*  Une  Notice  sur  les  glaciers^  que  M.  Hugi  a  feit  pa- 
raître à  Stuttgard  en  un  volume  in-8*  ; 

a*  La  Noui^lle  méthode  trigonométrique  de  mesurer  la 
hauteur  des  montagnes  ^d^^ec  4  tableaux,  due  à  M.  Grui* 
ihuisen  de  Munich  ; 

S*  L'ouvrage  de  M*  CoUa  de  Dresde  «  sur  VÉtude  de 
la  géographie  et  de  la  géologie  ; 

4*  Les  Recherches  critiques  et  historiques  sur  Pytheas 
de  Marseille^  par  M.  Fuhr  de  Darmstadt; 

5* L'œuvre  que  M.  Link  adonnée  à  Berlin,  sur  VÉtat 
primitif  de  la  terre  comparé  à  V état  actuel. 

La  Scjrthie  et  les  Scythes  d'Hérodote  et  description  de 
Vétat  actuel  de  ces  pays ^  ouvrage  accompagné'de  4  cartes 
que  H.  Lindner  a  publié  à  Stutigard  en   i84i  »  mérite 


(  59>  ) 
aussi  de  vous  être  indiqué,  ainsi  que  quatre  disserta- 
tions dues  également  à  des  Allemands  et  qui  ont  paru 
la  même  année ,  savoir  : 

Sur  les  changements  non  périodiques  de  la  distribution 
de  la  température  qui  a  eu  lieu  sur  la  surface  de  la  terre , 
tle  1789  à  1839 ,  par  M.  Dove. 

Sur  la  population  dans  les  anciens  temps ,  par  M.  Lump  t. 
Ces  deux  ouvrages  imprimés  à  Berlin. 

Recherches  sur  la  population  »  que  M.  Bernouilli  a  fait 
paraître  à  Ulm. 

Et  enfin*  Sur  l'origine  grecque  du  zodiaque  indien,  par 
M.  Holzmann ,  imprimé  à  Garlsruhe. 

Je  clorai  cette  liste  en  mentionnant  V  Univers  pitto^ 
resque,  ou  Histoire  et  description  de  tous  les  peu- 
ples j  etc.  »  etc.  9  vaste  recueil  qui  doit  former  4o 
volumes  in-8»  ornésde  s,5oo  gravures,  et  que  publient 
MM.  Didot.  Les  diverses  parties  de  ce  grand  tout ,  con- 
fiées à  des  hommes  spéciaux ,  ayant  visité  ou  du  moins 
soigneusement  étudié  les  pays  dont  ils  parlent,  sont  en 
général  bien  traitées.  Parmi  les  volumes  publiés  cette 
année ,  je  citerai  ceux  qui  sont  consacrés  au  Mexique 
et  à  V Afghanistan,  Sous  la  plume  élégante  et  facile  de 
M.  de  Larenaudière ,  notre  collègue ,  dont  vous  con- 
naissez tous  l'érudition,  la  description  du  premier 
de  ces  pays  offre  une  lecture  à  la  fois  instructive  et 
pleine  de  charmes;  ctThistoire  de  l'Afghanistan,  confiée 
à  M.  Xavier Raymond,mériteaussi de  vousèlre  signalée. 

Vous  trouverez,  je  le  crains,  que  j'ai  donné  une  trop 
grande  extension  à  celte  nomenclature  nécessairement 
aride  ,  étant  présentée  sans  développements.  Je  ne  la 
clorai  cependant  pas  avant  d'avoir  mentionné  la  Con* 
naissance  des  temps  ou  des  mouvements  célestes,  à  l'usage 
des  astronomes  et  des  navigateurs,  pour  l'année  i845, 
publiée  à  Paris  en  i84*i  p&ir  le  Bureau  des  longitudes  , 


59»  } 
e(  doQt  YAfinuaii'e  du  même  Bureau,  dcsiiûé  à  popula- 
riser la  science»  n'est  que  le  résumé.  Oo  me  blâme- 
rait certainement  si  je  ne  vous  annonçais  en  même 
temps  la  publication  de  la  3*  édition  d'un  ouvrage  qui 
a  obtenu  depuis  longtemps  l'estime  du  monde  savant  ; 
je  veux  parler  du  Traité  de  géodésie ,  ou  exposition  des 
méthodes  trigonométriques^  et  astronomiques  appli- 
cables à  la  mesure  de  la  terre  et  à  la  construction  du 
canevas  des  cartes  géographiques ,  par  M.  le  colonel 
Puissant,  membre  de  l'Académie  des  sciences.  J'ai 
sussi  la  certitude  que  vous  approuverez  la  citation 
d'une  publicatioq  faitç  récemment  en  Angleterre  d'une 
seconde  édition  de  la  Pratique  de  la  na$figatien ,  et  as- 
tronomie nautique,  en  un  volumein*8^,qu*oudoitàM.  le 
lieutenant  Râper.  La  Société  géographique  de  Londres 
a  accordé  sa  médaille  d'or  de  1 84 1  à  la  première  édi- 
tion de  cet  ouvrage ,  qui  est  placé  à  bord  de  tous  les 
vaisseaux  de  la  marine  royale  anglaise  par  ordre  des 
lords-commissaires  de  l'amirauté.  Ce  double  suffrage 
est  un  sûr  garant  du  méiîte  éminent  et  de  l'utilité  du 
travail  de  M.  Râper. 

Mémoires   des   Sociétés  saluantes    et  Journaux  géo- 
graphiques. 

Si  le  temps  et  l'espace  dont  je  puis  disposer  me 
l'eussent  permis»  je  vous  aurais  entretenus  ayec  quel- 
ques détails  des  mémoires  des  Sociétés  savantes  et 
des  journaux  géographiques  qui  vous  ont  été  offerts , 
ou  que  j'ai  été  à  portée  de  consulter.  Je  vous  aurais 
fait  connaître  la  part  plus  ou  moins  grande  dont  cha- 
cun d'eux  a  contribué  cette  année  aux  progrès  de  la 
géographie  ;  mais  cette  tâche,  que  je  n'aurais  point 
voulu  borner  &  une  simple  nomenclature,  je  me  vois 
forcé  à  regret  d'en  renvoyer  l'accomplissement  à  une 


(593) 

autre  époque.  Je  ne  puis  cependant  m'cmpècliçr  de 
vous  signaler  quelques  uns  des  ouvrages  périodiques 
que  j'ai  consultés  avec  le  plus  de  fruit,  ou  qui  m'ont 
été  indiqués.  Parmicoux  qui  ont  étépubliésen  France, 
je  citerai  : 

Les  CompteS'rendus  hebdomadaires  des  séances  de  l*À- 
cadémie  des  sciences ^  rédigés  par  MM.  les  secrétaires  per* 
pétuels;  \e  Journal  des  savants;  lesi^nnales  maniimes;  les 
Nouif elles  uinnales  des  voyages;  le  Journal  de  la  Société 
asiatique;  ÏInstitut;  VÉc/io  du  monde  saluant;  les  An- 
nales  de  la  propagation  de  la  foi;  le  Journal  des  missions 
éçangéliques ;  le  Spectateur  militaire;  le  Mémorial;  et 
surtout  les  ji anales  des  sciences  géologiques^  le  Bul- 
letin de  la  Société  géologique  de  France  et  les  Mémoires 
de  la  même  Société  (i)»  recueils  qui  contiennent  pé- 
riodiquement une  masse  de  faits  géographiques.  La 
Re\fue  des  deux  Mondes  m'en  a  fourni  aussi  quelques 
uns  ;  et  si  les  différentes  académies  imitent  celle  des 
sciences,  les  comptes- rendus  de  leurs  séances  pourront 
être  uliles  au  géographe. 

On  trouve  en  Angleterre  :  le  Journal  de  la  Société 
rx)jrale  géographique  de  Londres ,  la  Litterarjr  Gazette  , 
la  Quarterfy  Reuiew  ^  VEdinburg  Reviewy  la  Foreign 
Quarterly  Review ,  VAsiatic  Journal ,  la  MorUhly  Re^fiew, 
Y  United  Serpice  Journal^  le  Nautical  Magazine  ^  et  dans 
rinde  les  Actes  delà  Société  géographique  de  Bombay ^etc. 

Je  dois  à  la  Suisse  la  Bibliothèque  universelle  de  Genève. 

A  l'Allemagne  :  les  Annales  de  géographie  ^  d*ethno- 
graphie  et  de  statistique,  rédigées  par  M.  Berghaus,  et 

(i)  L* étude  de  la  géologie  menace  d'une  complète  révolution  la  géo- 
graphie moderne ,  dit  le  Dublin  University  Magazine ,  et  on  est  con- 
vaincu lie  1  ejiactttude  de  cette  remarque  en  lisant^  les  RccueiU  consa- 
crés à  la  (jcotugie,  et  que  les  {;i'o(jrapIic9  feront  bien  de  ne  pas  négliger. 


(  594  ) 
qui  paraisscnl  lous  les  mois  à  Breslau;  le  Journal  tle 
géographie  comparatisme  de  Johan  Gottfried  Lûdde,  im- 
primé à  iMagdebourg,  et  qui  a  commencé  de  paraître 
mensuellement  avec  l'année  1843»  in«8*;  les  Comptes^ 
rendus  des  séances  de  V Académie  de  Prusse ,  qui  se  pu- 
blient à  Berlin  ;  XAlmanach  géographique^  ou  Rapports 
sommaires  sur  ce  que  la  géographie  et  Tethnographie 
oITrenl  de  plus  nouveau  et  de  plus  remarquable»  avec 
des  figures.  Journal  publié  à  Prague  depuis  189s, 
in-12,  par  M.  Sommer;  la  Géographie  ancienne  et  les 
anciens  géographes  »  journal  publié  à  Leipz/ig  depuis  le 
commencement  de  l*année  1841  >  par  M.  S.-T.-W. 
Hoffmann;  V ami' des  cartes^  rédigé  A  Berlin  depuis 
]84o,  par  M.  le  colonel  d'Oesfeld,  chef  du  bureau  tri- 
gonomélrique  royal ,  savant  militaire  ,  qui  consacre 
son  journal  à  l'examen  impartial  des  cartes  qui  parais- 
sent et  possède  lui-même  une  collection  remarquable 
de  caries  en  grande  partie  anciennes  et  rares;  \e  Jour- 
nal du  commerce ,  de  la  géographie  et  des  arts ,  publié 
a  Berlin  depuis  le  commencement  de  i84i  «  par  M.  A. 
Hoffmann  »  et  qui  fait  connaître  les  titres  des  nou- 
velles publications  des  cartes  qui  paraissent;  Ausland^ 
ou  les  Pays  étrangers  j  journal  géographique  publié 
depuis  longtemps  à  Munich»  par  M.  Widenmann;  les 
Annales  de  météorologie  et  de  magnétisme  terrestre^ 
commencées  seulement  depuis  le  mois  de  septembre 
1849,  par  M.  Lamont,  publiées  à  Berlin,  et  dontiln'a 
encore  paru  que  la  première  partie  ;  le  Répertoire  de  lit- 
térature^ dont  une  partie  est  consacrée  à  la  géographie» 
publié  à  léna,  par  M.  Gunther  ou  Junker»  depuis  le 
commencement  de  i84'i»  et  qui  a  pour  but  de  faire 
connaître  les  litres  de  tous  les  mémoires  géographi- 
ques qui  se  trouvent  épars  dans  les  feuilles  périodiques, 
but  louable  que  s'est  aussi  proposé  la  Revue  littéraire. 


(595  ) 

rédigée  depuis  plusieurs  années  par  M.  Brandes,  à 
Berlin  ;  le  Journal  de  géologie^  publié  à  Berlin,  par 
M.  Rarsten,  elc. 

Parmi  les  journaux  géographiques  qui  se  publient 
en  Italie  ,  on  distingue  les  Annales  unwerselles  (VècO' 
nomie  politique^  d' histoire ^  de  voyages  et  de  commerce , 
qui  paraissent  chaque  mois  à  Milan ,  sous  la  direction 
de  M.  Lampato. 

La  Norvège  a  le  ^onueau  Magasin  pour  les  sciences 
naturelles  f  etc.»  et  le  Nor^  journal  des  sciences  et  de  la 
littérature^  qui  se  publient  tous  les  deux  à  Christiania , 
en  norvégien,  le  premier  chaque  mois  et  le  second  à 
des  époques  irrégulières  ,  et  contiennent  de  temps  à 
autre,  surtout  le  premier,  des  articles  géographiques. 
Je  citerai  pour  le  Danemark  (en  danois):  le  Journal 
mensuel  de  la  littérature  y  etc.  ;  les  Archives  de  la  marine  ; 
le  Magasin  maritime^  etc. 

Il  parait  au  Brésil  une  Revue  trimestrielle  d* histoire  et 
de  géographie  ,  publiée  par  l'Institut  historique  et  géo- 
graphique de  Rio-Janciro;  et  les  États-Unis  de  l'A- 
mérique septentrionale  ont  le  Journal  américain  des 
sciences  et  des  arts^  dirigé  par  le  professeur  Silliroan 
et  par  M.  Benjamin  Silliman  ,  qui  parait  tous  les  trois 
mois  à  New-Haven  ,  tandis  que  YAlmafiach  américain 
et  dépôt  des  connaissances  utiles ,  ne  parait  qu'une  fois 
Tannée  à  Boston. 

Je  ne  dois  pas  omettre  de  citer  les  comptes-rendus  des 
séances  de  r Académie  des  sciences  de  Saint-Pétersbourg, 
recueil  très  remarquable  qui  m'a  beaucoup  servi,  pour 
l'Asie  principalement;  et  j'ai  le  regret  de  n'avoir  pu 
consulter  les  autres  recueils  périodiques  et  scmi-pé«- 
riodiques  publiés  en  Russie  qui  s'occupent  de  géogra- 
phie» et  dont  il  ne  m'est  pas  possible  de  vous  donner 
aujourd'hui  même  les  titres. 


(  âgC  ) 

Nouvelles  et  faits  divers. 

Je  rappellerai  les  nouvelles  obsenaUuns  que 
M.  Daussy  vous  a  communiquées  sur  un  volcan  soos- 
marin  de  l'océan  AUanlique,  silué  par  environ  o*to' 
de  latitude  sud,  et  aa*  de  longitude  ouest.  Depuis 
le  16  août  i838  ,  date  de  la  première  noie  de 
M.  Danssy  sur  l'existence  probable  de  ce  volcan  »  de 
nouvelles  obscnalions  faites  par  des  marins  anglais  et 
rapportées  dans  V  United  service  Journal^  et  dans  le  Nau-- 
tical  magazine ,  tendent  à  confirmer  le  fait  important 
rapporté  par  notre  collègue. 

Deux  éruptions  remarquables  de  volcans  doivent  vous 
être  signalées.  C'est  dans  les  Indes  orientales  que 
toutes  deux  ont  eu  lieu;  l'une  dans  l'Ue  de  Banda»  &  la 
fin  de  1841  t  a  été  accompagnée  d'un  tremblement  de 
terre  qui  a  duré  pendant  plus  de  trois  quarts  d'heure  * 
en  imprimant  un  violent  roulis  aux  navires  de  la  rade. 
La  seconde  éruption  est  celle  du  volcan  de  Gunnong* 
Gonlour,  le  plus  élevé  de  ceux  de  Java,  puisqu'il  a  plus 
de  6,000  pieds;  elle  a  continué  pendant  cinq  jours  sans 
interruption. 

Un  autre  fait  qui  ne  doit  pas  être  passé  sous  silence, 
est  la  découverte  d'un  nouveau  tertre  tumulaire  situe 
aux  États  Unis  ,  dans  la  vallée  de  l'Ohio  ,  à  une  demi- 
journée  du  chemin  de  Pitlsbourg  en  Canada.  U  a  la 
forme  d'un  cône  tronqué,  et  sir  John  Elias  Alexan- 
der,  Commodore  dans  la  marine  anglaise ,  qui  Ta  fait 
fouiller  dans  tous  les  sens,  nous  apprend,  dans  un  Mé- 
moire qu*il  a  lu  à  ce  sujet  au  mois  de  juin  dernier  à  la 
Société!  géographique  de  Londres ,  qu'il  ressemble  en 
tous  points  aux  monuments  du  même  genre  qu'on 
trouve  dans  les  pays  Scandinaves.  Je  renvoie  à  ce  mé- 
moire pour  le  détail  des  objets  curieux  retirés  de  cette 


(597) 
tombellc,  qui  rcmonlcrait,  suivant  M.  Alexnnder»  au 
XIII*  siècle»  et  fournirait  une  nouvelle  preuve  que,  déj& 
&  celte  époque,  il  existait  des  relations  entre  l'ancien 
et  le  nouveau  monde. 

Un  événement  qu'il  faut  signaler  aussi,  c'est  l'exten- 
sion progressive  des  congrès  scientifiques  originaires 
d'Allemagne  où  chaque  branche  des  sciences  a  son  con- 
grès. Ils  sont  appelés  à  exercer  une  grande  influence,  et 
la  géographie  ne  pourra  que  gagner  aux  fréquentes 
réunions  de  savants  appartenant  aux  différentes  parties 
de  l'Europe,  et  bientôt  peut-être  du  monde  entier. 
Florence,  où  s'est  ouvert  un  de  ces  congrès ,  au  mois 
de  septembre  i84i  »  a  tu  réunis  dans  son  sein  des  sa- 
vants de  tous  les  pays  ;  et  le  congrès  tenu  en  i84a  »  ^ 
Strasbourg ,  était  composé  de  plus  de  800  savants 
étrangers.  Il  faut  espérer  que  dans  quelques  années 
les  savants  venant  d'Amérique  y  d'Asie  et  même  d'A- 
frique ,  se  réuniront  à  leurs  confrères  d'Europe  ;  et 
qui  peut  douter  des  avantages  qu'en  retirera  la  science 
géographique  ? 

Je  ne  dirai  qu'un  mot  de  l'ascension  du  pic  de  Né- 
thou,  sommet  culminant  de  la  Maladetta,  vainement 
tentée  par  Ramond^  Cordier,  Ghaussenque  et  Arbanère, 
effectuée  au  mois  de  juillet  1 84^  par  M.  de  Tchihatcheff, 
ancien  officier  au  service  de  Russie ,  et  je  terminerai 
cette  nomenclature  de  faits  qui  ne  paraîtront  peut-être 
pas  tous  géographiques,  par  un  extrait  du  compte- 
rendu  de  la  dernière  séance  générale  de  la  Société 
des  antiquaires  du  Nord,    que  m*a  transmis  H»   le 
professeur   Rafn.    Un  savant  danois,    dont  j'ai   eu 
plus  d'une  occasion  de  vous  entretenir,  le  docteur 
Lund,  qui  réside  depuis  plusieurs  années,  comme 
vous  savez ,  à  Lagoa-Santa ,  dans  le  Brésil ,  a  com- 
muniqué à  ses  amis  de  Copenhague  un]  numéro  du 


(  â98) 

Journal  hisioriqiœ  et  géographique  de  ^institut  de  Rio- 
Janeiro  ,  que  la  Sociélé  de  géographie  n*a  malheu- 
reasement  pas  encore  reçu.  Ce  journal  annonce  qu'on 
a  trouvé  à  Saint-Paul  un  testament  d'un  certain  Joao 
Ramafkaot  souscrit  le  5  mai  iS8o  par  le  notaire  Lou- 
renco  Faz^  en  présence  du  juge  Pedro  Diaz  et   de 
quatre  autres  témoins»  qui  tous  l'ont  signé,  dans  lequel 
le  testateur  déclare  qu'il  a  vécu  go  ans  dans  ledit  lieu. 
D'où  il  résulterait  qu'il  y  serait  arrivé  en  1490,  c'est-à- 
dire  deux  ansavant  la  découverte  du  nouveau  monde  par 
Colomb.  Pour  prouver  que  cette  déclaration  n'est  pas 
sans  quelque  fondement ,  on  cite  un  écrivain  posté- 
rieur, le  frère  GaspardetHsLàTe-de-Dios,  qui  raconte  en 
s'appuyant  sur  les  documenb  existants  encore  de  son 
temps 9  que  Martin  Affonso  de  Sousa^  qui. découvrît  le 
premier  celte  partie  du  Brésil  «prit  terre  près  de  Saint- 
Vincent  le  17  août  i%3s ,  et  reçut  d'importants  services 
d'un  certain  Ramalhao^  marié  avec  la  fille  de  Teby- 
rica,  chef  indien. 

En  admettant  comme  incontestable  l'existence  de 
Joao  Ramalhao ,  ainsi  que  celle  de  son  testament  et  la 
déclaration  qui  y  est  conteDue,  qu'en  résulterait- il  ?  Est- 
ce  que  cet  homme ,  qui  devait  être  fort  âgé  lorsqu'il 
a  fait  son  testament  »  puisqu'il  y  déclare  qu'il  habitait 
le  Brésil  depuis  quatre-vingt-dix  ans,  n'a  pas  pn 
se  tromper  sur  l'époque  précise  de  son  arrivée  dans 
ce  pays?  11  faut  d'autres  faits  pour  enlever  à  l'im- 
mortel Génois  la  gloire  d'avoir  découvert  le  nouveau 
.  monde! 

Traifaux  de  la  Société. 

Quelque  développées  qu'aient  été  les  communica- 
tions que  je  vous  ai  faites  jusqu'ici,  tout  incomplètes 


(  5y9  ) 
qu'elles  sont  néanmoins^  sur  les  progrès  de  la  géogra- 
phie »  ou  du  moins  sur  les  travaux  géographiques 
exécutés  dans  les  différentes  parties  du  monde  depuis 
Tolre  dernière  assemblée  générale,  je  ne  vous  ai 
point  encore  entretenus,  vous  avez  dû  le  remarquer, 
de  votre  Société  elle-même.  Mais  vous  l'avez  remarqué 
aussi,  messieurs,  je  n'ai  point  négligé  de  vous  parler 
des  travaux  de  ses  membres  en  particulier  ;  leurs  noms 
ont  souvent  frappé  vos  oreilles,  et  vous  dire  ce  qu'ils 
ont  fait,  n'était-ce  pas  prouver  indirectement  que  la 
Société  n'avait  pas  été  au-dessous  de  la  tâche  qu'elle 
8*est  imposée  ? 

Les  réunions  de  votre  commission  centrale  ont  été 
remplies  en  partie  par  les  communications  que  lui  ont 
faites  nos  collègues  résidant  à  Paris,  comme  ceux  qui 
parcourent  les  différentes  parties  du  monde  ou  qui  les 
habitent  Elle  en  a  également  reçu  de  plusieurs  savants 
étrangers. 

MM.  d'Abbadie  et  Lefebvre  nous  ont  tenus  exacte^ 
ment  au  courant,  pour  ainsi  dire  jour  par  jour,  de 
toutes  les  découvertes  qu'ils  font  en  Abyssinie,  de  tout 
ce  qui  vient  à  leur  connaissance  sur  ce  pays,  qui  excite 
aujourd'hui  tant  d'intérêt.  Vous  devez  à  M.  Gautlier 
d'Arc  ,  consul-général  de  France  en  Egypte ,  les  nou- 
velles qu'il  a  recueillies  sur  cette  vice-royauté,  sur 
l'Abyssinie,  sur  le  dernier  voyage  exécuté  sur  le  Nil 
Blanc  par  ordre  du  vice-roi  d'Egypte,  ainsi  que  la 
traduction  d'une  inscription  coufique  gravée  sur 
marbre  trouvée  à  Dénia,  en  Espagne,  et  dont  il  nous  a 
donné  une  empreinte.  M*  Lemoine  consul-général  de 
France  en  Bolivie,  a  transmis  une  notice  intéressante 
sur  l'isthme  de  Panama ,  et  M.  Warden  a  fourni  des 
renseignements  curieux  sur  ce  même  isthme ,  ainsi 


(  6oo  ) 

que  des  inrormalions  officielles  sur  la  population  des 
Élals-Unis;  M.  le  colonel  Corabœuf  a  présenté  un 
rapport  sur  la  belle  carte  des  États  sardes,  publiée 
par  Tétat* major  de  Sardaigne  sous  la  direction  de 
M.  le  général  de  Saluées  s  et  M.  Gochelet  a  parlé  des 
rivières  navigables  et  flottables  de  Tempire  de  Russie, 
et  a  communiqué  une  notice  biographique  sur  H.  Le- 
fèvre,  voyageur  -  naturaliste  »  mort  h  Mohamed -Ali- 
Polis»  le  ig  octobre  iSSg»  ainsi  qu'une  notice  inté- 
ressante de  ce  voyageur  sur  le  Sennaar  et  le  Gordofan. 
Nous   avons  souvent  entendu  M.   Jotnard  parler  de 
l'Egypte  et  des  différents  travaux  exécutés  par  ordre 
du  vice-roi»  dans  ce  pays  avec  lequel  il  entretient 
une  active  correspondance  ;   et  vous  saveE  tous  que 
notre  savant  et  laborieux  collègue  augmente  chaque 
)our  les  richesses  du  Cabùiet  géograpftiqtœ  de  la  BU 
bliothèquû  royale^  qu'il  a  créé,  et  dont  il  est  conserva- 
teur. Déjà  Tune  des  merveilles  de  la  capitale,  ce  ca- 
binet en  deviendra  par  ses  soins  l'une  des  merveilles 
les  plus  utiles,  si  le  Eèle  de  son  fondateur  est  convena- 
blement secondé  (i).  H.  de  Gastelnau  a  tracé  la  vie  des 
Séminoles  de  la  Floride,  État  sur  lequel  il  a  fourni  deux 
itinéraires.  Une  notice  sur  la  vie  et  les  travaux   de 
H.  Chaumelte-des  Fossés ,  que  la  mort  vient  de  nous 
enlever  ;  un  compte-rendu  du  Tableau  de  la  situation 
des  établissements  français  dans  V  Algérie  en  iS^o ,  et  un 
rapport  sur  le  prix  offert  par  feu  S.  A.  R.  M^  le  duc 
d'Orléans,  ont  éié  lus  par  M.  Roux  de  Rochelle. 

(i)  A  la  mite  de  ce  rapport  on  trouvera,  sous  la  forme  fTAppm- 
dice ,  une  notice  rédigée  par  M.  Jomard  sur  les  principales  aocpii- 
sitions  que  le  Cabinet  géographique  de  la  Bibliothètiite  royale  n  f.iiles 
celle  année. 


(  6oi  ) 

M.  Daaasyp  malgré  ses  occupations  aussi  impor- 
tantes que  multipliées  au  Dépôt  de  la  marine»  a  trouvé 
le  temps  de  présenter  les  résumés  des  renseignements 
publiés  sur  l'eipédition  anglaise  du  Niger,  et  des  tra- 
vaux de  l'Académie  impériale  des  sciences  de  Saint-Pé- 
tersbourg; d'extraire  pour  nous  les  morceaux  les  plus 
intéressants  du  Nautical  magazine ,  et  de  nous  offrir 
nne  notice  sur  un  volcan  sous-marin  observé  dans 
l'océan  Atlantique.  M.  d'Avezac  »  dont  le  zèle  et  le  ta- 
lent vous  sont  connus,  a  donné  de  l'intérêt  à  nos 
séances  par  la  lecture  qu'il  y  a  faite  de  mémoires  sur 
la  géographie  du  pays  de  Sçoumal ,  situé  à  l'extrémité 
orientale  de  TAfrique ,  sur  la  géographie  ancienne  de 
cette  partie  du  monde,  sur  les  lies  fantastiques  de 
l'océan  Occidental,  et  par  les  judicieuses  observations 
dont  il  a  accompagné  les  lettres  de  M.  d'Abbadie.  Nous 
devons  la  communication  d'une  notice  sur  le  tremble- 
ment de  terre  qui  a  eu  lieu  en  1840  dans  le  district 
d'Erivan  ,  à  M.  Barbie  du  Bocage;  M.  le  capitaine  Ga- 
briel Lafond,  qui  a  si  longtemps  voyagé  en  Amérique, 
a  fait  connaître  les  divers  projets  conçus  pour  établir 
une  communication  entre  les  océans  Pacifique  et  At- 
lantique par  le  lac  de  Nicaragua.  D'autres  membres 
encore ,  et  je  me  vois  forcé  de  ne  pas  les  citer  tous  , 
ont  fait  d'utiles  communications.  Ainsi ,  M.  Thomassy, 
qui  n'est  encore  qu'adjoint  à  la  commission  centrale , 
quoiqu'il  ait  tout  le  zélé  et  toute  l'activité  d'un  membre 
qui  serait  très  actif,  a  lu  des  morceaux  pleins  d'in- 
térôt  sur  le  Prêtre-Jean  d'Asie  et  d'Abyssinie,  sur  un 
nouveau  manuscrit  du  voyage  de  Magellan  par  Piga- 
fetta ,  sur  les  travaux  de  deux  géographes ,  Guillaume 
Fillastre  et  Didier  Brugnon ,  et  sur  les  caravanes  de 
l'Afrique  septentrionale.  M.  Lavallée  a  envoyé  uneno- 

XVIII.    DàCBMBBB.    l4'  ^9 


^  6o9  ) 

tice  historique  et  géographique  Mir  Trinidad  de  Cuba, 
où  il  exerce  les  fonctioDS  de  consul  de  France,  et 
M.  Berthelot,  notre  sa?ant  secrétaire-f^éDérai ,    dont 
personne  plus  que  moi  ne  doit  regretter  l'absence  ,  a 
lu  une  note  sur  les  nouveaux  éiablisaements  agricoles 
fondés  au  Venezuela,  par  le  colonel  Codazzi,  et  nous 
a  rendu  compte  de  la  statistique  de  Milan  par  Salari. 
M.  Guillaume  Plate  a  lu  une  savante  Dissertaiiam  géo- 
graphique sur  un  passage  de  Constantin  Porphyrogé^ 
nète,  concernant  les  fleuves  du  Palus  Méotis  »  ei  Cejcisienee 
d'un  second  détroit  nommé  Bourlik,  donnant  issue  aux 
eaux  de  la  mer  d^Azof  dans  la  mer  Noire,  Le  busie  de 
l'infant  de  Portugal  «l'immortel  dom   Henri,  en  ce 
moment  devant  vos  yeux ,  est  un  hommage  de  notre 
collègue  M.  Ferdinand  Denis.  Ce  buste  ^  exécuté  par 
M.  Jules  Droz,  d'après  une  miniature  du  xv*  siècle 
placée  en  lêle  d*un  manuscrit  que  M.  Denis  a  décou- 
vert ,  doit  orner  le   local  ordinaire  de  vos  séances. 
M.    Droz  se    propose   de   faire  des  bustes   sembla^ 
blés  de  tous  les  grands  navigateurs  et  des  mathémati- 
ciens célèbres.  Le  buste  du  prince  Henri  sera  rappro- 
ché du  portrait  de  Colomb ,  que  )'ai  eu  l'honneur  de 
vous  donner  dans  le  temps,  et  de  la  statuette  repré- 
sentant une  ancienne  divinité  javanaise  que  d'Urvilie 
avait  rapportée  de  Samarang .  et  qu'il  vous  a  oQerteé 
Nous  avons  entendu  avec  plaisir,  dans  l'une  de  nos 
séanpes  ,  la  lecture   de   la  notice  de  M.  DesjardiBa 
sur  les  progrès  de  la  civilisation  et  de  l'industrie  en 
Autriche,  et  j'ai  moi  même  fait  connaître  à  la  commis* 
sion  centrale  les  travaux  de  la  Société  des  antiquaires 
du  Nord  de  Copenhague  ,  ceux  de  la  Société  royale  des 
sciences  de  Norvège  ,  et  les  progrès  de  l'hydrographie 
des  côtes  de  cette  intéressante  partie  de  la  Scandinavie, 


(  6o5  ) 

dont  les  habitants  élèvent  des  prétentions  qui  parais- 
sent  fondées  à  la  décoaterte  du  nouveau  monde  avant 
Colomb  »  et  je  vous  ai  lu  le  rapport  sur  le  prii  annuel. 
M.  le  baron  d'Hombres  de  Firmas  nous  a  transmis 
une  note  sur  le  Vésuve  ;  M.  le  colonel  Jackson ,  secré- 
taire de  la  Société  géographique  de  Londres  ,  son  Ré- 
sumé des  observations  de  MM.  Wilkie  et  Symonds  sur  la 
dépression  delà  mer  morte  ;  M.  William Brown-Hodg- 
son,  diplomate  des  États-Unis ,  les  Résultats  de  l'explo- 
ration américaine  dansles  mers  Australes,  et  nous  avons 
reçu,  par  Pintermédiairede  M.  Jomarcl,du  docteur  Clot- 
Bey  ,  directeur  du  service  médical  en  Egypte,  d*Artin- 
Bey»  premier  secrétaire  interprète  de  Mohammed-Aly, 
et  de  M.  de  Linant,  ingénieur  en  chef  des  canaux  et 
ponts- et-chaussées  d'Egypte  «  de  précieuses  informa- 
tions. Enfin  ,  messieurs ,  un  autre  de  vos  collègues  « 
car  les  derniers  que  j'ai  cités,  quoique  étrangers  à  la 
France,  appartiennent  aussi  à  votre  Société,  le  vénérable 
Eyriès,  le  doyen,  le  plus  laborieux  et  certainement  l'un 
des  géographes  modernes  les  plus  érudils ,  sur  la  poi« 
trine  duquel  nous  regrettons  tous  de  ne  pas  voir  briller 
l'étoile  de  la  Légion*d'Honneur«  distinction  qu'il  a  si 
bien  méritée ,  a  fait  à  votre  commission  centrale  plu- 
sieurs communications  intéressantes.  Il  a  rendu  compte 
d'une  série  de  documents  relatifs  aux  limites  des  États- 
Unis,  delà  correspondance  et  des  mémoires  de  M.  Bore, 
voyageur  en  Orient ,  de  l'ouvrage  de  M.  Perrier  sur  la 
Syrie  ,  etc. 

Vous  devez  à  M.  le  docteur  Eugène  Robert,  membre 
de  la  commission  scientifique  du  Nord ,  la  communi- 
cation de  Notices  sur  le  Groenland,  sur  la  Nouvelle-Zé^ 
I  lande  et  sur  la  ifille  et  les  empirons  d^Archangel  ;  et  à 

I  M.  Darttey,  un  chapitre  de  ses  Recherches  sur  V origine 


(6o4  ) 

des  peuples  du  nord  et  de  Voccident  de  VEurope^  qu'il  a 
lu  à  l'une  de  vos  dernières  séances* 

Des  étrangers  aussi,  sans  être  membres  de  la  So- 
ciété, ont  bien  voulu  fournir  des  renseignements  sub- 
stantiels &  votre  commission  centrale. 

M.  le  colonel  Visconti,  en  répondant  à  des  questions 
que  l'avais  pris  la  liberté  de  lui  soumettre ,  m'a  mis  en 
état  de  tracer  riiislorique  des  Progrèsde  Chydrographie 
dans  le  royaume  des  Deux-Siciles  -,  M.  le  colonel  Sabine^ 
l'un  de  vos  correspondants  »  a  communiqué  des  Obser- 
vations magnétiques  faites  à  Toronto ,  dans  le  Canada^  à 
Trepondrumy  aux  Indes  orientales  et  à  Sainte- Hélène; 
M.  Flachenakcr  a  lu  un  savant  Mémoire  sur  les  ruines 
de  Carthage^  qu'il  a  explorées  pendant  plusieurs  mois: 
M.  Poinselt,  minisire  de  la  guerre  des  Éials*Unis,  et  la 
Société  philosophiquedePhiladelpbie,  vous  ont  adressé 
des  documents  curieux  sur  les  limites  des  États-Unis» 
ainsi  que  le  rapport  du  lieutenant  Wilkes  sur  son  ex* 
pédilion  »  lu  à  l'Institut  de  Washington  ;  et  vous  aves 
reçu  de  M.  le  major  Jervis  un  Rapport  sur  les  tenures 
(land  tenures)  de  Bombay  ^  et  un  Mémoire  géographt- 
qut  et  statistique  sur  le  Konkun  et  sur  la  côte  occidentale 
de  rinde,  et  plusieurs  autres  Notices  dont  il  est  l'au- 
teur, et  qui  ont  été  insérées  dans  les  jéctes  de  la  Société 
géographique  de  Bombay. 

Votre  Bulletin  mensuel  a  été  publié  riguliéremenlp 
et  le  comité  auquel  la  commission  centrale  en  a  confié 
la  rédaction  a  fait  tout  ce  qui  dépendait  de  lui  pour 
vous  tenir  au  courant  des  progrès  de  la  science ,.  en 
offrant  en  même  temps  de  l'intérèl.  Si  vous  le  voulez 
sérieusement,  messieurs,  votre  journal  en  acquerra 
chaque  jour  de  plus  en  plus,  et  il  pourra  devenir  avec 
le  temps  une  source   féconde  d'utiles  informations; 


(  6o5  ) 

j'allais  dire  une  autorité  presque  irrécusable.  Le  moyen 
est  facile  •  venez  en  plus  grand  nombre  à  nos  séances 
ordinaires  »  prenez  part  à  nos  discussions ,  ouvrez-nous 
vos  porte-feuilles ,  faites-nous  part  de  vos  observations. 
Les  communications  que  vous  nous  adresserez»  soyez* 
en  bien  convaincus  »  ne  seront  point  cachées  sous  le 
boisseau. 

Si,  depuis  la  fin  de  i84o,  époque  à  laquelle  a  paru 
le  sixième  volume  de  vos  Mémoires,  rien  n'a  été  im- 
primé dans  ce  recueil,  ce  n'est  pas  que  la  matière  ait 
manqué.  La  traduction  de  la  Géographie  d'Aboulfeda^ 
qui  devait  former  le  tome  VU,  avait  été  en  effet  termi- 
née par  le  savant  orientaliste  M.  Reinaud  ;  mais ,  faute 
de  fonds»  votre  commission  de  comptabilité  a  été  forcée 
d^ajourner  indéfiniment  la  publication.  C'est  par  le 
même  motif  que  nous  avons  dû  ne  pas  donner  suite 
au  projet  conçu  depuis  longtemps»  de  publier  le  dic- 
tionnaire berbère  du  docte  Venture  »  ouvrage  original, 
neuf,  et  relatif  à  un  dialecte  particulier  parlé  dans  les 
environs  d'Alger  »  à  Cherchell  et  ailleurs.  Des  démar- 
ches ont  été  faites  à  ce  sujet  pour  obtenir  une  subven- 
tion p  et  l'impression  en  partie  gratuite  à  l'imprimerie 
royale.  Nous  comptons  beaucoup  sur  l'intérêt  que 
porte  à  notre  Société  le  ministre  du  roi  que  vos  suf- 
frages ont  placé  à  sa  tète,  et  sur  l'appui  de  l'illustre 
maréchal ,  président  du  conseil. 

Des  documents  importants  sur  l'Amérique  centrale 
nous  ont  été  transmis  depuis  quelques  années  par 
M.  le  colonel  Juan  Galindo  ;  plusieurs  des  dessins  qui 
les  accompagnaient  ont  été  lithographies  ;  mais  nous 
n'avons  pu  continuer  celte  publication,  ni  commencer 
l'impression  du  texte.  Ce  que  je  viens  d'avoir  l'honneur 
de  vous  dire  plus  haut  me  dispense  de  vous  en  indiquer 
le  motif. 


{  6o6  ) 

Aussitôt  que  le  funeste  éYénement  qui  a  enlevé  à  la 
Société  le  contre-amiral  Dumontd'Urville»  dernier 
président  de  votre  commission  centrale,  est  parvenu  à 
la  connaissance  du  bureau»  il  s'est  empressé»  après 
vous  avoir  appelés  tous  à  lui  rendre  les  derniers  bon* 
neurs  »  d'ouvrir  une  souscription  pour  élever  un  mo  - 
nument  à  la  mémoire  de  l'illustre  navigateur.  Cette 
souscription,  à  laquelle  plusieurs  ministres  du  roi 
et  des  étrangers  distingués ,  parmi  lesquels  je  dois  citer 
M.  de  Demidoff.  qui  mérite  à  tant  de  titres  notre  re- 
connaissance ,  ont  bien  voulu  concourir»  a  produit  jus- 
qu'ici une  somme  de  l^,gio  francs.  Nous  avons  l'es- 
poir qu'elle  s'accroîtra.  Le  conseil  municipal  de  la  ville 
de  Paris  s'est  mis  aussi  au  rang  des  souscripteurs  en 
concédant  4  mètres  de  terrain  dans  le  cimetière  du  Sud 
pour  la  sépulture  de  d'Urville  et  de  sa  famille;  et  cette 
concession  faite  immédiatement  après  que  la  mort  de 
Tamiral  a  été  connue ,  une  ordonnance  royale  du  i6  oc- 
tobre l'a  approuvée.  Le  comité  du  monument»  choisi  par 
la  commission  centrale»  a  cru  devoir  s'adjoindre  M.  Vin- 
cendon-Dumoqlin •  ingénieur  hydrographe  de  la  ma- 
rine»  l'un  des  compagnons  de  Damont  d'Urville,  et  Von 
de  ses  plus  habiles  collaborateurs,  qui  jouissait  de  toute 
sa  confiance  et  de  son  estime.  Un  architecte  d'une  haute 
réputation»  U»  Gau»  auteur  d'un  Voyage  en  Nubie ,  et 
M.  Dantan,  sculpteur»  dont  le  talent  est  avantageuse- 
ment connu»  nous  ayant  offert  gratuitement  leurs  ser- 
vices, nous  les  avons  acceptés,  et  nous  noa9  sommes 
concertés  avec  eux.  Le  programme  du  monument  ar- 
rêté par  la  commission  leur  a  été  communiqué  pour 
avoir  leurs  observations»  et  déjà  les  travaux  du  caveau 
sont  terminés  ;  on  va  s'occuper  des  travaux  d'art. 

Malgré  la  pénurie  de  fonds,  l'impression  et  la  pu* 


(6o7  ) 

blicatioD  de  votre  bullelin  •  ainsi  que  j'ai  déjà  eu  occa- 
sion de  le  dire ,  n'ont  point  souffert  d'interruption  ; 
et»  si  nous  n'avons  pu  faire  pour  votre  bibliothèque , 
qui  commence  à  prendre  un  grand  développement» 
l'acquisition  de  plusieurs  ouvrages  importants  et  de 
quelques  cartes  remarquables  utiles  à  consulter  par 
les  membres  de  la  Société  t  et  par  les  étrangers  qui 
viennent  fréquemment  la  visiter»  la  libéralité  de  plu- 
sieurs des  ministres  du  roi  et  de  quelques  parti- 
culiers y   a  suppléé   en  partie»   et  a    rempli  bien 
des  lacunes.  Deux  recueils  qui   seraient  pour  nous 
d'une  haute  utilité»  les  Comptes  rendus  hebdomadaires 
des  séances  de  t  Académie  des  sciences  et  le  Journal 
des   sai^ants^   nous   manquent   encore.   Des   Acadé- 
mies et  des  Sociétés  françaises  et  étrangères ,  et  des 
savants  de  toutes  les  nations  »  dont  je  voudrais  pouvoir 
citer  tous  les  noms  •  enrichissent  chaque  jour  de  leurs 
dons  vos  collections,  qui  s'augmentent  aussi  par  des 
échanges.  Il  est  à  regretter  que  nous  ne  possédions 
pas  encore  certaines  publications  étrangères  i  relatives 
à  la  géographie  ;  que  d'autres  telles»  par  exemple,  que  le 
Journal  de  la  Société  de  géographie  de  Bombay  »  la  Rcifue 
trimestrielle  de  Flnstitut  historico^géographique  du  Bré^ 
sUj  etc.y  etc.^  ne  vous  parviennent  pas  toujours  régu- 
lièrement. Nous  aurons  à  aviser  aux  mesures  à  adop- 
ter pour  nous  procurer  les  publications  qui  nous  man- 
quent, et  pour  recevoir  plus  exactement  les  autres.  Il 
serait  enfin  à  souhaiter  que  l'Académie  impériale  de 
Saint-Pélersboinrg,  qui  a  la  bonté  de  nous  offrir  ses 
importants  mémoires,  voulût  bien  y  joindre»  comme 
complément»  \eB  comptes-rendus  de  ses  séances  ^  où  Ton 
trouve  tant  de  faits  géographiques  pleins  d'intérêt.  C'est 
un  vœu  que  je  me  permets  d'exprimer. 


(  6o8  ) 

La  sévère  économie  qui  a  dû  présider  à  Temploi  de 
vos  faibles  ressources  pécuniaires  ne  vous  a  point  em- 
pêchés de  donner  des  encouragements  aux  voyageurs 
qui  ont  contribué  aux  progrès  des  sciences  géographi- 
ques. Chaque  année  le  prix  annuel  pour  la  découverte 
la  plus  importante  en  géographie  a  été  distribué  ;  ce 
sont  MM.  Dease  et  Simpson  qui  ont  obtenu  en  i84«  la 
première  médaille  pour  leurs  découvertes  dans  TOcéan 
polaire  arctique ,  et  les  autres  se  sont  partagées  entre 
M.  W.  Schomburgk»  pour  son  exploration  de  la  Guyane 
anglaise  •  et  notre  intrépide  et  savant  collègue  H.  Arn. 
d'Abbadie  pour  ses  voyages  en  Abyssinia* 

Les  médailles  d'encouragement  pour  des  nivelle- 
ments barométriques  faits  sur  les  lignes  de  partage  des 
eaux  des  grands  bassins  de  la  France ,  dont  les  fonds 
ont  été  faits  par  notre  collègue»  M.  Perrot,  n'ont  point 
été  distribuées  depuis  quelques  années  faute  de  con- 
currentSy  ce  qui  doit  surprendre  lorsqu'on  connaît  le 
talent  et  le  zèle  de  nos  ingénieurs.  Outre  la  médaille 
annuelle  qui  sera  décernée  Tannée  prochaine  à  Tau- 
teur  de  la  découverte  la  plus  importante  faite  en  1 84o  • 
nous  devons  espérer  que  le  prix  fondé  par  feu  S.  A.  R. 
le  duc  d'Orléans  en  faveur  du  navigateur  ou  du  voya- 
geur dont  les  travaux  géographiques  auront  procuré  k 
la  France  ou  à  ses  colonies,  avant  le  i*^  ami  i843, 
la  découverte  la  plus  utile  à  l'agriculture»  à  l'industrie 
ou  à  l'humanité ,  cessera  enfin  d'être  prorogé. 

Vous pouvezhardiment  vous  dire,  messieurs,  qu'avec 
des  moyens  aussi  limités  que  ceux  dont  vous  dbposes, 
vous  avez  fait  tout  co  qui  était  humainement  possible 
pour  atteindre  le  noble  but  que  vous  vous  êtes  tracé. 
Dans  un  avenir  qui  n'est  pas  très  éloigné ,  le  goufer- 
nement  du  Roi,  convaincu  de  l'utilité  des  services  que 


(6o9) 

VOUS  êtes  appelés  à  rendre,  viendra»  n*en  doutez  pas, 
à  votre  secours  d'une  manière  assez  efficace  pour  vous 
mettre  en  état  d'en  rendre  de  plus  grands. 

Pendant  le  cours  de  celte  année,  vous  avez  entre- 
tenu des  liaisons  amicales  et  réciproquement  avanta- 
geuses» quoique  trop  peu  fréquentes  avec  les  Sociétés 
sœurs  fondées  à  votre  imitation  à  Londres,  à  Franc- 
fort ,  à  Bombay,  à  Berlin ,  en  Amérique  et  avec    des 
savants  de  toutes  les  parties  du  monde.  Ces  liens  se 
resserreront  de  plus  en  plus;  nos  communications  réci- 
proques deviendront  chaque  jour  plus  multipliées,  et 
grâce  À  nos  efforts  réunis,  le  temps  viendra,  je  l'es- 
père ,  où  toutes  les  portions  du  globe  seront  parfai- 
tement connues  et  décrites,  où  il  nous  restera  peu 
à  apprendre  sur  les  races  qui  les  habitent;  et  pour  me 
servir  des  expressions  de  Malle-Brun  .où   %  le  genre 
humain  aura  achei^é  de  connaître  sa   tleineiire  et  de  se 
connaître  lui-même.    })• 


(i)  Je  dois  reconnaitre  que  j*ai  dû.  d'utiles  communications  à 
MM.  le  baron  de  Derfelden  de  Hinderstein ,  de  Navarrete  ,  Reinça- 
num,  Vander  Maelen,  Thomas  Wright ,  à  M.  te  comte  Arrivabene, 
à  M.  de  Siebold,  à  un  jeune  littérateur  danois,  M.  Conrad  Roihe,  et  à 
quelques  autres  étrangers.  Des  SAvauts  français,  parmi  lesquels  je 
citerai  MM.  le  baron  Walckenaer,  le  vicomte  de  Santarem,  Jo- 
mard,  etc.,  ont  bien  voulu  mettre  à  ma  disposition  leurs  riches 
collections,  et  je  ne  saurais  trop  me  louer  é(>alement  de  Textréme 
obligeance  de  M.  le  lieutenant-général  Pelet ,  directeur  général  du 
dépôt  de  la  guerre.  J'ai  aussi  des  remerciements  à  adresser  à  MM.  Bo- 
blaye  et  Garette,  etc.,  etc.  ;  mais  c'est  à  M.  Daus«y ,  ingénieur-hy- 
drographe en  chef  de  la  marine  que  j'ai  ^  sans  contredit ,  les  plus 
grandes  obligations.  II  m'a  rendu  l'inappréciable  service  de  revoir 
avec  moi ,  et  de  revoir 'plusieurs  fois  tout  mon  travail ,  en  véritable 
ami,  qu'aucune  difficulté  ne  rebute,  et  de  m'a ider  de  ses  bons  avis. 
Si  mon  rapport,  qui  offrira  sans  doute  beaucoup  de  prise  k  la  criti- 
que ,  renferme  encore  des  lacunes,  si  on  a  à  lui  reprocher  de  graves 
imperfections,  et  certains  jugements  que  quelques  personnes  trou- 
veront peut-être  hasardés,  ces  déFaui;*,  dont  une  partie  est  prc's<iue 


(  6io  ) 


APPENDICE. 


DàVELQPPlilfENT  DB  LA   COLLECTION  «ÈOGRàPHlQUE  DE  LA 
BIBLIOTHEQUE  AOTALB   EN   l84S- 


Après  avoir  consacré  plusieurs  années  à  réunir  les 
cartes  récentes ,  le  conservateur  de  la  collection  géo* 
graphique  de  la  Bibliothèque  royale  s'est  efforcé ,  pen« 
dant  l'année  qui  vient  de  s'écouler,  de  l'enrichir  d'une 
autre  série  de  cartes  également  utiles  pour  la  complé- 
ter, c'est  à  savoir  les  bonnes  cartes  publiées  depuis  le 

inséparable  d'une  œuvre  semblable^  je  dois,  pour  être  juste  ,  en 
assumer  toute  la  responsabilité. 

Je  terminerai  cette  note  en  exprimant  mes  reg^rets  d*avoir  reçu 
trop  tard  pour  pouvoir  mentionner  à  sa  place,  le  rapport  de  Af .  U 
colonel  de  Puydt^  pour  faire  suite  à  la  collection  de  tous  les  docu' 
wents  relatifs  au  Guatemala^  formant  une  brochure  in-8  de  ao3  pa- 
ges accompagnée  d'une  Carte  du  district  de  Santo^Thomas  ^  État  de 
Guatemalay  à  l'échelle  de  1/480000,  d'une  Carte  particulière  du  p<nt 
de  Santo-ThomaSy  à  iVchelle  de  1/60000  et  en6n  d'une  petite  Carte 
de  t Amérique  centrale.  Je  dois  me  borner  à  dire  ici  qoe  ce  rapport 
renferme  des  faits  intéressants,  qu'il  relève  des  erreurs  géognphiqiMt 
échappées  à  Malte-Brun ,  à  Baibi ,  etc.;  et  que  son  auteur,  colonel  do 
génie ,  est  commissaire  spécial  du  gouvernement  bel^  près  l'Etat  de 
Guatemala  et  chef  de  la  commission  d'exploration  dans  l'ÂiDériqne 
centrale. 

En  parlant  des  ouvr.iges  pubhéssur  la  France,  j'ai  omis  de  citer 
une  brochure,  intitulée:  Diverses  enceintes  de  Bourses  y  extraite  des 
mémoires  joints  aux  travaux  topographiques  de  la  nouvelle  carte  de 
France.  M.  le  chef  d'escadron  detat-major  Saint-Hypolite ,  auquel  on 
la  doit,  y  a  joint  un  plan  de^  la  ville  de  Bourges  et  de  set  environs 
qu'il  a  adressé  lui-même  au  1  /aoooo. 

Enfin  ,  je  ferai  observer  qu'à  la  page  5oo  de  ce  rapport,  les  imprî^ 
meurs  ont  transposé  la  phrase  qui  commence  par  ces  mots:  ces  car- 
tes et  ces  plans....  revus  par  M.  de  Rrusenstern....,  et  qui  s'applique 
non  aux  cartes  levées  pur  le  gouvernement  japonais ,  mai*  aux  cartes 
«?t  plans  publiés  par  M.  dr  Siebold. 


(6,1  ) 

commencemenl  du  siècle.  La  dimiDution  des  publica- 
tions Doiivelles  pendant  la  présente  année  était  un 
motif  de  plus  pour  rectiercher  les  cartes  antérieures 
qui,  d'ailleurs,  manquaient  à  la  collection.  On  le  sait 
au  reste,  il  ne  faut  pas  croire  que  les  dernières  pu- 
blications soient  toujours  les  plus  exactes  et  les  meil- 
leures :  c'est  surtout  en  cartographie  qu'on  peut  recon- 
naître le  fait  contraire.  La  cause  en  est  évidente;  les 
éditeurs  de  cartes,  voulant  faire  servir  leurs  planches 
autant  que  possible,  se  bornent  trop  souvent  à  quelques 
faibles  changements  qui  allèrent  toute  l'économie  du 
dessin;  et,  par  exemple,  ils  font  un  mélange  d'itiné- 
raires imparfaits  avec  des  relèvements  géométriques; 
on  y  trouvera  des  positions  déterminées  astronomique- 
ment  d'après  les  nouvelles  découvertes,  à  côté  de  po- 
sitions purement  idéales.  C'est  encore  dans  la  partie 
orographique,  et  dans  l'hydrographie  continentale, 
qu'on  est  à  mènie  d'observer  combien  certaines  cartes, 
toutes  modernes,  sont  peu  satisfaisantes,  malgré  la 
prétention  des  rédacteurs  à  profiter  des  nouvelles  déter- 
minations. Sur  la  simple  description  d'un  voyageur, 
ils  tracent  presque  au  hasard  des  bassins  qui  n'existent 
pas,  et  supposent  quelquefois  des  plateaux  là  où  il  y  a 
dépression.  On  doit  bien  regretter  que  les  voyageurs 
se  dispensent  trop  souvent  d'accompagner  leurs  rela- 
tions d'une  esquisse  de  carte,  qui  préviendrait  sou- 
vent des  erreurs  grossières,  et  qu'ils  n'imitent  pasgéné- 
ralement  les  voyageurs  anglais,  qui  rarement  négligent 
de  tracer  leur  route.  Est-ce  chez  nous  défaut  d'une 
instruction  spéciale ,  ou  toute  autre  cause?  Quelque 
soille  motif,  il  faut  déplorer  un  oubli  qui  amène  toutes 
sortes  d'imperfections  sur  nos  caries.  Ceux-ci  estropient 
la  nomenclature,  ceux-là  vont  jusqu'à  changer  Toricn- 


(6i>  ) 

talion  d*uD  des  points  cardinaux  à  l'autre.  Cette  ques* 
tion  de  la  construction  des  cartes  modernes  deman* 
derait  à  fitre  traitée  ex  professa;  il  ne  s'agit  ici  que  de 
montrer  qu'il  est  certaines  cartes  du  siècle  dernier  qui 
sont  encore  préférables  à  celles  des  mêmes  pays  don- 
nées de  nos  jours,  et  qu'il  faudrait,  le  plus  souvent, 
se  borner  à  donner  des  monographies ,  des  études  to- 
pographiques locales.  Une  fois  ces  matériaux  réunis 
avec  le  temps,  c'est  alors  qu*on  pourrait  tenter  de 
bonnes  cartes  générales. 

Le  total  des  pièces  qui  sont  entrées  cette  année  dans 
le  cabinet  géographique  jusqu'au  mois  de  décembre 
s'élève  à  4y8o  :  elles  sont  classées  selon  cinq  grandes 
divisions,  comme  dans  le  rapport  de  l'année  dernière, 
savoir  :  I,  la  géographie  mathématique  ;  II,  les  cartes 
chorographiques  et  la  géographie  proprement  dite: 
III,  la  géographie  physique;  IV,  la  géographie  politi- 
que, etc.;  V,  la  géographie  historique. 

I.  La  première  grande  division  de  la  cartographie 
de  la  Bibliothèque  royale,  comprenant  la  géodésie, 
Thypsométrie  et  aussi  l'uranographie,  n'a  point  reçu 
de  productions  nouvelles  de  quelque  importance  ;  il 
faut  pourtant  faire  mention  d'un  atlas  d'astronomie 
populaire  par  Madler,  de  la  carie  de  l'éclipsé  totale 
du  soleil  en  1849  ,  et  de  l'atlas  des  phénomènes  céles- 
tes de  M.  G.  Dien ,  en  dix  cartes  parfaitement  exécu- 
tées ;  la  marche  des  planètes  y  étant  ti*acée  soigneuse- 
ment, et  tous  les  phénomènes  d'occultation  indiqués, 
c'est  une  facilité  donnée  aux  voyageurs  pour  le  calcul 
des  distances  horaires. 

Dans  l'article  de  la  géodésie  on  citera  une  nouvelle 
méthode  trigonomé trique  pour  mesurer  la  hauteur 
des  montagnes. 


(6.3) 

II.  Les  carlea  des  conlrées  et  régions  sont  toujours 
les  plus  nombreuses.  On  distingue,  avant  tout,  la  nou- 
Vi'lle  carte  de  France,  8  feuilles,  avec  le  tableau  des 
coordonnées,  la  suite  de  la  grande  chorograpliie  d'Ita- 
lie ,   parvenue  à  sa  69*  livraison;  la  belle  carte  du 
royaume  de  Sardaigne ,  qui  à  la  vérité  ne  fait  que  de 
commencer,  et  que  publie  M.  le  chevalier  de  Saluces  ; 
le  5*  volume  du  Pilote  français^  une  carte  delà  province 
du  Tyrol  en  6  feuilles  •  et  le  duché  de  Hesse-Darmstadt 
aussi  en  6  feuilles;  la  suite  des  cartes  officielles  du  grand- 
duché  de  liesse  et  du  grand-duché  de  Bade;  celle  de 
Tntlas  de  Hanovre  par  Papen  ;  deux  nouvelles  feuille» 
de  la  carte  chorographique  des  Etals  sardes  ;  une  carte 
d'Ecosse  par  Ainslie,  en  9  feuilles  ;  la  carte  de  Técueil 
qui  a  succédé  à  Tlle  Juliu  ;  latlas  topographique  de  la 
Hollande  ou  république  Batave,  en  6  feuilles;  TA- 
frique  du    nord-ouest;  les  nouvelles  cartes  de   TAU 
gérie  du  Dépôt  de   la  guerre;  la   carte  d'Afrique  de 
Mac  Queen;  la  régence  de  Tunis  d'après  M.  Falbe; 
8  feuilles  de  la  c&te  d'ouest  d'Afrique ,  et  4  feuilles  de 
la  carte  de  Chine  ,  par  Tamirauté  anglaise  ;  une  carte 
des  lies  Ioniennes  de  J.   Arrowsmith ,  1 840  ;  le  Kho- 
rasan  ,  par  Zimmermann  ,  1841  ;  une  carte  de  Khivah 
deJ.  Arrowsmith,   1841;  la  collection  des  cartes  de 
l'Inde,  données  par  M.  Tassin  à  Calcutta ,  au  nombre 
de  59;  une  carte  de  la  Jamaïque  de  J.  Arrowsmith; 
la   Guyane    anglaise,   par   Arrowsmith,    i843;   l'Ile 
Falkland,  d'après  Fitzroy  ,   par  Arrowsmith,    1841; 
4o  cartes  américaines,  de  Tanner  et  autres  géographes 
du  pays,   entre  autres  le  Mexique»   le  Texas,    des 
cartes  de  la  Floride,  de  Maryland,   Honduras  et  la 
Plata;  dans  l'OcéaniCy  6  feuilles  de  l'Australie,  avec 
les  détails  de  quatre  de  ses  ports;  plusieurs  cartes 


(  6i4  ^ 
(le  la  Nouvelle-Zélande,  publiées  par  Arrowsmith  el 
Wyld ,  telles  que  le  port  et  la  ville  d'Aukland.  On  doit 
rnenlionner  aussi  de  beaux  plans  de  ville,  de  Moscou  , 
Kœnigsberg,  Spa,  Dlm,  Wiesbaden  ,  Vienne,  Ofen , 
•Peslh.  etc. 

Parmi  les  caries  plus  anciennes  y  citons  grand  nom- 
bre de  cartes  manuscrites  sur  Saint-Domingue .  se  rap- 
portant à  Tépoque  de  la  révolution  ;  on  y  remarque  le 
plan  d'une  nouvelle  ville  tracé  par  le  fameux  Toussaint 
Louverture;  1 8  feuilles  de  différents  États  de  TUnion» 
avec  un  atlas  spécial  pour  la  Caroline  du  sud  ;  le 
Mexique  avec  l'Amérique  centrale,  de  Laurie»  i858; 
Fredonia,  c'est-à-dire  les  Ëtats-Cnis  d'Amérique,  pu- 
bliés par  le  même,  1 84a; les  embouchures  de  rHoo- 
gly,  en  2  grandes  feuilles,  par  Benj.  Lacam,  Londres» 
1840  ;  la  carte  du  cours  de  l'Haouach  ,  par  H.  Rochet- 
d'IIéricourt;  l'ileChusan,  et  Âmoy,  s  feuilles. 

La  collection  des  cartes  récentes  du  Dépôt  de  la  ma* 
rine,  en  58  pièces;  les  Miellés  et  laisses  de  mer,  dans 
leCotentin,  en  100  feuilles  manuscrites,  à  trèsgrande 
échelle ,  travail  qui  est  très  ancien ,  et  qui  peut  servir  à 
reconnaître  les  changements  qui  se  sont  opérés  depuis 
un  siècle;  les  embouchures  de  l'Elbe  et  du  Weser,  par 
Wollmann  etSchuback,  Hambourg,  i85i,  une  grande 
feuille;  la  Moravie,  par  Brûnn,  les  trois  premières 
feuilles;  sept  cartes  du  Piémont  et  des  Etats  Sardes; 
plusieurs  comtés  de  l'Angleterre  et  de  l'Ecosse,  entre 
autres  Kent  en  96  feuilles,  Lincoln  et  Buckingham, 
en  19  feuilles.  On  a  reçu  deux  belles  cartes  récentes 
de  la  Finlande  et  de  l'Ile  Aland ,  offertes  à  la  Biblio- 
thèque royale  par  le  pasteur  Sadelin  :  il  est  probable 
que  si  l'existence  du  cabinetgéographique  de  la  Biblio- 
thèque royale ,  et  la  destination  qu'il  a  de  former  un 


(  6i5  ) 

dépôt  central  et  une  collection  complète  de  cartes  an- 
ciennes et  modernes  ouvertes  à  l'étude  tous  les  jours 
et  à  chacun  ,  indigène  ou  étranger»  était  plus  connue , 
l'exemple  de  M.  le  pasteur  Sadelin  serait  imité  et 
suivi  dans  toute  l'Europe. 

III.  Parmi  les  cartes  physiques  récentes,  les  livraisons 
de  Y  Atlas  physique  de  Berghaus  jusqu'à  la  g*Ja  Carie 
géognostique  de  la  Saxe  en  so  feuilles,par  la  chambre  ca- 
dastrale, 1840;  la  Carte  géognostique  de  la  Grèce ^  par 
Fiedier,  1840,  et  surtout  la  grande  Carte  géologique  de 
France^  en  6  feuilles  atlantiques,  par  MM.  Élie  de 
Bcaumont  et  Dufresnoy,  dont  l'apparition  a  fait  ou- 
blier suns  peine  le  temps  qui  s'était  écoulé  depuis 
qu'on  l'attendait  :  ouvrage  des  plus  importants  et  qui 
ne  craint  point  le  parallèle  avec  la  belle  Carte  géolo- 
gique dC Angleterre  de  Greenough. 

On  s'occupe  beaucoup  depuis  quinze  ans  de  la 
communication  de  l'océan  Atlantique  avec  la  mer 
du  Sud,  depuis  que  l'on  a  reconnu  l'insuffisance, 
ou  plutôt  l'impossibilité,  sous  le  rapport  commercial, 
du  passage  du  nord-ouest.  Bien  que  la  plupart  des 
bons  esprits  aient  donné  la  préférence  à  la  voie  du  lac 
Nicaragua  dans  l'Amérique  centrale  sur  les  deux  ou 
trois  autres  lignes  proposées,  on  n'est  guère  plus  avancé 
à  cet  égard  qu'il  y  a  un  siècle;  personne  n'ignore  que 
le  baron  de  Humboldt  a  exprimé  son  opinion  nette- 
mentsurl'avantaged'établircette  communication  parla 
rivière  San-Juan,  le  grand  lac  Nicaragua  etle  lac  Léon» 
qui  arrive  à  quelques  lieues  de  l'océan  Pacifique.  Ce  n'est 
pas  le  lieu  de  discuter  cette  question;  nous  voulons  seu- 
lement indiquer  une  carte  dressée  avant  1791,  pour 
établir  l'avantage ,  la  possibilité  et  la  facilité  du  passage 
d'une  mer  à  l'autre ,  par  ce  même  lac  et  cette  même 


1 616  ) 

rivière  ;  cette  carie  et  le  mémoire  de  H.  Martin  de  la 
Bastide ,  auteur  du  projet ,  étaient  des  pièces  assez 
curieuses  pour  être  accueillies  dans  le  cabinet  géogra- 
phique de  la  bibliothèque  royale  ;  on  peutlescomparer 
au  travail  de  M.  Laborde,  qui  adopta  »  à  peu  près  à  la 
même  époque ,  l'idée  de  M.  Martin  de  la  Bastide,  dans 
son  Histoire  abrégée  des  vajrages  de  la  mer  du  Sud  avec 
atlas,  1791- 

Une  autre  carte  ancienne ,  pour  un  canal  moins  im* 
portant,  mais  du  moins  curieux  pour  Thistoire  des 
canaux  français,  est  celle  du  Canal  royal  de  Paris^  qui 
est  aujourd'hui  réalisé  dans  les  canaux  de  l'Ourque. 
et  Saint-Martin. 

Les  cartes  et  atlas  géologiques  et  géographiques  ac- 
quis par  la  Bibliothèque  royale ,  en  outre  de  celles  qui 
précèdent ,  sont  :  la  Carte  géognostique  du  RAeinland , 
en  3  grandes  feuilles»  par  Oeynhauser,  etc.,  iSaS , 
la  Carte  géognostique  de  l'Oural  et  de  V Altaï ^  d'a- 
près Rose ,  Humboldt  et  Ehrenberg  ;  celle  du  cercle 
de  Manhartberg,  par  Holger,  i84i  ;  la  Carte  géo^ 
logique  des  environs  de  Philadelphie,  par  TroosI, 
i8a6,  la  Géologie  de  Léonhardt;  la  Géographie  des 
plantes ,  par  Scbow ,  1 8a3 ,  fait  partie  des  cartes  phy- 
siques, ainsi  qu'une  grande  Carte  magnétique  par 
H.  Barlow. 

IV.  Au  premier  rang  des  cartes  de  géographie  sta- 
tistique ,  nous  placerons  la  Cfirte  frontière  annexée  à  la 
dernière  convention  pour  nos  limites  sur  le  Rhin,  re- 
marquable pour  la  beauté  d'exécution  comme  pour  la 
grandeur  :  cette  carte  n'a  pas  moins  de  g  mètres;  en- 
suite une  nouvelle  Carte  des  chemins  de  fer  et  des  canaux 
d'Angleterre^  une  carte  semblable  pour  la  Pensylvanie, 
la  Ckirte  des  bateaux  à  vapeur  atlantiques  y  de  Wild,  1 84*  ; 


(6i7  ) 
une  Carte  générale  de  la  navigation  h  vapeur^  par  Mogg, 
1 84 1  ;  Isi  Carte  ecclésiastique  de  la  Bavière  et  celle  du  du- 
ché de  Schleswig;  l* Europe  ethnographique ,  1"  carie 
de  Tatlas  ethnographique  de  M.  Oher  Muller. 

Parmi  les  caries  ethnographiques»  slatisiiques  et 
administratives  »  la  collection  a  reçu  8  cartes  frontiè- 
res offertes  en  don  à  la  Bibliothèque  royale  par 
H.  Albert  Gallatin  (  l'ancien  ministre  plénipotentiaire 
des  États-Unis  en  France),  et  relatives  aux  limites 
disputées  entre  la  république  et  la  Grande-Breta- 
gne; deux  cartes  dressées  par  notre  administration 
des  postes»  nécessaire  pour  ce  service,  qui  est  de* 
venu  colossal;  une  Carte  des  anciennes  Jtvntières  de 
la  république  française ^  en  sg  feuilles;  il  faut  surtout 
faire  mention  de  deux  Cartes  commerciales  et  agricoles 
sur  rinde,  en  1 4  feuilles ,  faites  à  Calcutta  par  M.  Tas- 
sin;  Tune  pour  la  culture  de  l'indigo,  du  sucre  et  de 
la  soie,  l'autre  pour  la  culture  du  thé  dans  l'Assam 
supérieur;  enfin ,  de  la  carte  ecclésiastique  de  Bavière , 
par  G.  Mayr ,  i8/|i. 

V.  Les  caries  historiques  et  la  géographie  ancienne 
comptent  principalement  V Atlas  historique  de  la  Hel- 
ladeet  des  colonies  helléniques,  en  s4  feuilles,  par 
H.  Kiepert,  Berlin ,  1841  ;  deux  Cartes  du  théâtre  ac- 
tuel de  la  guerre  dans  l^ Afghanistan  ,  la  5*  partie 
de  l'édition  de  Ptolémée,  par  Wilberg  et  Grashof , 
184s.  Cette  branche  comprend  les  voyages  nouveaux, 
ou  anciens,  accompagnés  de  cartes  qu'on  ne  pourrait 
se  procurer  séparément.  Nous  citerons  un  Voyage  en 
Romélicy  en  3  volumes;  un  Voyage  de  Kachemire ,  par 
Vigne. 

Il  faut  ajouter,  pour  les  cartes  des  voyages,  les 
cartes  historiques  et  le  théâtre  de  la  guerre,    1*  un 

XVIII.    DÊGEMBRS.     l5.  4o 


(  6t8  ) 

assez  grand  nombre  de  voyages  avec  cartes  anciennes 
et  modernes,  tels  que  les  voyages  de  Valentia,  Sait, 
Mungo-Park ,  etc. ,  dans  Tlnde ,  en  Abyssinie ,  dans  la 
Sénégambie  ,  etc.  •  les  derniers  voyages  à  l'Oural ,  les 
voyages  dans  l'Afrique  supérieure  ;  le  voyage  du  capi- 
taine de  la  marine  égyptienne  Sélim  à  la  recherche  des 
sources  du  fleuve  Blanc;  le  théâtre  de  la  guerre  actuelle 
en  Chine  et  au  nord- ouest  de  Tlnde.  A  cette  branche 
se  rapportent  trois  grandes  cartes  originales  manus- 
crites, d'un  beau  travail,   exécutées  à  Malte  même 
en  Tan  vu  et  Tan  viii,  pendant  Toccupalion  françabe, 
et  qui  font  voir  la  position  des  assiégeants ,  à  Malte  et  à 
Goze  ;  dans  la  géographie  ancienne ,  l'édition  de  la 
table  de  Peutinger  par  Ratansick ,  publiée  à   Bude. 
Une  sixième  branche  embrasse  les  pièces  qui  n'en- 
trent pas  dans  les  divisions  précédentes;  ces  diiTé- 
renlcs  espèces  de  productions  géographiques  consis- 
tent dans  des  cartes  d*une  espèce  particulière ,  telles 
que  V Atlas  typographique  de  M.  Raffelsberg  de  Vienne, 
tout  à-fait  remarquables  pour  l'exécution  et  la  netteté , 
pouvant  s  imprimer  en  toutes  sortes  de  langues  (i)  ; 
les  dictionnaires  et  les  catalogues  géographiques;  les 
recueils  périodiques  consacrés  à  la  géographie  et  aux 
cartes,  etc.  Cette  partie  s'est  enrichie  de  la  Géographie 
statistique  du  duché  de  Saxe*Altenburg,  parFrommelt» 
du  Dictionnaire  du  grand-duché  de  Bade,  les  9  pre- 
mières livraisons  par  Huhn,  1841*  Le  dictionnaire  géo- 
graphique publié  par  M.  Edouard  Biot  mérite  une  men- 
tion toute  spéciale  ;  c*esl  un  ouvrage  neuf  en  son  genre 
et  dont  le  mérite  est  bien  au-dessus  de  celui  de  Tà-pro 
pos.  L'utilité  des  dictionnaires  spéciaux  mérite  qu'on 

(1]  M.  F.  Didot  avait  donné  une  carte  typo(vraphiqae  de  la  France 
il  y  n  trente  ans.  Cet  essai  n*a  pas  eu  de  suite.  Ou  en  conoait  quire* 
01  uni  en  t  au  \vi«  sicile 


(6>9) 
leur  donne  ici  le  premier  rang;  nous  mentionnerons 
le  Dictionnaire  géographique»  topographique,  etc., 
de  la  Bavière»  par  Seibert»  Munich,  i84o;  un  autre 
d'Eisenmann ,  Erlangen ,    1 84o ,   a   vol.  ;  le  Diction- 
naire de  la  Souabe,  Ulm,    ]84o,  a  vol.;   le  duché 
de  Styrie,  Leipzig,  in-S*",  i84o;  le  Dictionnaire  géo- 
graphique et  historique  de  Bretagne,  par  Ogée  ;  le 
Dictionnaire  maritime  espagnol  ;  le  Dictionnaire  des 
Deux-Siciles,  parRepetti;  d'autres  Dictionnaires  géo- 
graphiques et  statistiques  des  Deux-Siciles«  par  Mas- 
triani ,  et  par  Ortolani;  le  Dictionnaire  topographique 
de  l'Irlande,  par  Lewis,  iSSy,  2  vol.  in-4«,  et  un 
allas. 

Il  parait  en  Allemagne ,  depuis  quelque  temps ,  un 
journal  de  géographie  ,  intitulé  :  ZeUschnft  der  Erd^ 
kunde,   etc.,  par  M.  Ludde,  et  le  Kartenfreund  ;  les 
Annales  de   Berghaus  so  continuent  à  Breslau.    Les 
Sociétés  géographiques  de  Londres  et  de  Berlin  con- 
tinuent leurs  recueils  périodiques;  on  attend  toutefois 
la  suite  du  tome  XI  du  journal  de  la  première.  Des  ou- 
vrages dogmatiques  ont  paru  aussi  en  Allemagne,  cette 
terre  classique  de  la  géographie  (car  ce  titre  lui  appar- 
tient légitimement)  ;  c'est,  par  exemple,  Touvrage inti- 
tulé: Die  Melhodik  der  Erdkunde  ^  par  M.  Ludde  y  in-8'', 
i84a.  —  Une  des  premières  places  appartient  aux  ^/e- 
ments  de  géographie  de  H.  Berghaus  ^  embrassant  en  5 
livres  toutes  les  branches  de  la  science  ;   7  livraisons 
ont  paru  ;  l'ouvrage  en  contiendra  9  ou  10;  la  géogra- 
phie mathématique  et  la  géographie  physique  y  sont 
traitées  avec  développement.  Citons  encore  la  Russie, 
par  Th.  Bulgarin,  renfermant  une  partie  historique  et 
une  partie  de  géographie  statistique ,  4  volumes  ;  le  Ma* 
nuel  de  statistique  universelle ,  de  W.  Schubert,  dont 
â  volumes  ont  déjà  paru  à  Koenigsberg;  la  Statis- 


(  fiso  ) 
ligue  des  Étais  autrichiens ,  par  Springer  »  Vienne , 
1840;  l'Afrique  de  Dapper,  et  un  assez  grand  nom- 
bre de  descriptions  qui  »  bien  qu'anciennes  »  ont 
encore  du  prix  ppur  l'histoire  de  la  science;  des 
traités  scientifiques,  tels  que  le  Système  de  géogra- 
phie ancienne  et  moderne  de  Playfair;  le  Catalogue 
des  cartes  et  ouvrages  de  géographie  faisant  partie 
des  diverses  bibliothèques  de  la  marine ,  formant  le 
troisième  volume  du  Catalogue  général.  On  a  acquis 
5i8 cartes  manuscrites  ou  imprimées  de  la  collection 
qu'avait  formée  le  général  du  génie  Valazé ,  et  encore 
des  cartes  manuscrites  fort  curieuses ,  faites  pour 
Louis  XV,  et  qui  représentent  Marly  et  Saint-Germain 
à  cette  époque  :  Tezécution  précieuse  de  ces  cartes  en 
fait  de  véritables  miniatures,  des  chefs-d'œuvre  de 
dessin. 

On  a  lieu  d'espérer  qu'indépendamment  des  fonds 
modiques  affectés  annuellement  à  la  collection  de  la 
Bibliothèque ,  des  dons  généreux  viendront  Taccroitre 
gratuitement ,  et  hâteront  le  moment  où  elle  pourra 
rendre  de  réels  services.  Plus  le  temps  s'écoule ,  plus 
on  regrette  vivement  que  l'on  ne  donne  pas  une  impul- 
sion plus  grande  et  plus  rapide  à  une  institution  dont 
l'utililé  ne  pouvait  se  contester  en  aucun  temps ,  el  qui 
est  devenue  d'une  nécessité  indispensable.  N'est-41  pas, 
en  effet,  urgent  d'avoir  un  dépôt  central  et  complet  des 
productions  et  des  notions  géographiques,  aujourd'hui 
surtout  que  la  solution  des  questions  d'administration 
publique  repose  en  grande  partie  sur  la  connaissance 
exacte  du  sol,  de  sa  configuration ,  de  son  relief,  de 
ses  productions  et  de  sa  population  ?  Ne  voit-on  pas 
que  le  défaut  d'instruction  géographique  est  ce  qui  a 
retardé  le  plus  les  progrès  de  notre  commerce  ;  que  la 
prospérité  commerciale  de  l'Angleterre  a  crû  en  raison 


(6«i  ) 

de  rexlension  des  connaissances ,  enfin  que  Tcsprit 
de  découverles  ne  peut  prendre  son  essor  que  par  le 
progrès  des  études?  II  est  tecùps  de  Consacrer  à  la  col- 
lection de  la  Bibliothèque  royale  des  ressources  plus 
étendues,  et  un  local  digne,  convenable,  c'est-à-dire 
vaste  et  commode,  pour  que  Idpdblio  puisse  jouir  des 
richesses  qui  y  sont  déjà  rassemblées. 


CoMPTE-B£if  DU  (les  Recettes  et  (les  Dépenses  de  la  Société 
pendant  Vexercice  1841*1842. 


Recettes. 

Reliquat  du  compte  de  1840-1841  ; 
intérêts  des  fonds  placés  ;  souscription 
du  Roi;  renouvellement  des  souscrip- 
tions annuelles  et  produit  des  diplô- 
mes délivrés  aux  nouveaux  mem- 
bres ;  vente  du  Recueil  des  Mémoires 
cl  du  Bulletin 10,612'  S;** 

Dépenses. 

Frais  d'agence,  d'administration , 
de  loyer;  impression  du  Bulletin  et 
gravure  des  planches  ;  médailles  dé- 
cernées en  1849 8,49^     87 


En  caisse  le  3o  décembre  1 84 1  •       2,119    7^ 

Plus,  une  inscription  de  600  fr.  de 
rente  5  p.  100. 

Certifié  par  le  Trésorier  de  la  Société  et  approuvé  par 


r  /Issemblée  générale. 


Signé  Ghapellieb. 

Paris ,  le  3o  décembre  1842. 


(  6aa  ) 


DEUXIEME    SECTION. 


^« 


Actes  de  la  Société. 

» 
EXTRAIT  DES  PROCÈS- VERBAUX   DES  SÉANCES. 


PRÉSIDBNCB    DB    M.    JOMiED. 


Séance  du  a  décembre  i84s« 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  el 
adopté. 

M.  Casimir  Guérin  adresse  ses  remerciements  à 
la  Société ,  qui  vient  de  l'admettre  au  nombre  de  ses 
membres. 

M.  Peter  Waren  Dease  écrit  de  Montréal ,  le  aS  oc- 
tobre i84<  ,  pour  remercier  la  Société  de  la  médaille 
d'argent  qu'elle  a  bien  voulu  lui  décerner  ainsi  qu'à 
son  infortuné  compagnon  de  voyage  M.  Simpson  pour 
leurs  découvertes  dans  les  mers  arctiques.  M*  Dease  a 
reçu  avec  la  plus  vive  reconnaissance  cette  honorable 
marque  de  distinction  ,  et  les  suffrages  de  la  Société 
sont  pour  lui  la  plus  précieuse  récompense  des  tra- 
vaux et  des  fatigues  de  sa  périlleuse  exploration. 

M.  de  Barruel-Beauvert  écrit  à  la  Société  pour  lui 
annoncer  son  prochain  départ  pour  l'Amérique  cen- 
trale, où  il  se  rend  avec  une  mission  du  Muséum 
d'histoire  naturelle ,  et  aussi  avec  la  qualité  de  direc- 
teur de  deux  établissements  agricoles  situés  dans  les 
États  de  Gostarica  et  de  Nicaragua.  M.  de  Barruel 
offre  son  concours  actif  à  la  Société,  et  promet  de  lui 


(  625  ) 

fournil'  des  rcnseigncmci>4s  géographiques  ,  histori- 
ques et  archéologiques  sur  cette  partie  du  Nouveau- 
Monde  placée  entre  la  Colombie  et  le  Mexique,  la  mer 
du  Sud  et  la  mer  des  Antilles.  La  Commission  centrale 
accepte  avec  empressement  les  offres  de  M.  de  Bnr- 
reul ,  et  lui  vote  des  remerciements. 

M.  le  général  de  Tcheffkine^  chef  d'état-major  du 
corps  des  ingénieurs  des  mines  en  Russie»  adresse  à  la 
Société,  par  ordre  de  S.  £.  le  comte  de  Cancrine  ^  mi- 
nistre des  finances,  un  exemplaire  de  Y  Annuaire  magné^ 
tique  et  météorologique^  publié  par  l'administration 
impériale  des  mines. 

.  M.  le  comte  de  Gr&berg  de  Hemso  adresse  à  la  So- 
ciété deux  opuscules;  le  premier  en  son  nom  ,  sous  le 
lilre  de  :  Degli ultimi progessi  délia  geografm  pour  1 84 1  » 
et  le  second ,  au  nom  de  M.  Ranuzzi,  sous  le  titre  de  : 
Intomo  allô  stato  attualle  délie  nostre  cognizioni orogra^ 
fiche» 

MM.  Adrien  Cochelet  et  d'Avezac  font  hommage  à  la 
Société  pour  sa  bibliothèque^  le  premier  du  Diario  his" 
torico  del  ultimo  viage  que  hizo  M*  de  la  Sale  para  des- 
cubrir  el  desembocade/v  y  curso  del  Missicipi;  le  second 
d'un  exemplaire  de  V Histoire  de  la  grande  ile  Madagas* 
car ,  composée  par  le  sieur  de  Flacourt, 

M.  le  Président  offre,  de  la  part  de  M.  Gaultier 
d'Arc ,  une  vue  des  lies  Columbrettes. 

La  Commission  centrale  vote  des  remerciements  aux 
donateurs  ,  et  ordonne  le  dépôt  de  leurs  ouvrages  à  la 
bibliothèque. 

M»  Jomard  donne  communication  de  trois  lettres 
qu'il  a  nouvellement  reçues  au  sujet  du  second  voyage 
de  Selim  Bimbachi  à  la  découverte  des  sources  du 
Bahr-el-Abiad.  La  première  est  de  M.  d'Arnaud ,  le 
voyageur   français   qui    accompagnait    rexpédtUon  » 


(  6a4  ) 

ainsi  que  M.   Sabatier;  la  deuxième  de  M.  Gaultier 
d*Arc,  consul-général  de  France  en  Egypte;  la  troi- 
sième de  M.  le  D'  Perron,  orientaliste»  directeur  de 
l'école  médicale  du  Caire.  Il  ajoute  quelques  obserra^ 
lions  sur  les  résultats  de  cette  expédilion,  qui  a  atteint 
le  4**  degré  4^'  ^^  latitude  N. ,  sans  qu'on  ait  aperça 
les  montagnes  de  la  Lune ,  et  qui  a  fait  découvrir  des 
peuplades  remarquables  sous  le  rapport  des  races  • 
des  mœurs  et  des  usages.  La  môme  lettre  annonce  que 
MM.  Feret  et  Galinier»  oiBciers  d'état*major  envoyés 
en  Abyssinie  par  le  gouvernement  français,  sont  de 
retour  au  Caire  depuis  quelques  jours;  ils  ont  rempli 
complètement  la  mission  dont  ils  étaient  chargés. 
M.  Blondeel  Van  Cuellebroecke ,  consul  belge,  en- 
voyé aussi  en  Abyssinie  par  son  gouvernement ,  et  qui 
y  éiait  entré  par  Moussava ,  est  revenu  en  même  temps 
que  M.  d'Arnaud.  M.  le  D'  Perron  annonce  également 
le  relour  de  M.  Thibaut ,  chargé  d'une  mission  par  le 
vice-roi.  M.  Thibaut,  qui  a  voyagé  chez  les  Schlouks 
et  chez  d'autres  peuplades  voisines ,  est  un  homme 
précieux  pour  les  voyages  dans  ces  contrées  éloignées. 
Enfin ,  M.  Bell ,  jeune  Anglais ,  qui  a  couru  les  plus 
grands  dangers  en  Abyssinie  ,  est  aussi  de  retour  au 
Caire.  Ces  diverses  communications  sont  renvoyées  au 
comité  du  Bulletin. 

M.  Jomard  annonce  qu'il  a  fait  une  Notice  sur  les 
nouvelles  cartes  en  relief  de  M.  Baucr  Keller  et  sur  les 
tartes-  rdief  en  général  :  le  temps  ne  permet  pas  d'en 
donner  lecture. 

M.  de  la  Roquette  lit  pour  M.le  colonel  Corabceof  la 
première  partie  d'un  rapport  sur  la  nouvelle  carte  to- 
pographique des  États  continentaux  de  S.  M.  le  roi  de 
Sardaigne,  publiée,  sous  la  direclion  de  M.le  général 
chevalier  de  Suluces,  par  le  corps  royal  d'état-major 


(  CaS  ) 

sarde.  Renvoi  de  ce  rapport  au  comité   du  Bulletin. 

Le  même  membre  exprime  le  désir  de  voir  les  cor- 
respondants donner  plus  d'activité  à  leurs  relations 
avec  la  Société.  On  demande  qu'il  leur  soit  adressé  à 
cet  effet  une  circulaire.  La  proposition  est  adoptée. 

La  Commission  centrale  décide  ,  sur  la  proposition 
de  M.  le  Président,  que  Téloge  de  M.  le  contre-amiral 
d'Urville  sera  prononcé  dans  la  séance  générale  du 
mois  de  mars  prochain. 

Il  est  rendu  compte  de  Tétat  de  la  souscription  au 
monument  ;  elle  s'élève  au  présent  jour  à  la  somme  de 
4,81 5  fr.  5o  cent. 

M.  le  Président  annonce  que  le  Bureau  s'occupe 
de  la  séance  générale  qui  doit  avoir  lieu  dans  le  cou- 
rant de  décembre  ,  sous  la  présidence  de  M.  le  minis- 
tre de  l'agricullure  et  du  commerce.  Outre  le  discours 
d'ouverture  de  M.  le  Président  et  la  Notice  annuelle 
des  travaux  de  la  Société  et  des  progrès  de  la  géogra- 
phie par  M.  de  la  Roquette  ,  plusieurs  voyageurs  se 
proposent  de  faire  des  communications.  M.  Duflot  de 

Mofras ,  entre  autres ,  lira  un  fragment  de  son  voyage 
en  Californie ,  au  Rio  Colombia  et  sur  la  cdle  nord- 
ouest  de  l'Amérique. 

Séance  du  i&  décembre  1842. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et 
adopté. 

M.  le  baron  de  Derfelden  de  Hinderstein  écrit  h  la 
Société  pour  lui  annoncer  l'envoi  des  feuilles  4  et  8 
de  sa  carte  des  Indes  orientales.  Les  feuilles  5  et  6»  qui 
compléteront  ce  grand  travail,  seront  publiées  inces- 
samment. 

M.  Jomard  met  sous  les  yeux  de  l'assemblée  une  es- 
quisse de  carte  qu'il  a  tracée  pour  aider  à  suivre  les 


(  6  0  ) 

deux  premiers  voyages  du  capitaine  de  frégate  égyp- 
tien Selim  Bimbachi  à  la  découverte  des  sources  du 
Nil  ;  il  rappelle  que  deux  voyageurs  français,  M.  d*Ar- 
naud  et  M.  L.  Sabatier  »  étaient  associés  au  second 
voyage  ,  et  qu'ils  en  ont  rapporté  des  observations  géo- 
graphiques pleines  d'intérêt. 

Le  même  membre  présente  deux  documents  qui  lui 
ont  été  adressés  du  Caire  par  M.  Chedufau,  ancien 
médecin  eu  cbef  de  l'armée  égyptienne  en  Arabie  ; 
l'un  est  une  carte  de  l'Acyr  et  d*une  partie  de  l'IIed- 
jar,  dressée,  d'après  les  matériaux  de  M.  Cbedufau. 
par  MM.  Galinier  et  Feret ,  officiers  d'état-major; 
l'autre  un  Mémoire  succinct  sur  la  construction  de  la 
carte,  avec  des  observations  sur  les  provinces  de  l'Ara- 
bie qui  y  sont  comprises.  Il  lit  ensuite  la  traduction 
faite  par  M.  Fresnel  d'un  conte  galla,  avec  des  réflexions 
de  l'auteur  sur  les  métamorphoses  éthiopiennes.  Ces 
diverses  communications  sont  renvoyées  au  comité  du 
Bullelin. 

M.  le  Président  appelle  ensuite  l'attention  de  la 
Commission  centrale  sur  la  nécessité  de  s'occuper  en* 
fin  d'ane  table  des  matières  pour  la  collection  du  Bul- 
letin. Ce  recueil  périodique  se  compose  aujourd'hui, en 
effet,  de  38  volumes  qui  renferment  de  très  nombreux 
et  précieux  documents,  presque  perdus  aujourd'hui 
faute  de  répertoire  ,  et  il  demande  que  l'exécution  de 
cette  table  soit  adoptée  en  principe  ,  et  que  la  ques- 
tion soit  renvoyée  au  comité  du  Bulletin  pour  propo- 
ser le  mode  à  suivre.  Cette  proposition ,  vivement  ap- 
puyée par  plusieurs  membres,  est  adoptée  à  l'unani- 
mité. 

La  souscription  au  monument  d^Urville,  dont  il  est 
rendu  compte  par  M.  le  Président,  s'élève  aujourd'hui 
à  la  somme  de  ^,{,00  h\  5o  cent. 


(  627  ) 

M.  Duflot  de  Mofras  donne  lecture  d*un  fragment  de 
son  voyage  en  Californie ,  qu'il  destine  pour  rassem- 
blée générale  du  3o  décembre. 

M.  le  Président  annonce  que  M.  Gay  a  préparé  pour 
la  séance  générale  une  Notice  sur  son  dernier  voyage 
au  Chili  et  à  Cusco. 

Assemblée  générale  du  3o  décembre  1842. 

.  La  Société  de  géographie  a  tenu  sa  deuiièrae  as- 
semblée générale  annuelle  le  vendredi  3o  décem- 
bre 18429  à  llIôtel-de-Ville ,  sous  la  présidence  de 
M.  Gunin  Gridaine.  ministre  de  l'agriculture  et  du  com- 
merce. L'assemblée  comptait  un  grand  nombre  de  sa- 
vants et  de  personnages  du  distinction»  entre  autres 
M.  le  baron  Van  der  Cappellen,  ancien  gouverntnir- 
général  des  Indes  néerlandaises,  et  plusieurs  consuls 
français  et  étrangers.  On  y  remarquait  aussi  la  fille  du 
célèbre  géographe  major  Rennell,  lady  Rood,  qui  a 
publié  de  nouvelles  éditions  des  ouvrages  de  son  père , 
ainsi  que  ses  œuvres  inédiles. 

M.  le  Président  a  ouvert  la  séance,  et  dans  un  dis- 
cours écouté  avec  une  vive  attention ,  il  a  considéré  la 
géographie  dans  ses  rapports  avec  la  prospérité  de  nos 
relations  politiques  et  commerciales,  et  avec  les  pro- 
grès de  la  civilisation.  M.  le  ministre  s'est  félicité  de 
pouvoir  seconder  les  efforts  de  la  Société  pour  le  pro- 
grès des  découvertes ,  en  appelant  l'attention  du  gou- 
vernement sur  ses  utiles  travaux ,  et  entre  aulres  sur 
la  publication  du  Dictionnaire  et  de  la  grammaire 
berbère  de  Venture. 

M.  le  secrétaire  a  lu  le  procès-verbal  de  la  dernière 
assemblée  générale,  et  a  donné  communication  de  la 
liste  des  cartes  et  des  ouvrages  offerts  à  la  Société. 


(  62S  ) 

M.  FcnliaanJ  Denis,  l'un  des  conservateurs  de  la 
bibliothèque  Sainte-Geoefiève,  écrit  à  la  Société  pour 
lui  faire  hommage  du  buste  do  l'Infant  D.  Henrique, 
qui  a  contribué  si  puissamment  à  l'accroissement  des 
connaissances  géographiques.  Ce  buste  a  été  fait  par 
Tun  de  nos  habiles  statuaires  ,  M.  Jules  Droz»  diaprés 
une  miniature  du  xv'  siècle»  placée  en  tète  d'un  ma- 
nuscrit portugais  que  M.  Ferdinand  Denis  a  signalé  le 
premipr  à  l'attention  des  amis  de  la  science. 

M.  Jomard  a  présenté  le  fac-similé  d'uo  globe  ter- 
restre conservé  à  Francfort ,  et  qu'il  a  trouvé  dans  la 
bibliothèque  de  cette  ville.  Ce  fac-^timile  forme  les 
planches  i5  et  16  de  sa  collection  des  Monumentt  de 
la  géogtxiphie, 

H.  le  Président  proclame  les  noms  des  nouveaux 
membres  admis  dans  la  Société  depuis  la  dernière  as- 
semblée générale. 

M.  de  la  Roquette ,  vice-président  de  la  Commission 
centrale»  faisant  fonctions  de  secrétaire  «général  en 
l'absence  de  M.  Berthelot ,  a  lu  quelques  fragments 
de  la  Notice  annuelle  des  travaux  de  la  Société  et  des 
progrès  des  sciences  géographiques  pendant  Tannée 
1849.  Les  importantes  communications  annoncées 
dans  Tordre  du  jour  ne  permettant  pas  de  lire  en  entier 
la  partie  du  rapport  consacrée  au  progrès  des  sciences 
géographiques  »  M.  de  la  Roquette  expose  le  plan  de 
son  travail»  et  se  borne  à  faire  connaitre  par  d'in- 
téressantes Notices. les  pertes  que  la  Société  et  la 
science  ont  eues  à  déplorer  cette  année ,  et  à  présen- 
ter un  résumé  succinct  des  travaux  de  la  Société.  Le 
reste  de  son  travail  est  réservé  pour  l'impression. 

M.  Duflot  de  Mofras  a  lu  un  fragment  de  son  voyage 
en  Californie»  au  Rio  Colombia  et  sur  la  c6tc  N.-O. 
de  TAniérique;  et  M.  Gay  ,  arrivé  à  Paris  depuis  quel- 


(6.9) 
ques  jours,  a  lu  un  fragment  de  son  voyage  au  Chili, 
à  Cusco  et  dans  les  contrées  voisines.   Ces  importan- 
tes communicalions  ont  été  accueillies  par  l'assemblée 
avec  le  plus  vif  intérêt. 

L'heure  avancée  n'a  pas  permis  à  MM.  Lafond  et 
Tbomassy  de  lire  les  Notices  qu'ils  avaient  préparées  , 
le  premier  sur  Tongatabo'u  et  les  lies  des  Navigateurs  ; 
le  second  sur  les  caravanes  et  les  pèlerinages  de  l'Afri- 
que septentrionale. 

M.  Chapellier,  trésorier  de  la  Société ,  a  présenté  le 
compte-rendu  des  recettes  et  des  dépenses  de  la  So- 
ciété pendant  le  dernier  exercice. 

L'assemblée  avait  à  procéder  à  l'élection  de  deux 
membres  de  la  Commission  centrale  en  remplacement 
de  MM.  le  contre-amiral  d'Urville  et  Edwards  ;  elle  a 
nommé  au  scrutin  M.  Thomassy  à  la  première  place. 
MM.  Cortamberg,  Couthaud,  Desjardin  et  de  Frober- 
ville  ayant  obtenu  le  même  nombre  de  suffrages ,  la 
seconde  place  a  été  réservée  au  plus  âgé  de  ces  quatre 
candidats. 

La  séance  a  été  levée  à  lo  heures. 

MEMBBES   ADMIS    DANS    LA  SOCIÉTÉ. 

Séance  du  i6  décembre  i84a- 
M.  Laurt,  ingénieur. 

Séance  générale  du  io  décembre* 

M.  Jean  Mallat,  médecin  de  l'hôpital  de  Saint- 
Jean-de-Dieu  de  Manille  (Philippines). 


(  63o  ) 
OUVRAGES,  CARTES,  etc  , 

OFFERTS    A    Là.    SOCIÉTÉ. 

pendant  le  second  semestre  de  Vannée  1 84  s  (  i  ) . 

EUROPE. 

OCVRAGES. 
TirnES.  DONATEURS. 

Statistica  (générale  délia  re{pa,  Città  c  Provincia  di 

Milano,  compilata  da  G.  Salari.    i  vol.  in-fol.  M.  G.  Salari. 
Fragments  de  Statistique  administrative  sur  l'ar- 
rondissement de  Savenay  (Loire-Inférieure). 

In-8%  i835. M.  Darttey. 

Recherches  sur  rori(>;ine  des  peuples  du  nord  et 

de  l'occident  de  1  liurope.  In-S'^,  1 889    ...  Le  même. 
Die  sporailen  In$«t  Sikinos  ein   Beitraj^  zur  heU 

lenischen  Âiterthumskunde.  In-8<^,  1839.    .     .  M.  Reiogauam. 
Utreclit  et  ses  beaux  environs;  coup  d*œil  sur  les 
particularités  de  celte  ville  et  delà  province, 
par  M.  Van  der  Monde,  ivol.  m-ia.     .     .     .  M.  le  baron  de  Dcr- 

felden    de   (iin- 
dcrstein. 
Guide  universel  de  l'étranger  à  Paris,  ou  nou- 
veau Tableau  de  cette  capitale.   Paris,    i843; 

1  vol  in- 18 M.  A.  MoDtémont. 

Statistique  de  la  France,  publiée  par  le  Ministre 
de  l'Agriculture  et  du  commerce.  Territoire  et 
population,  i  vol.;  Commerce  extérieur,  i  vol.; 
Agriculture,   \q\.    i    à    5.  Pariîi ,    1837-1842, 

7  vol.  in-fol M.  le  Alinistre  de 

rAgr.etduCom. 
Voynges  piltoiesques  et  romantiques  dans  l'an- 
cienne France,  par  MM.  Charles  Nodier,  Tay- 
lor  et  de  Cailleux.  Picardie,  73^  à  83e  livraison.  M.  le  Ministre  des 

Affaires   étraiig- 
Motice  géographique  sur  Archangel.  (Extrait  de  la 

France  maritime,)  Brochure  in-4 M.  Eugène  Robert. 

Voyage  de  M.  le  vicomte  R.  Angles  à  Archangel. 
Brochure  in-8 M.  de  Froberville. 

CARTES. 

Caite  géologique  d'une  partie  de  la  Servie  et  de 
TAIbanie,  dressée  par  le  colonel  Lapie^  d'après 

(1)  Il  m'a  paru  utile  de  réunir  &  la  fia  du  Bulletin,  qui  est  en  même  temps  relie 
du  volume  ,  tous  les  oUTruges ,  cartes,  etc.  .oITcitsà  la  Socie'tc  pendant  le  conn 
du  socoud  semestre  do  I81i.  en  lc&  divi^uut  mctbodiqucmcul  diaprés  le  plan  que 
fui  8ui%i  dans  mon  r^ppuit.  D.  L.  R. 


{G3i  ) 

TITHES.  nONAlF.l'hS. 


les  rens(i{jncments  recueillis  en  i836  et  iS38 

par  M.  Vise|uenel.   l  feuille M.  Visqiicnel. 

Carte  des  Ëopes  de  Fronce,  publiée  par  ordre  de 
M.  le  Minisitre  de  la  Guerre  et  gravée  au  dé- 
pôt delà  G«rerre.  2  feuilles,  1 84a M.  Rcvel. 

Mappa  geographica  alm»  diocesis  Weszprimien- 
sis  per  indytos  comitatus  Weszprim,  Siini{jh  et 
Zala.  Extenss  atque  in  qninque  archidiaco- 
natus  et  octodecim  districtus  divisae.  Astrono- 
micis  observa ttonibu s  et  tri{];onotnetricis  operi- 
bus  superstructa.  Anno  MDCCCXLI.  Opéra  Sté- 
phanie Viser.  Pestini,  bth.  J.  Watzinger^ 
2  feuilles M.  Viser. 

Carte  particulière  des  côtes  de  France,  partie  com- 
prise entre  les  roches  de  Porsal  et  Pontusval.  .  M.  le  Ministre  de 

la  marine. 

Plan  de  l'Abervrach  et  de  ses  environs.     ...   Le  même. 

Carie  particulière    des  côtes  de  France ,  partie 

comprise  entre  Pontusval  et  l'île  de  Bas.     .     .  Le  même. 

Carte  particulière  des  côtes  de  France,  paitie 

comprise  entre  Tile  Grande  et  les  Heaui  .   Le  même. 

Plan  des  rades  de  Brusr,  de  Bandol  et  du  poit 

de  Saint-Nazaire Le  même. 

Plan  de  la  rade  de  Bormes  et  du  mouillage   du 

Lavandou Le  même. 

Plin  du  mouillage  de  Cavalaire Le  même. 

Département  du  Nord  (  extrait  de  la  Carte  topo- 
graphique de  la  France,  levée  parles  officiers 
de  1  état-major,  et  gravée  au  dépôt  général  de  la 
guerre,  sous  la  direction  de  M.  le  lieutenant- 
général  baron  Pelet).  Paris,  i84o,  4  feuilles  .  M.  le  Ministre  de 

la  Guerre. 

Département  des  Ardennes  (extrait,  etc.).  Pa- 
lis, i84()  4  feuilles Le  même. 

Départementde  la  Seine-Inférieure  (extrait,  etc.). 

Paris,  184 1)  4  f^"^'^^^ Le  même. 

Département   du   Doubs   (extrait,   etc.).  Paris, 

1841  9  6  feuilles Le  même. 

Carte  physique,  administrative  et  routière  de  la 

Suisse.  Paris,  1842,1  feuille M.  Duvoten«iy. 

ASIE. 

OUVRAGES. 

Almannch  de  Pondichéry  pour  les  années  i838  et 

1839.  2  vol.  in-8 M.  Constant  Sicé. 

Annuaire  statistique  des  établissements  français 

dans  rinde  pour  1840.  I  vol.  in-8 Le  même. 

Mémoire  sur  la  chronologie  de  l'histoire  des  Ja- 
ponais, et  sur  l'époque  de  la  fondation  de  Mad- 

japahit.  Brochure  in'4 M.  le  baron  Walc- 

keuacr. 


(  <>3»  ) 

TITRFS.  DOSATECRS. 


Exercices  pratiques  d'analyse,  de  syntaxe  et  Je 

lexigrnphie  chinoise,  i  vol.  in-8 M.  Stanislas  Julieo* 

Voyage  en  Crimée,  au  Caucase,  en  Arménie,  et 
Ail.is.  i6%  17*  et  18'  livraison,  184 a;  tomeV. 

Paris,  1843 M.  Dubois  de  Mont- 

péreux. 

Geographical  and  slatistical  Memoir  of  ihc  Kon- 
kun.  The  revenue  and  land  tennres  considered 
vvitli  référence  to  iheir  first  institaiion  and  pré- 
sent working.  Calcutta,  i84o,  I  vol.  in-8.   .     .  M.  le  majorJervis. 

Contributions  lo  ilie  Statislics  of  Western-India. 
Extracted  from  a  Memoir  of  the  Konkun.  Drawn 
upby  major  Jervisin  1823 — i83o.  Brocb.  in-8.  Le  même. 

Prize  essaya  on  the  condition  of  hindu  females , 
by  Ilari'Kesavaji  and  DaDoba  Pa'nduran{j,witb 
an  introductory  notice  by  the  rev.  doctor  Ste- 
venson. Brochure  in-8 Le  métne. 

Il  Se{];istan  ovvero  il  corso  del  fiume  Hindmend 
sccondo  Abu  Ishak-el-Farssi-el-Isslacbri ,  çeo- 
grafo  arabo  (Edizione  fuori  del  commercio). 
Milano  1842, brochure  in-4 M.  Malini. 

yindiciœ  Sinicœ.  Dernière  réponse  a  M.  Stanislas 
Julien  ;  suivie  d  un  parallèle  de  sa  nouvelle  tra- 
duction du  Lao-tseu,  avec  une  traduction  pré- 
cédente par  M.  Pauthier.  Paris,  184^,  i  vol. 
in-8 *M.  Pauthier. 

Voyage  en  Orient ,  par  M.  Léon  de  Laborde.  1 2* 

livraison M.  le  ministre  de 

rinstruct.    publ. 

Description  do  TAsie-Mineure ,   par  M.  Charles 

Texier.  a3*  et  a4'  livraison .  Le  même. 

L'Afghanistan ,  ou  Description  géographique  du 
pays  théâtre  de  la  guerre,  accompagnée  de 
détails  sur  les  tribus  de  ces  contrées,  leurs 
mœurs,  leurs  usaf;es ,  etc. ,  par  N.  Perrin.  Paris, 

184a  >  I  vol.  in-8,  avec  une  carte M»»  veuve  Arthns 

Bertrand. 

CAIITES. 

New  and  improvedMap  of  various  roules  between 

Europe     and    India,    comprehending     weat- 

tcrn   and  northem  Asia  ;  together  with  Asia- 

Minor  and  Egypt.  Calcutta,  i834i  4  ^''^uil'^s*  •  M.  Tassin. 
'Map   of  the  north  frontier  of  British  India,  in- 

cluding  the   protected  Sikh   stales,   Lahore, 

Cashmeer,  Cabul,  Herat,  Candahar,Shikarpore, 

and  Bhawolpore  ;  together  with  Sinde  and  Raj- 

pootana,  the  Indus  river  and  part  of  Beloo- 

chi>itan.  Calcutta,  i838,  4  feuilles Le  même. 

Map  of  Upper  Assam,  comprising  the  districts  of 

.loorhat,  Lukimpore  and  Sudiya,  shewing  the 

tea   tracts  y   discovered  by  C,   A.  Bruce;  aiso 


(  633  ; 

TITniS.  DOSIATBUB8. 


f. 


the  roads  proposed  to  be  opened  fram  Sudiya 

to  iheBooree  DiYiing.  Calcula,  1839.  3  feailles.  M.  Tas«in. 

Mdp  of  Gasterii  Asia  romprising  China,  parti  of 
Tibet  and  Mon(rolia ,  Bootan ,  Assam ,  Baima 
and  Eastern  Binga!  ;  together  with  Anain ,  Cam- 
bodia,Siain,Laos,  ihe  Malay  Peninsula  and  the 
Indian  Archipelago.  Calcutta ,  1840;  a  feailles.  Le  même. 

Hind  bà  Hindustfaan  Ka.  Nakské  (  carte  de  Tlnde 

im  Indostani).  Calcutta  ;  6  feuilles Le  même. 

'.  '  A  new  and  iroproved  Map  of  the  provinces  of 
Bengal  and  Bebar,  with  Benares  and  adjoining 
territories,  exbibiting  tbe  district  divisions,  the 
j.z  civil  and  military  stations  and  police  thamas , 
and  likewise  the  principal  indigo,  silk  and 
sugar  Works.  Calcutta  ;  1  a  feuilles Le  même. 

AFBIQUE. 

OUVRAGES. 

Annuaire  algérien  pour  i84a  (ia58  de  FHégire), 

f  partie,  1   vol.  in-8 M.Marcel. 

Relation  d'un  voyage  d'exploration  au  nord-est  de 
la  colonie  du  cap  de  Bonne-Espérance ,  entre- 
pris dans  les  mois  de  mars,  avril  et  mai  i836, 
par  MM.  Arboussel  et  F.  Daumas ,  mission- 
naires de  la  Société  de«  missions  évangéliques. 
Paris,  i84a,  1  vol.  in-8,  avec  carte,   vues  et 

costumes Société   det  misa. 

ëvang.  de  Paris. 

Histoire  de  la  grande  ile  Madagascar,  composée 
par  le  sieur  de  Flaconrt.  Troyes,  :663,  un  vol. 
in-8 M.  d*Aveaac. 

Premier  voyage  à  la  recherche  des  sources  du 
Bahr-el*Abiad  ou  Nil-Blanc,  ordonne  par  Mo- 
hammed-Aly,  vice-roi  d'Egypte,  sous  le  com- 
mandement du  capitaine  de  frégate  Selim-Bim- 
bachi ,  broch.  in-8.  M.  Jomard. 

Des  relations  politiques  e€  commerciales  de  la 

France  avec  le  Maroc  (suite  et  fin),  1  voL  in-8  .  M.  Thomassy. 

CABTES. 

Plan  de  la  rade  de  Mogador,  levé  en   1840  par 

MM.  Prouhet  et  Jamin,  sous  la  direction  de  M.  le  ministre  de 
M.  Bouet la  marine. 

AMÉRIQUE. 

OCVRAGtt. 

Rapports  présentés  au  congrès  de  Venesuela  par 
les  Ministres  de  l'Intérieur,  de  rAgriculture, 
de  la  Gufrre  et  de  la  Marine  sur  les  diven  ser^ 

ZVIII.    DiCBMBRB.  l6.  I^\ 


(  654  ) 

TITRES.  BORATECM. 

▼ices  de  ces  d<5parteineol8.  Caracas,   r843y  3 

vol.  ii}*8.  (en  espagnol) M.  Berthelof. 

Tableaux  des  Tribas  iadiennes  de  rAmërique  du 

Nord.  I  vol.  in-8 M.  Gallatin. 

Vues  et  Souvenirs  de  rAmëriqne  du  Nord»  4%  ^9 

6«  et  7e  et  dernière  livraiaonsy  in-ful,   .     .     .     .  M.  de  Casteloan. 

Voyages  autour  du  inonde  et  Naufrages  eélèbres. 
—  Voyages  dans  les  Amériques.  Paria,  1 843^ 
1'%  a«,  3*  et  4*  livraisons.  .     * M.  Gabriel  Lafon. 

Diario  historico  del  ultiino  Viaje  que  hizo  M.  de 
La  Sale  para  descnbrir  el  desembocadero  y 
curso  del  Missicipi ,  por  M.  T.  Joutel,  tradu» 
cido  al  espagnol  poc  cl  coronel  J.  M.  Tomd. 
Nueva-York,  1 83  u  i  vol.  in- 13 M*  A.  Coch«Jet. 

Voyage  dan»  TAinérique  septentrionale,  et  parti- 
culièrement dans  les  territoires  de  la  Floride, 
du  Ouisconsin  et  an  Canada  (extrait  de  la  nou- 
velle Bibliothèque  des  f^oyages).  Brochure  in-8.  M.  de  Cast^lnao. 

Notes  sur  Tattérissage  du  Rio  delà  Plata,.  et  sur 
les  différentes  routes  que  Ton  peut  suivre  pour 
remonter  ce  fleuve  jusqu'à  Buenos- Ayres,  par  M.  le  Ministre  de 
M.  N.  Du  Përier.  Paris,  184^  ,  brochure  in-8.       la  Marine. 

Voyage  dans  rAmérique  méridionale,  par  M.  Al- 

cide  d'Orbigny ,  60",  61*  et  6a*  livraisons*  .      .  M.  le  Ministre  de 

rinstruct.    pnbL 

CAnTBS. 

Mapa  de  la  isia  de  Cuba  y  tierras  circumvecinas, 
segun  la  division  de  los  naturales,  con  las  dnr- 
rotas  que  seguiô  el  almirante  don  Cristobal  Co- 
lon en  sus  descubrimientos  por  cstos  mares ,  y 
los  primeros  establecimientos  de  los  Espagnoles, 
para  servir  de  ilustracion  à  su  Historia  antigna,  M.  Ramon  dr  la 
pur  D.  José  de  la  Torre  y  de  la  Torre.  1  feuille.        Sagra. 

Map  of  the  disputes  terri  tory  (Maine)  reduced 
from  the  original  of  M.  Fealerstonhaugl  and 
Mudge,  briiuh  commissioners.  1839,  1  feuille.  M.  de  Castelnau. 

Map  of  the  Louisiana.  v  feuille .Le  même. 

Carte  des  côte»  septentrionales  du  Brésil  depuis 

Maranharo  jusqu'à  l'embouchure  de  la  rivière  M.  le  Ministre  de 
des  Amaxones,  dressée. par  M.  Daussy.  .     .     •       la  Marine. 

Carte  d'une  partie  d'e  l'archipel  des  €raIap;igos, 

levée  et  dressée  en  i83B  parM.  deTessan.     .  Le  même. 

Gartedes  Antilles,  dressée  par  M.  Keller  .     .     .  Le  même. 

Carte  de  l'Amérique  mériaienafee,  indiquant  ses 
différentes  époques  géologiques.  Paris ,  1842, 
1  feuille M.  Alcide  d*0i4»»* 

Carte  générale  de  k  répnblic|ae  de  Bolivia,  dres-       ({ny. 
sée  par  M.  d'Orbigny  d'après  les  itinéraires  re- 
levés dans  le  cours  des  années  i83o,  3i,  32 
et  33.  Paris,  1839;  revue  en  1842  et  coloriée 
géologiquement  ;  a  feuilles L^mème. 


(  655  ) 

TITHE*.  DOaATBOM. 

OCÉANIE. 

CARTES. 

Carte  des  ties  Marquises  (  archipel  deMendana  ou 
Nou-ka-Kiva)y  levée  et  dressée  en  i838  par 

M.  de  Tessao M.  le  Ministre  de 

la  Marine. 
Carte  des  possessions  néerlandaises  dans  le  grand 

archipel  iadien.  Feuilles  4  et  8 M.  le  baron  de  Der- 

felden   de  Hin- 
▼OTAGES  DE  cuGOMEiAviOATioa.  «tersteîn. 

Synopsis  of  the  Gruise  of  the  U.  S.  exploring 
expédition ,  dnring«the  jears  1 838,  39,  4^,  4' 
and  1843;  delivered  betoie  the  national  Insti- 
tnte  by  its  commander,  Charles  Wilkes.  Was- 
hington, 1843.  Brochure  in-89  avec  une  Carte 
générale  du  voyage M.  le  colon.  Poiu  - 

Voyage  autour  du  monde  sur  la  corvette  la  Bontto,  sett. 
Physique,  par  MM.  Darondeau  et  Chevalier. — 
Observations  magnétiques,  tome  1*%  1^  partie, 
in-8.  —  Album  historique^  par  M.  Lauvergne, 
7e  livraison.  —  Botanique^  par  M.  Ch.  Gaudi- 
chaud,  4*  et  5*  livraisons.  — Zoologie^  par  M.  le  Ministre  de 
M.  Eydoux,    10*  livraison la  Marine. 

Campagne    de  circumnavigation  de  la  frégate 

VArtémise;  tome  II,  in-8 Le  même. 

Voyage  au  pôle  sud  et  dans  l'Océanie  sur  les  cor- 
vettes Y  Astrolabe  et  la  Zélée,  —  Histoire  du 
voyage,  par  M.  Dumont-d*Urville ,  tome  II. 
ir«  partie,  in-8. — Atla»  pittoresque^  6*  à  16*  li- 
vraisons. —  Atlas  d* Histoire  naturelle  ^  —  Zoo^ 
iogie^  par  MM.  Hombron  et  Jacquinot,  3«  4*  ^^ 
vraisons. Le  même. 

MÉLANGES. 

Annuaire  pour  1843 Bureau  des  longît. 

Eléments  ne  Thistoire  du  genre  humain,  a*  cahier, 

géographie M.  Daily* 

Mémoires  des  Académies  et  Sociétés  des  sciences  et 

d'agriculture  (suite)  pour  1839,  1840,    i84i, 

de  Dijon ,  Evreux ,  Versailles ,  Troyes ,  Rouen , 

Angers ,  Lons-le-Saulnier ,  Meanx. 
Mémoires  de  la  Société  géologique  de  France , 

tome  V,  f*  partie Société  géologique 

Nuovi  elementi  di  geoerafia  ecc.  qutnto  periodo        de  France. 

di  geographia  secundo  Tordine  aegli  studi  eeo- 

graBci  che  contiene  lo  studio  elementare  délia 

geografia  antica,    1  vol.  in-8.  Napoli,   1837.  M.  F.  deLuca. 
Istituûoni  elementari  di  geografia  naturale,  topo- 

grafica,   astronomica,  fisicae  morale  ordinale 

con  nuovometodo,  in  otto  periodi,  i  vol.  in-8. 

Napoli,   i838 Id. 


(  636  ) 

TITKES.  'dO!(4TEI)BJ(. 


Geometria  piana,  i  toI.  io-S.  Napolî,  i8i3.     .     .  M.  F.  de  Loea. 

Geometrica  analitica,  analLsi  a  due    coordinate, 

I  Tol.   io-8.  Napoli,    i8i3 Id. 

G^omelria  analitica  a  duc  coordinate  ,  i  vol.  iii-8. 

Napoli,  i8i4 id. 

Tri(^nometna  piana  analitica ,  i  vol.  ki-8.  Na- 
poli,   i8i4 Id. 

Insititazione  pratica  di  a^riaiieiisora  da  sarrire  p«r 

1  istmzione  popolare,  i  voL  iQ-8.  Napoli,  i84o.         Id. 

NooveUes  annales  des  voyage»,  jnin ,  juillet,  août, 

septembre ,  octobre ,  noTembre Auteurs  et  édil. 

Journal  asiatique,  octobre Id. 

Annales  maritimes  et  coloniales,  jnin,  juillet» 

août,  septembre  ,  octobre,  novembre.   ...         Id. 

Annales  de  la  propa^tion  de  la  foi ,  novembre.  .         IJ. 

Annales  des  sciences  géologiques,    mai,  juin, 

juillet,  août  et  septembre Id. 

Journal  d'éducation  populaire,  novembre.     .     .  Id. 

Recueil  de  la  Société  polytecbnic|ue  ,  mai ,  juin  , 

juillet,  octobre Id. 

Écho  du  monde  savant.  Six  dernitrsmois  de  1843.  Id. 

Heviftta  triroensal  de  historia  e  geographia  du  Bré- 
sil n»  1 3 Id. 

Bulletin  de  la  Société  de  géologie,  tome  XIII, 
feuilles  17  à  aa,  33  à  a6;  tome  XII,  feuilles 
3aà  36  ..... Id. 

Revue  scientifique ,  juin  ,  juillet ,  août,  septem- 
bre, octobre  9  novembre Id. 

Revue  de  la  Société  polytechnique,  juin.  .     .     .  Id. 

Journal  de  l'Institut  historique,  juillet,  août, 

septembre,  novembre Id. 

Journal  des  Missions  évangéliques,  août,  septem- 
bre, octobre ,  novembre Id. 

Mémorial  encyclopédique,  juin ,  septembre.  .     .  Id. 

Journal  de  la  société  asiatique  de  Londres,  n"  1 3.  Id. 

Bulletin  de  la  Société  éconoinique  des  amis  du 

pays  de  Valence ^  n<>*  1  à  9 Id. 

Notice  historique  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de 

M.  le  major  Rennel.  Id-4,  i84a M.  le  baron  Waic- 

keoaer. 

Notices  historiques  sur  MM.  de  Les  seps,  par 
M.  de  La  Roquette  (extraites  de  la  Biographie 
universelle).  In-8 M. de  La  Roquette. 

Notice  historique  sur  Georges  Du  val  de  Leyrit, 

par  M.  de  La  Roquette.  In-8,  184a Le  même. 

Address  to  the  royal  geograpbical  Society  of  Lon- 
don  at  ihe  anniversary  nheeiiog  (a3aiai  i84a). 
by  W.  R.  Ha  mil  ton ,  préaide  ut.     •     -     ■      ,     .  Société  gcogr.  de 

Londres. 

Ode  sur  U  mort  du  duc  d'Orléans M.  Albert  Mont<^ 


(637  ) 

T1TRB8.  DORATEORS. 


Hiskiry  of  ibe  Huguenots  from   1698  (o   i838. 

I  ▼ol.  in-8.  Pari4,  1889 M.  Browning. 

Memorie  délia  reale  Accademia   del  Scienu  di 

Torino,  a*  série,  tume  III,  1841 Âcad  des  Sciences. 

de  Tarin. 
Traniuictions  of  the  philosophical  Society  held  at 

Philadelphia,  vol.  VlII ,  ■'''partie Société  philos,  de 

Philadelphie. 
Scritti  geografici,   statistici    e    vari    di  Adriano 

Baibi ,  raccolti  ed  ordinati  per  la  prima  voila 

da  Eugenio  Balbi.  5  vol.  în-12,  1841-1843.     .  M.AdriendeBalbi. 
Observations  sur  le  Motus  muUicauUs^  et  sur  une 

nouvelle  espèce  voisine ,  in-8 M.  Perrotet. 

Mémoires  de  V Académie  des  sciences  de  Berlin 

pour  1840  (en   allemand) Acadé.  de  Berlin. 

Comptes- rendus  dfs  sé.mces  de  TAcadémie  des 

sdences  de  Berlin,  de  juillet  i84i  à  juin  1843. 

(  en  allemand  ') La  même. 

Geschichte  der  Ërd  und  Làtiderabbildungen  der 

Alten  bcHonders  der  Grienchen  und  Romer,  i 

vol.  in-8,   1839 M.  Reinganuni. 

f  ntersuchiingen  iiber  die  geographischen  Eiitdec- 

kungen  der  Portu^esen  unter  Heinrich  dem 

seefahrer,  ein  Beitng  znr  Geschichte  des   see- 

handels  und  der  Géographie    im    Mittelaher. 

Gôttingen,  1843 M.  J.-E.  Wappâns. 

Records  of  ancient  Science  exemplified  and  au- 

thenlicated  in  the  primitive  universal  standard 

of  vreights  and  measures;  communicated  în  an 

essay  transmitted  to  capt.  H.  Rater,  by  capt. 

Jervis.  Calcutta,  i835;  bioch.  in-8 M.  le  major  Jervis. 

Second  Bulletin  of  the  procedings  of  the  national 

institution  for  the  promotion  of  science,  March 

1841    to  february   184^.   Washington,   184a; 

broch.  in-8  avec  5  planches Institution  nation. 

de  Washington. 
Annuaire  magnétique  et  météorologique  du  corps 

des  ingénieurs  des  mines  de  Russie,  rédigé  par 

A.-T.  Rupfer  (année  i84o).  Saint-Pétersbourg, 

i84a;  I  vol.  in-4 S.  E.  le  comte  Cm - 

crine. 
Degli  ultimi  progressi  délia  geografia ,  sunto  pre- 

sentnto  e  leito  in  parte  il  di  18  settembre  alla 

reunione  degli  scienzati  italiani  tenuta  in  Fi- 

renze.   Milano,  1842;  broch.  in-8 M.  le  comte  Gra»- 

berg  de  Hein^. 
Intorno  allô  stato  attnafe  délie  nostre  rognizioni 

lorografirhe.    Brorhun*  in-8.    .  ....  M.  Ranuz/i 


TABLE  DES  MATIÈRES 


COVTBICU 


DANS  LE  XVIir  VOLUME  DE  LA  2*  SERIE. 

N«  103  à  108. 

(Juillet  à  Décembre  1843.) 

PREMIÈRE  SECTION. 

MiHOIBBS,  B1TAAIT8»  AHàLTSBS  BT  BAPPOBTS. 

Fagct 

Premier  voyagea  la  recherche  des  sourc;e«  do  NiVBIanc  ordonné 
par  S.  A.  Mohammed-Âiy ,  vice-roî  d*Ëgypte. 

Note  prëliminaire ,  par  M.  Johabo.    ' S 

Journal  da  voyage  par  Selim  Bimbacbi  ,  capitaine  de 

frégate  de  la  marine  égyptienne 7 

Extrait  en  ce  qui  concerne  la  «éographie  du  compte-rendu  de 
rAcadémie  den  sciences  de  Saint-Pétersbourg  pour  Tannée 
1 84 1 9  psr  M.  Fust ,  secrétaire  perpétuel  (  communiqué  par 

M.  Daosst) 3o 

Notice  sur  les   nouveaux  établissements  agricoles  fondés  au 

Vénéxuela ,  par  M.  BenTaBLOT 37 

Notice  sur  la  Nouvelle-Zélande,  suivie  de  remarques  sur  la  hau- 
teur des  lames  au  cap  Horn ,  par  M.  Eugène  Robbrt.      .     .       SS 
Navigation  du  capitaine  Becroft  dans  la  rivière  Formosa  «  le 

Quorra  ou  Niger  et  le  Vienx-Calebar.  (P.  D.) 60 

Sur  nie  Fotana(Allou-Faton  ou  Horn.  )  (P.  D.) 61 

Note  sur  l'inauguration  du  monument  élevé  à  la  mémoire  de 

René  CailUé  à  Labadère  (  Charente-Inférieure  ).  (  J— O.  ) .       63 
Note  succincte  sur  la  mappemonde  de  Hereford,  publiée  en 
six  grandes  planches  coloriées,  fac-similé,  i^*  livraison  des 

MonumenU  de  la  géographie  ^  jaskT  M.  JoMànD 67 

Premier  voyage  è  la  recherche  des  sources  du  Nil-Blanc  or- 
donné par  Mohammed-Aly,  vice-roi  d*ÉgypCe  (a*  article).  .        81 
Notice  de  divers  documents  envoyés  è  la  Société  de  géogra- 
phie par  M.  le  colonel  Poibsbtt,  ministre  de  la  guerre  aux 
Étals-Unis ,  et  par  ÏASociéié  philosophique  de  Philadelphie^ 

par  M.  Etbiès * 107 

I.  Négociations  entre  les  États-Unis  de  l'Amérique  sep- 
tentrionale et  le  Mexique  sur  leurs  limites  respectives.      108 
H.  Territoire  de  l'Orégon.  —  Rapport  du  comité  des  af- 
faires étrangères  sur  le  territoire  au-delà  des  monts 
Rocky III 


(639) 

Travaux  géographiques  sur  l'Oural. —  Notice  adressée  à  M.  Jo- 
tnard^  président  de  la  Commission  centrale,  par  M.  J.  db 
Rhakikoff,  conseiller  de  S.  M.  Tempereur  de  Russie.     .     .     12g 

l'ays  d*Atech,  en  Nubie.  —  Extrait  d*uDe  lettre  adressée  à 
M.  Jomard  par  M.  Abtih-Bey i3.S 

Notice  sur  le  Groenland,  suivie  de  réflexions  sur  la  pèche  de  la 
baleine  et  les  jets  d'eau  que  Ton  voit  au  milieu  des  champs  de 
glace  flottante ,  M.  par  le  docteur  Eugène  Robert.     .     .     .     x38 

Population  des  États-Unis  en  1840,  d'après  le  dénombrement 
officiel  fait  en  vertu  d'un  acte  du  Congrès  (  communiquée  par 
M.  Warokh) z44 

Lettre  de  M.  Lirart  à  M.  Jomard  sur  les  travaux  de  canalisa- 
tion en  Egypte.      . 145 

Note  au  sujet  des  travaux  de  canalisation  dans  la  Haute-Egypte, 
par  M.  Jomard i46 

Extrait  d'une  lettre  de  M.  Gauttibr  d'Arc,  consul-général  de 
France  en  Éypte,  à  M.  Jomard^  sur  l'Abyssinie ,  la  latitude 
d'Ankuber ,  et  sur  diverses  découvertes  archéologiques  dans 
la  Biisse-Égypte - 148 

Extrait  d'une  lettre  de  M.  le  docteur  Clot-Bbt  à  M.  Jomard 
sur  le  barrage  du  Nil  et  le  projet  de  canal  des  Deux  Mers    .     149 

Premier  voyage  aux  sources  du  Nil-Blanc  (  3*  et  dernier  ar- 
ticle)  161 

Lettres  de  M.   Antoine  d'Abbadib  à  M.  é^Avetae  sur  divers 

points  de  géo^^raphie  éthiopienne 186  et     ao4 

Noms  de  lieux  sur  la  côte  orientale  d'Afrique  depuis  A'sab 
(mer  Rouge)    jusqu'à    Mozambique,     recueillis  par 

M.  A.  d'Abbadib '..217 

Commentaire  du  pilote  arabe  sur  les  noms  de  lieux  de  la 

côte  orientale  a  Afrique.  (A.  d'Abbadib) 226 

Note  sur  les  renseignements  qui  précèdent.  (  A.   d'Ab- 
badib.)   ' b33 

Publication  des  résultats  de  Texpcdition  amérieaine  dans  les 
mers  australes.  (  Lettre  de  M.  W.-B.  Hgdgsoh  à  M.  dA" 
vezac.  ) 236 

Note  de  deux  itinéraires  de  Charleston  à  Tallahassée  Floride) , 
par  M.  le  comte  Francis  de  Gasi*blrau 241 

Notice  sur  TKurope  antique;  extrait  d'un  ouvrage  inédit  inti- 
tulé :  Recherches  sur  C origine  des  peuples  du  nord  et  de  tocci" 
dent  de  V Europe ,  par  M.  Darttet 269 

Correspondance  et  Mémoires  d'un  voyageur  en  Orient,  par 
M.  Eugène  Bore  (  compte-rendu  par  M.  Etriès  ] 265 

Carte  ethnographique  de  l'Europe,  par  M.  Ober  Millier  (^B. 
DO  B.  ) 282 

Note  sur  les  cartes  en  relief  de  M.  Bauer  Keller  (  B.  du  B.  )  .     294 

Dissertation  géographique  sur  un  passage  de  Constantin  Por- 
phyrogenète^  concernant  les  fleuves  du  Palus^Méotis ,  et 
l'existence  d'un  second  détroit  nommé  Bowiik^  donnant 
issue  aux  eaux  de  la  mer  d'Azof  dans  la  mer  Noire,  par 
M.  Guillaume  Plate  (communiqué  par  M.  B.  du  B.  ).     .  3o5 

Voyage  en  Abyssin ie. 

Lettre  de  M.  Antoine  d'Abbadib  k   M.  Jomard  j  sur  les 
ruines  d'Adulis 333 


(  64o  ) 

Lettre  de  M.  Antoine  n  Abbadie  à  M.  dtAutzae  sur  divers 

points  de  ^ographie  éthiopienne 344 

Note  sur  la  lettre  précédente,  pnr  M.  étAvezae^     .     .     .     359 
Second  voyage  à  la  découveite  des  sources  du  NiWBIanc. 

Dbservations  de  M.  Jom ard 367 

1*"  Lettre  de  M.  D*ARVAtTD  à  M. /oman/ 376 

a*  Kxtrait  d*une  lettre  de  M.  E.  Gaottier  n*ABC,  conial- 

({énéral  de  France  en  E(;ypte,  au  même 38o 

3*  Extrait  d'une  lettre  de  M.  le  docteur  Pi-rror,  directeur 

de  rÉcole  de  mëdecine  du  Caire,  an  même.      .     .     .     383 

DEUXIÈME  SECTION. 

âCTBS  DE  LA  SOGIÉTi. 

At9tmblée  généruU  du  3o  décembre  184a. 

Discours  prononcé  par  M.  GuiviR  GaiDAiSBy  ministre  de  Tagri- 

culture  et  du  commerce ,  président  de  la  Société 393 

Notice  annuelle  des  travaux  de  la  Société  et  du  progrès  des 
sciences  géographiques  pendant  Tannée   i84a,  par  M.  db 
LA  RoQUBTTS,  vice-président  de  la  Commission  centrale..  397 
Compte-rendu  des  recettes  et  des  dépenses  de  la  Société  pen- 
dant Texercice  i84i-i84a 

Procès-verbaux   des    séances  de  la  Commission  centrale  de 

juillet  à  décembre.  .     .     .     70,  i5o,  338,  397,  385,  et 

Procès'verbal  de  rassemblée  générale  du  3o  décembre  i84*< 

Membres  admis  dans  la  Société.  .     .     76,  i55,  3o3,  390   et 

Ouvages  offerts  à  la  Société i56,  3a3,  390,  et 

Liste  des  Souscripteurs  au  monument  de  M   le  contre-amiral 
Dumont  iTUrville.      ....     77,    160,  a4o,  39a,  et 


PLAHCaSS  JOIRTBS  AU   l8*  VOLUMB. 


Plan  du  territoire  entre  Caracas  ,  Victoria  et  le  port  de  Maya , 

indiquant  les  localités  propres  aux  établissements  coloniaux.       37 

Carte  au  Bosphore  cimmérien  et  de  Tile  de  Tamatarkha  on 
Taman ,  dressée  pour  riiitelligence  du  teste  de  Constintin 
Porphyrogenète 3o5 


riH    DB  LA   TABLB  DU    l8*  VOLmiX.